Encore une rencontre de hasard. Mon vieil ami Jacques T. qui me fournit en diaporamas et autres mini-vidéos, m’envoie un *.pps intitulé « David Dubnitskiy ». Puis-je avouer que je ne partageais pas d'emblée son enthousiasme ? Un peu trop mièvre, peut-être, pour le pornographe, comme chantait Brassens, que je suis. Mais, outre son culte de la rousseur, derrière ses mises en images très travaillées, il y a des petits sketchs précieux.
Qui est ce Dubnitskiy ? Si ce n’est que c’est un photographe ukrainien de Dnipropetrovsk, qu’il travaille en ‘free lance’ – en auto-entrepreneur si vous préférez – et qu’il est attaché à l’âme slave, impossible d’en savoir plus. Sauf sans doute à déchiffrer les sites slaves justement.
Le monde de la peinture est source d’inspiration.
Le chat aussi, l'inspire.
Et il donne aussi dans un certain académisme avec ses clichés super-léchés.
Et une prédilection pour les jeux de transparences et de contre-jours.
Mais ce sont donc ses petites historiettes en quelques images qui font – à mon avis, mais je suis prêt à le partager – son intérêt.
Une usine du temps des soviets
Les lavandières (pas portugaises) ont des drôles de machines
Mais elle se détendent à la pêche (et on s'aperçoit que l'exagération n'est pas que masculine)
L'art de la poterie mérite d'être encouragé.
Cédric Villani a-t-il songé à ce moyen de motiver les élèves pour les maths ?
L'infirmière débutante s'essaie à la piqûre
Il adore les petites scènes rurales...
Et les scènes domestiques :
comme la cuisine
ou la couture
Mais la lecture aussi l'intéresse.
Et le piano
Et bien sûr la photographie
Quelques images témoignent d'un passé lointain avec des postes transistors et des wagons-lit d'un autre temps.
Le confort est des plus sommaires et il faut se contenter d'une bassine en guise de baignoire.
Le court mais chaud été ukrainien incite à se rafraîchir.
Et dans la chaleur d'un bureau, il faut se ventiler.
Est-ce la chaleur ? l'alcool ? qui a poussé cette ménagère dans un strip-poker où visiblement elle n'a pas un très bon jeu ?
Mais les sketchs les plus plaisant sont ceux où il met en scène un pré-ado qui s'éveille aux beautés du sexe opposé.
Une seule image suffit : le serviable garçon aide la dame qui scrute le lointain (?) avec sa longue vue, tout en se rinçant l'oeil.
L'aquariophilie permet aussi d'avoir d'intéressants points de vue.
Mais le voyeurisme n'est pas sans danger.
Peu de noir et blanc dans ses clichés. Les quelques oeuvres glanées me semble cependant avoir plus de caractère que celles en couleurs.
L'un de ces clichés pourrait illustrer "Le cul sur la commode", chanson des années 30 interprétée par Jeanne Aubert.
Dans ces quelques images, une séquence un peu mystérieuse, où l'homme semble avoir une longue cicatrice sur le milieu du buste.
On terminera cependant par une note très colorée avec cet atelier d'un peintre où la pose osée du modèle est habilement masquée par une fleur : un peu le symbole de l'oeuvre du photographe ukrainien, plus en suggestions qu'en agressions, contrairement à la peinture provocatrice qui s'affiche sur la toile.
Il y a un peu plus de deux ans, Leila Alaoui, photographe maroco-française, grièvement blessée dans l’attentat d’Ouagadougou du 15 janvier 2016, succombait à ses blessures. Elle était au Burkina-Faso pour réaliser une série de photos sur les femmes burkinabé pour une ONG. J’avais fait écho de son travail intitulé « Les Marocains » auprès des vénérables membres de l’AAA au moment d’une exposition à Sanary-sur-Mer. Mais cette œuvre mérite d’être remise à l’honneur.
Marchand d'eau au souk de Boumia (province de Midelt)
Née à Paris en 1982, d’une mère française et d’un père marocain, Leila Alaoui a grandi au Maroc, mais a étudié cinéma et photographie à New-York. Elle vivait entre Marrakech et Beyrouth. Les migrants, des réfugiés syriens au Liban aux immigrants marocains et surtout sub-sahariens prêts à tout risquer pour rejoindre l’autre rive de la Méditerranée, furent un de ses thèmes favoris.
Mais avec sa série « Les Marocains » elle fait quasiment œuvre anthropologique. La fameuse place Djemaa-el-Fnaa, chez elle, à Marrakech, lui a offert quelques personnages – charmeur de serpent, tireuse de bonne aventure, musicien et même, sa photo favorite, le jeune sourd-muet qui l’aidait à monter son studio mobile – mais Khamlia, le village Gnawa, avec en particulier sa mariée au masque quasi africain, a aussi été riche en belles découvertes.
Place Djemaa el-Fna Marrakech
"Les Marocains est une série de portraits photographiques grandeur nature réalisés dans un studio mobile que j’ai transporté autour du Maroc. Puisant dans mon propre héritage, j’ai séjourné au sein de diverses communautés et utilisé le filtre de ma position intime de Marocaine de naissance pour révéler, dans ces portraits, la subjectivité des personnes que j’ai photographiées. Inspirée par “The Americans”, le portrait de l’Amérique d’après-guerre réalisé par Robert Frank, je me suis lancée dans un road trip à travers le Maroc rural afin de photographier des femmes et des hommes appartenant à différents groupes ethniques, Berbères comme Arabes. Ma démarche, qui cherche à révéler plus qu’à affirmer, rend les portraits réalisés doublement “documentaires” puisque mon objectif – mon regard – est à la fois intérieur et critique, proche et distancié, informé et créatif. Ce projet, toujours en cours, constitue une archive visuelle des traditions et des univers esthétiques marocains qui tendent à disparaître sous les effets de la mondialisation.
Cette manière hybride de concevoir le documentaire fait écho à la démarche corrective postcoloniale que de nombreux artistes contemporains engagent aujourd’hui afin d’écarter de l’objectif l’exoticisation de l’Afrique du Nord et du monde arabe très largement répandue en Europe et aux Etats-Unis. Le Maroc a longtemps occupé une place singulière dans cette utilisation de la culture historique – en particulier des éléments de l’architecture et des costumes nationaux – pour construire des fantasmes d’un « ailleurs » exotique. Les photographes utilisent souvent le Maroc comme cadre pour photographier des Occidentaux, dès lors qu’ils souhaitent donner une impression de glamour, en reléguant la population locale dans une image de rusticité et de folklore et en perpétuant de ce fait le regard condescendant de l’orientaliste. Il s’agissait pour moi de contrebalancer ce regard en adoptant pour mes portraits des techniques de studio analogues à celles de photographes tels que Richard Avedon dans sa série “In the American West”, qui montrent des sujets farouchement autonomes et d’une grande élégance, tout en mettant à jour la fierté et la dignité innées de chaque individu. "
Sa plus grande difficulté, a-t-elle racontée, était de convaincre les gens à prendre la pause, "dans un pays ou des personnes ont des appréhensions superstitieuses envers l’appareil photo et considèrent souvent la photographie comme une façon de voler l’âme des gens."
Essaouira
Tamesloht, près de Marrakech
Après avoir essuyé de nombreux refus et passé plusieurs minutes à persuader des passants, la jeune femme finalement réussissait à en convaincre quelques-uns. Mais spontanéité oblige, elle n’a souvent pas eu droit à l’erreur: "Intimidés par le flash, ils quittent immédiatement le studio après la première prise, me laissant avec une seule chance de prendre la photo."
Après Marujo Mallo, El País semanal m’a fait découvrir une Coco Fronsac, bien de chez nous, sous le titre Historias enmascaradas (histoires masquées). Dans la foisonnante production de l’artiste, le supplément dominical d’El País a mis en relief le travail de re-création à partir des vieilles photos du XIXe siècle ou de la première moitié du XXe siècle. Ces photos retrouvent une nouvelle vie sous la main de l’artiste.
