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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 10:23

Si "Confiteor" était, comme son titre semble l'indiquer, un exercice de contrition, il n'en serait pas question sur ce site de bouffeurs de curés. 

CONFITEOR

Et si c'était le grand roman de la culpabilité, il n'en serait pas question non plus, parce que ce serait, sur 900 pages, un roman à thèse psychologique, ce qui serait insupportable.  Non, c'est un immense livre, un monument et un bonheur de la littérature contemporaine, traduit du catalan, dont le titre peut prêter à confusion

Votre libraire vous mettra en garde, c'est un texte un peu déroutant. Certaines phrases commencent à la première personne, c'est le narrateur qui parle, et se terminent à la 3ème personne, l'auteur nous parle d'Adria. Certaines pages commencent à Barcelone de nos jours, puis passent au temps de Franco, et de l'enfance du héros, puis au temps de l'inquisition, et se continuent à Auschwitch, avec une émule de Mengele, ou en Afrique, quand un responsable d'un parti d'opposition est assassiné. C'est d'une suprême habileté, mais si c'était là l'essentiel, nous aurions un exercice de style brillant certes, mais un peu vain, et on n'irait pas au bout des 900 pages sans jamais se lasser (sauf peut-être le dernier chapitre, qui justifie ce qui n'avait pas besoin de l'être).

Alors, est-ce le grand roman du destin, du fatum qui s'acharne sur un père et son fils ? Non plus. Jaume Cabré n'est pas Sophocle, ni Peter May, il ne récrit pas Oedipe roi, ni l'Ile des chasseurs d'oiseaux (un autre livre formidable, mais rien à voir).

Serait-ce, comme le laisse entendre la 4ème de couverture, une grande traversée au travers de l'histoire de l'Europe et de ses tragédies ? Ce serait bien, mais insuffisant.

Serait-ce le livre d'une figure du destin, que symbolise un objet qui lie sans qu'ils en sachent rien, les hommes et les femmes ? Encore insuffisant.

Non, c'est juste un roman exceptionnel, que porte le  souffle d'un homme. Je voudrais juste, pour vous en convaincre, citer la première phrase : "Ce n'est qu'hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable."

Pascal Bouchard

Jo confesso, traduit du catalan par Edmond Raillard

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Publié par JFL J.-F. Launay - dans MLF Jaume Cabré Pascal Bouchard
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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 14:27

Je croyais lire un mauvais livre. Je ne sais pas ce qui m'a pris de demander ça pour mon anniversaire. Et comme je me méfiais, j'ai aussitôt acheté un bon vieux polar. J'ai posé les deux sur ma table de chevet, et j'ai ouvert le premier. Je n'ai rien compris. Ça commence par une sombre affaire de procès. Le narrateur attaque, ou est attaqué par un de ses pairs qui prétend marcher devant lui. Ça dure des pages et des pages, avec des arguties juridiques de l'ancien temps, et le récit de toutes les ruses que le héros et ses amis déploient pour contrer l'énergumène qui prétend avoir sur eux la préséance. J'ai refermé le livre et je me suis dit que je ne le rouvrirai pas. Je l'ai rouvert le lendemain soir. Suite du procès. Cette affaire de cornecul, pour appeler les choses par leur nom, dure et dure encore. Maintenant, c'est le magistrat qui est corrompu, et qu'il faut tenter de faire démettre. Non, je n'irai pas plus loin. Je l'ai repris le lendemain soir, et ainsi de suite. En deux mois, j'ai lu plus de 700 pages.

Il s'agit le plus souvent de savoir qui a le droit, ou n'a pas le droit, au titre d'altesse, qui a le droit de rester couvert, ou au contraire découvert, devant le roi, qui a le droit de monter dans le carrosse de qui... Il y a aussi des récits de batailles, mais sans carte pour suivre les mouvements des armées, et sans lexique pour savoir qui est avec qui, où sont les gentils, où sont les méchants, c'est totalement incompréhensible. Le plus souvent, "je" nous donne toute la généalogie de ceux qui, cette année là, se sont mariés, à moins qu'ils ne soient passés de vie à trépas. Aucun intérêt, sauf que je continue de lire, que je n'arrive pas à m'en détacher.

L'auteur n'est pas non plus très sympathique. Réac, dévot, lèche-cul du roi et écrivant de lui tout le mal qu'il en pensait, mais après sa mort, pour ne courir aucun risque.

Et un style pour le moins étrange, une langue déjà un peu ancienne de son temps, mais d'une souplesse telle qu'on s'y perd, les pronoms sont si loin des noms qu'ils remplacent qu'on ne sait à quoi il faut les attacher, qu'on perd le fil.

Il faut avouer que certains portraits sont d'une méchanceté tout à fait réjouissante. Au hasard : " M. de Brissac savait beaucoup et avait infiniment d'esprit, et des plus agréables, avec une figure de plat apothicaire, grosset, basset, et fort enluminé. C'était de ces hommes nés pour faire mépriser l'esprit et pour être le fléau de leurs maisons : une vie obscure, honteuse, de la dernière et de la plus vilaine débauche, à quoi il se ruina radicalement à n'avoir pas de pain longtemps avant de mourir (...)"

