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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 17:00
28A : PSOE premier parti espagnol

Malgré une campagne d’une extrême virulence- le Parti Popular et Ciudadanos faisant de la surenchère sur VOX dans les attaques contre Sánchez accusé de pactiser avec les indépendantistes - le PSOE est largement en tête de l’élection, emportant même la majorité absolue du Sénat. A droite, la déconfiture du PP est totale et si VOX apparaît, c’est Ciudadanos qui tire le mieux son épingle du jeu. Reste qu’aucune majorité ne se dessine vraiment et que l’hypothèque catalane continue de peser.

Un échantillon des attaques subies par Sánchez

"Triste aussi de les [les électeurs du PP et de C’s] voir tous désigner Vox comme le grand coupable en puissance si jamais, suprême malheur pour l’Espagne, le socialiste Pedro Sánchez, homme politique sans scrupule et dépourvu de tout sens moral, avait de nouveau la majorité pour gouverner. Tous s’accordent sur une évidence : un gouvernement Sánchez serait une catastrophe pour l’Espagne ; pire, une catastrophe potentiellement irréversible si le socialiste venait à remplir tous les engagements qu’il a pris avec des forces qui ont pour objectif de détruire le régime démocratique, la monarchie parlementaire et l’unité nationale [allusion aux indépendantistes catalans]. Sánchez est déjà sans conteste un traître à la Constitution et à l’Espagne. (…) Il a ouvert des accords de coopération avec tous les ennemis de l’Espagne et de son identité historique, tels les putschistes catalans et les terroristes basques qui font déjà campagne pour Sánchez."

Hermann Tertsch

ABC 14/04/19 (traduit dans le Courrier International du 25/04/19)

La participation fut de presque 76 %, la meilleure à des élections générales depuis 1996 (77,38 %) et il faut remonter au début de la transition démocratique pour trouver plus élevé, comme en 1982 où ça frisait les 80%.

La grande inconnue des sondages était l’existence ou pas d’un vote masqué pour VOX, les sondés cachant leur attirance : il n’en était rien puisque, si le parti d’extrême-droite fait son entrée, il obtient score et élus inférieurs aux sondages. Sondages assez justes, notamment celui de CIS, pour ce qui est du PSOE (fourchette 123-138 députés), du PP (fourchette 66-76) et proche pour Podemos (fourchette 33-41). En revanche sous-évaluation de Ciudadanos et on l’a vu surestimation de VOX.

28A : PSOE premier parti espagnol

Le PSOE remplace quasiment le PP pour ce qui est du nombre de provinces où il arrive en tête. En 2016, le PP finissait premier dans 40 provinces. En 2019, il ne l’est plus que dans quatre. Il disparait même au Pays basque. Et il obtient le pire résultat d’un parti arrivé second à des élections générales avec 66 élus, le chiffre le plus bas jusqu’alors était celui du PSOE de Pedro Sánchez en 2016, avec 85. PSOE qui arrive donc en tête dans 39 provinces dont certaines où il n’avait jamais été premier même du temps de Felipe González en 1982 : Pontevedra, Burgos, Soria et Segovia. La victoire la plus symbolique est quand même celle de Ceuta où l’unique député sera PSOE, Ceuta dans l’ex Maroc espagnol d’où Franco lança le coup d’état.

28A : PSOE premier parti espagnol

Il faut s’appeler Mélenchon pour voir dans le résultat de Podemos une « remontada » alors que c’est une caída, une dégringolade. La coalition de Pablo Iglesias a perdu près de 1,4 million d’électeurs et 31 députés. Alors, qu’après les législatives de décembre 2015, Unidos Podemos visait le « sorpasso » du PSOE, il perdait déjà des plumes en juin 2016 et il n’est plus, au mieux, qu’une insuffisante force d’appoint dans une coalition gouvernementale. Cette chute est certes due au vote utile en faveur du PSOE, mais aussi à ses propres divisions.

28A : PSOE premier parti espagnol

Ciudadanos a joué un drôle de jeu depuis les élections régionales andalouses où il s’est allié avec le PP et VOX. Rivera a tout autant que Casado (PP) ou Arrascal (VOX) attaqué avec violence Pedro Sánchez, traité de traître pour prétendument avoir pactisé avec les indépendantistes catalans, alors même que c’est son refus de céder à leur chantage pour faire voter le budget qui a amené à ces élections anticipées. Ces électeurs ne lui en ont donc pas voulu de ses outrances, puisque C’s progresse plus que prévu et talonne donc un PP, il est vrai, en pleine décrépitude. Cependant, Rivera semble s’être bloqué la possibilité de transformer l’essai d’alliance de début 2016 avec le PSOE en réalité majoritaire. D’autant que son attitude agressive a provoqué une réaction de rejet chez les militants socialistes : ¡Con Rivera no! ¡Con Rivera no!”.

 Gabriel Rufián celebre la victoire de ERC à Barcelone

Gabriel Rufián celebre la victoire de ERC à Barcelone

Les partis régionaux, et particulièrement basques et catalans – l’hypothèse PSOE+C’s étant en principe écartée – décideront d’une éventuelle majorité.  Si les indépendantistes catalans ont su mobiliser leur électorat, il n’en reste pas moins que leurs scores cumulés n’atteignent même pas 40 %. Dans leur jeu de rapports de forces internes, c’est ERC (gauche) qui l’emporte, gagnant 6 sièges, JxCAT (droite) sauvant les meubles avec 7 élus. Le Partit dels Socialistes de Catalunya (PSC) progresse aussi. S’il refuse le référendum d’auto-détermination, il écarte aussi la mise sous tutelle de la Catalogne prônée par la droite et propose à ERC de s’atteler à une véritable reconstruction d’une région fracturée et paralysée. Pour le moment ERC reste sur les exigences qui ont provoqué les élections générales, donc dans le blocage.

28A : PSOE premier parti espagnol

Même si les comparaisons Espagne/France sont risquées, on peut noter que la stratégie à la Wauquiez, menée par Casado (PP), consistant à chasser sur les terres de l’extrême-droite pour tenter de récupérer les électeurs qui s’y sont égarés, ne marche pas. Bien que le PSOE ait largement consolidé son assise, le quadripartisme qui, finalement, favorise les petits partis qui peuvent jouer de leur rôle de force d’appoint indispensable, rend toujours la mise en place d’un gouvernement stable très difficile. Mais Pedro Sánchez, avec le succès de sa motion de censure face à Rajoy, a démontré qu’impossible n’est pas Espagnol !

SOURCES

El Pais du 29/04/19

El Plural du 29/04/19

Voir aussi :

Courrier International

Pedro Sanchez, nouvelle superstar de la social démocratie européenne

 

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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 17:12
28 AVRIL : l’Espagne une fois encore aux urnes

Pour la 3e fois en trois ans et demi, les électeurs espagnols se rendront aux urnes après demain, 28 Avril, alors qu’en principe une législature dure quatre ans. Cela est dû à l’émergence de nouveaux partis qui ont mis fin à une sorte de bipartisme, PP droite/PSOE gauche (avec cependant le jeu d'appoint de partis régionaux, basques, catalans, navarrais, canariens). Podemos* à gauche et Ciudadanos au centre droit ont transformé ce bipartisme en une partie à quatre sans majorité réelle.

28 AVRIL : l’Espagne une fois encore aux urnes

Rajoy, Parti Popular (PP, droite) après avoir fait échouer une 1ère tentative de gouvernement de coalition mené par le PSOE (socialiste), aboutissant au scrutin de Juin 2016, après celui de décembre 2015, avait pris la tête du gouvernement. Mais, la crise catalane et les scandales de corruption avait permis à Sánchez, PSOE, de le supplanter. Mais, après avoir réussi, avec un gouvernement homogène très féminisé à prendre la tête du gouvernement le 1er juin 2018, il a subi la défection des groupes indépendantistes catalans pour le vote du budget. D’où ces nouvelles élections.

28 AVRIL : l’Espagne une fois encore aux urnes

Mais le jeu électoral s’est encore compliqué avec la percée de VOX, à l’extrême-droite : Arrascal son leader est un ancien du PP. VOX cache à peine sa nostalgie du franquisme et se caractérise par son nationalisme outrancier et recentralisateur, son traditionalisme pro corrida, sa misogynie anti IVG et anti lois contre les violences machistes. Et contrairement à ce qui se passe (pour le moment) en France, aucun cordon sanitaire n’isole cette extrême-droite : la droite, Parti Popular et le prétendu centre droit, Ciudadanos se sont alliés sans problème avec VOX après les élections régionales andalouses.

Extrait de Courrier International

Extrait de Courrier International

28 AVRIL : l’Espagne une fois encore aux urnes

Les deux grands instituts CIS et Metroscopia donnent des résultats assez proches dans leurs derniers sondages d’avril 2019.

CIS (dont le sondage porte sur un échantillon de 17 000 sondés), comme Metroscopia, met le PSOE en tête, le PP deuxième assez loin et Podemos et Ciudadanos, à peu près au même niveau. Reste l’inconnu VOX, sur lequel ils sont aussi à peu près d’accord à 11/12%, mais dont on peut craindre que, comme tout parti extrême, il soit sous-estimé.

Pour les projections en députés, CIS prudemment met une fourchette tandis que Metroscopia fait une véritable projection. Un constat cependant s’impose : Podemos et Ciudadanos ont perdu leur pari de surpasser les anciens partis, PSOE pour l’un, PP pour l’autre. Podemos surtout, qui perdrait la moitié de ses sièges. Le PP connaîtrait la même hémorragie en sièges et une perte de plus de 10 point en voix.

28 AVRIL : l’Espagne une fois encore aux urnes

La majorité étant de 176, les deux blocs quasi égaux, PSOE+Podemos à 159 dans la projection Metroscopia et PP+C’s+Vox à 157, doivent trouver des appoints dans les partis régionaux pour faire une majorité.

Ce qui n’est pas gage de stabilité.

 

 

 

* Podemos est en fait allié à l'ex parti communiste (IU) et à un parti écolo (equo) sous l'étiquette Unidos Podemos (UP)

28 AVRIL : l’Espagne une fois encore aux urnes

Le scrutin est totalement différent de celui de la France : un seul tour, à la proportionnelle dans les 50 provincias et les deux villes autonomes de Ceuta et Mellilla. Le nombre de députés est variable en fonction de la population de chaque provincia. Á Ceuta et Melilla c’est un système à l’anglaise – majoritaire à un tour – et dans les provinces peu peuplées, à 2 ou 3 députés, les partis les mieux implantés, donc PP et PSOE, ont l’avantage. Mais, dans certaines provinces s’ajoutent des partis locaux, les “partis charnière” tels que EH-Bildu, des indépendantistes basques (2 députés sortants) ou catalans (deux partis différents : 17 sortants au total).

 

Voir la projection des députés par provincia : https://elpais.com/especiales/2019/elecciones-generales/escanos-provincias/

SOURCES

Enquête CIS

Sondage Metroscopia

Voir aussi encuestas de las elecciones generales 2019 et escenarios

Dessin emprunté au Courrier International

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 16:21
Espagne 26J même impasse !

Un site gauchiste peut afficher le montage ci-dessus, le PP est néanmoins le gagnant apparent de ces nouvelles élections générales espagnoles. Et Podemos, le perdant. Le PSOE sauvant la mise et Ciudadanos ne perçant pas. Mais l'impasse paraît totale.

 

Espagne 26J même impasse !
Espagne 26J même impasse !
Espagne 26J même impasse !
Espagne 26J même impasse !

