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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 22:08
Le doux mot d’euthanasie

« L'homme ne sera jamais immortel ; mais finir n'est rien, quand on est sûr que l'œuvre à laquelle on s'est dévoué sera continuée ; ce qui est honteux, c'est la souffrance, la laideur, l'affaiblissement successif, la lâcheté qui fait disputer à la mort des bouts de chandelle quand on a été flambeau. »  

Voilà ce qu’écrivait Ernest Renan en 1878, qui pensait que « les recherches [qu’il a] commencées sur une science qui s'appellera l'« euthanasie » mettront l'homme au-dessus de la plus triste servitude, la servitude de la mort. » Car, comme nous le rappelle l’étymologie, le beau mot d’euthanasie veut dire « mort douce et facile ».

 

Une fois de plus, dans son édito dominical,  Jeanne-Emmanuelle Hutin, soutien sans faille des anti-mariage pour tous, profite de sa position dans le premier journal de France (Ouest-France) pour tenter d’imposer le point de vue obtus des cagots.

 

Combien de personnes ont connu des drames de proches frappés d’une affection accidentelle ou pathologique grave, invalidante et souvent incurable, infligeant une souffrance physique ou psychique constante et inapaisable ? Quelle cruauté, quel cynisme même, d’oser écrire à l’encontre de ceux qui n’aspirent qu’à une mort dans la dignité, ce  ta vie – de souffrance et de désespoir – vaut mieux que l’euthanasie – c’est-à-dire une fin voulue, hors de la souffrance dégradante. Souvenons-nous des derniers mots de Kafka, transi de douleur, à son médecin : «Tuez-moi, sans quoi c’est un assassinat

 

« De quel droit empêcher une personne n’ayant plus de charges, en règle avec le fisc, ayant travaillé toutes les années voulues et ayant exercé des activités de bénévolat, de quel droit la contraindre à des pratiques cruelles quand on veut quitter la vie ? » ont écrit Georgette et Bernard Cazes qui se sont donnés la mort à 86 ans !

Faut-il aussi rappeler le philosophe André Gorz et son épouse Dorine, atteinte d’une maladie incurable, qui mirent fin à leurs jours à 84 et 83 ans, en septembre 2007 « Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l'autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. ». Et encore Roger Quillot que son épouse Claire, réanimée, rejoindra dans un nouveau suicide.

 

"La possibilité de se suicider par assistance médicale comme l'aide au suicide constitue, à nos yeux, un droit légitime du patient en fin de vie ou souffrant d'une pathologie irréversible, reposant avant tout sur son consentement éclairé et sa pleine conscience". Voilà ce qu’écrivent les citoyens qui ont formé le panel réfléchissant sur ce thème. Ils préconisent aussi ce qu’ils appellent une "exception d'euthanasie" dans le cas précis où une personne en fin de vie ne serait pas en mesure d'exprimer sa volonté cela sur décision commune de la famille et du corps médical.

On est bien loin de l’épouvantail agité par les adversaires du droit de mourir dans la dignité d’un risque d’une sorte d’eugénisme.

 

Pourquoi faut-il alors, une fois de plus, qu’un nouveau droit, qui ne s’impose à personne, soit contrebattu avec des arguments d’une honnêteté intellectuelle douteuse. Car en quoi ces propositions disent-elles à des personnes vulnérables qu’elles sont inutiles et coûteuses ? La caricature mensongère de cette assertion pollue le débat démocratique.

 

Un nouveau droit

Car il s’agit bien, là encore, comme pour le mariage pour tous, comme pour l’IVG et, avant, comme pour la contraception ou le divorce, d’instaurer un nouveau droit.

Droit dont certains, pour des raisons des plus respectables, ne veulent pas user. Nul couple catholique n’est forcé de divorcer, ni d’utiliser un moyen de contraception autre que la méthode Ogino. Pour autant, il n’a pas à imposer sa conception aux autres. Le droit de mourir dans la dignité sera le plus souvent le recours aux soins palliatifs qui, heureusement, se développent. Le choix ultime, qui requiert d’ailleurs une force morale extrême, du suicide assisté restera exceptionnel.

 

Quant à l’exception d’euthanasie, quand un de vos proches est réduit à l’état végétatif, maintenu dans une fausse vie totalement artificielle, avec la fin de l’acharnement thérapeutique, elle lui assurera une mort douce ce que ne garantit pas l’interruption de l’alimentation et/ou respiration forcée.

Un acte de charité, en quelque sorte.

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