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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 16:55
Calendrier 2015
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Calendrier 2015

Petit calendrier agrémenté d'illustrations anciennes dont je soupçonne Alexandre Szekely d'en être l'auteur.

 

NB Si un germaniste distingué peut traduire les légendes et les envoyer pour parution, il en sera chaleureusement remercié.

 

Le calendrier est téléchargeable au format pdf sur http://1drv.ms/1xH5obU

 

Calendrier 2015

Après un joyeux réveillon

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 18:40
Yves Klein : au bout du rouleau !

Il y a du dadaïste dans Yves Klein. Tel un Duchamp se voyant refuser son immortelle Fontaine au salon de la Société des Artistes Indépendants, il s’est vu refuser ses premiers monochromes bleus au  Salon des Réalités Nouvelles. Mais tel Duchamp consacré pionnier de l’art du « Ready made », Klein est devenu, si l’on ose dire, l’icône du monochrome.

 

Le béotien sceptique que je suis, quand il voit les monochromes IKB (International Klein Blue) serait plutôt attiré par l’école des Incohérents qui, comme Paul Bilhaud, signa en 1882 Combat de nègres dans un tunnel, ou Alphonse Allais avec sa série de sept toiles monochromes peintes dans les années 1880-90, que par Les nouveaux réalistes auxquels on rattache le fulgurant Yves Klein. 

 Après tout, ces tableaux bleus de Klein, ne sont-ils pas une variation de l’inoubliable Stupeur de jeunes recrues apercevant pour la première fois ton azur, o Méditerranée ! de notre humoriste qui devance aussi Klein et son « monoton » en faisant suivre la publication de son Album primo-avrilesque d’une partition vierge : "Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand musicien sourd" parce que les grandes douleurs sont muettes !

 

  Mais honte à moi qui, s’il voit bien que dans ses monochromes l’artiste rejette la figuration de la forme, ai peine à le suivre, l’artiste, quand il déclare successivement :

« Jamais par la ligne, on n’a pu créer dans la peinture une quatrième, cinquième ou une quelconque autre dimension ; seule la couleur peut tenter de réussir cet exploit ».

« Le bleu n'a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs elles en ont [...] Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes [...] tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu'il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible. »

Et il peint ses monochromes au milieu de modèles nues. Cette nudité, il l’utilise pour, dit-il, "stabiliser la matière picturale", "cette chair donc, présente dans l’atelier, m’a longtemps stabilisé pendant l’illumination provoquée par l’exécution des monochromes".

Yves Klein : au bout du rouleau !

La terre est bleue comme une orange

Paul Eluard

L’ami  PI, roi de la brocante, qui retape des globes achetés dans des vide-greniers ferait mieux de les ripoliner à l’IKB.

 

Présenté sur un socle blanc, abrité dans une vitrine, le globe terrestre est devenu... bleu ! Mais il n’est pas de n’importe quel bleu. Ce bleu est foncé et lumineux, ce qui semble paradoxal. C’est un bleu tirant sur l’indigo, un outremer profond.

Ce bleu profond et lumineux, mat mais irradiant, d’une texture épaisse mais poudreuse, qui semblerait douce et profonde à toucher. Tel est l’IKB.

Ce globe terrestre devient illisible, il perd sa fonction d’objet utilitaire par l’action du recouvrement par l’IKB. Cette matière profonde, tactile, vibrante, d’un pur pigment recouvrant la forme la révèle autrement. L’objet gagne une forme imprégnée de couleur et devient une œuvre, chargée de toute cette tactilité sensible du bleu outremer profond. Elle gagne un relief planétaire sensible, plastique et chargé de sens.

Lu sur le site de l’Académie de Poitiers, qui cite ensuite Stéphan BARRON : Toucher l’espace, poétique de l’art planétaire (Ed. L’Harmattan)

« Cette perception mystique de l’univers est celle qui peu à peu devient pour nous familière, par l’influence de la culture bouddhiste qui est apparue en Occident. Rappelons qu’Yves Klein était un maître de judo, discipline qu’il avait étudiée au Japon. L’art et la vie de Klein sont imprégnés de mysticisme. Cette perception du monde comme un ready-made est un thème écologique devenu tangible par les découvertes scientifiques et par la perception de la planète dans sa globalité, due aux conquêtes spatiales : conquête de la lune, satellites de télécommunication et de télédiffusion. " Vue de l’espace, la Terre est bleue* " dit Yves Klein en citant Youri Gagarine avec émotion. L’intuition d’Yves Klein d’un infini bleu est finalement celui d’un infini relatif, celui de la planète bleue. »

 

"L’International Klein Blue (IKB) doit beaucoup à Édouard Adam (1932-2015), marchand de couleurs dont la boutique parisienne fut un repaire pour les artistes de la deuxième moitié du XXe siècle. Le défi est alors de préserver la profondeur, l’éclat du bleu outremer pur, présence insaisissable saturée et lumineuse qui fascine Klein. Car posé sur la toile celui-ci ternit, la sensation s’altère. La faute au liant nécessaire pour fixer le pigment. Klein a tout essayé : l’huile de lin, la colle de peau, la caséine, le liant vinylique mais le bleu, toujours, perd sa luminosité et son velouté.

Dans les vapeurs toxiques il fait « des mélanges, des applications, des comparaisons » et voit immanquablement la couleur s’affadir une fois appliquée sur la toile.

Avant de finalement trouver la molécule qui convient chez Rhône-Poulenc : le rhodopas M60A. Ce « produit sirupeux, transparent et incolore » servant à l’origine à renforcer des bétons mélangé à de l’alcool à 95 degrés d’éthyle-acétate, forme une sorte de pâte qu’il met dans le pigment (et non l’inverse). Les essais sont concluants."

Extraits de Et le “Bleu Klein” fut : l’épique quête chromatique d’Yves Klein, star du Pompidou-Metz Télérama

Exposition Centre Pompidou Metz :Le ciel comme atelier. Yves Klein et ses contemporains Reportée du 18 juillet 2020 au 1er février 2021

 

 

Yves Klein : au bout du rouleau !
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Les spectateurs en tenue de soirée (le chauve, clope aux lèvres, a un faux air de Pierre DAC)

Les spectateurs en tenue de soirée (le chauve, clope aux lèvres, a un faux air de Pierre DAC)

Pinceaux-vivants et performance

 

 « Mes modèles riaient beaucoup de me voir exécuter d’après elles de splendides monochromes bleus bien unis ! Elles riaient, mais de plus en plus se sentaient attirées par le bleu. »

De là est née l’idée géniale de faire jouer un rôle actif à ses nudités et d’initier ce qui deviendra un must de l’art, la première véritable performance.

 

Le 9 mars 1960 Klein organise cette première à la Galerie internationale d'art contemporain de Maurice d'Arquian à Paris, devant une centaine d'artistes, critiques et collectionneurs. Neuf musiciens accompagnent la cérémonie. Trois modèles nues se badigeonnent les seins, le ventre et les cuisses de couleur bleue.

 

Yves Klein, en tenue de soirée, s’y présente en chef de cérémonie, dirigeant à la fois ses violons et les femmes peint(r)es qui laisseront leur trace sur la toile.

  Elles réalisent ensuite diverses anthropométries, en se plaquant sur la toile verticale ou en se trainant au sol.

