Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 15:00
Danièle Obono dans le collimateur

Jeune, femme, noire et insoumise, Danièle Obono a, ô la vilaine, soutenu un chanteur* qui avait commis un « Nique la France ».  Nouvelle polémique, lancée du coup par un Team Macron, à partir d’un entretien en engliche avec  counterfire, un site d’information anglais, qui se présente comme un media radical et socialiste (mais évidemment rien à voir avec les rad-socs de chez nous).

Danièle Obono dans le collimateur

Quatre phrases – ou prétendues telles – sont traduites et extraites de l’entretien.

Danièle Obono dans le collimateur

Celle sur la manif du 11 janvier est la plus typique du procédé classique qui consiste à extraire deux morceaux de phrase pour en faire une seule qui fait choc. Rien de pire cependant que les propos tenus par nos intellectuels de moleskine Onfray ou Todd.

Dans l’entretien, elle développe son point de vue dans 3 paragraphes et 336 mots, notre team Macron en tire 1 phrase de 22 mots et qui lui fait dire ce qu’elle n’a pas explicitement dit.

Inutile de préciser que, pas plus que pour Onfray ou Todd, je ne partage son point de vue. Il a le droit bien sûr de s’exprimer. On a le droit de le critiquer. Mais pas en se contentant de qualifier ses propos de choquants et scandaleux, en faisant chorus avec la lie identitaire à la de souche !

Danièle Obono dans le collimateur

« French society has a systemic racism problem » : même si l’anglais est une langue qui m’est restée étrangère, la citation du team semble là exacte. Certes, elle amorce un développement où D. Obono s’appuie sur les travaux de la Commission nationale consultative sur les Droits de l’Homme (CNCDH) et les succès d’ouvrages anti-musulmans de Houellebecq et Zemmour , pour étayer cette affirmation. Elle n’en reste pas moins une généralisation – la société entière – et une affirmation erronée – systémique. Que pour R. Camus, de Villiers, par exemple, l’islamophobie soit érigée en dogme ne permet pas dire que la société française dans son ensemble est contaminée.

Danièle Obono dans le collimateur
Danièle Obono dans le collimateur

Les deux dernières citations, issues du même paragraphe, résument mais ne trahissent pas le propos de la dame. Qui là, comme le camp d’en face des pseudos républicains mais à l’opposé exact, ne fait preuve d’aucune nuance. On a pu débattre de la loi de 2004 : elle s’est appliquée sans grand problème. Celle de 2011, sur le voile intégral, posait un problème d’opportunité – fallait-il une loi pour quelques centaines de cas ? – et de mise en œuvre – la police avait peut-être plus urgent à faire que de verbaliser ces fantômes habillées de noir et qui faisaient dans la provoc.  Mais ces lois ne méritent pas le qualificatif dont elle les affuble. Quand à dire que le concept de laïcité et la loi de 1905 sont utilisés contre les musulmans, c’est confondre la conception qu’ont les faussaires de la laïcité – cette conception liberticide à la Valls – et méconnaître totalement la loi de 1905.

Conception liberticide – mais là encore inversée – de Mme Obono qui accuse Charlie Hebdo de se complaire dans les caricatures islamophobiques (Charlie Hebdo’s decade-long stream of Islamophobic caricatures). Avec finalement la même tendance globalisante des racistes qu’elle dénonce, quand elle parle constamment de Muslim people comme si tous ceux et celles, qu’en fonction de leur origine, on assigne à cette religion, formaient un groupe homogène.

* Le rappeur Saïdou, du groupe ZEP (Zone d’Expression Populaire) avec un  sociologue Saïd Bouamama, comme co-auteur. Les deux hommes ont été mis en examen (puis relaxés) pour ‘injure publique’ et ‘incitation à la haine raciale’ après la diffusion du clip ‘Nique la France’", qu’ils ont co-écrit : "Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes/Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes". D. Obono, à l’époque – 2012 – au NPA de Besancenot avait signé une pétition, pour défendre la liberté d’expression, au moment de la mise en examen, pétition signée aussi par Noël Mamère ou Eva Joly, entre autres.

 

Pour compléter, un éclairage des DEBUNKERS :

Docteur Danielle et Mister “camaradobono”

Repost 0
18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 21:15
Ferdinand Buisson Dictionnaire de pédagogie

Touitte, a priori insolite de Philippe Meirieu : « Le "DICTIONNAIRE" de Buisson reparait bientôt : une mine ! Consultez-en déjà des extraits. »  En effet, le Dictionnaire pédagogique de Ferdinand Buisson, dont la dernière édition date de 1911, est libre d’accès. Et, outre le fac similé à la BNF (Gallica, peu lisible) une version électronique a été mise en ligne par l’INRP.

Mais Meirieu annonce une reparution dans la collection Bouquins, pour ceux qui préfèrent le vagabondage papier.

Ferdinand Buisson Dictionnaire de pédagogie

Ferdinand Buisson (1841-1932).

Il est directeur de l’enseignement scolaire de 1879 à 1897 et participe à l’élaboration des lois Ferry. Dreyfusard, il est en 1898 l’un des fondateurs de la Ligue des droits de l’Homme, qu’il préside de 1913 à 1926. Après la Première Guerre, il est un fervent promoteur de la création de la Société des Nations et du rapprochement franco-allemand : c’est notamment pour cette raison qu’il obtient le Prix Nobel de la paix en 1927, conjointement avec l’écrivain et homme politique allemand Ludwig Quidde (1858-1941).

Ferdinand Buisson est une des grandes figures de la 3e République. Fondateur de la Ligue française des droits de l’homme, il est aussi, en tant que Président de la commission dont Aristide Briand était rapporteur, l’un des pères de la Loi de 1905. Cet Inspecteur général de l’instruction publique en 1878, à partir de 1890 enseigne la pédagogie à la Sorbonne.  

Il sera de 1879 à 1896,nommé Directeur de l’Enseignement primaire par Jules Ferry.

Le Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson, cathédrale de l’école primaire

Pierre Nora, dans Les lieux de mémoire, fera du « Dictionnaire de pédagogie » de Ferdinand Buisson, la cathédrale – mot un peu ironique pour ce protestant libéral et ô combien laïque – de l’école primaire. La première version, sortie en 1887, compte plus de 300 auteurs et 2600 articles. la seconde, plus ramassée, intitulée Nouveau dictionnaire de pédagogie, sort en 1911.

« Une œuvre monumentale (et improbable) qui, dans le mouvement général de réforme de l’enseignement populaire engagé après 1870, tente de rassembler pour les maîtres tout le savoir utile, entendu maximalement, encyclopédique et pédagogique, en engageant dans l’aventure, entre autres 350 collaborateurs, les meilleurs hommes de science du temps, les Victor Duruy, Gaston Maspero, Camille Flammarion, Lavisse, Marcellin Berthelot, Viollet-le-Duc… »

P. Dubois

Ferdinand Buisson Dictionnaire de pédagogie

C’est avec une certaine appréhension que l’on parcourt l’article Dictée, dans les extraits proposés par P. Meirieu, "la dictée, le plus beau et le plus intelligent (sic) des exercices" comme finkielkrautait Jacques Julliard, pour y lire avec gourmandise ces lignes qui font un sort anticipé à la fameuse querelle du circonflexe :

Ce serait grand dommage, à nos yeux, que de retenir de longues heures un [écolier] sur la question de savoir s’il devra écrire des à compte en deux mots ou des acomptes en un seul mot, comme le veut aujourd’hui l’Académie ; s’il devra unir les deux termes de porte-plume ou de porte-monnaie, à l’exemple de portefeuille ou de portemanteau ; si tels ou tels des fameux verbes en eler ou eter doubleront leur consonne ou prendront un è quand leur dernière syllabe deviendra muette ; si suprême, extrême doivent avoir le circonflexe, quand système et emblème n’obtiennent que le grave, etc., etc.

Nous ne voudrions pas non plus le voir se préoccuper outre mesure de la présence ou de l’absence d’une s quand il s’agit d’écrire de la confiture de groseilles ou de la marmelade d’abricot ; nous voudrions qu’il pût rester indifférent devant les problèmes qu’on a soulevés au sujet de la dictée récemment envoyée par le ministère de l’instruction publique aux candidats au brevet simple de tous les ressorts académiques : faut-il écrire des avocats en sabots et en casquette, casquette avec le singulier, ou bien casquettes avec le pluriel, quand l’auteur écrit lui-même quelques lignes plus bas : les hommes en grands chapeaux et les femmes en bonnets plats ? Nous souhaiterions que, pour notre élève de l’école primaire, ce fût tout un. Nous pensons, enfin, que c’est lui rendre un bien mauvais service que de lui torturer la cervelle avec des phrases baroques comme celles-ci : Les insensés ! ils se sont laissé mettre en désordre, ils se sont laissé envelopper et fait tailler en pièces sur les champs de batailles mêmes qu’ils avaient crus favoriser leurs manœuvres. Leurs stratagèmes, les ruses de guerre qu’ils avaient également crues devoir leur réussir ont tourné contre eux-mêmes ou ont eu une tout autre issue que celle qu’ils avaient pensé ; enfin, les villes qu’ils avaient jugées pouvoir leur servir de refuge en cas de retraite se sont empressées de fermer leurs portes aux fuyards, dès qu’elles se sont aperçues que la fortune s’était déclarée de notre côté, etc., etc. (nous avons suivi, sans prétendre la justifier, l’orthographe de l’auteur). Le temps employé à résoudre ces indéchiffrables logogriphes ne serait-il pas mieux employé à tant d’autres études plus utiles et plus élevées, qu’on n’aborde pas ou qu’on effleure à peine dans l’école, pour cette seule raison que les  heures manquent ?

La version dite électronique de l’INRP – jugée fautive par des anti-pédagos qui ont essayé de récupérer Ferdinand Buisson – offre l’avantage d’un butinage au gré des centres d’intérêt ou de la seule fantaisie.

Il faut, évidemment, plonger dans le substantiel article sur la Pédagogie, complété par un autre article : histoire de la pédagogie.

Ferdinand Buisson Dictionnaire de pédagogie

 

 

 

Quant à la Laïcité, le dictionnaire de 1911 nous apprend que ce mot est nouveau

« Ce n'est que par le lent travail des siècles que peu à peu les diverses fonctions de la vie publique se sont distinguées, séparées les unes des autres et affranchies de la tutelle étroite de l'Eglise. La force des choses a de très bonne heure amené la sécularisation de l'armée, puis celle des fonctions administratives et civiles, puis celle de la justice. Mais la sécularisation n'est pas complète quand sur chacun de ces pouvoirs et sur tout l'ensemble de la vie publique et privée le clergé conserve un droit d'immixtion, de surveillance, de contrôle et de veto.