Une proportionnelle parcellisée

Avec pratiquement le même nombre de voix le PNV obtient 5 députés, le Parti Animaliste (eh oui ! ça existe) aucun.

L’utilisation de la loi d’Hondt mais surtout la répartition des sièges entre provinces de tailles diverses favorisent les deux partis arrivés en tête dans les petites provinces. Ainsi le PP et le PSOE ont obtenu des sièges à Soria, Ceuta, Melilla, Ávila, Segovia et Teruel avec moins de 20 000 voix, tandis que Ciudadanos doit en réunir 100 000 pour chaque siège gagné à Madrid !

Les petits partis à vocation nationale sont pénalisés. En revanche, le PNV, qui concentre ses votes sur 3 provinces les rentabilise. Le PP, bien implanté dans les provinces les moins peuplées est le parti national le plus favorisé.

Un jeu de dupes que ces nouvelles élections provoquées par le blocage après celles de décembre.

Le PP malgré ses nombreuses casseroles gagne en voix et en sièges. Le PSOE, l’autre parti traditionnel, donné troisième derrière Podemos, reste 2e.

Les nouveaux partis ne percent pas. Ciudadanos, bien que mené par le dirigeant le moins impopulaire dans les sondages, victime sans doute du vote utile en faveur du PP, perd 8 sièges. Et Podemos alors que son leader Pablo Iglesias avec morgue moquait le PSOE, malgré une alliance avec Izquierda Unidad (rebaptisé en décembre 2015 Unidad Populares), maintient juste le nombre de sièges (69+2) et l’alliance perd nettement en voix et en pourcentage.

La moindre participation (69,84% contre 73,20% le 20 décembre) explique que malgré un nombre de voix légèrement plus faible, le PSOE gagne en pourcentage, mais perd cependant 5 sièges dans la bataille.

Podemos croyait pouvoir tirer le meilleur parti du blocage qu’il avait en grande parti provoqué.

En effet, après avoir poussé le PSOE vers une alliance minoritaire avec Ciudadanos par des exigences inaceptables, Podemos avait accepté la main tendue d’Izquierda Unida (gauche unie essentiellement PC)  qu’il avait dédaigneusement repoussé en décembre.  Certes il perdait l’image de parti transversal, transcendant le clivage droite/gauche, mais la deuxième place que semblait lui assurer l’addition des forces (plus de 24% contre 22% au PSOE le 20D) lui promettait des gains en sièges substantiels. Et les sondages successifs confirmaient la justesse de ce calcul. La dynamique de l’union poussait Unidos Podemos vers une 2e place qui en ferait le leader de la gauche. Pablo Iglesias, avec une ironie arrogante, proposait déjà une vice-présidence à Pedro Sánchez, le socialiste, dans une majorité de gauche.

Espagne 26J même impasse !

Jusqu’au sondage à la sortie des urnes, repris par les quelques médias français qui suivaient un peu ces élections, qui donnaient encore Podemos et ses alliés devant le PSOE en voix et en sièges.

Or  ce front de gauche ibérique perd 1 million de voix  du 20D au 26J, de décembre 2015 à juin 2016 ! Et ne gagne aucun siège. L’ex-dirigeant Juan Carlos Monedero ironise cruellement sur l’infantilisme d’un parti qui a cru dans les sondages, parce que ces sondages disaient ce qu’ils voulaient entendre. Les adversaires de la ligne d’Iglesias– à commencer par son second, Errejón – estiment que la convergence avec Izquierda Unida a été un handicap pour leur parti. L’identification de Podemos avec une gauche traditionnelle et caduque, qui ne fait pas rêver, a terni son image novatrice. En revanche, pour les proches d’Iglesaias, ce fut la campagne électorale, dont Errejón avait la charge, trop consensuelle , trop molle pour tout dire qui a été démobilisatrice.

Un qui échappe à une nuit de longs couteaux, c’est Pedro Sánchez. Non seulement, il a su surmonter la menace extérieure de Podemos qui voulait supplanter le PSOE, mais ainsi il conforte sa place de leader en interne face aux barons, à commencer par Susana Díaz, Présidente de l’Andalousie. Barons qui ont le plus souvent contracté alliance dans leurs régions avec Podemos ou ses alliés locaux, mais s’opposaient à cette éventualité au niveau national, donnant une image d’incohérence à leur parti. Sánchez a eu le courage de se lancer dans une démarche d’investiture qu’il savait perdu d’avance, mais qui permettait de lancer le processus institutionnel.

Pour autant, la stratégie constante d’humiliations menée par Pablo Iglesias à l’encontre du PSOE – se lançant par exemple dans une diatribe virulente et hors de propos contre Felipe González dans sa première intervention au Parlement – à laquelle s’ajoute l’hostilité du PCE envers les socialistes, rend une convergence à gauche très problématique.

Passons sur Ciudadanos qui ne peut-être, au mieux, qu’une force d’appoint, insuffisante pour obtenir une majorité. Juste pour souligner qu’il ne suffit pas d’avoir un leader apparemment populaire (le seul à obtenir un solde positif entre satisfaits et insatisfaits dans les sondages), Albert Rivera, pour faire un gros score.

La preuve inverse est donnée avec le PP, dont le leader, le chef de gouvernement sortant, bat lui les records d’impopularité. Bien que plombé en outre par une succession de scandales, le PP améliore nettement son score (+4,3%), gagne plus d’un demi-million de voix et 14 députés ! Le phénomène Barrabas à l’échelle d’un pays. Le Balkanysme pour un parti entier. Pourri mais en tête. Rajoy, le moins charismatique de tous les leaders, fort de ses presque 8 millions d’électeurs, affirme haut et fort sa volonté de reprendre la direction du gouvernement, soit avec des alliés (mais le PSOE rejette cette hypothèse et C’s rejette Rajoy), soit seul avec des majorités ponctuelles.

Sur le papier, à droite, une alliance PP+C’s+PNV+la coalition canarienne serait à 1 voix de la majorité ; à gauche, PSOE+Podemos devraient aussi convaincre C’s, car même l’apport problématique d’ERC (acceptation ou pas du référendum catalan) et d’EH Bildu ne donne pas de majorité.

L’Espagne semble donc toujours ingouvernable…

 

 

Sources : surtout El País et un peu La Vanguardia

Le Montage introductif (francisé à ma mode) est tiré de Saltimbanquiclicclic

 

A lire : Les Espagnols, fidèles conservateurs Courrier International

 

A noter que les Espagnols ont l'habitude de noter, non sans ambiguïté (le J de 26J peut être aussi bien juin que juillet) les grands évènements de la date du jour suivie de l'initiale du mois : 20D=20 Décembre 2015, 26J=26 Juin 2016 sans oublier le 23F comme Fondateur...

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 17:33
L'union de la gauche vue par Iglesias

L'union de la gauche vue par Iglesias

Pablo Iglesias, leader de Podemos, crache à la figure du PSOE tout en feignant de lui tendre la main. Le PP malgré des scandales récurrents se maintient dans les sondages. La très fragile alliance PSOE-Ciudadanos se heurte au bloc du refus, droite et gauche extrême réunies. De nouvelles élections générales se profilent mais qui, dans l’état actuel de l’opinion, aboutiraient à la même impasse.

Espagne ingouvernable donc ?

Il n’y va pas avec le dos de la cuiller, le leader de Podemos, dans son discours au Parlement. Pablo Iglesias, a en effet asséné que le PSOE était coupable « de crime d’Etat et de trafic d’influence », qu’il avait « de la chaux vive sur les mains » et pratiquait « une politique suicide » à la solde de l’UE, ceci tout en l’enjoignant à continuer à négocier avec lui dans le même discours.

Rajoy, 1er ministre sortant, chef du 1er parti, le Parti Popular (PP) a vite renoncé à tenter de former un nouveau gouvernement, faute d’allié.

Le Roi a donc fait appel au leader du parti arrivé second, le PSOE, pour chercher à son tour une coalition. Une solution à la portugaise où les partis de gauche avaient réussi à s’unir pour obtenir la majorité absolue supposait, outre l’accord PSOE-Podemos, d’autres alliés. Mais d’entrée Podemos posait des exigences difficilement acceptables : outre la Vice-Présidence, le Ministère de l’Intérieur et six autres ministères. Surtout, l’accord achoppait sur l’exigence d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Pour le PSOE, cette exigence est inacceptable car elle ferait entrer l’Espagne dans une période d’incertitude qui accroîtrait les difficultés économiques. Et électoralement ce serait suicidaire car le PSOE a ses fiefs dans les régions unitaires.

Faute d’un accord avec Podemos, Pedro Sánchez a cherché l’appui de Ciudadanos (C's) – parti centriste farouchement anti indépendantiste. Solution des plus bancales, puisque l’alliance ne donne guère plus d’élus (130) que le seul PP (123) et est donc très loin de la majorité absolue (176). Et un gouvernement minoritaire n’est possible que par l’abstention de Podemos et d’une fraction des élus des petits partis. Par deux fois, Sánchez s’est heurté à la conjonction des NON, du PP et de Podemos.

Totale impasse donc et l’on s’oriente, si rien ne bouge d’ici la fin du mois, vers de nouvelles élections générales en Juin.

ESPAGNE L'IMPASSE
ESPAGNE L'IMPASSE

Au-delà des fluctuations du baromètre électoral de Metroscopia, il appert que la situation serait la même après un nouveau scrutin.

 

Certes le sondage réalisé les 8 et 9 mars auprès de 1200 personnes (marge d’erreur ± 2.9) semble faire bouger les lignes entre C’s et Podemos.

Ciudadanos regonflerait ses voiles, en supposant toutefois que conscient de la surestimation d’avant le 20D (plus de 5 points entre le sondage du 13 décembre et le résultat des élections, en défaveur de C’s) Metroscopia ait retravaillé ses équations. Ce qui est constant c’est la cote de popularité d’Albert Rivera, le seul à avoir un solde d’appréciations positif ; son profil de gendre idéal lui vaut presque l’approbation de la moitié des électeurs de Podemos !

Podemos qui semble avoir assez mal négocié le débat sur l’investiture. Pablo Iglesias en s’en prenant violemment à Felipe González, Président du gouvernement du 1er décembre 1982 au 4 mai 1996, artisan essentiel de la transition démocratique, froisse tous ses anciens électeurs sans que ses jeunes troupes se sentent beaucoup concernées : les GAL, cette préfiguration artisanale des assassinats ciblés chers aux USA ou à Israël, c’est pour eux de l’histoire très ancienne.

Et Podemos révèle aussi des failles, car il ne forme pas un groupe homogène ayant contracté des alliances locales : ses alliés ne sont pas tous sur la ligne intransigeante d’Iglesias. Iglesias qui paye cette attitude par un solde négatif global et le solde positif le plus faible dans son propre camp.

Le PP c’est un peu le paradoxe des Balkany mais à l’échelle d’une nation. Les scandales s’ajoutent aux scandales – une nouvelle affaire impliquant l’ex-maire Rita Barberá vient d’éclater à Valence – mais le PP semble inoxydable avec un noyau dur de plus du quart des électeurs. Rajoy s’il garde la confiance relative de ses troupes est le plus impopulaire des quatre chefs de parti.

Le PSOE, malgré son impuissance actuelle à former un gouvernement, n’en pâtit pas. Et son leader, même, ayant su faire face, au lendemain des élections, à la pression des barons locaux, a assis son autorité dans son parti, y recueillant enfin un solde positif net et apparaissant comme le leader indiscutable en cas de nouvelles élections. Il s’emploie à essayer de lever l’hypothèque catalane. Il renforce l’accord avec C’s. Il tente d’acculer Podemos à l’abstention.