La chair ; la délicatesse de la peau vivante, sa couleur extraordinaire et si paradoxalement incolore en fait me fascinait… Un jour, j’ai compris que mes mains, mes outils de travail pour manier la couleur ne suffisaient plus. C’était avec le modèle lui-même qu’il fallait brosser la toile monochrome bleue. Non, ce n’était pas de la folie érotique. C’était très beau. J’ai jeté une grande toile blanche par terre. J’ai vidé vingt kilos de bleu au milieu et la fille s’est ruée dedans et a peint là mon tableau en se roulant sur la surface de la toile dans tous les sens. Je dirigeais, en tournant rapidement autour de cette fantastique surface au sol, tous les mouvements et déplacements du modèle qui, d’ailleurs, grisée par l’action et par le bleu vu de si près et en contact avec sa chair, finissait par ne plus m’entendre lui hurler: ” encore un peu à droite”, “là, revenez en roulant sur le ventre et sur le dos”, “venez de ce côté là!”, “écrasez votre sein droit sur cet endroit précis” expliqua Yves Klein.

Quant aux neuf musiciens présents ils interprètent la symphonie monoton-silence, composée par Klein, lui-même, en 1949 (et qui sera reprise par Pierre Henry sous le nom de symphonie monoton-silence no 2, offerte à Klein en cadeau pour son mariage). 

« Cette symphonie, d’une durée de quarante minutes (mais cela n’a pas d’importance, on va voir pourquoi) est constituée d’un seul et unique son continu, étiré, privé de son attaque et de sa fin, ce qui crée une sensation de vertige, d’aspiration de la sensibilité hors du temps. Cette symphonie n’existe donc pas tout en étant là, sortant de la phénoménologie du temps, parce qu’elle n’est jamais née ni morte, après existence, cependant, dans le monde de nos possibilités de perception conscientes : c’est du silence – présence audible ». Extrait de Yves Klein, Le dépassement de la problématique de l’art.

Le silence en est donc le but ultime. « Le silence… C’est cela même ma symphonie… C’est ce silence si merveilleux qui donne la « chance » et qui donne même parfois la possibilité d’être vraiment heureux, ne serait-ce qu’un seul instant, pendant un instant incommensurable en durée ».

Yves Klein : au bout du rouleau !
Yves Klein : au bout du rouleau !

La peinture au chalumeau

Sur un panneau de 3 mètres de long, l’artiste a figé au lance-flammes les silhouettes chorégraphiques de deux femmes - qu’il appelait ses "femmes pinceaux" – enduites d’eau puis de peinture. Yves Klein a d’abord commencé par asperger les deux jeunes femmes avec de l’eau durant une performance filmée au Centre d’essai de Gaz de France. Elles se sont ensuite plaquées sur le panneau ignifugé puis se sont retirées.

Muni d'un lance-flammes pesant 40 kg, Yves Klein a alors fait feu sur le panneau, qui a roussi sauf à l'endroit où les modèles avaient laissé l'empreinte de leur corps, révélant leurs traces en les modelant par le feu.

Les jeunes femmes se sont ensuite enduites de pigments roses puis bleus et sont revenues se plaquer sur la toile, imprimant ainsi des anthropométries, ou techniques des pinceaux vivants, les contours de leurs corps étant vaporisés de peinture à l’aide d’un aérographe afin de souligner leurs silhouettes.

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Elena Palumbo-Mosca, l’une des deux silhouettes de l’œuvre, se souvient « avoir eu le sentiment de vivre un élément exceptionnel dans l’histoire de l’art. » [...] « Le contact direct avec les éléments primordiaux – l’eau et le feu – m’a fait ressentir ces moments comme un vrai rite de passage. Je ne le savais pas, alors, mais je sais maintenant que ces expériences ont été, et sont toujours, essentielles dans mon développement. »

   "Ce tableau, qui est pour moi le chef-d'œuvre absolu, a failli ne pas exister", a écrit récemment Rotraut Klein-Moquay, la veuve de l'artiste. "La séance était terminée, il était allé au bout de ses forces", raconte-t-elle. Rotraut Klein, alors enceinte de quatre ou cinq mois, aperçoit dans un coin un panneau oublié. L'artiste se remet au travail. "Pendant longtemps, je m'en suis voulue, j'ai pensé que je n'aurais pas dû le lui dire. Je me suis sentie responsable de ce qui a suivi peu de semaines après". (Le Monde)

Yves Klein : au bout du rouleau !

En effet, ce grand judoka – ceinture noire 4e dan - meurt d’une crise cardiaque le 6 juin 1962. Sa courte vie est néanmoins un roman.

 

A voir le site que sa veuve et son fils lui ont consacré

 

Un échantillon de l'oeuvre d'Yves Klein

 

Un petit hommage photographique

Un échantillon de la symphonie monoton-silence (direction Yves Klein)

« Voler, dans le bleu peint en bleu »

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 18:38
Majida Khattari, plasticienne

Rencontre encore au hasard du net, que cette artiste d’origine marocaine qui fait dans la photo mais aussi dans la création de vêtements qu’elle met en scène dans des défilés-performances. A travers son art c’est la condition des femmes dans le monde musulman, mais aussi le regard occidental sur ces femmes et sur l’Orient qu’elle évoque.

 

Majida Khattari est née en 1966 à Erfoud, dans le Tafilalet, berceau de la dynastie régnante des alaouites, oasis sur le Ziz fleuve qui se perd dans le Sahara. « Au collège, un professeur a repéré que je dessinais bien. Il m’a orientée vers les arts plastiques. » Etant d’une famille libérale, elle a donc pu s’inscrire à l’École des beaux-arts de Casablanca, avant de poursuivre ses études à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (Ensba) dont elle sort diplômée en 1995.

 

   ''J'habite Paris depuis 1988, j'avais vingt-deux ans quand j'ai quitté Casablanca. J'y retourne voir ma mère trois fois par an. Mais, à force de présenter mes défilés en France, en Europe, toujours dans des pays riches et démocratiques, j'ai commencé à me demander ce que je pouvais faire dans mon pays natal, pour accompagner l'ouverture politique du régime. Je me suis aperçue que je ne connaissais pas la ville ni ses habitants. J'ai vécu dans un milieu familial très protégé, symbolisé par l'appartement de ma sœur, rue d'Agadir, dont le balcon panoramique domine un centre-ville dense, architecturé. La ville coloniale et bourgeoise est blanche et bleue comme la mer le long des plages aménagées de la Corniche. La ville des pauvres, bricolée, brûlée par le soleil, est cassée, jaune comme la terre, dans le quartier de Sidi Othman comme dans le bidonville de El Hank."

Voile noir
Voile noir
Voile noir

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Orientalisme (cliquer pour agrandir)Orientalisme (cliquer pour agrandir)
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Orientalisme (cliquer pour agrandir)

Ses photographies jouent avec les codes de l’orientalisme dont Etienne Dinet - Nasr Eddine fut un représentant, avec des artistes plus prestigieux comme Ingres, Gérôme ou Delacroix. Un Orient fantasmé, rêvé et fantaisiste, images de harems peuplés d’odalisques, atmosphères d’oisiveté hédoniste. Dans « Luxe, désordre et volupté » que présente l’Atelier 21, avec de belles reproductions, on découvre des variations sur le voilé dénudé qui auront des échos dans ses futurs défilés-performances avec le voilé-dévoilé.

Sac grenadeSac grenade

Sac grenade

Majida Khattari, plasticienneMajida Khattari, plasticienne
Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)

Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)

Arrivée en France en plein débat sur l’interdiction du voile dit islamique – en fait un foulard – à l’école, elle va s’emparer de ce thème :

« C’est l’actualité sur le voile islamique et la violence en Algérie qui m’ont poussée à travailler sur l’idée de culture et d’identité. J’ai cherché la forme juste permettant un dialogue entre les Occidentaux et les Orientaux » Son projet est de «sortir le voile du religieux» en montrant qu'il a une histoire culturelle et n'a pas à être pris en otage par ceux qui veulent le bannir ou l'imposer. «Je travaille sur l'apparence, le visible et l'invisible, de la même façon que les islamistes jouent sur l'apparence»

''L'idée de dessiner des robes qui figurent la situation des femmes dans l'islam contemporain m'est venue en 1995, au moment des polémiques sur le foulard islamique : fallait-il accepter dans les écoles de la République des jeunes femmes voilées ? Je présente ces robes dans des défilés conçus comme des performances. Ce ne sont pas des prototypes, et je n'ai jamais collaboré avec l'industrie de la mode. Mais je reconnais volontiers que mon travail résulte du goût que j'ai toujours eu, depuis mon adolescence à Casablanca, pour le contraste de l'apparat moderne du corps féminin avec les normes de la tradition islamique. Je suis une musulmane vivant en France, j'adhère à l'Islam, mais je tiens à dénoncer les usages répressifs de la foi et de l'ignorance (55 % d'analphabétisme au Maroc) dans tout régime théocratique.''