« .... À soixante-sept ans, il s'en croyait vingt-cinq, et vivait comme un homme qui n'en a pas davantage. Au défaut de bonnes fortunes, dont son âge et sa figure l'excluoient, il y suppléait par de l'argent, et l'intimité de son fils et de lui, de M. le prince de Conti et d'Albergotti, portait presque toute sur des moeurs communes et des parties secrètes qu'ils faisaient ensemble avec des filles. Tout le faix des marches et des ordres de subsistances portait toutes les campagnes sur Puységur, qui même dégrossissait les projets. Rien de plus juste que le coup d'oeil de M. de Luxembourg, rien de plus brillant, de plus avisé, de plus prévoyant que lui devant les ennemis, ou un jour de bataille, avec une audace, une flatterie, et en même temps un sang-froid qui lui laissait tout voir et tout prévoir au milieu du plus grand feu, et du danger et du succès les plus imminent, et c'était là où il était grand. Pour le reste, la paresse même: peu de promenades sans grande nécessité; du jeu, de la conversation avec ses familiers, et tous les soirs un souper avec un très-petit nombre, presque toujours le même, et si on était voisin de quelque ville, on avait soin que le sexe y fût agréablement mêlé. Alors il était inaccessible à tout, et s'il arrivait quelque chose de pressé, c'était à Puységur à y donner ordre. Telle était à l'armée la vie de ce grand général, et telle encore à Paris, où la cour et le grand monde occupaient ses journées, et les soirs ses plaisirs. À la fin, l'âge, le tempérament, la conformation le trahirent.... »

Cité par Sainte-Beuve

Saint-Simon, c'est de lui, vous l'aviez deviné, dont je parle, n'a donc pas grand chose pour plaire, sinon ses rosseries. Et surtout, qu'avons-nous à faire de ces conflits de préséance, qui sont d'un ridicule achevé, mais qui mobilisent jusqu'au roi. Louis XIV semble passer plus de temps à trancher ces querelles, et à distribuer des faveurs sonnantes et trébuchantes, qu'à gérer son royaume.

Un mauvais livre... ou pas

Et puis, tout d'un coup, vous êtes pris de vertige. Et si c'était cela, l'exercice du pouvoir ? On se soucie un peu moins, aujourd'hui de savoir, qui est fils de qui, sauf pour les acteurs de cinéma, ou les vedettes de la télé, mais un "X-Mines" doit-il l'emporter sur un "X-Ponts" pour une nomination ? Et qui est en tête du palmarès des fortunes de France ? Le pouvoir, en son sein comme dans les yeux des sujets-citoyens, est d'abord une affaire de cornecul.

Saint-Simon est fascinant. Ses mémoires font 8 volumes de la Pleiade, j'achève le premier. Irai-je au-delà ? Pas sûr. Mais pas sûr du contraire. En attendant, le lirai quand même le bon vieux polar qui est resté sur ma table de chevet.

 

Pascal Bouchard

 

Mémoires de Saint-Simon

Outre Gallica (BNF) on peut consulter les Mémoires du Duc de Saint-Simon sur http://rouvroy.medusis.com/

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 14:30
Une micro chronique pour ton site
 
Faut-il qu'Americanah soit un grand livre pour qu'un mâle blanc européen de 66 ans, moi, s'intéresse à des histoires de petites mèches et de coiffure d'une jeune femme noire vivant en Amérique ! Si vous ne mémorisez pas le nom de l'auteure, Chimamanda Ngozi Adichie, ne vous inquiétez pas, votre libraire connaît. Son roman, en fait un récit plus ou moins autobiographique, est un succès mondial. Il est vrai qu'il a tout pour plaire, avec une belle histoire d'amour et quelques parties de jambes en l'air.

  Cette jeune femme, l'auteure et l'héroïne, est nigérianne. Elle part faire ses études aux USA, et alors que tout lui sourit, elle revient au pays. C'est l'occasion de voir l'Amérique avec les yeux d'une Africaine, à ne surtout pas confondre avec une afro-américaine, et surtout de découvrir le Nigéria, avec sa classe moyenne, ses intellectuels et ses nouveaux riches. Oubliez les images misérabilistes d'une Afrique post-coloniale, assistez à la constitution d'une Nation, d'une culture, d'une classe sociale dirigeante, d'une modernité qu'on n' imagine pas, ou difficilement, quand cet immense pays reste à nos yeux celui de l'ancienne guerre du Biafra et de l'actuelle lutte contre Boko Haram. On pense Sahel, misère, bidonvilles, escroquerie à l'Internet, il faut penser mégalopoles, richesses, intelligence..

  Et pour ceux qui ne veulent pas bronzer idiot, c'est près de 700 pages et c'est en folio, donc ce n'est pas cher, et ça vous fera plus d'une sieste... 
 
