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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 21:37

eglise espagne01De retour du Maroc, une halte de quelques jours dans un hôtel, propriétés de deux britiches. Un coup d’œil sur un journal destiné aux anglais installés dans le sud de l’Andalousie. Et je tombe sur cet article qui conte les malheurs d’un catho pratiquant. Or donc, ce professeur de l’Université de La Coruña, en visite chez son fils à côté de Madrid, ne rate pas la messe. Un peu estomaqué, le Professeur, d’entendre le prêtre accuser dans son sermon le gouvernement de Zapatero d’assassiner les enfants dans le ventre de leur mère et d’être plus Nazi que les Nazis hitlériens* ! Et de s’en prendre à la Ministre de la Santé qui veut tuer les vieux avec des injections létales (en fait un projet de loi pour le droit à la dignité de la mort, rien à voir donc avec le suicide assisté à la mode helvète). Pour avoir protesté – nous sommes à la messe pas à un meeting d’un parti politique – ce catholique a été viré de l’office par quatre paroissiens.

Bon, dira-t-on, un ratichon du style de l'abbé de Cacqueray, avec des bigots bornés (pléonasme). Quoique…

 

eglise espagne02Laïques « antidémocratiques et totalitaires »

Un agnostique ne peut être libre car la liberté, selon le manuel Philosophie et éducation, des éditions Casals, est consubstantielle avec la « transcendance », qui « en philosophie est appelée cause ultime, être suprême ou Dieu. » Et si l’État s’oriente dans une direction laïque, le manuel demande s’il faudra l’assumer. La réponse est « non, parce que la fin ultime de l’homme est d’ordre transcendantal. »

« Le christianisme exerce sa bienfaisante influence sur la société. » Et l’État doit l’assumer. Dans l’analyse des relations entre l’Église et l’État que le manuel offre dans ses pages finales les laïcistes sont traités d’ « antidémocratiques » et de « totalitaires ».

Et il prévient : « Selon une interprétation totalitaire qui a eu des échos dans divers secteurs de partis à tendance démocratique, il n’existerait pas de relations entre l’Église et l’État, mais une séparation totale entre les deux. » Une semblable interprétation engendrerait, selon les auteurs du livre, « que la religion soit reléguée à une dimension marginale et privée. » Et alors, il ne faudrait pas s’embarrasser de demi-mesures : « Face à cette interprétation antidémocratique contraire aux droits de l’homme, les citoyens peuvent et doivent mettre en pratique tous les moyens légitimes d’autodéfense que l’État démocratique de droit met à leur disposition pour empêcher que ne soient lésés leurs droits et leurs libertés. » (traduction de B. S. Professeur d'Université émérite)

 

 

Ce n’est plus un article d’une feuille de chou pour immigrés anglo-saxons, mais un encadré, illustrant un article d’El Païs (22 Mai 2011), intitulé « Darwin y el Gobierno no son de fiar » (On ne peut se fier ni à Darwin, ni au gouvernement).

 

En 2005, le gouvernement socialiste, malgré une manifestation massive, évêques en tête, soutenue par Rajoy et le Parti Populaire (PP droite, héritier du franquisme), avait décidé l’abandon des cours de religion obligatoires à l’école publique. Il avait ensuite introduit une « Education pour la citoyenneté », portant sur les droits de l’homme et les valeurs qui fondent la Constitution et la législation, expliquant ce qu’est l’homophobie… Faut-il dire que l’épiscopat a estimé que c’était un empiètement insupportable sur le domaine moral, dont il revendique l’exclusivité, et que le PP a dénoncé la mise en place d’un « catéchisme socialiste » !

 eglise espagne Protesta partidos conservadores

N’ayant pu bloquer cette réforme, l’église espagnole a mené le combat sur un autre plan. Le manuel le plus utilisé en cours d’Éducation à la citoyenneté met en question les théories de Darwin sur l’évolution, revendique la création du statut de l’embryon – qui rejette l’avortement dès l’instant même de la conception – et la philosophie qui interprète le monde sans la foi chrétienne. Il appelle aussi à la rébellion civique si l’Espagne avançait vers un état laïc et considère impossible d’être « patriote » sans « aimer, outre le territoire, la religion ».

