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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 18:04
Macron et la laïcité : un lien abîmé !

Quitte à passer pour un horrible contempteur d’un « texte rare par son élévation et son interpellation », comme dit Nicolas Domenach, sans doute inspiré par une spiritualité qui m’échappe, j’ai trouvé que cette longue intervention d’un Président de la République devant un parterre de prélats était, pour rester dans l’euphémisme, des plus mal venues.

« Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, il nous incombe de le réparer.... », ce touitte a donc fait réagir les inquisiteurs – admirons au passage ce retournement qui fait du laïque, un peu interloqué, un chasseur d’hérétiques. Et quoi, ont protesté les maîtres de l’exégèse de la pensée macronienne, cette phrase ne reflète pas tout le texte. Sauf que cet extrait était publié par le compte touitteur …‏ @EmmanuelMacron, donc choisi par lui ou celui qu’il a chargé de tenir ce compte. Et même si la phrase réelle est un peu plus longue, son résumé ne la trahit pas.

Or elle n’a, à proprement parler, aucun sens puisque, comme son nom l’indique, la loi de séparation des églises et de l’état, en 1905, a coupé ce lien. 

Macron et la laïcité : un lien abîmé !

Bizarrement c'est Clemenceau qui manie la hache alors que c'est Briand qui fut le maître d'oeuvre de la Loi de 1905

Mais on aurait mal saisi la complexité de la pensée macronienne : par lien il faut entendre dialogue. Outre que le dialogue ne signifie pas accord, il est difficile de vouloir faire croire que, dans le débat sur le mariage pour tous, les prélats aient fait preuve du sens de la nuance et certaines de leurs ouailles, et même de leurs pasteurs, ont montré, à l’encontre de la Ministre chargée de porter cette loi, une haine fort peu charitable et teintée de racisme. Et dans cette phrase, mise en exergue répétons-le par son auteur, on entend comme un écho du prétendu « anticléricalisme d’état » à la Sarkozy. Macron partage d’ailleurs avec ce prédécesseur une vision historique un peu surprenante quand il incite les catholiques à ne pas renoncer à la République [qu’ils ont] si fortement contribué à forger. Il faut attendre 1892 pour que Léon XIII appelle les catholiques à accepter la République, avec un succès relatif. Et il n’est pas non plus loin de chanter les racines chrétiennes de la France quand il sacrifie au « récit national » et qu’il loue la part catholique de la France.

Macron et la laïcité : un lien abîmé !

Plus cocasse encore est le paragraphe où il dit que tous les jours les mêmes associations catholiques et les prêtres accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles(sic), des familles recourant à l'avortement, à la fécondation in vitro, à la PMA , des familles confrontées à l'état végétatif d'un des leurs… en ajoutant L’Eglise accompagne inlassablement ces situations délicates et tente de concilier ces principes et le réel. Qu’il y ait des citoyens qui croient au ciel, et d’autres qui n’y croient pas, pour œuvrer dans des associations caritatives est indéniable. Mais l’église, elle, et les plus sectaires de ses membres lancent l’anathème jusque sur la capote ! Les divorcés sont toujours exclu des sacrements. L’IVG est bien sûr condamnée (il n’est que de voir ce qui se passe quand l’église catholique est encore hégémonique, comme en Pologne, et où elle l’a longtemps été comme en Espagne). Quant aux familles confrontées à l’état végétatif de l’un des leurs, le propos est d’une cruelle ironie quand le drame du pauvre Vincent Lambert, maintenu artificiellement en vie, connaît un nouveau rebondissement.

Les allusions les plus dangereuses concernent justement la bioéthique.

S’adressant à G. Pontier, président de la conférence des évêques de France, il lui dit : « Vous considérez que notre devoir est de protéger la vie, en particulier lorsque cette vie est sans défense. Entre la vie de l’enfant à naître, celle de l’être parvenu au seuil de la mort, ou celle du réfugié qui a tout perdu, vous voyez ce trait commun du dénuement, de la nudité et de la vulnérabilité absolue. » Ce sera pour lui l’occasion d’un long dégagement, assez jésuitique, sur l’accueil des réfugiés. Mais, dans le propos du prélat, il ne relève pas la condamnation de l’IVG ni celle de l’euthanasie. Et comme il ajoutera plus loin « il faut trouver la limite car la société est ouverte à tous les possibles, mais la manipulation et la fabrication du vivant ne peuvent s'étendre à l'infini sans remettre en cause l'idée même de l'homme et de la vie », on peut craindre que les manipulations génétiques, ayant pour but d’éviter une maladie ou corriger une anomalie génétique, bien qu’approuvées par 75 et 71% des catholiques pratiquants (sondage publié par La Croix) passent à la trappe.  

Quand il assène que « pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles [il se fait] une plus haute idée des catholiques », on doit lui rappeler ce que disait Mauriac de De Gaulle « ce grand chef temporel ne touche jamais au spirituel […] il ne paraît pas croire que le spirituel en tant que tel relève de la politique ».  

Les thuriféraires, voire, un peu gênés aux entournures, des laïques très attachés à la Loi de 1905, se hâtent de mettre en avant le rappel fait aux principes même de cette loi. « Mon rôle est de m'assurer qu'il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C'est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d'évoquer. »

Mais comme l'a aussi rappelé très opportunément Jean-Paul Delahaye (actuel président du CNAL) en citant Jules Ferry : « Lorsque l'on veut chercher à assurer la paix entre deux puissances rivales, l'Etat et l'Eglise, la constitution laïque de la société et le pouvoir ecclésiastique,  lorsque l'on veut que ces deux puissances morales vivent en paix, la première condition, c'est de leur prescrire de bonnes frontières. Ce n'est pas dans la confusion des attributions, dans le mélange des idées qui ne peuvent conduire qu'à la discorde ». *

Et bien qu’il ait aussi dit que la voix de l’église ne peut être injonctive, son intervention ne peut que conforter l’église catholique dans la tentation perpétuelle du cléricalisme, cette volonté obstinée des papes et du clergé à subordonner la société civile à la société religieuse, à vouloir étendre à la société politique les règles et méthodes de cette Église, à utiliser des armes spirituelles à des fins temporelles, à se servir du pouvoir politique pour imposer sa vision morale, individuelle ou collective (d'après Marc Ferro).

Voir aussi :

* Lien avec l'Eglise: le Président a semé ses «cailloux» en «petit Poucet» malin

Macron, laïcité: danger!

Le lien entre le président et la laïcité s’est abîmé : il lui incombe de le réparer (se-UNSA)

La République et la laïcité, un lien à réaffirmer

 

Et si vous voulez vous marrer écoutez celui que l'odieux Didier Porte surnomme Son Altesse Sénilissime, Gérard Collomb : "il y a du poète chez Emmanuel Macron lorsqu'il décrit la société" !

 

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 18:29
«Valeurs de la République et laïcité»

Les actes de la journée "valeurs de la République et laïcité" sont publiés.

Voir en annexe.

Après des journées de formation à la laïcité (600 personnes dans le département de la Vendée), la préfecture de la Vendée, s’appuyant sur des associations (FOL85, Francas, CEAS) et l’observatoire vendéen de la laïcité, a lancé une journée des « Valeurs de la République et Laïcité ». Son but était de proposer aux personnes qui ont participé à une des formations, de venir compléter leurs réflexions, mais elle était ouverte à tous les citoyen-ne-s.

«Valeurs de la République et laïcité»
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L’introduction de cette journée Valeurs de la République et laïcité par le Président de la Ligue de l’enseignement m’en a fait bouger une sans heureusement remuer l’autre, avec force citations de Pena-Ruiz, le promoteur de la distinction privé/public – la religion cantonnée à la sphère privée – reprise par tous les faux laïques liberticides. Et bien sûr ce leitmotiv sur la laïcité sans épithète. Cette stupidité flagrante – je peux chanter la Liberté chérie, mais pas chérir la laïcité libérale, au sens que donnaient à cet adjectif Briand et Jaurès – n’a été lancé par Pena-Ruiz, repris bien sûr par C. Fourest, qu’à des fins polémiques visant Jean Baubérot. Notre présentateur allait d’ailleurs se corriger lui-même en parlant, dans le contexte vendéen, de « laïcité de combat » (bien, qu’à mon sens, il faudrait inverser et parler de « combat pour la laïcité », ce que les questions sur l’absence d’écoles publiques dans une soixantaine de communes allaient illustrer).

