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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 18:14
Latifa Ibn Ziaten au Lycée Laetitia Bonaparte, Ajaccio, en présence du Recteur et du Proviseur

Latifa Ibn Ziaten au Lycée Laetitia Bonaparte, Ajaccio, en présence du Recteur et du Proviseur

Avec Rama Yade, Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat Imad, tué par Merah, serait interdite de Lycées, pour cause de fichu sur la tête !

Pour toute réponse au drame de Charlie, Yade prône une laïcité liberticide et crache sur l’école publique.

 

Madame Rama Yade, atteinte de délires mystiques, confond République et religion et laïcité et rite. Après avoir servi le chanoine de Latran, tel Paul de Tarse tombé de son cheval, elle prêche maintenant un messianisme républicain. Sans doute pour donner à l’instit le souffle de grâce qui lui manquait face au curé.

 

Et la grande prêtresse de ce messianisme républicain entonne le cantique sacré de la laïcité. Comme toute religion, la sienne, pour républicaine qu’elle se prétende, est faite d’anathème et d’interdits.

 

Le messianisme pathologique de Rama Yade

Messaianisme : définition du CNRTL

« Comment a-t-on pu, récemment encore, autoriser le port du voile pour les accompagnatrices des sorties scolaires ? » s’indigne-t-elle. « Cette décision inique et irresponsable a porté une entaille profonde au principe sacré de laïcité. » poursuit-elle. L’enflure du verbe ne peut masquer le vide de la pensée de la prédicatrice. Car, il ne s’agit pas d’autoriser, comme elle dit, mais de ne pas violer l’état actuel du Droit par des interdits arbitraires.

 

L'interdiction du port de tout signe distinctif, aussi bien religieux que politique, s’impose aux agents de services publics, à commencer par ceux du premier des services publics, l’Education Nationale. Non par crainte de prosélytisme, mais pour bien marquer la neutralité du service public. Nul n’ignorera sans doute que le directeur de l’école primaire qui se présente à telle élection est, mettons, socialo. Mais il ne doit pas aller à l’école qu’il dirige en arborant la rose au poing sur son veston. Dans le Lycée public où j’ai traîné en blouse grise, le sanscul – le censeur si vous préférez – et sa nombreuse famille étaient notoirement cathos : il n’arborait pas un crucifix dans son bureau.

 

En revanche, on peut voir des mamans fichus sur la tête accompagner leur gosse à la maternelle. Les autres parents, les autres gosses, peuvent les voir. Fait-on appel à des parents volontaires pour l’accompagnement des enfants à un spectacle, faudrait-il les interdire pour cause de fichu ? Les bannisseurs doivent déployer des trésors de casuistique pour tenter de faire croire qu’en accompagnant des petits de 3 ou 4 ans pour de simples raisons de sécurité, elles participent du service public (très bénévolement d’ailleurs).

Répétons-le, dans l’état actuel du Droit, un tel interdit est illégal. Et stigmatiser – aux yeux de tous leurs camarades – leur maman n’est peut-être pas la meilleure façon de réussir l’intégration de ces enfants, leur adhésion aux valeurs du vivre ensemble, dont la laïcité est justement l’outil.

Et dans cette logique liberticide, faut-il interdire à Mme Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, militaire assassiné par Merah, l’accès aux écoles, collèges et lycées publics.

 

« Samedi 10 janvier, j’ai défilé (…) de façon anonyme, comme une citoyenne lambda. Je suis musulmane, voilée, j’ai vu les regards qu’on posait sur moi. » « Jeudi, le lendemain de la tuerie de « Charlie-Hebdo », dans la classe de Lycée où j’intervenais, nous avons fait la minute de silence ensemble. C’était très émouvant. Les questions ont fusé, ensuite. »

« Aujourd’hui, la France est une cocotte-minute Au lieu d’exclure [les jeunes des quartiers] et de les laisser sur les bas-côtés, il faudrait les aimer, ces jeunes, leur répéter qu’ils sont français, à part entière. » ("Refuser l'amalgame" L'OBS 14/01/2015*)

 

Et non entièrement à part, comme le préconise R. Yade.

 

Qui se livre en prime à une attaque très onfrayenne de l’école de la République. On atteint même la Belghoulerie quand « elle dénonce un système public indigent qui a renoncé aux savoirs fondamentaux, au profit d’enseignement superficiels (ABCD), dangereux (genres) et de débats accessoires (rythmes scolaires). »

 

Question indigence de la pensée, Yade est une experte.

 

* Voir aussi "Charlie Hebdo" : mon fils a été tué par Merah. Tendons la main à la jeunesse qui souffre

Le messianisme pathologique de Rama Yade

en complément J. BAUBEROT

LIBERATION 18/01/2015

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 16:02
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Morano Nadine, notre Sarah Palin, a décidé de nous distraire pendant cet été pourri. Après avoir tancé le Président pour avoir fêté discrètement son 60e anniversaire, après avoir clamé son dépit à l’encontre de son little big man, voilà qu’elle fait part de son ire nouvelle : figurez-vous, elle a rencontré une femme voilée sur la plage !

 

Eh oui ! si l’on en croit la photo qu’elle a prise elle-même, la députée européenne – mais si – se fait griller la couenne sur des plages bien galeteuses. Or donc, « Sous un chaud soleil, sur une plage de France, bondée de vacanciers en maillots de bain, un couple est arrivé. Un homme vêtu d'un short et d'un maillot manches courtes accompagné d'une femme vêtue, d'une tunique manches longues, d'un pantalon et d'un voile. En quelques minutes, l'homme se mit en maillot de bain exhibant un corps bien fait, pendant que la dame s'asseyait toute habillée, bien sagement sur le sable. Il se dirigea seul, vers la mer. Heureux de profiter d'un bon bain, il adressait à sa douce  soumise, seule, entourée de corps en tenue de plage, des signes de la main. Lui, a donc le droit de se déshabiller, de se baigner, elle non ! » Il s’en passe des choses sur une plage de France ensoleillée. Et on notera les qualités littéraires de cette description, avec un aspect psychologique qui dénote la perspicacité de l’élue : la « douce soumise ».

Les mauvais esprits pourraient dire que peut-être la dame n’aime pas les bains de mer ou bien qu’au contraire elle s’est chopé un coup de soleil généralisé, on se doute que ce ne sont que des « idiots utiles » de l’islamisme conquérant qui veut nous imposer sa charia.