 

S’agissant de Darwin, ce manuel reste très en deça de positions exprimées par Jean-Paul II. Un siècle et demi après la publication de L’origine des espèces par Darwin, le pape polonais a admis que « de nouvelles connaissances conduisent à penser que la théorie de l’évolution est plus qu’une hypothèse. […] La convergence, aucunement cherchée ou provoquée, des résultats de travaux réalisés indépendamment les uns des autres, constitue en soi un argument significatif en faveur de cette théorie ». Le manuel, lui, affirme qu’« aucune théorie n’arrive à expliquer tout le processus de la formation des espèces » et que « en même temps qu’avancent les découvertes, des interrogations surgissent. On peut affirmer, sans l’ombre d’un doute, qu’en ce domaine de nouvelles découvertes et de nouvelles théories devront apparaître. » Et aussi : « Très peu des principes de l’évolution selon Darwin ont dépassé le stade de la recherche ; en fait, seuls demeurent intacts ceux qui restent en-dehors du domaine scientifique, c’est-à-dire, ceux qui ne sont pas démontrables par l’expérience. »

 

Dans la question IX, « Les fondements de l’action morale », l’interruption de grossesse – devenue un droit de la femme en 2010 et non plus seulement dépénalisé - est présentée comme paradigme de la « réduction de l’éthique à un relativisme irrationnel. » On y demande : « La question scientifico-éthique première et décisive qu’il faut aborder est celle du statut de l’embryon. La vie embryonnaire est-elle seulement un bien qu’il faut protéger ou un droit inviolable de l’être humain déjà conçu ? »

Le manuel termine sa prolixe exposition de la doctrine catholique contre l’avortement avec la considération selon laquelle « la vie de l’individu développé n’est autre que celle de ce même être lorsqu’il se trouve à l’état embryonnaire. »

 

« Philosophie et citoyenneté » est le titre que la matière reçoit dans le dernier parcours de l’enseignement pré-universitaire. Le décret des contenus minima en 2007 répartit cette matière en trois blocs : histoire de la philosophie, l’être humain en tant que personne individuelle et sociale, et la relation entre philosophie et politique. Face à deux manifestations massives, lancées par l’église, appuyées par Aznar et le PP, la seule voie trouvée par le Gouvernement pour garantir la paix dans les établissements scolaires a été d’autoriser des manuels élaborés au goût de chaque courant de pensée, bien que cela ait eu pour conséquence de dénaturer la matière. Le syndicat patronal des établissements sous contrat d’association – ceux qui sont régentés par les catholiques et payés avec des fonds du Budget général de l’État – a exigé pour ne pas se joindre à la campagne belliqueuse contre le Gouvernement que « la vie des saints », selon les paroles des responsables de la FERE (Fédération religieuse des religieux de l’enseignement), inspire la matière. Ainsi, saint Thomas d’Aquin, saint Augustin et la doctrine des papes se sont convertis en fils conducteurs de « la libre interprétation du monde actuel » et de la « formation de citoyens autonomes et critiques ».

 

Depuis lors, dans les salles de cours en Espagne on étudie avec des manuels qui vont à l’encontre de quelques lois, comme celle de l’IVG – qui dans les manuels des éditions Casals pour le primaire est comparée à l’Holocauste – et contre la loi qui permet le mariage gay. Le Gouvernement ne les pas remis en question. Les plus conservateurs ont fait un pas de plus et dans le manuel destiné aux adolescents du secondaire on affirme carrément que Dieu existe, ainsi que saint Thomas d’Aquin l’a prouvé : par le mouvement, causalité efficiente, la contingence, la gradation des perfections et la finalité. Deux penseurs, Marx et Nietzsche, nient son existence « mais ils conservent l’idée du divin », parce que, « comme le démontre l’Illustration, l’homme ne peut être maître de son destin si Dieu n’existe pas. »

 

Notre ratichon n’est donc pas un intégriste isolé, puisque un manuel scolaire ose une comparaison indigne entre IVG et Holocauste. COPE, la radio conservatrice de l'épiscopat espagnol, insulte les institutions autonomes, diffame le gouvernement socialiste, en appelle au leadership du Parti populaire. Ainsi Federico Jimenez Losantos, un de ses journalistes vedettes répète depuis des années que les attentats islamistes de Madrid (dont les auteurs ont été condamnés) dans les trains, le 11 mars 2004 (190 morts plus de 1 200 blessés), sont le résultat d'un complot mené par les socialistes espagnols et une partie de l'appareil d'état. Ces émissions suscitent même les réserves du nonce, taxé de franc-maçon pour ne pas soutenir cette salutaire conspiration !

