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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 17:33
L'union de la gauche vue par Iglesias

L'union de la gauche vue par Iglesias

Pablo Iglesias, leader de Podemos, crache à la figure du PSOE tout en feignant de lui tendre la main. Le PP malgré des scandales récurrents se maintient dans les sondages. La très fragile alliance PSOE-Ciudadanos se heurte au bloc du refus, droite et gauche extrême réunies. De nouvelles élections générales se profilent mais qui, dans l’état actuel de l’opinion, aboutiraient à la même impasse.

Espagne ingouvernable donc ?

Il n’y va pas avec le dos de la cuiller, le leader de Podemos, dans son discours au Parlement. Pablo Iglesias, a en effet asséné que le PSOE était coupable « de crime d’Etat et de trafic d’influence », qu’il avait « de la chaux vive sur les mains » et pratiquait « une politique suicide » à la solde de l’UE, ceci tout en l’enjoignant à continuer à négocier avec lui dans le même discours.

Rajoy, 1er ministre sortant, chef du 1er parti, le Parti Popular (PP) a vite renoncé à tenter de former un nouveau gouvernement, faute d’allié.

Le Roi a donc fait appel au leader du parti arrivé second, le PSOE, pour chercher à son tour une coalition. Une solution à la portugaise où les partis de gauche avaient réussi à s’unir pour obtenir la majorité absolue supposait, outre l’accord PSOE-Podemos, d’autres alliés. Mais d’entrée Podemos posait des exigences difficilement acceptables : outre la Vice-Présidence, le Ministère de l’Intérieur et six autres ministères. Surtout, l’accord achoppait sur l’exigence d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Pour le PSOE, cette exigence est inacceptable car elle ferait entrer l’Espagne dans une période d’incertitude qui accroîtrait les difficultés économiques. Et électoralement ce serait suicidaire car le PSOE a ses fiefs dans les régions unitaires.

Faute d’un accord avec Podemos, Pedro Sánchez a cherché l’appui de Ciudadanos (C's) – parti centriste farouchement anti indépendantiste. Solution des plus bancales, puisque l’alliance ne donne guère plus d’élus (130) que le seul PP (123) et est donc très loin de la majorité absolue (176). Et un gouvernement minoritaire n’est possible que par l’abstention de Podemos et d’une fraction des élus des petits partis. Par deux fois, Sánchez s’est heurté à la conjonction des NON, du PP et de Podemos.

Totale impasse donc et l’on s’oriente, si rien ne bouge d’ici la fin du mois, vers de nouvelles élections générales en Juin.

ESPAGNE L'IMPASSE
ESPAGNE L'IMPASSE

Au-delà des fluctuations du baromètre électoral de Metroscopia, il appert que la situation serait la même après un nouveau scrutin.

 

Certes le sondage réalisé les 8 et 9 mars auprès de 1200 personnes (marge d’erreur ± 2.9) semble faire bouger les lignes entre C’s et Podemos.

Ciudadanos regonflerait ses voiles, en supposant toutefois que conscient de la surestimation d’avant le 20D (plus de 5 points entre le sondage du 13 décembre et le résultat des élections, en défaveur de C’s) Metroscopia ait retravaillé ses équations. Ce qui est constant c’est la cote de popularité d’Albert Rivera, le seul à avoir un solde d’appréciations positif ; son profil de gendre idéal lui vaut presque l’approbation de la moitié des électeurs de Podemos !

Podemos qui semble avoir assez mal négocié le débat sur l’investiture. Pablo Iglesias en s’en prenant violemment à Felipe González, Président du gouvernement du 1er décembre 1982 au 4 mai 1996, artisan essentiel de la transition démocratique, froisse tous ses anciens électeurs sans que ses jeunes troupes se sentent beaucoup concernées : les GAL, cette préfiguration artisanale des assassinats ciblés chers aux USA ou à Israël, c’est pour eux de l’histoire très ancienne.

Et Podemos révèle aussi des failles, car il ne forme pas un groupe homogène ayant contracté des alliances locales : ses alliés ne sont pas tous sur la ligne intransigeante d’Iglesias. Iglesias qui paye cette attitude par un solde négatif global et le solde positif le plus faible dans son propre camp.