Défilé-performance (cliquer pour agrandir)
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Houris (cliquer pour agrandir)
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Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)

Houris (cliquer pour agrandir)

Sans doute son défile-performance le plus récent (20 mars 2014), à Francfort, que celui des Houris. Dans le cadre d’une exposition réunissant des artistes africains, intitulé « La divine comédie, ciel, enfer et purgatoire » que Majida Khattari, avec 72 jeunes femmes, sélectionnées localement après un casting réalisé plusieurs semaines avant, a présenté cette performance. Khattari interprète donc la promesse faite aux martyrs de bénéficier dans l’au-delà de 72 houris, jeunes pucelles. La grille de la burka est ici représenté par un masque et les jeunes vierges sont à peine vêtues de blancs atours, voire dénudées…

Le reportage porte sur toute l'exposition : Houris apparaît à 1'23"

Majida Khattari, plasticienne
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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 21:21
Une enfant de trois ans, à qui Ledare a prêté une grande photo de sa mère, a crayonné, griffé, gommé un peu partout.

Une enfant de trois ans, à qui Ledare a prêté une grande photo de sa mère, a crayonné, griffé, gommé un peu partout.

Paradoxe que cet œdipe à l’œil rivé sur sa Mom, sa mère. Bataille est aussi convoqué pour expliquer l’œuvre de ce disciple de Larry Clark, mais qui au lieu de mettre en scène une cougar anonyme s’offrant à l’ami de son fils (Ken Park), photographie sa propre mère faisant des galipettes avec des garçons de son âge. Et c’est, Tina, la maman, qui se met le plus souvent en scène.

Leigh Ledare : œdipe photographe ?

Si l’on en croit le récit de Leigh Ledare lui-même, cette aventure quasi incestueuse a démarré, alors qu’il avait 22 ans et qu’il retournait voir sa mère, qu’il n’avait pas revue depuis 18 mois. "Elle savait que je devais venir et a ouvert la porte nue". Dans la chambre de sa mère "un jeune homme, quasiment de mon âge, était étendu, nu. Il vint me dire bonjour et retourna se coucher". « J'interprétai cela comme une manière pour ma mère de m'annoncer où elle en était dans sa vie et pour me signifier: "accepte-moi telle que je suis ou adieu bye-bye". »

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DOUBLE BIND

Rien n’est très simple avec Leigh Ledare, né à Seattle en 1976. En témoigne Double Bind (double contrainte).

Il imagine un jeu un peu masochiste avec son ex-femme, Meghan Ledare-Fedderly : elle passerait trois nuits avec lui dans une cabane isolée dans la forêt, où il la photographierait. Ensuite, il prendrait en charge les frais de cette même expérience, mais cette fois avec le nouveau mari, le photographe Adam Fedderly. Ce qui fut fait, Meghan étant mitraillée par son ex d’abord. Puis par le mari qui remit les pellicules non développées à Leigh Ledare.

Il a développés et tirés lui-même ces centaines de clichés. Outre des expositions où il présente certains d’entre eux sous vitrines et d’autres en piles à côté d’images trouvées, de magazines pornographiques, de souvenirs en piteux état et de photos de familles, il en fait une œuvre en trois volumes. Dans le premier, intitulé Husbands, il présente l’ensemble des photographies de Meghan Ledare-Fedderly prises par les deux, en miroir, sur les doubles pages successives. Le second Diptychs est composé de collages montés avec un fond blanc pour Adam Fedderly et un fond noir pour Leigh Ledare. Le troisième Ephemeras est une accumulation d’images tirées de magazines : ces images supplémentaires jouent un rôle analytique de la création de sens à partir d’un champ commun de représentation, nous dit une pédante critique.

 

 

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JOCASTE ET SON PÈRE

Pretend You're Actually Alive est donc le fruit de huit années passées à photographier cette Mom, qui l’avait mis au défi de l’accepter telle qu’elle était – l’ex-ballerine classique se produisant dans des  boîtes de strip-tease, cougar levant des jeunes de l’âge de son fils. "A travers sa sexualité, ma mère lance un défi, une façon de dire je ne suis pas dans la norme…d'une certaine manière, elle m'a poussé à faire ce travail".

Et l’appareil photo est d’abord pour lui une façon de se protéger, de se mettre à distance. "Je mets en avant le risque de confusion qui existe autour des limites sexuelles". L’œdipe ne se situe peut-être pas là où on pouvait l’imaginer. Car c’est sa mère qui souhaitait devenir son modèle, non l'inverse. "Elle comprend l'importance de se mettre en avant pour pousser les gens à réfléchir, les provoquer. J'ai compris que sa sexualité lui servait d'outil pour contrarier son propre père et rejeter les attentes qu'il avait sur la façon dont elle devait se comporter en tant que mère, mais aussi en tant que fille et enfin femme de son âge".

 

Reste que malgré l’onction et la componction ministérielle d’un Frédéric Mitterrand à Arles, devant deux photos de Tina Peterson, la voir poser en légers dessous, nue ou avec ses amants, y’a comme un malaise. Le dessin gribouillé par la petite Alma masque une pose des plus hardies, elle s’exhibe dans son plus simple appareil, jouant des scènes cocasses ou se caressant, quand elle ne se fait pas surprendre (?) avec un jeune amant.

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Mom’s Profile in Seventeen Magazine (1966)

...Être un écrivain comme Marguerite Duras ou Anaïs Nin, une actrice comme Jeanne Moreau  pas Valerie Vixen,[...] une danseuse de tango (avec un partenaire qui ne meurt pas)...

Leigh Ledare : œdipe photographe ?Leigh Ledare : œdipe photographe ?Leigh Ledare : œdipe photographe ?
Leigh Ledare : œdipe photographe ?

"Ce travail se cantonne-t-il à illustrer les fantasmes oedipiens les plus patriarcaux, ou à jouer les briseurs du tabou de l'inceste? Fait-il le récit visuel de l'écriture de Georges Bataille ("Ma Mère") opérant "comme un homme regardant une femme se faire jouir et le disant, ou comme une femme prenant le relais de la main d'un homme pour dire sa propre jouissance" (B.Sichère, in Tel Quel, 1982). Fait-il retour sur le diarisme photographique (et filmique cf. Caouette) des années 90 ? L'autofiction ? Voire même la relationalité ? Puisque Ledare affirme qu'il ne s'agit que de "relationships" et qu'avec Elena Filipovic, la commissaire de l'exposition du Wiels, il a choisi un titre-- celui de Ledare, et al-- collectif."

Le Beau Vice

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Mais la gêne est presque aussi grande, quand, après un accident de voiture, son fils nous la montre s’exhibant avec sa minerve. Les photos deviennent plus pathétiques quand les effets de l’accident se font sentir et que la cougar prend dix ans d’un coup.

