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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 16:57
Frieze : œuvres féministes maudites

La foire d’art contemporain Frieze à Londres a réservé pour son édition 2017 une section pour les œuvres de quelques artistes féministes que la censure avait longtemps occultées.

Cactus couronné par un godmiché double, une ode sainte au pénis ou le dessin hyperréaliste d’une pénétration, des torses dénudés d’un homme et d’une femme, des toisons pubiennes, des tétons ou une bouche entr'aperçus à travers une vitre ternie. Des images plus ou moins surréalistes, assemblant des éléments étrangers pour générer un sentiment de malaise. Et, pour beaucoup, une grande liberté sexuelle, écho de l’explosion féministe des années soixante et soixante-dix. Et encore aujourd’hui, toujours.

Le conservatisme sur tout ce qui touche au sexe instaure une censure, parfois hypocrite, parfois explicite, envers une multitude d’artistes qui veulent analyser, approfondir et théoriser la situation des femmes, les préjugés sexistes, les stéréotypes, le machisme, la soumission ou la rébellion. Leur volonté de créer se heurte au refus des galeries et musées de les accueillir, à une myopie de de la critique qui ne vont pas au-delà de l’impact de l’image et au veto social et moral qui les écarte des expositions et des publications.

Pour justement combattre ce confinement, cette édition de la Frieze, la foire d’art contemporain de Londres, a réservé un espace, intitulé Sex Work: Feminist Art & Radical Politics, qui a accueilli neuf de ces créatrices qui ont passé près d’un demi-siècle dans une semi-clandestinité pour cause de productions artistiques politiquement incorrectes. Un situation sur laquelle ont débattu les artistes Renate Bertlmann, Cosey Fanni Tutti, Marilyn Minter, Penny Slinger et la commissaire et universitaire Alison M. Gingeras, la responsable de la sélection.

Travail sexuel : art féministe et politique radicale est donc le nom choisi par la commissaire pour mettre un coup de projecteur sur quelques femmes qui se meuvent à la frontière du moralement, socialement et culturellement acceptable depuis les années soixante et qui de ce fait trouvent peu de lieux qui les acceptent ; en même temps, c’est une sorte d’hommage aux rares galeries qui accueillent ces œuvres alors que ni les mouvements féministes ni les rétrospectives ne le font.

Une visiteuse devant le récapitulatif de la section

Une visiteuse devant le récapitulatif de la section

Gingeras, durant la foire, a expliqué qu’il est important de comprendre que le féminisme n’est pas un mouvement monolithique, mais qu’il est pluriel et divers. Cette section a donc pour but de montrer au public par les œuvres qui la composent la diversité de ces créations, la manière dont elles expriment une critique politique et comment le contexte montre que le sexe vu sous cette perspective est une question humaine et pas seulement féministe.

La promenade entre ces mondes du désir, de l’érotisme et de la dissection critique des inégalités et du patriarcat ne doit pas rester au stade de l’anecdote ou du choc visuel de certaines de ces pièces. Gingeras a souhaité que le désir de montrer la complexité de ces oeuvres et leurs contextes respectifs pourra servir à construire une histoire qui considère que le féminisme ne peut se réduire à un hashtag !

Dorothy Iannone (Massachusetts, 1933)

Frieze : œuvres féministes maudites

Iannone a migré à Berlin au milieu des années soixante-dix puis a vécu dans diverses cités européennes. Elle a pu voir, au fil des ans, comment son travail a été censuré avant d’être connu et reconnu. Dessins, objets, photos et livres qu’elle a créé depuis les début des années soixante sont marqués par une forte empreinte narrative et autobiographique dans l’exploration de l’amour, de la sexualité et de la beauté.

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Betty Tompkins (Washington D.C., 1945)

Frieze : œuvres féministes maudites

Le réalisme de ses images et la netteté avec laquelle elle recrée le désir et les relations sexuelles du point de vue de la femme* lui ont valu d’abord l’ignorance la plus absolue. Mais aujourd’hui l’œuvre de cette artiste résidant à New-York se retrouves dans différentes galeries et des musées, dont le Centre Pompidou.

http://bettytompkins.com/default.aspx site

* Ses gros plans de pénétrations sont cependant à rapprocher de l’œuvre du nantais Dubigeon

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Mary Beth Edelson (Chicago, 1933)

Frieze : œuvres féministes maudites

Sculpture, dessin, peinture et photographie dans lesquels, souvent, elle se sert de son propre corps comme base créative : ainsi de Woman Rising, une série de photographies sur lesquelles l’artiste peint pour créer de nouvelles identités en relation avec la nature, la culture populaire ou l’histoire de l’art. Elle vit à New-York depuis quelques années et a participé à de nombreuses rétrospectives dans les musées du monde entier, comme le MOMA.