Unidad Popular (UP) (ex IU : gauche unie) reprend du poil de la bête récupérant un peu de l’électorat parti chez Podemos. Ils savent gré à Alberto Garzón d’avoir œuvré pour tenter de mettre sur pied une coalition de gauche (PSOE+Podemos+UP).

ESPAGNE L'IMPASSE

L’impasse est d’autant plus grande que le seule combinaison qui obtient la faveur d’une majorité de sondés est celle que Pedro Sánchez essaye de faire passer et qui, nouvelle élection ou pas, est minoritaire.

La 2e hypothèse, une grande coalition à l’Allemande, PP-PSOE avec l’apport de C’s et le populaire Rivera comme clé de voûte, hypothèse d’école, provoque juste un peu moins de rejets que les trois suivantes. La coalition de gauche est rejetée par les électeurs PSOE ! Le contentieux avec Podemos est lourd et ils préfèrent une grande coalition dirigée par Sánchez. Quant à la même, mais présidée par le sortant Rajoy, elle provoque le plus net refus.

ESPAGNE L'IMPASSE

Il est intéressant de noter que si la majorité des sondés veut donner sa chance à l'alliance PSOE+C's en prônant l’abstention surtout (48% et 43%) et le vote pour (10% et 17%) dans un nouveau scrutin parlementaire, les électeurs de Podemos le préconisent à 49% (35% abstention+14% pour) face à 46% contre.

Metroscopia note, derrière les chiffres globaux, la porosité d’une fraction de l’électorat. Ainsi, au moment du sondage, C’s, bien qu’en hausse globale, perdait potentiellement 10% de ses électeurs vers le PP, 4% vers le PSOE et 10% vers l’abstention mais il recevrait 10% d’électeurs PP, 5% du PSOE, 4% de Podemos, 8% d’UP et 5% d’autres partis… Cette porosité qui se retrouve donc dans les autres partis laisse le jeu très ouvert en cas de nouvelles élections.

ESPAGNE L'IMPASSE

Malgré les difficultés évidentes du multipartisme après le bipartisme de fait, les sondés le préfèrent nettement – 67% contre 30%. Mais si les Espagnols gardent un intérêt évident pour la politique, ils n’ont pas le même respect pour les politiques qu’ils accusent à 83%  de faire passer leur intérêt ou celui de leur parti avant le bien de la nation !

Nation qui, faute d’une culture du compromis, pourtant fort bien pratiqué au niveau municipal et régional, et qui a permis la transition démocratique, risque de se retrouver dans la même impasse en juin ! Le PP, surtout s’il garde Rajoy comme leader, ne devrait pas faire mieux. Même si Podemos réussissait son pari de dépasser le PSOE, il pourrait difficilement le convaincre de faire alliance avec lui, tant l’électorat socialiste est ulcéré par la virulence des attaques d’Iglesias.

Le seul jeu ouvert reste du côté de C’s, capable de s’allier avec un PP débarrassé de Rajoy et acceptant de ne pas remettre en cause, comme il l’a fait, les acquis sociétaux (IVG, mariage pour tous).

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 21:15
Espagne : 20 D le PP prend la tête

Les élections générales espagnoles auront lieu le 20 décembre. Malgré des scandales en cascade le PP reprend la tête des sondages. Mais une alliance sera indispensable. Et un blocage n’est pas à exclure.

Alors que fin novembre, Metroscopia mettait trois partis dans un mouchoir de poche – PP 22,7%, PSOE 22,6% et Ciudadanos (C’s) 22,5% donc bien en deçà de la marge d’erreur – le sondage suivant place le PP du Président du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, nettement détaché à 25,3% devant un PSOE à 21%, tandis que C’s décroche de 22,5 à 18,2%  et, qu’au contraire, Podemos remonte de 17,1 à 19,1%. La conjonction des différents sondages, notamment celui du CIS, renforce l’hypothèse d’un PP prenant la tête le 20D.

Espagne : 20 D le PP prend la tête
Espagne : 20 D le PP prend la tête

Les projections en sièges donnent donc une majorité relative au Parti Popular, mais même dans celle du CIS, la plus favorable au PP, loin de la majorité absolue.

NOMBRE DE SIEGES PAR PROVINCE

 

A la lecture du sondage et de la projection en sièges, on peut se demander comment une différence de deux points entre l’estimation du PSOE et celle de Podemos peut se traduire par un écart de 30 sièges.

Certes les élections espagnoles ont lieu à la proportionnelle, mais une proportionnelle qui se joue dans les 50 provinces. Dans les plus importantes, de fait, la répartition des sièges est pratiquement proportionnelle. Mais dans les moyennes et petites, la répartition favorise les partis arrivés 1er et 2e ; c’est un handicap pour les partis en 3e ou 4e position.

 

Pour plus de détails : El sistema electoral seguirá primando al bipartidismo

Espagne : 20 D le PP prend la tête

Mariano Rajoy (PP) reste celui qui a le solde de satisfaction le plus bas, mais il passe de -45 à -33 depuis le lancement de la campagne et alors qu’il s’est défilé lors de la 1ère grande confrontation. Pedro Sánchez (PSOE) a vu lui son solde se dégrader de -14 à -20. Pablo Iglesias, comme Rajoy, reste avec un solde négatif, mais beaucoup moins élevé de -34 à -24. Et Albert Rivera (C’s) reste le chouchou, le seul avec un solde positif +11 constant. Et c’est toujours Sánchez qui est la moins populaire chez ses propres sympathisants.

Espagne : 20 D le PP prend la tête

Le paradoxe de cette montée du PP et de cette remontée de Podemos est qu’ils restent les deux partis qui provoquent le plus de répulsion. 50% des sondés ne voteraient PP en aucun cas et 38% Podemos. Alors qu’ils ne sont que 13% ou 10% à manifester un tel rejet pour le PSOE ou C’s.

Paradoxe encore, Albert Rivera, le chouchou des sondés, est cependant celui que le moins d’électeurs considèrent comme le Président de gouvernement le plus apte et ils sont encore moins nombreux à souhaiter que son parti gagne. Mais ce qui ressort bien c’est que même si Rajoy et le PP dont là encore en tête, l’opinion est fragmentée en quatre parts assez proches.

Espagne : 20 D le PP prend la tête

Le positionnement idéologique des sympathisants de chaque parti ne dessine guère des alliances évidentes. C’s voit son électorat potentiel se droitiser nettement. Le PSOE reste ancré au centre-gauche. Et Podemos qui cherchait à se situer ailleurs lui reste ancré à gauche. C’s semble néanmoins le parti pivot, se rapprochant idéologiquement du PP, mais dont il se voulait le concurrent direct pour mettre fin à la corruption.

Podemos, tout en refusant la main tendue d’Izquierda Unida (IU rebaptisé Unité Populaire UP) a su nouer des alliances avec les formations locales qui,  à Barcelone, Madrid, Saragosse ou Valence, ont su conquérir les municipalités. Ainsi, les projections le donnent en tête à Barcelone. Il semble qu’Iglesias, excellent débateur, tienne un discours relativement modéré pour atténuer les craintes que son parti provoque dans l’électorat socialiste. Car son but, assez nettement exprimé par ses lieutenants, est de plumer la volaille socialiste et ses attaques visent surtout Sánchez.  PSOE qui est bien sûr la cible du PP, mais aussi égratigné par C’s qui vise lui son électorat le plus centriste.

Le PP compte accentuer son avance pour être en position de provoquer une coalition autour de lui. Mais sauf à imaginer une improbable alliance à l’allemande entre les partis de la caste, comme dit Podemos, PP-PSOE, on jouera le 21 décembre à majorité impossible. D’autant que, vu l’hostilité de Podemos envers C’s et plus encore le PSOE, une triple alliance anti PP est tout aussi improbable.

Même si, d’un sondage à l’autre, l’électorat espagnol semble assez versatile, il est peu probable que dans les quelques jours qui viennent d’énormes mouvements d’opinion aient lieu. On s’oriente donc, au soir du 20 D, vers une Espagne très instable. Sera-t-elle capable de retrouver l’esprit de compromis qui a permis la transition, c’est-à-dire le passage en douceur de la dictature franquiste à la démocratie ?

 

Lors du 1er débat, organisé par El País, Rajoy a refusé de participer : il est donc représenté comme un froussard !

Rajoy n'a voulu débattre qu'avec Pedro Sánchez (PSOE)

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 22:16
Espagne : Ciudadanos progresse encore

A même pas deux mois des élections générales, le baromètre électoral de Metroscopia reflète une double évolution : Ciudadanos (C’s) semble poursuivre son ascension, tandis que les socialistes rétrogradent.

Et 69% des sondés estiment qu’il serait bon que l’Espagne ne soit plus dirigée par le PP ou le PSOE.

Ainsi, le PP, stable d’un mois à l’autre, retrouve cependant la première place à 23,5%, C’s passe en 2e position avec 22,5%, le PSOE lui perd 2 points à 21%, au profit de Podemos qui reprend des forces à 17% presque 3 points de plus en moins d’un mois. IU résiste bien avec 6,3%.  

Une situation des plus indécises donc puisque les trois premiers sont en-deçà de la marge d’erreur de ± 2,7 points.

Transferts de voix

Le PP quasi stable depuis trois mois à 23-23,5% semble tenir un éléctorat solide, avoir atteint son socle. Si C’s a su séduire une part importante de ceux qui ont voté PP en 2011, sa capacité d’attirer d’autres électeurs du PP semble avoir atteint ses limites. Et il n’est pas impossible même que d’ici les élections une partie de ces transfuges reviennent au PP. La montée de C’s ces derniers mois est dû à l’apport d’électeurs d’autres partis entre autres de 11% d’ex-électeurs du PSOE.

Podemos qui, en Octobre était tombé au plus bas depuis un an, après des résultats catalans décevant, remonte la pente au détriment aussi du PSOE, puisque le flux des ex-électeurs socialistes passe de 11 à 16%. Si podemos ne remonte pas plus c’est qu’IU contrairement à son calcul résiste.

Espagne : Ciudadanos progresse encore

Cependant ce résultat est cohérent avec les choix des sondés sur le parti qu’ils souhaitent voir gagner les élections : PP, C’s et PSOE recueillent 18% chacun, contre 14% pour Podemos.

Albert Rivera (C’s) est le préféré des sondés comme chef de gouvernement avec 22%, devant Mariano Rajoy (PP) à 17% et Pedro Sánchez à 16 % ou o Pablo Iglesias à14 %.

Espagne : Ciudadanos progresse encore

Ce qui correspond parfaitement à l’image des principaux leaders puisque Albert Rivera reste le seul à obtenir un solde d’opinions positif (ceux qui approuvent son action politique sont plus nombreux que ceux qui la désapprouvent). En revanche Pedro Sánchez reste dans le négatif (-24), et si Pablo Iglesias (-37) et Mariano Rajoy (-42) ont un solde encore pire, ça l’est un peu moins qu’au début octobre. Et Sánchez reste aussi celui qui s’impose le moins dans son propre parti (+66). Alors que Rivera, lui, est plébiscité à +90. Il obtient même des soldes positifs chez les électeurs potentiels du PP (+40) et du PSOE (+17) ; mais pas de réciproque pour Rajoy (-41) et Sánchez (-30) chez les électeurs potentiels de C’s.