«Valeurs de la République et laïcité»
«Valeurs de la République et laïcité»
«Valeurs de la République et laïcit黫Valeurs de la République et laïcité»
«Valeurs de la République et laïcit黫Valeurs de la République et laïcité»
«Valeurs de la République et laïcit黫Valeurs de la République et laïcité»

La matinée s’organisait autour de dix espaces. Outre le hall d’entrée qui présentait des livres, malles pédagogiques et documentations diverses et une salle de projection qui présentait « La séparation », les participants étaient invités à se rendre dans des ateliers thématiques :

  • Espace « Découverte ludique de la Laïcité dans le Cité »
  • Espace « Laïcité & éducation »
  • Espace « Laïcité & collectivités territoriales »
  • Espace « Laïcité & Santé, Médico-social »
  • Espace « Laïcité & Discriminations »
  • Espace « Laïcité & Insertion »
  • Espace « Laïcité & Sport »
«Valeurs de la République et laïcité»

Voir les résultats commentés en annexe.

«Valeurs de la République et laïcité»

L’après-midi était consacrée à une conférence de Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité. Les actes de la journée nous donneront, c’est promis (et ce sera annexé à cette page), le compte-rendu complet de cette conférence et des échanges qui ont suivi.

«Valeurs de la République et laïcité»
«Valeurs de la République et laïcit黫Valeurs de la République et laïcit黫Valeurs de la République et laïcité»

Je noterai donc que, N. Cadène, figure imposée après la parution d’un livre co-signée par Mme Schiappa, Secrétaire d’état, et intitulé « Laïcité point »*, nous a ressorti le dogme d’une laïcité que l’on n’ose dire inqualifiable sauf à prendre ce mot au sens d’interdiction de qualifier, mais avec un tout un développement qui montrait, en filigrane, qu’il y a bien une conception ouverte, celle qui est conforme à la lettre et surtout à l’esprit de la Loi de 1905, qui s’oppose à une fausse laïcité liberticide, illustré par les positions du Printemps Républicain, par exemple.

 

«Valeurs de la République et laïcité»
«Valeurs de la République et laïcit黫Valeurs de la République et laïcité»

Ainsi à la fausse opposition privé/public il va opposer la distinction de 4 espaces : l’espace privé bien sûr, domaine d’entière liberté des convictions, l’espace administratif, celui du service public qui doit être parfaitement neutre pour préserver l’égalité de tous et par voie de conséquence dont les agents, fussent-ils de droit privé dans la mesure où ils sont en charge d’un service public, sont astreints à une stricte neutralité, mais pas les usagers, l’espace social, celui du travail ou de l’associatif, où des limitations de la liberté d’expression de ses convictions peuvent être apportées, mais pour des motifs objectifs (sécurité, par exemple), enfin l’espace public (rue et places, commerces, etc.) où la seule limitation est celle du respect de l’ordre public. Il a également rappelé que la Loi de 2004, dite Loi Stasi, n’impose pas la « neutralité » aux élèves, mais de ne pas porter des signes ou vêtements ostensibles et que cet interdit ne s’étend pas aux étudiant-e-s, adultes et engagé-e-s librement dans des études supérieures.

«Valeurs de la République et laïcité»
«Valeurs de la République et laïcit黫Valeurs de la République et laïcité»

Dans l’échange, il a, de mon point de vue, un peu ramé sur la volonté que l’on prête au Président Macron d’organiser l’Islam de/en France, volonté qui serait totalement contraire à La Loi de 1905 qui laisse les cultes libres de leur organisation. Mais pour le reste, des réponses claires, comme sur les élèves-infirmières.  Et, sur le sujet ô combien sensible de l’école publique – une soixantaine de communes vendéennes n’ont pas d’écoles publiques – il a annoncé une auto-saisine de l’Observatoire de la laïcité.

«Valeurs de la République et laïcité»

Comme je l’ai noté immédiatement sur un touitte, M. Cadène, que je ne connaissais finalement que par les attaques dont il avait été l’objet de la part de Valls, sans effet de manche (rien à voir donc avec les orateurs de « La Séparation »), sobrement, sans aucune once de l’esprit polémique qui parfois m’anime, nous a fait un exposé synthétique à la fois clair et précis.  Et quand le rapport annoncé, sur l’implantation inégale des écoles publiques, sortira il ne serait pas inutile que l’Observatoire de la laïcité vienne le présenter solennellement… en Vendée !

 

* Dans cet ouvrage co-signé avec J. Peltier, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes adopte une position rigoureuse sur les adultes accompagnateurs de sorties scolaires, entendez les mamans portant un foulard, les astreignant à la neutralité qui s'impose aux enseignants (se ralliant en cela au ministre Blanquer). Outre les raisons juridiques qui contredisent ce point de vue, outre l'ostracisme que ça traduit vis-à-vis de ces mères, l'argument invoqué - ne pas influencer ou choquer les bambins d'une autre conviction familiale - est parfaitement hypocrite, puisque lesdits bambins voient bien ces mamans accompagner leur propres gniards à l'école.

 

ANNEXE

 

Rappel du quizz

«Valeurs de la République et laïcité»

Réponses

«Valeurs de la République et laïcité»

Les Actes de la journée

«Valeurs de la République et laïcité»
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6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 15:04
Fausse laïcité liberticide

Partant d’une formule prêtée à E. Macron sur le danger d’une « radicalisation de la laïcité », Yvon Droumaguet, dans un point de vue (Ouest-France, 06/01/2018 : Laïcité et radicalisation), de glissement en glissement, en vient à opposer une laïcité "ouverte" laxiste à une "laïcité républicaine", rigoureuse, la seule, la vraie !

Cette formule, radicalisation de la laïcité, est un raccourci, pas très heureux au demeurant, pour désigner tous ces ayatollahs d’une fausse laïcité qui chassent le foulard sur la tête des étudiantes ou des mamans volontaires pour accompagner une sortie de gosses de la maternelle.

A juste titre est rappelée  la Constitution dont l’article 1 mérite d’être cité : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances… ». Est mentionnée aussi la Loi de 1905 avec son article 1, mais outre que la République assure la liberté de conscience, elle garantit aussi le libre exercice des cultes.

La République est a-religieuse. Si la République ne reconnaît aucun culte, cela veut dire, non pas qu’elle ignore leur existence, mais qu’elle se situe en dehors du domaine religieux, contrairement au régime concordataire qui avait cours (et qui subsiste d’ailleurs en Alsace-Moselle). La conséquence est que les agents des services publics sont astreints à une totale neutralité, dans l’exercice de leurs fonctions.

Et dire que c’est la République qui est laïque et non la société, veut dire que cette obligation de neutralité ne s’impose pas aux citoyens dans l’espace public. Et non pas, comme l’assène l’auteur, prôner un communautarisme honni ! Car contrairement à ce qu’il affirme si la croyance, ou pas, est affaire de choix personnels, donc relevant du plus intime, bien que soumis, comme tout choix aux aléas d’une éducation, d’un milieu, etc., ces croyances ou convictions ont le droit de s’exprimer dans l’espace public.

Le débat sur ce point au moment de la discussion de la loi de 1905 a été éclairant. L’Article 25 (devenu 27) dans sa rédaction initiale, édictait que les églises, séparées de l’état, « n’ont pas le droit d’emprunter la voie publique pour les manifestations de leur culte » car elles imposeraient ainsi « aux indifférents, aux adeptes des autres confessions religieuses le spectacle inévitable de leurs rites particuliers. » Les députés catholiques eurent beau jeu de clamer que « quand l’ordre public n’est pas en danger, il y a un autre intérêt qui s’impose, c’est celui de la liberté. »

« La laïcité n’est pas une simple tolérance, trop souvent réduite à l’acceptation, un rien dédaigneuse, de l’erreur de l’autre. Elle n’est pas non plus une option, une alternative à la croyance. On peut être croyant, athée, agnostique, voire indifférent dans une République laïque. La laïcité n’est pas un courant culturel, une famille spirituelle, comme une religion ou une philosophie. La laïcité n’est pas une idéologie, une prise de partie sur la conception que l’on se fait de la sociabilité souhaitable, de l’avenir désirable. La laïcité est le principe juridique et politique qui permet la cohabitation paisible de ces différents courants idéologiques. Elle n’a de sens que comme garantie d’un vouloir vivre ensemble harmonieux, d’une sociabilité apaisée, d’autant plus utile que la société gagne en diversité culturelle ou cultuelle. »

La laïcité : une émancipation en actes Ligue de l'enseignement

Quant aux « accommodements », Aristide Briand, le maître d’œuvre de la Loi de 1905, fut le premier à les pratiquer en amendant sa propre loi afin de forcer l’église catholique à rester dans la légalité malgré elle. Et la République de 2018 s’accommode du concordat maintenu dans 3 départements métropolitains et de nombreux accommodements ont cours dans l’ultra-marin, comme on dit (Guyane, Mayotte, Nouvelle Calédonie, Wallis-et-Futuna...).