Coco Fronsac, si l’on en croit son propre site, est née en 1962 dans une famille d’artistes. Elle sera élève de l’École nationale des métiers d’arts et des arts appliqués, à Paris, puis pratiquera la lithographie au sein de grands ateliers parisiens. Mais surtout c’est une chineuse qui depuis une trentaine d’années écume les marchés aux puces et autres vide-greniers et brocantes. Dans le bric-à-brac qu’elle entasse – crucifix et statuettes de saintes notamment – on trouve donc une foultitude de photographies familiales. Les clichés des personnages qui posent pour un baptême, une communion, un mariage, ou qui se sont fait tirer le portrait, seuls, en couple ou en groupe, oubliés dans la boîte d’un brocanteur, vont retrouver vie. Ainsi les visages sont cachés sous des masques ancestraux d’Afrique, d’Amérique, d’Océanie ou d’Asie. Les photos sont ornées de dessins colorés aux étranges compositions – coraux, animaux marins, plantes exotiques, mais aussi Mickey ou des anthropométries de Klein – formant un fabuleux monde surréaliste, marqué par les contrastes qui donnent un air inquiétant à ses œuvres. (d’après Carmen Guri).
Marcel Duchamp et le dadaïsme, André Breton bien sûr, Giorgio De Chirico, Magritte, Picabia ont inspiré son œuvre.
«En petite-fille des surréalistes et des avant-gardes, qui, les premiers, avaient investi les arts dits primitifs pour révolutionner une civilisation en déclin, Coco Fronsac nous plonge dans un univers onirique, drolatique, parfois burlesque, où les cultures se mélangent pour engendrer du merveilleux, en revisitant des photographies anonymes ou anciennes. (...)
Sa démarche inspirée et sa vision surréaliste rendent hommage aux dadas et apportent ainsi un éclairage tout à fait contemporain, ludique et habité sur les oeuvres de ces artistes qui peuplent son imaginaire. »
Valentine Plisnier
« Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau »… Coco Fronsac cite André Breton, pour expliquer son goût de la transformation. « Je crée ma propre histoire, ajoute-t-elle. Cette association entre un masque et un portrait, c’est une rencontre. Après ils s’arrangent… »
“L'origine des maux - N’importe quel discours qui te promet le Paradis, t’écarte les cuisses et t’insémine le pire des poisons : celui qui aveugle.” - 2013
C’est encore une fois à Michel Koppera que je dois la découverte de ce Jac-Zap : « Créativité, inventivité, transgression, sensualité, sexualité, émotions, rêves... Magie des images et des mots qui les accompagnent. »
Hommage à Clovis Trouille 2013
"L'extase de Ste Thérèse dans l'urinoir de M. Duchamp" - juin 2017
“Hommage à Pierre Molinier - Ste Thérèse” - 2012
Qui se cache derrière cette signature ? Mystère.
Un de ses sites comporte cependant quelques textes et hommages, hommages à Clovis Trouille, à Duchamp, à Molinier ce qui inscrit ses montages dans l’esprit du dadaïsme et du surréalisme ; hommages aussi à Lautréamont, à Artaud et à Prévert.
“Rrose Selavy - dixit M. Duchamp” – 2013
A New-York, Marcel Duchamp, photographié par Man Ray, s'est métamorphosé en Rrose Sélavy, ambassadrice du parfum Belle Haleine.
"Hommage à Marcel D. le dernier ready made avec la mariée mise à nu par ses célibataires, même" 2014
L'urinoir signé R. Mutt fut sans doute le premier "ready made" (objet déjà fabriqué) de Marcel Duchamp.
"Où ai-je la tête à produire des images “nocives” lorsque les interdits du politiquement correct et le puritanisme se disputent le droit de décider des normes de notre sexualité ? Il faut continuer à vivre même sans tête."
Jac-Zap
Sainte Thérèse - est-ce celle de Lisieux ou plutôt celle d'Avila ? - est une source d'inspiration.
Sainte Thérèse
Mais Salomé, chère notamment à Frantisek Drtikol, inspire aussi plusieurs montages.
"présentation du cœur de St Jean-Baptiste à Salomé" – 2011
"la vengeance de Salomé : la tête de St Jean-Baptiste abandonnée aux rats" - Oct.2016
Présentation du crâne de St Jean Baptiste à Salomé – 2014
"Tu es l’horreur de la nuit
Je t’aime comme on râle
Tu es faible comme la mort
Je t’aime comme on délire
Tu sais que ma tête meurt
Tu es l’immensité la peur
Tu es belle comme on tue
Le coeur démesuré j’étouffe
Ton ventre est nu comme la nuit."
Georges BATAILLE
cité par Jac-Zap
"St Sébastien veillé par Ste Irène" - Mai 2016
"Adoration de la Vierge" - Aout 2017
"Piéta du Don" – 2017
"Tentative de meurtre sur une apparition de la Vierge pendant mon sommeil" - juin 2017
“Homme, lorsque tu rencontres un chien mort retourné, appuyé contre une écluse qui l'empêche de partir, n'aille pas comme les autres prendre avec ta main les vers qui sortent de son ventre gonflé, les considérer avec étonnement, ouvrir un couteau, puis en dépecer un grand nombre, en te disant que toi aussi tu ne seras pas plus que ce chien. Quel mystère cherches-tu ?”
Lautréamont “ les Chants de Maldoror" - chant Premier
cité par Jac-Zap
"Trinité : sang, sperme, lait" - mars 2017
La Sainte Famille – 2014
"méta.anatomie.14 - la relique" – 2015
la méta.anatomie, c'est le corps bouleversé de l'intérieur par l'inscription du désir et son pouvoir de métamorphose.
"apparence / appât rance
Certains suicident leurs facultés devant l'écran de la vie. Le choix de leur programme est celui des règles du plus grand nombre. Maquillages, costumes, décors, poses et répliques sont déjà fixés.
Les normes que chacun se choisit s'inscrivent dans les modes et les identités des espèces consommables sur catalogue. La pseudo-libération du corps dans son apparence [appât-rance] (tatouage, piercing, fringues, etc..) s'inscrit dans une médiatisation à outrance de normes polymorphes dont la finalité est d'en créer le désir/frustration et la marchandisation. J'adhère, j'achète, je me soumets, je plie mon corps à des désirs formatés “Parce que je le vaux bien”. Le culte de l'individualité crée l'illusion de la liberté de choix."
Jac-Zap
cadavre exquis de notre enfer
"Extase infernale" - Avril 2015
"ENFER
Ne nions pas l’enfer qui est en nous. Utilisons-le pour décrypter, dans les discours et faits que l’on nous impose, sa présence malfaisante. Nous sommes des monstres tellement Humain."
Jac-Zap
"Enfer à louer avec date de péremption" - Dec.2017
Payement comptant si vous êtes décomposés par les remords et sans espoir.
Crédit à vie possible pour les stérilisés par des raisons domestiques.
Priorité aux tueurs sains de corps et d’esprit, chargés de vices par devoir.
N’oubliez pas de présenter votre ordre de miction à chaque suffocation morale.
Comme certains doivent le soupçonner ce choix dans les très nombreux montages de Jac-Zap est un peu orienté. L'artiste ne se focalise pas que sur nos saintes et saints ni que sur l'enfer, mais aborde toutes les questions essentielles.
PS L'annonce de cet article sur "Fessebouc" a provoqué la censure :
Le transfert des œuvres de Sigena a eu d’immédiates répercussions. Si, ces jours-ci, à la demande de son gouvernement, des œuvres ont été retirées du Musée de Lleida pour être restituées à la région d’Aragón, on enregistre maintenant une demande de transfert du Cardinal Cañizares qui exige la restitution d’une œuvre de Sorolla. « Concrètement celle des enfants à la plage » a précisé le cardinal « Quand on vit à Madrid, la Méditerranée manque ».
Cañizares, originaire de Valence, assure que les œuvres de Sorolla, exposées au Musée du Prado, lui appartiennent. « Sorolla était de Valence comme moi. De plus, moi je peux prétendre bien m'être pénétré des paroles de Jésus qui disait "laissez venir à moi les petits enfants" ».
Le cardinal assure que l’œuvre sur les enfants sera dans les meilleures conditions. « Il n’y a aucun problème. Pour assurer sa conservation, je vais suspendre le tableau dans mon cabinet privé. De plus, j’ai déjà préparé tout le nécessaire, ce même jour j’ai acheté 200 paquets de Kleenex et un bavoir ».
Quand on lui demande ce qu’il admire le plus dans ce tableau des « Enfants se baignant à la plage », il répond : « Les formes de ces enfants me paraissent délicieuses. Quand je les vois je n’arrive plus à en détacher mon regard. Et quel beau modelé dans ce tableau de Soralla. »
Le Musée du Prado s’est exprimé en faisant ressortir que la cardinal, comme toutes les autres personnes, pouvait venir voir les tableaux quand il voulait et les admirer aussi bien que s’ils étaient dans son cabinet privé.