Un seul domaine avait échappé jusqu'à ces dernières années à celte transformation : c'était l'instruction publique, ou plus exactement l'instruction primaire L'enseignement primaire public restait essentiellement confessionnel : non seulement l'école devait donner un enseignement dogmatique formel, mais encore, et par une conséquence facile à prévoir, tout dans l'école, maîtres et élèves, programmes et méthodes, livres, règlements, était placé sous l'inspection ou sous la direction des autorités religieuses.

La législation française est la seule qui ait établi le régime de la laïcité d'une façon logique et complète : laïcité de l'enseignement, laïcité du personnel enseignant. C'est la séparation, si longtemps demandée en vain, de l'église et de l'école.

L'instituteur à l'école, le curé à l'église, le maire à la mairie.

Si par laïcité de l'enseignement primaire il fallait entendre la réduction de cet enseignement à l'étude de la lecture et de l'écriture, de l'orthographe et de l'arithmétique, à des leçons de choses et à des leçons de mots, toute allusion aux idées morales, philosophiques et religieuses étant interdite comme une infraction à la stricte neutralité, nous n'hésitons pas à dire que c'en serait fait de notre enseignement national. »

Extraits de la version 1911

Et certains articles ont une valeur historique. Ainsi de ceux consacrés soit à notre protectorat de Tunisie, soit au Maroc à l’aube, lui, du protectorat et qui décrivent leurs systèmes scolaires.

D’Abbot John à Zwingli Ulrich, en passant par Babeuf ou Rabelais, le Dictionnaire recense toutes les personnalités qui ont pu jouer un rôle dans le domaine de la pédagogie.

Cette cathédrale de l’école primaire a été aussi baptisée bible des hussards noirs de la République, les instituteurs. Témoignage d’une foi laïque ?

Peillon rappelle que Buisson, dans son propre camp radical et franc-maçon, se heurtait à ceux qui conçoivent la laïcité ou la libre pensée comme « une orthodoxie à rebours » : il craignait par-dessus tout un catéchisme républicain et rejetait l’orthodoxie laïque du « catholique à rebours qui fait de l’athéisme un credo ». (Ferdinand Buisson et La Foi laïque, Liliane Maury)

Ferdinand Buisson Dictionnaire de pédagogie

La couverture de la future réédition dans la collection Bouquins, présentée par P. Meirieu, laisse présager qu’il s’agit de la première version, celle de 1887, plus ample, comme me le signale J. Baubérot.

Ainsi vagabondage électronique et feuilletage de la version papier se complèteront.

Repost 0
21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 17:50

Quasi caricatural ce touitte de la vindicative essayiste !

La méthode Fourest

Donc le CCIF - Collectif Contre L'Islamophobie en France – félicite Macron pour une déclaration qu’il intègre dans son propre message.  Dans son propre touitte E. Macron réagissait à l’ « Intolérable incendie criminel de la salle de prière musulmane à Château-Thierry : dans notre République, chacun est libre de croire ou pas. ». Et la courte vidéo qui suivait n’aurait dû appeler que l’approbation de la passionaria d’une laïcité, beaucoup moins excessive sur le fond, qu’elle se croit obligée de l’afficher dans la forme.

La méthode Fourest

Précision : sachant que la méthode Fourest n'est pas son exclusivité - pour avoir voulu montrer que la Loi Carle bafouait la Loi Debré, donc que la droite de l'époque trahissait la droite gaullienne, j'ai été accusé "de renier un serment de Vincennes de 1960 " - je précise que si j'ai lancé une recherche dans le compte touitteur de M. Macron pour  permettre à tous de l'écouter et démontrer à Mme Fourest que tout un chacun peut en faire autant, cela ne démontre pas que je sois un Macronien !

Mais non c’est un comminatoire est-ce avec son accord ou pas ? Serait-ce faire preuve d’une suspicion déplacée de subodorer que, s’il n’y avait aucune réponse ou pire si elle était positive - si l'intégration s'était faite avec son accord - le Macron ne coupait pas à l’accusation de suppôt du salafisme ! Son équipe a, de mon point de vue, commis la faute de répondre à une interrogation qui ne méritait que mépris.

La dame – mais elle partage ce penchant avec Valls, par exemple – de jeter l’anathème sur quiconque lui semble frayer avec des associations – parfaitement légales au demeurant – qu’elle taxe de frèrisme, entendez d’être des sous-marins de frères musulmans : le CCIF bien sûr, l’UOIF évidemment, sans doute Coexister et d’autres… Ainsi suffit-il, au lendemain de l’attentat de Charlie de co-signer un appel consensuel avec 79 autres responsables d’organismes et associations, mais parmi eux le responsable de ce CCIF, pour être accusé par Valls et Fourest de complaisance avec des signataires qui participent à un « climat nauséabond ».

On notera que Valls, à l’époque 1er ministre, ayant fait adopter l’état d’urgence, n’a cependant engagé aucune action contre ces associations néfastes !

Et Fourest persiste dans cette assez lamentable chasse au sorcier Bianco. Outre des attaques personnelles calomnieuses à l’encontre de Jean Baubérot, on retrouve cette manie excommunicatrice : il est dénoncé comme compagnon de route de l’UOIF !

L'islamophobie

peut se définir comme la peur, ou une vision altérée par des préjugés, de I'islam, des musulmans et des questions en rapport. Qu'elle se traduise par des actes quotidiens de racisme et de discrimination ou des manifestations plus violentes, I'islamophobie est une violation des droits de I'homme et une menace pour la cohésion sociale.

Conseil de l'Europe

Le terme d’islamophobie est récusé parfois par certains – Charb par exemple – en ce qu’il permettrait de discréditer toute critique de l’islam et viserait à (r)établir un délit de blasphème ; il est revendiqué même – Mme Badinter par exemple – par celles et ceux pour qui, la religion étant prétendument  affaire privée – il faut interdire le port du fichu, baptisé voile islamique, à l’université, voire dans tous les lieux publics.

L’objection de Charb vise plutôt une utilisation abusive du terme. La revendication de Mme Badinter reflète une conception liberticide de la laïcité, contraire d’ailleurs à la Loi de 1905.

Mais quel terme employer alors quand, le neu-neu-du-bocage, je veux dire le Vicomte de Villiers, clame dans tous les micros complaisamment tendus : "L'islam est incompatible avec la République, incompatible avec la civilisation française" ; "Il n'y a pas de compromis possible avec l'islam" ? Ou bien quand Zemmour, dans « Un quinquennat pour rien », affirme que « le défi de l’islam est lancé » et qu’il faut donc livrer bataille aux musulmans ?

Et si l’emploi à tort et à travers de l’invective islamophobe doit être dénoncé, que dire de ceux qui voient des dhimmis partout (avec une vision très anachronique du terme) et qui vous traitent, au détour d’un touitte, d’idiots utiles, de collabos, d’islamo-gauchistes !

Repost 0
5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 15:06
Guillaume Peltier, Christian Estrosi, Jean-François Copé et Eric Ciotti s'en prennent à une décision prise par François Fillon, alors ministre de l'Education Nationale

Guillaume Peltier, Christian Estrosi, Jean-François Copé et Eric Ciotti s'en prennent à une décision prise par François Fillon, alors ministre de l'Education Nationale

Dans le grand CONcours des Ripoublicains à qui sortira la stupidité la plus démagogique, sur fond de xénophobie, déguisée en anti communautarisme, quatre quasi ex-aequo.

En tête Copé-le-cynique 10h36, suivi d’Estrosi dit bac-5 à 14 h 21, marqué à la culotte par le frère ennemi de la côte, Ciotti-la-grirouette (Fillon un jour, sarko le lendemain) à 14h56, mais qui pour gagner la mène se fend en plus d’un communiqué, enfin le petit Peltier-baby-Buisson à 16h19, un 4 juillet à marquer d’une pierre noire, mais pas celle de La Mecque !

Objet de leurs cris d’orfraie : la Maison des examens de l’île-de-France conseille de reporter au lendemain les oraux de rattrapage pour les élèves qui invoqueraient la célébration de l’Aïd-el-Fitr qui marque la fin du ramadan..

Fin du ramadan et surenchère musulmanophobe des Ripoublicains

Les touittes se succèdent !

Nos xénophobes s’appuyaient sur un article de BFMTV, assez puant il est vrai et dénotant un total manque de déontologie de la part de son auteur.

En effet ce David Namias n’hésite pas à écrire : « La Maison des examens, qui gère l'organisation des épreuves du baccalauréat en Ile-de-France, a pris une initiative dénoncée par certains comme un excès de zèle, voire une manière de provoquer la polémique avant qu'elle n'advienne. Comme la fin du ramadan, la grande fête de l'Aïd-el-Fitr, risque de tomber (la date est fluctue d'un jour à l'autre) pendant le début des oraux de rattrapage du bac, l'administration offre aux élèves concernés la possibilité de remettre au lendemain leur examen. C'est peu dire que cette note adressée le 30 juin aux proviseurs des lycées des académies de Paris, Versailles et Créteil, est contestée dans son principe (…) c’est une atteinte à la laïcité ».

Sauf que cette recommandation – dont je m’étonne en tant qu’ex chef d’établissement qu’elle ait pu être sournoisement dénoncée par le SNPDEN (pour le SNALC ça ne me surprend pas) – est l’application logique et normale d’ailleurs d’une circulaire du 18 mai 2004 dont l'objet, tenez-vous bien, est le RESPECT DE LA LAÏCITÉ ! En effet, il s’agit de la circulaire d’application de la loi du 15 mars 2004 interdisant le port « ostensible» de signes religieux au sein de l'école publique, dite Loi Stasi. Circulaire ayant notamment pour but de mettre à jour les Règlements intérieurs des établissements.

Circulaire pas laxiste pour un sou, puisque, outre ces fameux signes ostentatoires, elle rappelle que les convictions religieuses des élèves ne leur donnent pas le droit de s'opposer à un enseignement ou encore ne sauraient être objectées ni contre l'obligation d'assiduité, ni contre les modalités d'un examen (J.P. Rosencveig).

Cependant, comme cela était d’ailleurs déjà l’usage, elle dispose que des autorisations d’absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses* qui ne coïncident pas avec un jour de congé et dont les dates sont rappelées chaque année par une instruction publiée au B.O. (les deux Aïd y sont bien sûr, mais aussi des fêtes juives). Plus encore, elle exige que l’institution scolaire et universitaire, de son côté, [prenne] les dispositions nécessaires pour qu’aucun examen ni aucune épreuve importante ne soient organisés le jour de ces grandes fêtes religieuses. A la limite donc, l’oral de rattrapage devrait être suspendu le jour de l’Aïd-el-Fitr !