 

La Nadine ne s’en laisse pas conter. Boutons les infidèles hors de la patrie ! « Qu'on ne vienne pas me rétorquer encore une fois l'Islam... Je demande aux musulmans qui ont choisi de vivre en France et de s'y intégrer (…) de défendre avec moi, une simple réalité : La France n’est pas un Etat religieux » « Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes. Sinon, on va ailleurs !! » C’est beau comme du Marine Le Pen, dans le texte.

 

Car n’en déplaise à la Dame, outre qu’il est fort possible que sa voisine de plage au foulard soit née en France et de nationalité française, tout autant qu’elle, dans un état de Droit, il y a des lois et elle confesse elle-même qu’elles ne furent pas violées par la dame dite ‘voilée’ : « Il n’y a rien qui porte atteinte à l’ordre public puisque la femme avait le visage découvert conformément à la loi. » Le principe de non contradiction n’est donc pas tout-à-fait acquis.

 

Quand l’ordre public n’est pas en danger, il y a un autre intérêt qui s’impose, c’est celui de la liberté.

 

Quant à la Laïcité, elle en a une vision digne des rouge-bruns style riposte laïque. La loi de 1905 qui la fonde grandement a connu deux débats qui restent d’actualité. Non la religion ne se cantonne pas au domaine privé. Un Article 25 (devenu 27) dans sa rédaction initiale, édictait que les églises, séparées de l’état, « n’ont pas le droit d’emprunter la voie publique pour les manifestations de leur culte » car elles imposeraient ainsi « aux indifférents, aux adeptes des autres confessions religieuses le spectacle inévitable de leurs rites particuliers. » On n’est pas loin des actuelles déclarations, dont celles de Nadine. Eh bien ! pris en quelque sorte à contre-pied par un député catholique, qui leur assène : « La liberté de conscience ne doit pas être conçue d’une façon négative, comme imposant aux différentes confessions religieuses l’obligation de se dissimuler, elle doit être conçue d’une façon positive, comme leur imposant de se tolérer réciproquement, ce qui implique pour chacune d’elle la faculté de se développer, de se manifester. », Ferdinand Buisson et Aristide Briand se rendent à ses raisons. Quand l’ordre public n’est pas en danger, il y a un autre intérêt qui s’impose, c’est celui de la liberté.

 

La loi de 1905 se donne pour but d'instaurer dans ce pays un régime de liberté

 

Autre débat encore d’actualité, celui sur le port de la soutane : un amendement est présenté visant à l’interdire. Aristide Briand rétorque : « ce serait encourir, pour un résultat plus que problématique, le reproche d’intolérance et même s’exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir, par une loi qui se donne pour but d’instaurer dans ce pays un régime de liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes de modifier la coupe de leurs vêtements. »

Nadine à la plage découvre une femme voilée

Mais le chaud soleil a dû lui taper fort sur la calebasse, car peu avant, notre Sarah Palin en avait sorti une bien bonne, sur France-Inter : "Rhooo [ou onomatopée de ce style] ça n'a rien à voir avec la question du déficit, c'est grotesque, ça n'a pas de cohérence dans le raisonnement, m'enfin ça c'est habituel (...) Nous sommes dans une crise très grave face à des terroristes [les islamiste en Irak] (...) et Monsieur Hollande est parti fêter son anniversaire". De fait, et en toute intimité, François Hollande, hors caméras, a fêté son 60e anniversaire. Comme les crises en tout genre, n’ont pas manqué, on suppose que l’idole de Nadine, N. Sarkozy, n’a pas dû fêter souvent son anniversaire.

 

La bêtise poussée à ce point ça devient presque un art !

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 15:38
Monet, Rue Saint-Denis, fête du 30 juin 1878

Monet, Rue Saint-Denis, fête du 30 juin 1878

Ce sont ceux qui en parlent le plus qui le connaissent le moins. Nos prétendus laïques qui évoquent avec une feinte nostalgie ‘l’école de Jules Ferry’ ignorent qu’il a préconisé le maintien des crucifix, si leur disparition provoque l’émoi de la commune et risque de vider l’école publique.  Nos intransigeants Républicains ne veulent pas savoir qu’il fut l’homme du compromis, de la transaction. A l’inverse, les procès anachroniques des anti-colonialistes et des féministes le vouent aux gémonies. Mona Ozouf, dans un essai nourri et de ses travaux sur l’école de la République et de sa biographie de Jules Ferry, redonne sa vraie place à celui qui en six ans a contribué à refaire la France.

Certes l’œuvre scolaire de Ferry reste, en quelque sorte, bénite. Mais on oublie que dans le maigre sextennat où il a pu exercer le pouvoir, Ferry a rétabli le mariage civil et nous a légué la liberté de la presse, de réunion, syndicale.

 

Surtout, et Mona Ozouf le met quasiment sur le même pied que les lois scolaires, Ferry a instauré l’élection des maires. A partir de 1882 (élection des maires pour toutes les communes) et surtout de la loi du 5 avril 1884 sur l'organisation des pouvoirs municipaux, la mairie fut constituée sur le modèle réduit d'une République parlementaire (élection au suffrage universel des conseils municipaux, élection par le conseil du maire, publicité des séances). Illustration de cette volonté  constante, chez Ferry, de l’équilibre entre un Etat fort, garant de l’unité, et une riche vie communale, garante de la complexité.

Contrairement à ce que l’on peut croire, les grandes lois scolaires de 1881 et 1882 ne bouleversent pas la scolarisation et la gratuité. Comme l’explique Mona Ozouf : “En 1880, la grande majorité des enfants fréquentait déjà l’école, mais par intermittence. Rendre cette fréquentation régulière nécessitait de recourir à la contrainte de l’obligation. Celle-ci s’accompagnait d’une discipline stricte à l’école : respect des horaires, des programmes, du règlement. La pédagogie, unifiée d’un bout à l’autre du pays, était autoritaire, mais les normes, fixées sans états d’âme, étaient alors soutenues par l’ensemble de la société : le classement des élèves, par exemple, était une hiérarchie perçue comme légitime, celle de l’effort, du mérite et de la valeur. La sélection paraît à Ferry, comme aux parents d’élèves, une idée progressiste. Quant à la gratuité, elle aussi était assez largement acquise. En 1880, les deux tiers des élèves du primaire en bénéficiaient déjà. Mais sa généralisation donne à Ferry l’assurance de mêler sur les bancs de la classe ceux qui, lors du service militaire, seront, explique-t-il, « mêlés sous les drapeaux de la patrie”.

“Seul le troisième terme de la trinité scolaire, celui de laïcité, avait un caractère d’absolue nouveauté.