Cañizares, quelque peu embarrassé, a répondu au musée : « C’est un mensonge. Je ne pourrais les admirer de la même façon. Essentiellement parce que je me ferais arrêter pour exhibitionnisme public ».
Qui connaît Maruja Mallo ? Bien qu’elle ait côtoyé Lorca, Dali et Bunuel, Breton ou Pablo Neruda, Marúnica n’est vraiment connue que des initiés. Plus célèbre pour ses amours et ses amitiés tumultueuses, sa vie d’une irréductible liberté et sa personnalité affirmée ont éclipsé l’artiste.
De son vrai nom Ana María Gómez González, Maruja Mallo est née en 1902, à Viveiro (en Galice), quatrième d’une famille de quatorze enfants. Elle a adopté le deuxième nom de son père Justo Gómez Mallo. Ce père fonctionnaire fut muté à Avilès, dans les Asturies, où elle commença des études artistiques. Etudes qu’elle poursuivit à Madrid en 1922, à l’Académie royale des Beaux-Arts de San Fernado où elle se lie d’amitié avec Salvador Dali qui la définissait comme moitié ange, moitié coquillage ("mitad ángel, mitad marisco").
Salvador Dali et Maruja Mallo, Café de Oriente 1923
Elle eut aussi une intense relation avec Rafael Alberti. Plus tard aussi, elle fut intimement liée à Pablo Neruda et Miguel Hernández, mais gardant toujours une farouche autonomie, ne voulant pas être réduite à un appendice de la vie et l’œuvre d’un homme.
Comment mieux entamer une carrière artistique que d’attirer l’attention du philosophe Ortega y Gasset, qui organisa sa premeière exposition dans le local de sa revue Revista de Occidente, notamment sa série intitulée Las Verbanas.
Elle va être exposée, en 1932, à Paris, où elle fut reconnue comme peintre surréaliste par le pape du mouvement, André Breton, qui acquit une de ses œuvres.
En 1937, sa Galice natale proie des rebelles, c’est l’exil à Buenos Aires. Depuis la capitale argentine, accueillie et protégée par des amis influents, elle put découvrir des lieux impensables pour l’Espagne de l’époque tels que Punta del Este, Valparaiso, New-York… Elle s’y liera d’amitié avec Andy Wharhol et participa brillamment à le vie culturelle et mondaine de la cité. Contrairement à beaucoup des exilés elle ne connut jamais la misère dans cet exil.
Profitant de la relative libéralisation du régime, elle rentre en Espagne en 1962. Elle s’aperçut que le monde qu’elle avait connu avait disparu, que ses amis étaient soit enterrés soit exilés. Elle apparaissait comme un personnage exotique auprès de jeunes qui n’avaient entendu que des légendes à son sujet. A 80 ans, elle apparaissait encore, menue et altière, vêtue dans son style hippy d’un éternel manteau de fourrure, outrageusement fardée, et la foule d’un vernissage d’une exposition s’écartait devant elle comme les eaux de la Mer Rouge devant Moïse.
Gif dédié à Maruja Mallo
Mais jusqu’à la fin de sa vie elle continua de peindre.
La foire d’art contemporain Frieze à Londres a réservé pour son édition 2017 une section pour les œuvres de quelques artistes féministes que la censure avait longtemps occultées.
Cactus couronné par un godmiché double, une ode sainte au pénis ou le dessin hyperréaliste d’une pénétration, des torses dénudés d’un homme et d’une femme, des toisons pubiennes, des tétons ou une bouche entr'aperçus à travers une vitre ternie. Des images plus ou moins surréalistes, assemblant des éléments étrangers pour générer un sentiment de malaise. Et, pour beaucoup, une grande liberté sexuelle, écho de l’explosion féministe des années soixante et soixante-dix. Et encore aujourd’hui, toujours.
Le conservatisme sur tout ce qui touche au sexe instaure une censure, parfois hypocrite, parfois explicite, envers une multitude d’artistes qui veulent analyser, approfondir et théoriser la situation des femmes, les préjugés sexistes, les stéréotypes, le machisme, la soumission ou la rébellion. Leur volonté de créer se heurte au refus des galeries et musées de les accueillir, à une myopie de de la critique qui ne vont pas au-delà de l’impact de l’image et au veto social et moral qui les écarte des expositions et des publications.
Pour justement combattre ce confinement, cette édition de la Frieze, la foire d’art contemporain de Londres, a réservé un espace, intitulé Sex Work: Feminist Art & Radical Politics, qui a accueilli neuf de ces créatrices qui ont passé près d’un demi-siècle dans une semi-clandestinité pour cause de productions artistiques politiquement incorrectes. Un situation sur laquelle ont débattu les artistes Renate Bertlmann, Cosey Fanni Tutti, Marilyn Minter, Penny Slinger et la commissaire et universitaire Alison M. Gingeras, la responsable de la sélection.
Travail sexuel : art féministe et politique radicale est donc le nom choisi par la commissaire pour mettre un coup de projecteur sur quelques femmes qui se meuvent à la frontière du moralement, socialement et culturellement acceptable depuis les années soixante et qui de ce fait trouvent peu de lieux qui les acceptent ; en même temps, c’est une sorte d’hommage aux rares galeries qui accueillent ces œuvres alors que ni les mouvements féministes ni les rétrospectives ne le font.
Une visiteuse devant le récapitulatif de la section
Gingeras, durant la foire, a expliqué qu’il est important de comprendre que le féminisme n’est pas un mouvement monolithique, mais qu’il est pluriel et divers. Cette section a donc pour but de montrer au public par les œuvres qui la composent la diversité de ces créations, la manière dont elles expriment une critique politique et comment le contexte montre que le sexe vu sous cette perspective est une question humaine et pas seulement féministe.
La promenade entre ces mondes du désir, de l’érotisme et de la dissection critique des inégalités et du patriarcat ne doit pas rester au stade de l’anecdote ou du choc visuel de certaines de ces pièces. Gingeras a souhaité que le désir de montrer la complexité de ces oeuvres et leurs contextes respectifs pourra servir à construire une histoire qui considère que le féminisme ne peut se réduire à un hashtag !
Iannone a migré à Berlin au milieu des années soixante-dix puis a vécu dans diverses cités européennes. Elle a pu voir, au fil des ans, comment son travail a été censuré avant d’être connu et reconnu. Dessins, objets, photos et livres qu’elle a créé depuis les début des années soixante sont marqués par une forte empreinte narrative et autobiographique dans l’exploration de l’amour, de la sexualité et de la beauté.
Le réalisme de ses images et la netteté avec laquelle elle recrée le désir et les relations sexuelles du point de vue de la femme* lui ont valu d’abord l’ignorance la plus absolue. Mais aujourd’hui l’œuvre de cette artiste résidant à New-York se retrouves dans différentes galeries et des musées, dont le Centre Pompidou.
Sculpture, dessin, peinture et photographie dans lesquels, souvent, elle se sert de son propre corps comme base créative : ainsi de Woman Rising, une série de photographies sur lesquelles l’artiste peint pour créer de nouvelles identités en relation avec la nature, la culture populaire ou l’histoire de l’art. Elle vit à New-York depuis quelques années et a participé à de nombreuses rétrospectives dans les musées du monde entier, comme le MOMA.
Natalia Lach-Lachowicz a adopté ce double L en 1971, quand, après des années où elle s’était heurtée au mur idéologique et moral qui régne sur la Pologne, son pays, elle fut reconnue internationalement. La série, à la fin des années soixante, Intimate Records, s’est élevée comme un cri pour une nouvelle sexualité féminine. Ses œuvres sont présentées maintenant dans des lieux comme le Musée d’Art Moderne de Paris ou le Centre international de photographie de New-York.
L’artiste féministe Renate Bertlmann se sert, comme Natalia LL, de son corps comme outil artistique. Sexualité, genre et stéréotypes sont quelques uns des concepts les plus traités (et critiqués) par Bertlmann, à travers des objets qui, normalement, sont associés à d’autres rôles. Depuis la fin des années soixante-dix elle travaille avec le dessin, la peinture, la photographie, le collage et le sculpture. C’est une des artistes féministes en activité des plus importantes.