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Natalia LL (Żywiec, 1937)

Frieze : œuvres féministes maudites

Natalia Lach-Lachowicz a adopté ce double L en 1971, quand, après des années où elle s’était heurtée au mur idéologique et moral qui régne sur la Pologne, son pays, elle fut reconnue internationalement. La série, à la fin des années soixante, Intimate Records, s’est élevée comme un cri pour une nouvelle sexualité féminine. Ses œuvres sont présentées maintenant dans des lieux comme le Musée d’Art Moderne de Paris ou le Centre international de photographie de New-York.

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Renate Bertlmann (Vienne, 1943)

Frieze : œuvres féministes maudites

L’artiste féministe Renate Bertlmann se sert, comme Natalia LL, de son corps comme outil artistique. Sexualité, genre et stéréotypes sont quelques uns des concepts les plus traités (et critiqués) par Bertlmann, à travers des objets qui, normalement, sont associés à d’autres rôles. Depuis la fin des années soixante-dix elle travaille avec le dessin, la peinture, la photographie, le collage et le sculpture. C’est une des artistes féministes en activité des plus importantes.

http://bertlmann.com/ site

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Marilyn Minter (Shreveport, Louisiane, 1948)

Frieze : œuvres féministes maudites

Minter a vu plus d’une fois se fermer les portes des galeries et moyens de communication. Jusqu’à  Playboy, en 2014, après lui avoir commandé un travail. Minter fit une série de photographies en gros plan où se voyaient des doigts caressant la toison pubienne. Ces photos ne furent jamais publiées par la revue ; cependant l’espace (maintenant fermé) Fulton Ryder édita le projet dont le tirage fut épuisé peu après son lancement. La pornographie est un thème dont l’artiste a joué et rejoué. Pornographie comme véhicule du désir et représentation d’une sexualité avec ses rites et ses pièges.

http://www.marilynminter.net/ site

Frieze : œuvres féministes maudites
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Judith Bernstein (Newark, 1942)

Frieze : œuvres féministes maudites

Ses dessins proches du graffiti sont d’un érotisme de combat.  Ainsi de son portrait de Georges Wallace – gouverneur raciste de l’Alabama – en tête de nœud ! Mais elle s’attaque aussi avec vigueur au machisme et en particulier en son expression miltariste ! Victime de la censure en 1973 à Philadelphie, elle n’exposera plus jusqu’en 2008. Cette féministe de combat est l'une des membres fondatrices de la A.I.R Gallery et l'une des premières militantes au sein d'organisations activistes comme les Guerrilla Girls, la Art Workers' Coalition, et Fight Censorship.

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Penny Slinger (Londres, 1947)

Frieze : œuvres féministes maudites

Au sein d’un surréalisme féministe, Penelope dite Penny Slinger se sert aussi de son propre corps comme base de sa création. Photographie, sculpture, film et récit sont quelques-uns des moyens d’expression que l’artiste, installée en Californie, utilise pour rompre avec l’ordre établi et créer son propre équilibre entre sexualité et esthétique, désir et sexe. Et pour explorer comment la femme est vue par son entourage et comment elle se voit elle-même.

Frieze : œuvres féministes maudites
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Birgit Jürgenssen (Vienne, 1949 - 2003)

 

 

Frieze : œuvres féministes maudites

Toute la force du corps féminin : ce qu’il est, ce qu’il peut être, ce qu’il semble avoir à être… La force du surréalisme pour analyser, disséquer les stéréotypes à travers les mains, les pieds, la bouche de la femme. Elle se livre à une destruction en règle des assignations imposées aux femmes, celle en particulier de la « femme au foyer ». Et cela dès les années 70, de Vienne, en Autriche.

http://birgitjuergenssen.com/en/ site

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 16:42
Marseille : la cabale des fachos

Phénomène d’évaporation ? cette page de septembre 2015 a disparu du deblog.notes sans même que l’hébergeur daigne m’en avertir. Pour éviter une nouvelle censure, je ne donne donc que quelques images.