Procès anachroniques

 

Les champions de la revendication occitane, basque ou bas-bretonne “sont enclins de voir en Ferry un adversaire déterminé des cultures régionales.” Or, pour Mona Ozouf, il ne s’agit pas d’une politique délibérée : pas plus que ses adversaires conservateurs, il ne perçoit le problème. “La propension personnelle de Ferry de tout réduire au politique explique à la fois son insensibilité aux différences culturelles et son extrême sensibilité aux couleurs des lieux et des milieux où il doit inscrire son action.

 

Alors qu’un féminisme intransigeant le présente comme un ennemi des femmes, Ferry a, au contraire, tenu à ce que l’école obligatoire, gratuite et laïque le soit pour les garçons et les filles, avec le même programme sur les matières de base. Certes les filles étaient astreintes aux travaux d’aiguille et les garçons au jardinage, mais près d’un siècle plus tard, on trouvait ces mêmes distinctions dans les travaux manuels au collège (ateliers bois et fer d’un côté, couture et cuisine de l’autre) ! Ferry était “convaincu que si de son œuvre ne devait rester qu’une illustration, celle que la postérité retiendrait serait l’éducation des filles”.

 

Statue de Saint – Dié

Le monument de Saint-Dié-des-Vosges (1896), dû au sculpteur Antonin Mercié, représente, devant le piédestal supportant la statue en pied de l'homme d'État, une Marianne symbolisant la République, un enfant annamite rappelant l'œuvre coloniale de Ferry, ainsi qu'un écolier qui évoque les lois scolaires des années 1880. Deux autres exemplaires de cette statue ont été coulés. L'un destiné à la ville de Tunis, l'autre à la ville de Hanoï

Reste le procès suprême : Ferry-Tonkin, Ferry le colonisateur, Ferry le colonialiste.

François Hollande, lui rendant hommage, prend bien soin de préciser qu’il salue son œuvre scolaire. Pas son œuvre coloniale, bien sûr.

Mona Ozouf explique à F. Busnel (Grande librairie, 24/04/14) que cette politique coloniale est justifiée par la brèche étroite qui s'ouvre à la politique française. Après la défaite épouvantable de 1870, qui voit l'amputation territoriale et l'armée démantelée, le drame de la Commune dont personne ne sait qu'elle est la dernière des révolutions, dans un pays incroyablement fragile, avec Bismarck qui verrouille la politique étrangère, la seule brèche, c'est la politique coloniale, pour redonner de la grandeur à la France, lui rendre son rang de grande puissance.

Pour Ferry comme il faut faire parvenir des petits paysans analphabètes à la conscience civique, de la même façon, il faut faire parvenir les populations indigènes à la ‘civilisation’. Aujourd'hui, si on emploie le mot "race", on est raciste ; quelqu'un partisan de la colonisation, est colonialiste. Mona Ozouf nous apprend que J. Ferry est l'auteur d'un rapport sur l'Algérie très critique sur l'attitude des colons. Il est plein de la fierté d'établir des écoles en Algérie. Des écoles qu'il appelle "mes filles". Les colons le traitent de gâteux sentimental. “Colonisateur assurément. Mais colonialiste, non.” 

Homme le plus haï de France, en son temps. Et il le paya de trois attentats, le dernier lui laissant une balle dans le corps.  Et cette haine fut, paradoxalement, due à ce qu’il fut un modéré. “Modéré il était, et il avait beau répéter qu’en général ce sont les modérés qui se montrent les plus résolus, c’est précisément ce qu’on ne pouvait lui pardonner. La pente nationale est de voir dans la prudence une lâcheté, dans le compromis”,  une compromission, dans la transaction, une trahison, dans une concession, une capitulation !

Et Mona Ozouf d’évoquer le philosophe Renouvier qui écrivait “Au niveau local comme au niveau national, la fonction d’une assemblée délibérative est d’arriver à des transactions et à des concessions, après examen réfléchi de toutes les possibilités. C’est pourquoi Renouvier est opposé au mandat impératif, qui interdit tout compromis. Le régime démocratique tire sa force de cette structure de négociation entre les volontés”. (Marie-Claude Blais) Tout en ayant conscience que pour le français “tout ce qui n’est pas idéal, n’est que misère”.

 

Ferry a été victime de son propre camp, la gauche, là où règnent les hommes “élevés à l’école du tout ou rien”.

Gallimard "L'esprit de la cité" (cliquer pour agrandir)Gallimard "L'esprit de la cité" (cliquer pour agrandir)

Gallimard "L'esprit de la cité" (cliquer pour agrandir)

L'Histoire No 130, Février 1990 EXTRAITS

 

L'HISTOIRE : Avant même Jules Ferry que l'on crédite d'avoir imposé la scolarité à tous les enfants, beaucoup de petits Français vont à l'école...

MONA OZOUF : En 1870, la grande majorité des enfants français sont déjà scolarisés et, la plupart du temps, dans une école publique. L'oeuvre des prédécesseurs de Jules Ferry traduit, en fait, la prise en compte d'une demande sociale, véritable moteur de l'extension du réseau scolaire. Par delà la véhémence des querelles sur l'école, deux idées fondamentales ont émergé au cours du XIXe siècle: la nécessité d'une formation homogène des maîtres sur l'ensemble du territoire national (la création des Écoles normales de garçons remonte à Guizot) ; l'impératif d'un curriculum scolaire unifié. Et l'immense débat sur l'obligation scolaire qui agite les débuts de la IIIe République surgit au moment où la question est déjà presque réglée dans les faits, même si l'école n'est pas encore dans ce cadre aux emplois du temps et aux programmes stricts que définira Ferry.

 

L'HISTOIRE: Est-ce, alors, la question de la laïcité qui provoque tant de passions dans les années 1880 ? Car le combat des républicains pour l'installation et la consolidation du régime semble passer par la victoire de l'école laïque, au point de créer un lien quasi organique entre les deux notions...

MONA OZOUF : Oui, si Jules Ferry n'invente pas l'école pour tous, il crée l'école laïque de la République, ce lieu d'intégration et de formation du citoyen qu'avait déjà défini la Révolution. Par ailleurs, on ne peut comprendre l'intensité des passions soulevées par la question de l'école au moment du vote des lois Ferry sans tenir compte du contexte politique des années 1870-1880. Après la guerre de 1870 perdue contre la Prusse, et pendant l'Ordre Moral, l'offensive catholique s'appuie sur l'idée que la défaite de la France - châtiment de Dieu - est largement imputable aux mauvais instituteurs. Déjà sous la monarchie de Juillet, Montalembert - le champion de la liberté de l'enseignement - opposait l'armée défaitiste et démoralisatrice des instituteurs à l'armée des prêtres... L'Église de la fin du XlXe siècle jette tout le poids de son système d'enseignement dans son combat contre la République. Dans ce climat, la laïcité devient la pierre de touche des lois Ferry (1881-1886) qui imposent aussi la gratuité et l'obligation.