Minter a vu plus d’une fois se fermer les portes des galeries et moyens de communication. Jusqu’à Playboy, en 2014, après lui avoir commandé un travail. Minter fit une série de photographies en gros plan où se voyaient des doigts caressant la toison pubienne. Ces photos ne furent jamais publiées par la revue ; cependant l’espace (maintenant fermé) Fulton Ryder édita le projet dont le tirage fut épuisé peu après son lancement. La pornographie est un thème dont l’artiste a joué et rejoué. Pornographie comme véhicule du désir et représentation d’une sexualité avec ses rites et ses pièges.
Ses dessins proches du graffiti sont d’un érotisme de combat. Ainsi de son portrait de Georges Wallace – gouverneur raciste de l’Alabama – en tête de nœud ! Mais elle s’attaque aussi avec vigueur au machisme et en particulier en son expression miltariste ! Victime de la censure en 1973 à Philadelphie, elle n’exposera plus jusqu’en 2008. Cette féministe de combat est l'une des membres fondatrices de la A.I.R Gallery et l'une des premières militantes au sein d'organisations activistes comme les Guerrilla Girls, la Art Workers' Coalition, et Fight Censorship.
Au sein d’un surréalisme féministe, Penelope dite Penny Slinger se sert aussi de son propre corps comme base de sa création. Photographie, sculpture, film et récit sont quelques-uns des moyens d’expression que l’artiste, installée en Californie, utilise pour rompre avec l’ordre établi et créer son propre équilibre entre sexualité et esthétique, désir et sexe. Et pour explorer comment la femme est vue par son entourage et comment elle se voit elle-même.
Toute la force du corps féminin : ce qu’il est, ce qu’il peut être, ce qu’il semble avoir à être… La force du surréalisme pour analyser, disséquer les stéréotypes à travers les mains, les pieds, la bouche de la femme. Elle se livre à une destruction en règle des assignations imposées aux femmes, celle en particulier de la « femme au foyer ». Et cela dès les années 70, de Vienne, en Autriche.
On ne prête à Guillaume Apollinaire que deux œuvres érotiques – pornographiques diront certains – les Onze mille verges et Les exploits d’un jeune Don Juan. C’est oublier qu’il a entre autres ‘traduit’*, dans une double version, Les mémoires d’une chanteuse allemande : une version style veillées des chaumières pour une édition légale et une version autrement croustillante sous le manteau. Et il n’est pas impossible que pour des raisons alimentaires il n’ait pas commis quelques autres œuvres licencieuses.
La poète même, quand il chantait sa Lou, avait la plume allègre.
Mon très cher petit Lou je t’aime
Mon très cher petit Lou je t’aime Ma chère petite étoile palpitante je t’aime Corps délicieusement élastique je t’aime Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime Sein gauche si rose et si insolent je t’aime Sein droit si tendrement rosé je t’aime Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau qui vient de naître je t’aime Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime Chute des épaules adorablement pure je t’aime Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t’aime Regard unique regard-étoile je t’aime Mains dont j’adore les mouvements je vous aime Nez singulièrement aristocratique je t’aime Démarche onduleuse et dansante je t’aime Ô petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime.
Plume qui a été franchement transgressive, pour les canons de l’époque, quand il chante, comme une préface à son jeune Don Juan, ce « con large comme un estuaire » aux senteurs marines.
Con large comme un estuaire
Con large comme un estuaire Où meurt mon amoureux reflux Tu as la saveur poissonnière l’odeur de la bite et du cul La fraîche odeur trouduculière
Femme ô vagin inépuisable Dont le souvenir fait bander Tes nichons distribuent la manne Tes cuisses quelle volupté même tes menstrues sanglantes Sont une liqueur violente (…)
Ces exploits, parfois titrés « Les mémoires d’un jeune Don Juan », peuvent choquer de nos jours même un pornocrate. Foin, c’est le cas de le dire, de ces chattes lisses : même les aisselles sont velues. Point non plus de déodorants : les odeurs fortes sont prisées.
«Le poète du Pont Mirabeau est à l’aise dans ce genre d’ébats. Cependant, le trait le plus original de son érotisme « littéraire » est peut-être dans un certain don d’écriture qui le pousse à une extrême précision descriptive dans l’évocation des détails sexuel […]. Ce pouvoir d’exhibition de l’écriture, il en use sans retenue et parfois avec une insistance qui prend curieusement la forme d’une obsession – s’agissant notamment des seins, des fesses, des cuisses et des croupes – du « gros » et du surabondant. Tout Apollinaire est là si on le connaît un peu, avec sa truculence, sa démesure, son rire, ses fantasmes et son énorme « obscénité » caractérielle. »
Jean Raymond, La Poétique du désir « Apollinaire ».
Et le héros, Roger, parfaitement amoral, non content de s’adonner au voyeurisme en perçant un trou sur les lieux d’aisances (nous sommes au début du 20e siècle, dans un château sans confort du 17e siècle), espionne le confessionnal où sa mère se confie à un vieux moine, regarde sa sœur pisser, exige que sa tante lui bichonne sa quéquête, et va faire pire encore… Et surtout, plus choquant peut-être, notre jeune futur Don Juan, use de mots les plus crus pour nous décrire ses découvertes successives des ‘mottes’ de sa jeune sœur puis de l’épouse enceinte du régisseur, etc.
Sorti en 1911 – une édition clandestine – il va notamment reparaître dans une édition, supposée être de Cologne, ornée de 12 lithographies peut-être de Gaston-Louis Roux. Edition beaucoup plus tardive puisque l’illustrateur présumé est né en 1904. Je n’ai retrouvé que quatre des illustrations.
Encore plus tardive fut la transcription en bédé par Georges Pichard : mon édition date de 1991. Un Pichard dont les personnages féminins sont quasi des doubles de son héroïne Blanche Epiphanie, mais qui, en revanche, sait planter un décor avec précision et profusion.
* Les Exploits d'un jeune don Juan est aussi une traduction libre d’un livre érotique allemand Kinder-Geilheit oder Geständnisse eines Knaben, (Lascivité juvénile ou confessions d'un garçon), Berlin, 1891, sans mention d'éditeur.
Or donc, Roger, jeune garçon de 16 ans, se retrouve, en compagnie de sa mère, de sa tante, une de ses sœurs et leur bonne dans la maison de campagne. Cette demeure est une grande propriété divisée en un nombre impressionnant de pièces et de recoins, sans parler des dépendances et des installations nécessaires au travail des champs, si bien que les habitants du coin l'avaient appelé "le château". Une chapelle attenante à la bâtisse permet quelquefois à un prêtre d'un couvent voisin de venir confesser en ce lieu maîtres et serviteurs.
Roger et sa sœur Berthe jouent à cache-cache dans les immenses greniers.
L’escalier de bois qui menait au grenier était très raide. Un jour j’étais descendu devant Berthe et je m’étais caché entre deux tuyaux de cheminées où il faisait très sombre, tandis que l’escalier était éclairé par une lucarne donnant sur le toit. Lorsqu’elle parut, descendant avec circonspection, je m’élançai en imitant avec force l’aboiement du chien. Berthe qui ne me savait pas là perdit pied de la grande frayeur qu’elle eut et, manquant la marche suivante, elle tomba de telle sorte que sa tête était au pied de l’escalier tandis que ses jambes se trouvaient encore sur les marches.
Naturellement sa robe était retournée et lui couvrait le visage, laissant ses jambes à découvert.
Lorsque je m’approchai en souriant, je vis que sa chemise avait suivi sa robe jusqu’au-dessus du nombril.
Berthe n’avait pas mis de pantalon (…) C’est ainsi qu’il arriva que je vis pour la première fois ma soeur dans une nudité impudique.
[…]
Mes yeux ne pouvaient se détourner de sa nudité. Je voyais à la place où son bas-ventre rejoignait ses cuisses, une éminence bizarre, une motte grasse, en forme de triangle, sur laquelle on voyait quelques poils blonds. Presque à l’endroit où les cuisses se rejoignaient, la motte était partagée par une grosse fente de près de trois centimètres et deux lèvres s’écartaient à droite et à gauche de la fente. Je vis l’endroit où finissait cette fente lorsque ma soeur s’efforça de se relever.
Roger a déjà entraperçu sa sœur nue quand sa mère et sa tante leur donnaient le bain. Mais l’érection du jeune homme amène à ne plus les baigner ensemble et Roger se retrouve seul avec sa tante Marguerite.