Marseille : la cabale des fachos

« Berlinhard Entre Pierre Louys, Clovis Trouille, Otto Dix et Elvifrance, les travaux érotiques des peintres Reinhard Scheibner et Stu Mead présentent la pornographie, la sexualité adolescente, avec une dose de grotesque proche de l’esprit du défunt magazine Hara- Kiri. Le Dernier Cri, Friche la Belle de mai Du 13 juin au 13 septembre [2015] » Telle était l’annonce d’une exposition qui a provoqué la sainte alliance des ultra cathos, des soi-disant « de souche » et du FHaine.  Y  étaient présentées les œuvres de ces deux artistes allemands, Reinhard Scheibner et Stu Mead (réunis au sein du collectif Le Mauvais Œil 23) dont les peintures et illustrations érotiques et grotesques s’inscrivent dans une tradition bédéiste ou illustrative proche d’Hara-Kiri ou de Bazooka.

Marseille : la cabale des fachos
Marseille : la cabale des fachos

Une cabale a été lancée contre Pakito Bolino et contre Le Dernier Cri pendant l’été, la Friche a reçu des coups de fils, la chargée arts visuels à la mairie de Marseille également. Lui-même a reçu des menaces. Les financements publics de la Friche ont été mis en cause alors que Le Dernier Cri touche tout au plus 7 500 euros par an de la ville. S’ils atteignent 20 000 euros par an toutes conventions confondues c’est un miracle”, raconte une responsable des associations d’art contemporain de la Friche. (Les inrocks) Un véritable harcèlement, une vague haineuse, ajoute Le Monde.

Marseille : la cabale des fachos
Marseille : la cabale des fachos

Stéphane Ravier, maire FHaine du 7e arrondissement de Marseille, qui ne peut ignorer que La Friche de la Belle de Mai est un immense complexe culturel aux activités multiples, veut faire croire que la subvention globale sert à monter de sulfureuses (à ses yeux) expositions. Un très mariniste SIEL –souveraineté, indépendance et libertés – s’interroge : Une exposition crypto-pédophile illégale avec les deniers publics ? Fdesouche, le site identitaire qui résonne comme un tronc, illustre sa diatribe d’une reproduction censée provoquer l’effroi des familles.

Marseille : la cabale des fachos

« Ceci n’est pas une pipe » !

Combien de fois faudra-t-il redire aux incultes que les travaux des artistes, aussi dérangeants soient-ils, ne sont pas le réel concret. Parler de pédopornographie révèle les obsessions perverses des harceleurs.

Faut-il ajouter que nul n’était obligé à aller dans le local du Dernier cri où se tenait l’exposition ?

Ceci est de la peinture, ou de l'illustration, du dessin, de l'art. Il est du droit de chacun d'aimer ou ne pas aimer. En outre, il est du devoir de chacun de se rappeler la liberté d'expression régulièrement mise à mal, qu'on aime ou non les œuvres, que ce soit de McCarthy, d'Anish Kapoor, de Balthus, de Klossowski ou de Bellmer. Mais il est surtout du devoir de chacun, respectant cette liberté, de comprendre que ce qui se présente comme art n'est pas et ne sera jamais la réalité mais de la FICTION, aussi réalistes soient les représentations, images, peintures, sculptures, films ou pièces de théâtre présentées au public. […] L'art n'est simplement PAS la réalité. Partant de là, il n'y a ni offense ni délit ni crime d'aucune sorte. Prêter aux artistes ou aux œuvres le premier degré des mises en scènes fictives qu'ils présentent c'est, au mieux, faire un contresens et, au pire, faire dans la diffamation, la calomnie…

(extraits de la pétition - Un Dernier Cri contre la censure)