Amitiés à tous
 
 
 
 
 

4e de couverture :

 

Chimamanda Ngozi Adichie

Americanah

[Americanah]

 

Trad. de l'anglais (Nigeria) par Anne Damour

Collection Du monde entier, Gallimard

Parution : 01-01-2015

«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire

 

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.

Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?

Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

À la fois drôle et grave, doux mélange de lumière et d’ombre, Americanah est une magnifique histoire d’amour, de soi d’abord mais également des autres, ou d’un autre. De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et les clichés sur la race ou le statut d’immigrant, et parcourt trois continents d’un pas vif et puissant.

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 17:04
L'école des réac-publicains

D'où viennent les "réac-publicains" et comment dépasser le conflit pro et anti-pédagogues ? (G Chambat)

Grégory Chambat* ne fait pas mystère de son engagement politique. Pour cet enseignant d'un collège de Mantes-la-Ville, ville passée récemment au FN, "une pédagogie démocratique (...) ne se contente pas d'observer le monde (...), elle forge des outils pour le transformer". Reste à savoir pourquoi s'expriment un certain nombre de résistances à un tel programme, d'où viennent ceux qu'il appelle les "réac-publicains", et qui se réclament de la République pour, analyse-t-il, maintenir un ordre scolaire élitiste, ou y revenir. Certains, tel Alain Avello sont membres du collectif Racine, d'autres, comme François Bayrou, sont centristes, tandis que Farida Belghoul veut défendre "la famille traditionnelle". Dans ses notices biographiques, l'auteur cite encore Jean-Paul Brighelli, Alain Finkielkraut, Jacques Julliard*, Jacqueline de Romilly, ainsi que des mouvements comme "Espérance banlieues" ou "La Fondation pour l'école"... Mais il se garde bien de les confondre. Il est évidemment inquiet de la progression du vote "Front national" au sein du corps enseignant, qui pourrait dépasser les 10 % en 2017, et il connaît le pouvoir de séduction de formules comme "redresser l'Ecole, redresser les corps pour redresser la nation".

Mais le courant "anti-pédagogique" vient aussi de la gauche. Il vient aussi de loin. Déjà le concile de Trente, en 1563, donnait pour finalité à l'Ecole la normalisation du comportement social. Pour Victor Cousin, l'instruction est "une sorte de conscription intellectuelle et morale", François Guizot veut "développer l'esprit d'ordre", les écoles normales adoptent le principe des "Frères des écoles chrétiennes" avec "la méthode simultanée" aux dépens de "la méthode mutuelle" qui privilégie les relations entre pairs.

Beaucoup sont passés par l'entourage de J-P Chevènement

 

Pour Grégory Chambat, l'école de Jules Ferry "distille ses valeurs conservatrices (...) en célébrant l'ordre établi" tandis que Paul Robin tente de créer un "enseignement intégral" inspiré du projet éducatif de l'Association internationale des travailleurs, mais se heurte à Drumont et à l'extrême droite. Très documenté, cet historique met en évidence la continuité d'une pensée sur laquelle se brisent les tentatives pour fonder une alternative émancipatrice. Les forces attachées au modèle traditionnel viennent du Grece d'A. de Benoist comme des "trotskistes lambertistes" et beaucoup de ses hérauts sont d'anciens maoïstes passés par le chevènementisme, avant de réjoindre, pour certains le FN, et pour d'autres le libéralisme.

Car c'est là que le paysage se brouille. Certains courants du libéralisme revendiquent le soutien d'une école autoritaire, tandis que d'autres s'accommodent au contraire d'une pédagogie qui individualise et qu'une partie de la gauche s'est "convertie au libéralisme". Le piège serait donc pour lui de s'enfermer dans l'opposition entre pédagogues et républicains "au détriment de l'héritage des luttes et des pratiques pour une autre école". L'ouvrage est d'ailleurs publié dans la collection "N'Autre école".

A noter que l'auteur co-anime le site "Questions de classe(s)" (ici)

 

  "L'Ecole des réac-publicains, la pédagogie noire du FN et des néoconservateurs", G. Chambat, Libertalia, 264 p., 10€

 

Pascal Bouchard

avec l'aimable autorisation de ToutEduc

* Assez plaisamment l’anarchiste G. Chambat – membre de CNT-éducation - et le très rétropenseur qu’est devenu, hélas, Jacques Julliard partagent un intérêt pour Fernand Pelloutier :

- Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d'action directe, Seuil, «L'univers historique» 1971 (version allégée «Points»), fut la thèse de Jacques Julliard

- Instruire pour révolter, Fernand Pelloutier et la pédagogie d’action directe, Éditions CNT-RP, 2001, est le premier ouvrage de G. Chambat.