Ce point de vue relève donc, non pas d’une défense d’une prétendue "laïcité républicaine" opposée à une "laïcité ouverte" (comme si la laïcité ne pouvait être autre qu’ouverte, « libérale » disait Briand), mais de la défense d’une fausse laïcité liberticide.

 

NB Le ‘philosophe’ invoque une  laïcité républicaine des Lumières ! Et il invoque aussi  l’idéal des Lumières, idéal politique de citoyens égaux et éclairés, idéal humaniste d’individus exerçant librement leur esprit critique. Le mot même d’idéal indique bien que c’est un objectif- une ‘lumière’ - vers lequel nous devons tendre, sans jamais l’atteindre.

Et les humains qui forment nos sociétés ne sont pas ces individus abstraits, mais des êtres de chair et de sang, malheureusement plus souvent guidés par leurs émotions que par la raison, inclus dans de multiples appartenances, avec leur histoire, leur vécu, leurs convictions, leurs engagements, leur ancrage familial, amical, local, professionnel, associatif, politique, etc. Et, pour plagier Jaurès, s’il faut aller vers l’idéal, il faut d’abord comprendre le réel.

La Loi qui à un moment donné règle le vivre ensemble évolue, comme la société. Les grandes lois sociétales – divorce, contraception, IVG, mariage pour tous – le démontrent. Et s’il y a un combat laïque c’est bien celui qui va s’engager en 2018 sur la Bioéthique.

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 15:36
Croix de Ploërmel et mauvaise foi

Dimanche dernier, 26/11/2017, comme souvent le dimanche, la dame Jeanne-Emmanuelle Hutin, nous a délivré son prêche dominical. J’ai envoyé, une fois de plus, au courrier des lecteurs de ce grand journal régional, une réponse à cette homélie.

Loi de 1905 et croix de Ploërmel

 

Faudra-t-il se désabonner de l’édition dominicale d’Ouest-France pour ne plus avoir – non seulement les athées et les agnostiques mais aussi les chrétiens fidèles à l’esprit de Vatican II – à subir les prêches de Mme Hutin ?

L’Article 28 de la Loi de 1905 est d’une totale clarté : « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. ».

La mauvaise foi étalée par la dame est totale : le conseil d’état, suivant en cela les recommandations d’Aristide Briand, a eu une interprétation très libérale puisqu’il ne demande que l’éviction de la croix et non de la statue. S’il avait suivi « la lettre » de la loi c’est tout le monument qui devait disparaître. Mais Briand, lors de la discussion avait en quelque sorte prévu ce cas de figure : « on peut honorer un grand homme, même s’il est devenu saint, sans glorifier spécialement la partie de son existence qui l’a désigné à la béatification de l’Eglise ». En l’occurrence, le Conseil d’état a fait quand même preuve d’un grand libéralisme, car il est difficile de croire que cette statue ne glorifie pas spécialement le saint.  On est là dans ce que des laïques durs dénonceraient comme des accommodements coupables. Madame Hutin devrait en être reconnaissante à la laïcité. Mais non elle en fait même argument en prétendant que tous les éléments de ce monument sont indissociables et en inventant une prétendue exception pour les oeuvres d’art (?), alors que ladite exception ne concerne que musées ou expositions.

Puisque des polonais veulent accueillir ce prétendu chef d’œuvre que Ploërmel soit généreuse et en fasse don à une paroisse de ce charmant pays.

 

J. F. Launay

 Exceptionnellement j’ai reçu une réponse signée de Mme Hutin, mais assortie de bizarres considérations :

Les informations ou pieces jointes contenues dans ce message sont confidentielles. Seul le destinataire expressement vise peut en prendre connaissance. Toute autre personne qui en divulguera, diffusera ou prendra des copies sera passible de poursuites. La societe Ouest-France decline en outre, toute responsabilite de quelque nature que ce soit au titre de ce message s'il a ete altere, deforme ou falsifie.

Apparemment, alors que le message lui-même est correctement accentué, cette formulation menaçante n’a pas bénéficié d’un clavier azerty.

Dans ma réponse j’ai marqué ma plus grande surprise sur le côté “confidentiel” attribué à cet échange qui porte sur un éditorial public et une lettre de lecteur qui avait vocation à devenir publique et dont le contenu n’a aucun caractère personnel et encore moins intime. Et, bien sûr, souligné le côté déplaisant de la menace de poursuites.

N’ayant point les moyens de me payer un avocat – et bien que ces menaces me semblent plus relever de l’intimidation que du droit – je me contenterai de paraphraser la dame qui prétend que l’œuvre ploërmelienne relève de ce qu’elle appelle l’“exception cultivable” que je suppose culturelle. Et cela serait attesté par des juristes qu’elle se garde bien de citer.

Faut-il dire que je lui ai rappelé que l’article 28 de la Loi de 1905 ne prête guère, tellement il est clair, à des interprétations ? Et que le Conseil d’état doit compter quelques juristes éminents.

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 15:00
Danièle Obono dans le collimateur

Jeune, femme, noire et insoumise, Danièle Obono a, ô la vilaine, soutenu un chanteur* qui avait commis un « Nique la France ».  Nouvelle polémique, lancée du coup par un Team Macron, à partir d’un entretien en engliche avec  counterfire, un site d’information anglais, qui se présente comme un media radical et socialiste (mais évidemment rien à voir avec les rad-socs de chez nous).

Danièle Obono dans le collimateur

Quatre phrases – ou prétendues telles – sont traduites et extraites de l’entretien.

Danièle Obono dans le collimateur

Celle sur la manif du 11 janvier est la plus typique du procédé classique qui consiste à extraire deux morceaux de phrase pour en faire une seule qui fait choc. Rien de pire cependant que les propos tenus par nos intellectuels de moleskine Onfray ou Todd.

Dans l’entretien, elle développe son point de vue dans 3 paragraphes et 336 mots, notre team Macron en tire 1 phrase de 22 mots et qui lui fait dire ce qu’elle n’a pas explicitement dit.

Inutile de préciser que, pas plus que pour Onfray ou Todd, je ne partage son point de vue. Il a le droit bien sûr de s’exprimer. On a le droit de le critiquer. Mais pas en se contentant de qualifier ses propos de choquants et scandaleux, en faisant chorus avec la lie identitaire à la de souche !

Danièle Obono dans le collimateur

« French society has a systemic racism problem » : même si l’anglais est une langue qui m’est restée étrangère, la citation du team semble là exacte. Certes, elle amorce un développement où D. Obono s’appuie sur les travaux de la Commission nationale consultative sur les Droits de l’Homme (CNCDH) et les succès d’ouvrages anti-musulmans de Houellebecq et Zemmour , pour étayer cette affirmation. Elle n’en reste pas moins une généralisation – la société entière – et une affirmation erronée – systémique. Que pour R. Camus, de Villiers, par exemple, l’islamophobie soit érigée en dogme ne permet pas dire que la société française dans son ensemble est contaminée.

Danièle Obono dans le collimateur
Danièle Obono dans le collimateur

Les deux dernières citations, issues du même paragraphe, résument mais ne trahissent pas le propos de la dame. Qui là, comme le camp d’en face des pseudos républicains mais à l’opposé exact, ne fait preuve d’aucune nuance. On a pu débattre de la loi de 2004 : elle s’est appliquée sans grand problème. Celle de 2011, sur le voile intégral, posait un problème d’opportunité – fallait-il une loi pour quelques centaines de cas ? – et de mise en œuvre – la police avait peut-être plus urgent à faire que de verbaliser ces fantômes habillées de noir et qui faisaient dans la provoc.  Mais ces lois ne méritent pas le qualificatif dont elle les affuble. Quand à dire que le concept de laïcité et la loi de 1905 sont utilisés contre les musulmans, c’est confondre la conception qu’ont les faussaires de la laïcité – cette conception liberticide à la Valls – et méconnaître totalement la loi de 1905.

Conception liberticide – mais là encore inversée – de Mme Obono qui accuse Charlie Hebdo de se complaire dans les caricatures islamophobiques (Charlie Hebdo’s decade-long stream of Islamophobic caricatures). Avec finalement la même tendance globalisante des racistes qu’elle dénonce, quand elle parle constamment de Muslim people comme si tous ceux et celles, qu’en fonction de leur origine, on assigne à cette religion, formaient un groupe homogène.

* Le rappeur Saïdou, du groupe ZEP (Zone d’Expression Populaire) avec un  sociologue Saïd Bouamama, comme co-auteur. Les deux hommes ont été mis en examen (puis relaxés) pour ‘injure publique’ et ‘incitation à la haine raciale’ après la diffusion du clip ‘Nique la France’", qu’ils ont co-écrit : "Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes/Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes". D. Obono, à l’époque – 2012 – au NPA de Besancenot avait signé une pétition, pour défendre la liberté d’expression, au moment de la mise en examen, pétition signée aussi par Noël Mamère ou Eva Joly, entre autres.