Rivera obtient le meilleur solde dans l’électorat qui se situe au centre (5 sur une échelle de 0 extrème-gauche à 10 extrême-droite) : +31 points ; mais il dépasse largement Sánchez dans l’électorat de centre-gauche (+11 contre -18 pour le socialiste !) et au centre-droit face à Rajoy (+48 contre +16).

Espagne : Ciudadanos progresse encore

Et dans l’hypothèse souhaitée par plus des deux tiers où ni le PP ni le PSOE dirigent le gouvernement, une large moitié des sondés (58%) opte pour C’s, un quart (26%) seulement pour Podemos.

Système électoral

 

Le Congrès des députés compte 350 membres élus tous les quatre ans au suffrage universel direct. Le mode de scrutin est proportionnel (méthode d’Hondt) et les circonscriptions sont les cinquante provinces espagnoles ainsi que les villes de Ceuta et Melilla. Un quorum est fixé à 3% au niveau de la circonscription électorale.

 

    Les provinces se voient attribuer un nombre de sièges proportionnel à leur population, mais en ont au minimum deux, créant ainsi un léger avantage pour les provinces les moins peuplées. Le système donne par ailleurs un avantage aux grands partis, qui sont presque sûrs d’obtenir un siège dans chaque circonscription alors que les plus petits partis ne peuvent espérer être représentés que dans les grandes circonscriptions.

    Les villes de Ceuta et Melilla comptent chacune un député élu au système majoritaire à un tour.

Espagne : Ciudadanos progresse encore

Metroscopia, avec forces précautions – l’estimation ne pronostique pas le résultat final du 20D –a tenté de traduire les estimations des votes en projections en sièges. Cela à partir de données collectées à divers moments dans les provinces, mais aussi sur la base de 18400 entretiens téléphoniques.

L’estimation des forces dans le futur parlement mat le PP en tête avec une fourchette de 93-100 élus, suivi de près par Le PSOE qui obyiendrait entre 88 et 98 députés. Ciudadanos, bien que 2e en voix, serait en 3e position avec 72-84. Cela s’explique par le système électoral qui favorise les formations politiques qui ont une implantation homogène sur tout le territoire national. Ce qui est le cas des vieux partis avec ses militants, ses élus locaux. Mais les données disponibles semblent indiquer que C’s a progressivement gagné en transversalité et on ne peut écarter que d’ici l’échéance électorale son implantation s’améliore sur toutes les circonscriptions électorales et donc qu’il rivalise avec les deux autres en nombre d’élus.

Les autres partis nationaux –Podemos 42-46 et IU 5 – avec le système électoral n’obtiennent pas un nombre d’élus proportionnel à leur score. Ainsi IU avec seulement -0,6% de voix par rapport à 2011 perdrait plus de la moitié de ses sièges.

Un analyste explique cette montée de C’s, supplantant Podemos par un changement du climat politique espagnol qui serait passé de l’indignation à ce qu’il appelle l’oxygénation. Si l’indignation se situe hors du système qu’il attaque, l’oxygénation joue en son sein pour le rénover profondément. L’une est une force centrifuge, l’autre une force centripède.

L’indignation s’est incarnée dans Podemos et Pablo Iglesias, l’oxygénation s’incarne dans Ciudadanos et Albert Rivera, avec l’appui des électeurs de moins de 55 ans, actifs et habitants des grandes villes. Mais les deux forces ont en commun le slogan du mouvement du 15M : « Ni face A, ni face B, nous voulons changer de disque ».

La montée en puissance de C’s déclenche bien sûr des contre-attaques. Mais relativement modérées du côté du PP ou du PSOE, car c’est un allié potentiel pour un futur gouvernement de coalition. Plus vigoureuse donc à l’extrême-gauche.

Sur le mode humoristique on détourne sa première affiche quand C’s a démarré petitement aux avant-dernières élections catalanes.

Mais des attaques beaucoup plus sévères le visent. Ainsi est-il accusé d’avoir sympathisé avec un club de supporters ultras – du style de ceux qui sévissaient dans le kop de Boulogne –du club de foute l’Espanyol de Barcelone, la Brigada Blanquiazule. Un journal Catalan, El Periódico de Catalunya, affirme qu’il a été membre du mouvement de jeunes du PP. Plus grave est l’accusation d’être lié à Libertas, un mouvement eurosceptique qui comptait notre Vicomte vendéen, de Villers, comme tête de liste en France aux élections européennes de 2009.

Surtout, il est présenté comme un sous-marin de FAES, un think-thank à la dévotion de José María Aznar, ancien 1er ministre du PP.

Dans le jeu électoral espagnol, si l’on peut faire quelques rapprochements avec un Parti socialiste qui a peine à se mettre en ordre de bataille derrière sa tête de liste ou avec un ancêtre du front de gauche plus apte à mettre en difficulté la gauche – mais ici c’est Podemos – que le centre ou la droite, pour le reste rien à voir avec nous. Pas de FN : le PP, contrairement à l’UMP, a couvert tout le spectre de la droite avant que Ciudadanos vienne chasser sur son centre. Ni Podemos, ni Ciudadanos n’ont d’équivalents français. Qui pourrait comparer Pablo Iglesias à Mélenchon ou Albert Rivera à Bayrou ? Certes, ni l’un ni l’autre, malgré leur jeunesse, ne sont des perdreaux de l’année. Mais, eux, démarrent vraiment au plus haut niveau politique. Et, quel que soit le résultat, l’un ou l’autre sera impliqué dans le futur gouvernement espagnol.

 

 

Pour essayer d'y voir plus clair (?) Dans le labyrinthe de la vie politique espagnole

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 20:23
La "une" d'El Jueves du 23/07 (avec une traduction approximative : cet 'hostias' voulant dire baffes ou quelque chose comme cela)

La "une" d'El Jueves du 23/07 (avec une traduction approximative : cet 'hostias' voulant dire baffes ou quelque chose comme cela)

Coup de mou ou coup dur pour Podemos ? Alors que début Juillet, il était à égalité pratiquement avec les partis de la caste, il décroche fin juillet. Perdant plus de trois points. Surtout, les primaires pour désigner les candidats aux prochaines élections générales ont montré une nette démobilisation de ses sympathisants.  Les causes de cette désaffection n’ont que peu à voir avec les déboires de Syriza. Mais beaucoup avec l’habile proposition d’IU de large union populaire des forces alternatives. Le refus d’Iglesias le fait apparaître comme diviseur. Et IU se refait un peu la cerise, alors qu’il était en voie de marginalisation.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Metroscopia : baromètre électoral 26 juillet 2015

En à peine 3 semaines – 2-3 juillet, 20-22 juillet – Metroscopia a réalisé deux sondages aux résultats contrastés. Dans celui, paru le 6/07, PP, PSOE et Podemos, dans l’ordre, sont dans un mouchoir de poche, en-deçà de la marge d’erreur de 3,2 points, dans celui paru le 26/07, les deux partis que Podemos dit de la caste ont pris la tête, Podemos décroche de 3 points et Ciudadanos (C’s) après sa baisse brutale de 6 points en juin, reprend du poil de la bête et se rapproche de Podemos. Symptomatique aussi le redressement d’Izquierda Unida (IU), alors que cette gauche unie traditionnelle semblait partir dans les oubliettes de l’histoire.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Intentions de votes brutes

Même si le PSOE ne devance le PP que d’une courte tête (0,4%), il prend aussi première place dans les intentions directes de vote, passant donc devant le PP et Podemos qui le précédaient en début de mois. Et Podemos perd aussi des plumes dans ces données brutes (NB Pour comprendre pourquoi et comment se fait la cuisine des enquêtes d’opinion voir vers le bas de l’article PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?)

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Cote des personnalités politiques

La mesure de l’audience et de la popularité des personnalités politiques, si elle confirme de sondage en sondage, la place de chouchou de Rivera (C’s) le seul avec un solde positif, confirme aussi la désaffection que subit Pablo Iglesias, le leader de Podemos ; seul Rajoy est plus désapprouvé par les sondés, si l’on met de côté Artur Mas, le Président de la Catalogne qui prône son indépendance* et donc, à ce titre, est rejeté par une majorité d’Espagnols. Alberto Garzón (IU) comme Pedro Sánchez (PSOE) ont un moindre solde négatif d’un sondage à l’autre. Mais Sánchez reste toujours à la traîne en ce qui concerne la popularité chez les sympathisants de son propre parti : 66%, contre 80% pour Iglesias à Podemos et même 77% pour Rajoy au sein du PP !

Toutefois, dans l’enquête du début du mois, Pedro Sánchez apparaissait parmi les quatre principaux candidats à la présidence du gouvernement, comme celui qui serait le plus à même de mener une réforme de la constitution acceptable pour une large partie des Espagnols ; à égalité avec Rivera quand à la capacité de dialoguer et de s’allier avec ceux dont il ne partage pas les idées ; et il serait aussi le meilleur président du gouvernement ; il y a juste pour la capacité de réduire les inégalités qu’il est devancé par Iglesias.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Coefficient de répulsion des partis politiques et positionnement sur une échelle gauche/droite

Le PSOE est aussi, après cependant C’s, le parti provoquant le moins de répulsion. Seuls 13% des sondés disent n’envisager de voter PSOE en aucun cas. Ils sont 52% pour le PP et 32% pour Podemos. A noter que 1% de sondés se disant électeurs potentiels du PP ont dû subir la canicule ibérique puisqu’ils disent aussi ne voter PP en aucun cas.

Pour les sondés, le PSOE apparaît bien comme un parti de centre gauche (fort proche d’ailleurs du point moyen où l’enquête situe la population espagnole). Ciudadanos, lui, est placé au centre-droit et aux deux extrêmes on trouve donc Podemos à gauche et le PP à droite.

 

 

Extraits d'une série de dessins ("chistes") sur les relations IU-Podemos

Extraits d'une série de dessins ("chistes") sur les relations IU-Podemos

Ces deux dessins (comme celui qui suit) sont tirés de 18 chistes sobre las puyas entre IU y Podemos

Le premier dessin fustige la bataille d'égos à gauche, le second dénonce la dispersion de la gauche et une misérable qui contemple la dispute leur dit à peu près "Bon, quand vous aurez fini de discuter entre vous vous pourriez vous occuper de nos problèmes."

SYRIZA ou IU ?

Le coup de mou de Podemos, si l’on en croit un éminent spécialiste de la politique ibérique à Médiapart serait dû aux déboires de Syriza. « Les derniers épisodes grecs risquent de ralentir l’ascension que connaît Podemos depuis son succès aux élections européennes l’an dernier et aux municipales de juin. Selon Lamant, "à court terme, l'accord conclu lundi avec Athènes, et l'énième crise politique qui s'ouvre en Grèce, ne vont pas faciliter la dynamique de Podemos d'ici aux élections" » rapporte arrêt sur images. Outre que le succès de Podemos aux municipales relève de la lubie paresseuse de journalistes d’investigations qui n’ont même pas pris la peine de consulter les résultats, les soubresauts de la crise grecque n’expliquent guère l’actuelle baisse d’attractivité de Podemos.

 

Baisse qui se traduit non seulement dans le baromètre électoral de Metroscopia, mais aussi, surtout, dans la démobilisation de ses sympathisants. A peine 60 000 d’entre eux ont participé aux primaires désignant les candidats aux élections générales. Moitié moins que pour la désignation d’Iglesias à la tête de Podemos. Primaires dont la règle du jeu – liste de candidatures à l’échelle nationale – a été contestée par cinq régions : Madrid, Aragon, Baléares, Asturies et Pays Basque. Règle du jeu assez révélatrice du véritable centralisme démocratique mis en place par l’état-major du parti.

