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Savary, le sgen-CFDT et le philosophe

 

Clément Rosset

Vous semblez peu réceptif aux discours ministériels ou intellectuels axés sur la pédagogie. Vous parlez même d’une dérive pédagogiste. Pour quelles raisons ?

 

J’ai toujours tâché d’éveiller la curiosité et l’esprit critique de mes étudiants, et en cela j’ai toujours été violemment opposé à cette marotte d’après-guerre qui consiste à accorder la priorité absolue à l’enseignement de la communication, de la psychologie ou de la pédagogie, qui, d’une part n’apprennent rien puisqu’il est question "d’apprendre à apprendre" et qui, d’autre part, entretiennent un esprit moutonnier et médiocre. Le pédagogisme a commencé à être très envahissant sous l’influence d’un certain syndicat, le SGEN, et sous l’influence des gouvernements socialistes. Le premier émule inconditionnel de la faculté comme lieu de rencontres, de compréhension, de communication, de formation à la citoyenneté et autres billevesées de ce genre a été Alain Savary. Oui, le pédagogisme s’est mis en place à partir de 1981 et, en un certain sens, on peut dire que Claude Allègre est ministre depuis près de vingt ans !

L’université, comme le lycée d’ailleurs, est devenue à la fois une machine qui pèse de plus en plus lourd sur les épaules des enseignants, pour, au bout du compte, obtenir de moins en moins de résultats. La baisse du niveau est vertigineuse, et l’on demande d’enseigner l’ignorance et même une forme de bêtise. Or le résultat doit être l’apprentissage d’une culture et, dans le cas de la philosophie, l’entretien de l’esprit critique. La tâche se poursuit, certes. Mais l’afflux d’étudiants venus de bachots douteux, parce qu’il est convenu, selon la pensée pseudo-démocratique ambiante, de le donner presque à tous, a changé les choses. La réalité, c’est qu’on abuse ces élèves et ces étudiants qui sont payés en monnaie de singe.

Le monde de l’éducation Novembre 1999

http://www.lemonde.fr/mde/ete2001/rosset.html

 

 

Vieux SGENard et SAVARYste de la première heure, il m’a fallu plus de quinze jours pour digérer un passage de l’entretien avec votre invité, le philosophe C. ROSSET. Bel exemple de rétropensée. Bien que la pensée ne soit guère apparente : notre philosophe ne s’embarrasse pas d’arguments, un peu d’amalgame (communication, psychologie, pédagogie) beaucoup d’anathèmes et la messe est dite, ou plutôt la condamnation sans appel et du sgen et de Savary prononcée, condamnation sans instruction, si l’on peut oser ce terme, ni même procès, puisque les inculpés sont coupables, forcément coupables. A ce compte l’esprit critique relève du propos de café du commerce. Et j’oubliais le méprisant « bachots douteux ». Il n’y manque que le « lycée light » pour réunir tous les poncifs réactionnaires des prétendus républicains s’exprimant sur l’éducation.

 

Ces « bachots douteux » m’ont replongé une quarantaine d’années en arrière, dans un lycée tel que celui dont M. Rosset doit garder la nostalgie, où l’entrée en sixième ne se faisait que sur concours et où les méritants élèves issus de milieux modestes devaient s’accrocher (« scolaires », inévitablement trop « scolaires », n’ayant pas cette aisance innée des « héritiers ») pour ne pas perdre leurs bourses ; où les rares élèves issus des C.C. (Cours complémentaires) qui arrivaient en seconde étaient considérés avec un épais mépris par de jeunes agrégés à qui leur jeunesse valait de récolter les classes «poubelles », les M’ (sections « Modernes » sans deuxième langue) !

Retour près de vingt ans en arrière aussi puisque le philosophe nous y invite. A mon modeste niveau, mais en ce temps assez bien informé, je peux témoigner que le cabinet d’Alain Savary ne comptait aucun membre du sgen-CFDT. A. Savary l’a d’ailleurs lui-même affirmé ayant subi la double accusation d’avoir peuplé son cabinet de membres de ce syndicat honni et de n’y avoir pris aucun franc-maçon…

 

Sous jacent se retrouve la vieille opposition entre ceux qui pensent, comme Coluche, que tous sont égaux mais qu’il y en a qui sont « plus égaux que les autres » et ceux qui pensent que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Pour les premiers, la véritable égalité est de donner plus à ceux qui ont moins, quand les autres, sans oser l’afficher trop nettement, ne peuvent se défendre d’estimer que si les pauvres sont pauvres c’est bien de leur faute (thatcherisme et reaganisme, voire blairisme sont à cet égard représentatifs).