Ce n’est, hélas, pas la première intimidation aboutissant à une censure de fait. Rappelons qu’un curé intégriste avait trouvé un tribunal complice en 1999 pour faire interdire d’affichage INRI, de Bettina Rheims et Serge Branly, dans les vitrines des librairies de Bordeaux ! Rappelons aussi la dégradation de l’œuvre de Serrano, Piss Christ, le sabotage de représentations théâtrales comme  celle de la pièce Romeo Castellucci 'Sur le concept du visage du fils de Dieu' au Théâtre de la Ville ou Golgotha Picnic au théâtre du Rond point. Même de très bénins détournements de kitschissimes statuettes de la sainte-vierge – rien à voir avec León Ferrari - sont l’objet de l’ire des ultra-cathos. Mais, jusqu’ici, la mobilisation concernait les intégristes cathos (parfois appuyés par les intégristes musulmans). Tandis qu’à Marseille, ces intégristes sont appuyés par les identitaires et le FHaine.

Peut-être un renvoi d’ascenseur de la petite Marion pour remercier l’évêque du Var – idole des cagots – de l’avoir invitée ?

Marseille : la cabale des fachos

Mais une conjonction des plus inquiétantes pour nos libertés.

 

 

Pour éviter une nouvelle - et clandestine - censure, j'ai regroupé quelques illustrations des deux artistes dans un document en *.pdf, donc téléchargeable : les cul-bénits, bigots, cagots et fachos sont priés de passer leur chemin, nul n'est obligé de voir ce document, mis à la disposition des esprits ouverts et éclairés.

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 17:07
Défense d’afficher

Scandale chez les bigots de Challans (Vendée) : la municipalité fait retirer des affiches du diocèse ! La RATP, coutumière du fait, interdit d’affichage « Les prêtres » chanteurs.  Et pour un film, les grands groupes d’affichage style Decaux ont refusé une affiche associant un prêtre à une capote !

« Je suis Charlie » ? Et mon cul, c’est du poulet ?

Affiche du diocèse de Luçon

Colère des chaisières et des grenouilles de bénitiers à Challans. Sur plainte de mécréants sans doute, la municipalité fait retirer des affiches du diocèse – style « reborn », pour vanter le baptême  - des panneaux publics.  En effet, après relecture de la convention liant la ville à l’annonceur qui les utilise, le maire, fort marri, s’est aperçu qu’elle spécifiait que «le prestataire aura le droit exclusif d’apposer, sur les façades réservées à cet effet des mobiliers, toute publicité qui néanmoins ne devra avoir aucun caractère politique, confessionnel ou contraire aux bonnes mœurs et ne devra pas gêner la visibilité des usagers». (Ouest-France 31/03/2015)

Pas de quoi donc crier à la censure : une décision conforme à la loi de 1905.

L'évêque Di Falco plastronne avec le groupe de chanteurs "Les Prêtres"

Décision apparemment semblable de la RATP envers une affiche de concert du groupe « Les prêtres » au bénéfice des « chrétiens d’Orient », puisque Métrobus chargé de l’affichage indique dans ses conditions générales de vente « l’interdiction de publicité à caractère politique et confessionnel [dû] en particulier au principe de neutralité du service public, lequel s’impose à Métrobus dans la mesure où ses supports publicitaires sont présents sur le domaine public de l’État affecté au service public des transports ».

Le très mondain évêque Di Falco qui plastronne, croix épiscopale en évidence, au milieu de ses trois curetons adeptes de la calotte chantante s'insurge contre une règle à géométrie variable en matière de laïcité. "Je demande le même traitement pour tous. Si, il n'y a pas eu de soucis avec l'annonce du film "Qu'Allah Bénisse la France"*, je ne vois pas pourquoi il y en aurait avec la mention "chrétiens d'Orient" sur notre annonce de concert."

Cependant, un député radical de gauche, Joël Giraud,  proteste : "Je suis laïc, pas catholique**, mais là c'est de l'abus de qualification (…) J'ai été sidéré par une telle décision, car je ne vois pas en quoi un concert qui a pour objet de venir en aide à un peuple victime d'un génocide que dénonce avec force le gouvernement peut être une entorse à la laïcité". (L’Express)

De fait, deux décisions apparemment semblables peuvent susciter des points de vue divergents. Malgré la faconde de Di Falco et sa croix ostentatoire, l’objet  même du concert eût dû amener la RATP a un peu de réflexion.

Il est vrai que la censure est un réflexe de Métrobus. Etienne Daho en fut victime. Stéphane Guillon aussi et bien d’autres.