Traduction à la louche de cette "chiste"

Traduction à la louche de cette "chiste"

Outre ces fissures internes, c’est surtout au jeu subtil d’IU que les experts en sciences politiques à la tête de Podemos se sont laissé piéger. IU, le bon apôtre, relayé par une nébuleuse, Ahora en Común,  inspirée des coalitions de gauche dite alternative qui l’ont emporté aux municipales comme Ahora Madrid, Barcelona en Comú, Zaragoza en Común ou Compromís à Valence, a proposé de présenter des candidatures communes de large union. Iglesias, pour avoir frayé dans les eaux d’IU, n’a pas été dupe. Pas question de servir de bouée de sauvetage et surtout, par cette alliance, de justifier l’étiquette d’extrême-gauche, collée par le PP, alors que Podemos prône un dépassement du vieux clivage droite/gauche, synonyme de l’alternance des partis de la caste (PP/PSOE). Il a donc décidé que Podemos partirait sous ses couleurs et non dans une coalition informelle. Mais Ahora en Común qui se réclame aussi du Movimiento 15-M (ce que nous avons appelé Mouvement des indignés) clame haut et fort sa volonté farouche d’aboutir à un rassemblement d’unité populaire (unidad popular).

Là-dessus, 150 idiots utiles, pardon, je veux dire 150 personnalités du monde des arts, de la culture et du spectacle, Pedro Almodóvar en tête lancent un vibrant appel "Mover ficha por la unidad popular" – en gros Bougeons les pions pour l’unité populaire mais en traduction plus libre Bougeons-nous le fion pour l’unité populaire – qui place le pauvre Iglesias dans la position inconfortable du Schtroumpf grognon (pitufo gruñón). Anti-unitaire pour défendre son enseigne !

Rien n’est joué. D’autant que la date des élections n’est pas encore fixée et que Rajoy, plutôt que de les anticiper, peut être tenté de jouer la montre en tablant sur une amélioration amplifiée de la reprise de l’emploi. D’ici là les présumés spécialistes des sciences politiques à la tête de Podemos auront peut-être su se dépêtrer du piège unitaire tendu par IU. Mais si Sánchez et le PSOE ne commettent pas trop d’erreurs, le jour d’après les élections mettra Podemos au pied du mur. Front populaire ou pas ?

 

 

* Artur Mas veut faire de l'indépendance l'enjeu des élections régionales catalanes qui auront lieu en septembre - donc avant les élections générales ; il a réussi à fédérer plusieurs partis indépendantistes. Le résultat de ces élections - surtout si les indépendantistes obtiennent une victoire nette - peut avoir des répercussions difficiles à mesurer, mais une crispation nationaliste espagnole risquerait de profiter plus au PP qu'au PSOE...

En complément :

Le baromètre électoral de juillet 2015 du Centro de Investigaciones Sociológicas (CIS)

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Estimation des votes aux élections générales

Le baromètre électoral du CIS diverge sur certains points de celui de Metroscopia*. A commencer par l’ordre des deux premiers et le poids des forces émergentes. Même s’il confirme plus nettement que les partis de la « caste » comme dit Podemos, reprennent du terrain sur les partis émergents.

Le CIS a constamment placé le PP en tête des intentions de votes. Et loin de constater un tassement pour le PP il marque un net progrès (mais par rapport à avril, puisque son baromètre est trimestriel). Et surtout le PP, d’après le CIS, creuse l’écart avec le PSOE.

Les nouveaux partis ont des scores nettement moins flatteurs que sur Metroscopia. : Podemos est à 15,7% contre 18,1%, Ciudadanos (C’s) 11,1% contre 16%.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Intentions de votes spontanées

Les différences sur les réponses spontanées sont moins fortes, puisque pour CIS comme Metroscopia le PSOE passe en tête avec 17,3% contre 16%, le PP suit à 16% contre 15%, Podemos est même mieux traité avec 12,6% contre 11,1%, en revanche C’s est dévalué 7,7% contre 10,4%, quant à IU il est à 2,9% contre 3,5%.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Les coalitions souhaitées

S’agissant de la suite des élections – a priori aucun parti n’arrivera à la majorité absolue – la coalition PSOE-Podemos est la préférée. La seconde option, le PP seul, ne regroupe que les affidés les plus optimistes.

Le système de mesure du CIS pour les hommes politiques est plus rustique que celui de Metroscopia : ils sont notés de 0 à 10 ! Si l’on excepte deux politiques locaux, le mieux placé est Pedro Sánchez, PSOE, avec … 3,84/10 ! Loin (?) devant Rajoy avec 2,68 ! Mais ni Rivera (C’s) ni Iglesias (Podemos) ne sont pris en compte…

 

* La comparaison est difficile puisque Metroscopia a réalisé deux enquêtes en juillet, tandis que l’enquête trimestrielle du CIS s’est étalée du 1er au 9 juillet. Leur prochain baromètre risque d’arriver en pleine campagne électorale générale (sondage réalisé en octobre mais publié en novembre !). Cependant  El diario pronostique des élections le 20 décembre !

Le sondage s’est fait sur 2.486 entrevues et sa marge d’erreur est de 2%.

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 14:44
Manuela Carmena, nouvelle "alcade" de Madrid

Manuela Carmena, nouvelle "alcade" de Madrid

Ada Colau, nouvelle "alcade" de Barcelone

Ada Colau, nouvelle "alcade" de Barcelone

Les élections des maires ont donné à la gauche alternative quatre des cinq plus grandes villes d’Espagne : Madrid, Barcelone, Valence et Saragosse. Bien que Podemos ne soit que partie prenante dans des listes – Ahora Madrid, Barcelona en Comú, Zaragoza en Común et surtout Compromís, nom prémonitoire, à Valence – la presse hexagonale en a fait le vainqueur. Et aussi bien à Madrid qu’à Barcelone, à Valence qu’à Saragosse, cette gauche alternative locale a pu compter sur le soutien sans faille du PSOE. En revanche, Podemos a eu une attitude à géométrie variable. Car le paradoxe de la fin annoncée du bipartisme est que les formations montantes – Podemos et Ciudadanos – sont mises au pied du mur : la fin de ce bipartisme, cette alternance PP-PSOE, veut dire compromis obligatoire. Contradictoire avec la posture d’anti « caste ».

 

La situation la plus paradoxale est celle de l’Andalousie. La socialiste Susana Diaz (47 sièges) a été finalement réélue avec l’appui – péniblement négocié – de Ciudadanos (9), mais avec contre elle non seulement le PP (31, 2 élus manquaient à l’appel), mais aussi IU (5, Gauche Unie, un peu le Front de gauche, qui était naguère soutien de Diaz, mais il n’y a pire ennemi que l’ex-allié) et Podemos* (15) ! La porte-parole de Podemos accuse Ciudadanos de venir au secours du bipartisme.

Mais quelle solution alternative porte-t-elle ?

 

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Résultat en sièges dans les Asturies

(Ajouté le 21/06/15)

Depuis il y a pire dans les Asturies : le drôle de jeu de Podemos ouvre la porte à un gouvernement de droite !

En effet, Emilio León, tête de liste de Podemos dans les Asturies, présente sa candidature à la Présidence de la région en demandant l'appui des élus d'IU : il ferait ainsi jeu égal avec le PSOE qui compte 14 représentants.

Sauf que, à ce jeu, si le PP réussit à fédérer Ciudadanos et une liste locale (FAC), il obtiendrait une majorité relative avec 17 sièges.

Le sectarisme du Podemos Asturien risque aussi d'aboutir à donner Oviedo et Gijón à la droite. A Oviedo, si le PP compte le plus d'élus, le total des listes de gauche atteint juste la majorité ; quant à Gijón, si une liste de droite locale est en tête, les listes de gauche additionnées sont largement majoritaires : à Oviedo le PSOE soutenait sans problème la candidature de la tête de la liste soutenue par Podemos sous réserve d'avoir la réciproque à Gijón (principe de la liste de gauche la mieux placée). L'obstination de León a amené une alcade de droite  : Carmen Moriyón (Foro) à Gijón ! Mais cette trahison a abouti à ce que Wenceslao López (PSOE) soit élu alcade d'Oviedo... 

Au niveau régional, il semble que IU se refuserait à entrer dans le jeu stupide d'Emilio León qui ferait que les Asturies, où les forces de gauche additionnées sont largement majoritaires, passent à droite.

 

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

José María González, Kichi de Podemos devient Maire de Cadiz*, mettant fin à 20 années de PP

Il est vrai que le jeu de Ciudadanos (C’s) est quelque peu brouillé. Ainsi, en Andalousie, s’il a permis l’élection de la socialiste à la tête de la plus grande région d’Espagne, il permet aussi à Grenade, à Malaga ou à Jaen au PP d’avoir la Mairie. En revanche, l’alliance de la gauche permet au PSOE de prendre la direction de Séville et Cordoue et à Podemos de conquérir Cadiz* ; Podemos dont le jeu est aussi peu clair, sans parler d’IU !

Fragmentation et fragilité des alliances

 

S’ajoute la grande fragmentation dans beaucoup de municipalités et régions.

 

N.B. Galice, Pays Basque, Catalogne et Andalousie, qui ont un statut différent, n'étaient pas concernés par le scritin du 24 mai 2015. L'Andalousie avait connu un scrutin anticipé en mars 2015.

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La situation limpide de la Castille-La Manche est l’exception. L’Estrémadure en est proche, avec un seul élu de C’s et une addition PSOE+Podemos potentiellement majoritaire.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Mais en Aragon ou dans les Asturies viennent se greffer des partis locaux : Chunta (=union) Aragonesista et Partido Aragones ou Foro de Ciudadanos. Et ne parlons pas des Baléares où l’on trouve quatre formations locales. Aux Canaries ou dans les Cantabriques ce sont elles qui sont les challengers du PP, avec une Coalición Canarias ou un Partido Régionalista de Cantabria.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Communauté de Valence

Dans la Communauté de Valence, cela se traduit par une triple alliance PSOE+Compromis+Podemos.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Communauté de Madrid

C’s risque de laisser la très symbolique région de Madrid entre les mains du Parti Populaire : le PP ayant accepté de signer un accord contre la corruption et pour la régénération démocratique, C’s pourrait lui assurer la majorité. Et cela contre l’opinion de ses propres électeurs qui à 58 % souhaitent que C’s n’aide pas le PP à garder la tête de la Communauté de Madrid !

Conquêtes de Madrid et Barcelone par la gauche alternative

Ô combien symboliques furent les conquêtes de Madrid et de Barcelone par Ahora Madrid, liste emmenés par une ex-juge de 71 ans, Manuela Carmena, et Barcelona en Comú, emmenée par Ada Colau, 41 ans, militante anti-expulsions.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Municipales à Madrid

Dans la ville de Madrid, C’s n’a pu jouer les supplétifs du PP puisque, avec l’appui du PSOE, Manuela Carmena a pu défaire Esperanza Aguirre (PP).

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Municipales à Barcelone

Situation plus complexe à Barcelone où la liste d’Ada Colau précédait certes le CIU (parti nationaliste conservateur) mais n’avait réuni que le quart des voix. Il a fallu l’apport d’un parti nationaliste de gauche (ERC) et du PS Catalan, plus une voix d’un autre parti local pour qu’Ada Colau puisse brandir le bâton d’alcade de la cité.