C'est surtout la laïcité des programmes qui a provoqué une vive controverse ; fallait-il ou non inscrire Dieu au programme ? Pouvait-on concevoir un enseignement moral séparé de l'enseignement religieux ? Jules Ferry, Jean Macé et les autres auteurs de la législation laïque n'étaient pas des matérialistes. Mais la logique du combat politique les a conduits à séparer l'éducation religieuse de l'éducation morale, alors que leurs convictions ne les poussaient pas dans ce sens.

 

L'HISTOIRE : L'école de Jules Ferry est aussi un formidable instrument au service de l'intégration nationale, Qu'ils soient Bretons ou Basques, les enfants français passent tous par la même école.

MONA OZOUF : Aux yeux de Jules Ferry, les appartenances régionales ne menacent pas le moins du monde l'unité nationale. La France ne lui semble pas non plus déchirée par un affrontement social, opinion pour le moins originale au sortir de la Commune. C'est la mémoire historique qui lui paraît créer deux France, de part et d'autre de la grande fracture de 1789. Pour réconcilier ces deux jeunesses, élevées l'une dans la révérence et l'autre dans la répulsion de 1789, Jules Ferry veut constituer des souvenirs communs aux petits Français. D'où son attachement à l'enseignement de l'histoire précédant la Révolution, pour y montrer, comme le fait Lavisse, tous les changements qui préparent souterrainement l'avènement de la liberté moderne.

 

L'HISTOIRE : Et qui sont donc les instituteurs de l'école créée par Jules Ferry , Quel sorte de corps forment ceux qu'on appellera bientôt les "hussards noirs de la République" ?

MONA OZOUF : Je ne crois pas que le portrait politique des instituteurs, tel qu'il est présenté par la droite ou par la gauche, soit tout à fait exact. Les instituteurs de la Belle Époque ne sont ni des agents de l'irréligion organisée ni de farouches défenseurs d'une doctrine républicaine pure et dure.

Mais on doit constater que ce corps a très vite lié son sort à celui de la République démocratique. En les plaçant sous l'autorité de la hiérarchie académique, la République a libéré les maîtres d'école de tutelles locales souvent insupportables, qui les exposaient à être déplacés au gré des affrontements de clochers. Mais il y a, à mon sens, une seconde raison, d'ordre philosophique : une parenté profonde entre le métier d'instituteur et la croyance centrale de la République, soit la foi dans le progrès. Le maître d'école le plus modeste est convaincu qu'il a le pouvoir de noter, d'observer et d'organiser la progression du savoir enfantin et qu'il s'agit d'autant de victoires remportées sur l'ignorance et la superstition. Tout comme la République française se fonde sur le progrès des sciences et de la Raison.

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 16:05
En guise d’hommage à Cavanna

Cette lettre de Cavanna aux culs bénits date de 1994 : pourvu qu’en plus il ne soit pas visionnaire !

 

Envoi de B. A. que je mets en ligne avec retard

Siné

Siné

Lecteur, avant tout, je te dois un aveu. Le titre de ce livre est un attrape-couillon. Cette "lettre ouverte" ne s'adresse pas aux culs-bénits. [...]

 

 

Les culs-bénits sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu'il est convenu d'appeler leur "foi". Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, il l'ont touché du doigt. Amen. Jetons-les aux lions, ils aiment ça.

 

Ce n'est donc pas à eux, brebis bêlantes ou sombres fanatiques, que je m'adresse ici, mais bien à vous, mes chers mécréants, si dénigrés, si méprisés en cette merdeuse fin de siècle où le groin de l'imbécillité triomphante envahit tout, où la curaille universelle, quelle que soit sa couleur, quels que soient les salamalecs de son rituel, revient en force partout dans le monde. [...]

 

Ô vous, les mécréants, les athées, les impies, les libres penseurs, vous les sceptiques sereins qu'écœure l'épaisse ragougnasse de toutes les prêtrailles, vous qui n'avez besoin ni de petit Jésus, ni de père Noël, ni d'Allah au blanc turban, ni de Yahvé au noir sourcil, ni de dalaï-lama si touchant dans son torchon jaune, ni de grotte de Lourdes, ni de messe en rock, vous qui ricanez de l'astrologie crapuleuse comme des sectes "fraternellement" esclavagistes, vous qui savez que le progrès peut exister, qu'il est dans l'usage de notre raison et nulle part ailleurs, vous, mes frères en incroyance fertile, ne soyez pas aussi discrets, aussi timides, aussi résignés!

 

Ne soyez pas là, bras ballants, navrés mais sans ressort, à contempler la hideuse résurrection des monstres du vieux marécage qu'on avait bien cru en train de crever de leur belle mort.

 

Vous qui savez que la question de l'existence d'un dieu et celle de notre raison d'être ici-bas ne sont que les reflets de notre peur de mourir, du refus de notre insignifiance, et ne peuvent susciter que des réponses illusoires, tour à tour consolatrices et terrifiantes,

 

Vous qui n'admettez pas que des gourous tiarés ou enturbannés imposent leurs conceptions délirantes et, dès qu'ils le peuvent, leur intransigeance tyrannique à des foules fanatisées ou résignées,

 

Vous qui voyez la laïcité et donc la démocratie reculer d'année en année, victimes tout autant de l'indifférence des foules que du dynamisme conquérant des culs-bénits, [...]

 

À l'heure où fleurit l'obscurantisme né de l'insuffisance ou de la timidité de l'école publique, empêtrée dans une conception trop timorée de la laïcité,

 

Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, "causons dans le poste", éduquons nos gosses, saisissons toutes les occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés! [...]

 

Simplement, en cette veille d'un siècle que les ressasseurs de mots d'auteur pour salons et vernissages se plaisent à prédire "mystique", je m'adresse à vous, incroyants, et surtout à vous, enfants d'incroyants élevés à l'écart de ces mômeries et qui ne soupçonnez pas ce que peuvent être le frisson religieux, la tentation de la réponse automatique à tout, le délicieux abandon du doute inconfortable pour la certitude assénée, et, par-dessus tout, le rassurant conformisme.

Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. [...]