Le PP c’est un peu le paradoxe des Balkany mais à l’échelle d’une nation. Les scandales s’ajoutent aux scandales – une nouvelle affaire impliquant l’ex-maire Rita Barberá vient d’éclater à Valence – mais le PP semble inoxydable avec un noyau dur de plus du quart des électeurs. Rajoy s’il garde la confiance relative de ses troupes est le plus impopulaire des quatre chefs de parti.

Le PSOE, malgré son impuissance actuelle à former un gouvernement, n’en pâtit pas. Et son leader, même, ayant su faire face, au lendemain des élections, à la pression des barons locaux, a assis son autorité dans son parti, y recueillant enfin un solde positif net et apparaissant comme le leader indiscutable en cas de nouvelles élections. Il s’emploie à essayer de lever l’hypothèque catalane. Il renforce l’accord avec C’s. Il tente d’acculer Podemos à l’abstention.

Unidad Popular (UP) (ex IU : gauche unie) reprend du poil de la bête récupérant un peu de l’électorat parti chez Podemos. Ils savent gré à Alberto Garzón d’avoir œuvré pour tenter de mettre sur pied une coalition de gauche (PSOE+Podemos+UP).

ESPAGNE L'IMPASSE

L’impasse est d’autant plus grande que le seule combinaison qui obtient la faveur d’une majorité de sondés est celle que Pedro Sánchez essaye de faire passer et qui, nouvelle élection ou pas, est minoritaire.

La 2e hypothèse, une grande coalition à l’Allemande, PP-PSOE avec l’apport de C’s et le populaire Rivera comme clé de voûte, hypothèse d’école, provoque juste un peu moins de rejets que les trois suivantes. La coalition de gauche est rejetée par les électeurs PSOE ! Le contentieux avec Podemos est lourd et ils préfèrent une grande coalition dirigée par Sánchez. Quant à la même, mais présidée par le sortant Rajoy, elle provoque le plus net refus.

ESPAGNE L'IMPASSE

Il est intéressant de noter que si la majorité des sondés veut donner sa chance à l'alliance PSOE+C's en prônant l’abstention surtout (48% et 43%) et le vote pour (10% et 17%) dans un nouveau scrutin parlementaire, les électeurs de Podemos le préconisent à 49% (35% abstention+14% pour) face à 46% contre.

Metroscopia note, derrière les chiffres globaux, la porosité d’une fraction de l’électorat. Ainsi, au moment du sondage, C’s, bien qu’en hausse globale, perdait potentiellement 10% de ses électeurs vers le PP, 4% vers le PSOE et 10% vers l’abstention mais il recevrait 10% d’électeurs PP, 5% du PSOE, 4% de Podemos, 8% d’UP et 5% d’autres partis… Cette porosité qui se retrouve donc dans les autres partis laisse le jeu très ouvert en cas de nouvelles élections.

ESPAGNE L'IMPASSE

Malgré les difficultés évidentes du multipartisme après le bipartisme de fait, les sondés le préfèrent nettement – 67% contre 30%. Mais si les Espagnols gardent un intérêt évident pour la politique, ils n’ont pas le même respect pour les politiques qu’ils accusent à 83%  de faire passer leur intérêt ou celui de leur parti avant le bien de la nation !

Nation qui, faute d’une culture du compromis, pourtant fort bien pratiqué au niveau municipal et régional, et qui a permis la transition démocratique, risque de se retrouver dans la même impasse en juin ! Le PP, surtout s’il garde Rajoy comme leader, ne devrait pas faire mieux. Même si Podemos réussissait son pari de dépasser le PSOE, il pourrait difficilement le convaincre de faire alliance avec lui, tant l’électorat socialiste est ulcéré par la virulence des attaques d’Iglesias.

Le seul jeu ouvert reste du côté de C’s, capable de s’allier avec un PP débarrassé de Rajoy et acceptant de ne pas remettre en cause, comme il l’a fait, les acquis sociétaux (IVG, mariage pour tous).

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