Note du déblogueur

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 11:35
Un pont de la rivière Kwaï à l'envers

La Route étroite vers le nord lointain (The narrow road to the deep north) est un de ces rares livres qui sont essentiels. Ce romain de Flanagan est en quelque sorte l'inverse, ou le prolongement du Pont de la rivière Kwai. Le fond de l'histoire est le même. Un officier, dans le cas présent un Australien, se trouve à la tête d'un millier de prisonniers de guerre contraints par les Japonais, au mépris de toutes les conventions internationales, de construire, dans des conditions invraisemblables, une voie de chemin de fer. Le personnage central sera plus tard considéré comme un héros. Il sera aussi un très grand chirurgien. Et c'est un très grand séducteur. Mais lui, dans son coeur, au plus profond de lui-même, n'est qu'un raté, un visiteur de sa propre vie. L'un de ses hommes est une des victimes de la barbarie, il souffre mille morts au sens réel de ces mots, et il considère qu'il a de la chance. L'un de leurs tortionnaires est une des pires ordures qui soient, et il se voit comme un homme bon.

L'amour, l'érotisme, la souffrance, tout est extrême, porté à l'incandescence même lorsque nous ne sommes pas avec les POW (prisoners of war), et tout est ambigu, complexe, en un mot, humain.

Je recommande la lecture de ce livre en anglais, la langue est splendide, mais attention, le vocabulaire est très riche, qu'il s'agisse du corps des femmes, des maladies des hommes, des arbres de la forêt... J'ai dû acheter un dictionnaire, le consulter souvent, ce qui gâche un peu le plaisir, et tous les mots n'y étaient pas. Il semble que la traduction française soit bonne...

Pascal Bouchard

 

Richard Flanagan

La Route étroite vers le nord lointain

Traduit de l’anglais (Australie) par France Camus-Pichon

Actes Sud

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 07:39
... pour un grand livre

Voulez-vous lire un immense roman qui pourrait être la matrice de « Games of thrones » (sans les dragons) et de « Dallas » réunis, à ceci près que les méchants sont punis et les bons récompensés ?

 

Voulez-vous savoir ce qui se passe dans la tête et dans le cœur d'un homme quand sifflent les balles, que tombent les boulets, que la fumée des canons forme un tel brouillard qu'il y voit moins bien que Fabrice à Waterloo ? Ou la veille de la bataille, quand on sait qu'on mourra peut-être quelques heures plus tard, et qu'on chante avec ses compagnons d'armes ? Et voulez-vous savoir ce qui se passe dans la tête et dans le cœur d'une petite jeune-fille de quatorze ou quinze ans, qui va à son premier bal, dont les bras sont encore trop maigrelets pour emplir la manche de sa robe, et que sa poitrine ne remplit pas davantage son corsage, mais qu'elle se rend compte soudain qu'un homme jeune et beau, riche qui plus est, celui que toutes celles qui sont déjà plus femmes qu'elle regardent à la dérobée, a les yeux sur elle plus souvent qu'il ne faut, et qu'il se dirige vers elle pour la première valse ?

 

Vous êtes-vous déjà demandé comment, après Hegel, vous pouviez penser l'Histoire telle qu'elle se fait ? Quel crédit il faut accorder aux grands hommes et aux grands stratèges ? Jusqu'à quel point ils sont responsables des victoires ou des défaites qu'on leur impute ?

 

A moins qu'il ne faille les imputer aux peuples eux-mêmes, à leur « âme ». Mais cela existe-t-il ? ces mots ont-ils un sens ? Si tel est le cas, le véritable grand homme est celui qui ne fait rien, qui prend seulement soin de ne pas contrarier l'Histoire en marche, qui recule quand les temps lui sont défavorables pour limiter les pertes, et qui avance avec prudence quand les vents sont porteurs, pour ne pas gaspiller ses forces.

 

Ces quelques lignes vous inquiètent. Vous n'avez pas envie de philosopher. Vous avez envie de passions, à la manière d' « Autant en emporte le vent », d'amours, de haines, de ruines soudaines et de fortunes inattendues. La petite part un peu midinette de votre cœur, que vous soyez homme ou femme d'ailleurs, veut s'émouvoir, pleurer avec André, trembler avec Pierre, elle veut passer du rire aux larmes avec Natacha, se laisser un instant séduire par un beau ténébreux plus voyou que gentleman, ou haïr la séduisante Hélène, ce mauvais ange aux formes généreuses, sotte comme tout, et que la foule de ses admirateurs créditent d'un bel esprit.

 

Et vous voulez savoir comment d'adolescent fantasque on devient homme, comment les épreuves vous brisent ou vous apprennent comment vivre ? Et comment mourir ? Et la vie n'est-elle pas une force qui nous dépasse, qui, lorsque le malheur vous broie, après un temps, surgit malgré soi au coin d'un œil, et qui, sans que vous l'ayez voulu, et malgré tous vos stratagèmes vous emporte et vous amène des larmes du deuil aux soupirs amoureux ?