Joan Ribó, de Compromís, nouveau Maire de Valence

Joan Ribó, de Compromís, nouveau Maire de Valence

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Municipales à Valence

La conquête de Valence est finalement encore plus symbolique, puisque c’est de cette ville et de sa région qu’est né le scandale Gürtel. Joan Ribó, de Compromís, a été élu avec l’appui du PSOE et de València en Comú (soutenu par Podemos), mettant fin au règne de la despotique et tonitruante Rita Barbera (qui briguait un 7e mandat !). Là encore, C’s a été mis hors jeu (et il aurait pu difficilement soutenir la sortante complice de toutes les magouilles du PP et impliquée directement dans des notes de frais à la Dati).

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Baromètre électoral Juin 2015

Le baromètre électoral du 8 juin 2015 – réalisé avant les élections des Maires et Présidents de régions - fait apparaître une baisse spectaculaire de Ciudadanos, par rapport au précédent d’avril (Metroscopia n’a pas publié son baromètre en mai à cause des élections locales). Baisse qui profite au PP qui reprend la tête, cependant que le PSOE consolide son score estimé et que Podemos se tasse (tout en sachant qu’entre les trois, on est dans la marge d’erreur). L’IU continue de baisser, quant à l’UPyD il disparaît.

 

C’s est victime certainement des feux croisés du PP d’un côté et du PSOE et Podemos de l’autre, l’un le présentant comme un allié de la gauche, les autres comme un faux-nez de FAES, un think tank ultra-libéral d’Aznar. Mais aussi, avant même qu’il ne le démontre concrètement, de son manque de clarté sur les possibles pactes post élections régionales et municipales.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Image des principaux leaders

Cependant, le leader de C’s, Albert Rivera reste le politique qui a la meilleure image, améliorant même son solde positif par rapport à avril.

Pedro Sánchez, PSOE, passe enfin en positif et surtout améliore nettement son score chez ses électeurs potentiels.

Pablo Iglesias, Podemos, même si son score reste légèrement négatif, redresse sérieusement son image (de –30 à -3).

L’image négative de Mario Rajoy, chef du gouvernement, se dégrade encore ; et la moitié des électeurs potentiels du PP souhaitent un autre candidat pour les élections générales de novembre.

Les comparaisons avec l’Espagne sont toujours biaisées.

Ainsi, les élections régionales ne concernaient ni le Pays Basque, ni la Catalogne, ni la Galice et, on l’a vu, ni l’Andalousie.

Aucun parti régionaliste – sauf en Corse – n’a émergé en France. En Espagne, ils pullulent, même si aux élections générales ils ne sont qu’autour de 10%. Ces élections générales sont à la proportionnelle mais sur une base régionale, donc difficile de déduire d’un sondage global une projection en sièges.

Podemos, contrairement à ce que feint de croire Méchanlon – qui prétend avoir ouvert la voie : « Nous avons lancé la vague en 2012 », affirme le matamore – n’a absolument rien à voir avec le Front de gauche. Il est né, mais comme Barcelona en Comú et des tas d’autres listes municipales, des Indignados. Un mouvement de protestation sociale apparemment sans débouché politique qui avait notamment occupé longuement la Puerta del Sol. Podemos en est un enfant un peu bâtard, car si, à la base, il reste sur une organisation en démocratie directe, il s’est doté, devenu parti, d’une direction très endogame. Il suscite, un peu tardivement et des plus faussement, un enthousiasme délirant. Un Benoît Hopquin se donnait « Le droit de rêver » et Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou, éditeurs, donnaient eux dans l’extatique, comme un remake de l’enthousiasme castriste ou bolivarien.  Faut-il ajouter L’Obs qui publiait « les extraits exclusifs de son manifeste » ?

 

Les élections régionales et municipales montrent bien que manifeste ou pas, sauf à rendre l’Espagne ingouvernable, il faudra bien, au lendemain des élections générales, nouer des alliances donc aboutir à des compromis, mot-clé de toute démocratie. C’s y risque d’apparaître définitivement comme un parti centriste ni à gauche, ni à gauche, comme disait Mitterrand des centristes français. IU, devenu presque groupusculaire, aussi anti-PSOE que le Parti de gauche est anti-PS, ne comptera plus. Une petite chance existera qu’un PSOE apportant une compétence gouvernementale et un Podemos apportant une participation citoyenne trouvent un compromis solide.

Mais, hélas, rien de transposable dans l’hexagone.

* Le PSOE soutient le candidat de PODEMOS pour conquérir Cadiz.

Teresa Rodriguez, qui félicite José María González Santos 'Kichi' pour son élection comme maire de Cadiz, elle, au niveau de la région, en tant que secrétaire générale de PODEMOS en Andalousie, fait voter son groupe contre la réélection de la sortante PSOE ! 

 

Pablo Iglesias à Cadiz

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 16:23
Après PODEMOS, CIUDADANOS

PODEMOS après un coup de mou reprend la tête au sondage de janvier 2015. Mais un nouveau venu CIUDADANOS – CITOYENS-Parti de la citoyenneté  – apparaît en 4e position. Et son leader, Albert Rivera, est le seul politique espagnol à recueillir plus d’appréciations positives que négatives.

Après PODEMOS, CIUDADANOS

Le Parti de la citoyenneté est apparu en 2006, mais essentiellement en Catalogne. Comme son nom l’indique, il veut une démocratie de citoyens et non de territoires. Son leader Albert Rivera– élu à sa tête par le hasard d’une liste en ordre alphabétique de prénoms prétend un chroniqueur politique – va prendre la tête de liste aux élections catalanes, contre le statut d’autonomie et pour le bilinguisme. 

Son affiche est des plus dépouillées et dit bien la philosophie de son parti : seules nous importent les personnes et non où elles sont nées, la langue qu’elles parlent, les sous-vêtements qu’elles portent !  Ciutadans-Partit de la Ciutadania en Catalan va faire 3% aux élections de la Généralité de Catalogne en 2006 mais 7,6 % en 2012.

Aux Européennes de 2014, ils font 3% (2 élus) quand PODEMOS en faisait 8% (5 élus).  Les voir surgir dans le sondage de Janvier 2015 à 8 %, en 4e position, devant la Gauche Unie (Izquierda Unida, IU) et  Union, Progrès et Démocratie (UPyD) est inattendu. D’autant qu’Albert Rivera, Président de Ciudadanos, est le seul leader politique à afficher un solde positif d’approbation +5 (il est vrai qu’il n’est connu que par 58 % des sondés). Il fait la quasi unanimité dans son parti (+92). Alors que Pablo Iglesias, leader de PODEMOS, connu de presque tous, voit sa cote de confiance devenir négative -13 et s’effriter dans son propre parti (+73).

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CIUDADANOS : motivations du choix

Après PODEMOS, CIUDADANOS

Intentions de votes Janvier 2015

Après PODEMOS, CIUDADANOS

Réponses spontanées sur les intentions de vote

Le PSOE, qui avait connu un sursaut en décembre retrouvant presque son score des élections générales de 2011, perd plus de 4 points et régresse en 2e position. En revanche, le tassement connu en décembre par PODEMOS – contre-coup peut-être de sa structuration en parti politique – reprend la tête des sondages. Le PP, plombé par les affaires, après la chute brutale de Novembre, se tasse encore un peu.  L’émergence de Ciudadanos, parti laïque de centre-gauche, semble se faire sur le dos des partis autonomistes et du vote blanc, puisque, à peu de choses près, le total IU/ICV+UPyD est le même d’un mois à l’autre.

Le bipartisme, sur lequel a reposé la transition démocratique puis la consolidation de ce régime, semble mort, dans l’état actuel des choses. Le total des intentions de votes PSOE+PP n’atteint même pas le score du seul PP en 2011. Mais PODEMOS, même avec des alliés comme IU/ICV ou C’s n’aurait pas non plus une majorité. Et, il cristallise plus un électorat protestataire que d’adhésion.

A noter que nos sondeurs ibériques donnent les intentions de vote spontanés (ce qu’à ma connaissance ne font pas nos sondeurs hexagonaux) : la cuisine permettant de passer de ces intentions brutes aux estimations est expliquée dans PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

Après PODEMOS, CIUDADANOS

Un peu moins de pessimisme qu'en janvier 2014...

79% des espagnols – soit 10 points de moins qu’en janvier 2014 – pensent que la situation économique de l’Espagne sera encore pire cette année. Même les électeurs potentiels du PP sont 51% à partager ce pronostic négatif.  Se dessine aussi une répartition entre les ultra-pessimistes (IU à 94 et Podemos à 91%) et les pessimistes plus modérés (C’s à 74 et UPyD à 76%) le PSOE à 82% se situant entre les deux.

 

En revanche, s’agissant de leur situation personnelle les estimations connaissent une inflexion positive, modérée mais claire. Ils ne sont plus que 5%, contre 11 un an avant, à craindre le pire. Plus de la moitié à penser qu’elle sera stable et même 3% de plus à penser qu’elle va s’améliorer. Les plus optimistes sont bien sûr PP, mais aussi, plus inattendus, uPyD  (50%). Les plus nombreux à penser que la situation sera équivalente (78%) sont à IU (il est vrai qu’à un certain stade, ça peut difficilement être pire).

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Solde des opinions positives et négatives

Sur le plan des opinions positives, le seul  à tirer son épingle du jeu est le roi Felipe VI, avec un solde positif de +57 et dans tous les électorats, des moins monarchistes IU avec +8 aux +88 du PP, on trouve Podemos à +31, PSOE +75, UPyD +76 (à noter une inversion sur le tableau du bas entre IU et UPyD), Ciudadanos +85 !

 

On l’a vu, de tous les leaders de partis, seul celui de Ciudadanos, Albert Rivera, a un solde légérement positif (+5) et c’est aussi celui qui obtient le score le plus positif chez ses potentiels électeurs (+92). Pablo Iglesias qui était le seul légèrement positif en Novembre 2014 (+1), passe en solde négatif (-13) ; chez les électeurs potentiels, il perd aussi 15 points passant de + 87 en novembre 2014 à +72. Pedro Sanchez ne décolle pas (-16), même s’il gagne un peu en crédibilité dans l’électorat potentiel du PSOE (+56 contre +40 en novembre 2014). Si Rajoy est la lanterne rouge avec -50, il améliore son score global (-63 en novembre) et retrouve du crédit au PP passant de +49 en novembre à  +70.

 

NB Juantxo Lopez de Uralde qui apparaît dans ce classement, un quasi inconnu même des espagnols (10%), est le leader d’un nouveau parti Vert (l’autre ICV est allié à IU).

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PODEMOS : d'où viennent les électeurs potentiels de ce nouveau parti ?

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PODEMOS : un électorat potentiel moins à gauche que son parti ?

D’après El País, les électeurs potentiels de PODEMOS sont majoritairement masculins, avec un travail, un niveau d’études au moins du second degré et résident, toujours majoritairement, dans des villes de moins de 100 000 habitants. Ils appartiennent à la classe moyenne, et comme ceux d’IU, ils se déclarent non pratiquants, agnostiques ou athées. Leur âge moyen est de 43 ans, seuls les électeurs d’UPyD sont plus jeunes, 40 ans.

 

Sur une échelle qui va de 0=extrême-gauche à 10=extrême-droite, ils se positionnent à 3,9, mais ils perçoivent PODEMOS comme étant plus à gauche qu'eux à 2,8. Ils sont finalement assez proches des électeurs PSOE qui se positionnent eux, en moyenne à  4,2.

