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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 14:27

Je croyais lire un mauvais livre. Je ne sais pas ce qui m'a pris de demander ça pour mon anniversaire. Et comme je me méfiais, j'ai aussitôt acheté un bon vieux polar. J'ai posé les deux sur ma table de chevet, et j'ai ouvert le premier. Je n'ai rien compris. Ça commence par une sombre affaire de procès. Le narrateur attaque, ou est attaqué par un de ses pairs qui prétend marcher devant lui. Ça dure des pages et des pages, avec des arguties juridiques de l'ancien temps, et le récit de toutes les ruses que le héros et ses amis déploient pour contrer l'énergumène qui prétend avoir sur eux la préséance. J'ai refermé le livre et je me suis dit que je ne le rouvrirai pas. Je l'ai rouvert le lendemain soir. Suite du procès. Cette affaire de cornecul, pour appeler les choses par leur nom, dure et dure encore. Maintenant, c'est le magistrat qui est corrompu, et qu'il faut tenter de faire démettre. Non, je n'irai pas plus loin. Je l'ai repris le lendemain soir, et ainsi de suite. En deux mois, j'ai lu plus de 700 pages.

Il s'agit le plus souvent de savoir qui a le droit, ou n'a pas le droit, au titre d'altesse, qui a le droit de rester couvert, ou au contraire découvert, devant le roi, qui a le droit de monter dans le carrosse de qui... Il y a aussi des récits de batailles, mais sans carte pour suivre les mouvements des armées, et sans lexique pour savoir qui est avec qui, où sont les gentils, où sont les méchants, c'est totalement incompréhensible. Le plus souvent, "je" nous donne toute la généalogie de ceux qui, cette année là, se sont mariés, à moins qu'ils ne soient passés de vie à trépas. Aucun intérêt, sauf que je continue de lire, que je n'arrive pas à m'en détacher.

L'auteur n'est pas non plus très sympathique. Réac, dévot, lèche-cul du roi et écrivant de lui tout le mal qu'il en pensait, mais après sa mort, pour ne courir aucun risque.

Et un style pour le moins étrange, une langue déjà un peu ancienne de son temps, mais d'une souplesse telle qu'on s'y perd, les pronoms sont si loin des noms qu'ils remplacent qu'on ne sait à quoi il faut les attacher, qu'on perd le fil.

Il faut avouer que certains portraits sont d'une méchanceté tout à fait réjouissante. Au hasard : " M. de Brissac savait beaucoup et avait infiniment d'esprit, et des plus agréables, avec une figure de plat apothicaire, grosset, basset, et fort enluminé. C'était de ces hommes nés pour faire mépriser l'esprit et pour être le fléau de leurs maisons : une vie obscure, honteuse, de la dernière et de la plus vilaine débauche, à quoi il se ruina radicalement à n'avoir pas de pain longtemps avant de mourir (...)"

« .... À soixante-sept ans, il s'en croyait vingt-cinq, et vivait comme un homme qui n'en a pas davantage. Au défaut de bonnes fortunes, dont son âge et sa figure l'excluoient, il y suppléait par de l'argent, et l'intimité de son fils et de lui, de M. le prince de Conti et d'Albergotti, portait presque toute sur des moeurs communes et des parties secrètes qu'ils faisaient ensemble avec des filles. Tout le faix des marches et des ordres de subsistances portait toutes les campagnes sur Puységur, qui même dégrossissait les projets. Rien de plus juste que le coup d'oeil de M. de Luxembourg, rien de plus brillant, de plus avisé, de plus prévoyant que lui devant les ennemis, ou un jour de bataille, avec une audace, une flatterie, et en même temps un sang-froid qui lui laissait tout voir et tout prévoir au milieu du plus grand feu, et du danger et du succès les plus imminent, et c'était là où il était grand. Pour le reste, la paresse même: peu de promenades sans grande nécessité; du jeu, de la conversation avec ses familiers, et tous les soirs un souper avec un très-petit nombre, presque toujours le même, et si on était voisin de quelque ville, on avait soin que le sexe y fût agréablement mêlé. Alors il était inaccessible à tout, et s'il arrivait quelque chose de pressé, c'était à Puységur à y donner ordre. Telle était à l'armée la vie de ce grand général, et telle encore à Paris, où la cour et le grand monde occupaient ses journées, et les soirs ses plaisirs. À la fin, l'âge, le tempérament, la conformation le trahirent.... »

Cité par Sainte-Beuve

Saint-Simon, c'est de lui, vous l'aviez deviné, dont je parle, n'a donc pas grand chose pour plaire, sinon ses rosseries. Et surtout, qu'avons-nous à faire de ces conflits de préséance, qui sont d'un ridicule achevé, mais qui mobilisent jusqu'au roi. Louis XIV semble passer plus de temps à trancher ces querelles, et à distribuer des faveurs sonnantes et trébuchantes, qu'à gérer son royaume.

Un mauvais livre... ou pas

Et puis, tout d'un coup, vous êtes pris de vertige. Et si c'était cela, l'exercice du pouvoir ? On se soucie un peu moins, aujourd'hui de savoir, qui est fils de qui, sauf pour les acteurs de cinéma, ou les vedettes de la télé, mais un "X-Mines" doit-il l'emporter sur un "X-Ponts" pour une nomination ? Et qui est en tête du palmarès des fortunes de France ? Le pouvoir, en son sein comme dans les yeux des sujets-citoyens, est d'abord une affaire de cornecul.

Saint-Simon est fascinant. Ses mémoires font 8 volumes de la Pleiade, j'achève le premier. Irai-je au-delà ? Pas sûr. Mais pas sûr du contraire. En attendant, le lirai quand même le bon vieux polar qui est resté sur ma table de chevet.

 

Pascal Bouchard

 

Mémoires de Saint-Simon

Outre Gallica (BNF) on peut consulter les Mémoires du Duc de Saint-Simon sur http://rouvroy.medusis.com/

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 18:27
FN Son vrai visage

Marine Le Pen, son père et son parti devraient crouler et s’écrouler sous les affaires qui les accablent plus que le cul-bénit de Solesmes. Mais cela a autant d’effet sur leur électorat que l’eau sur les plumes d’un canard.  Le faux patriotisme qu’elle arbore et le FRANCEXIT qu’elle propose – sortie de l’Europe, retour au franc – ne peut conduire qu’à une catastrophe économique dont pâtiraient d’abord ceux qui la soutiennent. Qu’importe, ils clament que « Nous sommes au bord du gouffre, mais nous allons faire un grand pas en avant ! ».

