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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 15:38
Monet, Rue Saint-Denis, fête du 30 juin 1878

Monet, Rue Saint-Denis, fête du 30 juin 1878

Ce sont ceux qui en parlent le plus qui le connaissent le moins. Nos prétendus laïques qui évoquent avec une feinte nostalgie ‘l’école de Jules Ferry’ ignorent qu’il a préconisé le maintien des crucifix, si leur disparition provoque l’émoi de la commune et risque de vider l’école publique.  Nos intransigeants Républicains ne veulent pas savoir qu’il fut l’homme du compromis, de la transaction. A l’inverse, les procès anachroniques des anti-colonialistes et des féministes le vouent aux gémonies. Mona Ozouf, dans un essai nourri et de ses travaux sur l’école de la République et de sa biographie de Jules Ferry, redonne sa vraie place à celui qui en six ans a contribué à refaire la France.

Certes l’œuvre scolaire de Ferry reste, en quelque sorte, bénite. Mais on oublie que dans le maigre sextennat où il a pu exercer le pouvoir, Ferry a rétabli le mariage civil et nous a légué la liberté de la presse, de réunion, syndicale.

 

Surtout, et Mona Ozouf le met quasiment sur le même pied que les lois scolaires, Ferry a instauré l’élection des maires. A partir de 1882 (élection des maires pour toutes les communes) et surtout de la loi du 5 avril 1884 sur l'organisation des pouvoirs municipaux, la mairie fut constituée sur le modèle réduit d'une République parlementaire (élection au suffrage universel des conseils municipaux, élection par le conseil du maire, publicité des séances). Illustration de cette volonté  constante, chez Ferry, de l’équilibre entre un Etat fort, garant de l’unité, et une riche vie communale, garante de la complexité.

Contrairement à ce que l’on peut croire, les grandes lois scolaires de 1881 et 1882 ne bouleversent pas la scolarisation et la gratuité. Comme l’explique Mona Ozouf : “En 1880, la grande majorité des enfants fréquentait déjà l’école, mais par intermittence. Rendre cette fréquentation régulière nécessitait de recourir à la contrainte de l’obligation. Celle-ci s’accompagnait d’une discipline stricte à l’école : respect des horaires, des programmes, du règlement. La pédagogie, unifiée d’un bout à l’autre du pays, était autoritaire, mais les normes, fixées sans états d’âme, étaient alors soutenues par l’ensemble de la société : le classement des élèves, par exemple, était une hiérarchie perçue comme légitime, celle de l’effort, du mérite et de la valeur. La sélection paraît à Ferry, comme aux parents d’élèves, une idée progressiste. Quant à la gratuité, elle aussi était assez largement acquise. En 1880, les deux tiers des élèves du primaire en bénéficiaient déjà. Mais sa généralisation donne à Ferry l’assurance de mêler sur les bancs de la classe ceux qui, lors du service militaire, seront, explique-t-il, « mêlés sous les drapeaux de la patrie”.

“Seul le troisième terme de la trinité scolaire, celui de laïcité, avait un caractère d’absolue nouveauté.

Procès anachroniques

 

Les champions de la revendication occitane, basque ou bas-bretonne “sont enclins de voir en Ferry un adversaire déterminé des cultures régionales.” Or, pour Mona Ozouf, il ne s’agit pas d’une politique délibérée : pas plus que ses adversaires conservateurs, il ne perçoit le problème. “La propension personnelle de Ferry de tout réduire au politique explique à la fois son insensibilité aux différences culturelles et son extrême sensibilité aux couleurs des lieux et des milieux où il doit inscrire son action.

 

Alors qu’un féminisme intransigeant le présente comme un ennemi des femmes, Ferry a, au contraire, tenu à ce que l’école obligatoire, gratuite et laïque le soit pour les garçons et les filles, avec le même programme sur les matières de base. Certes les filles étaient astreintes aux travaux d’aiguille et les garçons au jardinage, mais près d’un siècle plus tard, on trouvait ces mêmes distinctions dans les travaux manuels au collège (ateliers bois et fer d’un côté, couture et cuisine de l’autre) ! Ferry était “convaincu que si de son œuvre ne devait rester qu’une illustration, celle que la postérité retiendrait serait l’éducation des filles”.

 

Statue de Saint – Dié

Le monument de Saint-Dié-des-Vosges (1896), dû au sculpteur Antonin Mercié, représente, devant le piédestal supportant la statue en pied de l'homme d'État, une Marianne symbolisant la République, un enfant annamite rappelant l'œuvre coloniale de Ferry, ainsi qu'un écolier qui évoque les lois scolaires des années 1880. Deux autres exemplaires de cette statue ont été coulés. L'un destiné à la ville de Tunis, l'autre à la ville de Hanoï

Reste le procès suprême : Ferry-Tonkin, Ferry le colonisateur, Ferry le colonialiste.

François Hollande, lui rendant hommage, prend bien soin de préciser qu’il salue son œuvre scolaire. Pas son œuvre coloniale, bien sûr.

Mona Ozouf explique à F. Busnel (Grande librairie, 24/04/14) que cette politique coloniale est justifiée par la brèche étroite qui s'ouvre à la politique française. Après la défaite épouvantable de 1870, qui voit l'amputation territoriale et l'armée démantelée, le drame de la Commune dont personne ne sait qu'elle est la dernière des révolutions, dans un pays incroyablement fragile, avec Bismarck qui verrouille la politique étrangère, la seule brèche, c'est la politique coloniale, pour redonner de la grandeur à la France, lui rendre son rang de grande puissance.

Pour Ferry comme il faut faire parvenir des petits paysans analphabètes à la conscience civique, de la même façon, il faut faire parvenir les populations indigènes à la ‘civilisation’. Aujourd'hui, si on emploie le mot "race", on est raciste ; quelqu'un partisan de la colonisation, est colonialiste. Mona Ozouf nous apprend que J. Ferry est l'auteur d'un rapport sur l'Algérie très critique sur l'attitude des colons. Il est plein de la fierté d'établir des écoles en Algérie. Des écoles qu'il appelle "mes filles". Les colons le traitent de gâteux sentimental. “Colonisateur assurément. Mais colonialiste, non.” 

Homme le plus haï de France, en son temps. Et il le paya de trois attentats, le dernier lui laissant une balle dans le corps.  Et cette haine fut, paradoxalement, due à ce qu’il fut un modéré. “Modéré il était, et il avait beau répéter qu’en général ce sont les modérés qui se montrent les plus résolus, c’est précisément ce qu’on ne pouvait lui pardonner. La pente nationale est de voir dans la prudence une lâcheté, dans le compromis”,  une compromission, dans la transaction, une trahison, dans une concession, une capitulation !

Et Mona Ozouf d’évoquer le philosophe Renouvier qui écrivait “Au niveau local comme au niveau national, la fonction d’une assemblée délibérative est d’arriver à des transactions et à des concessions, après examen réfléchi de toutes les possibilités. C’est pourquoi Renouvier est opposé au mandat impératif, qui interdit tout compromis. Le régime démocratique tire sa force de cette structure de négociation entre les volontés”. (Marie-Claude Blais) Tout en ayant conscience que pour le français “tout ce qui n’est pas idéal, n’est que misère”.

 

Ferry a été victime de son propre camp, la gauche, là où règnent les hommes “élevés à l’école du tout ou rien”.

Gallimard "L'esprit de la cité" (cliquer pour agrandir)Gallimard "L'esprit de la cité" (cliquer pour agrandir)

Gallimard "L'esprit de la cité" (cliquer pour agrandir)

L'Histoire No 130, Février 1990 EXTRAITS

 

L'HISTOIRE : Avant même Jules Ferry que l'on crédite d'avoir imposé la scolarité à tous les enfants, beaucoup de petits Français vont à l'école...

MONA OZOUF : En 1870, la grande majorité des enfants français sont déjà scolarisés et, la plupart du temps, dans une école publique. L'oeuvre des prédécesseurs de Jules Ferry traduit, en fait, la prise en compte d'une demande sociale, véritable moteur de l'extension du réseau scolaire. Par delà la véhémence des querelles sur l'école, deux idées fondamentales ont émergé au cours du XIXe siècle: la nécessité d'une formation homogène des maîtres sur l'ensemble du territoire national (la création des Écoles normales de garçons remonte à Guizot) ; l'impératif d'un curriculum scolaire unifié. Et l'immense débat sur l'obligation scolaire qui agite les débuts de la IIIe République surgit au moment où la question est déjà presque réglée dans les faits, même si l'école n'est pas encore dans ce cadre aux emplois du temps et aux programmes stricts que définira Ferry.

 

L'HISTOIRE: Est-ce, alors, la question de la laïcité qui provoque tant de passions dans les années 1880 ? Car le combat des républicains pour l'installation et la consolidation du régime semble passer par la victoire de l'école laïque, au point de créer un lien quasi organique entre les deux notions...