  Entretien de F. Fillon à RTL le 6 juillet 2016

 

"- RTL : Est-ce qu'il faut permettre aux élèves musulmans concernés par les oraux de rattrapage [du Bac] de reporter leurs épreuves à demain, après la fête de l'Aïd, l'une des fêtes les plus importants du calendrier musulman ?

- François Fillon : Mais évidemment, c'est une tradition française depuis toujours ! C'est le Général de Gaulle le premier qui avait pris des décisions pour que les fonctionnaires français qui étaient de religion juive ou de religion musulmane puissent, lorsqu'il y avait des fêtes religieuses importantes, ne pas travailler ces jours-là.

 

- RTL : Tout le monde à droite n'est pas d'accord avec vous...

- François Fillon : Oui bah pour une raison simple, c'est qu'il y a un certain nombre de gens à droite qui ont une sorte de réflexe pavlovien : dès qu'on parle des musulmans, ils se mettent à éructer."

Dans le palmarès de l’indécence j’allais oublier la sarkozyste Annie Genevard , déléguée à l'éducation de Les républicains qui interpelle Najat Valaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale en clamant avec les quatre autres :

"C'est à l'islam à s'adapter à la République et non l'inverse. Il ne faut aucune complaisance à l'égard du communautarisme et fortifier au contraire l'unité nationale dont notre pays a tant besoin".

La laïcité, n’a rien à voir avec ces réactions qui, sous prétexte d’attaquer le communautarisme, ne s’en prennent qu’aux musulmans. Les chrétiens n’ont aucun souci pour célébrer leurs fêtes. Il n’est pas anormal que les juifs, les musulmans, ou d’autres religions, dans des limites clairement définies, puissent célébrer les leurs. La circulaire de 2004 le rappelle très légitimement et que des élus qui se prétendent républicains puissent le contester montre la dérive inquiétante de leur parti vers les thèses xénophobes.

 

 

* Fêtes religieuses (hors fêtes catholiques ou protestantes, fériées):

 

Communauté arménienne :

Ÿ Théophanie (fête de la Nativité)

Ÿ Fête apostolique arménienne des Saints Vartanants

Ÿ Commémoration des événements marquant l'histoire de la communauté arménienne

 

Confession orthodoxe :

Ÿ Théophanie :

- selon le calendrier julien

- selon le calendrier grégorien

Ÿ Grand Vendredi Saint

Ÿ Ascension (selon le calendrier julien)

 

Confession israélite :

 Chavouot

Ÿ Roch Hachanah

Ÿ Yom Kippour

 

Confession musulmane :

Ÿ Al Mawlid Ennabi

Ÿ Aïd el Fitr

Ÿ Aïd el Khebir

 

Fête bouddhiste :

Ÿ Fête du Vesak (jour du Bouddha)

 

Faut-il rappeler que les fêtes religieuses catholiques tombant le dimanche (Pâques, Pentecôte) sont assorties d'un lundi férié et que les autres fêtes religieuses (Toussaint, Noël, Ascension) sont fériées !

 

Pour compléter une intéressante mise au point historique de Jean-Louis Auduc, cité par Claude Lelièvre, qui rappelle que la CGT, en 1905, s'était opposée à un amendement de la loi de séparation des églises et de l'état, supprimant les fêtes religieuses chômées, les considérant comme des acquis sociaux !

Dès 1907, Georges Clemenceau sortit un premier texte concernant les fêtes juives. Puis ces "jours protégés" furent étendus aux fêtes musulmanes et arméniennes, après la 1ère guerre mondiale. Enfin en 1998, ces jours protégés concernèrent des fêtes orthodoxes et une fête boudhiste.

Ainsi, à l'ineffable Jacques Myard, le Charasse de la droite bornée, qui s'inquiètait de ces autorisations de droit pour les fonctionnaires, contraire à son sens au principe de laïcité, F. Sauvadet, Ministre de la Fonction publique, répondait : « Cette pratique administrative de délivrance d'autorisations spéciales d'absence pour fêtes religieuses est conforme au principe de laïcité, qui, s'il repose sur la stricte séparation des religions et de l'État, garantit aussi la liberté de conscience individuelle et le droit de chacun à pratiquer son culte d'appartenance (art. 1er de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État). Les autorisations spéciales d'absence pour motifs religieux marquent donc la volonté du Gouvernement de permettre la liberté de culte et, par conséquent, la neutralité de l'État vis-à-vis des différentes religions. » (Journal Officiel 29/11/2011)

Repost 0
20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 17:38
Hijab et délire

Des étudiantes de Sciences Po lancent donc une journée du voile, pardon un Hijab Day ! Aussitôt toute la réac-sphère de réagir, mais aussi, bille en tête un BHL en mal d’amalgame, relayé par un Bruno Masure en général plus inspiré.

Faut-il rappeler que l’école de Sciences Politiques de Paris ne compte que des étudiant-e-s ? Qu’ils-elles ne sont donc pas concerné-e-s par la loi de 2004 qui concerne des élèves de primaire ou secondaire. Faut-il rappeler que même Caroline Fourest, grande pourfendeuse du frère Tarik (Ramadan), qu’on ne soupçonnera pas de donner dans une laïcité accommodante, rejette l’idée d’interdire le fichu à l’Université ?

Les jeunes filles à l’initiative de cette journée invitaient donc leurs camarades à porter un foulard : « Nous pensons que se couvrir les cheveux d’un foulard, même une petite journée, en cours, dans la rue, permet de prendre conscience du regard de l’autre, de ses propres appréhensions, et mieux comprendre […]  l’expérience de la stigmatisation vécue par de nombreuses femmes voilées en France ».

Dans un communiqué, la direction a estimé « légitime » de porter ce débat au sein de l’établissement, l’école étant « depuis sa création, un lieu de débats ouverts et de libre expression ». Elle a toutefois souligné que la tenue de cette initiative « dans les murs de Sciences-Po ne saurait être interprétée comme un quelconque soutien de l’école ».

Hijab et délire

L’angle d’attaque choisi par le faux-cul de Bruno Le Maire fut le prosélytisme (assorti d’un très identitaire « en France » suivi d’une stupidité, puisque le port d’un fichu ne rend pas invisible). Nicolas Dupont-Aignan fit chorus osant parler d’un « acte de prosélytisme religieux sans précédent ».

Mensonge éhonté ! Mais finalement, nos politiciens de droite assez extrême ont trouvé plus fort encore avec l’ineffable ex nouveau philosophe, BHL !

Hijab et délire

Dans l’art de l’amalgame outrancier – vexé sans doute d’être débordé par Onfray – il a fait fort le dandy-philosophe !

Hijab et délire

Et comme, d’aucuns osent lui rétorquer qu’il est gonflé de s’en prendre au foulard alors qu’il défend la kippa, il rétorque que ça n’a rien à voir. Superbe et imparable argument d’autorité, d’autant que si vous le mettiez en doute vous seriez assimilé à la dame Le Pen !

Copie d'écran : le touitte du bas est à lire en premier

Copie d'écran : le touitte du bas est à lire en premier

Maître Eolas, avec humour, remet donc les pendules à l’heure en deux mots : symbolique (et non prosélyte) et légale (n’en déplaise aux liberticides).

Á Science Po même, il semble que l’opération n’a eu qu’un impact léger, mais grâce aux BHL, mais aussi Bruno Roger-Petit ou Bruno Masure (ce dernier généralement mieux inspiré contrairement à l’autre Bruno) et tous les agités du bulbe qui voient un salafiste au cimeterre entre les dents derrière le voile, le succès médiatique est assuré.

Et leur démonstration rapelle que la vigilance face à une offensive de faux laïques s’impose plus que jamais.

Repost 0
5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 21:51
Caroline Fourest : laïque pas liberticide !

« Caroline Fourest, cette figure centrale de la domination intellectuelle d'aujourd'hui, qui a table ouverte dans toutes les radios et toutes les télévisions du service public » comme dit salement Schneidermann, est la cible des hyaineux de tout bord. Elle n’est pas exempte d’excès, mais ceux qui l’accablent plus encore ! Et elle s’explique avec sérénité sur Info-Halal.

C’est grâce à un touitte de l’excellent Luc Cedelle que j’ai découvert ce long entretien de Caroline Fourest avec ce site, pour moi inconnu, mais se référant visiblement à l’islam. Un Luc Cedelle heureusement surpris par le ton de l’essayiste.

copie d'écran

copie d'écran

Or, contrairement à une réputation faite par d’aucuns, s’agissant de laïcité, elle a, sur l’essentiel, fait preuve de mesure. D’entrée, alors que ce groupuscule haineux n’avait pas encore révélé tout son vrai visage xénophobe, elle a pris soin de se distinguer de Riposte prétendument laïque : « Quand Cassen a créé Riposte laïque, j’ai été l’une des premières à dénoncer son discours anti-musulmans. Je le fais régulièrement. Ce qui me vaut d’être l’une des cibles de cette organisation d’extrême droite », avec des attaques des plus ignominieuses, spécialité de ces zélotes de l’anti-islam.

Sur l’affaire dite de la burka, elle manifestait la plus grande prudence quant à la nécessité d’une loi : « Une loi symbolique contre le voile intégral aurait l'inconvénient d'être particulariste et prendrait le risque d'être inapplicable. » Et elle préconisait des mesures pragmatiques autorisant, par exemple, les commerces à pouvoir obliger toute personne y entrant à s’identifier pour raisons de sécurité ; même chose bien sûr pour récupérer son enfant à la crèche, chercher un colis à la poste, prendre le bus, etc. et elle concluait « En dehors de ces situations, libre à elle de porter un voile pour se protéger de la colère d'un dieu misogyne, ou de la grippe A. Libre aux autres de continuer à dire ce qu'ils en pensent. »

L’attribution d’un « Y’a bon awards », en 2012, a aussi contribué à brouiller (salir ?) son image*. Ce prix satirique est censé récompenser les pires déclarations racistes prononcées par une personnalité dans l’année. Parmi les lauréats précédents, on comptait Éric Raoult, Pascal Sevran, Alain Finkielkraut, Ivan Rioufol, Jacques Séguéla, Éric Zemmour, Brice Hortefeux, Jean-Paul Guerlain, Robert Ménard…

On conviendra que se retrouver en si charmante compagnie puisse sembler quelque peu déshonorant.