Leigh Ledare : œdipe photographe ?
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Avant de se consacrer entièrement à la photographie, Ledare s'est intéressé à la psychologie, la sociologie, littérature et cinéma. Interrogé sur les liens entre son travail et la notion freudienne du complexe d’Œdipe, il a répondu qu’il ne pensait pas que son œuvre en soit l’illustration. Pour lui, l’analyse de Freud n’est qu’une grande fiction.

Leigh Ledare : œdipe photographe ?
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Leigh Ledare : œdipe photographe ?

PERSONNAL COMMISSIONS

Pour autant il y a quelques relents œdipiens, dans les œuvres de la série Personnal commissions, qui le mettent, lui-même en scène dans des cadres et scénographies diverses. Sa mère avait l’habitude de mettre dans le Seattle Weekly, des petites annonces proposant une compagnie érotique en échange d’une aide financière, il répond lui-même à ce type d’annonces, mais en proposant aux annonceuses de venir se faire photographier chez elles dans la tenue et mise en scène de leur choix. Ainsi se met-il dans une position semblable à celle que s’était assignée sa mère il devient le sujet de la photographie et l’objet consentant du désir d’autrui.

Leigh Ledare : œdipe photographe ?
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AN INVITATION

C’est directement les photos de sa mère qui provoquent An invitation, invitation d’une anonyme femme de la high society à venir la photographier nue. Mais images strictement privées. Ledare, dans un premier temps refuse. Il veut pouvoir user de son œuvre. Il arrive cependant à un contrat où il garde l’usage de ces images, mais il garantit à sa commanditaire qu’il masquerait son visage pour préserver son anonymat.

Il en a tiré des montages où le nu du jour, en noir et blanc, orné d’un rectangle noir se superpose à la une du jour du New-York Times, avec commentaires en bas de page.

   Leigh Ledare brouille sinon l’écoute, du moins les cartes. La transgression de l’inceste, mais aussi le jeu sur l’œuvre elle-même, puisqu’il expose ou publie et ses propres images et celles d’autres où il peut être lui-même le modèle, tout en y rajoutant foultitude de documents annexes, troublent plus qu’ils ne convainquent. Mais malgré cette accumulation, un peu foutraque, qui, on l’a vu, nourrit de pédantesques critiques, son œuvre ne se contente pas de choquer, elle dérange.

Pour les anglicistes

Pour aller plus loin :

Une intéressante présentation d'une exposition

An Interview with Leigh Ledare (en anglais, donc)

Leigh Ledare : « Il n’y a pas d’authenticité en photographie » (entretien, en français)

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 18:22
Boris Vian : Ecrits pornographiques

  Oui, les vrais propagandistes d’un ordre nouveau, les vrais apôtres de la révolution future, future et dialectique, comme de bien entendu, sont les auteurs de livres dits licencieux. Lire des livres érotiques, les faire connaître, les écrire, c’est préparer le monde de demain et frayer la voie à la vrai révolution

Boris Vian Utilité d’une littérature érotique  1948

Les écrits pornographiques de Boris Vian se réduisent à peu de choses.

Car si l’on ôte sa conférence sur l’utilité d’une littérature érotique qui ne l’est guère, pornographique et une nouvelle, Drencula (voir plus bas), le recueil réuni par Noël Arnaud, se résume à quelques poèmes et chansons. Liberté est une évidente et iconoclaste parodie du poème d’Eluard - Sur mes cahiers d’écolier/Sur mon pupitre et les arbres… –sauf que le nom, il l’écrit avec du sperme.  Dans Les Gousses et Pendant le congrès on trouve l’obsession du membre viril coupé par le sexe féminin, sexe lame : « On rencontre (…) des grognasses impudentes  à qui on a greffé, en travers, une lame de rasoir » quant aux gousses elles tailladent les sexes érigés !


 

Le Transcendant Satrape BORIS VIAN

Promoteur Insigne de l’Ordre de la Grande Gidouille

Mais il donne dans la chanson de salle de gardes, la belle et franche paillarde avec La marche du concombre et La messe en Jean Mineur. Suzon a acheté un beau concombre,  Ben gros, ben long, ben vert, au marché de Nevers qui deviendra un trentaine de couplets plus tard, le marché de Nœud Vert ! Mais le chef d’œuvre, à mon sens, est La messe en Jean Mineur, par J.S. Bachique qui bénéficia, nous dit Noël Arnaud, en 1957, d’une édition clandestine, à 69 exemplaires, non signée, mais ornée d’un écu représentant un bison hilare : Bison Ravi ! Ce Jean  Mineur nous renvoie au fameux – à l’époque, on vous parle d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître – Jean Mineur Publicité Balzac 001 qui avait l’exclusivité de la pub cinématographique. D’où ces dents blanches et ce Colgate, allusion directe à une pub de l’époque qui promettait une haleine fraîche.  Et la musique est directement inspirée, non de Bach, mais de la pub de l’agence de pubs, Jean Mineur !

Et comme dans tout poète il y a un visionnaire, il pressent la pédophilie ecclésiastique : Un beau cardinal écarlate/Encule les enfants de chœur !

La Messe en Jean Mineur

 

AMIS je veux éjaculer

Tout le vieux foutre accumulé

Dans la boutique de mes couilles

Je sens se roidir mon andouille

Il n'est plus temps de reculer

Mâle, femelle, âne ou citrouille

Ce soir je vais tout enculer

 

C'EST à l'église que je veux

Sodomiser tous ces morveux

Enfilons nos noires soutanes

Pareils aux boules des platanes

Nos roustons noirs font les nerveux

Nous sommes nus sous nos roupanes

Passe une belle aux longs cheveux

 

DEGAINONS la trique violette

Qui hennit et rompt sa gourmette

Echappant à nos couturiers

Je lève mon noir tablier

La belle lèche ma quéquette

Attisant le feu meurtrier

D'une langue rose et proprette

 

VOICI que le corbeau croasse

Voici que mon engin bavasse

Et que déjà brament les chantres

Tantôt je sors et tantôt j'entre

Et je répands l'âcre lavasse

Issue du doigt que j'ai au ventre

Au bénitier de sa conasse

 

MON sperme a craché sur sa tombe

Et là mon braquemard retombe

Mais la belle sait mille tours

Et me tend son cul de velours

Cul de houri cul de colombe

Qui s'offre rose et sans détours

Et je m'y rue comme une bombe

 

COMME une flèche dans la cible

Comme un protestant dans la bible

Ma queue palpite de bonheur

Et la belle rit de douleur

Cul d'une courbure indicible

Plus ferme qu'un cul de facteur

De foutre il faut que je te crible

 

SE dégageant d'un coup de hanches

Elle se retourne et se penche

Sur le bâtonnet rabougri

Et dégoûté de mistigri

Elle a de grands yeux de pervenche

Et me suçotte mon grigri

MIRACLE ! AMIS, C'ETAIT DENTS BLANCHES !

 

L'APOTHEOSE alors éclate

Un beau cardinal écarlate

Encule les enfants de choeur

Qui chantent faux de tout leur coeur

Se branlant dans une tomate

Le curé décharge - vainqueur...

 

Un spectacle offert par COLGATE !

Boris Vian : Ecrits pornographiques
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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 16:03
Félicien Rops, le sulfureux !

  "Je file pour l'instant un amour platonico-culinaire, j'entrecoupe chaque bouchée par un madrigal, et j'effeuille une marguerite entre deux verres de bordeaux; on tient à ce que les qualités physiques du gendre ne soient pas détériorées et on le soigne, le gendre-bohême se laisse pousser des rubis sur  le nez, et tout le monde est content. Voilà ce que j'appelle la vie de château". Voilà ce qu’écrivait, en 1854, trois ans avant son mariage, Félicien Rops.

Félicien Rops, le sulfureux !