MONA OZOUF : Oui, si Jules Ferry n'invente pas l'école pour tous, il crée l'école laïque de la République, ce lieu d'intégration et de formation du citoyen qu'avait déjà défini la Révolution. Par ailleurs, on ne peut comprendre l'intensité des passions soulevées par la question de l'école au moment du vote des lois Ferry sans tenir compte du contexte politique des années 1870-1880. Après la guerre de 1870 perdue contre la Prusse, et pendant l'Ordre Moral, l'offensive catholique s'appuie sur l'idée que la défaite de la France - châtiment de Dieu - est largement imputable aux mauvais instituteurs. Déjà sous la monarchie de Juillet, Montalembert - le champion de la liberté de l'enseignement - opposait l'armée défaitiste et démoralisatrice des instituteurs à l'armée des prêtres... L'Église de la fin du XlXe siècle jette tout le poids de son système d'enseignement dans son combat contre la République. Dans ce climat, la laïcité devient la pierre de touche des lois Ferry (1881-1886) qui imposent aussi la gratuité et l'obligation.

C'est surtout la laïcité des programmes qui a provoqué une vive controverse ; fallait-il ou non inscrire Dieu au programme ? Pouvait-on concevoir un enseignement moral séparé de l'enseignement religieux ? Jules Ferry, Jean Macé et les autres auteurs de la législation laïque n'étaient pas des matérialistes. Mais la logique du combat politique les a conduits à séparer l'éducation religieuse de l'éducation morale, alors que leurs convictions ne les poussaient pas dans ce sens.

 

L'HISTOIRE : L'école de Jules Ferry est aussi un formidable instrument au service de l'intégration nationale, Qu'ils soient Bretons ou Basques, les enfants français passent tous par la même école.

MONA OZOUF : Aux yeux de Jules Ferry, les appartenances régionales ne menacent pas le moins du monde l'unité nationale. La France ne lui semble pas non plus déchirée par un affrontement social, opinion pour le moins originale au sortir de la Commune. C'est la mémoire historique qui lui paraît créer deux France, de part et d'autre de la grande fracture de 1789. Pour réconcilier ces deux jeunesses, élevées l'une dans la révérence et l'autre dans la répulsion de 1789, Jules Ferry veut constituer des souvenirs communs aux petits Français. D'où son attachement à l'enseignement de l'histoire précédant la Révolution, pour y montrer, comme le fait Lavisse, tous les changements qui préparent souterrainement l'avènement de la liberté moderne.

 

L'HISTOIRE : Et qui sont donc les instituteurs de l'école créée par Jules Ferry , Quel sorte de corps forment ceux qu'on appellera bientôt les "hussards noirs de la République" ?

MONA OZOUF : Je ne crois pas que le portrait politique des instituteurs, tel qu'il est présenté par la droite ou par la gauche, soit tout à fait exact. Les instituteurs de la Belle Époque ne sont ni des agents de l'irréligion organisée ni de farouches défenseurs d'une doctrine républicaine pure et dure.

Mais on doit constater que ce corps a très vite lié son sort à celui de la République démocratique. En les plaçant sous l'autorité de la hiérarchie académique, la République a libéré les maîtres d'école de tutelles locales souvent insupportables, qui les exposaient à être déplacés au gré des affrontements de clochers. Mais il y a, à mon sens, une seconde raison, d'ordre philosophique : une parenté profonde entre le métier d'instituteur et la croyance centrale de la République, soit la foi dans le progrès. Le maître d'école le plus modeste est convaincu qu'il a le pouvoir de noter, d'observer et d'organiser la progression du savoir enfantin et qu'il s'agit d'autant de victoires remportées sur l'ignorance et la superstition. Tout comme la République française se fonde sur le progrès des sciences et de la Raison.

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 07:39
... pour un grand livre

Voulez-vous lire un immense roman qui pourrait être la matrice de « Games of thrones » (sans les dragons) et de « Dallas » réunis, à ceci près que les méchants sont punis et les bons récompensés ?

 

Voulez-vous savoir ce qui se passe dans la tête et dans le cœur d'un homme quand sifflent les balles, que tombent les boulets, que la fumée des canons forme un tel brouillard qu'il y voit moins bien que Fabrice à Waterloo ? Ou la veille de la bataille, quand on sait qu'on mourra peut-être quelques heures plus tard, et qu'on chante avec ses compagnons d'armes ? Et voulez-vous savoir ce qui se passe dans la tête et dans le cœur d'une petite jeune-fille de quatorze ou quinze ans, qui va à son premier bal, dont les bras sont encore trop maigrelets pour emplir la manche de sa robe, et que sa poitrine ne remplit pas davantage son corsage, mais qu'elle se rend compte soudain qu'un homme jeune et beau, riche qui plus est, celui que toutes celles qui sont déjà plus femmes qu'elle regardent à la dérobée, a les yeux sur elle plus souvent qu'il ne faut, et qu'il se dirige vers elle pour la première valse ?

 

Vous êtes-vous déjà demandé comment, après Hegel, vous pouviez penser l'Histoire telle qu'elle se fait ? Quel crédit il faut accorder aux grands hommes et aux grands stratèges ? Jusqu'à quel point ils sont responsables des victoires ou des défaites qu'on leur impute ?

 

A moins qu'il ne faille les imputer aux peuples eux-mêmes, à leur « âme ». Mais cela existe-t-il ? ces mots ont-ils un sens ? Si tel est le cas, le véritable grand homme est celui qui ne fait rien, qui prend seulement soin de ne pas contrarier l'Histoire en marche, qui recule quand les temps lui sont défavorables pour limiter les pertes, et qui avance avec prudence quand les vents sont porteurs, pour ne pas gaspiller ses forces.

 

Ces quelques lignes vous inquiètent. Vous n'avez pas envie de philosopher. Vous avez envie de passions, à la manière d' « Autant en emporte le vent », d'amours, de haines, de ruines soudaines et de fortunes inattendues. La petite part un peu midinette de votre cœur, que vous soyez homme ou femme d'ailleurs, veut s'émouvoir, pleurer avec André, trembler avec Pierre, elle veut passer du rire aux larmes avec Natacha, se laisser un instant séduire par un beau ténébreux plus voyou que gentleman, ou haïr la séduisante Hélène, ce mauvais ange aux formes généreuses, sotte comme tout, et que la foule de ses admirateurs créditent d'un bel esprit.

 

Et vous voulez savoir comment d'adolescent fantasque on devient homme, comment les épreuves vous brisent ou vous apprennent comment vivre ? Et comment mourir ? Et la vie n'est-elle pas une force qui nous dépasse, qui, lorsque le malheur vous broie, après un temps, surgit malgré soi au coin d'un œil, et qui, sans que vous l'ayez voulu, et malgré tous vos stratagèmes vous emporte et vous amène des larmes du deuil aux soupirs amoureux ?

 

Un peu de « Games of thrones » un peu de « Dallas », pas mal d' « Autant en emporte le vent », quelques gouttes d'eau de rose, un peu de philosophie, quelques règlements de compte avec des contemporains, sur seize cents pages. Je les avais lues il y a 35 ans de cela, et j'avais tout oublié. Je les ai demandées en cadeau de Noël et je me suis dit, « c'est bien, j'en aurai pour un an au moins ». Ça m'a tenu trois mois.

C'est « La Guerre et la Paix », d'un certain Léon TolstoÏ. Ça ne fait rien, je vais attaquer le 3ème tome de la trilogie de Peter May, ouverte avec L'Ile des chasseurs d'oiseaux et continuée avec L'Homme de Lewis, autant de tragédies grecques sur les Hébrides écossaises, dans la pluie, le vent et la tourbe.    

 

Pascal Bouchard*

 

Léon Tolstoï La Guerre et la Paix

Éditeur : Pierre Pascal Traducteur : Henri Mongault Index historique par Sylvie Luneau Parution le 12 Mars 1945  Réimpression 2008, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1696 pages.

 

 

  * Pascal Bouchard (ToutEduc), auteur notamment d'un indispensable Anti-manuel d'orthographe, a déjà contribué à « Mes lectures favorites » (MLF) avec Un jour de colère (08/04/09) "Le principal, il nous aime pas", un livre exceptionnel (28/03/11) "Un Sujet français" (18/09/11)

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 12:02
Camélus (Un coin de paradis)

Camélus (Un coin de paradis)

Les jardins de mon père

 

On a jamais parlé mon père

ni de toi au fond ni de nous

cherchant temps et mots pour le faire

on a loupé ces rendez-vous

 

Tu es parti en me laissant

de ta longue vie que l'écume

ces petites choses flottant

sur un fond d'amertume.

 

Ton visage dans la glace

moutonnant de savon

toujours bien à ta place

ton opinel marron.

 

Ton vélo matinal

tes silences aux repas

ta sieste sur le journal

sur un coin d'formica.

 

Ton poste sur le frigo

Zappy max les mille francs

Quitte ou double les infos

plus un bruit les enfants.

 

ton cahier de chansons

des banquets ou dimanches

Nuit de chine Madelon

Frou Frou les roses blanches.

 

 

Ton cirque Amar Pinder

et la piste aux étoiles

trapèze ou écuyère

tes bravos sous la toile.

 

Ton pot à tabac gris

et tes sachets de graines

ton carnet à semis

météo des semaines.

 

tes poules et tes lapins

morts de leur belle mort

dans le fond du jardin

toute ta vie ton port.

 

Ta lame dans le pain

dessinant une croix

la messe Le Pélerin

tes prières à mi-voix.

 

Ton bon dieu dans sa boîte

qui nous a éloigné

Ton De Gaulle et ta droite

qui nous ont séparés

 

Ta guerre que tu as tue

tes livres d' la Résistance

ce temps qui s'est perdu

qui a fait ma naissance.