Ma tante Marguerite avait dix ans de moins que ma mère et comptait par conséquent vingt-six ans ; mais comme elle avait vécu dans une tranquillité de coeur très profonde, elle était très bien conservée et semblait une jeune fille. Ma nudité semblait lui faire beaucoup d’impression, car chaque fois qu’elle me baignait, elle ne me parlait que d’une voix flûtée.
Une fois qu’elle m’avait fortement savonné et rincé, sa main frôla mon petit vit. Elle le retira brusquement, comme si elle avait touché un serpent. Je m’en aperçus et lui dis avec un peu de dépit : « Gentille petite tante chérie, pourquoi ne laves-tu plus tout entier ton petit Roger ? »
Elle rougit beaucoup, et me dit d’une voix mal assurée : « Mais je t’ai lavé tout entier !
– Allons donc, ma petite tante, lave aussi ma quéquette.
– Fi ! le vilain garçon ! Tu peux bien la laver toi-même.
– Non ma tante, je t’en prie, lave-la toi-même. Je ne sais pas le faire comme toi.
– Oh ! le polisson ! dit ma tante en souriant et, reprenant l’éponge, elle lava soigneusement mon vit et mes couilles.
– Viens, ma petite tante, dis-je, laisse-moi t’embrasser pour la peine que tu as été si gentille. »
Et je l’embrassai sur sa jolie bouche, rouge comme une cerise et ouverte sur de belles dents saines et appétissantes.
« Maintenant, essuie-moi aussi, lui demandai-je, les mains jointes, dès que je fus sorti de la baignoire. »
Alors ma tante m’essuya et s’attarda à l’endroit sensible peut-être plus qu’il n’était nécessaire. Cela m’excita au plus haut point ; je me tenais au bord de la baignoire pour pouvoir tendre le ventre davantage et je me remuais tellement que ma tante me dit doucement :
« C’est assez, Roger, tu n’es plus un petit garçon. Dorénavant, tu te baigneras seul.
– Oh non ! ma petite tante, je t’en prie, pas seul. Tu dois me baigner. Quand c’est toi qui le fais ça me produit beaucoup plus de plaisir que lorsque c’est ma mère.
– Habille-toi, Roger !
– Sois gentille, ma tante, baigne-toi aussi une fois avec moi !
– Habille-toi, Roger, répéta-t-elle en allant à la fenêtre.
– Non, dis-je, je veux aussi te voir baigner.
– Roger !
– Tante, si tu ne veux pas te baigner, je dirai à papa que tu as de nouveau pris ma quéquette en bouche. »
Ma tante rougit brusquement. En effet, elle l’avait vraiment fait (...)
Après la chute de Berthe, pour la remettre, Roger l’entraîne vers un étang. Et il s’exhibe à son tour, dans l’espoir d’en voir davantage.
« Vois-tu, Berthe, c’est par le petit trou du bout que je pisse, mais maintenant je ne peux pas, bien que j’en aie envie.
– Moi aussi, j’en ai envie, depuis longtemps, dit doucement Berthe, mais j’ai honte, tu ne dois pas me regarder, Roger !
– Voyons, Berthe, ne sois pas méchante, si l’on se retient trop longtemps, la vessie crève et l’on meurt. C’est ce que nous disait notre vielle bonne.»
Berthe se leva, regarda de tous côtés, puis s’accroupit près du banc et commença à pisser. Je me penchai vite pour tout voir et vis en haut de sa fente un jet mince et large qui tombait obliquement sur le sol. (…) Je vis le jet qui tombait sur le sol en faisant des éclaboussures. À la fin il devint plus faible. Finalement, il me sembla que ma soeur faisait des efforts, sa fente s’ouvrait tout en haut et l’on voyait la chair rouge. Cela n’avait duré que quelques secondes, le jet cessa et quelques gouttes en tombèrent seules encore.
Mais du coup c’est Berthe qui l’instruit en lui contant ses jeux avec la femme de chambre.
– Qu’est-ce que ça veut dire : le mettre ? demandai-je.
– Eh bien, oui ! quand on se les frotte l’un à l’autre. Kate me l’a déjà fait et j’ai dû le lui faire aussi. Elle m’a fait bien plus de plaisir que toi tout à l’heure. Elle se mouille toujours le doigt. J’ai dû lui mettre le pouce parce qu’il paraît que c’est le doigt qui entre le plus loin. Alors je l’ai remué vite d’avant en arrière et ça lui a fait plaisir. Elle me l’a fait et ça m’a fait plaisir aussi, mais la première fois qu’elle se l’est fait faire, elle m’a beaucoup effrayée. Elle a commencé à soupirer, à souffler, elle s’est mise à crier en se secouant, si bien que j’allais cesser croyant qu’elle avait mal : “Ne cesse pas, Berthe”, m’a-telle dit, et elle s’est secouée en criant : “Berthe, ça vient, oh ! oh ! oh !...”
« Puis elle est retombée sur le lit, comme évanouie. Quand j’ai retiré mon doigt de sa fente, il était comme plein de colle. Elle m’a fait laver et m’a promis de me faire venir aussi cela, lorsque je serai plus vieille et que j’aurai du poil sur ma motte. »
Le lendemain, après mon café, la femme du régisseur vint pour faire ma chambre. J’ai dit qu’elle était enceinte et je pus contempler l’énorme masse de son ventre et aussi la grosseur inaccoutumée de ses tétons dont on pouvait apercevoir le ballottement sous la légère blouse qu’elle portait.
La régisseuse était pressée. Elle n’avait fermé qu’un bouton de sa blouse et il arriva qu’en se courbant pour faire mon lit, ce bouton se défit et j’aperçus toute sa poitrine parce qu’elle portait une chemise très échancrée.
Je fis un bond : « Madame ! vous allez vous refroidir ! » Et faisant semblant de vouloir reboutonner la blouse, je défis le ruban qui retenait sa chemise sur les épaules. Au même moment, les deux tétons semblèrent bondir de leur cachette et je sentis leur grosseur et leur fermeté.
Les boutons qui se tenaient au milieu de chaque sein ressortaient, ils étaient rouges et entourés d’une aréole très large et de couleur brunâtre.
Elle sentait la sueur, mais d’une façon assez agréable qui m’excitait. C’était cette odor di femina qui, je l’ai su plus tard, émane du corps de la femme et qui, suivant sa nature, excite le plaisir ou le dégoût.
« Ah ! hou ! À quoi pensez-vous ?... Non... cela ne se fait pas... je suis une femme mariée... pour rien au monde... » (…)
Mon excitation ne connaissait plus de bornes. Je soulevai ses robes, sa chemise et vis une belle paire de cuisses qui m’enthousiasmèrent plus que celles des paysannes. Entre les cuisses fermées, j’aperçus un petit buisson de poils châtains mais dans lequel on ne pouvait distinguer de fente.
Je soulevai sa chemise et regardai avec étonnement l’énormité de son ventre, où le nombril était en relief au lieu d’être en creux comme chez ma soeur. (…)
Son con m’apparut. Je m’effrayai d’abord en voyant les deux grandes lèvres, épaisses et enflées, dont la couleur rouge tournait au brun. (…) En haut des grandes lèvres le trou à pipi se montrait surmonté d’un petit grain de viande, c’était le clitoris, comme je m’en rendis compte, par ce que j’avais appris dans l’atlas anatomique. (…)
Tout en moi tendait vers le plaisir. Je me plaçai entre les cuisses de la régisseuse assise, mais elle s’écria : « Pas sur moi, cela me fait mal. Je ne peux plus me le laisser faire par devant. »
Elle descendit du lit, se tourna et se courba, le visage sur le lit. Elle n’ajouta pas une parole, mais mon instinct me donna le mot de l’énigme. Je me souvins d’avoir vu deux chiens à l’oeuvre. Je pris aussitôt Médor comme exemple et soulevai la chemise de Diane, c’était le nom de la régisseuse.
Le cul m’apparut, mais un cul comme je n’en avais jamais rêvé. Si le cul de Berthe était gracieux, vraiment il était sans importance auprès de celui-là. (…)
Au-dessous du cul colossal, entre les cuisses, apparaissait le con gras et juteux dans lequel je fouillai d’un doigt rigoleur. (…)
Je plaçai ma pine brûlante dans son con, comme un couteau dans une motte de beurre. Puis je me démenai comme un beau diable en faisant claquer mon ventre contre le cul élastique.