Il était né le 7 juillet 1833 à Namur. Et c’est à l’Université libre de Bruxelles qu’il rencontrera Charlotte Polet de Faveaux, sa future épouse. Censé y faire du Droit, il se plonge dans la bohême étudiante et artistique. Dès 1851, Rops fait partie de la Société des Joyeux, et devient aussi un membre actif du cercle des Crocodiles, joyeuse bande d'étudiants qui se retrouvent au Trou, célèbre estaminet . Elle édite Le Crocodile, journal des Loustics, que Rops illustre d’une lithographie chaque semaine. En 1856, il fonde son propre journal : L'Uylenspiegel, journal des ébats artistiques et littéraires.

Et c’est donc en juillet 1857 qu’il convole avec sa Charlotte. Elle va hériter d’un oncle du Château de Thozée. Félicien y accueille des amis, dont Baudelaire.

Félicien Rops, le sulfureux !

Une vie privée qui tient du vaudeville !

Mais il va délaisser l’épouse pour des séjours parisiens de plus en plus longs.

 

Rocambolesque comédie que celle que va jouer Alice Renaux, une cantatrice belge, conquête de Félicien : ayant appris qu’il avait non seulement une épouse légitime mais aussi des amours parisiennes, elle se rend au Château de Thozée pour faire une scène furieuse à… Charlotte, la femme trompée !

 

L’artiste est en effet bigame de fait puisque deux sœurs, Léontine et Aurélie Duluc, jeunes couturières, lui vouent une commune passion, signant les lettres qu’elles lui envoient d’Aureléon ! Il fera à chacune un enfant, après en avoir fait deux à sa femme. "Elles ont apporté dans ma vie, charme, consolation, gaieté rayonnante, bonne humeur, belle santé physique, elles m'ont rendu meilleur, positivement, par leur honnêteté simple et pénétrante."

 

Alice Renaux sera, si l’on peut dire, la goutte d’eau qui fera déborder le vase de patience de Charlotte, puisqu’elle demandera la séparation de corps d’avec l’infidèle. Mais Rops n’en aura pas fini avec sa cantatrice, puisque l’avocat du mari cocu se servira des lettres qu’il a envoyées à la dame lors du procès en divorce !

Paul Mathey, portrait de Rops

Paul Mathey, portrait de Rops

Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

L’artiste lui trouve à Paris "une vie artistique vivace et vibrante, la vraie vie moderne qui crie, rit, s'amuse, se tue, étale au soleil ses dorures et ses haillons, ses joies et ses douleurs, avec sa physionomie nerveuse et surmenée, qui n'appartient à aucune autre".

Un dimanche à Bougival

Un dimanche à Bougival

Cependant il nuance : "il faut traîter Paris comme une maîtresse ardente et aller de temps à autre se remettre au vert, en plein bois". "La mer et les bois sont pour moi les grands consolateurs, les apaisants. Vis à vis d'eux l'on sent le côté transitoire, fugace et fragile de toutes les douleurs, et ils ont de mystérieuses paroles qui endorment et calment".

Vue de Tolède

Vue de Tolède

Ainsi ira-t-il en Suède, en Hongrie – il prétend que sa famille a des racines magyares – en Espagne, en Afrique du Nord, aux Etats-Unis avec les sœurs Duluc…

Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

Le caricaturiste devient aussi un prolifique illustrateur, complice notamment de l'éditeur le plus osé du moment, Auguste Poulet-Malassis.

Comme souvent chez Rops, deux versions en noir et blanc et couleurs.
Comme souvent chez Rops, deux versions en noir et blanc et couleurs.

Comme souvent chez Rops, deux versions en noir et blanc et couleurs.

Il est aussi le peintre "de Parisiennes, des folles, des sombres, des étranges, des squelettables; je les ai fait poser, mais comme j'enrage de ne pas encore avoir assez de talent pour bien les rendre, ces terribles filles".

Comme sa Buveuse d'Absinthe, "une fille appelée Joliet qui arrivait tous les soirs, ivre au Bal Bullier et qui regardait avec des yeux de mourante galvanisée. Je l'ai fait poser et j'ai tâché de rendre ce que je voyais (...) la vie, tâcher de rendre la vie, et c'est assez rude "

Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

"Mais ce sont les jeunes femmes, écrit Rops à Poulet-Malassis, qui sont formidables ! En voilà qui ont laissé toute espérance; des fatiguées et des rassasiées, la vie leur a charrié de rudes émotions, tout cela a laissé sa trace sur les fronts et sur les bouches en rides et en maculatures sinistres, et ce splendide maquillage qui jette de chaudes lueurs sur tout cela, c'est réellement très beau à faire pour un peintre, mais il faut avoir un outil -comme Baudelaire, il a saisi, lui "

Félicien Rops, le sulfureux !

Pas de meilleur commentateur de son œuvre que lui : "Ma Pornocratie est faite. Ce dessin me ravit. Je voudrais te faire voir cette belle fille nue chaussée, gantée et coiffée de noir, soie, peau et velours, et, les yeux bandés, se promenant sur une frise de marbre, conduite par un cochon à "queue d'or" à travers un ciel bleu. Trois amours - les amours anciens - disparaissent en pleurant (...) J'ai fait cela en quatre jours dans un salon de satin bleu, dans un appartement surchauffé, plein d'odeurs, où l'opopanax et le cyclamen me donnaient une petite fièvre salutaire à la production et même à la reproduction". Lettre de Félicien Rops à H. Liesse, 1879.

Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

D’une facture proche, cette incantation et cette tentation de Saint-Antoine (avec toujours les deux versions).

 

Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

Son œuvre peut tourner au fantastique.

Autoportrait satanique

Autoportrait satanique

Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

Le diable s’invite, bien sûr, dans ses dessins (et prend parfois ses traits).

Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

Avec le diable, les sorcières !

Félicien Rops, le sulfureux !

La veine anticléricale apparaît tôt, avec notamment cet enterrement en pays Wallon.

" J'étais à Namur (...) En chemin, je rencontre un enterrement. J'ai toujours eu un faible pour les enterrements. C'était un enterrement triste celui-là, c'est rare. Derrière le cercueil (...) suivait un petit garçon blond, de ce blond fade né des cours de récréation sans air et des verbes copiés 10 fois en punition d'un sourire. C'était lui le pauvret qui menait le deuil, avec son petit nez rouge et de grosses larmes à travers les cils. A ses côtés, digne et protectant, ambulait un monsieur, le "mon oncle" ou le tuteur légal (...) Un gris curé goutteux, avec les bras tombant sur les boucles de ses souliers, deux prêtre psalmodiant  lugubrement grotesques, encore enluminés par la digestion dérangée, un bedeau avec  de l'ouate dans ses oreilles, deux membres mâle et femelle de quelque congrégation, un enfant de choeur et un chien, c'est tout (...) L'enfant de choeur pendant les derniers oremus, aspergeait le chien (…) Cela m'a plu.  Je l'ai dessiné sur une grande pierre lithographique, et voilà ! "

Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Sainte ThérèseSainte Thérèse
Sainte Thérèse

Sainte Thérèse

Il vouera un culte particulier à Sainte Thérèse dont il dessinera l’épectase à plusieurs reprises, ainsi que sa mort, mais aussi à Marie-Madeleine.

Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !
Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !Félicien Rops, le sulfureux !