 

* La bonne foi du monseigneur de salon est assez relative, car le film est tout sauf islamique puisqu’il reprend en fait la biographie d’Abd-el-Malik. Et, à ce jeu, il aurait fallu interdire l’affichage de « Qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu ? »

** L’opposition de fait entre laïque et catholique est surprenante : les deux notions ne se situent pas sur le même plan, un laïque pouvant être athée, musulman, boudhiste, agnostique, protestant, catholique…

Les enfants du Prêtre version espagnole

Version italienne

Version allemande

La dernière affaire concerne un film Croate, vendu dans 35 pays, bardé de prix, dont le titre en anglais est The Priest’s children : Les enfants du Prêtre. Un curé nommé dans une île qui se dépeuple, perce les capotes, tandis que le pharmacien complice remplace la pilule par des vitamines…

 

L’affiche de la version anglo-saxonne est très sobre mais austère. Celles de la version espagnole, plus fantaisiste correspond sans doute mieux à la dinguerie joyeusement anticléricale du film. A noter que les ibères reprennent le titre.

Les affiches italiennes et allemandes gardent la thématique soutane-épingle-capote, même si, en Italie la capote reste dans son étui.

 

En France, au pays de « Je suis Charlie », ce film soutenu justement par Charlie-Hebdo, va connaître une censure de fait de la part des grands groupes d’afficheurs.

Les différentes versions de l'affiche française

Le titre d’abord, plus d’enfants de curé ou de prêtre, mais une « Bonté divine » assez peu explicite. Avant même Decaux et les autres, nous raconte le distributeur dans Charlie (01/04/2015), c’est le magazine Têtu qui objecte que montrer qu’on peut percer une capote pouvait être interprété comme une incitation à ne pas utiliser le préservatif ! Exit donc l’aiguille. La croix à sa place ! Mais du coup pour Decaux, MediaKiosque et Media Transports, les afficheurs, la capote associée à un prêtre, ça leur flanquait des boutons. Nouvel essai avec la capote dans son emballage, au lieu d’être déroulée, nouveau refus.  

 

Finalement, un visuel qui gomme complétement le ressort comique de l'histoire, si ce n’est un petit dessin de Charb, qu’il faudra cependant ôter pour un des trois afficheurs.

 

Inutile de dire que la censure de la RATP a provoqué des échos dans les médias avec dénonciation véhémente de l’intégrisme laïcard. En revanche, la censure privée, sans aucune autre base que l’arbitraire des afficheurs, à l’encontre de « Bonté divine », n’a eu d’autres échos que Charlie, bien sûr, et … Schneidermann.

Défense d’afficher

Ouest-France 05/04/15

Jeanne-Emmanuelle Hutin, la fifille à papa du journal, surnommée «Buisson Ardent» par les mauvaises langues de la rédaction d’Ouest-France, et la «Nouille de bénitier» par le reste du monde, y va de son prêchi-prêcha dominical. « Pâques et libertés » donc. Et, sans vergogne, elle assène d’abord un mensonge : « Le diocèse de Vendée a dû retirer sa campagne de communication sur le baptême au nom de la laïcité ». Avec son saint sens de l’amalgame, elle avait œcuméniquement évoqué un rabbin prié d’enlever sa kippa pour voter au 1er tour des départementales. Puis elle nous donne évidemment du Di Falco à propos du refus de Metrobus d’accepter l’affiche du concert des Prêtres en faveur des Chrétiens d’Orient.

 

Lit-elle Ouest-France ? On peut en douter, car sinon elle saurait que les affiches du diocèse de Vendée n’ont été retirés que des panneaux municipaux de la ville de Challans – et non des panneaux commerciaux – et cela au nom de la convention liant l’afficheur à la ville.

 

L’excès de zèle d’une assesseure PCF à Toulouse à l’encontre d’un rabbin –sottise certes – n’a pas empêché celui-ci de voter.

 

Quant à Di Falco, s’il avait su faire preuve d’un minimum de modestie en ne s’affichant pas avec sa croix pastorale ostentatoire au milieu de ses prêtres chanteurs, il serait mieux placé pour s’en prendre à un « intégrisme laïc » qui, d’ailleurs, n’est que l’application de règles claires, les mêmes qui ont obligé le maire de Challans – volens, nolens – à faire retirer les affiches du diocèse des panneaux municipaux.