 

Pour compléter, un éclairage des DEBUNKERS :

Docteur Danielle et Mister “camaradobono”

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 21:55
Quatremer, Soraya et le voile !

Je tombe donc sur ce RT, comme on dit pour le transfert de touitte, de Quatremer, nous montrant une petite Soraya, enfoulardée, avec donc le commentaire, pas xénophobe pour un demi-sou, sur le « choix personnel » de la gamine.  D’où sort cette photo avec cette Soraya au teint de porcelaine ? Nul ne sait, en tout cas Quatremer n’en dit rien !

Je rétorque donc par un « Pierre-Charles 5 ans va vous expliquer pourquoi il a choisi la maternelle du Sacré-Coeur plutôt que la mat. J.Ferry », puis par un « Moshe 8 jours va vous expliquer pourquoi il a choisi d’être circoncis » et ayant eu droit à quelques ripostes de xénophobes bien de cheux nous par une photo de baptême.

Quatremer, Soraya et le voile !

Précisons que j’apprécie Quatremer – qui se fait traiter d’européiste* – justement parce qu’il est, comme moi, un européen convaincu. Et aussi, parce qu’il a, plus que moi hélas, un sens de l’auto-dérision des plus plaisants.

Inutile donc de dire que sa soudaine obsession textile m’a quelque peu surpris, irrité, et que les salopards qui l’approuvaient m’ont révolté.

Il se trouve que – volens nolens – les gniards que nous fûmes – et ce n’était pas du belge – comme, je le suppose, les gniards actuels, ont subi l’éducation que leur ont infligé leurs parents ; les codes vestimentaires aussi (que le voile dans la religion, peuchère – comme on dit à Marseille – soit prescrit ou pas à la puberté n’empêche pas le papa et la maman de la petite Soraya, 2 ans, de lui en couvrir les oreilles, pour affronter les frimas de l’hiver… de Paris ? de Téhéran ?).

Comme j’ai pu l’évoquer, dans un passé hélas lointain, j’ai travaillé pas loin de Folies Bergères, quartier où l’on croisait des gamins nippés comme Rabbi Jacob : c’était sans doute aussi à l’insu de leur plein gré, mais personne n’en faisait ouf et ils débordaient de vie.

Quatremer, pour sans doute achever une démonstration que mon cerveau lent n’avait pas perçue, m’a asséné un « ils portent quoi les hommes musulmans déjà? » auquel j’ai répondu « La kippa ? ah non, je me goure... Le tarbouche ? le turban ? il y en a même de "voilés" les touareg... ». Riposte : « c’est vrai que le tarbouche et le turban peuplent nos rues. Un tel déni, faut oser.» D’où, cette nouvelle réponse : « Ah parce que les femmes enfoulardées peuplent nos rues ? et c'est quoi cette obsession textile ? »

Et du coup, mon Quatremer a dégagé en touche !

Quatremer, Soraya et le voile !

S’il s’agissait de dire – par le biais de cette photo – que les filles et femmes qui portent un foulard dit « voile islamique » sur la tête ne le font pas toutes vraiment de leur plein gré le procédé est minable et c’est enfoncer une porte ouverte.

Mais, sauf erreur, le port d’un fichu sur la tête est encore – avec des gens style Quatremer ça ne va pas peut-être pas durer – autorisé, dans la logique libérale de la Loi de 1905, qu’à Bruxelles il semble ignorer.

L'un pour les quatremeriens est à proscrire, devinez lequel !

L'un pour les quatremeriens est à proscrire, devinez lequel !

La vue de la double photo lui a inspiré un nouveau touitte qui finalement révèle les causes de son obsession foulardière :

Quatremer, Soraya et le voile !

Vous lisez bien : pour Quatremer ce foulard n'est même pas un "voile islamiste" mais carrément "islamique" car celles qui le portent, non seulement mépriseraient celles qui ne le portent pas (il suffit de se retrouver à la sortie du Lycée Tarik à Azrou pour constater que les en cheveux et en fichus devisent ensemble le plus joyeusement du monde) mais nourriraient, sous ce fatal voile, des pensées meurtrières !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Défendre l'idée européenne, chère déjà à Aristide Briand, vous vaut d'être traité d'européiste et au pays des Droits de l'Homme, on vous assène un péjoratif droitsdelhommiste !

 

 

 

PS Entre autres saloperies, celle d'un certain Yves DELAHAIE, petit gommeux, ex-Modem, qui m'accuse de "communautarisme vert" (entendez quasi islamiste, suppôt au moins des Frères musulmans et non adepte de communauté baba-cool écologiste) ! Ce petit trou du cul s'est empressé de me bloquer pour que je ne puisse pas riposter !

Quatremer, Soraya et le voile !

 

Dans la même rue d'Azrou, à quelques minutes d'intervalle...

 

 

 

NB Le tarbouche que j’arbore – pour faire réagir les souchiais bornés (pléonasme) – n’implique aucune appartenance religieuse : « grâce à dieu, je suis athée » comme disait malicieusement Luis Buñuel. N’implique non plus aucune inclination pour les tenues style bonne sœur musulmane. Pour échanger avec d’anciennes élèves marocaines, je n’ignore pas non plus qu’elles ont pu être victimes d’une pression sociale pour le port de ce fichu.  

Mais cette pression, comme le rappelait un ex-évêque de Luçon, existait naguère dans notre Ouest profond : "Dans le passé, en Vendée, l'Eglise était trop présente, occupait l'espace social et laissait peu de place à des manières de penser et de vivre la vie humaine et la foi d'une manière différente. Des hommes et des femmes ont souffert de cette emprise de l'Eglise sur leur vie personnelle et sociale".

Il se peut que la politique cynique d’Hassan II, dans les années de plomb, ait mis en selle des forces rétrogrades au Maroc, que l’influence des états arabes – les chaînes qataries sont omniprésentes sur les télés – ait aussi joué un rôle ; il me semble que dans les années 70 du siècle précédent, la contrainte sociale était moins prégnante, mais peut-être suis-je victime du syndrome du cétaitmieuxavant

Ceci dit, le port du foulard, aussi laid soit-il, ou de l’affreux burkini,  est totalement légal dans notre cher et beau pays. Et, sauf à être atteint d’une forme de schizophrénie hantée par le musulman au cimeterre entre les dents, le porter n’implique pas qu’on nourrisse des pensées meurtrières au nom d’Allah.

 

Depuis "Soraya", Libé - le journal où écrit Quatremer - a pointé une belle pub d'ikea :

Quatremer, Soraya et le voile !
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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 16:56
FOUREST vs BAUBEROT : laïcité fracturée ?
FOUREST vs BAUBEROT : laïcité fracturée ?

Caroline Fourest, la passionaria auto-proclamée de la laïcité, se lance, avec sa bonne foi habituelle, dans un combat républicain contre le vilain démocrate Jean Baubérot. Sa propension caractérielle pour la polémique parasite des positions somme toute très modérées. Loin, très loin, de celles du FN ou du président d’un parti qui s’affiche républicain, Sarkozy, qui n’a que des interdits appuyés sur des mensonges à proposer. Mais puisqu’elle prétend retracer l’histoire de la Loi de 1905, il est bon d’en rappeler les fondements.

Je peux chanter la Liberté chérie, mais pas louer la laïcité ouverte !  « Pas la laïcité positive, pas la laïcité inclusive, pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité point final » « laïcité tout court, sans adjectif qui la modulerait » ! Épithète interdit selon les prétendus républicains. Et Caroline Fourest d’ostraciser Jean Baubérot pour avoir donc osé prôner une laïcité ouverte « jusqu’à ce qu’Henri Pena-Ruiz et d’autres se révoltent contre cet ajout d’un adjectif ».

Pour avoir aussi évoqué les accommodements raisonnables, pour elle la porte ouverte au communautarisme à l’anglo-saxonne (ce qu’elle appelle « américaniser la laïcité française »).

S’est-elle seulement donné la peine de lire le rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles ? Et question accommodements, si on se donne la peine d’y regarder, la France n’est pas si mal avec son Alsace-Moselle restée concordataire, la Guyane encore sous Charles X, sans oublier les lointaines Wallis et Futuna qui superposent rois coutumiers, église catholique et république… Accommodements raisonnables dont ont su faire preuve et Jules Ferry quand il s’est agi d’enlever les crucifix des salles de classe (voir la réponse de J. Baubérot 3e question) ou Clemenceau quand il décréta que les inventaires des biens des églises ne valaient pas mort d’homme.