FN Son vrai visage

Questions casseroles, les Le Pen et leur(s) parti(s) n’ont rien à envier à Fillon. Sauf que leurs emplois fictifs d’assistants parlementaires européens n’avaient pas pour but – au moins connu, car il y eut des emplois familiaux ou concubinaux – un enrichissement personnel, mais de détourner les fonds d’une Europe qu’ils exècrent au profit de leur parti. La brochure de la Fondation Jean Jaurès sur le vrai visage du FN, vu du Parlement européen, nous précise que :  

"Dès le début de cette mandature, les services du Parlement ont eu des soupçons (…), tout laissait penser que les fonds du Parlement étaient détournés pour rémunérer et former les cadres du FN. L’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OLAF) a alors été saisi pour mener une enquête pour abus de confiance. De son côté, le Parquet de Paris a lancé une enquête judiciaire concernant pas moins de 29 assistants de parlementaires FN (…) le 15 décembre 2016, une information judiciaire a été ouverte en France pour abus de confiance, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux et travail dissimulé. Si les faits reprochés sont attestés, cela pourrait représenter un préjudice de plusieurs millions d’euros pour l’institution. (…) Jean-Marie Le Pen a déjà été mis en cause pour une affaire d’emploi présumé fictif entre 2007 et 2014 et doit rembourser 320 000 euros. Le Parlement européen réclame également 340 000 euros à Marine Le Pen, toujours pour des  soupçons d’emplois fictifs. Marine Le Pen a vu son indemnité parlementaire ainsi que ses indemnités de séjour divisées de moitié et la totalité de son enveloppe des frais généraux supprimée. Sa cheffe de cabinet financée par le Parlement européen, Catherine Griset, a été mise en examen pour recel d’abus de confiance fin février 2017."

Et qui sait que chez les proches de Marine Le pen, quelques noms figurent sur les fameux Panama Papers ? Ainsi une agence de communication, Riwal, travaillant pour le FN et dans laquelle on trouve notamment Nicolas Bay ou Jean-François Jalkh, ferait dans les fausses factures et les sociétés écrans, dans des lieux exotiques comme Panama, bien sûr, les îles vierges britanniques, Hong-Kong ou Singapour.

Le mandataire du compte en suisse du papa – eh oui ! le patriote borgne aurait mis à l’ombre helvétique un petit viatique de plus de 2 millions d’euro – Gérald Gérin, ainsi qu’un certain Crochet, figure sur ces panama papers.

Les prêts russes

Le Gérald Gérin mérite une double attention car il était le trésorier d’un micro-parti, Cotelec, par où a transité un des prêts russes dont MLP a bénéficié. En effet, pour financer la campagne européenne, Aymeric Chauprade, avait négocié un prêt de 2 M€ auprès de la société chypriote Vernonsia, émanation de la banque d’État russe VEB Capital.

L’eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser avait précédemment négocié un prêt de 9 millions d’euros accordé au FN par la First Czech Russian Bank, touchant au passage, une belle commission.

On comprend mieux la connivence à l’égard de la la Russie ! Le FN soutient – appuyé il est vrai par des ripoublicains style Mariani – la politique de l’ex KGBiste Poutine en Ukraine et en Syrie.

Par une sorte d’inversion historique, qui relève de la totale imposture, c’est l’Europe, cette anti-France, que le FN qualifie d’« Union soviétique européenne » ou de « système oligarchique ». « L’Europe est une machine à broyer les peuples dans un déni permanent de démocratie ».

« L’Union européenne est en effet constamment présentée par le FN comme la source de toute perte de souveraineté et la seule responsable de tous les maux dont souffre le pays. L’Union favoriserait ainsi une prétendue submersion migratoire, menacerait l’identité française, nuirait à la sécurité des citoyens, plongerait les États dans l’austérité ; l’euro serait synonyme de chômage et de baisse de compétitivité, etc. Le FN a développé un profond rejet du projet européen, relayé quotidiennement par ses eurodéputés. Et plus encore que de nier la souveraineté, l’Union européenne nierait la démocratie, les eurodéputés FN qualifiant volontiers l’Union de régime totalitaire. L’intégration européenne ferait subir à notre pays le diktat allemand et les ordres des technocrates de Bruxelles – nous privant de toutes nos souverainetés, de toutes nos libertés.»

FN Son vrai visage

Laïcité à la mode racines chrétiennes

Si l’on en croit Mme Badinter «En dehors de Marine Le Pen, plus personne ne défend la laïcité». Une laïcité style Riposte raciste alors ! Car l’ennemi c’est avant tout le communautarisme islamique qui menace la laïcité républicaine et surtout l’identité française, fondés sur nos racines chrétiennes ! « Plus de kippa, plus de turban, plus de voile, plus de barbe dans aucun métier. ».

Anti-féminisme et homophobie

La même imposture existe en ce qui concerne le féminisme ou l’abandon de l’homophobie.

Il faudrait cantonner les femmes au foyer, prône un de leurs eurodéputés : « Cela aurait l’avantage de libérer des emplois, de donner une meilleure éducation à nos enfants, de sécuriser nos rues parce qu’ils ne traîneraient pas dans les rues et ne seraient pas soumis à la drogue ».

Et certains élus FN affirment que le lobby LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, trans et intersexe) est l’un des plus puissants au sein du Parlement européen et dénoncent, dans des termes que ne renierait pas Ludivine de la Rochère, une « idéologie mortifère » qui menace « notre civilisation » en s’attaquant aux mariages homme-femme, au modèle familial traditionnel. Cette idéologie conduirait même à une forme moderne d’esclavage. Selon eux, une famille ne peut être fondée que sur un couple composé par un homme et une femme.

Le vernis de la dédiabolisation craque !

Veaux, vaches, cochons... et chasse...

Imposture encore le bien-être animal, style Brigitte bardot. Là-dessus le groupe FN fait crouler le Parlement européen sous des textes. Philippot s’est fait une spécialité du meulage des dents de cochons. Les lévriers, les pièges à glu, les expérimentations sur les rongeurs, les animaux de cirques, les courses de chiens, les éléphants, les vaches allaitantes, les vaches laitières, les veaux, les boeufs, la castration du cochon, etc. sans oublier les volailles : cailles, pintades, poules, poussins, dindes, poulets, canards, oies… tout y passe !

Mais ils sont aussi les défenseurs fanatiques de la chasse, cette noble tradition de nos campagnes et dénoncent les réglementations qui pourraient en entraver l’exercice. Dans leur élan, ils se mobilisent pour les tireurs sportifs ou les collectionneurs d’armes à feu. Pour eux, en effet, la libre circulation des armes, comme aux États-Unis, est un idéal qui permettrait de se défendre face aux terroristes.