« Je tâche tout bêtement et tout simplement de rendre ce que je sens avec mes nerfs et ce que je vois avec mes yeux, c'est là toute ma théorie artistique. J'ai encore un autre entêtement, c'est celui de vouloir peindre des scènes et des types de ce XIXe siècle, que je trouve très curieux et très intéressant; les femmes y sont aussi belles qu'à n'importe quelle époque, et les hommes sont toujours les mêmes. De plus, l'amour des jouissances brutales, les préoccupations d'argent, les intérêts mesquins, ont collé sur la plupart des faces de nos contemporains un masque sinistre où l'instinct de la perversité, dont parle Edgar Poe, se lit en lettres majuscules ; tout cela me semble assez amusant et assez caractérisé pour que les artistes de bonne volonté tâchent de rendre la physionomie de leur temps. »

 

 

Le musée de Namur lui consacre un dossier pédagogique ; à lire aussi : Félicien Rops : la médecine, les médecins et ses maladies (format *.pdf)

Musique ENIGMA "Principle of the Lust" (pour avoir le son cliquer sur le symbole en bas à droite)Vidéo à agrandir pour bien voir les oeuvres de F. Rops

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 16:24
Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons

Tetas y toros ! telle est l’image que veulent bannir les pudibondes autorités locales des sanfermines, des fêtes de la Saint-Firmin, à Pampelune.

 

 

La San Fermin de Pamplona, telle qu’elle va comme chaque année être illustrée sur nos étranges lucarnes, ce sera ce lâcher de taureaux dans les rues de la ville ; taureaux qui encornent des téméraires qui se bousculent devant eux. Sans parler de ceux qui s’entassent devant l’entrée des arênes pour que les taureaux les piétinent.

Mais ce lâcher de fauves, l’encierro, sur à peine 1 km, entre leur enclos et la plaza de toros, n’est que l’aspect le plus spectaculaire de ces huit jours de fêtes.

L'encierroL'encierro
L'encierroL'encierro

L'encierro

Il y a d’abord le lancement du Chupinazo – une sorte d’énorme  pétard - qui suit la formule rituelle « Pamploneses, Pamplonesas, Viva San Fermín, Irunshemes, Gora San Fermín » demain, 6 juillet à midi. La foule, de blanc vêtue, les foulards rouges à bout de bras, puis autour du cou, se masse sur la plaza del Ayunmiento, avant de se déchaîner.

Chupinazo

Chupinazo

Le fameux San Fermin, qui est le patron non de Pampelune, mais de la Navarre aura droit bien sûr à une rituelle promenade. Suivi de Géants qui effraient les petits nenfants.

Procession et géants
Procession et géants

Procession et géants

L’encierro, le lâcher de taureaux, aura lieu tous les jours à 8 h du matin !

Taureaux qui dans l’après-midi seront sacrifiés dans des corridas des plus folkloriques. Car contrairement aux autres arènes, le silence religieux de rigueur pendant le combat est loin de régner. Les  peñas avec leurs txarangas – orchestres tonitruant – s’installent avec nourriture et surtout boissons. Inutile de dire que règne un bruyant tumulte loin du cérémonial habituel, raison pour laquelle certains toreros fuient ces arènes.

Arènes envahies, après les combats, par ces bandas fortement alcoolisées qui sortent ensuite musique en tête, égayer les rues de la ville.

Corrida et bandas
Corrida et bandas

Corrida et bandas

Inutile de dire aussi que ces courses de taureaux, clou des sanfermines, provoquent la protestation des anti-corridas qui manifestent aux trois quarts nus, simulant la mort du fauve percé de banderilles.

Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons
Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons
Pampelune, San Fermin : taureaux et tétonsPampelune, San Fermin : taureaux et tétons
Manifs anti-corridaManifs anti-corrida
Manifs anti-corridaManifs anti-corrida

Manifs anti-corrida

Mais la polémique la plus vive naît d’une image typique de ces sanfermines : une jeune fille seins nus et des bras qui se tendent pour les palper.

Ces exhibitions indécentes ne seraient le fait que de touristes étrangères alcoolisées : suédoises, allemandes, danoises, états-uniennes, australiennes, etc. prétendent certains.

Images déplorables et humiliantes pour les femmes, ont clamé des féministes qui ont été jusqu’à les comparer aux agressions sexuelles de la Place Tahrir au Caire, voire aux viols meurtriers commis en Inde !

Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons
Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons

Sauf que, c’est la comparaison qui est des plus indécentes. Comme dirait Virenque, ces jeunes filles se font tripoter à l’insu de leur plein gré. Il est sûr que l’ambiance festive, les défis lancés, la forte consommation de vin, etc. contribuent à faire sauter les tabous.

La jeune fille qui accepte de se faire, au sens propre, envoyer en l’air, n’ignore pas que des mains masculines vont en profiter pour palper son anatomie. Quant à celle qui voltige foufoune à l’air, ce n’est pas par pure distraction qu’elle est sans culotte.

Pampelune, San Fermin : taureaux et tétonsPampelune, San Fermin : taureaux et tétons
Pampelune, San Fermin : taureaux et tétonsPampelune, San Fermin : taureaux et tétons
Pampelune, San Fermin : taureaux et tétonsPampelune, San Fermin : taureaux et tétons

De la même façon que les fanatiques qui se couchent sous les sabots des taureaux à l’entrée de l’arène ne peuvent qu’être piétinés, celles, qui, à cheval sur les épaules de leur cavalier servant, se débarrassent de leur t-shirt puis de leur sous-tif, ne peuvent que s’attendre à être paluchées.

Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons

La jeune femme s’exhibant à son balcon ou celle qui, nue, boit tranquillement au bar – même si là on peut soupçonner une mise en scène – n’ont rien à voir avec les victimes de la Place Tahrir !

Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons
Pampelune, San Fermin : taureaux et tétons

Que dans une volonté pudibonde de mettre fin à ces exhibitions qui nuisent, de son point de vue, à l’image des sanfermines, l’alcade annonce que des forces de police seront déployées pour les empêcher ne saurait trop étonner. Mais les véritables agressions sexuelles, qui, dans cette ambiance de concentration de personnes fortement alcoolisées, ne manquent pas malheureusement de se produire, n’ont pas lieu, au vu et au su de tous, sur la place de la mairie, en plein jour !

Cliquer sur le symbole du son (haut-parleur barré) pour avoir la musique

Sur la polémique voir :

Pamplona se moviliza contra los comportamientos sexistas en Sanfermines

 

Sanfermines: borracheras, encierros ¿y tocamientos?

 

Chicas sin camiseta desatan la polémica en San Fermín

et pour un panorama des plus complets sur San Fermin cliquez ici

et une galerie de photos cliquez

‘Manoseos’ en masa en Fiesta de San Fermín encienden debate sobre violencia de género

Fuente: El Dínamo http://www.eldinamo.cl/2013/07/12/fotos-encerronas-que-desnudan-y-manosean-a-mujeres-en-fiesta-de-san-fermin-encienden-debate-sobre-machismo/
‘Manoseos’ en masa en Fiesta de San Fermín encienden debate sobre violencia de género

Fuente: El Dínamo http://www.eldinamo.cl/2013/07/12/fotos-encerronas-que-desnudan-y-manosean-a-mujeres-en-fiesta-de-san-fermin-encienden-debate-sobre-machismo/
‘Manoseos’ en masa en Fiesta de San Fermín encienden debate sobre violencia de género

Fuente: El Dínamo http://www.eldinamo.cl/2013/07/12/fotos-encerronas-que-desnudan-y-manosean-a-mujeres-en-fiesta-de-san-fermin-encienden-debate-sobre-machismo/
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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 16:48
Nickolas Muray, amant de Frida Kahlo

To you, my loveliest Nick, all my heart, blood, and all my being. I adore you. Frida ainsi se conclut une longue lettre de Frida Kahlo à son amant, le photographe Nickolas Muray ; lettre envoyée de Paris le 27 février 1939, avec pour sceau, l’empreinte des lèvres de l’amante.

 

Nickolas Muray est né en 1892 (sous le nom de Miklós Mandl) à Szeged en Hongrie. Quand à 21 ans il débarque aux Etats-Unis, il a déjà un bon bagage en arts graphiques acquis dans des écoles d’art de Budapest puis de Berlin. Il trouve donc rapidement du boulot dans une imprimerie en couleurs, avant, en 1920, d’ouvrir un studio.