 

Un peu de « Games of thrones » un peu de « Dallas », pas mal d' « Autant en emporte le vent », quelques gouttes d'eau de rose, un peu de philosophie, quelques règlements de compte avec des contemporains, sur seize cents pages. Je les avais lues il y a 35 ans de cela, et j'avais tout oublié. Je les ai demandées en cadeau de Noël et je me suis dit, « c'est bien, j'en aurai pour un an au moins ». Ça m'a tenu trois mois.

C'est « La Guerre et la Paix », d'un certain Léon TolstoÏ. Ça ne fait rien, je vais attaquer le 3ème tome de la trilogie de Peter May, ouverte avec L'Ile des chasseurs d'oiseaux et continuée avec L'Homme de Lewis, autant de tragédies grecques sur les Hébrides écossaises, dans la pluie, le vent et la tourbe.    

 

Pascal Bouchard*

 

Léon Tolstoï La Guerre et la Paix

Éditeur : Pierre Pascal Traducteur : Henri Mongault Index historique par Sylvie Luneau Parution le 12 Mars 1945  Réimpression 2008, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1696 pages.

 

 

  * Pascal Bouchard (ToutEduc), auteur notamment d'un indispensable Anti-manuel d'orthographe, a déjà contribué à « Mes lectures favorites » (MLF) avec Un jour de colère (08/04/09) "Le principal, il nous aime pas", un livre exceptionnel (28/03/11) "Un Sujet français" (18/09/11)

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 18:10

Le « courrier des lecteurs » du Monde (2-3 juillet 2011), normalement très sélectif, a cependant accueilli la lettre d’un-e certain-e Claude Bourse d’une malhonnêteté intellectuelle égale à son indigence.

 

retropenseur.jpgLe bon ou le mauvais œil ?

Mettre l'élève au centre du système éducatif, invention des pédagogistes, est une négation de l'instruction. Ces novateurs le disent clairement et l'explicitent de la sorte : « On n 'a rien à apprendre magistralement à un élève, à lui de se former sous l'œil de son enseignant.» En 1989, la loi d'orientation de Lionel Jospin, ministre de l'éducation nationale, allait déjà dans ce sens en stipulant : «L'enfant peut, par sa propre activité, ludique si possible, reconstruire seul les savoirs accumulés par l'humanité depuis des millénaires. » {Bulletin officiel du 4 août 1989). Aujourd'hui, le résultat de pareilles aberrations est le suivant : Alain Bentolila, professeur en linguistique, dans une tribune « Le supérieur malade de l'école » (Le Monde du 27 juin 2007) écrivait : « Certains de mes étudiants en licence restent de médiocres lecteurs et de piètres scripteurs. » Ces étudiants à bac +3 ont sans doute été victimes de professeurs « ayant le mauvais œil ». En langage cher aux pédagogistes, on dirait : « L'œil était dans un lieu de vie et regardait l'apprenant. » Ce que Victor Hugo aurait sans doute intitulé : « L'inconscience ».

Claude Bourse, Montpellier

 

 

 

Sur le fond du sous-Brighelli, sur la forme un puéril jeu sur le mot œil à partir d’une citation bidon. Le septimaniaque reprend un procédé finkielkrautien, qui consiste à attribuer à d’anonymes auteurs, ici « les novateurs », des positions caricaturales. Sans user de guillemets, toutefois, comme ce ou cette septimaniaque.

 

Or cette phrase a bien été écrite, mais par un rétropenseur de son espèce qui, dans le blog de L. Cedelle, en avril 2009, attaquait le nouveau programme de maths en seconde. Un certain Michel Delord* qui prêtait à de néfastes constructivistes ce on n’a rien a apprendre magistralement à un élève, à lui de se former sous l’œil de son enseignant et il ajoutait sans vergogne (c’est fou comme ces élitistes ont le souci des élèves défavorisés à qui ils flanquent une moyenne morbide tout au long de l’année) tant pis si son environnement personnel ne lui permettra pas de progresser dans sa solitude : vivent les riches ! Le nommé Delord serait bien incapable de dire quel constructiviste a produit la phrase, pas plus que le-la nommée Bourse pourra nous dire quel novateur l’a dite ou écrite.

 

Non content de cela, ce Claude Bourse, nous assène une deuxième citation sur l’enfant qui peut en jouant reconstruire seul les savoirs accumulés par l’humanité, en se référant à un BOEN du 4 août 1989. Or elle est tirée de la prose insane de Mme Fanny Capel  qui ose assurer : « Ce sont les termes mêmes de la loi d'orientation de 1989 de Lionel Jospin (BO numéro spécial du 4 août 1989). ». Référence fausse puisque le BO spécial n° 4 sur la loi d’orientation est sorti le 31 août. Et la délirante dame a purement et simplement inventé cette citation absurde !

 

Seule authentique citation, celle de Bentollila qui reprend la vieille antienne du niveau qui ne cesse pas de baisser sans jamais atteindre l’étiage.

 

Ce courrier est donc une véritable imposture, mais qui témoigne de la mahonnêteté et de l’indigence intellectuelle de ces rétropenseurs**.