Le deuxième champ d’opposition qui est un peu le corollaire du premier porte sur ce qu’on a appelé de façon un peu compliquée « l'éducabilité cognitive », conviction (naïve ?) que chacun a en lui un potentiel de développement intellectuel sinon illimité, du moins immense, s’il est placé dans un contexte porteur (le premier élément de ce contexte étant justement cette visée optimiste) qui s’oppose à ce que d’aucuns baptisent « élitisme républicain » (où l’élitisme trouve son compte et la République peut-être un peu moins). Les savoirs sont proférés, certains en profitent, d’autres non, c’est dans l’ordre des choses. Certains sont doués et même surdoués, d’autres non. Si, statistiquement, il se trouve que ces doués se trouvent surtout parmi les enfants de classes privilégiées, ne prouve qu’une chose, c’est que la répartition des rôles est bien faite. Quelques « brillantes » exceptions permettent d’ailleurs d’affirmer que nous ne sommes pas dans un système de castes puisque le fils d’ouvrier méritant peut devenir leader de Démocratie Libérale…

 

On voit bien enfin que cet éminent professeur d’université ne se situe pas tout à fait dans l’optique d’une philosophie s’ouvrant à tous les publics. De quel voltairien (?) mépris doit-il accabler ceux qui se commettent dans des cafés philosophiques ou qui tentent d’amener des élèves de lycée professionnel à une réflexion critique ?

 

 

L’âge d’or

Jean-Pierre Rioux 

 

Diantre ! après une première page du Monde du 30 avril 2002 (« Insurger l’intelligence ») Monsieur Jean-Pierre RIOUX, historien et Inspecteur Général a droit aux premières pages de Télérama (« Une culture commune à reconstruire », n° 2730, 7/5/02).

 

Il a entre temps perdu de sa verve et manie l’invective avec plus de modération : quoi, plus de ces formules aux relents étranges, telles que « renvoyer à leurs moisissures (sic) les progressistes de l’inégalité – entendez ceux qui, après Alain Savary, proclament qu’il faut donner plus à ceux qui ont moins – les pédagogues de l’égotisme – là, il s’agit de ceux qui prônent des aides personnalisées aux élèves qui rencontrent des difficultés - les vendeurs de référentiels d’occasion – à la poubelle les diplômes professionnels rénovés -, les charlatans des identités et des cultures en pâte feuilletée, les grands esprits droits-de-l’hommesques – version moderne des « belles âmes » ? -qui, tous, en choeur des vierges effarouchées – ne reculons devant aucun cliché si éculé soit-il -, assaillent tant de jeunes sans défense au nom du culturellement correct. » Mais, prudemment (lâchement ?) notre pourfendeur de pédagogues se garde de nommer qui que ce soit, faisant preuve d’une non-assistance à jeunesse sans défense !

 

Et s’il y a encore 15 % d’enfants qui sortent du primaire sans les acquits de base, ils ne sont plus clochardisés mécaniquement ni promis dès onze ans « à tous les analphabétismes de l’esprit, du coeur et de la volonté » (formule aussi tonitruante que creuse).

 

En revanche, il nous révèle l’âge d’or : les années cinquante. Souvenez-vous – oui, je sais, je vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent guère connaître – l’équivalent de nos banlieues actuelles : des bidonvilles ; le système scolaire coupé en deux : d’un côté le primaire et primaire supérieur, de l’autre le secondaire-supérieur, avec les petits lycées qui évitaient aux enfants de la bourgeoisie urbaine de côtoyer ceux des classes populaires ; concours d’entrée pour la 6e, qui ne comptait qu’un cinquième d’une classe d’âge ; pour les autres fin de scolarité à 14 ans, avec pour une moitié d’entre eux le précieux viatique du certif  et combien d’autres « sans les acquis de base » ? Une société qui était encore très rurale – l’exode rural était encore en cours – avec des emplois non qualifiés en masse (ouvriers agricoles, manoeuvres, OS...), mais aussi un dynamisme économique (l’aube des trente glorieuses) qui faisait que « l’ascenseur social » fonctionnait, encore faudrait-il mesurer avec exactitude son ampleur.