 

Chanson Jean-Pierre Sautreau

Camélus

Camélus

La chanson éveillera, dans la génération dite du Baby Boom – pic de natalité, fin de la guerre jusqu’au début des années cinquante – bien des échos. Zappy Max et quitte ou double, on pourrait y ajouter Reine d’un jour ou La famille Duraton

Echo aussi, pour beaucoup, que ce père à la communication pudique.

Une excellente introduction au dernier opus de Jean-Pierre Sautreau « Dans le jardin de mon père »

Photo R. Demy

Photo R. Demy

« J’ai dû attendre quelques années avant de pouvoir, enfin, accoler un petit bout de terre à mon coin de table et alors, dans une évidente complémentarité, aller de mes rigoles de mots aux lignes poivrées des semis. » Ecriture et jardinage sont parents, écrit le préfacier. Ainsi, le jardinier-poète passe de sa table « dans la griffure des feuilles, le martèlement de l’encre », le matin au jardin « dans l’incision des carrés, l’ébruitement des graines » l’après-midi.

 

L’évocation de ce jardin paternel, au fil des saisons, des récoltes, avec ses outils familiers est d’abord celle d’une relation filiale, d’une communication comme impalpable, ténue et profonde.

 

Ce n’est qu’après son départ vers une autre vie après que l’auteur découvre ces 32 feuillets écrits au crayon de bois, début 1944, alors que son père était prisonnier de guerre : « Courts versets de l‘existence de ce jeune paysan enlevé à ses journaux de terre. » Jeudi 13 avril : après avoir arrosé mes châssis, je plante des salades toute la journée. Il a fait une belle journée. Le soir au lager je touche une carte de MJ du 14 mars. Mais, jamais, après, il ne touchera mot de ce très long exil.

 

Au fil des saisons et des travaux du jardin se dessine cependant le portrait de ce père taiseux. « Ça caille disait-il ou j’ai attrapé la grappe, pour dire qu’il avait l’onglée. (…) Il fallait vraiment un lever à pierre fendre pour qu’il ne file pas, même un temps bref, à son jardin, avant l’embauche. »(Février)

 

« Le dernier dimanche de janvier, il triait de grosses graines aplaties, sorte d’embryons ivoire. Sa collection de fèves précieusement glanées aux cosses séchées. (…) ce légume de l’âge de bronze, prisé par Pline ou abhorré par Pythagore était aussi le premier qu’il enterrait en poquets début février.(…) Quel plaisir en juin de prélever les longues capsules duveteuses et décoller de leur fourreau velouté ces fèves dont le dérobement de la première peau faisait éclater dans l’assiette un magnifique grain vert amande. »

Camélus (Les choux)

Camélus (Les choux)

Rapide allusion autobiographique dans l’évocation des choux : « Etais-je trognon ? Comme on le dit aujourd’hui autour des berceaux. Je n’ai pas dans l’oreille de Mon chou ou mon ptit chou susurrés par ma mère ou lui. J’ai des Bout d’chou par certains familiers. Dans les colos, quand le parisien était parigot tête de veau, j’étais le ventrachou mais pas tête de chou. »

Camélus (Les petits pois)

Camélus (Les petits pois)

Les petits pois, chers à Dranem, ont aussi droit à leur ode poétique, mais teintée de l’amertume du pré-ado exilé en pension. « Un jour j’ai su qu’on pouvait, plus encore, que dans la lumière blessée d’une cour, se sentir arraché des siens, dans l’égouttement d’un silence de réfectoire, le nez forcé dans des petits pois de pension. (…) Un jour j’ai su qu’on pouvait perdre l’enfance en gâchant le goût de ces petits pois frais qui sucraient mes printemps. »

Camélus (Juillet)

Camélus (Juillet)

Juillet et les enthousiasmes partagés avec le Tour de France « que nous suivions collés à la radio, sur la moto de Robert Chapatte ou Jean-Paul Brouchon. » éveilleront aussi des échos dans ces générations d’après-guerre.

« Le soir, dans les carrés, nous franchissions le Tourmalet dans la roue de l’aigle de Tolède Federico Bahamontes ou du grimpeur ailé Charlie Gaul. Encouragions Poupou d’une discrète poussette. Heureux équipiers, nous pédalions dans la terre, jusqu’au moment où le soleil perdait son maillot jaune derrière les framboisiers. »

 

« Voilà posé sur le fil de ma page, un drôle de corvidé aux fines ailes, bridées par une boucle de cuir. Je voyais toujours son bec crochu dépasser de ses poches de pantalon. Lame ovale croisant une plus épaisse en croissant. Un oiseau au poli de jais, dont la pupille saillante, me fixe latéralement.

Son dernier sécateur (…) Pour un peu, le serrant, je sentirai presque un cœur battre dans mes paumes. »

 

La note d’émotion pudique, bien sûr, que provoque ce sécateur est, peut-être la clé de ce livre.

 

Des critiques plus affirmés diront la justesse de cette prose dont les extraits ne donnent pas toute la vérité, puisque c’est dans l’équilibre de chaque texte qu’ils prennent tout leur sens.

Boutures poétiques dans le jardin de mon père
Boutures poétiques dans le jardin de mon père

Ce dernier opus de Jean-Pierre Sautreau unit encore le verbe de l’auteur aux oeuvres d’un plasticien. Ici les collages de Pierre Nivelle Camélus.

4e de couverture

4e de couverture

Recueil de 30 textes illustrés par 10 tableaux de Camelus

 

A commander chez l’Éditeur: Éditions Soc et Foc (voir son site)

ou chez l'auteur: Jean Pierre Sautreau 49 rue de Paris

85400 Luçon

12 €+2€ de frais d'envoi.

Ouest-France

Ouest-France

Vernissage et séance de signature à la Librairie Arcadie, Place du Petit Booth à Luçon le 7 décembre 2012

Photos R. et J.M. Demy

Signatures, chansons (mises en musique et interprétées par Christian Berjon) et lectures par l'auteur
Signatures, chansons (mises en musique et interprétées par Christian Berjon) et lectures par l'auteurSignatures, chansons (mises en musique et interprétées par Christian Berjon) et lectures par l'auteur
Signatures, chansons (mises en musique et interprétées par Christian Berjon) et lectures par l'auteur

Signatures, chansons (mises en musique et interprétées par Christian Berjon) et lectures par l'auteur

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 18:21
Les mites n’aiment pas les légendes

Après Les moustiques n’aiment pas les applaudissements, Les fourmis n’aiment pas le flamenco, vient de paraître le 3e opus d’Auguste Derrière, Les mites n’aiment pas les légendes !

Le titre primitif, Les mouches n’aiment pas les tapettes, a dû être abandonné pour ne pas prêter à confusion chez Civitas !

1er mariage, puis remariage
1er mariage, puis remariage

1er mariage, puis remariage

Non Auguste Derrière n’est pas un pseudonyme né d’un esprit à la culture potachère et néanmoins cornélienne (« Prends un siège Cinna et assieds-toi par terre, Ne crains pas de salir, ton Auguste derrière »).

 

Les moustiques nous avaient appris qu’Auguste Derrière était né à Bordeaux, fils de Juste et Prudence, le 29 février 1892. Quand Prudence avait senti l’arrivée imminente de sa progéniture, Juste avait pris les devants et retiré, avec  prudence, le petit Derrière du dedans.

Les fourmis nous livrèrent quelques photographies  dont celle du remariage d’Auguste Derrière, où on découvre ses parents Juste et Prudence. Les mites  nous font découvrir une photo sur verre de son premier mariage avec Henriette Derrière (née Dument).

        Les fouilles curieuses d’Albert Muddah et de son équipe de chercheurs ont aussi permis de découvrir un buste d’Auguste – un Aubuste – réalisé par le célèbre Emile Boulesteix de Royan.

Les mites n’aiment pas les légendes
Les mites n’aiment pas les légendes
Les mites n’aiment pas les légendes

Fouilles curieuses qui, surtout, nous offrent les innombrables trésors de la production de Derrière.

Son prénom antique le porte à l’apophthegme, comme « La diarrhée est une chose de la vie courante ». Les maximes foisonnent, ainsi recommande-t-il « Comme Jésus, faut jamais baisser les bras ». Dictons et pensées pullulent : « Têtue comme une moule », « Le plancher des uns, fait le plafond des autres », « Les femmes de Glasgow aiment autant l’Ecosse tôt que l’Ecosse tard »… C’est aussi un linguiste distingué : « Ne pas confondre marabout et bain aux algues », « L’andouille de Vire n’est pas un crétin normand »…

Les mites n’aiment pas les légendes
Les mites n’aiment pas les légendes
Les mites n’aiment pas les légendes

Mais l’enfant du quartier des Chartrons fut avant tout un as de la réclame. De la petite annonce – « Bricoleur aimerait rencontrer femme pleine de vices pour se mettre en cheville » - à l’affiche pour le savon Prok (Prok c’est net, savon intime pour les dames de la rue) en passant par des placards publicitaires comme celui de l’Edam Delarue, un amour de fromage…

   Inutile donc de recommander, dans la morosité ambiante, ce 3e tome de ce penseur, ancêtre direct de Pierre Dac. Comme on dit en Helvétie « Quand on a le moral en Berne, un bon mot d’Auguste, c’est de la Bâle ! »

4e de couverture

4e de couverture

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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 16:41
Anatomie d’un instant, Javier Cercas
Anatomie d’un instant, Javier Cercas

23 F : golpe de Estado de 1981 en España

 

J’ai raté ce livre à sa sortie en août 2010 parce que je suis nettement moins attentive aux parutions en période estivale. Réédité récemment en format poche, il n’a cette fois pas échappé à ma vigilance : le premier ouvrage de Cercas, un «roman-document» intitulé Les soldats de Salamine avait suscité mon enthousiasme il y a une dizaine d’années au point que je l’ai prêté et offert à plusieurs reprises autour de moi. Après le succès mérité de ce livre mêlant réalité et fiction sur les derniers moments de la guerre civile espagnole, Cercas (natif de Caceres, mais établi depuis sa plus tendre enfance en Catalogne) a voulu rééditer l’exploit à propos du coup d’état du 23 février 1981. Cependant, son brouillon achevé, il renonce à la fiction comprenant « que les faits du 23 février possédaient en eux-mêmes cette force dramatique et ce potentiel symbolique que nous exigeons de la littérature ».