Quant à l’écologie, dont le FN n’hésite pas à se réclamer, elle se traduit par le refus des accords de Paris (COP 21), et la demande de l’arrêt des subventions aux énergies renouvelables pour les réorienter vers des investissements nécessaires dans le nucléaire.

Faut-il montrer la catastrophe à laquelle aboutirait l’objectif du Francexit et du retour au Franc ?

Il est malheureusement à craindre que, pas plus que les casseroles, cela ne fasse vaciller l’électorat du FN dans son aveuglement.

FN Son vrai visage

Refile leur donc ton petit écu...

Le cycle inflation/dévaluation du franc est-il si lointain ? Faut-il avoir fait sciences éco pour comprendre que le retour au Franc provoquerait immédiatement une fuite de capitaux ? donc un contrôle des changes ! Que la dévaluation immédiate par rapport aux autres monnaies pénaliserait les industries dépendant de matières premières étrangères ? Le FN – ils ont quand même, tout antisystème qu’ils sont quelques énarques comme Philippot – conscient du problème promet de remettre en place une monnaie de change, inventée par Giscard (et ancêtre de l’Euro) l’Ecu ! Encore faudrait-il que les partenaires en veuillent de notre Ecu.

Terra Nova "Sortie de l'euro : les petits paieront !"

Terra Nova "Sortie de l'euro : les petits paieront !"

Le seul exemple de l’agriculture est assez éclairant sur la méthode yaka-focon du FN.

Postulat de départ, tout est de la faute du diktat de Berlin relayé par Bruxelles. Donc remplaçons la PAC honnie, par la bienheureuse PAF de cheux nous.

FN Son vrai visage

L’agriculture est la seule politique sectorielle complétement intégrée au niveau communautaire. La Politique agricole commune (PAC) représente 40% de son budget soit 55 Md€. Les agriculteurs français en touchent près de 10 Md€. Se pose sans doute un problème de répartition de cette manne, car si les gros agrariens, voire des industries agro-alimentaires, palpent gros, les petits paysans n’ont que des miettes, voire rien.

Le FN prétend, comme le faisaient les partisans du Brexit, Boris Johnson ou Nigel Farage, que la fin de la contribution européenne permettra d’alimenter une Politique agricole française (PAF). L’après Brexit a montré que c’était de la foutaise de l’aveu même de Farage.

Faut-il rappeler que notre agriculture, même si elle se plaint de l’invasion de tel ou tel produit, dégage un solde d’échanges positif ? Autrement dit, elle exporte plus ses produits que nous importons de produits agricoles. Et plus des 2/3 des exportations au sein de l’Europe. Inutile donc de dire que si nous fermons la porte aux produits étrangers, les étrangers fermeront leurs portes aux nôtres. Pour les consommateurs hausse assurée. Pour les agriculteurs crise assurée !

C’est donc par le prisme du Parlement européen, que les eurodéputés PS ont, à partir des votes et prise de positions des représentants du FN, analysé les positions et contradictions du FN pour en dévoiler « SON VRAI VISAGE ».

FN Son vrai visage

Document téléchargeable sur le site de la Fondation Jean Jaurès

 

 

A lire :

Marine Le Pen passe son temps à dire qu’elle ne sait rien des affaires du FN : c'est faux” Télérama

 

La France de Marine Le Pen : affaiblie, isolée, divisée Terra Nova

Sortie de l'euro : les petits paieront ! Terra Nova

A noter que Terra Nova fait toujours et encore l'objet d'un procès, instruit d'abord, il faut le rappeler, par d'obscurs membres des instances de l'UMP du temps de Sarkozy, mais repris à foison par des BOGÔs, dont l'ineffable Frédéric Lordon et orchestré une fois encore par Arrêt sur images !

 

 

Pour compléter :

 

 

FN Son vrai visage

Présidentielle 2017 : la CFDT combat le FN

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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 21:30
Cher Pays de notre enfance

"Il y a deux Histoires : l'Histoire officielle, menteuse, qu'on enseigne, puis l'Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse."

Robert Scarpinato, procureur général de Palerme

Cher Pays de notre enfance

Assassinat d’un juge en 1975, assassinat d’un ministre, déguisé en suicide, en 1979. Et derrière au moins la deuxième affaire, celui qu’on veut nous faire passer pour quasiment un saint homme… Jacques Chirac.  L’ouvrage est singulier qui se sert de la BD non pour mener une reconstitution ou illustrer un pan d’histoire, mais pour décrire une enquête.

La BD et l’Histoire font bon ménage. Alix le Gaulois, de Jacques Martin, reconstituait la vie gallo-romaine. Et combien de BD moyenâgeuses, avec des chevaliers sans peur et sans reproche massacrant allègrement les infidèles, ont nourri nos fameuses racines chrétiennes ? Plus sérieusement, le livre de Preston sur la Guerre d’Espagne a été illustré avec son accord. Quant à Enki Bilal avec Les Phalanges de l’Ordre Noir, en 1979, l’année même de l’assassinat de Boulin, il imagine un sinistre combat entre un groupuscule d’ex-phalangistes s’en prenant encore aux survivants républicains.

Cher Pays de notre enfance

Mais Etienne Davodeau – auteur de bandes dessinées – et Benoît Collombat – journaliste - nous font vivre leur enquête sur les meurtres du juge François Renaud le 3 juillet 1975, puis sur celui de Robert Boulin, maquillé en suicide, le 30 octobre 1979. Entre les deux ils font parler les témoins des méfaits des milices patronales du CSL. Et derrière cela le SAC, l’oxymorien Service d’action civique – qui n’avait rien de civique – et qui sera dissous après le massacre d’Auriol, le 18 juillet 1981.

Cher Pays de notre enfance

Nos deux enquêteurs interrogent François Loncle, membre de la commission d’enquête parlementaire sur le SAC. Bizarrement, on lui fait dire « je suis devenu député en 1976 », alors que, s’il a fait une campagne fort bien appuyée par Mitterrand et Mauroy (alors qu’il était à l’époque Radical de Gauche) en 1978, il ne fut élu qu’avec la vague rose de 1981. Il évoque le « système Tomasini ». René Tomasini qui fut secrétaire général de l’UDR (qui deviendra RPR, UMP et LR), Maire des Andelys, sévissait dans la circonscription voisine, à l’époque IVe de l'Eure devenue Ve.

Incidemment on croise les noms du Juge Fenech et du Juge Bruguière : le premier enterra l’affaire Renaud, l’autre ne donnera pas suite à un dossier d'agressions anti-syndicales impliquant le SAC.

