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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 15:03
Quand les sénateurs UMP lancent une commission d’enquête sur l’école

Au lendemain de l’attentat du 7 janvier 2015, B. Retailleau, chef de file des sénateurs UMP, a demandé une commission d’enquête sur le non respect de la minute de silence ! A ce jour, elle est toujours en cours, mais les déclarations de son rapporteur font augurer un texte qui réjouira les rétropenseurs. Quant au laïcisme liberticide, on risque aussi de le voir recommandé.

 

Le Brutus du bocage qui préside aussi le groupe UMP du Sénat s’est donc offusqué que la minute de silence décidée au lendemain de l'attentat du 7 janvier 2015 pour rendre hommage aux victimes ait été perturbée dans certains établissements scolaires. Surtout, il soupçonne que les 200 incidents signalés aient été sous-estimés par le ministère de l’Education Nationale, dirigée par une ministre qui est, après la Garde des Sceaux, la cible privilégiée de l’UMP. « Ces incidents ont mis au jour un malaise plus profond caractérisant l'éloignement d'un nombre croissant d'élèves de la morale républicaine. Ainsi, il semble nécessaire de proposer les mesures permettant aux enseignants d'assurer leurs missions de transmission des valeurs de la République et du principe de laïcité ainsi que d'acquisition des savoirs… ». Il fallut donc, toute affaire cessante, constituer une commission d’enquête parlementaire sur les menaces qui pèsent sur l’école républicaine !

 

La commission a été mise en place le 20 janvier ; elle poursuit ses auditions.

Sus au constructivisme, au pédagogisme

 

  Parmi les auditionnés, on découvre des sous-Brighelli* dont l’arrogance n’a d’égale que l’inexpérience. Ainsi d’un François-Xavier Bellamy, militant affiché de la manif anti mariage pour tous et des veilleurs, ancien scout d’europe, branche intégriste du scoutisme, qui déclare sans rire : « Pour lutter contre le sexisme, les élèves doivent entendre parler, par exemple, de la figure de Jeanne d'Arc, lire quelques pages de son procès. » Ou un Loys Bonod dont le seul titre de gloire est de tenir un blog où la stupidité le dispute à la malhonnêteté (intellectuelle) dont témoignent ses propos : « On a mis en place une entreprise de déconstruction de l'école. Bizarrement, elle passe par la notion de constructivisme, qui a déjà été abordée devant votre commission par François-Xavier Bellamy. Le constructivisme repose sur l'idée que l'enfant doit apprendre à apprendre seul et que le professeur n'est plus qu'un guide, un accompagnateur, un médiateur. » Mensonge recuit des z’hérauts de la rétropensée.

 

 Sauf que le rapporteur, le sénateur Grosperrin, non seulement approuve, mais en rajoute une couche sur ce qu’il nomme le pédagogisme. « Je pense en particulier à un enseignant de la région lyonnaise [entendez P. Meirieu] qui a eu un écho très favorable auprès des enseignants du primaire, qui a trompé les enseignants et a considéré comme une révolution copernicienne le fait de placer l'enfant au centre du processus éducatif. On ne parlait plus des matières ; il fallait que l'enfant soit bien, soit heureux. »

Un concentré de sottises qu’Antoine Prost, dans son « Eloge des pédagogues » a fort élégamment démontées. Mais notre rapporteur poursuivra sur la même veine au fil des auditions : « Nous nous sommes trop éloignés des principes fondateurs de l'instruction au profit d'un pédagogisme qui a chassé les contenus. » « Au nom de ce principe d'égalité on assiste à une baisse du niveau et à une remise en cause de l'excellence. » « Vous avez dit que l'école éduque. Je ne suis pas sûr que cela soit son rôle premier. Elle ne peut éduquer, à mon sens, que si elle instruit ; on a souvent eu tendance à l'oublier. »

 

  Là il se fera ramasser par Laurence Loeffel, IGEN  « Je récuse l'opposition entre éducation et instruction. (…) Cette opposition s'est, au fil du temps, idéologisée, ce qui ne me semble pas le meilleur moyen de penser de manière objective les problèmes de l'école. (…) le clivage entre instruction et éducation est un faux clivage : l'école a toujours eu pour mission d'éduquer. Voyez l'école primaire de la IIIème République : tous les enseignements, y compris scientifiques, ont été construits comme des enseignements dont la finalité élective était une éducation aux valeurs de la raison, de la rationalité, du progrès. »

Mais comment peut-on être Persan, pardon Turc ?