Elle avait, en 2010, dans une intervention sur l’égalité et la laïcité, cité l’exemple d’un maire (UMP) ayant mis à disposition d’une association proche de l’UOIF une salle de sports, pour un tournoi de basket féminin inter-mosquées, dont les spectateurs masculins étaient exclus (certes sa formulation montre une certaine méconnaissance du sport puisqu’elle parle de « concours de basket non mixte », or c’est le lot de toute compétition sauf en double mixte au tennis). Le but du tournoi était de récolter de l’argent pour une organisation d’aide aux orphelins palestiniens, pour elle émanation du Hamas. Après un article dans Le Parisien, le Maire avait retiré l’autorisation et l’association organisatrice avait plaidé un dysfonctionnement interne. Cependant, les faits évoqués étaient réels, contrairement aux allégations sur la piscine de Lille. Et le côté raciste – sauf à considérer que toute attaque d’une association musulmane ou du Hamas est raciste – de ce propos est nettement moins évident que l’équipe de France black, black, black, chère à Finky ! D’autant que dans le même temps, elle attaquait fermement le FN justement sur son racisme antimusulmans, ce qui lui valait des attaques assez ignobles.

Elle a aussi beaucoup souffert, chez certains, d’avoir été proche de Val. Sauf que, c’était du temps où Charlie-Hebdo faisait paraître les caricatures dites du Prophète (paradoxe d’ailleurs que l’on puisse les nommer ainsi puisque - en principe - le prophète Mohammed n’a jamais été représenté !). Mais un Schneidermann – assez langue de pute – écrira, alors qu’elle venait de subir, à la gare de Nantes puis à celle de Paris-Montparnasse, les assauts haineux de la clique curetonne de Civitas du coup : « Fourest "harcelée, pourchassée, traquée" se lamentait ce lundi matin sur France Inter, la station de son ami Philippe Val. »

Ce qui explique sans doute la relative surprise de Luc Cedelle devant ses propos que n’aurait pas désavoués, je pense, Jean Baubérot !

Caroline Fourest : laïque pas liberticide !

Islamophobie ou racisme antimusulmans

 

Elle clarifie, d’abord, et bien mieux que Madame Badinter, son rejet du terme « islamophobie ». « Je suis antiraciste de conviction, donc anti-"phobes" en tous genres. Mais [dans mes travaux j’ai dénoncé] l’intégrisme (juif, chrétien ou musulman). Ce qui m’a valu d’être traitée d’« islamophobe » par des islamistes, de « christianophobe » par l’extrême droite catholique et d’avoir été dépeinte en « collabo des nazis » par des extrémistes juifs lorsque j’ai critiqué la politique de la droite israélienne (…). (…) comme l’accusation d’antisémitisme peut parfois servir à disqualifier la critique d’une certaine politique israélienne, l’accusation d’« islamophobie » (…) peut servir à amalgamer tout propos simplement critique envers l’intégrisme, l’instrumentalisation politique et liberticide du religieux avec une forme de rejet de l’Islam ou des musulmans. » Mais elle ajoute « Le racisme antimusulmans existe. »

La laïcité de la loi de 1905

 

Certes elle s’égare quand elle reprend les accusations de Valls – qui ont d’ailleurs fait long feu – sur le rôle joué par l’Observatoire de la laïcité.

Mais sur les cantines scolaires elle tient un discours de bon sens sur l’impossibilité de servir des repas par religion des parents, car il faudrait plusieurs cuisines, pour séparer vraiment les ustensiles, pour que cela soit vraiment casher ou halal. Et elle propose de donner le choix entre un menu avec ou sans viande. . Si possible entre plusieurs plats. Pour ceux qui veulent respecter des interdits alimentaires (religieux ou médicaux). Pour qu’ils puissent manger tous ensemble. En bref les propositions d’Yves Jego.

Et elle ajoute : Je ne suis pas souvent d’accord avec Jean Baubérot, mais je pense moi aussi, (…), que nous ne devons pas aller trop loin dans la norme et l’interdit. J’ai soutenu la loi de mars 2004, mais j’ai pris position pour le droit des mères voilées à participer aux sorties scolaires (…) et je suis contre l’interdiction du voile à l’université. C’est un lieu où, contrairement au collège et au lycée, des élèves majeures font l’apprentissage d’expression publique et politique.

On est donc loin, très loin, de certains faux apôtres d’une laïcité liberticide qui ajoutent l’interdit à l’interdit. Loin donc de Mme Badinter. On peut – même si son dessin est très ambigu par l’amalgame avec le terrorisme – ironiser avec Plantu sur l’attrait mercantile de certaines marques pour une mode dite islamique. On a le droit de trouver ridicule le burkini* qui n’est ni burka ni kini.

Mais, s’il y a de vrais combats à mener, contre tous les intégrismes, c’est sur l’homophobie (dont, hélas, le Maroc vient de faire preuve), le mariage pour tous, l’IVG, le droit à une mort digne, etc. Combats laïques, au demeurant, contre les cléricalismes qui veulent imposer leurs dogmes à toute la société.

* Dans le jury de ce "y'a bon awards" on trouvait Jean Baubérot (que diable allait-il faire dans cette galère ?) Dans sa riposte, C. Fourest le qualifiera de pape des accommodements raisonnables à la canadienne.! Outre que le titre de pape pour un parpaillot affirmé est cocasse, il est plus que probable que C. Fourest, du coup, emprunte la vision caricaturale des rrrépublicains intransigeants sur ces accommodements.

Et on conviendra que le Ministre de la Défense du Canada, un Sikh, avec son beau turban rouge, ça a de la gueule. Son premier ministre, Justin Trudeau, avait eu cette riposte face à son adversaire conservateur pendant la campagne : « M. Harper, je trouve que vous avez du cran (...) de parler de défense du droit des femmes. Il y a plus d'hommes dans votre caucus qui sont contre l'avortement que de femmes qui portent le niqab au Québec. »

 

 

Source :

http://info-halal.net/2016/03/caroline-fourest-se-devoile-interview-partie-1/

http://info-halal.net/2016/03/caroline-fourest-se-devoile-interview-partie-2/

* Sur le burkini et son interdit par quelques maires ripoublicains, elle reste sur une position non liberticide :

 

À propos du burkini et du grotesque

 

Les arrêtés pris par la mairie de Cannes et d'autres mairies de droite du sud pour interdire le burkini, juste après l'attentat de Nice, ont fait sourire Outre-manche et Outre-Atlantique. En France aussi, beaucoup y ont vu une polémique dérisoire, preuve d'une focalisation aberrante sur l'Islam. Il est vrai que la démarche interroge quand elle vient de maires se souciant des droits des femmes l'été, à la plage, mais soutenant les mouvements intégristes ayant retiré les enfants des écoles en raison de programmes voulant les sensibiliser aux stéréotypes de genres le reste de l'année...

La plage n'est pas l'école. Les nageuses ne sont pas des élèves ni des mineures. Refuser qu'on se couvre la tête dans un lieu civique, d'éducation à la citoyenneté et à l'égalité, est une chose. Obliger quelqu'un à se dévoiler dans un lieu de plaisance est plus excessif […]

Comme pour le voile à l'université, ceux qui croient pouvoir faire reculer la mode intégriste en l'interdisant partout se trompent. Ils obtiendront l'effet contraire à celui recherché : faciliter la propagande victimaire et donc la mode du burkini chez les plus jeunes ou les plus influençables.

Extraits Huffington Post 16/08/2016

 

Repost 0
20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 18:28
L'observatoire de la laïcité brutalement attaqué !

Valls s’est livré à une attaque abracadabrantesque contre Jean-Louis Bianco et l’Observatoire de la laïcité.

(Voir en bas la pétition lancée par la Fédération de la Libre Pensée, La Ligue des Droits de l'Homme et la Ligue de l'enseignement).

Le lieu d’abord, les Amis du CRIF où il a d’ailleurs soutenu le syllogisme likoudien (attaquer la politique de Netanyahu=antisionisme et antisionisme=antisémitisme). Le texte incriminé : il remonte au surlendemain des attentats, le 15 novembre 2015, donc il y a plus de deux mois : il lui aura fallu tout ce temps pour détecter des co-signataires qui participeraient à un climat nauséabond.

Et de condamner « l’Observatoire de la laïcité […]  qui dénature la réalité de cette laïcité ».

Tout est vraiment abracadabrantesque !

  

Au moment même où l’exécutif s’est emmêlé les pinceaux dans cette lamentable affaire de déchéance de nationalité, voilà que le 1er ministre ne trouve rien de mieux que de s’en prendre à un ancien secrétaire général de l’Elysée (9 ans sous la Présidence de F. Mitterrand), ancien ministre et membre du bureau national de PS !

De l’art de tirer contre son propre camp. Avec ce ton d’adjudant de quartier dont il doit croire qu’il est signe de fermeté !

Des responsables associatifs, des leaders politiques, des intellectuels, de toutes confessions appellent à ne pas tomber dans le premier piège tendu par le terrorisme : la division.

Libération 15/11/2015

 

 Nous sommes unis

 

Touchée en plein cœur, la France pleure. Elle pleure ses citoyens assassinés, innocents, victimes d’une violence inouïe et innommable. Parce que la barbarie a encore frappé, la France doit encore se lever.

 

Face à un drame inédit d’une telle ampleur, nous devons plus que jamais nous concentrer sur l’unité ! Oui face au terrorisme, face à la peur, face à la violence : Nous sommes unis !

 

Nous sommes unis autour des familles des victimes – à qui nous adressons nos plus profondes et nos plus vives condoléances - autour des survivants, et autour de tous les témoins en France et dans le Monde de la folie meurtrière motivée par une idéologie mortifère et inhumaine.

 

Responsables associatifs, leaders politiques, journalistes, intellectuels, notre responsabilité est la même ! Le but de la terreur, au-delà du chiffre macabre des victimes, est de provoquer la division d’une nation, d’une famille.

 

Un piège nous est tendu ! Nous devons refuser d’y succomber ! La division, la délation, la stigmatisation sont au cœur de ce piège sournois. Chaque fois que nous tentons hâtivement de désigner des responsables de ce crime dont seuls les auteurs sont coupables, nous tombons dans le piège d’une division programmée et orchestrée.

 

Dès aujourd’hui avec tous les Français, traduisons nos intentions dans l’action. Nous pouvons rejoindre les hôpitaux les plus proches pour donner notre sang, adhérer aux associations créatrices de lien social, soutenir les ONG, tisser des liens avec nos voisins, lutter autour de nous contre le racisme et les préjugés… Le combat contre le terrorisme sera long, il sera dur, il nous réserve des moments difficiles, mais tant que nous agirons ensemble la France restera debout.

 

Les terroristes nous ont adressé un message. Ils ont voulu mettre la France à genoux. Disons-leur à notre tour que nous sommes debout ! Debout et soudés, main dans la main, les uns avec les autres et jamais les uns contre les autres. Notre unité est notre bien le plus précieux.

 

Protégeons-le et donnons-lui tout son sens aujourd’hui, l’heure est à la Fraternité qui est notre véritable rempart contre la violence aveugle du terrorisme et la division planifiée.