Le juge Renaud comme le ministre Boulin avaient été de grands résistants. Les deux furent victimes d’une officine, ce SAC, qui se réclamait du gaullisme !

Cher Pays de notre enfance

Et ces « années de plomb » sont celles où Chirac, de trahison en trahison – Chaban-Delmas en 1974, Giscard d’Estaing en 1981 (où le vote chiraquien pour Mitterrand a dû compenser le « vote révolutionnaire » du PCF pour… Giscard) – avait pris la tête du parti dit gaulliste !

Certes au moment de l’affaire, en Juin 1971, qui entraînera l’assassinat du juge Renaud 4 ans plus tard, le chouchou de Pompidou, Ministre délégué auprès du Parlement, n’est pas à la tête de l’UDR. Le hold-up, jamais vraiment, résolu de la Poste de Strasbourg qui, dix ans après, faisait encore bouillir Robert Galley, ex-Ministre des Postes de l’époque et Trésorier de l’UDR.

Mais, au moment de son assassinat, Robert Boulin représentait un potentiel concurrent. Ce résistant, gaulliste authentique, était annoncé comme futur premier ministre de Giscard, avant qu’une sombre histoire de terrain acheté à Ramatuelle ne vienne ternir son image.

Histoire ancienne ?

Pourtant comme des échos à une histoire toute récente. Foccart et la françafrique (Gabon notamment) alimentant les caisses de l’UDR puis UMP : les valises de Takieddine débarquant chez Guéant… sans oublier Alexandre Djouhri…

Et les petits meurtres entre amis sont moins sanglants, mais peut-être aussi efficaces. Fillon aurait dû lire « Cher Pays de mon enfance ».

Cher Pays de notre enfance

CHER PAYS DE NOTRE ENFANCE

Enquête sur les années de plomb de la Ve République

Scénario d'Etienne Davodeau et Benoît Collombat

Dessin d'Etienne Davodeau

FUTUROPOLIS

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 18:04
Colloque Education & Devenir 2014

Colloque Education & Devenir 2014

« Qu'est-ce qu'il fait, qu'est-ce qu'il a, qui c'est celui-là ?/Complètement toqué, ce mec-là, complètement gaga »*  Il n’a pourtant pas une drôle de tête ce type-là, mais, en revanche, il tient un drôle de discours. Non content de s’être opposé à l’interdiction du port d’un foulard dans nos écoles**,  de se méfier du bio et d’être favorable aux OGM,  il prétend, le bougre, défendre la bien-pensance et le politiquement correct. Pire encore, il fait l’éloge de la social-démocratie !

Oui, vraiment complètement toqué, ce mec-là.

J’ai croisé et recroisé Pascal Bouchard dans des colloques d’Education & Devenir, dont je fus, un temps – le temps qu’on m’en vire** – le ouèbemaître du site que j’avais moi-même créé.

Il est aussi un contributeur du deblog-notes, partageant par ce biais ses coups de cœur littéraires. 

Il est surtout le fondateur de « TOUT EDUC », site d’information et d’analyse de l’actualité éducative. En effet, cet agrégé de lettres a quitté l’Alma mater ou le Mammouth, comme il vous plaira, avec ses échelons et ses indices, gages de revenus réguliers, pour se lancer dans le journalisme… Complètement toqué, vous dis-je.

« Ce que vivre m’a appris » est une sorte d’autobiographie intellectuelle. Quelques anecdotes personnelles parsèment l’ouvrage, mais elles ne sont là que pour illustrer un raisonnement,  j’allais écrire une démonstration, si ce mot ne connotait pas une lourdeur inexistante.  P. Bouchard veut partager le plaisir de penser. Quitte à nous prendre à contre-pied.

Et il démarre fort en s’attaquant au bio dont les partisans utilisent « quelques arguments rationnels organisés sur fond de fantasmes qui tous renvoient à l’idéalisation de la Nature ».

Dans les apparents paradoxes qu’il défend, celui sur l’argent n’est pas le moindre, où il démontre qu’il est le thermomètre de la confiance que  nous nous faisons les uns aux autres. Asséné comme cela,  le propos peut, au mieux, faire sourire, au pire, faire bondir. Mais il vient au bout d’un raisonnement limpide et convaincant.

Les intitulés de chapitres volontairement provocants – par exemple Le savoir n’existe pas, sa transmission encore moins – sont là, justement, pour provoquer notre réflexion en nous frottant à sa propre pensée, à son rigoureux cheminement.

"Ce que vivre m'a appris" Pascal BOUCHARD

En faisant un sort au politiquement correct et à la bien-pensance, il en fait un aussi à Finkielkraut et au décomplexé Sarkozy. Mais surtout il met en relief ce qui cimente la vie en société, les compromis.  Son éloge de la social-démocratie en découle.

Cette notule ne rend pas compte, notamment, de la dimension anthropologique, mais avec des mots simples et des images parlantes, de l’ouvrage. Lisez-le ! et pour reprendre la formulation malicieuse d’une série récréativo-vulgarisatrice d’Arte : vous mourrez moins bêtes… mais vous mourrez quand même.

 

* Pierre Vassiliu Qui c'est celui-là

** Sur ce site d'E&D, au moment où la fameuse "commission Stasi" discutait de cette interdiction du foulard dans nos écoles, en tant que signe ostensible, j'avais suscité un débat entre Jean-Pierre Rosenczveig, à l'époque juge pour enfants et Président du Bureau international des Droits de l'enfant et Jean-Pierre Obin, IGEN, qui venait de sortir un rapport sur Les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Le magistrat était contre une loi, l'IGEN pour (et depuis, sa dérive laïciste l'a conduit à demander d'étendre l'interdit aux universités). C'est ce débat - de bonne tenue, mais peu importait puisque je l'avais provoqué de ma seule initiative - qui a marqué le commencement de la fin dans mon rôle de ouèbemaître...

 

"Ce que vivre m'a appris" Pascal BOUCHARD
"Ce que vivre m'a appris" Pascal BOUCHARD

Editions FABERT

14 €

 

 

Voir aussi l'article de Claude LELIEVRE ainsi qu'un entretien de Pascal BOUCHARD avec le Web pédagogique

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 11:07
L'Art de péter

« Pisser sans péter, c’est aller à Dieppe sans voir la mer

Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut

Après les essentielles questions sur la lecture ou pas aux WC, les vertus anti-dépressibve du sperme, le pubis lisse ou pas, les vertus et dangers de la masturbation, et les risques de la pornographie sans oublier ceux du tabac, voici donc un « Essai théori-physique et méthodique à l'usage des personnes constipées, des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé » sur l’Art de péter.