Suprême péché, Bauberot serait un compagnon de route de l’UOIF qui est une des bêtes noires de la dame. Elle avait d’ailleurs déjà jeté l’opprobre sur Raphaël Liogier, sociologue, pour être intervenu dans cette instance. Car pour elle cette Union des organisations islamiques de France est un repaire d’islamistes. Or comme l’explique J. Baubérot, il est allé devant eux pour défendre le droit des homosexuels et le mariage pour tous, questions sur lesquelles l’UOIF est sur la même ligne que Barbarin ou de la Rochère ! Sans entrer dans le débat Keppel vs Roy, l’UOIF, quel que soit son fondamentalisme obtus, n’est pas le vivier du terrorisme daechien.

FOUREST vs BAUBEROT : laïcité fracturée ?

Inutile de rappeler qu’elle marche sur les brisées de Valls quand il s’agit aussi de s’en prendre à l’Observatoire de la laïcité et à son Président Jean-Louis Bianco.

 

Burkini et laïcité

Plusieurs mairies ont tenté d'interdire le port du burkini sur la plage au nom de la laïcité, cet été. Juridiquement, quel est le lien entre la tenue de plage et la loi sur la laïcité ?

Il n'y en a aucun (...) La laïcité forgée dans les années 1880-1905 ne concerne que l'espace administré par l'Etat, qui se doit d'être neutre. Les fonctionnaires — postiers, inspecteurs des impôts, policiers... — n'ont pas le droit de manifester publiquement leur croyance ou leur incroyance. Les usagers du service public sont libres, quant à eux, d'exprimer leurs adhésions. En dehors de l'espace de l'Etat, sur la voie publique par exemple, chacun peut agir à son gré, en n'étant limité que par les exigences relatives à l'ordre public. (…) Les rues, les salles de spectacle ou les commerces étaient auparavant considérés comme un prolongement de l'espace privé, où chacun était libre de se vêtir comme il le voulait. Aujourd'hui, on demande de plus en plus à ces lieux où se croisent et se rencontrent les individus d'être neutres. Cette dérive est contraire à la laïcité pensée par les pères fondateurs (…)

 

Cette question avait-elle été débattue en 1905 ?

Un socialiste avait proposé un amendement visant à interdire sur la voie publique le port de vêtements religieux. Charles Chabert demandait que les prêtres et les religieuses ne portent plus l'habit dans la rue, à une époque où nos espaces publics étaient peuplés de ces figures habillées en noir. Mais une telle mesure fut jugée liberticide. Aujourd'hui, cet interdit (sur le port de vêtements religieux) est souvent présenté comme émancipateur... du moins quand il vise les musulmanes.

 

Philippe Portier Télérama

Philippe Portier étant le successeur de Jean Baubérot à l’Ecole pratique des hautes études (Groupe Société, Religions et Laïcités), il est à craindre que la plume polémiste de C. Fourest l’anathémise. Mais sur le burkini, elle affirme que la plage n’est pas l’école publique et que l’interdiction est un cadeau fait à la propagande intégriste.

Et puisqu’elle prétend retracer l’histoire complexe de la loi de 1905, quelques rappels ne sont pas inutiles, même s’ils sont empruntés à sa bête noire, Baubérot !

 

FOUREST vs BAUBEROT : laïcité fracturée ?

« La loi de 1905 est une étape fondamentale de la laïcisation de la République française mais, contrairement à ce que disent certains politiques, ce n’est pas une loi qui tente de chasser les religions de l’espace public : c’est au contraire un texte libéral qui repose sur la tolérance.

Au début du XXe siècle, le président de la commission parlementaire chargée de travailler sur la loi est un adjoint de Jules Ferry, Ferdinand Buisson, et son rapporteur un jeune député socialiste, Aristide Briand. Politiquement, ces hommes sont des libéraux. Ils ne veulent ni supprimer la religion ni détruire les croyances, mais apaiser le conflit politico-religieux qui déchire le pays depuis le XVIe siècle.

Dès le début des débats, ils s’engagent donc dans un double refus : refus de la laïcité antireligieuse défendue par le député socialiste du Var Maurice Allard, refus de la laïcité [gallicane] défendue par l’ancien président du conseil Emile Combes.

Buisson et Briand estiment qu’il faut mettre fin au caractère officiel de l’Eglise catholique et des cultes reconnus, mais ils veulent aussi protéger la liberté de conscience et la liberté de culte. (…) Jean Jaurès décrit d’ailleurs la loi de 1905 comme une loi "libérale, juste et sage". »

« Toutes les fois que l’intérêt de l’ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou le doute sur leur exacte interprétation c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur. »

A. Briand

Et il rappelle que, pour la loi de 1905, exprimer une croyance religieuse dans l’espace public, ce n’est pas une atteinte à la laïcité ! La loi prévoit d’ailleurs les mêmes peines pour ceux qui exercent une pression religieuse sur autrui – obliger, par exemple, les ouvriers à aller à la messe, comme le faisaient les patrons catholiques du Nord – et ceux qui troublent l’exercice du culte – empêcher, par exemple, des fidèles de participer à une procession religieuse.

Il rappelle aussi que la loi de séparation implique le respect des règles de fonctionnement spécifiques de chaque culte : « Les Eglises ont des constitutions que nous devons respecter », déclare A. Briand. Ces règles fussent-elles contraire aux lois de la République comme le non accès des femmes à la prêtrise !

Et Baubérot de rappeler encore deux débats toujours d’actualité, celui sur la soutane et celui sur les processions. Et dans ses arguments pour repousser l’interdit de la soutane* sur la voie publique, Briand notait qu’on pouvait compter sur l’habileté des prêtres et des tailleurs pour trouver d’autres formes de signes distinctifs. Comme en écho, une polémique récente sur les jupes ou robes longues donne raison à Briand.

La mise en œuvre de la Loi de 1905 se heurte à l’intransigeance de Pie X, pape qui préfère aboutir à « une franche persécution » plutôt qu’aux « accommodements trompeurs » de la loi. Face à cela, en 1907 et 1908, Briand fait voter de nouvelles lois, en quelque sorte des accommodements raisonnables ressentis comme des défaites par une partie des républicains, permettant, dit-il, à l’Eglise catholique d’être « légale malgré elle ». Et, on l’a vu, Clemenceau se refusa aussi à céder aux provocations des ultras catholiques au moment des inventaires.

La "nouvelle laïcité" à la Baroin

En 2003, François Baroin rend au premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, un rapport intitulé « Pour une nouvelle laïcité ». Il défend alors une laïcité plus offensive ­et plus intransigeante que celle de 1905. ­En quoi se démarque-t-elle de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat ?

La rupture entre la nouvelle laïcité et la loi de 1905 est politique. Depuis quelques années, cette « nouvelle laïcité » tente de contrôler l’organisation interne d’une religion – l’islam –, alors que la loi de 1905 se garde bien d’intervenir dans ce domaine : elle est au contraire très respectueuse des spécificités d’organisation des cultes.

Cette « nouvelle laïcité » est l’héritière du gallicanisme que professait Emile Combes : elle veut protéger le « bon » islam et contrôler le « mauvais », comme les républicains combistes voulaient, au début du XXe siècle, protéger le bon catholicisme acculturé et combattre le « mauvais » ultramontain.

Mais elle est aussi l’héritière, à droite, voire à l’extrême droite, d’une autre tradition politique française : le discours maurrassien sur les racines chrétiennes de la France, qui ne sert plus à dénoncer la Révolution française et la démocratie, mais l’« islamisation » du pays. C’est cette conjonction de la tradition combiste scientiste et de la tradition maurrassienne contre-révolutionnaire qui fait la force de cette « nouvelle laïcité » : elle reprend deux imaginaires nationaux très puissants.

Extraits de Laïcité retour aux sources Le Monde 15/10/16

 

Le paradoxe est donc que, sur le fond, Caroline Fourest, est tout-à-fait pour une laïcité apaisée et contre la pseudo laïcité de combat des boute-feux de la droite et d’une fraction de prétendus républicains à gauche. Elle se prononce clairement contre l’interdiction du voile à l’université – et a fortiori sur l’espace public – pour l’acceptation d’accompagnantes voilées dans les sorties scolaires, pour le choix entre menu végétarien et non végétarien dans les cantines scolaires…

Mais le combat qu’elle mène contre l’intégrisme la porte à en voir des complices partout et à mettre facilement cette étiquette infamante sur des mouvements qui ont pignon sur rue et qui, dans cette période d’état d’urgence, n’ont été frappés d’aucun interdit.