 

- Parmi les 40 Premiers signataires -

 

Guy Aurenche - président du CCFD Terre Solidaire. (Comité catholique contre la faim et pour le développement-Terre Solidaire)

Radia Bakkouch - présidente de Coexister 

Jean-Louis Bianco - ancien ministre, président de l’Observatoire de Laïcité

Ghaleb Bencheikh - président de Religions pour la Paix France  Rencontre à l’élysée

Khaled Bentounes - fondateur des Scouts Musulmans de France

Christian de Boisredon - fondateur de Sparknews

Yann Boissière - rabbin du Mouvement Juif Libéral de France (MJLF)

Elsa Bouneau - présidente du Scoutisme Français et des Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France (EEUDF)

 

Nicolas Cadene - rapporteur général de l’Observatoire de Laïcité 

Pasteur Clavairoly - président de la Fédération Protestante de France

Combo - artiste

Jean-Paul Delevoye - président du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE)

Samy Debbah - président du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF)

Jean-Michel Ducomte - président de la Ligue de l’Enseignement

Antoine Dulin - membre du bureau du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE)

Nabil Ennasri - président du Collectif des Musulmans de France 

Marie-Aleth Grard - vice-présidente de ATD Quart Monde 

Véronique Fayet - présidente du Secours Catholique  

Thomas Guénolé - politologue et éditorialiste sur RMC

Samuel Grzybowski - fondateur de Coexister

Samia Hathroubi - directrice Europe de la Foundation For Ethnic Understanding (FFEU)

Claire Hedon - présidente de ATD Quart Monde

Youssef Himmat - président des Étudiants Musulmans d’Europe (FEMYSO)

Anouar Kbibech - président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM)

Nacer Kettane, président de Beur FM

Elena Lasida - économiste

Christine Lazerges - présidente de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH 2012-2015)

Yasser Louati - porte-parole du Collectif contre l’Islamophobie en France

Abdelkrim Marchani - président du club Hessel

Médine - rappeur et président de l’association Don’t Panik

Jean-Pierre Mignard - avocat

Bernard Pinaud - délégué général du CCFD Terre Solidaire

François Rachline, président du Comité Scientifique du Comité Étude du Fait Religieux Contemporain (CEFRELCO)

Thibault Renaudin, secrétaire générale de l’Association de la Fondation Étudiante pour la Ville (AFEV) 

Abdelhak Sahli, président des Scouts Musulmans de France

Anas Saghrouni - président des Étudiants Musulmans de France

Bernard Thibaud - délégué général du Secours Catholique

Gilles Vermot-Desroche - président des Scouts et Guides de France 

Guillaume Villemot - président de Bleu Blanc Zèbres (BBZ)

Saad Zian - délégué général des Éclaireuses et Éclaireurs de France (EEDF)

  Eric Vinson, président d’Enquête

  Herman Dune, Artiste

  Brigitte Navail, déléguée générale de l’ACI.

Crime de lèse-Badinter Elisabeth

En fait l’attaque sur  « Nous sommes unis » n’était qu’un mauvais prétexte. Notre vindicatif 1er ministre n’a pas supporté qu’« un collaborateur d’un observatoire de la République » s’en prenne « à une philosophe comme Mme Badinter ». En effet, à France-Inter,  Mme Badinter avait de nouveau émis de parfaites contre-vérités – les mêmes que précédemment quand elle disait que Marine Le Pen était la seule à défendre la laïcité – sur l’espace public neutre. Autrement dit, ni foulard, ni kippa, ni croix, fût-elle provençale, arborés dans nos villes et villages. La négation même de la lettre et de l’esprit de la Loi de 1905 !

Le Rapporteur de l’Observatoire de la Laïcité avait déploré qu’un travail pédagogique puisse être mis à mal par une interview.

L'observatoire de la laïcité brutalement attaqué !

Aussitôt, 3 membres de l’observatoire qui n’attendaient que cela -  le député PS Jean Glavany, l'ancien Grand maître du Grand Orient de France Patrick Kessel  et la sénatrice PRG Françoise Laborde* – ont lancé un communiqué vengeur contre ce « petit Monsieur » qui s’attaquait à « une grande dame ».

Et donc notre adjudant de quartier, pardon Manuel Valls, de se joindre à ces procureurs : « Un collaborateur d’un observatoire de la République ne peut pas s’en prendre à une philosophe comme Elisabeth Badinter – pas parce qu’elle est philosophe ni parce qu’elle s’appelle Elisabeth Badinter, mais à partir de ses propos : c’est une défense intransigeante, que je partage d’ailleurs, de la laïcité dans bien des domaines. Et ça, ça doit être rappelé à chacun » scrongneugneu !

Donc, répétons-le, devant une instance représentative de la communauté juive, Valls prend la défense d’une grande dame, qui, si l’on suivait sa logique jusqu’au bout – la religion doit être confinée dans la seule sphère privée – interdirait la kippa.

Communiqué de Jean-Louis Bianco, Président de l'Observatoire de la laïcité

Faut-il rappeler à Mme Badinter comme à M. Valls que l’article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme spécifie : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites ?

Il est vrai qu’au Pays qui se targue d’être celui des « Droits de l’Homme et du Citoyen » avoir l’audace de vouloir les défendre vous fait traiter péjorativement de droit-de-l’hommiste !

 

 

* La sénatrice Laborde est l’auteure d’une proposition de loi interdisant aux nounous privées le port d’un fichu y compris à leur propre domicile quand elles gardent un ou des enfant(s) (voir Le Sens de la République)

En complément

 

LA LAÏCITÉ AUJOURD’HUI

Note d’orientation de l’Observatoire de la laïcité

 

Extraits

 

La laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une. Elle n'est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect des principes de liberté de conscience et d'égalité des droits. C'est pourquoi, elle n'est ni pro, ni antireligieuse. L'adhésion à une foi ou à une conviction philosophique relève ainsi de la seule liberté de conscience de chaque femme et de chaque homme.

 

Après la victoire contre « l’Ordre moral », en 1877, les lois qui ont établi une République laïque se sont étalées sur plus d’un quart de siècle. L’indépendance de la représentation nationale à l’égard de la religion a été symboliquement affirmée par la suppression des prières publiques pour l’ouverture des sessions parlementaires. L’autorisation du divorce a concrétisé la liberté de l’individu face aux prescriptions religieuses, La laïcisation de l’école avec les grandes lois de Jules Ferry, (1881-1882 : gratuité et laïcité des programmes ; 1886 : laïcité des personnels) a été évidemment l’enjeu décisif. Mais la séparation des Eglises et de l’Etat proprement dite n’a été acquise qu’en 1905 –les républicains ayant hésité sur la voie à prendre. La conception qui a prévalu, portée principalement par Aristide Briand, Jean Jaurès et Georges Clémenceau, s’est voulue libérale dans son inspiration et à l’opposé d’une législation antireligieuse. Elle repose sur trois principes, la liberté de conscience, la séparation des pouvoirs politique et religieux, et donc des organisations religieuses et de l’Etat, l’égalité de tous les citoyens quelles que soient leurs croyances et leurs convictions.

La loi du 9 décembre 1905, loi de compromis et d’équilibre, fruit d’un travail important du Parlement et de longs débats, a clôturé la période fondatrice de la laïcité républicaine. Elle a donné tout son sens au principe de citoyenneté.

 

La Constitution du 4 octobre 1958 dispose, dans son article 1er : « La France est une République (…) laïque (…) », comme le précisait déjà l’article 1er de la Constitution du 27 octobre 1946. « Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. ».

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, à laquelle renvoie le Préambule de la Constitution de 1958, proclame dans son article 10 que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. ».

 

La liberté d'expression des appartenances religieuses peut, elle, être limitée dans les conditions définies par la loi, comme c'est, par exemple, le cas des élèves comme des enseignants dans l'école publique ou encore des agents publics.

Le principe doit toutefois demeurer la liberté et les limitations l’exception.

 

Le service public ne peut donc montrer une préférence, ou faire preuve d’une attitude discriminatoire, selon l’appartenance ou la non-appartenance religieuse, réelle ou présumée, de ses usagers. Les agents publics doivent non seulement ne pas marquer une telle préférence mais aussi ne pas donner l’apparence d’un tel comportement préférentiel ou discriminatoire, par exemple par la présence de signes de caractère religieux dans leur bureau ou guichet ou le port de tels signes.

Cette neutralité s’applique aux agents du service public et non à ses usagers(… ) Le principe de neutralité ne s’applique pas dans les organismes privés.

 

La laïcité n’est pas l’ennemie des religions, non plus qu’une idéologie ou une opinion concurrente des autres : elle est le principe politique qui permet à toutes les convictions existentielles de vivre en bonne intelligence les unes avec les autres, à partir de la conviction partagée de l’égalité pour tous du droit d’expression, comme bien commun.

 

Elle rend compatible la liberté personnelle avec la cohésion sociale.

 

Télécharger le document dans son intégralité : http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2014/07/note-d-orientation-la-laicite-aujourdhui_0.pdf

 

N.B. Texte adopté à l'unanimité donc avec les voix de Glavany, Kessel et Laborde

 

 

 

Lire aussi l'entretien de Jean-Louis Bianco dans Le Monde

 

Lettre de soutien à Jean-Louis Bianco

Par et

 

 

Pourquoi deux interprétations de la laïcité coexistent-elles en France ?

Le Monde 19.01.2016 Samuel Laurent et Elvire Camus

 

Lettre de soutien à Jean-Louis Bianco

Par et

21/01/2016

Pétition :

La récente déclaration de Manuel Valls, Premier ministre, sur la laïcité est à la fois ahurissante et scandaleuse. Comment le Premier ministre peut-il méconnaître à ce point le sens de la laïcité pour oser fustiger un appel pluraliste, regroupant largement toutes les familles de pensée du pays, qui défend le vivre ensemble contre les attaques terroristes qui l’avaient visé ? Comment ose-t-il s’en prendre nommément au président de l’observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, et à son rapporteur général, Nicolas Cadène, pour avoir signé cet appel, alors qu’ils étaient au contraire en le faisant au cœur de la mission qui est la leur ? Comment ose-t-il dans le même mouvement proclamer son accord avec une idéologue, Elisabeth Badinter, qui ne cache pas sa fierté de se voir taxée d’islamophobe, c'est à dire d'avoir peur de l'Islam et qui  présente Marine Le Pen comme la dernière défenseuse de la laïcité en France ? Pourquoi cède-t-il aux pressions de groupuscules qui veulent importer sur notre territoire le thème de la guerre des cultures et dresser les Français les uns contre les autres, exactement comme le veulent les terroristes ?
Cette dérive ne peut qu’inquiéter tous les démocrates et tous les républicains sincères, qui veulent que la France reste un pays apaisé et oppose sa cohésion à ceux qui la menacent. La Laïcité n’est pas un hochet que l’on manipule en fonction de considérations politiciennes tactiques. Elle est un principe fondamental de nos institutions et un acquis commun de notre capacité à vouloir une société ouverte et différenciée. 
Trois associations laïques "historiques" ont pris la décision de lancer une pétition pour soutenir l'observatoire de la laïcité, son président Jean Louis Bianco et son rapporteur Nicolas Cadène.
Je vous propose de la signer et de la faire circuler.
 