Anatomie d’un instant, Javier Cercas
Anatomie d’un instant, Javier Cercas

Cerclé en rouge : Adolfo Suarez essayant de retenir Manuel Guttiérrez Mellado

Beaucoup d’entre nous se rappellent les images du lieutenant-colonel portant le tricorne de la Guardia Civil et de ses hommes prenant d’assaut les Cortes le jour de l’investiture de Calvo Sotelo (qui doit remplacer Adolfo Suarez comme chef du gouvernement)  et exigeant sous la menace et les coups de feu que les députés et le personnel se couchent au sol. Tous obtempèrent, à l’exception de trois « rebelles » : Adolfo Suarez, président démissionnaire du gouvernement, Manuel Guttiérrez Mellado, vice-président en charge de la défense et de la sécurité nationale et Santiago Carrillo, élu du PCE. Ces images ne furent pas diffusées en direct (seule la radio continuait à émettre) mais le caméraman de la RTE continuait à filmer. Cependant, Cercas ne s’en est pas tenu à la séquence très partielle diffusée a posteriori : il a vu, revu, scruté la totalité de la bande qui constitue le « fil rouge » de son texte et qui en amorce chaque partie ; il a aussi enquêté sur les acteurs de la conspiration, recueilli des témoignages sur les jeux et les rivalités politiques, accomplissant, sans a priori, un travail de précision tout en faisant partager au lecteur ses hésitations et ses doutes (comme en témoigne l’utilisation récurrente de la conjonction ou). Par ses investigations, son esprit critique, il règle son compte au mythe d’un putsch d’opérette et fait véritablement œuvre d’historien contemporain.

 

Ce n’est pas le seul mérite de l’ouvrage. En effet, Cercas  développe longuement le comportement et le parcours des trois rebelles aux injonctions des putschistes.

  •  
  • Adolfo Suarez, issu des rangs du franquisme, est désigné en 1976 par Juan Carlos président du gouvernement pour mener la Transition démocratique. Habilement, il construit « les fondements d’une démocratie avec les matériaux de la dictature », obtient la légalisation des partis, la liberté de la presse, la rédaction et le vote d’une constitution... mais peine à faire appliquer les décisions. Le 23-F, il s’interpose pour dégager Guttiérrez Mellado de son affrontement avec les putschistes. Il est considéré comme un « foutriquet » et un traître par sa famille politique d’origine et  bien d’autres.
  •  Le général Manuel Guttiérez Mellado fut un franquiste de la première heure : il participa activement en 1936 à la rébellion de son unité contre le Frente Popular. Cependant, nommé en 1976 à Valladolid, il fait publiquement référence dans son discours d’investiture à l’Etat de droit et exige de ses subordonnés une totale et inconditionnelle soumission au pouvoir civil. Vice-président du gouvernement Suarez, chargé de la réforme militaire, il est acquis à la  monarchie constitutionnelle. Le 23-F, il se dresse furieusement contre les putschistes. Il est considéré comme un traître par ses pairs
  • Santiago Carrillo, d’abord secrétaire des Jeunesses socialistes, adhère au PCE en 1936 et rejoint le Bureau politique. En exil, il continue d’être actif mais prend ses distances avec l’URSS pour se rapprocher des eurocommunistes. A son retour en Espagne (1976), pour obtenir de Suarez la légalisation (1977) de son parti il reconnaît la monarchie parlementaire, le drapeau national, est élu député, fait participer le PCE à la rédaction de la constitution adoptée par référendum en 1978 : homme de compromis, il est accusé de révisionnisme par nombre de ses camarades. Le 23-F, il continue, impavide, à tirer sur sa cigarette : celle du condamné ? Allez, encore un traître !

 

Voilà donc trois traîtres ou trois (néo) adeptes de la légalité, ou trois soutiens de la transition démocratique, ou trois partisans de la réconciliation nationale (pour plagier Cercas) qui accomplissent « un geste de courage, de grâce, de révolte, de liberté. »

El rey Juan Carlos, en su mensaje difundido por RTVE en la noche del 23-F.

El rey Juan Carlos, en su mensaje difundido por RTVE en la noche del 23-F.

Une absence de réponse populaire

 

Ce n’est évidemment pas l’audace de ces trois hommes qui fit échouer le golpe ; quant à la réaction citoyenne, elle fut inexistante : « Telle fut la réponse populaire au coup d’Etat : l’absence de réponse ».

C’est en explorant les arcanes des préparatifs et du déroulement du complot que l’auteur dégage les facteurs déterminants de la faillite des trois militaires conspirateurs. Si la volonté d’éliminer Suarez était commune au général Armada (ex-conseiller de Juan Carlos, dévoré d’ambition), au général Milans del Bosch (responsable militaire de la région de Valence) et au lieutenant-colonel Tejero (un récidiviste !), au moment des faits, il apparaît clairement « que leur coup d’Etat était en réalité trois coups d’Etat différents. » Milans décrète l’état d’exception à Valence où les chars sont dans la rue mais il a surestimé son charisme puisqu’il se heurte à la défection de la division Brunete à Madrid (la plus puissante d’Espagne) tandis qu’Armada s’agite dans un jeu trouble qui entraîne la suspicion au Palais Royal et...chez Tejero. L’intervention digne et ferme de Juan Carlos à la télévision portera l’estocade à la tentative qui, en définitive, consolidera la monarchie (mais Cercas n’absout pas totalement le roi*).

 

Après avoir démontré la complexité du coup d’Etat, l’auteur s’étend sur la difficile cohabitation entre éthique et politique et c’est passionnant, très nuancé, jamais ardu grâce à la plume à la fois claire et sensible de l’écrivain (on retrouve dans cet ouvrage son goût pour la géométrie, la symétrie, les parallèles). Il clôt sur une note personnelle qui est un symbole de la réconciliation, du respect d’autrui, de l’affermissement de la démocratie. Plus que d’une chronique, il s’agit bien là d’une œuvre littéraire.

 

* Lothar Lahan, ambassadeur d'Allemagne à l'époque, aurait estimé que le roi avait montré de la compréhension, sinon de la sympathie pour les putschistes ("mostró comprensión, cuando no simpatía frente a los golpistas aquel infausto 23-F")

 

 

Rappel : la rubrique MLF - Mes lectures favorites - est l'oeuvre de MFL - Marie-France Launay - sauf rare exception.

Anatomie d’un instant, Javier Cercas
Anatomie d’un instant, Javier Cercas

Actes Sud, collection Babel 10,50 €

 

 

 

 

Quelques images du putsch

Anatomie d’un instant, Javier Cercas
Anatomie d’un instant, Javier Cercas
Anatomie d’un instant, Javier Cercas

Mort de Franco, le roi Juan-Carlos prête serment, Adolfo Suarez aussi devant Juan-Carlos comme 1er ministre.

Céder sur l’accessoire

pour ne pas céder sur l’essentiel

 

« La Transition fait déjà partie de l’Histoire, écrivit en 1996 le sociologue J. Linz. Aujourd’hui, elle n’est plus un sujet de débat ou de lutte politique. » (…)

[Mais] depuis la Transition est (…) un objet de lutte politique. (...) ce changement est la conséquence d’au moins deux phénomènes : le premier est l’arrivée au pouvoir politique, économique et intellectuel d’une génération de gauche (…) qui n’avait pas pris part au passage de la dictature à la démocratie et qui considère que ce passage a été mal fait (…) ; le second est le renouvellement (…) d’un vieux discours d’extrême gauche selon lequel la Transition avait été le fait d’une tromperie négociée entre les franquistes désireux de rester coûte que coûte au pouvoir, menés par Adolfo Suárez, et des gens de gauche assujettis, menés par Santiago Carrillo, une tromperie dont le résultat ne fut pas une véritable rupture avec le franquisme (…) configurant ainsi une démocratie (…) insuffisante. Entre une bonne conscience aussi granitique que celle des putschistes du 23 février (…) et (..) la simple méconnaissance de l’Histoire récente, les deux phénomènes risquent d’attribuer le monopole de la Transition à la droite (…) alors que la gauche, cédant au double chantage d’une jeunesse narcissique et d’une gauche ultramontaine, semble par moments prête à se désintéresser de la Transition (…).