Cela me mit complètement hors de moi. Je ne savais plus ce que je faisais et j’arrivai ainsi au terme de la volupté en éjaculant pour la première fois ma semence dans le con d’une femme.
Le charmant jeune homme, frais dépucelé, ayant découvert un passage condamné vers la chapelle d’où on peut tout entendre de ce qui se dit dans le confessionnal, va espionner les aveux des pénitents, dont sa mère. Mère qui après avoir avoué que son mari voulait la voir –l’avoir –nue poursuit :
Mais mon mari me fait aussi toujours prendre certaines positions dont j’ai honte.
Dernièrement, il a fallu que je me mettre nue à quatre pattes, et il m’a regardée par derrière. Chaque fois il faut que je me promène nue autour de la chambre, il me donne une canne et commande : « En avant, marche ! » ou bien : « Halte ! » ou bien : « Par le flanc droit ou gauche », comme à l’exercice.
LE CONFESSEUR. – Cela ne devrait pas avoir lieu mais si vous le faites seulement par obéissance, vous ne commettez pas de péché.
MA MÈRE. – Ah ! j’ai encore quelque chose sur le coeur, mais j’ai honte de parler.
LE CONFESSEUR. – Il n’y a pas de péché qui ne puisse être pardonné, ma fille. Soulagez votre conscience.
MA MÈRE. – Mon mari veut toujours me prendre par derrière et il se conduit d’une telle façon que je manque de m’évanouir de honte. Dernièrement donc, je sens qu’il m’introduit son doigt, couvert de pommade, dans... dans... l’anus. Je veux me relever, il me calme, mais je sens bien qu’il introduit son membre. Cela m’a d’abord fait mal, mais je ne sais pourquoi, au bout d’un moment, cela me fut agréable, et lorsqu’il eut fini j’eus la même sensation que s’il eût agi par la voie naturelle. (Le reste fut murmuré à voix trop basse pour que je l’entendisse.)
LE CONFESSEUR. – Ceci est un péché. Envoyez-moi votre mari à confesse.
Sa sœur, elle, ne se confesse pas car elle est alitée, il va donc lui rendre visite.
…lorsque je voulus la toucher sous les couvertures, elle se tourna en disant : « Non, Roger, depuis avant-hier, j’ai mes affaires... tu sais bien... et j’ai trop honte. – Ah ! dis-je, tes menstrues, ainsi tu n’es plus une fillette, mais une femme. Je suis aussi devenu un homme, Berthe », ajoutai-je fièrement et, me déboutonnant, je lui montrai mes poils et mon vit décalotté. « Et je l’ai fait aussi, tu sais ! mais je n’ai pas le droit de dire avec qui.
– Tu l’as fait ? demanda Berthe, mais quoi donc ? »
Alors j’expliquai le coït à ma soeur attentive.
« Et tu sais, papa et maman le font aussi toujours.
– Va donc, c’est trop dégoûtant. » Elle dit cela d’un ton qui signifiait le contraire, et j’ajoutai : « Dégoûtant ? Pourquoi donc deux sexes ont-ils été créés, Berthe ? Tu ne peux pas croire comme ça fait du bien, beaucoup plus de bien que quand on le fait tout seul. (…)
– Allons, Berthe, faisons-le, et je l’embrassai et la pressai contre moi.
– Ne me fais pas de mal à la poitrine, dit Berthe, je suis maintenant très sensible. » Mais elle ne s’opposa pas à ce que j’ouvrisse sa chemise pour voir ses petits tétons dans la première période de leur développement.
(…)
Après quelques refus elle me permit de voir son con, mais elle roula auparavant sa chemise ensanglantée.
Elle avait déjà beaucoup plus de poils que moi. Un peu de sang aqueux coulait sur ses cuisses ; certes, ce n’était pas très appétissant, mais j’étais trop excité pour y prendre garde.
Elle tenait les cuisses serrées, mais mon doigt trouva bientôt son clitoris. Ses cuisses s’ouvrirent sous la pression de ma main. Enfin, je pus mettre mon index dans son con humide, mais pas très loin, car elle se contractait. J’appuyai contre son hymen, au milieu duquel il y avait déjà un petit trou. Berthe poussa un petit cri de douleur et se contracta encore.
Très excité, je me déshabillai, levai ma chemise et me mis sur ma soeur pour pénétrer dans son con avec mon membre toujours plus dur. Berthe protesta à voix basse, se mit à pleurer, poussa un petit cri lorsque je fus bien entré dans son vagin. Mais la courte douleur sembla bientôt se changer en volupté. Ses joues étaient échauffées, ses jolis yeux brillaient, sa bouche était à demi ouverte. Elle m’enlaça et répondit avec force à mes secousses.
Avant que j’eusse fini, le nectar se mit à couler de son con. Ses yeux se fermèrent à moitié et clignotèrent nerveusement ; elle criait fort, mais de volupté : « Roger, ah ! ah ! ah ! Ro-o-ger, – je... – je... aah ! » Elle était complètement hors d’elle. J’avais dépucelé ma soeur.
Mais Kate, la femme de chambre, les surprend.
Lorsque Kate regarda mon vit de nouveau très présentable, elle se mit à rire : « Oh ! oh ! quelle grosse manivelle il a Roger, il faut tourner la manivelle ! » Elle prit mon vit dans sa main, le serra et le décalotta. Je n’y tins plus. J’empoignai Kate aux tétons, elle fit semblant de se défendre. Je mis alors la main sous ses jupes. Elle ne portait pas de pantalon. J’empoignai son abricot. Elle voulait se retirer, mais je la tenais aux poils. Avec le bras gauche j’enlaçai son cul. Je m’agenouillai et lui enfonçai dans son con chaud, le pouce de ma main droite, en le faisant entrer et sortir. (…)
Je lui soulevai la robe et mis son con à nu. Ses poils étaient roux, mais pas aussi épais que je l’eusse cru d’après les renseignements de Berthe, mais assez longs et humides de sueur. (…)
Je me jetai sur elle, poussai mon vit entre ses cuisses, pénétrai doucement dans son con, mais j’en ressortis aussitôt. Mes pieds ne trouvaient pas de point d’appui. La position était trop incommode.
Mais Kate, qui maintenant était en chaleur, sauta debout, me poussa sur la chaise, près du lit, et se jeta sur moi. Avant que j’eusse le temps de me reconnaître, mon membre était enfermé dans son con.
Je sentais ses longs poils contre mon ventre. Elle se remuait et me tenait les épaules. À chaque mouvement ses grandes lèvres touchaient mes couilles. (…)
La crise s’approchait chez Kate très excitée. Dans la violence des mouvements, mon vit était sorti deux fois de son con et en le rentrant elle me faisait très mal, bien qu’à elle cela semblât lui faire beaucoup de plaisir.
Je restai en retard sur elle, tandis qu’elle criait d’une voix extasiée : « Maintenant... maintenant... maintenant... ça me vient... Ah ! Oh ! mon Dieu... ton vit me fait du bi-i-en... » En même temps elle déchargea et je m’en aperçus à l’augmentation de l’humidité de son con. Au dernier moment de son extase, la sensible femme de chambre me mordit à l’épaule.
Kate avait rapidement repris ses esprits.
« Roger, ta queue devient toujours plus brûlante, tu vas décharger maintenant. » Et elle se dressa brusquement, saisit de la main droite mon vit humide de sperme et se mit à le frotter violemment, en disant : « Sans cela je pourrais devenir enceinte. »
Je m’étais levé aussi ; Kate me pressait contre elle avec son bras gauche ; je suçai ses tétons. Je dus ouvrir les jambes. Mon ventre se secouait convulsivement, complètement nu devant les deux curieuses filles. Tout à coup mon jet partit.
Berthe avait regardé attentivement l’éjaculation et contemplait avec curiosité le liquide blanc qui était tombé sur le lit.
Roger a accueilli sa grande sœur, Elise, à la gare et, tandis que son père et le prétendant de sa tante repartent avec la voiture à cheval, ils reviennent à pied au château. Il commence à l’entreprendre.
Nous entendîmes des voix. Elle eut peur. Je la poussai dans la hutte que je refermai sur nous. Nous regardâmes par une fente. Un valet et une servante s’approchaient en se lutinant. Il la jeta sur le sol, se mit sur elle, sortit son vit, releva les jupons, et ils s’enfilèrent en grognant comme des bêtes.