 

 

* Deux éminents journalistes m'assurent, l'un que M. Delord, "quoi qu’on puisse penser de ses positions et de son goût pour les postures radicales, ne peut être qualifié d’élitiste" ; l'autre qu'il "a des opinions tranchées, mais  est un honnête homme, pour autant que j'en puisse juger"....

 

 

** Ce mot-valise a été fabriqué par R. Mallerin, membre fondateur d'Education & Devenir

 

 

N.B. Un des deux journalistes cités à propos de M. Delord, Pascal BOUCHARD (ToutEduc) ajoute :

"ton papier, Jean-François, pose deux problèmes de fond, sur lesquels j'ai pas mal travaillé, mais que je n'ai pas résolus
- comment un mensonge devient une vérité à force d'être répété? 
(je pense aux "150 000 jeunes qui sortent sans qualification du système éducatif, alors qu'ils ne sont "que" 50 000, ce qui est beaucoup trop, mais qui ne suffit pas à disqualifier notre système scolaire)
- pourquoi les pédagos se contentent-ils de parler aux pédagos? Je sais que la prose qu'on leur oppose est indigente, mais il faut essayer de comprendre pourquoi des arguments nuls ont un tel impact.".
 
Sans avoir la réponse, il me semble que l'épisode GUEANT, sur, justement, les sorties du système scolaire sans qualification avec 2/3 d'enfants immigrés a été repris dans de nombreux médias ; un seul journal a dénoncé le mensonge délibéré et quand l'INSSE s'est enfin décidée à démentir Guéant, l'impact de ce démenti a été quasi-nul.
Les propos des rétropenseurs sont au diapason des préjugés populaires (ils sont d'ailleurs, parfois, au niveau de propos de bistrot), ils n'offrent prise à aucune argumentation puisqu'ils n'utilisent que l'argument d'autorité, l'anathème et l'insulte. Et certains de leurs porte-paroles ont une audience médiatique dont aucun "pédago" ne bénéficie.
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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 18:09

« Toutes les fois que l’intérêt de l’ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou le doute sur leur exacte interprétation c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur. »

Aristide Briand, à propos de la Loi de 1905

LyceeABlanqui

Vous avez aimé la proscription de la burqa dans nos villes et celles du foulard dans nos lycées, vous allez adorer celle de la robe longue unie, qui "ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste. "

 

Voulant sans doute faire concurrence à Ernest Chénière*, le pionnier, qui avait initié la chasse au foulard dans un collège de Creil (1989), comme « extériorisation excessive d’appartenance religieuse ou culturelle » - lui qui exhibait dans son bureau de Principal un sabre de samouraï – la proviseure et son adjointe du Lycée Auguste Blanqui (St-Ouen) se sont lancées dans la chasse aux robes longues unies.

 

On hésite toujours à se faire l’écho de telles imbécilités. Les souchiais et autres « sauciflards-pinards », et maintenant les Copé et les UMPistes, dans leur débat sur une pauvre laïcité qui ne demandait pas cet excès d’indignité, vont y trouver un nouvel os à ronger. On se demande aussi si les collègues, face peut-être à une juvénile provocation, ne se sont pas laissé embringuer dans une histoire à dormir debout dont elles ne savent comment s’en sortir ?

 

djilbab2Or donc,depuis quelques jours, plusieurs lycéennes sont convoquées, l’une après l’autre, par la proviseure adjointe et la CPE, parce qu’elles portent…une robe longue unie ! Leur tenue « ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste » et il leur est demandé de porter des jeans et des T-shirts (républicains ?) « comme tout le monde », sous peine d’être renvoyées de l’établissement, conformément au règlement intérieur et ce, afin de respecter le principe de laïcité. Ces jeunes filles, précisons-le, portent le foulard dit « islamique », en dehors du lycée.

 

En effet, le règlement intérieur** (RI) stipule, dans deux alinéas intitulés « laïcité » : « Conformément aux dispositions de l’article L141-5-51 du code de l’éducation, le port de signes ou de tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

Lorsqu’un élève méconnaît l’interdiction posée à l’alinéa précédent, le chef d’établissement organise un dialogue avec cet élève et sa famille avant l’engagement de toute procédure disciplinaire. Pendant le dialogue, qui n’est pas une négociation, le chef d’établissement veille, en concertation avec l’équipe pédagogique, aux conditions dans lesquelles l’élève peut être scolarisé dans l’établissement. »

Ainsi, les lycéennes, en terminale, ont-elles été confinées dans le CDI où les enseignants leur donnent des polycopiés, avec les exercices et devoirs à faire.

 

Cet épisode, qui n’est pas clos, permet cependant de dégager deux constats :

1°) la tentation irrépressible chez certains fonctionnaires de s’arroger un pouvoir discrétionnaire, au-delà des lois et règlements, à la tête du client (ainsi continue-t-on de voir des français qui sont nés à l’étranger victimes du zèle de bureaucrates, au mépris de la loi, pour le renouvellement de leurs papiers d’identité)

2°) l’enchaînement sans fin des interdictions, après le foulard, la robe ! et demain la jupe, le pull, le chemisier, les chaussures, les boucles d’oreille, le maquillage… ? (Faut-il rappeler, qu’il y a peu, le pantalon restait interdit aux lycéennes ?).