Eric Favey
Vice -président de la Ligue de l'Enseignement
 

 

L’Observatoire de la laïcité, son président et son rapporteur, sont la cible d’attaques aussi injustifiées que dénuées de fondement. Trois associations laïques historiques ont pris la décision de lancer une pétition Soutenons Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène":

 

Le député Jean Glavany* sans agressivité aucune (bien sûr), avec le souci de faire progresser le débat, veut regarder lucidement les quatre fautes(sic) de l’Observatoire de la Laïcité : une faute juridique, une faute déontologique, une faute politique et une faute morale.

J'ai donc très immodestement envoyé un courriel à cet honorable parlementaire.

 

La grosse faute de Manuel Valls

(en réponse à « Laïcité : les 4 fautes de l’Observatoire »)

 

Au moment où le gouvernement et sa majorité étaient déjà empêtrés dans cette habileté tactique qui se révèle une énorme erreur politique de la déchéance, le 1er ministre, devant une instance communautaire, ne trouve rien de mieux que de lancer une polémique avec J.L. Bianco, Président socialiste de l’Observatoire de la Laïcité.

Sous un double prétexte :

1°) un véritable sacrilège (laïque ?) à l’encontre de Mme Badinter car le secrétaire général de l’instance que Bianco préside a osé noter que ces propos bafouaient la lettre et l’esprit de la loi de 1905 ;

2°) pour la signature, par Bianco, au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 d’un texte consensuel au côté de deux ou trois autres co-signataires suspects de pensées nauséabondes : plus de deux mois après M. Valls découvre que dans les 80 signataires il y en avait qui seraient liés à l’intégrisme islamique (et qui, malgré l’état d’urgence n’ont fait depuis l’objet d’aucune poursuite ni même d’assignation à résidence !).

Et avec ce ton d’adjudant de quartier qui le caractérise, le 1er ministre de proclamer que cet observatoire est à ses ordres.

Ne vous en déplaise, Monsieur le député, un observatoire, fût-il placé auprès du 1er ministre, qui a pour but de conseiller le gouvernement, ne peut être qu’indépendant. S’il doit se soumette à la conception de M. Valls – je n’accepte que les conseils que je veux entendre – il devient totalement inutile.

 

Ne vous en déplaise aussi, et n’en déplaise à Mme Badinter, il y a bien – appelez-là comme vous voudrez - une hostilité voire une haine à l’encontre des musulmans (ou supposés tels). Ecoutez et lisez le Vicomte Le Jolis de Villiers de Saintignon, regardez si vous avez l’estomac bien accroché, le site de Riposte prétendument laïque et je ne parle pas des sites poubelles des identitaires de tout poil. Et les abrutis qui ont arrosé de balles une boucherie halal en Corse ne l’ont quand même pas confondue avec une gendarmerie !

 

Quant à refuser de voir qu’il y a bien deux conceptions antagonistes de la laïcité, l’une « libérale » pour reprendre le mot d’Aristide Briand, l’autre liberticide, qui d’interdits en interdits veut neutraliser l’espace public, c’est un déni de réalité.

Faut-il vous rappeler les incidents dont a été victime Madame Latifa ibn Ziaten* lors d’une rencontre sur la laïcité organisée à l’Assemblée nationale. Certes vous vous êtes défendu en assurant que les personnes concernées n’étaient pas socialistes (elles étaient cependant invitées puisqu’il est impossible d’entrer à l’Assemblée nationale sans un sésame). Mais Madame Roudy, ancienne Ministre, socialiste pure et dure, a eu des propos condamnant explicitement le port du voile - symbole de soumission à la loi patriarcale et que les intégristes l’utilisaient comme une porte d’entrée – dans l’espace public. En l’espèce, on peut supposer que vous ne partagez pas le point de vue de la camarade Roudy, puisque c’est vous qui aviez invité cette mère d’une victime de Merah. Mais vous conviendrez que sur le foulard à l’Université, le refus fait à des mères dites voilées, c’est-à-dire portant un fichu d’accompagner des gosses dans les sorties scolaires, etc. il y a bien une conception de la laïcité visant à cantonner le religieux dans ce qu’ils appellent la sphère privée.

On retrouve d’ailleurs là un des plus intéressants débats qui a ponctué la rédaction de la Loi de 1905, celui sur l’Article 25 (devenu 28) qui, dans sa rédaction initiale aurait réjoui nos laïques liberticides puisqu’il édictait que les églises, séparées de l’état, « n’ont pas le droit d’emprunter la voie publique pour les manifestations de leur culte » car elles imposeraient ainsi « aux indifférents, aux adeptes des autres confessions religieuses le spectacle inévitable de leurs rites particuliers. » Prenant Briand à contre-pied le député catholique Grousseau assène « La liberté de conscience ne doit pas être conçue d’une façon négative, comme imposant aux différentes confessions religieuses l’obligation de se dissimuler, elle doit être conçue d’une façon positive, comme leur imposant de se tolérer réciproquement, ce qui implique pour chacune d’elle la faculté de se développer, de se manifester. […] quand l’ordre public n’est pas en danger, il y a un autre intérêt qui s’impose, c’est celui de la liberté. » Ferdinand Buisson, puis Aristide Briand allaient se ranger à son avis.

Certes nos laïques liberticides se disent « Républicains » comme si les laïques libéraux ne l’étaient pas. Mais c’est de fait le même clivage, entre ceux qui se réfèrent à un citoyen abstrait (voire cet homme universel cher à Todd), sans sexe, sans attache, religion ou conviction philosophique, sur l’Agora et ceux qui peuvent se sentir Breton ou Kabyle de la deuxième génération, athée ou plus ou moins croyant, etc. et pour autant Français et Européen. Et Citoyen à part entière dans cette Composition française !

 

Vous employez, Monsieur le député, une figure de style classique, la prétérition, en affirmant que votre souci est de faire avancer le débat, alors que votre but est de relancer une polémique stérile en accusant l’Observatoire de la laïcité de fautes ! Polémique, je le répète, lancée inutilement et dans un lieu pour le moins incongru par un 1er ministre taclant son propre camp. Ne soyons pas dupe, le but sous-jacent de votre réquisitoire est de couler cet Observatoire ou, pour le moins, de paralyser son action.

Ce sera une faute lourde à mon sens et plus qu’une faute une erreur politique grave.

 

 

* Latifa Ibn Ziaten a donné sa version des faits au Bondy Blog : « Plusieurs jours après les faits et le démenti partiel du député PS Jean Glavany, Latifa Ibn Ziaten a accepté de revenir sur cette histoire. «Ces personnes m’ont plus que huée, elles m’ont agressée. Deux personnes sont sorties de la salle, elles m’ont suivie jusqu’à l’ascenseur. Elles m’ont dit : “vous n’êtes pas française Madame, vous dites que vous avez la nationalité française, mais vous ne pouvez pas parler de la laïcité alors que vous portez un foulard, vous faites honte à la France”»

Et si l’on en croit le controversé BuzzFeed , Yvette Roudy a déclaré : «J’ai dit à Latifa Ibn Ziaten que je pensais que ce n’était pas une bonne idée de porter son foulard. Il y a des lois en France, on ne les fait pas respecter. Si Latifa Ibn Ziaten est en fonction, elle ne devrait pas avoir le droit de le porter». Madame ibn Ziaten était employée au musée des Beaux-arts de Rouen, et de fait, dans le cadre de sa profession, elle ne devait pas porter de foulard. Mais depuis elle se consacre à plein temps à son association et agit notamment dans les écoles, collèges et lycées, en portant son foulard.

 

* A noter que J. Glavany était chef de cabinet de François Mitterrand, pendant le 1er septennat, tandis que Jean-Louis Bianco était, lui, secrétaire général de l'Elysée : ils se connaissent donc de longue date.

Par courriel du 9 février 2016, le député Jean Glavany a eu l'obligeance de me répondre :

 

Monsieur,
 
C’est fou ce que certains, dont vous êtes hélas, ne peuvent pas dialoguer et débattre sans tomber dans les attaques personnelles, les inexactitudes et les falsifications.
 
Vos attaques contre Valls sont excessives et, donc, dérisoires. Votre récit – et celui de J.L. Bianco – de l’épisode du tweet du rapporteur de l’Observatoire de la Laïcité est juste fausse : il n’a jamais « osé noter que ces propos bafouaient la lettre et l’esprit de la loi de 1905 » Jamais ! Il a écrit « 3 ans de travail de l’Observatoire détruits par une intervention ce matin à France Inter ». Vous appelez ça « rappeler le droit » ?! Vous continuez en
affirmant que « un observatoire, fut-il placé auprès du Premier Ministre, qui a pour but de conseiller le gouvernement, ne peut être qu’indépendant » !! Mais vous oubliez qu’il est composé en partie de fonctionnaires représentant leurs Ministères. Cette composition «hybride», conçue par Villepin est d’ailleurs à revoir.
 
On peut continuer : vous racontez « l’épisode de Latifa Ibn Ziaten » à l’Assemblée à votre manière sans y avoir été. Mais ça ne s’est pas passé du tout comme ça ! Elle était une invité d’honneur et je l’ai valorisée comme telle. Deux imbéciles inconnus de tous les socialistes dans la salle m’ont hué (moi !) parce que je ne leur donnais pas la parole pour contester ses propos à elle. Personne ne l’a huée dans la salle. J’ai appris plus tard que les deux imbéciles en question l’avaient poursuivie et agressée
(verbalement !). Je me suis mis à sa disposition pour la soutenir sielle va en justice.
 
Bref j’arrête là. Vous voyez, vous raisonnez dans les inexactitudes, les approximations, les procès d’intention. Comment voulez-vous débattre ?? ça n’est pas ça la République laïque…
 
Désolé.
 
Jean Glavany
La réponse étant, disons, peu amène, et surtout comportant des accusations désagréables, j'ai, comme il se doit, répliqué :
 
Monsieur le député,
 
Votre réponse, si elle me déçoit un peu, ne me surprend pas.
 
Elle reprend les ficelles de la rhétorique polémique les plus usées pour aboutir à une série d’allégations injurieuses que je ne peux que vous retourner.  Et rien, absolument rien sur le fond !
 