 

Ce n’est pas l’école qui a brisé la mobilité sociale. Mais la crise économique. Et depuis une dizaine d’années le nombre d’élèves sortant sans aucune qualification a été divisé par cinq.

Que l’école ait encore – plus que jamais – besoin d’évoluer, qu’elle doive encore et toujours transmettre un « socle commun » de connaissances et de citoyenneté à tous les élèves,  c’est évident ! Mais ce n’est pas en proposant des solutions rétrogrades à grand renfort d’invectives et d’affirmations gratuites qu’on y arrivera.
                                                            

                                                                                             

L’anti américanisme : voilà l’ennemi

Jacques Julliard  

   et Roger-Pol Droit

 

Au moment même où l’anniversaire du 11 septembre nous vaut des journaux télévisés du « graoundziro », comme écrit Schneidermann,  avec, à nouveau images en boucle d’avions se jetant sur « les tour jumelles », où les magazines consacrent des pages et des pages sur le sujet, il devient urgent « de dénoncer, chez beaucoup de français, un antiaméricanisme imbécile ».

 

Petite remarque au passage : on peut afficher une détestation (imbécile, bien sûr) des Etats-Unis d’Amérique, sans pour autant avoir de sentiments inamicaux à l’encontre des Canadiens, des Mexicains ou des Honduriens. Les Espagnols, qui ont quelques raisons historiques de savoir que l’Amérique ne se réduit pas aux États-Unis ont forgé un adjectif que l’on pourrait transcrire par étatsuniens.

Autre remarque : sans avoir à beaucoup chercher, on peut trouver, dans la presse, voire dans la bouche de personnalités anglo-saxonnes, des choses assez infâmes, pour ne pas dire abjectes, sur les français.

 

Mais revenons à notre « antiaméricanisme » : s’il est urgent d’en découdre avec lui, c’est tout simplement parce que « l’un de nos meilleurs polémistes », comme le définit Jacques Julliard, a sorti « ce livre courageux et lucide », comme l’écrit Roger-Pol Droit : L'Obsession anti-américaine1.

 

Dans ces deux articles, on voit poindre ce que j’appellerais la méthode Finkielkraut : se fabriquer un ennemi caricatural (« tête à claques »,  « crétin à dépecer » JJ) à qui l’on fait dire les pires absurdités. Et s’il ne les dit pas qu’importe : « Sans doute ne vous dira-t-on jamais cela de façon aussi brutale » (RPD) ; autrement dit, si vous tenez un discours nuancé, ce ne sera, en fait que « allusions, suggestions et autres variations ». Et tout cela relève d’un mouvement gigantesque : « Pas moyen d’y échapper. Que ce soit dans les journaux, à la télé, à la radio, au Café du commerce » (RPD) on assiste à « une des plus fortes vagues d’antiaméricanisme qu’ait connu le monde depuis cinquante ans » (JJ). Coup de grâce : « Il y a entre cet antiaméricanisme-là et l’antisémitisme une homologie structurelle ».

Oser comparer la montée de l’extrême droite américaine à celle du fascisme en Italie ou du nazisme en Allemagne serait passible des tribunaux - notons au passage comment l’accusation d’antisémitisme est utilisée à des fins, disons peu dignes, pour faire taire les critiques à l’encontre de la politique de Sharon – si cette comparaison n’était le fait de Steven Jonas. On retrouve là encore la méthode Finkielkraut qui, dans sa hargne à l’égard de Philippe Meirieu – qu’il n’a pas dû plus lire qu’il ne voit les films qu’il attaque – avec un raisonnement des plus tordus, en faisait le complice potentiel de la Shoah.

 

Nos deux chroniqueurs, dont l’hommage à ce bon vieux réac de Revel1 est proche de la flagornerie (« pugnacité, intelligence rare » RPD, et on l’a vu plus haut « un de nos meilleurs polémistes » JJ), aurait pu s’inspirer des notations de Jean Birbaum, à propos du livre de Philippe Roger, invitant à éviter « la tendance un peu obsessionnelle à traquer partout des américanophobes réels ou présumés »2.