 

  Un climat d'intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s'installe et fait tache d'huile. L'intégrisme musulman a donné le "la", mais d'autres extrémismes religieux piaffent et brûlent de suivre son exemple. Demain, catholiques, orthodoxes et autres variétés chrétiennes instaureront la terreur pieuse partout où ils dominent. Les Juifs en feront autant en Israël.

 

Il suffit pour cela que des groupes ultra-nationalistes, et donc s'appuyant sur les ultra-croyants, accèdent au pouvoir. Ce qui n'est nullement improbable, étant donné l'état de déliquescence accélérée des démocraties. Le vingt et unième siècle sera un siècle de persécutions et de bûchers. [...]

 

Bernard, avec mes excuses pour les non-mécréants...

En guise d’hommage à Cavanna
En guise d’hommage à Cavanna

Extraits de François Cavanna, Lettre ouverte aux culs-bénits, Albin Michel, 1994.

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 16:20
108e anniversaire de la Loi de 1905

Pourquoi ne pas faire du 9 décembre le jour de la Laïcité demandait Daniel Keller, grand maître du Grand Orient, ce midi dans « La nouvelle édition » ?

 

Car, il y a 108 ans, était votée la Loi de  1905.

 

 

Mais il n’est pas sûr que D. Keller partage la conception libérale de la laïcité d’Aristide Briand.

 

Il n’est pas sûr que ceux qui nous rabâchent que la religion doit être cloîtrée dans une « sphère privée » et qui vouent la laïcité à des querelles textiles aient bien lu les débats qui ont précédé l’adoption de la loi de 1905.

 

Alors le 9 décembre journée de quelle laïcité ?  

 

Une laïcité d’apaisement et de « sang-froid » à la Briand ou une laïcité autoritaire et de combat à l’Ataturk ?

 

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 16:55
Laïcité : il y a 105 ans, la loi de 1905

« Nous ne sommes pas des ennemis de la religion. Nous sommes, au contraire, les serviteurs de la liberté de conscience, respectueux de toutes les opinions religieuses ou philosophiques. » (Gambetta,18 septembre 1878).

 

« Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat

 

Titre Ier : Principes.

loi-1905-1Article 1

 

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

 

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3. »

 

Si la loi de 1905 a été adoptée dans un climat d'affrontement entre cléricaux et anticléricaux, l'intention de ses initiateurs était d'en faire une loi libérale acceptable par tous les républicains, mais aussi par les catholiques afin de mettre un terme au conflit des « deux France ».

Si l'adhésion à une religion relève de la conscience [individuelle], le culte est nécessairement un acte collectif. [S’il relève du droit privé] l'exercice du culte est public car il est ouvert au public et peut s'exercer dans l'espace public à condition d'être autorisé.

 

L'État doit donc garantir aussi bien le libre exercice des cultes que la liberté de conscience. L'État doit donc poursuivre toutes les entraves au libre exercice des cultes comme toutes les contraintes exercés sur des particuliers pour qu'ils participent à des cultes. Ainsi l'État ne doit jamais intervenir dans les affaires religieuses sinon pour faire respecter la liberté de conscience et la liberté des cultes.

 

Ainsi a été définie une séparation des Églises et de l'État respectueuse de la liberté des cultes et de l'organisation propre des Églises. Cette séparation est une « double émancipation » pour l'État comme pour les Églises. La loi de 1905 laïcise complètement la République en parachevant les lois laïques de 1879-1886, mais elle donne aux religions une liberté inédite jusque là. Elle définit la laïcité par trois principes indissociables : la liberté de conscience, l'égalité des droits et la séparation de l'État et de toutes Églises…

 

Jean-Paul Scot

 

http://www.histoire.ac-versailles.fr/old/histoire/1905/jpscot.htm

 

 

loi-1905-3Bizarrement, J. P. Scot réduit le rôle d’Aristide Briand, qu’il dit avoir été « cornaqué par Jean Jaurès », à peu de choses. Mais, il s’est même vu des spécialistes auto-proclamés de la laïcité attribuer la paternité de la loi au petit père Combes, alors qu’il a été longtemps sur une ligne gallicane. Aristide Briand a bien été le maître d’oeuvre de cette loi : il n’est que de relire son rapport et les procès-verbaux des débats pour voir le rôle primordial qu’il a eu, dans l’adoption de la loi. Ce qui n’enlève rien à ceux de Jean Jaurès ou de Ferdinand Buisson.

 

 

 

 

Voir aussi :

Loi de 1905, des débats toujours actuels

Le Chanoine de Latran et « l’anticléricalisme d’état »

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:21

laicite ouverte 002

Au moment où Fillon, une fois de plus, joue les pompiers de service en essayant de mettre un terme à un débat foireux, voulu par celui qui fait président et minablement mis en scène par Ganelon-Besson, au moment où on tente de nous faire croire que 2000 niqabées mettent en péril les fondements de notre République, nos cousins québécois sont agités aussi par des débats sur leur « identité ».

 

La « belle province » est souvent jugée avec une certaine condescendance par les prétendus rrrépublicains qui méprisent des mœurs bizarres (que d’âneries ne profèrent-ils pas sur les « accommodements raisonnables » ?) et s’indignent qu’on puisse ajouter un qualificatif au mot laïcité (même Aristide Briand avec sa « laïcité de sang-froid » n’échappe pas à leurs anathèmes aussi bruyants que ridicules, alors les québécois avec leur laïcité ouverte, je ne vous dis pas !).

 

La « révolution tranquille » leur a permis de se débarrasser de l’emprise pesante d’une église catholique dominatrice et sûre d’elle-même. Mais l’avènement d’une école vraiment déconfessionnalisée est assez récent. Donc une histoire fort différente, mais au bout du compte une laïcité pleine et entière. Mais pas plus que la nôtre, à l’abri de débats qui font, malgré tout, un peu échos à ceux que nous connaissons.

citelaiquemontagebis

Dans un Manifeste pour un Québec pluraliste quelques centaines d’universitaires du Québec estiment que « Le débat sur l’identité prend un virage dangereux. Une vision ouverte et pluraliste de la société québécoise subit les foudres conjuguées de deux courants en rupture avec les grandes orientations du Québec moderne.

D’un côté, une vision « nationaliste conservatrice » voit le Québec d’aujourd’hui comme ayant trop concédé à la diversité culturelle. L’interculturalisme, la laïcité ouverte, les pratiques d’accommodement raisonnable mettraient en péril une culture québécoise authentique, éclipsant la mémoire de la majorité historique*. De l’autre côté, une vision stricte de la laïcité récuse les manifestations religieuses ostentatoires dans la sphère publique. Elle entend renvoyer le religieux hors de l’espace public, au nom cette fois d’une conception de la société qui limite tout signe d’allégeance religieuse au seul espace privé.