 

* A ce propos, peut-on rappeler que le forcené qui encourageait des bourgeois – pas du tout bohêmes – et des nervis à la lyncher à Montparnasse au retour de Nantes, n’était pas en djellaba mais en soutane !

 

A lire aussi :

Soutien à Jean Baubérot

par les co-auteurs de

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour compléter - et bien saisir les raccourcis mensongers de C. Fourest - lire la réponse précise de Jean Bauberot qui développe celle parue dans L'OBS du 13/10/16.

Un exemple quasi caricatural de ses fausses allégations : elle prétend que J. Baubérot a, en quelque sorte par un tour de passe passe à son profit, obtenu un transfert de chaires. Or la chaire qu'elle prétend disparue - celle d'Histoire et Sociologie des protestantismes - a continué, avec comme titulaires les professeurs Jean-Paul Willaime puis Patrick Cabanel. Il y a eu, comme cela se fait régulièrement à l'EPHE et à l'EHESS, une création de chaire (chaire "Histoire et sociologie de la laïcité") et nomination de J. Baubérot, selon la procédure habituelle (élection par les pairs puis par l'Académie des sciences morales et politiques, décret du 1er ministre).

 

Mise au point de l'Observatoire de la laïcité

Annexe

Une pseudo « charte de la laïcité » d’Aix-en-Provence suspendue

 

La très laïque Maryse Joissains-Masini, Maire d’Aix-en-Provence, qui arbore perpétuellement, sur sa généreuse poitrine, une croix plus qu’ostensible, a fait voter à son conseil municipal une « Charte du respect des valeurs de la République, de la laïcité, de la citoyenneté et de la neutralité ».

Sous un préambule placé sous le haut patronage de La Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 27 août 1789, La Loi sur la séparation de l'Église et de l'État du 09 décembre 1905, Le préambule de la constitution du 27 octobre 1946 et  La constitution du 04 octobre 1958, on trouve un texte intitulé « engagement de l’association » que doivent signer toutes les associations bénéficiant d’une subvention municipale. Et, entre autres joyeusetés, on peut lire qu’elles s’imposent un devoir de strict(sic) neutralité et s’abstenir ainsi que toute personne [les] représentant de toute manifestation de convictions religieuses ou politiques dans l'exercice des fonctions et des actions mises en œuvre.

 

Autrement dit si la Maire peut plastronner avec sa croix bien exhibée, Caritas doit mettre la sienne au rencart.

Bon, d’accord, vous l’avez deviné, ce n’est pas la croix de Civitas qui est visée, mais les hypocrites associations de barbaresques au cimeterre entre les dents qui affichent de nobles objectifs pour masquer leurs noirs desseins qu’heureusement notre Vicomte pourfend (voir ci-dessous).

Malheureusement, les islamo-gauchistes de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ont contesté devant le Tribunal administratif de Marseille la légalité de la délibération du conseil municipal d’Aix-en-Provence du 18 juillet 2016 adoptant une « Charte du respect des valeurs de la République, de la laïcité, de la citoyenneté et de la neutralité » ; celle-ci, en effet,  s’ingère illégalement dans la définition de l’objet social et dans les modalités de fonctionnement des associations, en particulier en leur imposant une obligation de neutralité qui ne concerne en réalité que les services publics.

Autrement dit, ils ont appelé au respect de la Loi de 1905 si impudemment invoquée dans le préambule.

Et bien sûr un juge rouge a suspendu l’exécution de la délibération du Conseil municipal d’Aix-en-Provence ayant approuvé la « charte de la laïcité » dont la signature aurait été obligatoire pour les associations demandant une subvention.

Ce juge des référés a considéré que la condition d’urgence était remplie pour deux motifs :

  • ·   atteinte à l’intérêt public que constitue le respect du principe constitutionnel de liberté des associations,
  • ·    atteinte grave et immédiate aux intérêts de la LDH en tant qu’elle a reçu les années précédentes une subvention de la ville qu’elle ne pourrait demander pour 2017 sans signer cette charte.

Il a ensuite considéré que l’atteinte illégale au principe de liberté des associations, principe fondamental de la République, fait naître un doute sérieux sur la légalité de la délibération.

 

Montjoie, Saint-Denis ! Sus à l’islamo-gauchisme !

Pour des raisons mystérieuses*, je reçois une newsletter d’un site qui se revendique « juif » mais qui est plus que Likoud, fan de Bibi Netanyahu ! Et ce site « juif » de dénoncer l’islamophilie de la Maire de Paris ! oubliant qu'Anne Hidalgo envoie ses vœux aussi bien pour le Yom Kippour que pour l’Aïd el Kebir.

Et surtout de citer des extraits du dernier ouvrage de P. de Villiers : likoudistes et réaccathos unis dans la même aversion du musulman.

« L’islamo-gauchisme est partout présent » clame le Vicomte Le Jolis de Villiers de Saintignon qui, après avoir chanté Charrette, loué Jeanne-la-pucelle, est remonté sur son fier destrier pour pourfendre à nouveau les chiens d’infidêles et leurs idiots utiles, ces islamo-gauchistes ! Si l’on ne fait rien la voix du muezzin couvrira le son des cloches de nos terroirs, affirme-t-il !

Mais lui résonne comme le gros bourdon de Notre-Dame que les sataniques femens profanèrent.

FOUREST vs BAUBEROT : laïcité fracturée ?

Une véritable 5e colonne est à l’œuvre dont les séïdes agissent dans la discrétion, tapis dans la haute administration, la haute finance ou le monde des cléricatures. Et Onfray, pas à une contradiction près, vient à la rescousse : « La gauche est fascinée par l’islam comme elle l’était par les dictateurs au xxe siècle. En matière de religion, elle n’est hostile qu’au judéo-christianisme. » Sur la lancée du philosophe bas-normand, le neu-neu du bocage poursuit « L’ultra-gauche est orpheline. Elle a aimé Staline, Mao, Castro, Pol Pot. Le rêve totalitaire s’est éteint. Elle cherche une autre vague de violence pour accoucher de l’histoire. Et comme elle a cocufié la classe ouvrière, il lui faut un prolétariat réinventé. Elle a découvert Mahomet. »

Mais le Vicomte se prend un peu les pieds dans le tapis (de prière ?) quand il cite Rouillan vantant le courage des terroristes, vu que Zemmour, son alter ego, vient de sortir la même ânerie : on n’est jamais mieux trahi que par les siens, il est payé pour le savoir.

 

* Est-ce parce qu’un menorah (chandelier à 7 branches), rapporté du Maroc, trône sur la bibliothèque et qu’une connaissance de confession juive (et de droite affirmée) l'ayant vu, a filé mon adéle à ce site ?

 

 

L’art du sophisme !

Que M. Jean-Marcel Bouguereau, ancien responsable du courrier du Nouvel Obs, me demande de ne plus être averti de mes nouveaux articles du deblog-notes, pourquoi pas ? Pas en souvenir de nos échanges peu amènes d’autrefois cependant : il l’aurait fait d’entrée. Là c’était pour cet article Fourest vs Bauberot. Un hasard ?

La réponse n’a pas tardé à venir, puisque dans un touitte il mettait en exergue un article de Renée Fregosi – philosophe – qui de fait pourfend « les tenants d'une laïcité à la fois "ouverte" et restreinte », coupables selon elle de défendre une laïcité « conçue essentiellement comme protection de la liberté religieuse et partant, comme tolérance de pratiques discriminantes (et stigmatisantes) à l'égard des femmes, subies par celles-ci de leur plein gré au nom de leur religion ».

Dans un sophisme hardi elle proclame que « si les religions sont reconnues, l'apostasie, le blasphème, le péché et la supériorité des règles religieuses sur le droit positif national, sont en revanche des notions totalement étrangères et même contradictoires avec les principes laïques de la libre pensée et avec l'Etat de droit. » Or, comme l’indique clairement l’intitulé de la Loi de 1905 – loi de séparation des églises et de l’état – l’apostasie, le blasphème, le péché et autres règles religieuses ne relèvent aucunement du Droit, quelque qualificatif qu’on lui donne.

Mais à partir de ces prémisses, elle peut donc expliquer que la vraie laïcité, entendez la sienne, pas celle de Briand, Jaurès et Buisson, et le vrai féminisme, entendez le sien, unis peuvent s’attaquer à des préceptes religieux infériorisant la femme. Or, rappelons-lui la loi de séparation implique le respect des règles de fonctionnement spécifiques de chaque culte : « Les Eglises ont des constitutions que nous devons respecter », déclare A. Briand. Ces règles fussent-elles contraire aux lois de la République comme le non accès des femmes à la prêtrise, exemple flagrant de discrimination des femmes !