 

 

PS

  • Guatemala 1954 : renversement du régime progressiste du colonel Jacobo Arbenz (élu au suffrage universel en 1951) « 1ère d’une longue série d’interventions de la CIA en Amérique latine » (Encyclopædia Universalis) rappel antiaméricain ? 11 septembre 1973 : rappel antiaméricain ?
  • Si les Talibans,  en néo-staliniens, avaient pratiqué l’Islamisme obscurantiste « dans un seul pays » ne seraient-ils pas encore au pouvoir ?
  • Traiter Ashcroft, ministre de la justice étatsunien, de « fondamentaliste chrétien » : crétinisme antiaméricain ?...

 

Haro sur l’Amérique, Chronique de Jacques Julliard, Nouvel Observateur du 12-18 septembre 2002

 

1 Jean-François Revel au combat, Le Monde des livres, 13 septembre 2002

2 Américanophobie, tempête contre un désert, Le Monde des livres, 13 septembre 2002

 

 

 

Trissotin, philosophe à l’ENS

Alain Badiou 

http://pagesperso-orange.fr/felina/doc/laic/badiou.htm

 

Une pleine page du Monde (22 février 2004), excusez du peu, offerte à un Trissotin philosophe qui nous encombre de sa jactance « révolutionnaire », au ton qui se veut vulgaire pour choquer les coupables que nous sommes d’avoir « à partir des années 1980 renié et tenté d’anéantir toute politique d’émancipation, toute raison révolutionnaire » (années 80 ? chute du mur de Berlin ? Good bye Lenin : est-ce bien cela Monsieur le Philosophe de l’École Normale Supérieure ?).

 

Une pleine page du Monde pour nous asséner ce chef-d’œuvre d’amalgame quasi surréaliste : « […] une loi, oui, une Loi[sur le voile] C’est ainsi qu’une fois de plus, dans la ligne de la capitulation de Sedan, de Pétain, de la guerre d’Algérie, des fourberies de Mitterrand, des lois scélérates contre les ouvriers sans papiers, la France étonna le monde. » et notre philosophe étonna le lecteur !

D’autant plus étonné, que dis-je stupéfié qu’il vient d’apprendre que le président de la République a été « totalitairement élu par 82 % des électeurs, dont tous les socialistes », entreprise totalitaire à laquelle – ce qui aggrave incontinent sa culpabilité – ledit lecteur devra souvent avouer qu’il a participé, fusse en se bouchant le nez et sans grande illusion sur ce qu’allait faire l’élu de ces 82 %. Mais, pour autant, il ne lui serait pas venu à l’esprit de qualifier Chirac de « soviétique aux 82 % ».

 

Une pleine page du Monde pour dénoncer l’islamophobie de « Chirac, les socialistes, les féministes et les intellectuels de lumières », coupables forcément coupables !

 

Et si ces islamophobes ont lancé cette bataille foulardière « Une seule explication : une fille doit montrer ce qu’elle a à vendre. Elle doit exposer sa marchandise. Elle doit indiquer que désormais la circulation des femmes obéit au modèle généralisé, et non à l’échange restreint. » Et comme Lacan a établi (sic) l’isomorphisme (resic) entre Jouissez ! et Ne jouissez pas ! comprenne qui pourra. D’autant que cela tourne un peu à l’obsession (qu’aurait dit Freud lui aussi convoqué ?) : « La circulation prostitutionnelle généralisée est plus rapide et plus fiable que les difficultueux enfermements familiaux [… ]», et quelques lignes plus loin sont évoquées la maman et la putain, puis la pute !

Une pleine page du Monde d’où pourrait émerger un intéressant sujet de philo : « Là où, désormais, le patriotisme, cet alcool fort des apprentissages, fait entièrement défaut, tout idéalisme, même de pacotille, est le bienvenu. » Expliquez, commentez !

 

Une pleine page du Monde enfin où dans ce fatras verbeux surnagent quelques vérités.

 

NB Ce texte fut écrit alors que, comme jean Baubérot et quelques autres, je ne pensais pas utile le vote de cette loi ; mais il est des imbécillités qui nuisent à la cause que l’on peut défendre…

         

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