Il est vrai que l’électorat potentiel de PODEMOS provient pour un tiers du PSOE+UPyD, donc d’électeurs socialistes ou sociaux-démocrates. Seuls 7% de ces électeurs se définissent comme d’extrême-gauche ou communistes, bien que 16% votèrent IU en 2011.

Après PODEMOS, CIUDADANOS

PODEMOS : motivations des électeurs

La principale motivation du choix des sondés en faveur de PODEMOS reste la déception, le désenchantement à l’encontre du PP et du PSOE.

Cependant l’adhésion aux idées progresse un peu. Et la crédibilté de PODEMOS, la conviction qu’il est une solution fiable pour prendre les rênes du pays, a nettement progressé. Cependant, ce qui prédomine c’est la volonté – apparue dans des sondages antérieurs à l’entrée en lice de PODEMOS – de mettre fin au bipartisme PP/PSOE, jugé responsable de la mauvaise gestion économique et de la corruption. Cette volonté de mettre à bas le bipartisme, transversale, explique sans doute l’émergence de Ciudadanos, attirant un électorat plus modéré. Mais se greffe aussi la question des nationalités et des autonomies….

Difficile, pour qui ne possède pas la langue de Cervantes, de cerner qu’elle est l’idéologie exacte des dirigeants de PODEMOS, idéologie nourrie au lait du bolivarisme à la Chavez, voire du castrisme. Et malgré sa sympathique cola de toréador, la manière dont Iglesias a façonné l’équipe dirigeante de PODEMOS, quasi à son image, peut inquièter.

Cependant, PODEMOS, ne semble pas être une étoile filante : de sondages en sondages, après sa fulgurante apparition aux Européennes, le parti naissant confirme son bon quart d’attractivité. Les experts en sciences politiques qui le dirigent ne peuvent ignorer que se placer à l’extrême-gauche de l’échiquier ferait échouer leur géniale opération.

 

Reste que la fin du bipartisme ne peut qu’obliger à des alliances. Donc à des compromis. Donc à retrouver un peu l’esprit de la transition…

 

Notons une fois encore que mes enquêtes d'opinion espagnoles semblent plus fouillées que celles commandées par la presse française.

Manif du 31-01-2015 Cibeles
Manif du 31-01-2015 Cibeles

Manifestation du 31 janvier 2015 : la Puerta del Sol

En complément :

 

Espagne. Le Podemos de la droite

—José Luis Barbería

Publié le 2 mars 2015 dans El País (extraits) Madrid

Source : Courrier International

 

Le Parti de la citoyenneté, à l’origine catalan, veut lui aussi casser le bipartisme.

 “Je suis un citoyen !” “Voilà qu’il est repris par sa folie des grandeurs.”– Dessin d’El Roto paru dans El PaÍs, Madrid.

 

"Rien ne peut arrêter une idée dont le tour est venu”, doit se répéter le président de Ciudadanos-Partido de la ciudadanía [Citoyens-Parti de la citoyenneté], Albert Rivera. Cette citation de Victor Hugo expliquerait en effet l’ascension fulgurante d’une formation qui, en seulement deux mois, a progressé de huit points dans les sondages pour se situer entre 12 et 14 % des intentions de vote (sondage de février).

 

Même si la terre tremble encore, si l’échiquier politique continue de bouger et si tout est encore possible, force est de constater qu’au centre a surgi un nouveau parti doté d’une identité propre, capable d’ébranler le PP [Parti populaire, au pouvoir, conservateur], de conquérir le vote abstentionniste et d’attirer l’électeur de gauche. Ciudadanos (ou C’s) aurait-il le cœur à gauche et la tête à droite ?

 

Comme Podemos, qui a réussi à rallier (ou déstabiliser) les formations situées à la gauche du PSOE [Parti socialiste ouvrier espagnol], Ciudadanos a absorbé le Centre démocrate libéral [centre droit] et débordé jusqu’à Union, progrès et démocratie [UPyD, centre gauche], qui sillonne les mêmes territoires idéologiques. Podemos et Ciudadanos partagent la même ascension, nourrie au même combustible : la corruption politique, les coupes budgétaires dans les services publics et la colonisation partisane des institutions.

 

Mais la comparaison s’arrête là : ces deux mouvements différents suivent des trajectoires parallèles. Même s’il ne manque pas de militants se disant de gauche, Ciudadanos, qui se définit toujours comme un parti de centre gauche, se veut cependant surtout nouveau et novateur. Le parti refuse ainsi les étiquettes gauche-droite et revendique son caractère progressiste et laïc, par opposition à la droite traditionnelle espagnole. “Nous sommes un parti laïc, partisan d’une très nette séparation de l’Eglise et de l’Etat. Je suis favorable à ce que l’Eglise paye [l’impôt sur les biens immobiliers]. La religion est une affaire privée, tout comme les questions d’avortement et d’euthanasie”, souligne David Lopera, 40 ans, coordinateur de C’s à Xátiva (dans la région de Valence).

 

Cette armée de militants bénévoles qui émerge de la faille engendrée au centre se démarque politiquement de Podemos, même si ces deux phénomènes brandissent le même drapeau du changement, veulent modifier l’état des choses et renverser l’ordre établi. A cette différence près que le militant de C’s qui aujourd’hui se lance en politique, dans la majorité des cas pour la première fois, n’est pas une victime de la crise. Il a certes vu se détériorer ses conditions de vie et se sent floué par le gouvernement et sa gestion de la crise, mais il a un travail et une situation correcte.

 

Son comportement n’est donc ni réactif ni un vote sanction, mais bien une adhésion à une idéologie qui lui convient. De profil modéré, il croit en l’économie de marché, ou du moins l’accepte comme inévitable, et est partisan d’un changement en douceur par le biais du consensus et de la réforme. Disons que son esprit contestataire et son appétit révolutionnaire se limitent au renouvellement de la vie politique, des structures et institutions du pays. L’électeur type de C’s vit en ville, a fait des études universitaires et a entre 25 et 54 ans.

 

Sans préjugés.

Ciudadanos serait-il alors un Podemos de droite ? Toutes les personnes interrogées refusent ce raccourci, même si les sondages montrent que C’s est en augmentation auprès des électeurs de centre droit. Et si dans l’ensemble de l’Espagne le parti est perçu comme centriste, une grande partie des Catalans le classent à l’extrême droite. Il faut dire que pour le nationalisme catalan, comme pour son homologue basque, tous les compatriotes qui s’opposent directement à leurs desseins sont invariablement marqués du sceau de l’infamie du radicalisme. “Si vous ne faites pas de politique, d’autres en feront à votre place. Rejoignez-nous, mais laissez vos préjugés à la maison”, a lancé Albert Rivera au moment de la création du parti à Barcelone, il y a huit ans, en opposition au nationalisme catalan. Le parti avait alors décidé de passer à la vitesse supérieure en choisissant d’essaimer à l’échelle nationale.

 

Tournée de demis.

Cadres et techniciens supérieurs, chefs d’entreprise, étudiants, employés du secteur des services et dirigeants ont tous accepté le message et, portés par la volonté de changer les choses, ont fondé les premiers groupes destinés à propager la parole et le franc-parler de ce jeune dirigeant, séduisant trentenaire aux allures de gendre idéal, encore inconnu d’un tiers des Espagnols. Quelques mois plus tard, l’espoir de départ s’est transformé en enthousiasme avec même, aujourd’hui, une pointe d’euphorie à peine contenue dans les réunions, qui, à défaut de siège officiel, ont lieu dans des bars ou des locaux publics. Depuis que les sondages sont à la hausse, les réunions politiques informelles où le café est souvent remplacé par une tournée de demis se multiplient un peu partout dans les villes, tout comme le nombre des militants : plus de 22 000 déjà à Madrid, presque autant qu’en Catalogne.

 

Comme à l’époque pour l’UPyD et également pour Podemos, les responsables de ces groupes ont la lourde tâche de repérer les opportunistes et les arrivistes soucieux de prendre la “bonne vague” politique du moment pour tâter un peu du pouvoir et obtenir un poste rémunéré. Une bonne partie des électeurs de Ciudadanos viennent du PP (près de 38 %) et le reste vient des abstentionnistes, des nouveaux électeurs, du PSOE et de l’UPyD. Jusqu’à présent Ciudadanos recrutait surtout dans les villes, notamment dans les agglomérations urbaines de plus de 400 000 habitants.

 

Et si les ouvriers et les agriculteurs ne figurent pratiquement pas dans les profils repérés par les sondages, on voit peu à peu apparaître sur le réseau de Ciudadanos (Internet et les réseaux sociaux tiennent lieu de siège officiel du parti) des gens qui se connectent depuis les zones rurales. Sur le terrain des rêves et de l’espoir, Ciudadanos est en concurrence directe avec Podemos. Tous deux se reconnaissent dans la critique du bipartisme et dans la mission de régénérer et assainir le système, mais leur idéologie et leur programme sont très différents. “Podemos est un parti jeune avec des idées de vieux. Si leur modèle est le Venezuela, le nôtre serait le Danemark : un Etat providence compatible avec une économie de marché, mais suffisamment fort pour fournir les services basiques sans asphyxier l’économie”, assène Jésús de Lózar, 62 ans, économiste.

 

Tant que les convulsions tectoniques secouent la politique espagnole, rien n’est stable et rien n’est définitif. Les répliques et les contre-répliques se succèdent. Et au centre, 3 ou 4 millions d’électeurs indécis peuvent toujours faire pencher la balance en faveur des conservateurs du PP ou des sociaux-démocrates du PSOE.

 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 19:01
PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

Un parti né il y a huit mois a d’ores et déjà bousculé un échiquier politique bipartisan né il y a trente-sept ans. Il s’installe dans le jeu politique espagnol  en se structurant en véritable parti. Non sans ambiguïté, se disant ni de gauche ni de droite, mais transversal. Un récent sondage le place en tête avec 27,7 % des votes, devançant le PSOE d’1,5 point et distançant le PP de 7 points. Mais il est loin de convaincre de la crédibilité de ses propositions.

Les principaux graphiques sont agrandis plus bas.

Les principaux graphiques sont agrandis plus bas.

L’étude de Metroscopia pour El País a eu lieu en plein cœur d’une nouvelle vague de scandales qui secouent l’Espagne ! Cartes noires de la Caja de Madrid et de Bankia où sont impliqués Miguel Blesa et Rodrigo Rato (ancien Directeur général du FMI), mais aussi des dirigeants syndicaux,  et l’opération Púnica, réseau de corruption actif dans les régions de Madrid, Murcia, Leon et Valence, mettant en cause au moins quatre maires issus du PP, mais aussi un maire PSOE.

 

Elle ne se contente pas de faire un instantané des intentions de votes, mais, outre une explication de la méthode, elle complète le sondage sur les intentions de votes par celui sur la popularité – en général il s’agit plus d’impopularité – du couple royal et des leaders des partis politiques nationaux et en donnant un coup de projecteur sur Podemos et sur le nouveau leader du PSOE, Pedro Sánchez.

 

L’échiquier politique espagnol, depuis la première véritable élection en 1977 a connu une alternance entre la droite (UCD de Suarez puis Parti Popular) et la gauche (PSOE, le PCE, bien que seul parti véritablement actif dans la clandestinité sous Franco, n’a jamais fait plus du tiers des voix du PSOE).

L’IU est une sorte de Front de gauche avec un fort noyau PCE. UPyD ou UPD, fondée par une ex-députée européenne PSOE, est marquée par la lutte contre le terrorisme de l’ETA (avec Francisco Savater) donc contre les nationalismes et un de ses axes de lutte premier est la Laïcité.