 

[…] Si l’immigrant doit s’efforcer de s’intégrer à la société d’accueil et respecter ses lois et ses institutions, cette dernière doit veiller à lever les obstacles à son intégration. […]

 

La position pluraliste se fonde sur le respect et la reconnaissance de la diversité. Cela ne signifie pas qu’il faille tolérer toutes les pratiques culturelles et religieuses, ni que la société québécoise doive être conçue comme la juxtaposition de communautés repliées sur elles-mêmes. Au contraire, le pluralisme favorise les rapports interculturels et se veut un approfondissement des valeurs démocratiques.

 […] Les droits civiques et politiques ne sont pas conditionnels à l’abdication des croyances et des pratiques de ceux qui les expriment.

[…] S’il est essentiel de s’entendre sur la signification et la portée de la laïcité, l’interdiction pure et simple de toute manifestation d’appartenance religieuse ne répond à aucune nécessité sociale. […] La laïcité s’impose à l’État, non aux individus.

[…] Il serait vain de tenter de réduire la diversité du Québec contemporain, il nous faut plutôt trouver les moyens du dialogue, permettant ainsi la prise de décisions communes par-delà nos différences.

 

[…] Les droits et libertés sont plus qu’un ensemble désincarné de normes. Au contraire, le respect des droits des minorités, notamment religieuses, fait partie de notre tradition, dont les chartes des droits sont les héritières.

Les critiques du pluralisme l’accusent souvent de rompre avec la trajectoire historique du Québec. Mais ce sont plutôt les tenants d’une laïcité stricte et d’un nationalisme identitaire conservateur qui choisissent la voie de la rupture. La Charte québécoise des droits et libertés, l’interculturalisme, la Charte de la langue française, la laïcité ouverte visent à établir un équilibre, toujours mouvant, entre les préoccupations légitimes de la majorité et celles des minorités. La recherche constante de cet équilibre honore le Québec et demeure la condition d’un authentique vivre-ensemble. Nous souhaitons qu’elle se perpétue. »

 

Ces extraits sont évidemment arbitraires (c'est moi qui ai souligné) ; on peut retrouver le texte intégral sur le site du manifeste : http://www.pourunquebecpluraliste.org/le-texte/ .

Quant aux fameux « accommodements raisonnables », ses pourfendeurs seraient bien inspirés de lire le rapport de la commission Bouchard-Taylor : http://www.pourunquebecpluraliste.org/IMG/pdf/rapport-final-integral-fr.pdf.

 

* Court, de courriel en courriel, un diaporama, intitulé « Je me souviens », prétendument écrit par une grand-mère québécoise où on peut lire cette phrase délicieuse : « Aucun animal dans la nature n’habille sa femelle par-dessus la tête » ! Aucun animal ne s'habille, sauf l'espèce humaine et dans ladite espèce la  femelle se fait plus déshabiller qu'habiller par le mâle...

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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 21:36

  Le sénateur Charasse,après quelques magouilles auvergnates, s'est fait exclure du PS. Les radicaux de gauche se sont empressés de l'accueillir dans leurs rangs. Un grand LAÏQUE REPUBLICAIN comme lui ne méritait-il pas cet accueil, d'un parti qui ne doit sa survie qu'au PS ?

Et oui, un grand rrrépublicain, un grand laïc à qui l'on doit (mais chut, ne le répétez pas) l'article 89, contre lequel on appelle à se mobiliser (Pétition pour l'abrogation de l'article 89 ), en oubliant (charitablement) d'évoquer son auteur qui aurait à l'époque amplement mérité une exclusion du PS à grands coups de pompes dans le c.. .

Alors, avec un grand merci de l'école privée, rappelons les mérites du sénateur :

"L’article 89 de la loi n° 2004‑809, qui a pour origine un amendement du sénateur Michel Charasse, a remédié à cette inégalité de traitement entre les écoles en étendant au financement des écoles privées sous contrat les procédures qui régissent la répartition entre les communes des dépenses de fonctionnement des écoles publiques. Il précise qu’à défaut d’accord entre les communes sur les modalités de répartition des dépenses de fonctionnement des classes sous contrat, le préfet fixe leurs contributions respectives exactement comme il le fait déjà pour la répartition de la contribution des communes au financement des écoles publiques.


L'application de l’article 89 de la loi du 13 août 2004 ne doit donc pas a priori conduire à mettre à la charge de la commune de résidence une contribution supérieure par élève à celle qui lui incomberait si l’élève concerné était scolarisé dans une école publique. En revanche, et conformément au principe de parité qui préside à l’application de la loi, la commune de résidence doit participer au financement de l’établissement privé sous contrat dans tous les cas où elle devrait participer au financement d’une école publique qui accueillerait le même élève.


En d’autres termes, la commune de résidence, lorsqu’elle se prononce sur le montant de sa participation aux dépenses de fonctionnement liées à une scolarisation en dehors de la commune, ne peut traiter différemment le cas des élèves scolarisés dans un établissement privé et celui des élèves scolarisés dans une école publique d’une autre commune."

Faut-il préciser que cette citation est extraite d'un site favorable à l'enseignement privé ?

Notre sénateur s'est distingué dans d'autres débats (notamment sur  les successions), il mérite donc bien de rejoindre les rangs des très laïcs radicaux de gauche.

 

PS Cet "article 89" a connu un avatar : la loi Carle du nom du sénateur de droite qui l'a présentée ; loi qui a l'avantage relatif par rapport à l'extraordinaire initiative du grand laïc de limiter la manne au privé. N'ajoutons pas, avec la Ligue de l'enseignement, que cette loi est contraire à la Loi Debré, pour ne pas être soupçonné par les vestales de la laïcité de soutenir cette loi ... qui s'applique depuis un demi-siècle !

 

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 11:12
Accommodements raisonnables, interculturalisme et laïcité

21/09/16 :  Alain Juppé est la cible de Sarkozy et de Le Maire pour avoir, naguère, parlé d'"accommodements raisonnables" ! Souvenir sans doute de son séjour canadien. Ces "accommodements" sont la cible des faux laïques et vrais identitaires que nos deux lascars - Sarkozy et Le maire - caressent dans le sens du poil, en vue des primaires de la droite.

Mais si on y regardait de plus près pour savoir ce que sont vraiment - et dans le contexte québécois - ces accommodements raisonnables ?

 

 

 

Grace à Jean Baubérot, j'ai découvert les travaux d'une commission québécoise sur, finalement, la laïcité.