Mais comment peut-on être Persan, pardon Turc ?

Hé mon Longuet !

 

Gérard Longuet, ancien d’Occident, du GUD, d’Ordre Nouveau, du Front National, mais néanmoins honorable ancien ministre des Postes et des Armées a égayé de ses saillies la commission. Un interlocuteur évoque-t-il les religieuses ou les infirmières aux cheveux cachés, qu’il rétorque : « La coiffe peut avoir des raisons professionnelles, climatiques, ou de singularité et de soumission. Les sœurs appartiennent à Dieu et font vœu de célibat : leur voile s'en veut le témoignage. Ce qui choque dans le voile islamique, c'est qu'il n'a ni raison climatique, ni de soumission particulière, mais exprime l'appartenance à une société qui, profondément, n'est pas la nôtre. »  Car, au cas où ça vous aurait échappé : « Il y a plusieurs dizaines de siècles que nous sommes sur cette terre ; nous avons le sentiment d'en avoir fait quelque chose et ne voulons pas que cela disparaisse. (…) la France a été, entre le baptême de Clovis et la loi de 1905, un pays majoritairement catholique romain. C'est notre héritage, il n'est pas négligeable, ni inférieur à l'héritage africain, océanien ou antillais. »**

A noter quand même que en Océanie comme aux Antilles, il y a des territoires français.

Que la laïcité soit évoquée dans une commission initiée par un fruit et suppôt de l’école confessionnelle vendéenne et qui comptait dans ses rangs le Sénateur Carle n’est pas le moindre des paradoxes.

Baubérot et Pena-Ruiz, entendus le même jour, ont donné leur approche différente de la notion de laïcité. Jean-Louis Bianco, président de l’observatoire de la laïcité, en donne une définition, à mon sens, satisfaisante : « La laïcité, c'est d'abord la liberté de croire ou de ne pas croire et la liberté de manifester sa croyance pour autant que cela n'empiète pas sur la liberté d'autrui ; ensuite, la neutralité de l'État vis-à-vis des religions ; enfin, la citoyenneté, l'égalité de droits et de devoirs. »

Mais cela n’était qu’amuse-gueules. Ramadan, halal, voile, voilà qui est autrement excitant.

 

  Surprise, pour le principal que je fus, quand Mme Marie-Françoise Perol-Dumont déclare qu’il lui est « arrivé comme présidente de conseil général de devoir répondre à la demande de certaines familles de collégiens qui souhaitaient déduire les jours de ramadan des jours de cantine ». Que je sache, ce qu’on appelait les ‘remises d’ordre’ sur le forfait de la cantine – des déductions en cas d’absence pour maladie par exemple – était du ressort de l’établissement et non du conseil général. Et si un collégien ne mange pas à la cantine pendant un mois fut-il lunaire, le problème n’est pas dans la déduction des jours de cantine !

 

Se greffe la question des menus alternatifs en cas de porc au menu. « Certains mangent casher ; d'autres mangent hallal. D'autres encore mangent bio ou sont végétariens. Les revendications sont donc multiples ; elles ne concernent pas seulement la viande hallal. » précise Pierre N'Gahane. Et Jean Baubérot rappelle que « même Émile Combes, ce partisan de la laïcité la plus intransigeante, avait signé une circulaire prévoyant l'absence de viande dans les cantines le vendredi, pour faire preuve de libéralisme politique mais aussi par intérêt bien compris, pour éviter que les enfants n'aillent dans les écoles congréganistes. Il nous faut inventer les mêmes genres d'accommodements aujourd'hui : proposer un menu végétarien - pas hallal ou casher, ce serait trop compliqué ! - à côté du menu habituel résoudrait bien des choses. »

Obsession textile

La fureur anti fichu va se déployer sur deux fronts principaux. Les mamans dites voilées et les étudiantes itou.

 

Pas de mamans à voile dans nos sorties scolaire !