 

Il serait plus que temps de revenir à l’esprit de la Loi de 1905 tel qu’Aristide Briand l’a énoncé !

 

 

* Ce pionnier est ensuite devenu député RPR, avant de réintégrer l’éducation nationale comme proviseur dans l’Académie de Nantes : sa direction du lycée dont il avait la charge fut si calamiteuse qu’il fut mis dans un placard du Rectorat en cours d’année ; il se peut cependant qu’il ait continué de sévir sur un autre poste ultérieurement

 

** Il stipule aussi : « Le port de couvre-chef est interdit dans l’enceinte du lycée et pendant toute activité éducative et pédagogique (sortie, voyage, …). » Faut-il rappeler aux géniaux auteurs qu’en cas de pluie ou de soleil brûlant, le port d’un couvre-chef, lors d’une sortie, est difficilement réprimable ?

 

Source : Touteduc signalé par Pascal Bouchard, son rédacteur en chef et contributeur du blog

 

 

Miracle : l’AFP s’étant fait l’écho de l’affaire de la robe noire unie dans un lycée de Saint-Ouen est reprise par la presse (Libé, notamment) et un grand site d’information du monde éducatif (Le café pédagogique).  

 

« Dérapage identitaire dans un lycée du 93

 

Quatre élèves du lycée Blanqui de Saint-Ouen (93) ont été menacés de renvoi au motif que leur robe était un signe religieux. 

 

Selon l'AFP, quatre jeunes filles, élèves du lycée Blanqui de Saint-Ouen ont été convoquées le 16 mars par le proviseur-adjoint et le CPE de l'établissement. à propos de leur robe noire et ample. Selon les jeunes filles elles auraient été clairement menacées de renvoi. On aurait invoqué la loi sur le voile, respectée par les 4 jeunes filles, et on leur aurait dit qu'elle ne concernait pas que le voile et que la robe était un signe religieux ostentatoire. Selon le Snes, c'est plus ambigu. on leur aurait demandé de réfléchir à leur maintien dans l'établissement...

 

L'embarras de l'institution. Au rectorat de Créteil comme au ministère on ne commente pas l'événement. Mais il arrive dans le climat créé par la lettre de L Chatel aux parents d'une école du même département qui tend à refuser les mères portant le voile dans les écoles et par le "débat sur l'islam" lancé par le président de la République et qui pousse chaque jour à la discrimination.»

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/03/23032011Accueil.aspx

 

P.S. Le SNES fait preuve d’un remarquable jésuitisme : les jeunes filles n’ont pas été « menacées de renvoi », mais « on leur aurait demandé de réfléchir à leur maintien dans l’établissement ».

 

 

Le Monde, largement après la bataille, se fait à son tour l'écho de cette affaire et nous apprend que ces robes longues sont des "abayas"... J'ai donc envoyé un Courrier au prestigieux quotidien du soir :

 

 

Quand les robes longues deviennent des « abayas »

« Remous dans un lycée sur la tenue de certaines élèves », titre un article du Monde daté du 26 mars 2011. Sans doute, parce qu’il arrive quand même un peu tard (ToutEduc avait mentionné l’affaire dès le 18 mars, l’AFP le 22 mars), il donne dans le style beaucoup de bruit pour rien et nous apprend que les robes de lycéennes d’un lycée de Saint-Ouen sont des « abayas ».

 

« Sites communautaires » : ToutEduc ? le Post (filiale du Monde)* ?

 

La version donnée, avant la dépêche AFP est que des lycéennes ont été convoquées par la proviseure adjointe et la CPE, parce qu’elles portent…une robe longue unie ! Leur tenue « ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste » et il leur est demandé de porter des jeans et des T-shirts « comme tout le monde », sous peine d’être renvoyées de l’établissement, conformément au règlement intérieur et ce, afin de respecter le principe de laïcité. Elles auraient été confinées au CDI où leurs enseignants leur transmettaient exercices et devoirs. Ce que contaient ces élèves était rigoureusement conforme au règlement intérieur du lycée : « Lorsqu’un élève méconnaît l’interdiction [de manifester ostensiblement une appartenance religieuse], le chef d’établissement organise un dialogue avec cet élève et sa famille avant l’engagement de toute procédure disciplinaire. Pendant le dialogue, qui n’est pas une négociation, le chef d’établissement veille, en concertation avec l’équipe pédagogique, aux conditions dans lesquelles l’élève peut être scolarisé dans l’établissement. »

 

Le démenti, apporté bizarrement par un membre du SNES – il est rare de voir ce syndicat en avocat des personnels de direction – est pour le moins ambigu : il n'y a pas eu de menaces d'exclusion, mais un rappel du principe de laïcité aux jeunes filles. « Il leur a été dit qu'elles devaient entamer une réflexion pour se positionner par rapport à cette règle et savoir si elles voulaient rester dans l’établissement l'année prochaine, mais cela a pu être perçu comme une menace d'exclusion. »

 

Pas de menace d’exclusion donc. Mais

1°) pourquoi convoquer des élèves pour un « rappel du principe (?) de laïcité » ?