Certes, l'histoire du Québec, dont la population canadienne-française à longtemps été sous la coupe d'une église catholique aussi peu ouverte que celle qui sévissait dans une partie de l'Ouest de la France, population elle-même soumise à un Canada à majorité anglophone, population qui s'est sécularisée et dont la fécondité a chuté, un Québec pour qui l'immigration n'est pas subie, mais acceptée, souhaitée même, n'est pas la nôtre.

Cependant ces quelques extraits d'une réflexion sereine montrent qu'il ne serait peut-être pas tout-à-fait inutile de sortir de notre position arrogante de détenteurs de la Vérité laïque universelle et, pour une fois, accepter de prendre des leçons chez nos cousins québécois.

Au passage, une définition de "libéral" à laquelle, j'ose espérer, tout démocrate souscrira.

 

Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles

 

Dans toute société où se côtoient deux ou plusieurs cultures surgit inévitablement la question de la gestion de la diversité. Cette question s'est posée de tout temps. Jusqu'à récemment, elle était généralement résolue de façon autoritaire : une culture, plus puissante, tentait soit de dominer les autres en les marginalisant, soit de les supprimer en les assimilant. Des pratiques d'assouplissement ou de conciliation ont cependant toujours existé, et ce, même au sein des empires.

Depuis quelques décennies, en Occident surtout, les mentalités et le droit ont évolué. Davantage respectueuses de la diversité, les nations démocratiques adoptent maintenant des modes de gestion du vivre-ensemble fondés sur un idéal d'harmonisation interculturelle.

 

La conception classique de l'égalité, fondée sur le principe du traitement uniforme, a fait place à une autre conception plus attentive aux différences. Peu à peu, le droit a été amené à reconnaître que la règle de l'égalité commande parfois des traitements différenciés.

C'est cette conception que reflète la disposition juridique qu'on appelle l'accommodement raisonnable.

L'ajustement des règles vise donc à empêcher que des personnes soient désavantagées ou exclues, et que leur droit à l'égalité soit ainsi compromis. L'obligation d'accommodement créée par le droit n'exige pas d'annuler un règlement ou une loi, mais seulement d'atténuer ses effets discriminatoires sur certaines personnes en prévoyant une exception à la règle ou une adaptation particulière. Un traitement peut être différentiel sans être préférentiel.

 

On a donc affaire ici à deux conceptions non pas du droit à l'égalité, mais de ses modalités d'application, soit a) une conception formelle, doctrinale, très rigide ; ou b) une conception modulée, flexible, plus inclusive parce que plus attentive à la diversité des situations et des personnes. L'obligation d'accommodement n'est pas sans limites. Une demande peut être rejetée si elle entraîne un coût déraisonnable, si elle bouleverse le fonctionnement de l'organisme, si elle porte atteinte au droit d'autrui ou si elle nuit au maintien de la sécurité et de l'ordre public.

 

On voit émerger dans le milieu scolaire une véritable philosophie qui consiste à intégrer les pratiques d'harmonisation au sein d'une démarche générale d'accompagnement éducatif. Dans le cadre d'une démarche pédagogique centrée sur le cheminement de l'élève, les ajustements deviennent un élément parmi d'autres dans la somme des facteurs ou des variables dont il faut tenir compte. Ce modèle souligne l'importance d'une approche contextuelle qui, seule, permet de saisir la complexité et la singularité des situations (le "cas par cas"). Ouvert à la dimension interculturelle, ce modèle évite de marginaliser l'élève et favorise la discussion et les solutions de compromis qui respectent les valeurs fondamentales (égalité hommes-femmes, liberté de conscience, équité, laïcité...).

 

Un régime politique démocratique et libéral

Le régime politique québécois est à la fois démocratique et libéral. Il est démocratique en ce sens que le pouvoir politique y est placé, en dernière instance, entre les mains du peuple, lequel le délègue à des représentants qui l'exercent en son nom pour une période donnée. Notre démocratie est donc représentative. Mais elle est aussi libérale en ce sens que les droits et les libertés de la personne sont jugés "fondamentaux" et sont, à ce titre, affirmés et protégés par l'État. Nul ne voudrait, par exemple, qu'un gouvernement, même dûment élu, bafoue les droits fondamentaux d'un groupe de citoyens au nom des intérêts de la majorité. C'est précisément pour assurer une protection supplémentaire aux droits et libertés garantis à toutes les personnes qu'ils sont inscrits dans une charte, celle-ci posant des limites à l'action des gouvernants et encadrant les relations entre les citoyens. Elle garantit le droit à la vie et à l'égalité, la liberté de conscience et de religion, la liberté d'expression et d'association, ainsi que des droits politiques et des garanties juridiques. Elle proscrit aussi plusieurs formes de discrimination, dont celles fondées sur le sexe, l'origine ethnique et la religion. L'exercice de ces droits et libertés n'est pas absolu ; il doit respecter les droits des autres et l'intérêt collectif.

 

L'interculturalisme

    Au Québec, le français est la langue officielle. Mais l'État s'est engagé à faire la promotion du français dans un esprit de respect envers les minorités linguistiques présentes sur son territoire. L'immigration est essentielle au développement de la société québécoise. Quant à la diversité culturelle, elle est perçue comme une richesse, dans la mesure où son expression est balisée par les chartes des droits et libertés et où elle se réalise dans un esprit d'interaction plutôt que de cloisonnement. Les immigrants sont invités à apprendre le français et à contribuer au dynamisme culturel, économique et politique de la société. L'interculturalisme s'efforce de concilier la diversité ethnoculturelle avec la continuité du noyau francophone et la préservation du lien social.

 

  • Les membres du groupe ethnoculturel majoritaire (en l'occurrence, les Québécois d'origine canadienne-française), tout comme les membres des minorités ethnoculturelles, acceptent que leur culture soit transformée à plus ou moins long terme par le jeu des interactions.
  • Les différences culturelles (et en particulier religieuses) n'ont pas à être refoulées dans le domaine privé. La logique qui sous-tend ce choix est la suivante : il est plus sain d'afficher ses différences et d'apprivoiser celles de l'Autre que de les occulter ou de les marginaliser.
  • Le principe des identités multiples est reconnu, de même que le droit de préserver l'appartenance à son groupe ethnique.
  • Le plurilinguisme est encouragé, parallèlement au français comme langue publique commune.
  •  

La laïcité

L'argument selon lequel "la religion doit rester dans la sphère privée" a souvent été invoqué par les partisans de la laïcité. Bien qu'il semble clair à première vue, cet énoncé ne l'est pas autant qu'on pourrait le croire. En effet, le mot "public" peut être entendu au moins de deux manières distinctes. Selon le premier sens, est public ce qui relève de l'État et des institutions communes (on parlera ainsi des « institutions publiques »). Selon le deuxième sens, est public ce qui est ouvert ou accessible à tous (on parlera alors de « lieux publics » : par exemple, d'un « jardin public »).