 

Quittant les hauteurs spéculatives, H. Pena-Ruiz considère que « Lorsqu'on prétend que des mères voilées peuvent bien accompagner leur enfant dans le cadre d'un voyage scolaire (…), il faut garder à l'esprit qu'elles assurent des fonctions d'accompagnatrices au nom de l'État et doivent, à ce titre, être tenues à la même neutralité vestimentaire que les enseignants ».

 

Approuvé en cela par une présidente de commission qui en rajoute une couche par la preuve assurantielle ! « Toute personne qui accompagne relève de l'assurance scolaire de l'école (…). Cette dimension assurantielle vaut, à mes yeux, soumission aux principes du service public ou de la délégation de service public. »

 

Si l’on arrête un moment de ramer, car là on attaque la falaise, et qu’on essaie de revenir à la triviale réalité de nos maternelles, de quoi s’agit-il ? Pour une sortie vers la médiathèque ou l’espace théâtral, de solliciter des parents pour aider à sécuriser le déplacement. Des mamans le plus souvent. Mamans qui, voilées ou pas, accompagnent leur enfant à la maternelle. Que donc tous les autres enfants ont déjà vues avec ou sans un foulard sur la tête.

 

  Et comme le rappelle aussi J. Baubérot, va-t-on interdire l’accès aux établissements publics à Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat Imad, tué par Mohamed Merah ? Elle intervient dans les écoles pour expliquer que le djihad consiste non pas à aller en Syrie mais à faire un effort sur soi-même. Faut-il avoir son fils tué pour voir ses droits de citoyenne respectés ?

 

Pas d’étudiantes à voile dans nos campus !

Deuxième front de nos grands laïcistes – bien qu’un peu en dehors de l’objet de la commission d’enquête – l’affreux voile à l’université.

 

Et là, stupeur et consternation, en 1ère ligne Jean-Pierre Obin.

Il est vrai que son rapport de 2004 a été complaisamment cité et re-cité par des sénateurs UMP (oubliant un peu que ce fut Fillon qui le mit sous le boisseau). Et bien qu’il ait précisé que son « étude ne peut prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements », il a glosé devant la commission comme si elle était un reflet global d’une situation calamiteuse.

Et surtout, et alors que ça n’avait rien à voir avec son rapport, Obin a plaidé pour que le Gouvernement étende aux universités la loi de 2004 sur les signes ostentatoires religieux. « Il faut souligner qu'une grande partie de l'enseignement supérieur est déjà soumise à la loi de 2004, qu'il s'agisse des classes préparatoires, des BTS ou des autres formations qui ont lieu dans les lycées (soit 20 % des étudiants). »

Le sophisme*** est un modèle du genre : la loi de 2004 interdisant le port du foulard qualifié d’islamique pour les élèves des établissements scolaires, cette interdiction a été étendue aux étudiantes de prépas ou BTS puisque, comme elles fréquentaient les mêmes locaux et espaces, la coexistence de deux situations eût été ingérable. Mais comme des étudiantes sont soumises à l’interdiction, il faut l’étendre à toutes les étudiantes.

 

C’est la position du Grand Maître de la principale obédience maçonnique : « Le Grand Orient de France a pris position contre le port du voile à l'université. Certes, les étudiants sont majeurs et les universités doivent continuer s'administrer librement. Mais l'interdiction du voile s'applique déjà, dans les lycées, aux élèves des classes préparatoires, qui relèvent de l'enseignement supérieur, et aux élèves majeurs de terminale. La question se pose donc ».

 

La question ne se pose que pour ceux qui, tout en clamant que loin de revêtir la moindre dimension punitive, la laïcité doit constituer un facteur d'émancipation, poussent toujours à l’extension sans fin du domaine des interdictions.

Parmi ces interdictions une des plus cocasses consiste à proscrire tout qualificatif au mot même de laïcité. Ainsi puis-je chanter la liberté chérie, protester que l’égalité est souvent formelle et la fraternité fictive, mais oser revendiquer une laïcité ouverte, sacrilège !