2°) que veut dire cette demande « d’entamer une réflexion pour se positionner » - admirons au passage ce bel exercice de xillographie – et « savoir si elles voulaient rester dans l’établissement » ?

 

Car de deux chose l’une soit cette robe longue – baptisée « abaya » pour quelle raison ?- est une manifestation ostensible ou ostentatoire d’une appartenance religieuse et dans ce cas la convocation s’explique, mais ne s’explique pas l’avortement de la procédure d’exclusion reportée implicitement à la fin de l’année scolaire ; soit cette robe longue n’est qu’un habillement comme un autre et on peut supposer que proviseure-adjointe et CPE ont autre chose à faire que de convoquer des élèves individuellement et au hasard pour leur rappeler les dispositions de l’article L141-5-51 du code de l’éducation.

 

Ni pour savoir si elles veulent rester dans l’établissement l’année suivante.
Car là, si on travestissait les règles de l’orientation (ou plutôt de la réorientation qui, sauf exception, ne se posent qu’après la seconde) en opération disciplinaire qui ne dirait pas son nom, on basculerait dans l’arbitraire.

 

La conclusion laisse planer l’ambiguïté sur ce « non évènement », puisque le Rectorat, tout en affirmant que les jeunes filles sont normalement scolarisées, soutient qu’« une phase de dialogue est en cours ». Sur quoi porte donc ce dialogue ? Ne serait-on plutôt dans une phase d’hésitation ou de temporisation ? Après le voile, la robe ? Mais est-ce opportun et surtout porteur pour la reconquête de voix reparties dans leur étable d’origine ?

 

J. F. Launay

 

* à noter que cet article du 19/03, dont on peut lire la version originale sur mon deblog notes, (c'est-à-dire ci-dessus) n’a été « officialisé » par la rédaction du Post que le 23 et quelque peu « transformé », assorti d’une note et avec une source (Le Parisien) totalement fantaisiste, alors que le lien vers ToutEduc, la source de départ, était supprimée ; de plus, la rédaction du Post faisait un article sur le même thème sans même mention de son prédécesseur…

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 13:31

Pascal Bouchard (ToutEduc), auteur notamment d'un indispensable Anti-manuel d'orthographe, nous fait part d'un coup de cœur pour cet ouvrage d'A. Pérez-Reverte.

 


Arturo Pérez-Reverte est, comme son nom l'indique, espagnol. Il a lu tout ce qu'il a pu trouver, jusqu'au fin fond des archives, sur la journée du 2 mai 1808 qui vit le petit peuple de Madrid se révolter contre l'occupation française, et, disons-le, la parfaite imbécillité de Marat, duc de Berg, qui ne comprend rien à ce qui se passe. Les Espagnols non plus ne comprennent rien. La bonne société est dans un état avancé de décomposition et de compromission. Les intellectuels attendent avec impatience que Bonaparte, l'héritier des lumières, les débarrasse d'une aristocratie bornée et du poids d'une Eglise qui ne l'est pas moins. Mais les soudards portent bien mal l'étendard de la libération. Quant à l'armée espagnole, elle n'aime pas la populace, et se méfie des insurrections populaires. Elle hésite. Sauver l'honneur, et se suicider aux côtés des maçons, des jardiniers et autres commis boutiquiers qui se jettent sur les mamelouks ou les hussards, et les tuent avec leurs navajas, leurs couteaux de cuisine, voire leurs ciseaux de couture pour les femmes... ou obéir aux ordres et rester dans les casernes?
Heure par heure, minute par minute parfois, Arturo Perez-Reverte suit chacun des personnages dont il a retrouvé les noms, et la relation des faits et gestes, dans la masse de la documentation qu'il a réunie. Et c'est fascinant. Il y a le récit, parfaitement mené par un très grand écrivain, d'une bataille vécue tantôt dans la rue, au plus près des coups de sabre, et des entrailles des chevaux et des hommes qui se confondent dans l'horreur, tantôt dans les salons de Marat, ou dans le cabinet de travail d'un écrivain, ou du haut du balcon où Goya suit le déclenchement d'une guerre dont il va croquer les "désastres" durant les 8 années qui suivront. Mais plus encore, est fascinant le désir de l'auteur de donner un tombeau, et de restituer leur nom à chacun de ces hommes et de ces femmes, de ces enfants parfois, tombés dans la confusion d'une bataille sans chefs ni logique militaire. Dans l'inhumanité des massacres et des exécutions sommaires, l'auteur invente une forme d'humanisme.

 

Un jour de colère Arturo Pérez-Reverte (François Maspero Traducteur) Le Seuil

 

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