La commande par le Harper's Bazaar du portrait de Florence Reed, une vedette de Broadway, va le lancer dans les magazines (Vogue, Vanity Fair, McCall's Magazine, etc.)  à partir de 1921.

Joeueur de base-ball, DH Lawrence, Gloria Swanson, Clara Bow, Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Joan CrawfordJoeueur de base-ball, DH Lawrence, Gloria Swanson, Clara Bow, Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Joan Crawford
Joeueur de base-ball, DH Lawrence, Gloria Swanson, Clara Bow, Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Joan CrawfordJoeueur de base-ball, DH Lawrence, Gloria Swanson, Clara Bow, Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Joan Crawford
Joeueur de base-ball, DH Lawrence, Gloria Swanson, Clara Bow, Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Joan CrawfordJoeueur de base-ball, DH Lawrence, Gloria Swanson, Clara Bow, Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Joan Crawford

Joeueur de base-ball, DH Lawrence, Gloria Swanson, Clara Bow, Louise Brooks, Douglas Fairbanks et Joan Crawford

Mais à côté de ses innombrables portraits, de ses photos de plateau de ciné, il s’intéresse particulièrement à la danse et en particulier à Ruth Saint-Denis et à sa compagnie, dans un noir et blanc assez expressionniste.

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Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo
Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo
Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo

Outre Ruth Saint-Denis, il photografia aussi la danseuse Rosa Rolando qui va faire partie des proches de Diego Rivera et Frida Kahlo avec son mari et metteur en scène Miguel Covarrubias.

A gauche Nick Muray et Rosa Covarrubias (Rolando)

A gauche Nick Muray et Rosa Covarrubias (Rolando)

Rosa Rolando-CovarrubiasRosa Rolando-Covarrubias
Rosa Rolando-CovarrubiasRosa Rolando-Covarrubias

Rosa Rolando-Covarrubias

Beaucoup plus intéressante que sa production de la fin des années 30 aux années 50, véritables caricatures de l’American way of life qui faisait rêver une Europe ne se relevant qu’à peine de la guerre !

 

Couleurs en technicolor serait-on tenté de dire. Composition ultra-léchée. Pubs cigarettières notamment. Et un climat de béatitude tellement niaise qu'on pourrait y lire comme du 2e degré ?

 

NB Pour une vision plus complète de cette partie de son oeuvre voir la Georges Eastman House et Flickr

Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo
Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo
Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo
Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo

Même Marilyn n'échappe pas tout-à-fait à ce style trop léché.

Nickolas Muray, amant de Frida Kahlo
Nickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida KahloNickolas Muray, amant de Frida Kahlo

Mais, sa rencontre avec Frida Kahlo, les portraits qu’il fait d’elle, quel que soit le jugement que l’on porte sur le reste de son œuvre, le consacrent comme un grand photographe.

Sur la 3e photo à côté de Frida et Nick, la soeur et rivale de Frida, Cristina, et Rosa CovarubbiasSur la 3e photo à côté de Frida et Nick, la soeur et rivale de Frida, Cristina, et Rosa Covarubbias
Sur la 3e photo à côté de Frida et Nick, la soeur et rivale de Frida, Cristina, et Rosa Covarubbias

Sur la 3e photo à côté de Frida et Nick, la soeur et rivale de Frida, Cristina, et Rosa Covarubbias

"Quand Frida rencontre Nickolas Muray (sans doute à Mexico), il est l'un des photographes les plus en vogue de New York, qui a photographié les femmes et les hommes les plus célèbres du moment, de Lilian Gish à Gloria Swanson, de D.H. Lawrence à Johnny Weissmuller. Il est grand, mince, athlétique - il a été deux fois champion de sabre des Etats-Unis - avec ce visage aristocratique que Frida avait aimé jadis chez son "fiancé" Alejandro Gomez Arias. Il est tout de suite séduit par Frida Kahlo, par sa beauté exotique, par cette flamme qui brille dans ses yeux charbonneux, par son esprit pétillant, juvénile, par sa provocation continuelle. […]

Elle est très amoureuse de cet homme si élégant, si sûr de lui. Après le petit déjeuner  au restaurant du Barbizon, elle l’accompagne au studio de McDougal Street, et c’est là qu’il fait un de ses plus beaux portraits - Frida debout, drapée dans un rebozo magenta, coiffée de ses tresses mêlées de laine à la manière indienne ; elle pose avec une expression apaisée, un peu alanguie, qu'on ne lui a jamais connue auparavant. Cet amour sans contraintes, qu'elle devine aussi sans lendemain, est sans doute l'un des souvenirs les plus heureux de sa vie, le seul moment où elle retrouve pour quelques semaines la liberté et l'insouciance du temps des Cachuchas, le temps d'avant l'accident du marché San Juan. Pour lui, elle devient Xochilt (Fleur), son double rêvé, venu du monde indien, libéré de toutes les contradictions et médiocrités de la vie moderne. Pour elle, il est son Nick – sa vie – son enfant.” 

J. M. G. Le Clézio Diego et Frida STOCK p. 166-167

 

Si la photo que cite Le Clézio est magnifiquement composée, ce qui fait aussi le charme du témoignage photographique de N. Muray sur son amante ce sont des clichés sur le vif, certains comme volés, comme ces deux-là pris au réveil de Frida :

Quelques photos de Frida par Nickolas Muray

Leur liaison commencée en mai 1931, alors que Muray venait de divorcer, aura duré près de dix ans. Elle a atteint son point culminant quand Frida est venue poser dans son studio pour la fameuse photo au rebozo magenta. Après le divorce de Frida et Diego Rivera, Muray voulait l’épouser. Mais quand il fut évident qu’elle voulait de lui comme amant et non comme époux, ce fut une rupture sereine. Ils restèrent amis jusqu’à la mort de Frida, en 1954.

 

Lui, s’éteindra en 1965.

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 17:47
John Currin : de l’art ou du cochon
John Currin : de l’art ou du cochon

John Currin dont la peinture va de la quasi caricature au porno revendiqué, en passant par le kitsch et le maniéré, avec des multiples références, apparaît quelque peu factice. Ce n’est pas de l’art pour l’art, mais de l’art pour le dollar, serait-on tenté de dire. Reste que derrière de la provocation parfois gratuite, ce peintre figuratif est peut-être moins factice que ceux qui veulent nous faire prendre une écrevisse géante en plastoc mastoc pour un chef d’œuvre de l’art contemporain.

John Currin : de l’art ou du cochon

Découverte fortuite, comme souvent, de ce peintre figuratif états-unien. De ces recherches où, de liens en liens, on oublie quel en était l’objet. Je tombe donc sur cette « marocaine » surréalistement coiffée de poissons frais.

 

Il n’est pas sûr que ce natif de Boulder, dans le Colorado, qui vit à New-York, après des études artistiques notamment à l’université de Yale, soit allé au Maroc. En revanche, il multiplie à foison les références à la peinture européenne : Vénus du Quatroccento et nus flamands des hautes époques renaissantes, Cranac, Boucher, Fragonard, Courbet, Manet énumère un critique, Christian Schad et Otto Dix ajoute un autre. Mais il a des sources d’inspiration moins culturelles, comme le porno danois des années 70 (né en 1962, il l’a peut-être découvert dans son adolescence).

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Une partie de son œuvre semble relever de la caricature, en témoigne ces Kennedy, garçon et fille ou ces femmes aux seins gros comme des ballons de basket. Et ne parlons pas de ces deux femmes enceintes ( ?) qui portent bas, très bas. Ou ce tailleur qui ajuste une veste à son client en short, comme lui...