 

Commettons donc l’irréparable en plagiant les propos d’un québécois –Québec le pays des honnis accommodements raisonnables, attendez-vous au pire :

Laïcité ouverte donc pour toutes particularités sans conséquences juridiques effectives: arbres de Noël, menora, citrouilles d’Halloween, ramadan, croix dans le cou, grigris, papillotes, fétiches, totems et statues, moulins à prières, voiles, hidjab, tchador, sari, brimborions et colifichets, minarets et clochers, yoga, occultisme, horoscope, tarots divinatoires, pèlerinages, baptême collectif en piscine olympique, les chrysanthèmes du culte, en un mot (on peut supposer que ces fleurs ont une autre signification symbolique outre-Atlantique).

Laïcité définie et fermement imposée par l’état de Droit,  dans le strict espace de portée juridique citoyenne: droits des femmes, droits des enfants, instruction publique, soins hospitaliers, banques, héritage, justice, vie politique, neutralité intégrale de tous les corps administratifs, code civil, code criminel, impôt et taxation, etc…. les choses sérieuses du tout de la vie civile, en un mot.

 

* Dans le genre, l’éminent mathématicien, Laurent Lafforgue, vaut son pesant d’équations : «  Je n'ai jamais enseigné dans une école, un collège ou un lycée (..). Je me suis rendu compte que cette école à laquelle ma famille et moi devions tant, et que nous avions tant aimée, était en voie de destruction rapide (..). L'état dans lequel plus de cinquante ans de politique destructrice - à mon avis - ont mis l'école publique et les écoles privées sous contrat est tel qu'employer à leur propos l'adjectif « républicain » déconsidère la République (..). Moi qui ignorais jusqu'à l'existence des écoles hors contrat, j'en suis amené à concentrer mon énergie à les soutenir. La présentation, par le fondateur d'une école de ce type, de son programme, m'a frappé par son bon sens. » Faut-il lui rappeler qu’il est le fruit de cette école, puisque, vu sa date de naissance, il n’a pas connu l’âge d’or de l’école d’il y a cinquante ans !

 

** S’agissant de l’autorité supposée perdue du professeur, il vaticinera à partir de son expérience de Ministre de la Poste puis des Armées. Finkielkraut lui a l’explication sur cette perte : « les professeurs doivent retrouver l'autorité qui leur manque aujourd'hui, par exemple le droit de faire redoubler les élèves. Toute une série d'études paraît pour indiquer que le redoublement s'avère catastrophique, fournissant bien souvent l'argumentaire des parents pour faire appel de la décision de redoublement de leurs enfants. Les professeurs sont alors complètement démunis et l'existence de niveaux différents dans les classes implique l'alignement sur celui le plus faible, puisqu'on ne souhaite pas laisser les élèves en difficulté au bord du chemin. Toujours ce syndrome égalitaire à l'aune duquel on regarde la réalité à travers les yeux du plus faible ! » Oser parler de "syndrome égalitaire", devant une commission d’enquête qui s’inquiète des pertes des valeurs républicaines dans notre école, relève-t-il d’autre chose que de la négation même de ces valeurs ?

 

*** Dans le genre Slama fait encore plus fort : «  La loi Debré de 1959 sur l'école privée a été remarquablement astucieuse. Elle prévoit le financement de l'école privée, dans la mesure où il n'est pas de liberté formelle qui n'éprouve le besoin de sa consécration dans un exercice réel. Mais il y a des contraintes posées par contrat. Il y a des lieux où le caractère propre de l'établissement prime, d'autres où c'est la règle de la République qui s'impose. L'esprit de cette loi est resté. La proposition de loi étendant le principe de neutralité religieuse aux structures de petite enfance recevant des financements publics ne me choquait pas. Dès lors qu'il y a financement de l'État, ce dernier est en droit d'exiger une neutralité. Cette conception de la laïcité nous est propre : l'État neutralise la sphère publique. » Tout aussi hors sujet puisque les crèches ne sont pas du ressort de la commission, mais la finesse du rai(è)sonnement subjugue.  On passe de la subtilité (?) de la Loi Debré à un mécanisme brutal qui, appliqué à la lettre, voudrait dire que toute association recevant peu ou prou des subventions publiques est soumise au devoir de neutralité qui s’impose aux services publics. L’école privée, elle, pouvant continuer d’afficher son peu neutre caractère propre.

 

NB Parmi les auditionnés on peut noter aussi Nathalie MONS (CNESCO) et Philippe WATRELOT, Président du CRAP-Cahiers Pédagogiques.

Philippe MEIRIEU a aussi été entendu.

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