Cette église de la Reconquista, celle des conversions forcées puis des persécutions des marranes et des morisques (des juifs et des musulmans), celle qui soutint la rebellion franquiste et devint un pilier de cette dictature, «religion d’État », dans un régime franquiste qualifié de « national-catholicisme », complice de ses méfaits, n’a pas admis de ne plus exercer son contrôle social quasi totalitaire sur la vie privée et publique. La “movida” fut une brève embellie.

L’église espagnole est un précipité de cléricalisme, cette volonté de subordonner l'autorité temporelle à l'autorité ecclésiastique, à baptiser “lois naturelles”, ce qui n’est que préceptes religieux, pour les imposer à tous, à vouloir bannir la laïcité.

 

Eglise hispanique caricaturale ? ou dans la ligne très « contre-réforme » de Jean-Paul II. L’indulgence plénière dont le pape polonais a fait preuve à l’égard du père (ô combien) Maciel n’était-elle pas due à ce qu’il apportait ses « légionnaires du Christ » pour renforcer l’Opus Déi, plus élitiste. Et le voile pudique jeté, avec la complicité du Cardinal Rastinger, sur les affaires de pédophilie, n’avait-elle pas pour motivation la volonté de ne pas affaiblir cette église de combat ? Outre d’un exorciste, Rome s’accommode d’un évêque antisémite. La papauté soutient un Cardinal Brésilien qui excommunie une fillette de 9 ans violée, pour avortement. Et continue de mettre la capote à l'index !

JP2 a expurgé de son clergé des prélats restés dans l’esprit de Vatican II. Benoît seize est sur la même ligne : il soutient Cattenoz, archevêque d’Avignon, contre ses paroissiens qu’insupporte son autoritarisme, qu’ils croyaient d’un autre âge. Plus discret, l’évêque de Luçon, pas plus que son collègue de la cité des papes, ne cache son attirance pour la droite extrême. Et l’église de France ne résiste pas à la tentation de profiter des propos imbéciles du Chanoine de Latran.

 

L’anti-cléricalisme, au sens propre, est encore d’actualité !

 

* Paco Llorens, el párroco de las localidades de Quart de Les Valls, Quartell y Benavites -en la comarca valenciana del Camp de Morvedre-, que el pasado 2 de febrero 2014 publicaba en su cuenta de Twitter ( @LlorensVidal): "Hitler mataba niños mal formados, hoy el @PSOE sigue promoviendo dicha ideología #noalaborto @hazteoir". (http://luis-viadel.blogspot.fr/2014/02/otro-cura-dejado-de-la-mano-de-dios.html#more)

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commentaires

J.-F. Launay 31/05/2011 16:36


Reçu par courriel : "Va peut-être falloir que le PS espagnol, s'il ne veut pas être laminé aux prochaines élections par une droite extrême et cléricale, et faute de pouvoir dire autre chose sur le
plan économique qu'il n'a pas fait pire qu'aurait certainement fait la Droite (et il peut pousser cette dernière dans ses retranchements en montrant quels auraient été les méfaits d'une gestion de
la crise de façon totalement néo-libérale façon préconisations du FMI ante-DSK qui ont mis totalement sur la paille plusieurs pays d'Amérique du Sud) , fasse campagne en mettant le paquet sur les
libertés publiques et individuelles (notamment aux femmes du droit de disposer de leur corps) qu'il a sauvegardées et développées et sur le risque d'un retour à une Espagne étriquée et racornie.
Faudrait peut-être aussi que les milieux intellectuels et artistiques espagnols se bougent un peu car, à ma connaissance, on ne les entend pas beaucoup prendre position." P. L.


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