Or donc, quand M. le premier ministre,  plus de deux mois après, découvre que la Président et le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité ont co-signé avec 78 autres, un texte appelant à l’unité, au surlendemain même des attentats, dont 2 ou 3 signataires participeraient d’un climat nauséabond (sic), quand il ajoute que cet observatoire dénature la réalité de cette laïcité, il fait preuve de la plus extrême modération. Et quand il allume cette polémique dans son propre camp, on se doit d’admirer cette superbe intelligence tactique. Et, tout ça, pour aboutir, au moment même où vous commettiez votre réquisitoire contre l’Observatoire, à se réconcilier – apparemment – avec le Président et le rapporteur général.
 
Vous parlez d’inexactitudes et d’approximations, cela devrait vous obliger à la plus grande rigueur. Or vous me prêtez un « rappeler le droit » que je ne trouve pas dans mon courriel. Dans l’anecdote du touitte – puisque vous me forcez à mettre les points sur les i – je ne prétendais pas faire une citation mais dire le fond de la polémique avec Mme Badinter ; l’Observatoire, comme vous le savez,  a remis sur les rails la laïcité, après les errements de la prétendue mission laïcité du HCI, avec la publication, notamment, dès 2013, de la  Charte de la laïcité à l’école, puis, en 2014, sa Note d’orientation de l’Observatoire de la laïcité, dans le droit fil de la conception libérale de la Loi de 1905. C’est donc non pas une citation mais une interprétation de ce touitte controversé que je me suis permis de donner.
 
La composition de l’Observatoire peut prêter à critique. Il n’en reste pas moins qu’un organisme qui a pour rôle de conseiller le gouvernement ne peut pas être aux ordres. Ou alors il est inutile. Les travaux de l’Observatoire, auxquels vous avez d’ailleurs pris part, démontrent que ce n’est pas le cas.
 
Là où on atteint le sublime dans l’accusation gratuite – mais qui n’a pour but que de faire diversion – c’est quand vous m’accusez de raconter « l’épisode de Latifa Ibn Ziaten» à l’Assemblée à ma manière ! Or je ne raconte rien : je renvoie à deux articles sur les faits eux-mêmes et sur le témoignage de la 1ère intéressée, Madame Latifa ibn Ziaten. En revanche je cite des propos prêtés à Madame Roudy, ex parlementaire, ancienne ministre, qui, à mon sens illustre bien une conception liberticide de la laïcité.
 
Que vous refusiez de débattre, j’en prends acte. Mais que vous me taxiez de falsifications, d’inexactitudes, d’approximations et de procès d’intention, pour conclure par un « ce n’est pas ça la République laïque » serait outrageant, si ce n’était pas ridicule.
 
J. F. Launay
 
PS Quant aux « Deux imbéciles inconnus de tous les socialistes dans la salle », permettez-moi de jouer les anciens combattants. Au lendemain du fameux Congrès de Metz, je me suis retrouvé, au titre du Courant C, membre d’une commission nationale éducation de notre beau parti, présidé par Loulou Mexandeau et Jean-Louis Piednoir, commission qui se réunissait dans une salle, en sous-sol, du Palais Bourbon. En cette époque lointaine, on n’entrait déjà pas à l’Assemblée nationale comme dans un moulin : invitation et identité étaient exigées. Je n’ai pas grand mérite à supposer qu’avec l’état d’urgence l’entrée est encore plus filtrée. Donc, soit les deux imbéciles ont des laissez-passer permanents soit ils avaient une invitation pour cette rencontre. Dans les deux cas, ils ne peuvent être inconnus.
Mme Latifa ibn Ziaten a reçu la Légion d'Honneur le 11/03/2016 !

Mme Latifa ibn Ziaten a reçu la Légion d'Honneur le 11/03/2016 !

Repost 0
2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 17:09
Charte de la Laïcité : ça bouzze

Constitution de 1958

ARTICLE PREMIER.

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances…

 

Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat

Titre Ier : Principes.

Article 1

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte…

 

Loi n° 11 696 du 28 mars 1882

Article premier

L’enseignement primaire comprend :

   ● L’instruction morale et civique ;

   ● La lecture et l’écriture …

La Charte de la Laïcité, affichée dans tous les établissements depuis 2013, doit être signée par les parents à cette rentrée. Une telle obligation déclenche un bouzze. Tandis qu’un journaliste sportivo-politique pointe, deux ans après, dans le texte, des ambiguïtés qui devraient inspirer Houellebecq, L’Obs se pose la question essentielle : si les parents ne signent pas !

Charte de la Laïcité : ça bouzze

Bruno Roger-Petit (BRP) journaliste sportif au Figaro, mais politique à Challenges (groupe de L’Obs), touitte donc, après avoir découvert le texte deux ans après sa parution, sur l’ambiguïté des paragraphes 12 et 15 (dans une autre réponse il note 11 et 15), ambiguïté susceptible donc d’alimenter les fantasmes soumissionnaires de Houellebecq. Diantre, affirmer que les enseignements sont laïques et que nul ne peut s’y soustraire pour des motifs religieux ou que les élèves doivent être actifs serait comme un acte d’allégeance aux fondamentalistes de l’Islam ? Qui a pu voir opérer le fqih sait que les méthodes actives ne sont pas très usitées dans une école coranique.

L’article de L’OBS - Charte de la laïcité : et si les parents ne signent pas ? -  se fait l’écho d’une interrogation d’un prof et d’un touitte (« Si, en tant que parent d'élève, je refuse de signer la charte de la laïcité, il se passe quoi ? Mes gamines doivent s'inscrire au CNED ? », le Monsieur semble ignorer que le CNED fait partie de l’éducation nationale, mais il peut se réjouir son message stupide est passé dans L’Obs).

Surtout L'obs reprend les propos d’un certain Rodrigo Arenas, présenté comme le représentant de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) de Seine-Saint-Denis, qui clame qu’il ne signera pas. "Un parent qui ne respecte pas la laïcité ne respecte pas la loi et il aura affaire la justice. Pas la peine de signer une charte pour ça", estime-t-il. "Le problème est pris à l’envers. En Seine-Saint-Denis, quand on parle laïcité, on parle Islam. Alors il faut faire attention à ne pas stigmatiser certaines personnes. On ne peut pas convoquer des parents en tête à tête parce qu’ils ont refusé de signer. Ça ressemble à une punition, c’est ubuesque !"

Selon lui, ajouter la charte au règlement intérieur apporte un signal négatif. "Dans un règlement intérieur, on vous rappelle ce que vous n’avez pas le droit de faire, donc on donne l’impression que la charte est coercitive."

On peut retourner les arguties de R. Arenas en estimant que joindre cette charte au Règlement Intérieur (RI) de l’établissement donne un aspect plus positif au RI et surtout en explicite le principal fondement qui est le vivre ensemble.

Ne jetons pas la pierre à ce militant de la FCPE, qui donne des armes aux xénophobes, qui caricaturent les musulmans, en prétendant que parler de laïcité en Seine-Saint-Denis c’est stigmatiser l’Islam. Comme si tous les musulmans étaient des fondamentalistes bornés (pléonasme), des affidés d’un Civitas de l’Islam. Car il est vrai que dans la mauvaise foi il ne fait que marcher dans les brisées d’une sociologue Nacira Guénif-Souilamas qui, elle, contrairement à Roger-Petit avait lu le texte à sa parution. Lecture très symptomale : « La laïcité devrait garantir l’égalité entre les filles et les garçons - ce qui est très contradictoire avec les récentes déclarations de Peillon sur le fait que la théorie du genre n’existe pas. [… ]. Pourquoi vise-t-on spécifiquement l’inégalité garçons-filles ? C’est une manière de pointer du doigt, une nouvelle fois, sans les nommer, ces musulmans supposés hétérosexistes(sic). »

Si l’on suit bien le raisonnement, proclamer l’égalité filles-garçons serait l’indice de l’existence d’une théorie du genre ! et surtout cette proclamation viserait les musulmans. En quoi des musulmans non sexistes pourraient se sentir visés par l’affirmation assez banale de l’égalité femme-homme ?

Charte de la Laïcité : ça bouzze

Charte de la laïcité à l’école.

 

La Nation confie à l’école la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République. La République est laïque. L’école est laïque.

 

1) La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi, sur l’ensemble de son territoire, de tous les citoyens. Elle respecte toutes les croyances.

 

2) La République laïque organise la séparation des religions et de l’État. L’État est neutre à l’égard des convictions religieuses ou spirituelles. Il n’y a pas de religion d’État.

 

3) La laïcité garantit la liberté de conscience à tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d’autrui et dans les limites de l’ordre public.

 

4) La laïcité permet l’exercice de la citoyenneté, en conciliant la liberté de chacun avec l’égalité et la fraternité de tous dans le souci de l’intérêt général.

 

5) La République assure dans les établissements scolaires le respect de chacun de ces principes.

 

6) La laïcité de l’École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix.

 

7) La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée.

 

8) La laïcité permet l’exercice de la liberté d’expression des élèves dans la limite du bon fonctionnement de l’École comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions.

 

9) La laïcité implique le rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations, garantit l’égalité entre les filles et les garçons et repose sur une culture du respect et de la compréhension de l’autre.

 

10) Il appartient à tous les personnels de transmettre aux élèves le sens et la valeur de la laïcité, ainsi que des autres principes fondamentaux de la République. Ils veillent à leur application dans le cadre scolaire. Il leur revient de porter la présente charte à la connaissance des parents d’élèves.

 

11) Les personnels ont le devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions.

 

12) Les enseignements sont laïques. Afin de garantir aux élèves l’ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde ainsi qu’à l’étendue et à la précision des savoirs, aucun sujet n’est a priori exclu du questionnement scientifique et pédagogique. Aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme.

 

13) Nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’École de la République.

 

14) Dans les établissements scolaires publics, les règles de vie des différents espaces, précisées dans le règlement intérieur, sont respectueuses de la laïcité. Le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

 

15) Par leurs réflexions et leurs activités, les élèves contribuent à faire vivre la laïcité au sein de leur établissement.

Le texte, comme on peut le lire, ne fait qu’expliciter pour l’école l’article premier de la constitution et les principes de la loi de 1905. Il prône une laïcité non dogmatique totalement dans l’esprit qui avait présidé à l’élaboration de cette loi. Certes, et contrairement à ce que feint de croire BRP, l’article 12 dénie le droit à des fondamentalistes de refuser tel enseignement, Sciences de la vie et de la terre par exemple, au nom de leur religion (fondamentalistes pas uniquement de sectes musulmanes puisque des sectes chrétiennes créationnistes refusent aussi l’enseignement scientifique de l’évolution).

 

Reprenant Jules Ferry et sa lettre aux instituteurs on peut se demander s'il peut se trouver une seule personne honnête qui pourrait de bonne foi refuser son assentiment à cette charte !