Cet essai, dont la première édition « En Westphalie, chez Florent Q, rue Pet-en-Gueule, au Soufflet » date de 1751, est l’oeuvre d’un professeur de Latin à l’Académie militaire. Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, était également membre de la Société du bout du banc, un des plus célèbres salons littéraires du XVIIIe siècle qui se tenait chez Mlle Quineault et où s’illustraient le duc d’Orléans, Voltaire, Marivaux, Rousseau, Diderot ainsi que de nombreux autres philosophes et poètes. Et c’est la très sérieuse maison Payot qui a assuré la réédition de cet essai.

La portée didactique est donnée d’entrée par l’avis au lecteur : « Il est honteux que depuis le temps que vous pétez, vous ne sachiez pas encore comment vous le faites, et comment vous devez le faire. On s’imagine communément que les pets ne diffèrent que du petit au grand, et qu’au fond ils sont tous de la même espèce : erreur grossière. Cette matière que je vais vous offre aujourd’hui, analysée avec toute l’exactitude possible, avait été extrêmement négligée jusqu’à présent ; non pas qu’on la jugeât indigne d’être maniée, mais parce que ne l’estimait pas susceptible d’une certaine méthode et de nouvelles découvertes. On se trompait. Péter est un art et, par conséquent, une chose utile à la vie. Il est en effet plus essentiel qu’on ne pense ordinairement de savoir péter à propos ».

L'Art de péter

  Et sa haute portés scientifique apparaît dans la définition du pet «Le pet, que les Grecs nomment πορδή, les Latins, crepitus ventris, l’ancien Saxon, purten ou furten, le haut Allemand, Fartzen, et l’Anglais, fart, est un composé de vents qui sortent tantôt avec bruit, et tantôt sourdement et sans en faire. […] Le pet est en général un vent renfermé dans le bas-ventre, causé, comme les médecins le prétendent, par le débordement d’une pituite attiédie, qu’une chaleur faible a atténuée et détachée sans la dissoudre ; ou produite par l’usage de quelques ingrédients venteux ou aliments de même nature. On peut encore le définir comme un air comprimé, qui cherchant à s’échapper, parcourt les parties internes du corps, et sort enfin avec précipitation quant il trouve une issue que la bienséance empêche de nommer… Comme le dit le proverbe, pour vivre sain et longuement, il faut donner à son cul vent. »

"Un Pet qui, pour sortir, a fait un vain effort,
Dans les flancs déchirés reportant sa furie,
Souvent cause la mort.
D'un mortel constipé qui touche au sombre bord,
Un Pet à temps lâché, pourrait sauver la vie."

Travail scientifique qui se poursuit par une savante distinction du pet et du rot, avant de disserter savamment sur les sonorités voire la musicalité du son du corps qu’est le pet. « Les grimauds de grammaire divisent les lettres en voyelles et en consonnes; ces Messieurs effleurent ordinairement la matière: mais nous qui faisons profession de la faire sentir et goûter telle qu'elle est, nous divisons les pets en vocaux, et en muets, ou vesses proprement dites.

Les pets vocaux sont naturellement appelés pétards, du mot péter, relativement aux espèces différentes des sons qu'ils produisent, comme si le bas-ventre était rempli de pétards. (…) Or, le pétard est un éclat bruyant, engendré par des vapeurs sèches. Il est grand ou petit, selon la variété de ses causes ou de ses circonstances. Le grand pétard est plénivocal, ou vocal, par excellence; et le petit s'appelle semivocal. »

  Un aperçu de quelques pets plaisants nous apprend que les pets de province « ne sont pas si falsifiés que ceux de Paris, où l’on raffine sur tout. On ne les sert pas avec tant d’étalage ; mais ils sont naturels et ont un petit goût salin, semblable à celui des huîtres vertes. Ils réveillent agréablement l’appétit. »

Et « le pet de bourgeoise est d’un assez bon fumet, lorsqu’il est bien dodu et proprement accommodé et que, faute d’autres, on peut très bien s’en contenter. »

Quant aux pets de cocus, « il y en a de deux sortes. Les uns sont doux, affables, mous. Ce sont les pets des cocus volontaires : ils ne sont pas malfaisants. Les autres sont brusques, sans raison et furieux ; il faut s’en donner de garde. Ils ressemblent au limaçon, qui ne sort de sa coquille que les cornes les premières. »

La conclusion s’impose : « Le pet étant agréable, son utilité, tant particulière que générale, étant bien démontrée, sa prétendue indécence combattue et détruite, qui pourra lui refuser son suffrage ? ».

L'Art de péter
L'Art de péter

L'art de péter de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, éditions Payot, 2006

 

Gallica (BNF) propose le fac-similé de l'édition originale

Mais d'une lecture plus facile dans la version wikisource

 

Et, pour compléter, on peut lire Rabelais et l’art de péter honnêtement en société et Le son du corps, ou l’âme en pet

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 10:42
Que sont tes rêves devenus ?

Quand l’actualité tourne, une fois de plus, au cauchemar, la question est encore  plus cruciale !

Comment ai-je hérité de ce petit livre de 186 pages ? Peut-être un 1er de l’an où, entre amis fidèles, nous avons l’habitude d’échanger, selon un protocole précis, des cadeaux.

Le bobo du bas-Poitou que je dois être, abonné donc à Télérama, n’a, je l’avoue, jamais trop flashé sur Mon œil, chronique qu’Alain Rémond a pourtant tenu  jusqu’en 2002. Et bien que le chroniqueur ait participé au premier Arrêt sur images, celui de France 5, celui qui nous a fait ensuite soutenir d’emblée le site, avant que la malhonnêteté intellectuelle de Schneidermann ne nous en éloigne – le bobo du bas-Poitou a la couenne hommededroitiste sensible – il ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable.

Le parti-pris d’auto-tutoiement – Rémond s’adresse à Alain ou l’inverse – est un peu irritant, mais, dans cet itinéraire d’un enfant du baby-boom (né en 1946) comment ne pas s’y reconnaître peu ou prou.

Et justement, il parle bien de la chance d’être un baby-boomer, la chance d’avoir eu vingt ans,  trente ans dans les années soixante, les années soixante-dix, les années où tout était possible. Il n’y avait ni crise, ni chômage (…)  aujourd’hui il est de bon ton de cracher sur les baby-boomers (qui, en plus, ont eu le mauvais goût d’être devenus des bobos), de les traiter de profiteurs, d’arrivistes, d’égoïstes, tout juste occupés à sauver leur peau et à faire de l’argent sur le dos des générations futures… Mais il rappelle ce que beaucoup d’entre nous ont connu une enfance dans des conditions matérielles qu’on imagine même plus aujourd’hui, sans rien de ce qui apparaît aujourd’hui normal, comme allant de soi, condition commune à, sans doute, une majorité dans les années 50.