Le premier sens s'accorde avec le principe laïque de la neutralité de l'État face aux religions. Selon ce premier sens, il est donc juste d'affirmer que la religion doit être "privée". Toutefois, il ne va pas de soi que la laïcité exige de la religion qu'elle soit absente de l'espace public au sens large. Si une institution publique doit être neutre, les individus qui la fréquentent doivent-ils être eux-mêmes soumis à cette exigence de neutralité ?

La notion de neutralité est aussi plus complexe qu'elle peut le sembler. Ainsi, il est communément admis que l'État laïque doit rester neutre face à toutes les religions. L'État ne doit pas prendre parti entre religion et non-religion. Il doit maintenir sa position de neutralité face à toutes les convictions morales profondes, qu'elles soient religieuses ou séculières. En revanche, l'État laïque et démocratique se fonde sur une morale politique et sur certains principes qui ne sont pas négociables. C'est le cas de la démocratie, des droits de la personne, de l'égalité entre tous les citoyens. Lorsque ces principes sont en jeu, l'État ne peut pas rester neutre.

 

Quatre principes fondent la laïcité.

1. L'égalité morale des personnes.

2. La liberté de conscience et de religion.

3. La séparation de l'Église et de l'État.

4. La neutralité de l'État à l'égard des religions et des convictions profondes séculières.

 

Tout régime de laïcité institue une forme d'équilibre entre ces quatre principes. Certains régimes posent des limites assez strictes à la liberté d'expression religieuse. La France, qui vient d'adopter une loi restrictive relativement au port de signes religieux à l'école, est considérée comme ayant un régime de ce genre, quoiqu'elle soit beaucoup plus souple dans la réalité que sa réputation ne le laisse croire. Ce type de régime définit la neutralité de l'État de façon très étendue, ce qui mène à l'exclusion de certaines expressions religieuses de la sphère publique. S'il en a été ainsi en France, c'est peut-être parce qu'une certaine conception de la neutralité de l'État, consacrée par la tradition nationale, a été élevée au rang de finalité profonde. Les débats récents qui ont eu lieu en France, où la laïcité a été souvent présentée comme un pôle identitaire essentiel de la République, illustrent ce déplacement. Pour certains républicains français, l'école laïque doit avoir pour mission d'émanciper les élèves de la religion. Pour d'autres, les identités culturelles et religieuses ne font que nuire à l'intégration sociale, laquelle devrait être fondée sur une citoyenneté excluant tout particularisme.

Nous croyons que ce type de laïcité restrictive n'est pas approprié pour le Québec, et ce, pour trois raisons :

a) il n'arrive pas vraiment à arrimer les structures institutionnelles aux finalités de la laïcité ;

b) l'assignation à l'école d'une mission émancipatrice dirigée contre la religion n'est pas compatible avec le principe de la neutralité de l'État entre religion et non-religion ;

c) le processus d'intégration d'une société diversifiée s'effectue à la faveur d'échanges entre les citoyens, qui apprennent ainsi à se connaître (c'est la philosophie de l'interculturalisme québécois), et non par la mise en veilleuse des identités.

 

EXTRAITS (c'est moi qui ai mis en gras)

 

  • Le rapport final abrégé :

http://www.ccpardc.qc.ca/documentation/rapports/rapport-final-abrege-fr.pdf

 

  • Le rapport intégral :

http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports/rapport-final-integral-fr.pdf

 

  • Les 37 recommandations de la commission :

http://www.accommodements.qc.ca/communiques/2008-05-22c.html

 

  • Les rapports des experts :

http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports-experts.html

Dont Éduquer au vivre-ensemble dans une perspective interculturelle- que faut-il attendre de l'école et de l'éducation dans le contexte actuel de la société québécoise caractérisée par un pluralisme culturel, religieux et linguistique croissant?

http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports/rapport-4-saint-pierre-celine.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 15:20

« Pourquoi tant de haine ? », me demande en substance un anonyme folliculaire d'un des torche-culs virtuels qui alimentent le bêtisier laïciste. Pourquoi perdre son temps à dénoncer une telle bêtise, se demanderont la plupart d'entre vous ?

« La fausse monnaie chasse la bonne »

 

Certes, il est osé de comparer l'extrême-droite lepenniste ou la droite extrême villiériste avec une monnaie de bon aloi ! Mais au moins les choses sont claires : les idées qu'ils charrient (racistes pour le premier, xénophobes pour les deux, nationalistes donc  anti-européennes pour les deux aussi, l'immigration zéro en découlant ainsi que la non-régularisation des clandestins...) sont clairement étiquetées, même si la droite plus classique les pille allégrement.

 

   Que notre Vicomte, qui voit des mosquées partout, écrive : « Marre de l'énorme sur-représentation des musulmans dans la criminalité. Est-ce vrai, ou est-ce faux ? Un journaliste a-t-il le droit de faire le reportage diffusé à la télévision, en disant que 60 % des prisonniers*, en France, pratiquent l'islam, ou bien, pour reprendre l'argumentaire du Mrap, n'attaque-t-il pas, ainsi, de manière univoque, une partie de la population ? », reprenant pour démarrer les propos d'un collègues batave, ne nous surprendra pas. Mais que ce soit de prétendus RRRRRépublicains étonne (pour rester dans l'euphémisme). Comment les mêmes qui s'indignent de statistiques ethniques, admettent des décomptes faits sur la base d'appartenance religieuse ? Et surtout - abjection votre déshonneur de pseudos laïcs - que veulent-ils insinuer sinon que la religion musulmane est criminogène ? Aux Etats-Unis, la majorité des détenus sont noirs : nos RRRRRépublicains, français de souche, vont-ils en déduire que la couleur de la peau est criminogène ?

 

A tort ou à raison, dans mon modeste deblog notes, je crois nécessaire de combattre avec détermination ces faux-monnayeurs qui répandent une monnaie de droite extrême en voulant nous faire croire qu'elle est d'un aloi « laïque et républicain ».

 

* Une proportion importante des prisonniers sont en détention provisoire (donc présumés innocents) et parmi eux des immigrés clandestins qui n'ont commis d'autre crime que d'espérer gagner leur vie dans notre douce France.

Dans le même style voir Histoire belge et angélisme

 

 

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