A noter l’absence des Verts en tant que force politique autonome et de l’équivalent du Front National, le PP couvrant tout le spectre de droite du national-catholicisme, héritier du franquisme, jusqu’au centre-droit, d’autre part Podemos ralliant les mécontents.

Projection des votes
Projection des votes

Estimation des résultats électoraux sur les suffrages exprimés au cas où les élections générales se passeraient au moment du sondage.

L’estimation des résultats électoraux – si le vote avait lieu au moment du sondage – sur les suffrages exprimés, place PODEMOS en tête avec près de 28 %. Certes le PSOE devance de plus de 5 points un PP nettement plombé par la série de scandales qui le touchent prioritairement, mais il ne retrouve même pas le score des élections générales de 2011. A ce jeu IU et UPyD sont marginalisés, à moins de 4%. On note que les votes « blancs » sont décomptés et dans les « autres » se retrouvent les partis nationalistes divers. Le taux d’abstention est très proche de celui de 2011. Mais ce ne sont pas obligatoirement les mêmes, puisque des ex-électeurs PP s’abstiendraient, donc remplacés par d’ex-abstentionnistes.

 

Il manque la projection en sièges, mais, a priori, ça aboutirait  à une chambre quasi ingouvernable (si PODEMOS, comme c’est le cas actuellement reste dans une position ni gauche, ni droite).

Cote des personnalités
Cote des personnalités

La question porte d'abord sur le degré de connaissance des personnalités (elles sont donc classées en ordre décroissant selon ce critère, ainsi le couple royal et le 1er ministre sont connus de tous, en revanche le coordinateur d'IU n'est connu que de quatre espagnols sur cinq), puis sur le degré d'approbation de leur action.

La mesure de l’approbation ou désapprobation de l’action politique des personnalités, pour autant qu’on les connaisse, marque la remontée des royaux : l’opération abdication est donc positive. 

Le classement par ordre de connaissances des personnes par les sondés fait apparaître un déficit net pour le nouveau leader du PSOE.

Solde
Solde

Solde entre les évaluations positives et négatives,

globalement (histogramme) et dans le parti du leader concerné (tableau).

A part le couple royal, seul Iglesias, figure de proue de Podemos a un solde d’opinions légèrement positif. Rajoy, le 1er ministre, atteint un score négatif quasiment hollandais, mais la défiance est grande pour Sánchez du PSOE, Diez d’UPyD et Lara d’IU. Et, au sein de son propre camp si Iglesias fait nettement la course en tête (+87), le pauvre Sánchez est le moins convaincant des leaders dans son propre camp (+40).

Focus sur Sanchez
Focus sur Sanchez

Après la démission d’Alfredo Pérez Rubalcaba, suite à l’échec du PSOE aux européennes, Pedro Sánchez a été élu en juillet 2014. Il est donc censé incarner le renouveau du PSOE.

Pedro Sánchez a, de fait, encore un gros problème de crédibilité, puisque seulement 40%, contre 49%, l’estime capable de rénover son parti et de lui donner une meilleure image (les plus sévères étant les, heureusement, rares sondés pro-IU : 22%), et ils ne sont guère plus nombreux (43% contre 45%) à le croire capable de convaincre les anciens électeurs socialistes à revenir voter pour le PSOE.

Focus sur Podemos
Focus sur Podemos

Une première question s'adresse à ceux qui ont opté pour Podemos sur les raisons de leur choix. Une série de questions, s'adressant à tous, mesure le degré d'adhésion aux positions de Podemos.

Seul un tiers des sondés ayant opté pour Podemos disent l’avoir fait parce qu’il est le parti le plus proche des leurs convictions, alors que 42% expriment par ce choix leur déception, leur désenchantement à l’encontre des partis pour lesquels ils ont pu voter en d’autres occasions.

Les 28% qui disent que Podemos, dans l’état actuel des choses, est le seul parti en lequel ils peuvent avoir confiance confirment le sondage électoral. Podemos se heurte cependant à un relatif scepticisme, puisque 35% (contre 54%) jugent ses propositions comme réalistes et pouvant être mises en œuvre et 39% (contre 50%) qu’il a des idées claires sur ce qu’il faut faire pour surmonter la crise économique.

En mai 2015, les élections municipales et régionales (qui ne concernent cependant pas l’Andalousie, la Galice, la Catalogne ou le Pays basque) seront un premier test pour le PSOE, car Podemos n'y sera que peu ou pas présent.

Mais - sauf si Podemos se dégonflait comme une baudruche piquée par une aiguille, ce qu’absolument rien ne laisse prévoir - aux prochaines élections générales, dans un an, le paysage politique espagnol sera bouleversé. Même si Sánchez redonnait un peu de couleurs au PSOE et donc lui faisait reprendre la tête, il n’aurait pas de majorité. Pas plus que Podemos, s’il continue la course en tête. Et là, le ni-ni ne serait plus tenable.

 

PS Après beaucoup de galères, il semble que la mise en place correcte et des graphiques et d'un commentaire lisible soit réalisé...

 

 

Touitte
Touitte

Mystère et boule de gomme !

PS Miracle - le seul - d'over-blog : l'annonce des nouveaux articles apparaît dans un compte touitte (dont je ne me sers pas d'aileurs).

Surprise, je reçois donc une réponse mystérieuse d'une "Cordula" que je ne connais ni des lèvres ni des dents....

 

 

En complément, une autre estimation faite un peu avant celle de Metroscopia

 

L’étude de CIS a été réalisée entre le 1er et le 13 octobre. Alors que Metroscopia a classiquement travaillé sur un échantillon d’un millier de personnes, CIS lui a sondé 2480 personnes, avec, non seulement le non moins classique effort de répartition en PCS, mais aussi géographique et de taille des villes.

PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

Baromètre du CIS d'octobre 2014 :

estimations des votes si les élections avaient lieu au moment du sondage

La projection en % diffère sensiblement de Metroscopia, puisque le PP garde la tête, et que PODEMOS n’arrive qu’en 3e position. Mais entre les deux sondages les deux nouveaux scandales – cartes bleues dites noires et réseau Punica – ont eu tout leur retentissement. La dynamique de Podemos est cependant significative : +7.

Intentions "brutes"
Intentions "brutes"

Comparaison des intentions de votes spontanées dans les deux instituts.

Les fiches techniques des deux instituts de sondages donnent les réponses spontanées des sondés (ce qui, sauf erreur, ne se pratique pas chez leurs confrères hexagonaux). Dans les deux cas, Podemos arrive largement en tête.

 

Ensuite chaque institut va soumettre ces résultats bruts à sa cuisine, avec ses recettes propres et secrètes.

 

 

NB Cette alchimie particulière peut sembler de la basse manip chez les contempteurs des sondages. Un blogueur explique pourquoi et comment se cuisine une enquête d’opinions.

Il donne cet exemple :

Dans une enquête du CIS avant les européennes, à la question Pour qui allez-vous voter les réponses spontanées furent :

PP –> 14,1 %

PSOE –> 14,1 %

IU/ICV/ANOVA –> 5,2%

PODEMOS –> 0,8%

[...]

Abstentions annoncées –> 23,8%

Ne savent pas encore –> 20,6%

N’ont pas répondu –> 5,3%

Blancs –> 3,9%

 

Les résultats réels, le jour des élections furent :

PP –> 26,1%

PSOE –> 23,0%

IU/ICV/ANOVA –> 10,0%

PODEMOS –> 8,0%

[...]

Abstentions –> 54,1%

Blancs –> 2,3%

La cuisine va donc consister à recouper les résultats bruts avec d’autres indices.

PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

Intentions de votes

pour chaque parti sur une échelle de 0 à 10 (0 jamais, 10 toujours)

Ainsi dans la fiche du CIS voit-on un tableau demandant aux sondés de classer leur possible vote pour différents partis sur une échelle de 0 à 10, 0 pour absolument pas voter, 10 pour voter sûrement. Ainsi, sont-ils 42 % à dire qu’ils ne voteront certainement pas pour le PSOE ou pour Podemos et 4,6% pour le PSOE et 6,1% pour Podemos, à affirmer qu’ils voteront pour eux quoi qu’il arrive.  D’autres questions sur la connaissance et la popularité des leaders, sur le degré d’intérêt pour l’actualité politique, sur les moyens d’information, etc. vont permettre de mieux corriger les données brutes.

 

S’ajoutent des pondérations diverses (âges, PCS, géographiques, etc.).

 

Puis sortent des estimations, photos plus ou moins bien retouchées de l’état de l’opinion à un moment donné et dont la succession peut cependant donner une tendance.

 

 

 

 

Schneidermann nous invite à prendre de l'avance sur PODEMOS

 

Je ne vous redirais pas pour la xième fois que nous fûmes (et ce n'était pas du belge) des premiers à nous abonner à "Arrêt sur images" quand, après avoir été lourdé de la 5, il s'est reconverti en site. Ni pourquoi la malhonnêteté intellectuelle de son fondateur nous a poussés dehors.

Je continue cependant de recevoir les annonces d'émission. La dernière est parfaitement "raccord" avec l'article et ose se conclure par "Prenez donc de l'avance", alors que Podemos a créé la surprise aux européennes !

 

 

Gazette d'@rrêt sur images, n° 360

Inclassable, ce mouvement Podemos, né d'une télé des Indignés espagnols, et qui crée un tremblement de terre politique. Inclassable, ce mouvement marginal, créé en janvier 2014 dans l'indifférence générale, et qui arrive en tête des sondages espagnols d'intentions de vote. Podemos combat la corruption, défend les services publics, va chercher ses modèles dans la série Game of thrones : cela suffit-il à faire un programme ? Le vide politique espagnol a-t-il accouché d'un mouvement lui-même dangereusement vide ? Et à propos, l'exemple espagnol est-il transposable ailleurs, et pourquoi pas en France ? Toutes questions posées cette semaine à Jorge Lago, porte-parole du mouvement. Podemos bouscule nos méninges, vous allez en entendre parler dans les prochaines semaines. Prenez donc de l'avance ! Notre émission est ici (1).

Daniel Schneidermann

 

 

 

En sur-supplément : extraits d'un article tiré de la revue La Marea, traduit par Courrier International

 

ESPAGNE Podemos prêt à prendre le pouvoir ?

 

Née il y a neuf mois seulement, cette formation, issue du mouvement des Indignés, a cassé l’hégémonie des deux partis traditionnels et monte en flèche dans les sondages.

Quand Podemos a fait irruption sur la scène politique, en janvier 2014, nombreux étaient ceux qui considéraient ses promoteurs comme une poignée d’allumés antisystème qui avaient la grosse tête.

 

La création du modèle Podemos a impliqué de renoncer à certains symboles brandis encore il y a peu par Pablo Iglesias, son leader, et le reste de l’équipe fondatrice. Ils ont ainsi délibérément délaissé une terminologie pouvant être jugée trop radicale par le centre, comme “lutte des classes”, “prolétariat” ou “révolution”.(…) Podemos utilise désormais un langage différent, plus moderne. La classe ouvrière en tant que sujet politique a été remplacée par le “précariat” ou le “pobretariado” [le “pauvretariat”], à l’opposition gauche-droite s’est substitué l’antagonisme entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, et quant à l’oligarchie elle est désormais qualifiée de “caste”. L’objectif étant de ne pas faire fuir les électeurs centristes qui pourraient être en phase avec des mesures progressistes mais seraient rebutés par le discours traditionnel de la gauche ouvrière.

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