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 16:34
Le F_Haine a voulu interdire un spectacle à La Roche-sur-Yon

Brigitte Neveux, candidate FN aux municipales, appelle à manifester ce jeudi, 20/02/14, à 19 h 30, devant la scène nationale contre la représentation du spectacle Tragédie, d'Olivier Dubois. Une chorégraphie où les danseurs évoluent, nus, sur le plateau : « Le théâtre du Grand R est financé par la ville de La Roche au travers de l'association du Grand R, donc par les impôts des Yonnais. Toute personne peut avoir ainsi l'opportunité de venir contester les choix dits « cul-turels » de la mairie et revendiquer la mise en place d'un répertoire non limité aux choix de créateurs décadents se revendiquant hypocritement de la culture. »

Serait-ce atteindre le point Godwin que de noter que ces créateurs décadents font fâcheusement penser à l'art dégénéré fustigé par le nazisme ?

Le F_Haine a voulu interdire un spectacle à La Roche-sur-Yon

Pour ceux qui l’ignoreraient La Roche-sur-Yon est le chef-lieu de la Vendée. Le F-Haine était, naguère, peu présent car de Villiers et son parti (MPF) siphonnaient les voix d’extrême-droite. La retraite politique (toute relative d’ailleurs, on le voit avec sa polémique sur les acteurs bénévoles*) du super neu-neu du bocage a laissé de l’espace aux « bleu-Marine » et leur éternelle candidate, totalement incompétente au demeurant, espère faire un score moins ridicule que du temps du Vicomte.

 

Pas à un paradoxe près, alors que le vieux Le Pen défend la liberté d’expression en faveur de Dieudonné, le F-Haine vendéen s’en prend donc à un spectacle de danse présenté en 2012 au 66e Festival d’Avignon. Le syndrome « Tous à poil » a dû encore frapper : neuf femmes et neuf hommes nus en scène, so shocking ! Oh ! cachez-moi ces corps que je ne saurais voir. Mais Madame la tartuffe, nul n’est obligé d’aller voir ce spectacle.

A voir en plein écran

D’autant que, contrairement à ce que cette ignare imagine, ce n’est pas de la gaudriole. « A l’instar de Nietzsche, Olivier Dubois interroge d’un côté le rêve, pulsion proprement apollinienne et de l’autre l’ivresse, pulsion dionysiaque. Apollon, c’est la contemplation sereine du rêveur. Le dieu de l’individualité, de la mesure, de la conscience. Dionysos lui, incarne le principe contraire et nie toute forme d’individualité. Il célèbre, sauvagement, avec sa malléabilité extraordinaire, la réconciliation de l’homme avec la nature, s’oubliant à l’intérieur du tout cosmique, n’existant plus dans son état individuel. » nous explique un critique. « Olivier Dubois dit vouloir faire surgir de ce grand rassemblement une «humanité», un vivre ensemble. Ça marche. Et l’on ne peut que remercier les danseurs de leur confiance absolue dans le projet, eux qui ressortent du spectacle comme d’un cataclysme, ne réalisant pas ce qu’ils viennent d’offrir. Secoués, ils ont laissé tomber les masques, ceux grimaçant qui lors d’une péripétie les défigurent, et forment ce chœur si cher à la musique.(…) Dans le crescendo, le répétitif, l’énervement, l’épuisement, la jouissance, Olivier Dubois signe avec Tragédie son Sacre du printemps, ou bien son Boléro. » Marie-Christine VERNAY (envoyée spéciale de Libé à Avignon 2012).

 

 

Olivier Dubois est évidemment stupéfait de cet appel à interdiction. Comme il l’exprime dans Ouest-France.

Article 20/02/14 (cliquer pour agrandir)

Article 20/02/14 (cliquer pour agrandir)

Jusqu’à présent, sauf erreur, le F-Haine laissait le soin à des groupuscules cagots, style Civitas ou Agrif – parfois appuyés par des intégristes musulmans – de jeter l’interdit sur une œuvre (Piss-Christ), une exposition, une pièce de théâtre. Mais, Copé jetant l’interdit sur un livre pour enfant autorise toutes les surenchères politiques, dans l’espoir de capter l’électorat bigot. Le F-Haine n'allait pas, dans l'interdit, se laisser déborder par la droite décomplexée !