J’avais enlacé Élise et je la pressais contre moi. Son haleine parfumée m’échauffait les joues. Sa poitrine se soulevait fortement devant le spectacle que nous contemplions sans parler. Je sortis mon vit et le mis dans la main chaude et douce comme du satin. Le couple s’éloigna. Je ne pouvais résister et j’empoignai Élise. Malgré sa résistance, j’eus vite écarté le pantalon et la chemise. Ma main jouait avec ses poils. Ses cuisses étaient serrées, mais je sentais son clitoris dur.
(…)
Je m’assis sur une chaise et tirai ma soeur sur moi. Quand elle sentit l’énorme vit contre son con elle ne résista plus. Elle n’était plus pucelle et avoua l’avoir fait une fois avec son Frédéric. Son con était étroit, très chaud et agréablement humide.
Elle me rendit mes baisers. J’ouvris sa blouse et sortis ses deux tétons qui allaient et venaient tandis que je les suçais. Je mis mes deux bras à ses dures et grosses boules inférieures, ses deux fesses magnifiques. Elle se mit à jouir terriblement. Nous déchargeâmes ensemble. Ensuite, nous nous promîmes le silence.
Roger découvre Elise et sa tante jouant les voyeuses par une fente de la porte de la chambre conjugale, où Charles, son père, fait subir à Anna, sa mère, ses fantaisies conjugales, puis les derniers outrages. Les deux voyeuses sont fort excitées par le spectacle et Roger décide d’aller attendre sa tante.
J’entrai dans la chambre de ma tante. En rentrant, elle eut peur. Je lui dis tout. Elle ralluma la lumière. Je l’embrassai sans parler. Je sentais les jolies formes de son beau corps. Elle tremblait. Je saisis son con sous sa chemise. Elle se débattait. Je la consolai.
« Soyons mari et femme, chérie, jolie Marguerite ! »
Mon doigt jouait sur le clitoris. Elle s’abandonna. Je découvris ses beaux tétons pareils à des boules de neige. Je la poussai vers le lit. Elle se mit à sangloter. Je lui proposai de partir pour nous marier. Ça la fit rire. Je mis mon vit nu. Elle était aussi excitée par le champagne qu’elle avait bu. Elle éteignit la bougie. Je mis mon vit dans sa belle main, puis je lui fis minette ; le plaisir était trop grand, elle s’agitait, son clitoris se gonfla. Je mis un doigt dans son con et suçai ses tétons. Puis je lui enlevai la chemise, je la pressai contre moi et, bouche à bouche, je poussai à coups redoublés ma pine dure dans sa fente virginale.
Un seul cri léger précéda la jouissance qui l’accabla aussitôt. C’était maintenant une femme enflammée et elle s’abandonna à la volupté.
Un court combat, mais dont les sensations furent infinies, nous amena tous deux aux bornes de l’extase la plus voluptueuse , et c’est avec les plus violentes secousses que je répandis dans son sein le baume vital.
Le plaisir avait été trop grand, je bandais toujours. Je la caressai puis je rallumai la bougie. Elle se cacha le visage dans les coussins ; sa pudeur était revenue, mais je tirai la couverture pour voir son corps de Vénus. Une légère trace de sang se voyait sur les poils du con, mêlée avec notre sperme. Je la nettoyai avec mon mouchoir, la retournai, lui chatouillai le dos, le cul et lui mis la langue dans le trou du cul.
Puis je me mis sur elle, la tête enfouie dans ses cheveux parfumés. Je mis mes bras autour de son corps, la soulevai un peu et replongeai ma pine dans sa fente humide. Un long combat s’ensuivit qui nous fit transpirer par tous les pores. Elle déchargea la première en criant de volupté comme une folle. Ma décharge suivit dans une volupté presque douloureuse. C’était assez, nous nous séparâmes.
Épilogue
Un jour, Élise et ma tante entrèrent dans ma chambre en pleurant. Elles étaient enceintes. Mais elles n’osaient l’une devant l’autre dire que j’étais le malfaiteur. Mon parti fut vite pris.
« Élise, épouse Frédéric, et toi, tante, marie-toi avec M. Franck. Je serai votre garçon d’honneur. »
Le matin du jour suivant, ma porte s’ouvrit. Ursule entra. Elle aussi était enceinte. Je lui dis d’épouser le cousin du régisseur qui lui faisait les yeux doux et promis d’être le parrain de son enfant. Puis je la mis nue et lui léchai le con et le cul. Ensuite je me lavai avec de l’eau de Cologne et me fis lécher le cul par elle. Cela m’excita énormément. Je la baisai avec de telles secousses que ses cheveux flottaient sur le lit.
Nous eûmes bientôt les trois mariages. Tout se termina amoureusement et je couchai tour à tour avec les femmes de mon harem.
En complément :
« Les exploits d’un jeune Don Juan » ont inspiré un réalisateur italien, Gianfranco Mingozzi. Et bien que l’excellent Jean-Claude Carrière ait mis la main au scénario, il a un rapport assez lointain avec l’œuvre d’Apollinaire. Le titre italien, L'Iniziazione, est plus judicieux. Et il y a un peu du Diable au corps dans ce film. En effet, c’est après la mobilisation de 1914 que le jeune coq se retrouve, à 16 ans, seul petit mâle au milieu de femmes esseulées.
Il est des auteurs aux pseudos multiples, comme MacOrlan, des dessinateurs érotiques dont on ne découvre l'oeuvre que post mortem ou qui se cache aussi derrière des pseudos. Mais dont on connaît l'identité et au moins un bout de biographie.
De Fameni, on ne sait quasi rien, si ce n’est qu’il est né en 1885 ou en 1888. Donc ses dessins datent de la première moitié du XXe siècle. Il semble qu’il ait illustré des ouvrages érotiques sous le manteau, en particulier du marquis de Sade, mais mes fouilles curieuses ne m’ont pas permis de découvrir mention d’un quelconque livre avec ses illustrations et l’origine des dessins glanés sur internet.
Bien que ce ne soit pas la mode alors de l’épilation complète, ses personnages femmes ou hommes ont peu ou pas de pilosité.
Il aborde les amours lesbiens aussi bien qu’hétérosexuels. Mais pas d’homosexuels, même si certaines situations de groupes sont un peu ambigües.
Pas de scènes de fouets, très prisées à l’époque, mais des scènes assez crues de viols, ainsi du mari attaché tandis que sa femme au trois quarts dénudée se fait prendre par l’un tandis que le complice la cramponne ; d’autres plus ambigües, notamment cette femme, mains liées, prise en sandwich par deux noirs et faisant une fellation à un troisième.
Seules deux images sont clairement inspirées par le Divin Marquis.
Les visages des femmes assaillies dans des coïts sauvages reflètent-ils vraiment la montée du plaisir ou l’agression, seul l’ouvrage illustré donnerait la clé.
Le voyeurisme peut se transformer en véritable gang bang plus ou moins consenti par la victime. Une série avec un personnage plus âgé et ventripotent dirigeant des jeunes aussi nus que lui devait illustrer une œuvre plus ou moins sadienne.
Plus joyeuses sont les illustrations style XVIIIe siècle. En particulier, celle dans la barque avec une utilisation inédite des manches de rames.
A trois ou à plus et parfois en plein air, les joyeux groupes s’ébattent.
Un peu inclassables sont les deux dessins mettant en scène des personnages religieux.
Le plus classique est celui des cinq moines paillards à l’assaut d’une religieuse fort occupée à satisfaire leur lubricité. Mais ô combien plus scabreuse l'image de ce frère ou prêtre enseignant, proie d’une classe de jeunes filles – très jeunes – des plus délurées et dénudées.
Tout aussi inclassable mais dans un autre genre, ce dessin d’une salle de gym ou de danse ou des adolescentes nues, suspendues à une barre, l’une même jambes relevées par des cordes qui ouvrent ses cuisses, se font lécher ou saillir par des adolescents tout aussi nus qu’elles, mais coiffé d'un fèz*. Difficile de décider, aux visages des jeunes filles, s’il s’agit de violences subies ou d’extases souhaitées, d’agression ou de jeux érotiques. Un site italien y voit de jeunes immigrés nord-africains agresser des jeunes françaises. De quoi nourrir les fantasmes de nos souchiais. Mais légèrement anachroniques, nos italiens, puisqu’à l’époque c’était les nord-africain-e-s qui étaient colonisés !