Le séminariste Rémond – brillant semble-t-il puisqu’il est envoyé au Canada, puis à Rome au Collegio di Santa Cruce, même s’il raconte qu’enfant il avait quelques soucis avec les cantiques confondant chants et champs (Allez vers le seigneur parmi les chants d’allégresse que nous travestissions en un peu correct Allez vers l’équateur parmi les chants des négresses) – n’évoque aucun écho à l’ex-enfant de chœur passé au Lycée public et à l’athéisme.

En revanche, le coopérant qui vit Mai 68 en Kabylie est en résonance, si j’ose dire, avec le VSNA que j’étais dans le Moyen-Atlas. Puis le cinéphile découvrant Bergmann, Fellini, Antonioni, Kurosawa, Mizoguchi, Welles, Renoir et bien d’autres m’évoque L’année dernière à Marienbad quand j’animais la séance de ciné-club, au Lycée Tarik-ibn-Zyad, à Azrou vers 1970.

Puis son itinéraire politique recoupe, peu ou prou, celui d’une génération qui, comme lui, bien que plus rocardienne que mitterrandiste, a connu l’euphorie du 10 mai 1981 ! Quand apparaît, enfin, le visage de François Mitterrand sur l’écran de télévision, tu exploses de joie, tu pleures comme un gamin… Génération qui, depuis qu’elle était en âge de voter, n’avait connu que le pompidolisme et les années Giscard (précédées des années gaulliennes où elle s’était éveillée à la lutte anticoloniale).

Bien sûr, au-delà d’un itinéraire professionnel, c’est dans le rocardien convaincu – faire des promesses que l’on sait impossible à tenir, juste pour gagner les élections, c’est criminel. Là aussi, tu es d’accord avec Michel Rocard… - que je me retrouve.

Et, des années 60 à nos jours, à travers le parcours journalistique de Rémond, notre génération revisite son histoire, ses engagements, ses luttes, ses quelques succès, ses échecs aussi et surtout. Mais, ce que transmet surtout l’auteur c’est son fol amour de la vie.

Cette confession d’un enfant du demi-siècle, cet itinéraire d’un baby-boomer allergique à l’idéologie du malheur et dont la vie militante – même si par déontologie professionnelle il a quitté toute appartenance à un parti en devenant journaliste – lui permet d’affirmer qu’il n’a rien trahi, ni son enfance, ni ses origines, peut aussi captiver la génération suivante en donnant chair à l’histoire récente, 68 et 81, Rocard-Mitterrand, Martin Luther King et Bob Dylan, Vatican II…

We shall overcome… Années 60… Nous vaincrons le racisme… Espoir déçu, la xénophobie renaît. Mais tel Sisyphe, il faut poursuivre le combat et toujours croire, au plus profond de son cœur, que nous l’emporterons un jour. We shall overcome, some day.

 

 

 

 

 

 

 

 

Losing my religion

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 17:04
L'école des réac-publicains

D'où viennent les "réac-publicains" et comment dépasser le conflit pro et anti-pédagogues ? (G Chambat)

Grégory Chambat* ne fait pas mystère de son engagement politique. Pour cet enseignant d'un collège de Mantes-la-Ville, ville passée récemment au FN, "une pédagogie démocratique (...) ne se contente pas d'observer le monde (...), elle forge des outils pour le transformer". Reste à savoir pourquoi s'expriment un certain nombre de résistances à un tel programme, d'où viennent ceux qu'il appelle les "réac-publicains", et qui se réclament de la République pour, analyse-t-il, maintenir un ordre scolaire élitiste, ou y revenir. Certains, tel Alain Avello sont membres du collectif Racine, d'autres, comme François Bayrou, sont centristes, tandis que Farida Belghoul veut défendre "la famille traditionnelle". Dans ses notices biographiques, l'auteur cite encore Jean-Paul Brighelli, Alain Finkielkraut, Jacques Julliard*, Jacqueline de Romilly, ainsi que des mouvements comme "Espérance banlieues" ou "La Fondation pour l'école"... Mais il se garde bien de les confondre. Il est évidemment inquiet de la progression du vote "Front national" au sein du corps enseignant, qui pourrait dépasser les 10 % en 2017, et il connaît le pouvoir de séduction de formules comme "redresser l'Ecole, redresser les corps pour redresser la nation".

Mais le courant "anti-pédagogique" vient aussi de la gauche. Il vient aussi de loin. Déjà le concile de Trente, en 1563, donnait pour finalité à l'Ecole la normalisation du comportement social. Pour Victor Cousin, l'instruction est "une sorte de conscription intellectuelle et morale", François Guizot veut "développer l'esprit d'ordre", les écoles normales adoptent le principe des "Frères des écoles chrétiennes" avec "la méthode simultanée" aux dépens de "la méthode mutuelle" qui privilégie les relations entre pairs.

Beaucoup sont passés par l'entourage de J-P Chevènement

 

Pour Grégory Chambat, l'école de Jules Ferry "distille ses valeurs conservatrices (...) en célébrant l'ordre établi" tandis que Paul Robin tente de créer un "enseignement intégral" inspiré du projet éducatif de l'Association internationale des travailleurs, mais se heurte à Drumont et à l'extrême droite. Très documenté, cet historique met en évidence la continuité d'une pensée sur laquelle se brisent les tentatives pour fonder une alternative émancipatrice. Les forces attachées au modèle traditionnel viennent du Grece d'A. de Benoist comme des "trotskistes lambertistes" et beaucoup de ses hérauts sont d'anciens maoïstes passés par le chevènementisme, avant de réjoindre, pour certains le FN, et pour d'autres le libéralisme.

Car c'est là que le paysage se brouille. Certains courants du libéralisme revendiquent le soutien d'une école autoritaire, tandis que d'autres s'accommodent au contraire d'une pédagogie qui individualise et qu'une partie de la gauche s'est "convertie au libéralisme". Le piège serait donc pour lui de s'enfermer dans l'opposition entre pédagogues et républicains "au détriment de l'héritage des luttes et des pratiques pour une autre école". L'ouvrage est d'ailleurs publié dans la collection "N'Autre école".