 

Même si on ne connut pas cette joie particulière qui aurait accompagné l’écroulement instantané d’un régime d’épouvantes, la rupture avec le franquisme fut néanmoins une rupture authentique. Pour y parvenir la gauche a fait de multiples concessions, mais faire de la politique suppose de faire des concessions, parce qu’elle consiste à céder sur l’accessoire pour ne pas céder sur l’essentiel ; la gauche céda sur l’accessoire, mais les franquistes cédèrent sur l’essentiel : le franquisme disparut et ils furent obligés de renoncer au pouvoir absolu qu’ils avaient détenu pendant un demi-siècle. La justice, certes, ne s’est pas faite pleinement, la légitimité républicaine violée n’a pas été restaurée, les responsables de la dictature n’ont pas été jugés, les victimes n’ont été (…) complétement dédommagées, pourtant on a construit une démocratie qu’il aurait été impossible de construire si l’objectif  prioritaire n’avait pas été de construire l’avenir mais (…) de corriger le passé : le 23 février 1981, (…) après quatre ans de pouvoir démocratique, l’armée tenta un coup d’état qui faillit réussir, ainsi est-il facile d’imaginer qu’elle aurait pu être la durée de vie de la démocratie si (…) à ses tout débuts, un gouvernement avait décidé de pleinement imposer la justice (…) Que le système politique issu de cette époque-là n’est pas une démocratie parfaite est un truisme : peut-être que la dictature parfaite existe (…)  mais la démocratie parfaite n’existe pas car ce qui définit une véritable démocratie est son caractère flexible, malléable (…) toujours perfectible (…)  La démocratie espagnole n’est pas parfaite, mais (…) bien plus solide que la démocratie fragile que le général Franco avait renversée par la force. Tout cela fut essentiellement une victoire pour l’antifranquisme, une victoire pour l’opposition démocratique, une victoire pour la gauche qui obligea les franquistes  à comprendre que le franquisme n’avait d’autres avenir que son extinction complète. Suárez l’a immédiatement compris (…) nous lui devons (…) la période la plus longue de liberté que l’Espagne ait connue dans son histoire. (…) Le nier est nier la réalité, ce vice suranné d’une certaine gauche  encore gênée par la démocratie (…) Enfin, le franquisme fut une histoire malheureuse,  mais sa fin ne l’a pas été.

 

(extraits d’Anatomie d’un instant, édition « babel » pages 498 à 501)

 

PS C'est évidemment moi qui ai mis en relief certains passages.

 

A noter un article de Javier Cercas Adolfo Suárez, l’homme qui tua Francisco Franco dans Libération du 7 avril 2014

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 21:27

Le 10/10/2013 à 13:19 | AFP Le prix Nobel de littérature attribué à la Canadienne Alice Munro. Le prix Nobel de littérature 2013 a été décerné jeudi à la Canadienne anglophone Alice Munro, 82 ans, décrite comme « la maîtresse de la nouvelle contemporaine ». Elle est la première ressortissante du Canada à décrocher ce prix de littérature, et la treizième femme au palmarès.

Le 11/10/2013 à 05:00 La Canadienne Alice Munro reçoit le prix Nobel de la littérature.  « C’est absolument formidable ». C’est ainsi qu’Alice Munro, 82 ans, a réagi hier, lorsqu’elle a appris qu’elle venait de décrocher le Nobel de littérature.

 

'Le Bien Public'

Paris-Stockholm

Le jeudi 10 octobre, le jury de Stockholm attribue le prix Nobel 2013 de littérature à Alice Munro, écrivaine canadienne de 82 ans, spécialiste de l’écriture de nouvelles[1]. On ne l’attendait pas, elle n’y s’y attendait pas : la nouvelle est un genre peu prisé par les critiques. L’auteur de ce billet qui, en tout petit amateur, s’essaie à ce genre littéraire s’en réjouit. Surtout, il file le jour même à la librairie pour acquérir, sinon l’ouvrage objet du prix, tout au moins un ouvrage de la lauréate. Il espère trouver dans cette lecture quelque leçon dont il fera son miel.

 

Les rayons des librairies, depuis deux mois, flamboient des nombreux prix littéraires qui, comme les feuilles mortes de Prévert et Gainsbourg, se ramassent à la pelle en cet automne coloré d’été indien. J’y cours, j’y furète : de prose d’Alice, point.

 

Stupeur des vendeurs et vendeuses interrogés. « On n’a pas de stocks… cette auteure n’était pas bien connue … On a certainement du passer des commandes… Les éditeurs doivent faire des tirages ». Je vois, au fond de leurs yeux, désolation, désespoir, effarement. On imagine, en d’autres temps, en d’autres lieux, la tentation d’un ultime geste de samouraï. Une librairie trouve, au fond d’un étalage, un exemplaire de l’ouvrage. Je l’abandonne élégamment à une lectrice qui passait là au même moment pour la même pathétique cause. J’observe jour après jour les étalages. Le samedi 19 octobre, l’ouvrage s’offre à ma gourmandise.

 

Perplexe, je m’interroge : le moindre prix littéraire hexagonal déclenche dans l’heure l’apparition de l’ouvrage à profusion « en tête de gondole » alors qu’un prix mondial met 8 jours pour faire le trajet Stockholm-Paris.

 

De deux choses l’une : ou les prix hexagonaux sont courus longtemps à l’avance, ou les libraires français ne lisent plus : la dame écrit, en effet, depuis 45 ans. Dans les deux cas j’y vois au moins une faute de goût. Pauvre Albert Camus, pauvre Monsieur Germain.

 

Gérard Giraud

 

[1] « Trop de bonheur », éd. L’Olivier – 316 P., 24 €)

GG, vieux (façon de parler) complice sguénard m'a déjà honoré - mais non, n'attendez pas le classique ' de Balzac' - d'un haïku et de pertinents commentaires. Je me réjouis qu'il contribue au deblog-notes.

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 16:30
Sonnets votifs (Ex-voto érotiques)

Ouvrage singulier que  cette édition bilingue des Sonetos votivos (Exvotos éroticos) de Tomás Segovia. Bilingue et trimétrique, si l’on permet ce néologisme, puisque les 50 sonetos de onze syllabes, pratiquement inusités dans la poésie française, sont doublement traduits en décasyllabes et alexandrins.  Cette contrainte formelle oblige les traducteurs, non pas à la trahison, mais à la transposition.

 

Traduction-transposition faite en plein accord avec l’auteur, bilingue lui-même puisqu’il avait fait une grande partie de ses études d’abord au lycée français de Madrid, puis à Paris et au Maroc côté protectorat français. Segovia n’ignorait rien des affres du traducteur puisqu’il fut accusé d’avoir trahi Lacan dans sa traduction des « Ecrits ». Il aimait la difficulté puisqu’il traduisit aussi Foucauld ou Derrida.

 

Autre singularité, cet exercice « technique, ludique et poétique » a été mené par quatre versificateurs – que dis-je ? poètes aussi - les vingt premiers par Jean-Jacques Pécassou et Louis Panabière, les trente derniers par Thomas Barège et Bernard Sicot. Bernard Sicot qui s’était déjà lancé dans ce difficile exercice de traduction en vers de Variations sur thème mexicain d’un autre exilé espagnol Luis Cernuda, ainsi que le Journal de Djelfa de Max Aub.

 

Rareté aussi – même si Victor Hugo, entre autres, a été un étonnant dessinateur – Tomás Segovia illustre trois poèmes de ses propres lithographies.

 

Quelques exemples montreront comment les contraintes que se sont données les auteurs – de nombre de syllabes selon les règles classiques, de rimes et pour l’alexandrin de césure médiane – amènent à deux versions légèrement divergentes du même texte :

 

Sin piedad empuňado y sacudido,

tu cuerpo gime, implora y desvaría

en el alto voltage de agonía

por mis dedos y labios inducido.

 

Sans piété empoigné et secoué,

Ton corps implore, délire et gémit

Sous le haut voltage de l’agonie

Par mes doigts et mes lèvres généré.

 

Sans aucune pitié empoigné et secoué,

Ton corps en gémissant, en implorant divague

Soumis à l’agonie du plus haut des voltages

Que mes lèvres et mes doigts lui ont communiqué.

Lithographie de T. Ségovia

Lithographie de T. Ségovia

Entre los tibios muslos te palpita

un negro corazón febril y hendido

de remoto y sonámbulo latido

que entre oscuras raíces se suscita ;

 

Entre tes cuisses tièdes, il palpite

Un cœur noir, profond, fébrile et parti,

Somnanbule au battement amorti

Par d’obscures racines qui l’abritent ;

 

Entre tes cuisses tièdes en sourdine palpite

Un cœur noir plein de fièvre et du déchirement

D’un ancien somnabule et vague battement

Qui d’obscures racines lui-même se suscite.

Sonnets votifs (Ex-voto érotiques)

y ofrecias sensual a mi porfía

la masa de las nalgas prodigiosa,

guiando mi mano hacia tu pubis rubio.

 

Et tu offrais, sensuelle, à mon assaut

La masse de tes fesses prodigieuse,

Guidant ma main vers ton pubis doré.

 

Et tu offrais sensuellement à mes efforts

La masse prodigieuse et dense de tes fesses

En conduisant ma main vers ton chaud pubis blond.

Sonnets votifs (Ex-voto érotiques)

De tu cuerpo arqueado de honda loba

penden tus pechos niňos, indefensa

su desnudez bajo la sombra immensa

de estaverdad abismalmente proba.