Dans un sophisme encore plus hardi, et au nom bien sûr de la liberté individuelle elle va affirmer « De même que chacun doit garder son vote secret pour que le secret du vote soit préservé pour tous, aucune femme ne peut se proclamer impure, soumise ou devant être pudique sans remettre en cause la dignité de toutes les autres. En acceptant de leur plein gré de porter voile, burka, niqab, burkini ou autre vêture réputée "pudique", ce sont toutes les femmes dans leur nature sexuée qui sont insultées. »

Prémisse faux : le secret du vote n’a été institué que pour éviter les pressions ou corruptions et les sondages à la sortie des urnes reposent sur la révélation de leur vote par les sondés. Quant à l’amalgame entre voile et burkini d’une part et burqa et niqab de l’autre, il est aussi révélateur de la méthode. On peut juger hypocrite celles qui affichent des tenues rigoristes et ridicules celles qui s’exhibent en burkini (qui n’est d’ailleurs ni bur ni kini), mais oser, au nom de la liberté leur interdire de les porter, est une totale imposture.

Le combat pour l’égalité ne repose pas sur des interdits discriminants mais sur un combat idéologique de conviction, pas d’imposition !

 

* Pour éviter tout faux procès, précisons même si c'est évident, que les religions ne doivent pas avoir des prescriptions contraires aux droits de l'Homme et qu'elles ne peuvent faire respecter leurs prescriptions que par des armes spirituelles et que leurs "fidèles" y adhérent de leur plein gré.

 

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 17:06
PINA Céline, la MORANO Nadine du PS

L’OBS du 25/08/16 offre une collision intéressante entre deux articles, l’un sur le complotisme et l’autre sur l’incontournable Burkini. Car le 2e inclut, en encadré, un entretien avec une Céline Pina qui illustre parfaitement le premier.

« Popularisée par des écrivains comme Renaud Camus ou des journalistes comme Eric Zemmour, la théorie du "grand remplacement" est de nature conspirationniste. Elle laisse entendre que les peuples d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne ont un dessein caché : se substituer aux populations européennes et annihiler leur civilisation. On peut y voir une nouvelle version de la "causalité diabolique", analysée par l’historien Léon Poliakov pour expliquer la persécution des juifs à travers l’Histoire. » (Les nouveaux délires des complotistes)

Comme en écho, la camarade Céline Pina clame que les islamistes ont un projet de conquête insidieuse du pouvoir. Le diabolique burkini, véritable cheval de Troie de l’islamisme mortifère, comme dit notre 1er ministre (un peu conifère, lui) devient une burqa de bain ! Ben voyons, bien qu’elle ne cache aucunement le visage. Grosse ficelle – la même finalement que celle qui consiste à invoquer des troubles possibles à l’ordre public pour des arrêtés liberticides et néanmoins municipaux – cette ridicule tenue serait un symbole sexiste ! et le sexisme c’est comme le racisme, pas une opinion mais un délit ! CQFD ! Ce qu’elle projette sur cet habit reflète ses fantasmes « il signifie que les femmes sont impures », c’est « une atteinte à la dignité humaine »,  pas moins.

PINA Céline, la MORANO Nadine du PS

Elle accumule les références qui font peur : frères musulmans, wahhabites, salafistes et tenez-vous bien plus radicalisés encore. Elle plaque la situation imposée par DAECH dans les territoires qu’il contrôle à la France. Et surtout elle énonce ce truisme que les religionnaires, comme on disait du temps d’Aristide Briand, là où ils le peuvent, cherchent à imposer leur conception du monde, cherchent à subordonner la société civile à la société religieuse, à vouloir étendre à la société politique les règles et méthodes de leur religion, à utiliser des armes spirituelles à des fins temporelles, à se servir du pouvoir politique pour imposer leur vision morale, individuelle ou collective. Le national-catholicisme de l’église espagnole du temps de Franco imposait ses dogmes à tous. Et les soubresauts qui ont accompagné la loi pour le mariage pour tous démontrent que la tentation cléricale est toujours prégnante.

Les mahométans, comme disait Voltaire, en tout cas leur fraction intégriste, en France, tentent d’exercer une pression sociale, en particulier sur les femmes, d’autant plus difficile à contrer que, dans certains quartiers, le seul service public qui subsiste c’est l’école et que les désastreuses BAC ne font que jeter de l’huile sur le feu ! Mais ce n’est certainement pas par des arrêtés grotesques, appliqués de façon odieuse, contre une tenue qui n’a l’ostentation que celle qu'on lui prête, que l’on luttera contre cette emprise sociale, dont les seuls musulmans ou présumés tels sont victimes d’ailleurs !

Et cette dame invoque à tort les lois de la République, alors que visiblement elle ignore et la lettre et l’esprit de la Loi de 1905 !

 

PS J'ai reçu un courriel un peu mystérieux de Jean-Marcel Bouguereau*, ex journaliste du Nouvel Observateur (devenu L'OBS) :

"En réponse à votre blog sur Celine Pina à qui vous prêtez des propos qui ne sont pas d'elle mais de Renaud Camus" 

suivi d'un lien vers un article de la même inspiration musulmanophobe, avec en prime l'insulte suprême "droit de l'hommiste".

Or, je ne prête rien à cette dame, le scan de l'encadré le montre ; mais peut-être que l'honorable journaliste veut dire qu'elle ne fait que plagier Renaud Camus ? et le lien indique-t-il qu'il soutient ces propos ?

 

* Ledit Bouguereau a depuis demandé, à propos de l'article FourestvsBauberot, que je ne l'informe plus de mes nouveaux articles ; a posteriori ce courriel signe son appartenance à la secte laïciste.

Quant à la dame Pina elle est acoquinée avec une hystérique passionaria du MRC - le groupuscule fondé par Chevènement qu'il a depuis quitté - qui insulte tout azimuth.




 

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 22:30
La laïcité en faux-procès

Un pseudo professeur de sociologie intente un procès en dogmatisme à la laïcité, par une grossière confusion avec un athéisme qualifié de fanatique !

 

La sociologie est parfois un  pavillon de complaisance pour des idéologies fumeuses. Faut-il rappeler qu’un éminent professeur de sociologie, Michel MAFFESOLI, a pu donner un doctorat à Elisabeth Tessier, une Madame Soleil un peu plus chicos ! Et c’est cet éminent sociologue qui signe une tribune dans Libération dont le titre même - Du fanatisme athée au fanatisme dévot – laisse deviner l’élucubration intellectuelle qu’il va développer.

En effet, à l’issu d’une véritable bouillie conceptuelle où il confond, athéisme et laïcité, il assène : « C’est en ce sens qu’à l’encontre de la «doxa» dominante, on peut dire que c’est l’intégrisme laïque qui, sans bien sûr en être conscient, est le fourrier des positions et des actes extrémistes. »

 

Certes, les soi-disant laïques, style Riposte raciste, sont à la laïcité ce que les daechiens sont à l’Islam. Ils en ânonnent le verbe, ils en nient l’esprit. Mais les daechiens n’ont pas eu besoin du repoussoir de ces faux-laïques pour recruter.

La laïcité ne se situe absolument pas sur le même plan que la religion, encore moins comme une rivale. Opposer un fanatisme laïque à un fanatisme religieux est un non sens. Et feindre de confondre laïcité et athéisme – en convoquant le pauvre Rousseau à l’appui – démontre, si besoin était après l’épisode Tessier et des nominations plus que douteuses dans des instances universitaires, la totale absence d'honnêteté intellectuelle du personnage.

Est-il besoin de lui rappeler les deux premiers articles de la loi de 1905 dont nous fêterons le 110e anniversaire le 9 décembre ?

Article 1

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte…

 

Aucun fanatisme athée dans ces articles. La République ne veut pas instaurer une sorte de religion civile, non plus. Comme son titre l’indique il s’agit uniquement de la séparation des églises et de l’état. Avec une double conséquence : la parfaite neutralité de l’état (donc de tous ses bâtiments et agents) et le refus du cléricalisme, cette propension des religions à vouloir imposer leurs dogmes à l’ensemble de la société civile.

Et le rationnel ne s’oppose pas à l’émotion ou aux affects, il s’oppose à l’irrationnel. Et quoi de plus irrationnel que la barbarie ?

 

Emotion, affects, passions se situent dans une toute autre sphère, qui s’exprime dans l’art notamment. Et le laïque convaincu, athée, agnostique ou croyant, s’il estime qu’en politique il vaut mieux s’adresser au cerveau qu’aux tripes,  est capable de vibrer en écoutant le Chœur des esclaves du Nabucco de Verdi ou en regardant Guernica de Picasso à Madrid ou en se récitant Le dormeur du val de Rimbaud…

« Les communautés sont là », nous assène le professeur.