A noter que l'auteur co-anime le site "Questions de classe(s)" (ici)

 

  "L'Ecole des réac-publicains, la pédagogie noire du FN et des néoconservateurs", G. Chambat, Libertalia, 264 p., 10€

 

Pascal Bouchard

avec l'aimable autorisation de ToutEduc

* Assez plaisamment l’anarchiste G. Chambat – membre de CNT-éducation - et le très rétropenseur qu’est devenu, hélas, Jacques Julliard partagent un intérêt pour Fernand Pelloutier :

- Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d'action directe, Seuil, «L'univers historique» 1971 (version allégée «Points»), fut la thèse de Jacques Julliard

- Instruire pour révolter, Fernand Pelloutier et la pédagogie d’action directe, Éditions CNT-RP, 2001, est le premier ouvrage de G. Chambat.

Note du déblogueur

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 11:35
Un pont de la rivière Kwaï à l'envers

La Route étroite vers le nord lointain (The narrow road to the deep north) est un de ces rares livres qui sont essentiels. Ce romain de Flanagan est en quelque sorte l'inverse, ou le prolongement du Pont de la rivière Kwai. Le fond de l'histoire est le même. Un officier, dans le cas présent un Australien, se trouve à la tête d'un millier de prisonniers de guerre contraints par les Japonais, au mépris de toutes les conventions internationales, de construire, dans des conditions invraisemblables, une voie de chemin de fer. Le personnage central sera plus tard considéré comme un héros. Il sera aussi un très grand chirurgien. Et c'est un très grand séducteur. Mais lui, dans son coeur, au plus profond de lui-même, n'est qu'un raté, un visiteur de sa propre vie. L'un de ses hommes est une des victimes de la barbarie, il souffre mille morts au sens réel de ces mots, et il considère qu'il a de la chance. L'un de leurs tortionnaires est une des pires ordures qui soient, et il se voit comme un homme bon.

L'amour, l'érotisme, la souffrance, tout est extrême, porté à l'incandescence même lorsque nous ne sommes pas avec les POW (prisoners of war), et tout est ambigu, complexe, en un mot, humain.

Je recommande la lecture de ce livre en anglais, la langue est splendide, mais attention, le vocabulaire est très riche, qu'il s'agisse du corps des femmes, des maladies des hommes, des arbres de la forêt... J'ai dû acheter un dictionnaire, le consulter souvent, ce qui gâche un peu le plaisir, et tous les mots n'y étaient pas. Il semble que la traduction française soit bonne...

Pascal Bouchard

 

Richard Flanagan

La Route étroite vers le nord lointain

Traduit de l’anglais (Australie) par France Camus-Pichon

Actes Sud

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 17:11
Les girafes n’aiment pas les tunnels

Ce quatrième opus des œuvres d’Auguste Derrière vient enfin s’ajouter aux indispensables Les moustiques n’aiment pas les applaudissements, Les fourmis n’aiment le Flamenco et Les mites n’aiment pas les légendes. Cette livraison nous apporte donc son nouveau lot de maximes, dictons, aphorismes, apophtegmes sans oublier les réclames pour la montre Tamoule et autres Calèches Nikov…

Les girafes n’aiment pas les tunnels
Les girafes n’aiment pas les tunnels

Auguste Derrière a inspiré Méliès !

La préface nous apprend qu’après la Grande Guerre, il aurait rencontré Jean-Baptiste Botul, le grand philosophe kantien, cher à BHL. Ainsi, le 2 octobre 1925, Botul n’ayant pu assister à la Revue Nègre avec Joséphine Baker, à cause d’ennuis intestinaux, Derrière le rassure : « Ne t’en fais pas, Jean-Ba, la diarrhée est une chose de la vie courante. ».  Il est attesté que Derrière a fait la connaissance de Lacan qui lui empruntera cette forte pensée : « Quand les sentiments  disparaissent, c’est de l’usure-passion »

Les girafes n’aiment pas les tunnels

Et, au lendemain de la COP 21, il serait bon de se souvenir qu’"Un paiement en nature est un geste pour l’environnement".

Les girafes n’aiment pas les tunnels
Les girafes n’aiment pas les tunnels
Les girafes n’aiment pas les tunnels

"Les girafes n'aiment pas les tunnels"

Auguste DERRIERE

Le Castor Astral

Préface Hervé Le Tellier

http://www.augustederriere.com/

Et une dernère de Derrière (vrai sujet de philo) :

Dieu a créé l'Homme... et pour le remercier l'Homme a créé Dieu.

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 17:58
Décembre 2012 : prière sur la Place J'maa-elFna, Marrakech

Décembre 2012 : prière sur la Place J'maa-elFna, Marrakech

La laïcité falsifiée, c’est la laïcité UMPenisée, de Marine Le Pen à Jean-François Copé, annoncée par un rapport Baroin sur la nouvelle laïcité. Laïcité UMPenisée appuyée par de pseudos républicains qui, bien que proscrivant tout adjectif, prônent une laïcité répressive antithèse de la laïcité libérale voulue par Aristide Briand, Ferdinand Buisson et Jean Jaurès avec la loi de 1905.

 

« La laïcité apparaît trop souvent, depuis une vingtaine d’années, comme un principe d’interdits et de restriction aux libertés, ce qu’elle n’est pas » J.L. Bianco, Pdt de l’Observatoire de la laïcité.

 

En décembre 2010, Marine Le Pen, en campagne pour l’accession à la tête du FN, compare les quelques prières de rue des Musulmans à l’occupation de la France par les nazis. Immédiatement, protestations de tout bord contre l’indigne comparaison. Elle opère alors un habile repli statégique : sa déclaration devait être entendue au nom de la défense de la laïcité et contre le communautarisme. Miracle ! Sarkozy embraye, condamnant même d’imaginaires appels à la prière, inexistants en France, jusqu’à Benoît Hamon qui trouve « inacceptable cette situation ». « En hypertrophiant un problème, on façonne la lepenisation de la société » : l’OPA de Marine Le Pen sur la laïcité a réussi !

 

Copé, à la tête de l’UMP ne voudra pas rester en reste. Il lance un débat sur l’Islam et la République, appuyé par un Guéant qui prétend que les Français ont « le sentiment de ne plus être chez eux » et, au sujet de l’Islam « Cet accroissement du nombre des fidèles et d’un certain nombre de comportements pose problème ». Ce qui lui vaudra d’être déclaré « membre d’honneur du FN » par Marine Le Pen. L’initiative de Copé, rebaptisée « débat sur la Laïcité » sera un fiasco. Mais laissera des séquelles.