Repost 0
15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 15:09
Luçon : privatisation de l'espace public
Au coude de la rue de la Coudray, quasiment  à la sortie de la venelle de l’écours des halles, délicieux et poétique passage piétons venant de la Place des Acacias, 3 ganivelles délimitent sur le trottoir un stationnement réservé pour l’évêché ; sur une pancarte d’interdiction de stationner on peut lire sur papier à en tête de la ville que l’autorisation de stationnement de véhicule a été accordée à un certain “Monseigneur Castet”.
 
Outre donc la privatisation de l’espace public, de plus sur un trottoir, au profit de l’évêché, on observe, sur un document officiel, l’utilisation d’un titre fort peu républicain. Que ce Monsieur Alain Castet soit appelé Monseigneur par ces ouailles qui en pincent pour lui, soit. Mais pour notre supposée laïque police municipale le citoyen Castet est un Monsieur comme un autre !
 
Mais depuis que le Maire ripoublicain a signé une charte des dames Bourges et de la Rochère anti mariage pour tous, la laïcité a-t-elle cours dans l’évêché crotté du bas-Poitou ?
Luçon : privatisation de l'espace public

Les ganivelles* délimitent un espace d'interdiction de stationner qui est un morceau de trottoir, donc en principe déjà interdit de stationnement !

* Les "ganivelles", dans l'ouest, désignent des barrière métalliques mobiles.

Luçon : privatisation de l'espace public

Mais en fait nos ganivelles ne délimitent pas un stationnement interdit mais un stationnement réservé à l'évêque (sur le trottoir donc).

Quelques explications pour les ceusses qui ne connaissent pas encore notre évêché.

 

La période autour du 15 août est marqué par une foire-exposition qui s'accompagne de manifestations diverses. Dont une braderie qui, cette année a été fixée le 15 août même et dont les stands s'étendent jusqu'aux abords de l'évêché.

L'évêché étant en continuité avec la cathédrale, M. Castet, évêque de son état, n'est aucunement empêché de rejoindre sa chaire épiscopale. S'il voulait échapper aux fumées de l'encens avec sa voiture, il pouvait la garer, la veille ou de bon matin, dans une rue proche de son logement de fonction, mais non bloquée par les activités commerciales (et foraines).

 

Et bien non. Il a bénéficié de cet insolite emplacement réservé sur le trottoir d'une rue qui va vers le marché couvert et qui est au débouché d'un cheminement piétonnier dont le nom poétique n'a rien à voir avec l'aspect assez crade.

Il est vrai qu'en temps ordinaire, la police municipale tolère que ce trottoir - comme beaucoup d'autres d'ailleurs - soit complètement encombré par des véhicules.

 

NB Pour avoir un aperçu de la charte de la manif anti-mariage pour tous, voir Coulon-Charpentier : les enfants de Boutin

Repost 0
29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 09:40

L’école sans dieu, dénoncée en 1882 par les députés catholiques, énonce dans le programme d’Instruction civique et morale les « Devoirs envers Dieu ». Ferme sur les principes mais souple dans l’application, telle est la leçon de Jules Ferry.

 

Au dernier colloque d’Education & Devenir, éducation & souvenir comme disait ironiquement un vieil adhérent, Jean-Paul Delahaye, pour illustrer le temps long souvent indispensable pour faire bouger les choses, évoqua l’instauration de l’instruction morale et civique chassant l’instruction morale et religieuse.

 

Je n’ignorais pas la souplesse dont avait fait preuve le député des Vosges s’agissant de la présence des crucifix dans les salles de classe : le ministre avait confié aux préfets le soin d’examiner chaque cas avec attention, les crucifix n’étant ôtés que lorsque cela ne soulevait pas l’hostilité des populations.

Jules Ferry : Ferme sur les principes, pragmatique dans l’application

En revanche, je dois avouer ma totale ignorance sur ce que nous a appris l’IGEN.

 

La loi de 1882 met en tête* des enseignements du primaire « L’instruction morale et civique ».

 

Et dans les devoirs - Devoirs envers les parents et les grands-parents, Devoirs des frères et sœurs, Devoirs envers les serviteurs (sic), Devoirs envers l'instituteur, Devoirs envers les camarades, Devoirs envers la patrie et la société, etc.** – il y a les Devoirs envers Dieu !

 

L'instituteur n'est pas chargé de faire un cours ex professo sur la nature et les attributs de Dieu ; l'enseignement qu'il doit donner à tous indistinctement se borne à deux points :

 

D'abord, il leur apprend à ne pas prononcer légèrement le nom de Dieu ; il associe étroitement dans leur esprit à l'idée de la cause première et de l'être parfait un sentiment de respect et de vénération ; et il habitue chacun d'eux à environner du même respect cette notion de Dieu, alors même qu'elle se présenterait à lui sous des formes différentes de celles de sa propre religion.

Ensuite, et sans s'occuper des prescriptions spéciales aux diverses communions, l'instituteur s'attache à faire comprendre et sentir à l'enfant que le premier hommage qu'il doit à la divinité, c'est l'obéissance aux lois de Dieu telles que les lui révèlent sa conscience et sa raison.

 

Tout cela avait fait plus que débat au sein des loges du Grand Orient. Esprit-Eugène Hubert, un proche de Jules Simon y déclarait: « L’enseignement laïque, c’est l’État enseignant. Ce n’est point dire que l’idée de Dieu doive être écartée de cet enseignement, car il n’y a pas d’enseignement sans des leçons de morale ; or, il n’y a pas de morale qui puisse se tenir sur ses jambes sans l’aide de la proclamation et de la reconnaissance d’un principe immatériel supérieur. Toute morale ou toute prétendue morale qui veut venir de la terre et mourir sur la terre est un leurre ou quelque chose de plus terrible dont ce siècle a donné des exemples si néfastes et si lamentables : la force prime le droit ». C’est exactement cette position que défendra Jules Simon, contre Jules Ferry.

 

  En introduction aux instructions sur cet instruction civique et morale, un philosophe affirmait : « « ceux qui voudraient retrancher de l'enseignement toute idée religieuse, même naturelle, ne voient-ils pas qu'ils entrent par là dans la pensée même de leurs adversaires? Car la doctrine de ceux-ci est précisément que l'Etat est incompétent dans le domaine purement spirituel et dans tout ce qui concerne les âmes : c'est pourquoi ils lui dénient le droit d'enseigner même la morale. Si l'Etat se laisse déposséder du droit d'enseigner les idées religieuses dans ce qu'elles ont de général, d'humain, de naturel, il abandonne par là même une partie, et la plus haute, de ce domaine spirituel qu'on lui refuse ; c'est une force qu'il laisse entre les mains de ses adversaires en attendant que, de progrès en progrès, et sous prétexte de neutralité, on lui interdise d'enseigner le devoir, la famille, la propriété et la patrie. D'ailleurs, sans instituer de controverses directes sur ce point, contentons-nous de demander si une séparation de la morale profane et de la morale confessionnelle n'est pas, par elle-même, une révolution assez importante ; sans vouloir encore la pousser plus loin et inquiéter la conscience et la croyance des hommes dans ce qu'elles ont de plus vénérable, de plus auguste et de plus sacré. » Paul Janet

 

La laïcisation des programmes s’est donc mise en place très progressivement puisque les « devoirs envers Dieu » ont subsisté dans les programmes d’instruction morale et civique du cours moyen jusqu’en 1923, ces « devoirs envers Dieu » seront rétablis par Pétain et définitivement supprimés en 1944.

 

Pour Jean-Paul Delahaye, Jules Ferry, positiviste, pensait que la religion allait s’éteindre d’elle-même. Et le député des Vosges savait qu’il était élu d’un peuple qui aime la République mais construit des reposoirs aux fêtes-dieu !

 

Ce pragmatisme,  c’est-à-dire cet art du compromis symbole de démocratie – celui-là même dont a fait preuve ensuite Aristide Briand amendant lui-même sa propre loi pour ne pas donner prise à l'intransigeance des cagots – est hélas difficilement de mise dans un climat de quasi guerre civile, en tout cas de guerre contre l’école de la République, qu’entretiennent les Belghoul, Bourges, de la Rochère, et autres boute-feux de la manif anti-mariage pour tous, soutenus par les UMPistes !

 

 

* A noter que les maths viennent dans un conglomérat : « Les éléments des sciences naturelles physiques et mathématiques, leurs applications à l’agriculture, à l’hygiène, aux arts industriels, travaux manuels et usage des outils des principaux métiers » bien loin de la prééminence qu’elles ont prise ensuite !

 

** A noter aussi ces devoirs à  faire bondir la plus placide des féministes : Devoirs de famille. — Rôle à la fois discret, modeste et efficace de la jeune fille dans la famille. Devoirs maternels de la soeur aînée. Devoir pour les jeunes filles de prendre part à tous les soins domestiques, non seulement sans répugnance, mais avec empressement.

 

 

Face à la surenchère anti-musulmane de Sarkozy, contre les menus de substitution, un rappel :

La première circulaire sur ces menus, adressée aux recteurs, date du 30 juillet 1957, ce n’est donc pas nouveau « Il m’a été signalé que dans certains établissements de la métropole il était parfois servi de la viande de porc aux élèves de religion musulmane. Je vous serais obligé de rappeler à MM les chefs d’établissement que le Coran interdit aux musulmans la consommation de la viande de porc, et leur demander de prévoir, les jours où cette viande figure aux menus, un autre plat de viande à l’intention de leurs élèves musulmans » Circulaire du 30 juillet 1957, B.O.E.N. n° 31 du 5 septembre 1957, p. 2595 cité par J.P. Delahaye Laïcité, enseignement et religion à l’école (Le ministre de l’époque était un radical socialiste : René Billères)

Repost 0

Présentation

  • : Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • : Education, laïcité, politique et humeurs personnelles, en essayant de ne pas trop se prendre au sérieux.
  • Contact

Nota Bene

Le deblog-notes, même si les articles "politiques" dominent, essaie de ne pas s'y limiter, avec aussi le reflet de lectures (rubrique MLF tenue le plus souvent par MFL), des découvertes d'artistes ou dessinateurs le plus souvent érotiques, des contributions aux tonalités diverses,etc. Pour les articles que je rédige, ils donnent un point de vue : les commentaires sont les bienvenus, mais je me donne bien sûr le droit d'y répondre.

Recherche

Nelle Formule

Overblog - hébergeur du deblog-notes - a réussi l'exploit de lancer une nouvelle formule qui fait perdre des fonctions essentielles de la version précédente. Ainsi des liens vers des sites extérieurs disparaissent (désolé pour  Koppera, cabinet de curiosités, ..). Les albums se sont transformés en diaporamas, avec des cadrages coupeurs de têtes. La gestion des abonnés et des commentaires est aussi transparente que le patrimoine de Copé. Et toutes les fonctions de suivi du deblog-notes - statistiques notamment - sont appauvries.