 

 

 

 

 

 

* Aurélie Filippetti a dénoncé vendredi 7 février les mensonges diffusés à des fins politiciennes, notamment par de Villiers, qui menace de stopper ses spectacles du Puy-du-Fou. Alors que le Ministère s'emploie à développer et valoriser la pratique artistique en amateur, source incomparable de lien social, de développement personnel et de valorisation des territoires. Il ne s'agit en aucune façon ni de limiter le bénévolat, ni, a fortiori, de l'interdire, mais bien au contraire de permettre son rayonnement et sa sécurisation juridique au regard du Code du travail. Contrairement aux allégations de certains, le texte précise que l'artiste amateur ne perçoit pas de rémunération. Il légitime le recours aux artistes amateurs bénévoles en autorisant leur présentation dans le secteur lucratif, comme c'est le cas au Puy du Fou et dans d'autres manifestations de ce genre.

Ouest-France 20/02/14 (cliquer ^pour agrandir)

Ouest-France 20/02/14 (cliquer ^pour agrandir)

En guise de postface, l'article rendant compte de la squelettique manif des F-Haineux vendéens;

Ouest-France 21-02-14

Ouest-France 21-02-14

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 15:06

Dans les liens hétéroclites affichés sur le deblog notes, vous n'avez peut-être pas noté la disparition de "Dantoncul". Son titre est déjà tout un programme : héritier du Hara Kiri mensuel, il donnait dans l'humour et surtout la provocation, faisant fi de toute notion de bon ou mauvais goût...

Au lendemain des élections présidentielles, il semblait un peu essouflé, puis plus rien, si ce n'est la page d'accueil de l'hébergeur (celui de ce site d'ailleurs).


Un mot à son créateur.

Réponse : Dantoncul a été supprimé par la censure avec un message laconique lui indiquant que suite à de nombreuses plaintes et un non respect du CGU mon blog a été fermé.
C'est incroyable ce retour pernicieux de l'ordre moral et du paraître, en ce moment je n'ai pas trop le temps de m'en occuper, mais je compte bien en refaire un d'ici quelques temps. On ne va pas se laisser emmerder par les cons.


Rappelons que du temps du pompidolisme (pour les incultes, auteurs des "nombreuses plaintes", précisons que Pompidou, après avoir été premier ministre de De Gaulle, a été Président de la République de 1969 à 1974) Hara Kiri n'avait pas été censuré définitivement mais suspendu* - comme un sportif uu peu trop vitaminé - pour avoir titré "Bal tragique à Colombey : un mort" pour célébrer celle de De Gaulle.

Aujourd'hui, quelques benêts ignares et obtus peuvent mettre à mal une liberté fondamentale : la liberté d'expression. Rappelons aussi, au passage, que Google et Yahoo sont complices des dictateurs chinois dans la censure interne d'Internet.

* Précisons, pour les auteurs des "nombreuses plaintes" que cette mesure étatique était hautement condamnable ; mais que la censure "privée" est encore pire (si je n'aime pas ceci ou cela, je vais voir ailleurs) !

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Nota Bene

Le deblog-notes, même si les articles "politiques" dominent, essaie de ne pas s'y limiter, avec aussi le reflet de lectures (rubrique MLF tenue le plus souvent par MFL), des découvertes d'artistes ou dessinateurs le plus souvent érotiques, des contributions aux tonalités diverses,etc. Pour les articles que je rédige, ils donnent un point de vue : les commentaires sont les bienvenus, mais je me donne bien sûr le droit d'y répondre.

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Nelle Formule

Overblog - hébergeur du deblog-notes - a réussi l'exploit de lancer une nouvelle formule qui fait perdre des fonctions essentielles de la version précédente. Ainsi des liens vers des sites extérieurs disparaissent (désolé pour  Koppera, cabinet de curiosités, ..). Les albums se sont transformés en diaporamas, avec des cadrages coupeurs de têtes. La gestion des abonnés et des commentaires est aussi transparente que le patrimoine de Copé. Et toutes les fonctions de suivi du deblog-notes - statistiques notamment - sont appauvries.