 

De ton corps arqué de louve rebelle

Pendent tes petits seins, et sans défense

Se tient leur nudité sous l’ombre immense

D’une probité abyssale et réelle.

 

De l’arc formé par ton corps de louve profonde

Pendent tes seins petits, offerts et sans défense

Dans leur totale nudité sous l’ombre immense

De cette vérité abyssalement probe.

 4ème de couverture

4ème de couverture

Sonnets votifs - Sonetos votivos
Ex-votos érotiques/exvotos eroticos


 

Tomàs Segovia

Tomás Segovia a très tôt attiré l’attention par sa façon d’aborder une thématique gênante pour la poésie en langue espagnole : l’érotisme. Non seulement parce qu’il le faisait d’une manière subtile, sans la misogynie en usage, au-delà du lieu commun et de la provocation, mais parce qu’il le faisait de l’intérieur même du langage, en incarnant l’expérience dans des mots. L’amour – ou l’une de ses particularités : l’érotisme – peut parfaitement constituer un axe thématique servant à saisir sa poésie lyrique, à l’ordonner, à composer des anthologies. C’est l’objet de ce livre, un sommet de la poésie amoureuse contemporaine. Dans les années 1970, les vingt premiers sonnets furent traduits en décasyllabes par Jean-Jacques Pécassou et en alexandrins par Louis Panabière, tous deux amis du poète. Le projet de publication n’ayant pu se concrétiser, Tomás Segovia confia en 2010 à Bernard Sicot et à Thomas Barège la traduction des trente sonnets suivants dans les mètres choisis par les premiers traducteurs. Au regard des hendécasyllabes originaux, cette poursuite de l’exercice de double traduction, conforme aux voeux de l’auteur, conserve à l’entreprise initiale son triple aspect, technique, ludique et poétique. Tomás Segovia (Valencia 1927 - Mexico 2011) et sa famille ont connu l’exil au Mexique après la guerre civile espagnole. Traducteur, essayiste, narrateur mais surtout poète de renommée internationale, publié à la fois au Mexique et en Espagne, traduit en plusieurs langues, il est titulaire des prix Octavio Paz (2000), Juan Rulfo (2005) et Federico García Lorca (2008).


Texte bilingue français / espagnol


Traduction de l’espagnol par Thomas Barège (maître de conférences, Université de Valenciennes), Louis Panabière († professeur, Université de Perpignan), Jean-Jacques Pécassou (professeur d’espagnol, ex-chargé de cours à l’Université de Toulouse-Le Mirail) et Bernard Sicot (professeur émérite, Université Paris Ouest).

 

Riveneuve éditions 12 € (peut être commandé par Internet à http://riveneuve.com/)

Tomàs Segovia

Tomàs Segovia

Pour compléter :

El escritor sin nostalgia

Diego Rivera

Diego Rivera

Un des sonnets.

 

XXVIII

 

 

Nunca estoy más fundido con tu vida,

más en la honda ruta en que perdido

sigo tu más recóndito latido,

que si cedes la grupa estremecida,

 

y en esa estrechez trémula y ceñida,

paciente, cuidadoso, conmovido,

me abro paso a tu túnel guarecido

mientras toda tú anhelas suspendida.

 

Y estoy entero en ese extremo mío

bajo tierra en tu fiebre sepultado,

semilla henchida de tu paroxismo;

 

y aguardo la avenida de tu río,

en tu mina más tórrida clavado,

vivo en el epicentro de tu sismo.

 

Je ne suis point dans ta vie plus ancré,

Plus sur la profonde route où, perdu,

Je suis ton battement le plus reclus,

Que si tu cèdes, la croupe ébranlée ;

 

Dans la tremblante étroitesse serrée,

Patient, attentionné aussi, ému,

Alors que tout ton souffle est suspendu

J’avance dans ton tunnel protégé.

 

Et je suis entier en mon logement

Sous la terre, inhumé dans ton frisson,

Semence gavée de ton paroxysme ;

 

Et je guette la crue de ton torrent,

Cloué dans ton plus torride filon,

Je vis à l’épicentre ton séisme.

                (TB)

 

Jamais je ne me sens plus fondu à ta vie,

Plus perdu sur la profonde route où chercher

Ton battement le plus secret, le plus caché,

Que lorsque tu me cèdes ta croupe qui frémit,

 

Et que ceint d’étroitesse et de ton tremblement,

Patient, précautionneux, saisi par l’émotion,

Je m’ouvre ton tunnel bravant sa protection

Pendant que tout ton être pris de désir attend.

 

C’est mon refuge extrême où je vis tout entier,

Tout entier sous la terre en ta fièvre inhumé,

Semence que tu gonfles au feu du paroxysme ;

 

Et j’attends la venue de ton fleuve gorgé,

Là où, cloué dans ta mine la plus torride,

Je vis à l’épicentre au plus fort séisme.

                                                              (BS)

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 22:36

Naguère, sur Radio-France, je me régalais à écouter deux chroniqueurs bien différents par leur personnalité et leur style :

 

Alain Rey 220Sur France Inter, pour clore la matinale, Alain Rey, en fin linguiste à la bonhomie malicieuse et gourmande, décortiquait dans Le mot de la fin un terme, une expression en phase avec les infos qui précédaient. Il a disparu sans tambour ni trompette de la grille des programmes en juin 2006.


Nicolas-d-Estienne-dOrves 5386.pjpegUne fois par mois, sur France Musique, dans l’émission Etonnez-moi Benoît (de Benoît Duteurtre) Nicolas d’Estienne d’Orves a présenté pendant 5 ans, en dandy polisson, des trouvailles discographiques olé olé, provocatrices et désopilantes à l’heure du déjeuner le samedi. Il a été viré pour « blasphème et pornographie » par le Grand Inquisiteur de la chaîne et de l’époque pour avoir diffusé « Il est né le divin enfant » version paillarde en décembre 2008.


 

 

 

 

Je viens de retrouver le premier pour le Dictionnaire historique de la langue française  et le second avec Les fidélités successives.

 

alain-rey dicthist 01

Le Robert a eu la bonne idée de rééditer en « poche » le Dictionnaire historique de la langue française ce qui le rend plus maniable, moins fragile et moins onéreux. Mais n’espérez pas glisser un des trois volumes (4000 pages en tout) dans une de vos « profondes » !

 

alain-rey dicthist 02Les intentions de l’équipe de rédaction, dirigée par Alain Rey sont décrites en présentation et ont été scrupuleusement respectées et complétées par des mises à jour. A chaque consultation de cet ouvrage, on peut vérifier la vitalité de notre langue, sa variété, ses facultés d’adaptation, son aptitude à intégrer « certains usages spontanés qu’ils soient régionaux… populaires ou argotiques » de l’ensemble de l’espace francophone comme le souligne Alain Rey dans un bref (mais dense) avant-propos très convaincant et empreint de modestie. On ne peut être qu’admiratif devant le degré d’exigence, le patient travail de recherche et la réjouissante ouverture d‘esprit dont témoigne chaque article. Bravo à toute l’équipe qui a œuvré pour cette belle réussite !


A offrir ou à s’offrir pour célébrer la Semaine de la langue française et de la francophonie* ! 70 € aux éditions Le Robert.

 

 nicolas-d-estienne-d-orves1

Avec Les fidélités successives, Nicolas d’Estienne d’Orves s’éloigne nettement de ses facéties sur  France Musique.


Sur l’île anglo-normande imaginaire de Malderney, Guillaume Berkeley a connu une enfance et une adolescence privilégiées mais n’a pas eu de contacts avec l’extérieur à l’exception de ses rencontres avec Simon Bloch, un Parisien aisé et lettré qui y élit  régulièrement domicile à l’été. Sur un coup de tête, le jeune homme de 18 ans débarque à Paris en compagnie de Simon … le 1er septembre 1939. Son hôte lui fait découvrir et fréquenter les intellectuels et les artistes de la capitale. En 1940, Simon fuit seul la « peste brune » sans avoir pu convaincre son jeune protégé mais en laissant à sa disposition son appartement cossu. Pendant l’Occupation, les « fidélités successives » et contradictoires de Guillaume me semblent issues non d’un choix conscient et raisonné mais d’une certaine propension à se laisser dicter sa conduite, dans l’urgence, par les circonstances. On pense bien sûr à Lacombe Lucien de Louis Malle. Cela finira évidemment aussi très mal.

La construction du récit est étonnante mais très efficace. Dés le début, on sait à quoi s’en tenir. Le prologue, qui aurait pu constituer un épilogue, est une adaptation cruelle de la prose de Madeleine Jacob, chroniqueuse judiciaire au Libération de la période de l’épuration.


La première partie, intitulée MALDERNEY L’avant-guerre nous éclaire sur la personnalité des protagonistes par l’intermédiaire d’un narrateur anonyme qui seul, à la fin de cette période pourra nous ramener brièvement sur les lieux dix ans plus tard.


Dans PARIS La guerre, c’est le JE de Guillaume qui prend le relais et le nouveau prologue fait très habilement le lien  par sa datation avec la fin de la partie précédente et il fait aussi écho au prologue attribué à Madeleine Jacob. Le témoignage direct de Guillaume dispense ainsi le narrateur d’émettre des jugements ; il tient aussi le lecteur à distance, tout en le captivant et en l’engageant insidieusement à se questionner, à se projeter dans la situation sans qu’il y ait jamais identification avec le personnage. Saluons là le talent subtil de l’auteur.