* Tarbouche ou Fèz : couvre-chef en feutre (à noter que le fèz était aussi porté en Grèce)
Hasard d’un vagabondage sur El Paîs, je tombe sur un article dont le titre, traduit à la truelle, pose la question : l’art dénudé de Milo Moiré ‘performance’ ou porno camouflé ? Et c’est ainsi que j’ai découvert cette artiste suisse qui se balade à poil dans la rue ou les musées, fait des selfies toujours nue avec des passants au Trocadéro, se fait aussi palper les seins ou le pussy comme dirait Trump, toujours par des passants dans les rues de Londres et pratique une curieuse peinture à l’œuf expulsé de son vagin où elle l’avait niché ! Une actiste – contraction d’artiste et activiste – comme elle se baptise qui n’hésite pas à donner de sa personne !
Sa biographie sur wikipedia est des plus succinctes : Née en Suisse en 1983, d'origine slovaque et espagnole, Milo Moiré est diplômée en psychologie de l’Université de Berne et vit et travaille à Düsseldorf, en Allemagne, avec son compagnon et agent, le photographe allemand Peter H. Hergarten (alias Peter Palm), dont elle est aussi muse et modèle.
Assez classiques, pourrait-on dire sont les calendriers. Si l'un d'eux évoque une tarzane dans une jungle peu hostile, les deux précédents étaient plus audacieux. S’y ajoute une parution dans le Play-Boy teuton, avec reprise, d’ailleurs, en partie, d’un de ses calendriers. Mais là on est dans un classique de la photo dite de charme : une modèle et son photographe (avec parfois quelques comparses).
12 photos pour les 12 mois...
Les 12 muses : la complexité de la féminité et ses infinies facettes.
Plus intéressant et véritable ‘performance’ furent les tournages vidéos de « The script system ». Milo Moiré va se balader nue, mais avec inscrit sur le corps le nom des vêtements manquants (en anglais : bra, panties, etc.) dans les rues et tramways de Düsseldorf ; les passants et voyageurs, dans le montage, semblent totalement indifférents ; elle se voit cependant refuser l’entrée du musée
The Naked Life
C’est dans un autre Musée, celui de Munster qu’est tournée « The Naked Life » : comme Charlotte Rampling au Louvre, mais aux heures d’ouverture, Milo Moiré, un beau et sage bébé dans les bras, déambule nue dans les salles du Musée. Là encore, les visiteurs qui la croisent paraissent indifférents à ce spectacle insolite.
The Naked Life est aussi le titre de l'exposition.
The Split Brain
Très différent est « The Split Brain» (La bruja de nieve : La sorcière des neiges). Visage caché par un masque, la sorcière nue semble naître de la neige, puis se promène et danse dans une rue enneigée de Düsseldorf, cependant qu’une femme dans son bain semble torturée et paniquée, comme habitée par cette sorcière.
Autre performance où, là, elle provoque et l’intérêt et la participation des passants, celle de “Nackt Selfies” (selfies nue) avec des volontaires, dans différentes villes et en particulier à Paris, au Trocadéro. C’est là qu’elle fut arrêtée et passa la nuit au poste, en vertu, c’est le cas de le dire, de l’article 222-32 du code pénal qui réprime "l'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public".
Une caricature du phénomène de masse des self-portraits à l'âge des médias sociaux
Mirror Box
A la fois plus pudique, puisque les parties dites intimes offertes à la lubricité des passants sont masquées par une Mirror Box (littéralement une boîte miroirs) et nettement plus osée puisque lesdits passants sont invités pendant 30 secondes à palper et/ou caresser les seins ou la vulve totalement épilée, dans ladite boîte équipée de caméras, fut cette performance qui valut à notre actiste d’être encore envoyée au poste, mais du coup à Londres. Notre performeuse, vêtue donc de cette espèce de jupe trapèze invitait chacun et chacune, à glisser ses mains par une double ouverture à l’avant masquée par un rideau rouge, afin de toucher, durant 30 secondes, son lisse pubis.
Milo Moiré, ce faisant, affirmait agir pour les droits des femmes à décider de leur vie sexuelle. « Les femmes comme les hommes ont une sexualité. Et c’est à elles de décider quand et comment elles veulent être touchées ou pas »
Cette performance venait en écho de sa protestation, le 8 janvier 2016, sur le parvis de la cathédrale de Cologne, après les les agressions sexuelles de la nuit de la Saint-Sylvestre : elle s’était postée nue devant la cathédrale de Cologne avec une pancarte sur laquelle on peut lire « Nous ne sommes pas du gibier, même lorsque nous sommes nues».
La "bande annonce" de la vidéo en vente
Peinture vaginale
Mais là où Milo Moiré, sauf erreur, innove, c’est dans sa technique picturale qu’on ne peut que conseiller à toutes celles qui veulent renforcer le périnée et les muscle vaginaux : ce qu’elle baptise Plop Egg. La première de ces performances a lieu en public à l’entrée de la Foire d’art contemporain de Cologne en 2014. Cachée par une sorte de demi isoloir pour se les enfiler, Milo Moiré, perchée sur un double échafaudage, pond sur sa toile des œufs, remplis de colorants, qu’elle éjecte de son vagin et qui éclatent sur la toile.
«C’est une expérience personnelle, intuitive dans laquelle, je peux développer une profonde intensité, mais aussi la sincérité de mon art. Je crée et j’utilise la source originale de la féminité, mon vagin.»
Elle va renouveler cet exploit, en particulier sur une falaise d’une magnifique côte sauvage, pour une œuvre intitulé Blue Mauritius (ce blue, est-ce un clin d'oeil à Yves Klein ?)
Beaucoup de ses vidéos, dont ce très bel hymne à sa nudité qu’est Fluid Ecstasis, sont censurées ou n'ont qu’une amorce ; leurs versions intégrales sont accessibles sur le site de son compagnon moyennant quelques euros (mais aussi sur des sites pornos).
Alors de l’Art (avec un A majuscule) ou du cochon ?
Depuis la Fountain signée R. Mutt - à l’évidence canulart de Marcel Duchamp pour mettre en contradiction les organisateurs d’un Salon des Indépendants – est devenue grâce à de savants exégètes, comme d’autres « ready made », œuvre d’art (ce qui compte c’est le regard que l’artiste nous oblige à porter sur ces objets manufacturés) la jobardise est de mise. Jobardise qui se traduira par l’admiration éperdue du bleu Klein ou des outrenoirs de Soulages. Jobardise qui trouve son expression la plus caricaturale avec Jeff Koons et son écrevisse géante en plastoc mastoc ou son balloon dog.
Milo Moiré, avec son art vaginal, sa peinture à l’œuf, rejoint, avec d’autres méthodes, les anthropométries de Klein et sa peinture au lance-flamme. « Naissance d’une toile » intitule-t-elle celle réalisée en public à Cologne, l’expulsion vaginale des œufs de couleurs métaphorisant l’accouchement de l’œuvre.
Les performances qu’on n’ose qualifier de pures, celles qui ne se traduisent pas en toile avec la ponte des œufs, comme toutes celles de ce style, ne laissent de traces qu’en vidéos. Le Script System est un peu l’antithèse de la pipe de Magritte : nommer le vêtement le remplace ; « soutif » vaut soutien-gorge ; et l’apparente indifférence des personnes croisées ou rencontrées semble accréditer l’expérience.
Milo Moiré, on l’a vu, est vraiment activiste militante avec sa boîte à miroirs qui inverse le voyeurisme, renvoyant l’image des passants. Même nue je ne suis pas un gibier, affichait-elle. Elle le concrétise en transformant les attouchements lâches au cœur d’une foule en gestes publics, codifiés selon les règles qu’elle instaure.
Et cette nudité qu'elle porte avec une tranquille élégance, cette ponte qui eût pu être scabreuse mais qu'elle pratique avec grâce et naturel, cette exhibition marine qui n'est pas exhibitionniste... ne peuvent choquer que les tartuffes et ne relèvent, pour reprendre l'interrogation d'El Pais, pas du porno camouflé. Pour l'Art à chacun d'en décider.
" Chacun pense ce qu’il veut. Mon travail est de l’art. Il crée des métaphores, suscite des associations. "
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