Mona Ozouf, dans « Composition française » a bien montré comment on pouvait tout à la fois se sentir Bretonne, Française et Européenne. Autrement dit, une personne ne se réduit pas à une communauté, plus ou moins mythique d’ailleurs. Et le repli communautaire parfois stigmatisé est plus sûrement provoqué par la xénophobie que par la laïcité.

 

Déduire de massacres perpétrés par de vrais fanatiques – enfermés dans leur bulle, imperméables justement à toute émotion ou affect et animé par la seule passion de détruire et se détruire – un besoin religieux retrouvant une indéniable force et vigueur est des plus consternants. Le vocabulaire employé est d’ailleurs surprenant, puisque ce qu’il appelle un sacral diffus contaminerait la sphère politique et il estime qu’il faudrait savoir accompagner cette contamination !

La laïcité est indispensable pour justement éviter cette contamination à laquelle d’ailleurs nous invitent plus les bigotes de l’anti mariage pour tous, qui ne peuvent admettre que leurs dogmes ne s’imposent pas à tous, que d’autres religionnaires.

Et des batailles sociétales, pour le droit à décider de sa mort dans la dignité par exemple, sont encore à gagner contre les cléricalismes.

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 16:44
Tract distribué dans mon ex-collège

Tract distribué dans mon ex-collège

Mea culpa ! si j’ose dire. A l’occasion d’une distribution de tracts de l’aumônerie dans mon ex-collège, j’ai découvert à ma grande honte que j’ignorais en fait les textes. Fort de l’article 2 de la Loi de 1905, j’étais persuadé qu’une aumônerie de collège était liée à l’existence d’un internat. Que nenni !

Aumônerie de collège public : tout faux !

Or donc, en marge d’une réunion d’une association citoyenne locale, on m’informe que des tracts sur l’aumônerie avaient été distribués dans les classes officiellement. Tout faraud, je proclame qu’une telle aumônerie ne pouvait exister puisque j’avais réussi à faire fermer l’internat dudit collège. Et qu’une aumônerie ne pouvait exister que dans un établissement avec internat !

Tout faux.

 

Certes, l’aumônerie est de droit en cas d’internat. Sous réserve d’une demande de parents.

Ce qui était arrivé à la fin des années 90 où donc j’avais accueilli une charmante catéchiste que j’avais affublé du titre d’aumônière, ce qu’elle supportait fort chrétiennement. Une autre lui avait succédé qui m’avait d’ailleurs promis de me faire visiter l’évêché – il n’est visible que pendant les journées du patrimoine et avec inscriptions très réduites – promesse non tenue. Pourtant le logement de fonction du successeur de Richelieu, du peu qu’on en voit, me semblait bien supérieur à celui qui m’était alloué.

L’internat fermé, l’aumônière avait disparu. Et dans mon esprit, tout ce qui ressortait du caté, pour les externes ou demi-pens relevait des familles, le mercredi ou le samedi ou après les cours. Sans que l’établissement ne soit, si peu que ce soit, concerné.

Aumônerie de collège public : tout faux !

A jouer les péremptoires, j’ai quand même voulu conforter mes affirmations par des textes.

 

Le site du 1er ministre Vie publique sur ce sujet rappelait la loi fondatrice : « L’Etat doit permettre à chacun de pratiquer son culte en assistant aux cérémonies ou en suivant l’enseignement propre à sa croyance. Si un croyant est retenu dans un établissement géré par l’Etat, il doit pouvoir pratiquer son culte au sein de cet établissement. C’est pourquoi la loi de 1905 [dans] son article 2 qui interdit toute subvention à un culte prévoit que "pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons". »

La suite était cependant plus ambiguë : « Dans les établissements scolaires publics du secondaire (collèges et lycées), la création de services d’aumônerie est possible à la demande des parents. Les aumôniers de l’enseignement public ne sont pas rémunérés par l’administration bien qu’agréés par le recteur. Quand l’établissement scolaire possède un internat, l’enseignement religieux est dispensé au sein de l’établissement, en revanche, quand il n’y a pas d’internat, les cours religieux sont donnés en dehors des locaux scolaires. »

Les quatre premières illustrations sont les scans du tract distribué récemment dans le collège où j'ai sévi !

Les quatre premières illustrations sont les scans du tract distribué récemment dans le collège où j'ai sévi !

Le doute cependant me gagnait.

 

Plongée donc dans le Code de l’éducation qui, dans son titre IV, Article L 141-2., affirme : L’Etat assure aux enfants et adolescents dans les établissements publics d’enseignement la possibilité de recevoir un enseignement conforme à leurs aptitudes dans un égal respect de toutes les croyances. Mais surtout précise les modalités pratiques : L’Etat prend toutes dispositions utiles pour assurer aux élèves de l’enseignement public la liberté des cultes et de l’instruction religieuse.

  • Article R. 141-2. – Dans les établissements publics d’enseignement comportant un internat, une aumônerie est instituée à la demande de parents d’élèves.
  • Article R. 141-3. – L’instruction religieuse prévue à l’article R.141-2 est donnée par les aumôniers et ministres des différents cultes dans l’intérieur des établissements.
  • Article R. 141-4. – Les lycées, collèges, et généralement tous établissements publics d’enseignement du niveau du second degré ne recevant pas d’internes et non encore pourvus d’un service d’aumônerie peuvent en être dotés, à la demande de parents d’élèves. La décision est prise par le recteur dans des conditions et selon des procédures déterminées par arrêté du ministre chargé de l’éducation. Si la sécurité ou la santé des élèves le justifie, le recteur peut, après avis du chef d’établissement, autoriser les aumôniers à donner l’enseignement religieux à l’intérieur des établissements. (Ce dernier alinéa nuance donc le résumé de Vie publique)

Des distributions de tracts controversées

Collège-lycée BUFFON

Comme je ne lis pas Le Parisien, La Croix ou Le Figaro, je n’avais pas lu les articles sur une distribution de tracts de l’aumônerie catho dans quelques établissements du XVe dont le collège-lycée Buffon, à la mi-septembre. Pub très controversée par la FCPE et des syndicats enseignants.

La Croix, assez jésuitement, a tenté de justifier cette distribution par les textes officiels.

Sauf que si le Code de l’éducation est muet sur la façon d’informer les familles, la Circulaire no 88-112 du 22 avril 1988 - Enseignement religieux et aumôneries dans l'enseignement public. – est plus précise.

 

Or donc il faut une demande des familles et le chef d'établissement doit adresser au recteur un dossier comprenant la totalité des demandes reçues, la répartition des élèves intéressés entre les différents cultes et les différentes classes… dossier assorti d’un avis du Conseil d’administration.

Lors de la création du service d'aumônerie ou lors de la première inscription d'un élève dans l'établissement, le chef d'établissement doit informer l'élève, s'il est majeur, ou ses parents ou représentants légaux, de l'existence d'un service d'aumônerie. Voilà donc la justification de la distribution de tracts, direz-vous.

Et bien non ! S'il s'agit d'une première inscription de l'élève dans l'établissement, les parents ou représentants légaux indiquent, sur la fiche d'inscription qu'ils doivent remplir, et qui doit comporter une rubrique à cet effet ou, à défaut, sur un feuillet  ad hoc annexé à cette fiche, s'ils désirent que l'élève suive les activités du service d'aumônerie (…)

Les formulaires d'inscription dans l'établissement scolaire ou tout autre document comportant des questions relatives à l'enseignement religieux doivent préciser clairement que les réponses à ces questions sont facultatives. En outre, les chefs d'établissement devront faire savoir aux parents ou à l'élève majeur que l'inscription aux activités du service d'aumônerie peut entraîner la nécessité de conserver l'enregistrement de cette inscription dans un fichier manuel ou informatisé.(…)

Le choix fait lors de la première inscription vaut tant qu'il n'a pas été modifié par écrit. Les noms et adresses des élèves inscrits seront tenus à la disposition du responsable de l'aumônerie qui devra refuser de recevoir les élèves non inscrits

Rétrospectivement, je le confesse, je n’ai absolument pas suivi ce texte lors de la brève présence d’une aumônerie au sein du collège (deux ans, si je me souviens bien). Sauf erreur pas d’indication de son existence à l’inscription. Libre accès. La seule publicité devait être une pancarte sur la porte de la salle avec les horaires de permanence. Et pour moi, ladite aumônerie avait disparu en même temps que les internes.

Est-ce d’ailleurs à cause de ces manques à l’information que des rectorats auraient autorisé une publicité directe distribuée à tous au sein des établissements avec aumônerie ? Hypothèse hardie.

Le rappel du texte de 1988, en revanche, n’est peut-être pas inutile.  

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