La dernière partie, MALDERNEY L’après-guerre, est très courte, de nouveau rédigée (et pour cause…) par le narrateur. Elle nous réserve un dénouement inattendu qui oscille entre noirceur et grandeur d’âme.


J’avoue avoir dévoré ce roman inclassable  pour lequel l’auteur explique qu’il a voulu « mettre en scène les ambiguïtés de l’époque ». Il a su faire le tri dans une abondante documentation qu’il cite en fin d’ouvrage pour créer une fiction terrible mais crédible. De surcroît, l’écriture est d’une élégance sans ostentation, à l’image des jolies trouvailles qui émaillent discrètement le récit.

23,90 € chez Albin Michel

 

*cerquiligniJe découvre pendant cette semaine le linguiste Bernard Cerquiglini et ses Petites Chroniques du français tel qu’on l’aime. C’est très enlevé, d’une pédagogie souriante avec des conseils judicieux pour éviter des expressions plus que douteuses comme « s’avérer vrai/ faux ». En outre, la mise en page est remarquable.

J’ai pourtant fait la grimace devant la définition de « se pousser du col » : « se faire valoir avec un peu d’orgueil provoQUANT » Si on substitue « vanité » à « orgueil » on voit bien que le participe présent est ici à proscrire.

Cela dit, je vais poursuivre avec jubilation la lecture de plus de 300 fiches savoureuses.

20,90 € chez Larousse

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 19:13

begaudeau -featured 2singes rock

 

"Ce qui m’intéresse c’est la passion politique en tant que passion viriliste, phallocratique, coercitive. Et comment on s’en déprend. Ce qui m’intéresse c’est la vie du corps. C’est la psychologie."

 

Comment ne pas parler d’un individu né à Luçon, et dont la prime enfance a eu lieu à St Michel-en-L’Herm quand, bien que natif de l’Anjou, on a élu domicile dans l’évêché le plus crotté de France ? Surtout que dans les premières pages, il évoque entre autres un Gérard Mercier dont j’ai tout lieu de croire qu’il n’est autre qu’un collègue chef d’établissement  (à qui je voue un éternel – enfin n’exagérons pas, disons un profond – ressentiment pour avoir rejeté méchamment mes courriels annonçant les magnifiques articles de mon deblog-notes).  D’autant que ledit individu, devenu Nantais fut un soutien indéfectible d’un club dont le fameux jeu – à la nantaise – est la matrice du jeu à la Barça. Et, j’allais l’oublier, il a fait ses premières armes avec un tuteur maoïste au Lycée Chevrollier (Angers) où je fus pion.

 

begaudeau portrait libre 2Mais de quoi est-il question ? De deux singes ou ma vie politique, de François Begaudeau (eh oui ! rappelez-vous l’auteur et acteur de « Entre les murs »).

Introspection – Begaudeau devenu Chouchou se dit le détective de lui-même -  se transformant en quasi-flagellation de soi-même, tout cela dans un bouquin de plus de 400 pages, a priori pas de quoi m’intéresser, moi qui me suis toujours défié de la contemplation de mon nombril, de peur sans doute de n’y voir que du vide.

 

Tout part d’un singe – Boubou – ramené clandestinement par un oncle africaniste et logé au fond du jardin vendéen pour se terminer sur un autre – le même ? – confié au narrateur par une voisine. « Narrateur » car, bien que l’ouvrage ait tous les traits d’une autobiographie avec un récit à la première personne, rien ne prouve qu’il ne soit pas « fictionnel » (et que mon Mercier ne soit pas le collègue dont j’ai dit tout le mal que je persiste à penser).

 

Entre les deux macaques un itinéraire certes, mais aussi son commentaire par le narrateur à l’auto-flagellation assez complaisante. Fils de profs – le père deviendra chef d’établissement – il participe avec fougue aux épreuves trimestrielles que propose le maître de CM1 : « je me souviens moins du contenu des exercices que de leur verdict, et encore moins des apprentissages qu’ils évaluaient […] Un champion de l’école de la République ne gâche pas son énergie à s’intéresser à ce qu’on lui enseigne. » Le bon élève, s’il échoue à l’oral de Normale sup. pour ne pas avoir voulu déchoir de son rôle de leader de son groupe en faisant la fiesta la veille, sera reçu à l’agrég !  

 

Parents profs mais aussi parents communistes. En 1981, à dix ans, il parie sur Giscard. Il avoue même un racisme dû au caillassage par des ados locaux de la DS familiale au Maroc en 1980 (lapidation qu’on peut supposer rifaine, car Meknès, où ils font étape, et sa région sont fort pacifiques). Mais ces errements seront de courte durée « un goût pour les mots en tant que tels », insufflé par son père, le mène aux plaisirs phrastiques que recèle la politique, à l’orgasme performatif où nomination vaut argument, il accède à « une logocratie où le mot tient lieu de jugement, et de réel » (les pages 82 et 83 forment un remarquable morceau de bravoure).

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L’ouvrage est singulier, aussi l’auteur, incidemment, se place sous le patronage de Montaigne. Cette clarification de soi-même est parsemée de formules ciselées, sortes de pensées de Begaudeau. « Je suis d’extrême-gauche parce que je suis extrêmement juste » Mais avec une lucidité tout aussi extrême, le héros avoue que c’est surtout parce qu’il aime l’ouvrir, sa grande gueule. « Le lexique de la déploration est ma première option linguistique (…) Parler et pester sont des quasi-synonymes. » Parmi ses belles formules, celle-ci que je dédie à Clémentine Autain : « On décrète le peuple révolutionnaire sans le consulter puis on lui reproche son manquement au rôle historique qu’on a eu la paternelle libéralité de lui confier. »

 

begaudeau groupe1On ne déflorera pas cette belle enquête psychologique d’autant que si on partage avec l’auteur l’amour du jeu à la nantaise – Ah Coco Suaudeau tu n’as plus d’héritier ! – le punkrock est terre inconnue. L’auteur tisse son livre avec des citations de morceaux du parolier du groupe Zabriskie Point, qui en était aussi le chanteur, lui-même.

Dans ce qu’il a appelé une « postface » à son livre il évoque « Le gout du rock, ou plutôt la délimitation mentale d’un périmètre nommé rock conjuguée à la conscience que son exploration méthodique serait source de joie et d’émancipation, m’est venue en fin de collège, en même temps que le goût de la littérature, ou plutôt la délimitation mentale d’un périmètre nommé littérature conjuguée à la conscience que son exploration méthodique serait source de joie et d’émancipation. » Rock, pourquoi pas, mais « punk » c’est trop demander à quelqu’un qui appartient à la génération de ses parents, pour lesquels il déploie une tendresse assez vache.

 

11 septembre, le ressentiment part de bêtise de la gauche (« il n’y a rien à attendre d’une révolte qui s’origine dans le ressentiment », philosophe-t-il à coups de rosé), Le Pen 2002, « La gauche ne déçoit jamais le désir de déception » car « La gauche est la nostalgie anticipée de ce qui ne sera jamais (…) sans cesse la gauche appelle et échoue à sa refondation » « la passion politique est jouissive aussi longtemps qu’elle demeure incantatoire », version pessimiste de ma vision sisyphienne de la gauche « Il faut imaginer Sisyphe heureux » (Camus).

 

Cet itinéraire du petit vendéen-nantais, passé à la moulinette d’une lucidité un peu masochiste, ne se lit certes pas comme un roman. Il irrite, énerve, provoque ! Mais aussi et surtout il interroge et, sur des événements vécus par tous, offre des points de vue, des éclairages qui ne peuvent qu’intéresser les citoyens conscients que nous croyons être.

 

Et les deux singes ? Le premier Boubou, en cage, au fond du jardin de St Michel-en-L’Herm, échangeait des grimaces avec «Chouchou », grimaces annonciatrices du factice de son communisme verbal. L’improbable second Boubou, parisien, sauvé de l’ingestion de sa gamelle en plastique, symbolise la vie. Boubou ou la vraie vie !

 

begaudeau couv2singes-petitFrançois Bégaudeau

Deux singes ou Ma vie politique

Collection Verticales, Gallimard 22 €

 

4e de Couverture

«La France des années 70 est un banquet gaulois où l'on boit et mange en parlant fort sous le regard magnanime de nos hommpolitiques punaisés au mur comme on place un patriarche en bout de table.
Moi je suis à l'autre bout, disposé à imiter ce qui passe, à devenir un adulte comme ceux qui me nourrissent, me servent des grenadines, me reprennent si je jure, me déposent à l'école publique. Bientôt je prendrai leur place, puis celle du patriarche. Une vie se sera passée et dedans il y aura eu de la politique, dès le début et jusqu'à la fin.
Elle ne s'est pas passée comme ça.»

Ni manuel de conduite, ni texte prosélyte, ni justification complaisante, ni examen de conscience, ni autoportrait générationnel, Deux singes ou ma vie politique emprunte à l'ensemble de ces registres, tout en les détournant de leurs lieux communs.
 

 

A lire : Pourquoi je ne suis pas devenu un intello de gauche

 

 

 

...et le chanteur ègrène le nom de groupes contemporains avec puta en anaphore (...) ce puta n'est pas une insulte mais un hommage, un salut amical...

 

Faut-il préciser que la face punk de l'auteur échappe totalement à ma comprenette de jazzophile qui ne jure que par "My favorite things" de John Coltrane ?

