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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 21:12

embryon ph47

Après l’anti mariage pour tous, les cagots – prélats en tête – essaient de rejouer l’anti-IVG, à propos de la recherche sur les embryons surnuméraires. L’obscurantisme sévit encore.

 

P. d’Ornellas est l’évêque envoyé en 1ère ligne pour lancer le nouveau combat clérical sur le front d’une révision de la loi sur la recherche sur les embryons surnuméraires. Ainsi répond-il dans un entretien au Monde, à la question « L'Eglise s'oppose aussi aux recherches sur l'embryon. Peut-elle se faire entendre ? » « L'Eglise n'est pas seule à être contre ; des scientifiques et des juristes le sont aussi. L'embryon humain est un être humain. La science et la philosophie aussi disent cela. Toute personne humaine a commencé comme embryon. Interdire cette recherche est donc cohérent avec la science, le droit et le respect de l'être humain, "dès le commencement de sa vie", selon notre Code civil. Il faut aller vers une "écologie humaine", ce qui ne rime pas avec l'utilitarisme. » Remarquable réponse qui montre que la casuistique n’est pas une discipline abandonnée par nos prélats.

 

Tout d’abord, un sophisme à donner en exemple :

1°) Toute personne humaine a commencé comme embryon.

2°) Donc l’embryon humain est un être humain.

3°) Re-donc, le respect de l’être humain impose d’interdire toute recherche sur l’embryon.

Sophisme étayé par des appuis aussi anonymes qu’éminents : des scientifiques et des juristes aussi et même plus globalement la science et la philosophie !

 

embryons

Petit résumé des chapitres précédents. La procréation médicalement assistée a fait naître, c’est le cas de le dire, la fécondation in vitro (FIV), les fameux bébés éprouvettes. Ces embryons pré-implantatoires sont conservés en principe pendant cinq ans. Ils sont de toute façon surnuméraires, puisque, par précaution, on en fabrique plus que nécessaire pour faire face aux éventuels échecs. De plus, certains sont, si l’on peut dire « orphelins », soit par abandon du projet parental soit pour cause de décès. Voire « perdus de vues », les couples concernés ne donnant plus signes de vie.

Dès 1994, une loi essaye de faire face à cette multiplication : : « Les embryons existant à la date de promulgation de la présente loi et dont il a été vérifié qu'ils ne font plus l'objet d'une  demande parentale, qu'ils ne font pas l'objet  d'une opposition  à un accueil par un couple tiers et qu'ils satisfont aux règles de sécurité sanitaire en vigueur au jour de leur transfert pourront être confiés à un couple (...). Si leur accueil est impossible et si la durée de  leur conservation est au moins égale à cinq ans, il est mis fin à cette conservation » Cette loi interdisait pratiquement toute recherche sur ces embryons.

 

Il faut attendre dix ans, pour qu’une nouvelle loi, tout en maintenant l’interdit, autorise des dérogations ! Avec notamment comme condition de permettre des progrès thérapeutiques majeurs. Loi singulière, puisque votée pour cinq ans. Elle aurait dû donc être révisée après bilan en 2010.

embryon-big

Sans entrer dans des considérations hautement scientifiques, il faut savoir que des essais cliniques, sur la maladie de Parkinson, ont utilisé des neurones prélevés sur des embryons issus des avortements légaux (IVG). Mais ces essais nécessitent plusieurs embryons et sont donc très limités. En revanche « Les cellules souches pluripotentes ouvrent à cet égard des possibilités très intéressantes.  Duplicables indéfiniment, elles permettraient la création de banques de tissus et le  développement de traitements à l’échelle industrielle. Cette perspective pourrait devenir réalité d’ici dix ans si aucune barrière biologique ne s’oppose à la maîtrise du processus de différenciation contrôlée » (V. Leclercq 2002).

 

Pour revenir à notre Monseigneur, il est des philosophes qui ne partagent pas son point de vue, définissant la personne par l’autonomie, ils dénient à l’embryon tout statut personnel (Valérie Sebag-Depadt). Même en admettant que les embryons soient potentiellement des personnes humaines, ils ne peuvent l’être qu’in uterus. C’est ce qu’a reconnu le conseil constitutionnel qui exclut de l’article 16 du Code civil qui « assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie », les embryons nés artificiellement (FIV)  tant qu’ils ne sont pas implantés.

embryon-suffit carre full 

Il faut savoir aussi que ces embryons sont formés de cellules microscopiques indifférenciées. La loi provisoire de 2004 bloque l’implication de l’industrie pharmaceutique qui préfère investir dans des pays à la législation moins restrictive. Législation qui facilite notamment les blocages procéduriers des adversaires fanatiques de l’IVG, style Professeur Lejeune. La proposition de loi adoptée par le Sénat et que la droite a réussi à bloquer à l’Assemblée* reste d’ailleurs assez timide ; elle passe de l’interdiction avec dérogation, à l’autorisation mais avec restrictions semblables à celles qui encadraient les dérogations. Elle n’autorise toujours pas la recherche fondamentale pure.

 

Comment ne pas évoquer l’IVG dans ce débat biaisé une fois de plus par des cagots fanatiques ? Si l’on suit ce d’Ornellas et ses disciples l’IVG est un crime. De l’art d’hystériser un débat !

 

Si l’on essaie de le poser en d’autres termes, positifs du coup, même si la recherche fondamentale échouait – en tout cas au-delà de nos espérances de vie – à dévoiler complètement le processus de différenciation de ces cellules indifférenciées, même si les recherches thérapeutiques – ce qui est moins probable – échouaient dans les traitements de maux comme la maladie de Parkinson, Alzheimer, et bien d’autres, est-ce que ça ne vaudrait pas le coup d’essayer (avec toutes les garanties de sérieux nécessaires) des recherches sur des cellules embryonnaires FIV vouées à la destruction ? Et même si le professeur Claude Huriet – grand adversaire de tout temps de ces recherches – avait raison sur les cellules pluripotentes « IPS », en quoi un autre axe de recherche le gêne. Si ce n’est pour des raisons de pure( ?) idéologie.

 

Les prélats catholiques sont en train de nous rejouer le xème épisode du cléricalisme qui consiste à tenter d’imposer leurs dogmes à l’ensemble de la société. Avec la complicité active de l’UMP qui se fout du tiers comme du quart de la question (une vingtaine de sénateurs UMP ont voté la proposition de loi des radicaux) et celle de scientifiques qui enterrent leur déontologie de chercheurs sous leur croyance.

 

 

 

 

 

* Une pantalonnade plus qu’honteuse où l’UMP a défendu des « motions de procédure » contre lesquelles elle a voté uniquement pour prolonger le débat sur un texte précédent, empêchant celui sur la recherche sur l’embryon.

 

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