 

Mais c'est aussi le peintre de l'anorexie

Otto DIX Anita

Otto DIX Anita

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Puisque Otto Dix a été évoqué citons son « Anita » dont on retrouve l’écho dans les poses de Currin. Si, comme Ingres, il rajoute des vertèbres, c’est au niveau des cervicales, avec ces cous girafiens.

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Ses modèles semblent aussi souffrir de malformations : une hanche un peu saillante pour celle-ci, des mains comme des battoirs et une petite tête pour celle-là, un ventre relâché pour une autre et surtout des petites jambes étriquées comme ce nu à la fourrure et encore pire ces trois amies. Faut-il y voir une dénonciation d’une vie rivée aux écrans qui va nous priver de l’usage des membres inférieurs ?

Lucas Cranach "Vénus" et "Les trois grâces"Lucas Cranach "Vénus" et "Les trois grâces"

Lucas Cranach "Vénus" et "Les trois grâces"

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Autres références : peinture edouardienne, Boucher ou Fragonard (sans oublier le kitsch)Autres références : peinture edouardienne, Boucher ou Fragonard (sans oublier le kitsch)Autres références : peinture edouardienne, Boucher ou Fragonard (sans oublier le kitsch)

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Visiblement inspiré par Lucas Cranach, néo-édouardien à ses heures, ses multiples références, proches parfois du pastiche, avec aussi une peinture que l’on pourrait qualifier de néo-classique (qui démontre sa parfaite technique), laissent planer un sérieux doute sur l’identité artistique du peintre. Peintre caméléon qui ne porte pas un univers, mais s’adapte aux lois du marché, provocation un jour, académisme le lendemain ?

John Currin : de l’art ou du cochon

"Je suis toujours conscient de mon américanité, Cela a motivé mon goût pour les images pornographiques danoises des années 70, car elles proposent une autre esthétique. Il y a là une satire du libertinage européen de l’après-guerre. À plusieurs niveaux, j’ai satisfait ici mon envie marquée, ma jalousie constante pour cet immense héritage européen en peinture. Je me suis pris pour Poussin, j’ai tenté de créer des oeuvres fantaisistes qui invitent au bonheur et à la beauté."

John Currin : de l’art ou du cochon

Dans l’œuvre Tapestry (2013), une femme moderne, habillée de manière décontractée, est représentée dans le style baroque cher à l’artiste. Son jean déchiré et sa blouse bohème à l’allure campagnarde sont en contraste avec la manière élaborée dont elle est peinte.

Sa silhouette, délicatement soignée et aux couleurs vives, se détache de l’arrière-plan mouvant, proche de la grisaille, constitué de motifs floraux, de tissus légers et de corps flous entrelacés atteignant l’extase sexuelle. Réunissant un mélange enivrant de techniques historiques, d’humour et de fantaisie, Currin continue à provoquer et à titiller.

Claudine Colin

"À mes débuts, je cherchais à faire du bruit, à être connu. Mais plus je vieillis, plus je m’éloigne de cette dynamique. Évidemment, j’ai tenté de fuir ces images pornographiques. C’est un cliché en art contemporain d’utiliser la porno pour critiquer et dénoncer la société capitaliste. Personnellement, cela m’a aussi énormément dérangé, embarrassé. J’aimerais peindre un autre genre de peinture, vraiment… Je dois cacher mes toiles à mes enfants lorsqu’ils visitent mon studio. Je fais même des cauchemars la nuit à ce sujet. Je dois m’excuser devant mes parents lors des vernissages. Quelque part, au fond de moi, il y a sûrement dans ses peintures une nostalgie enfouie d’une époque où j’étais sans enfant, une époque magnifiée avec le temps, car, avouons-le, elle n’était pas aussi palpitante que l’on laisse croire…"

Pour les anglicistes

En complément, pour ceux qui ont une heure dix devant eux, une conférence à Beaubourg où le conférencier offre une caricature du genre, paumé dans ses propres notes, avec des blancs et se racontant...

Eric Troncy, critique d'art

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 16:01
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Pour les laïques espagnols, la semaine qui vient est, si j’ose dire, une semaine d’enfer*. Une irrespirable liturgie saturée d’encens va envahir  tout le pays. La semana santa va permettre au national-catholicisme de déployer tous ses fastes, comme au bon temps du généralissime.

Fernando Bayona : passion et provocation
Fernando Bayona : passion et provocation

  

  Le photographe Fernando Bayona, dans son œuvre ‘Circus Christi’ revisite l’histoire de la semaine sainte à sa manière, qui ne doit guère agréer à Demetrio Fernández González, évêque squatter de la Mezquita de Cordoue ni au Cardinal Antonio Cañizares. Il est vrai que son Jésus Christ décoiffe. La vierge Marie va présenter l’enfant au bordel dans lequel elle semble aussi vendre ses charmes. Jésus après s’être accouplé avec Marie-Madeleine se révèle plutôt gay (le baiser de Judas est explicite). Et il délivre son message dans un groupe de rock.

Fernando Bayona : passion et provocation
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Il s’agit, explique Bayona, d’une lecture personnelle et actualisée du texte biblique qui donne une image plus moderne de Marie et Jésus.

L’ancien enfant de chœur, se défend d’avoir eu l’intention d’agir contre l’église. L’artiste, né à Jaen le 23 mars 1980, veut montrer un Christ qui vivrait à l’heure actuelle. Il a conçu son ‘Circus Christi’ comme un exemple de la recherche frénétique d’un succès rapide. Il y dénonce plus la société que la religion, prétend-il.

Fernando Bayona : passion et provocation
Fernando Bayona : passion et provocation
Fernando Bayona : passion et provocation

Faut-il ajouter que cette œuvre de Fernando Bayona González, qui se partage entre Grenade où il enseigne après avoir étudié les beaux-arts, Milan et la Californie, a provoqué, malgré ses explications, quelques remous ? Elle est cependant moins transgressive que celle de Montoya. Beaucoup plus kitsch aussi, alors que Montoya semble se référer à Francisco de Zurbarán.

 

Il faut aussi évoquer INRI de Bettina Rheims qui revisite dans un tout autre style le nouveau testament.

 

 

Cette pieta est un peu décalée puisqu'elle vient après la résurrection...

Cette pieta est un peu décalée puisqu'elle vient après la résurrection...

Fernando Bayona : passion et provocation

* "Ahora nos toca aguantar toda la barbarie de la Semana Santa, la abominable creencia de que un pobre hombre fue torturado y sacrificado como un cordero pascual sólo por nuestra culpa y para salvarnos de nuestros pecados. La geografía española va a poblarse de snuf movies retrógradas, de caperuzas del Ku Klux Klan, de enseñas antisemitas y de viejos ritos caníbales mientras la iglesia sigue sirviendo a los ricos y los ricos desollando a los pobres en una formidable exaltación de hipocresía. Dostoievsky escribió que si Jesucristo cometiera la locura de regresar y predicar el Evangelio en Sevilla, acabaría visitando las cárceles del Santo Oficio y llevándose dos hostias por parte de un inquisidor. Hoy, además, le obligarían a sacarse el carné del Betis." David Torres Público

 

 

En guise de supplément

Dans la série barbarinade une mention spéciale pour l’évêque de Malaga

J’avais prêté à Barbarin une allusion à la zoophilie à propos du mariage gay. La réalité dépasse toujours la fiction puisque le fringant évêque de Malaga n’a pas hésité à comparer le mariage gay à une union zoophile, mais vu les affaires pédophiles qui accable la sainte église – et dont le pape François vient solennellement de s’excuser en son nom – la deuxième comparaison n’est peut-être pas opportune.

Fernando Bayona : passion et provocation

 

Et pour se détendre un peu, mais toujours en lien avec la semana santa, un extrait de la Vie de Brian...

Et c'est sous-titré en espagnol !

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