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 11:10

DÉCONVENUE…

 

douglas kennedyJe suis une fidèle lectrice de Douglas Kennedy, mais avec Cet instant-là  (chez Belfond : 23,50 €) quelle déception : manque de rythme, intrigue sentimentale affligée de dialogues et de considérations carrément gnangnan, méfaits de la Stasi concentrés sur le personnage de Petra et abondamment puisés, me semble-t-il, dans les témoignages recueillis par l’Australienne Anna Funder dans Stasiland, paru en 2002 et édité en France en 2008. (10/18, 7,50 €)

 

 

 

 

 

 

anna-funderMieux vaut donc lire l’enquête de Mme Funder ou, pour ceux qui préfèrent définitivement les romans, se replonger dans ceux de J. Le CARRE sur la période de la guerre froide.

 

 

 

 

 

UNE SUPERBE RÉUSSITE…

Padura… pour Leonardo Padura, avec L’homme qui aimait les chiens (offert par une amie à qui j’avais prêté Les brumes du passé, merci à elle !) chez Métaillié : 24,60 €

 

Le coup de génie de Padura, c’est d’avoir introduit un personnage fictif, Iván, le narrateur cubain, dans un récit « romancé » (l’auteur y insiste dans sa note finale) qui mêle, périlleuse entreprise, réalité historique et fiction à des degrés divers :

 

l'homme qui aimait les chiens- Pour la traque de Trotski, les faits historiques sont suffisamment abondants et avérés ; l’auteur en atténue la sécheresse en insistant sur l’intimité de l’exilé et il formule, en creux, une condamnation sans appel du régime stalinien, sans toutefois absoudre le fondateur de la IVe Internationale.

 

- Pour le parcours de Mercader, les sources sont beaucoup plus limitées. Padura rend plausibles les « spéculations » qu’il échafaude en s’appuyant sur sa connaissance de la République et de la guerre civile espagnoles, du chaos catalan et de l’embrigadement auxquels les Soviétiques du NKVD soumettaient leurs recrues. (Notons que le frère cadet de Mercader dément que son aîné ait été entraîné en URSS…) Le communiste catalan devient la « marionnette »  du système stalinien « basé sur la peur et la mort » et  n’ignore pas « qu’il n’y avait aucun recul possible ».

 

- Reste le personnage d’Iván, le narrateur totalement fictif de la plus grande partie du récit mais qui baigne dans la triste réalité cubaine des années soixante-dix. La crédibilité  du Cubain est indiscutable et c’est de surcroît le seul doté d’une réelle humanité, les deux autres protagonistes n’en possédant plus que des bribes.

 

Les trois itinéraires s’articulent admirablement soulignant la mesquinerie, la haine, le mensonge, la négation de l’individu, la violence d’une utopie pervertie qui engendre la peur (qui inhibe Iván pendant trois décennies) et une lassitude désenchantée : « On est foutus » sont les derniers mots que Daniel, ami d’Iván et dernier narrateur, lui adressera, pour conclure ensuite que seul Iván mérite de la compassion (terme récurrent du livre) parce que lui n’a jamais eu le choix d’une histoire quotidienne à laquelle, comme nombre de ses compatriotes, il n’a pu échapper.

 

NB J’ai sourcillé à plusieurs reprises à cause d’une traduction qui m’a paru parfois hasardeuse : j’aurais aimé avoir l’original en regard.

 

UNE DÉCOUVERTE ÉPATANTE :

220px-Steve Tesich 001KAROOde Steve Tesich (Ed : Monsieur Toussaint Louverture, 22 €)

Disons que j’ai eu un coup de cœur pour la couv’ et sa quatrième au toucher « natural sable » original et attrayant. Le contenu ne dépare d’ailleurs en rien le contenant et je n’ajouterai rien au mot de l’éditeur qui me paraît irréprochable.

 

Précipitez-vous  et ne dédaignez pas l’achevé d’imprimer !

 

 

Le Mot de l'éditeur : Cet instant-là

 

cet instant-làÀ la fois drame psychologique, roman d’idées, roman d’espionnage mais surtout histoire d’amour aussi tragique que passionnée, une œuvre ambitieuse portée par le talent exceptionnel de Douglas Kennedy.

Écrivain new-yorkais, la cinquantaine, Thomas Nesbitt reçoit à quelques jours d’intervalle deux missives qui vont ébranler sa vie : les papiers de son divorce et un paquet posté d’Allemagne par un certain Johannes Dussmann. Les souvenirs remontent…

Parti à Berlin en pleine guerre froide afin d’écrire un récit de voyage, Thomas arrondit ses fins de mois en travaillant pour une radio de propagande américaine. C’est là qu’il rencontre Petra. Entre l’Américain sans attaches et l’Allemande réfugiée à l’Ouest, c’est le coup de foudre.

Et Petra raconte son histoire, une histoire douloureuse et ordinaire dans une ville soumise à l’horreur totalitaire. Thomas est bouleversé. Pour la première fois, il envisage la possibilité d’un amour vrai, absolu.

Mais bientôt se produit l’impensable et Thomas va devoir choisir. Un choix impossible qui fera basculer à jamais le destin des amants.

Aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard, Thomas est-il prêt à affronter toute la vérité ?

 

stasilandStasiland

 

Stasiland est le roman de la Stasi, la redoutable police secrète de l'Allemagne de l'Est. Malgré la chute du mur de Berlin, cette terrible époque hante encore victimes et anciens agents. Ainsi, Miriam Weber, seize ans, détenue plusieurs jours pour un interrogatoire après avoir tenté de franchir le Mur. Herr Winz, nostalgique du communisme, cette période «bénie» où tous avaient du travail. Ou encore cet indic qui se faisait passer pour aveugle afin de mieux espionner les suspects. Enfin, Frau Paul, séparée pendant des années de son fils, hospitalisé à l'Ouest au moment de la construction du Mur.

Au fil de ces histoires, Anna Funder nous entraîne au coeur d'un régime camisole et nous plonge dans la folie de ces années Stasi où triomphe la délation. Comme La Fie des autres, Stasiland expose un pays figé dans la peur. Un monde où la vie n'est jamais privée.

L'AUTEUR Née à Melbourne (Australie) en 1966, Anna Funder a commencé à s'intéresser à la Stasi au milieu des années 90 alors qu'elle travaillait pour la télévision allemande à Berlin. Stasiland, qui a reçu le prestigieux Samuel Johnson Prize - BBC Four, est son premier livre. Il a été publié dans 15 pays dont l'Allemagne où le livre a été particulièrement remarqué. Elle vit désormais à Sydney après avoir travaillé comme avocate internationale et productrice radio et télé.

 

 

Le Mot de l'éditeur : L'homme qui aimait les chiens

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En 2004, à la mort de sa femme, Iván, écrivain débutant et responsable d’un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui se promenait sur la plage avec deux lévriers barzoï. Après quelques conversations, « l’homme qui aimait les chiens » lui fait des confidences sur l’assassin de Trotski, Ramón Mercader, qu’il semble connaître intimement. Grâce à ces confidences, Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovich Bronstein, appelé aussi Trotski, et de Ramón Mercader, connu aussi sous le nom de Jacques Mornard, et la façon dont ils sont devenus victime et bourreau de l’un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. Il suit ces deux itinéraires, à partir de l’exil de l’un et de l’enfance de l’autre, et leur rencontre à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque le Cubain y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine.
Leonardo Padura, dans une écriture puissante, fait, à travers des personnages ambigus et convaincants, l’histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur l’utopie la plus importante du XXe siècle et de ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba.
Un très grand livre.

Leonardo PADURA est né à La Havane en 1955. Il est l'auteur du Palmier et l'Etoile, de Electre à La Havane, L'Automne à Cuba, Passé parfait, Mort d'un Chinois à La Havane, Vents de Carême, Adios Hemingway et Les Brumes du passé, parus aux Editions Métailié. Il a reçu les prix Hammett et Café Gijon.

 

 

Le Mot de l'éditeur : Karoo

Karoo 

Achevé quelques jours avant la mort de Steve Tesich [1942-1996], Karoo est le chant du cygne d'un auteur hors norme. Ce roman est l'odyssée d'un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul « Doc » Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon sans talent séparé de sa femme et traînant plusieurs tares émotionnelles. En tant que script doctor pour Hollywood, Saul Karoo mutile et « sauve » le travail des autres. En tant qu'homme, il applique le même genre de contrôle sournois à sa vie privée et se délecte de nombreuses névroses très particulières : son incapacité à se saouler quelle que soit la quantité d'alcool absorbée, sa fuite désespérée devant toute forme d'intimité, ou encore son inaptitude à maintenir à flot sa propre subjectivité. Même s'il le voulait, il ne pourrait pas faire les choses correctement, et la plupart du temps, il ne le veut pas. Jusqu'à ce qu'une occasion unique se présente à lui : en visionnant un film, il fait une découverte qui l'incite à prendre des mesures extravagantes pour essayer, une fois pour toutes, de se racheter. Si Karoo est bien l'ambitieux portrait d'un homme sans cœur et à l'esprit tordu, c'est aussi un pur joyau qui raconte une chute vertigineuse avec un humour corrosif. C'est cynique. C'est sans pitié. C'est terriblement remuant. C'est à la fois Roth et Easton Ellis, Richard Russo et Saul Bellow.

 

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