 

   La laïcité UMPénisée n’est pas tombée du ciel. Dans un rapport de 2003 intitulé : « Pour une nouvelle laïcité », François Baroin y explique que le conflit des deux France est achevé, que le dissensus entre France laïque et catholique n’est plus d’actualité, et que de nos jours la laïcité va vers le culturel et l’identitaire. Elle peut devenir une valeur de droite. Cette appropriation de la laïcité par la droite est possible, selon François Baroin, parce que la gauche est culpabilisée par l’héritage colonial, et si la laïcité devient « culturelle et identitaire » c’est face à l’Islam et face aux immigrés. Ainsi, la gauche fait la promotion des droits de l’homme, et « à un certain point, la laïcité et les droits de l’homme sont contradictoires ».

Image Ligue de l'enseignement

Image Ligue de l'enseignement

Cette laïcité identitaire va s’épanouir dans le culte des racines, racines chrétiennes, à la limite un peu gréco-romaine et, ancien testament oblige, juive. Dans la surenchère franchouillarde, Sarkozy et son calamiteux discours de Latran va être concurrencé par le Haut conseil à l’intégration (HCI) qui outre l’affirmation historiquement très fragile que « l’idée de laïcité existait sous l’Ancien Régime » va affirmer que la laïcité « exception française » a été imitée par le Mexique. Comme le note ironiquement Jean Baubérot, en 1859 les Mexicains ont imité la loi de séparation des églises et de l’état de 1905 ! Cette vision franchouillarde est d’autant plus incongrue, que Briand lui-même évoque l’exemple mexicain dans son rapport à la commission parlementaire, préparatoire à la Loi de 1905.

 

Le stéréotype anticlérical de la « femme soumise » est recyclé par cette nouvelle laïcité. Au 19e siècle, quand il était question de la « femme soumise », il était fait explicitement référence à la femme catholique qui allait au confessionnal. Aujourd’hui, il suffit de remplacer la femme catholique par la femme musulmane qui porte un foulard. Cette laïcité UMPenisée est une sorte de feuille de vigne, une manière polie d’être islamophobe. Quitte à être antisémite, puisque le halal honni, censé envahir nos étals de boucher, ressemble fort au casher et que les apéros sauciflard-pinard feraient fuir aussi bien un juif qu’un musulman.

 

« Si [Marine Le Pen] invoque aussi facilement la loi de 1905, c’est que celle-ci est mésinterprétée (…) on la sacralise et on la méprise, on lui fait dire souvent le contraire de ce qu’elle a dit. »

 

    Selon Ferdinand Buisson l’État laïque c’est l’État neutre entre tous les cultes, et la France a toujours eu une conception assez forte de la neutralité dans sa laïcité ainsi les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions, ne doivent porter aucun signes religieux distinctifs, ni d’ailleurs politiques. La laïcité s’applique aux institutions non aux individus, dans la loi de séparation des églises et de l’état.

 

La droite et l’extrême droite veulent étendre la neutralité à certains secteurs de l’espace public alors qu’elle ne s’applique qu’à la puissance publique et aux services publics, ils veulent instaurer une  logique répressive contre la logique libérale de la loi de 1905. « Dans l’espace public (…) la liberté est le principe, la restriction sans parler de l’interdiction est l’exception » (Rémy Schwartz). Cette nouvelle laïcité est une hypertrophie de la neutralité – et d’une certaine interprétation de la neutralité – atrophiant la liberté de conscience, l’égalité des droits, mais aussi la séparation. Cette exigence s’élargit démesurément, et une partie de la gauche y souscrit. En jouant sur l’ambiguïté privé/public, avec des formulations sur la religion qui relève de la sphère intime. Or si l’adhésion à une religion ou pas relève bien de chaque individu – c’est la liberté de conscience qui englobe la liberté religieuse – la manifestation de sa religion (ou de son athéisme) peut se faire dans l’espace civil. La loi de 1905 ne laisse place à aucune erreur d’interprétation sur ce point.

 

Mais ce serait donner une idée trop partielle du livre de Baubérot qu’en résumant – trop sommairement – l’aspect en quelque sorte défensif de son livre.

 

Il propose une politique refondatrice de la laïcité.

 

Car, au-delà de la séparation des églises et de l’état, la laïcité c’est aussi la séparation de la loi civile avec des dogmes religieux et des normes morales particulières. La séparation du mariage civil et du mariage religieux en 1792 est une première étape, puis la loi sur le divorce (1884), la contraception (1967), l’IVG (1975), le mariage pour tous (2014). De nouvelles libertés laïques sont à conquérir, dans le domaine de la bioéthique (recherche sur les cellules souches notamment) ou dans celui du droit de mourir dans la dignité, donc le recours à l’euthanasie

 

Contre ces avancées, des religions invoquent des ruptures anthropologiques, ce fut le cas pour le mariage civil, le divorce, l’IVG, ce l’est encore avec le mariage pour tous, comme si les repères anthropologiques étaient anhistoriques.

La laïcité n’empêche personne de vivre selon ses propres croyances anthropologiques. Elle veille seulement à ce que de telles croyances ne soient pas imposées à l’ensemble de la société. C’est précisément sur le terrain de la liberté que la laïcité s’impose aux religions non sur celui d’une répression ciblée ou générale.

 

Pour compléter : un compte-rendu de conférence au Québec

La laïcité falsifiée _ Jean Baubérot

   4e de couverture

Classiquement considérée comme un des principaux marqueurs de la gauche, la laïcité aurait-elle viré à droite, voire à l'extrême droite ? La question se pose depuis le « débat sur la laïcité » de l'UMP, les effets de manche de la droite populaire et les références répétées de Marine Le Pen à la séparation de la religion et de l'État. De nombreuses personnalités dénoncent cette dérive sans véritablement réussir à la réfuter. Protester contre la « stigmatisation » des musulmans - souvent le vrai motif de cette nouvelle posture « laïque » - est bien sûr nécessaire. Mais en rester là se révèle totalement insuffisant, car cette nouvelle laïcité de droite se pare de valeurs partagées comme la démocratie, l'égalité des sexes et la liberté d'expression. Il est donc urgent d'analyser, point par point, comment la laïcité peut être ainsi falsifiée et pourquoi on fait dire aussi facilement à la loi de séparation de 1905 le contraire de ce qu'elle a réellement dit.

 

C'est ce que fait Jean Baubérot dans cet essai, où il démonte les mécanismes de la nouvelle laïcité et montre que, pour la promouvoir, il faut oser mettre en cause les structures dominantes de la société ellemême. Dans deux chapitres conclusifs passionnants, il propose un « programme républicain pour refonder la laïcité » et une libération des cléricalismes d'aujourd'hui, grâce à la recherche d'un art de vivre : la « laïcité intérieure ».

 

    Editions La Découverte 9,50 €

 

 

Pour compléter : La laïcité pour faire société, excellent dossier de la Ligue de l'enseignement (téléchargeable format pdf)

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