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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 16:55

A 70 jours des élections générales, Ciudadanos fait une percée spectaculaire, tandis que Podemos, piégé par IU régresse. PSOE et PP sont au coude à coude.  Mais l’électorat semble très volatil. Le PSOE présente des éléments de faiblesse et le PP, bien qu’accablé de scandales, ne décroche plus.

Trois partis sont dans un mouchoir de poche, en deçà de la marge d’erreur de ± 2,9 points : PSOE, PP et Cirudadanos (C’s). Si le PSOE garde un léger avantage, l’écart est infinitésimal avec le PP. Mais la révélation de ce sondage du 7 et 8 octobre 2015, c’est l’inversion nette des positions des deux partis émergents.  C’s  gagne plus de 5 points d’un mois à l’autre. Podemos en perd 4,5. 

Espagne : Ciudadanos, le vent en poupe

Intentions directes de vote exprimées par les sondés

Espagne : Ciudadanos, le vent en poupe

Cote de popularité des principales têtes de liste

Espagne : Ciudadanos, le vent en poupe

Hypothèses et voeux pour le gouvernement issu des élections générales

Ciudadanos : une percée spectaculaire

Albert Rivera - 2e - salue le couple royal à l'occasion de la fête nationale

La percée de C’s confirme son bon résultat aux élections catalanes du 27 septembre : 18%, 2e parti du parlement catalan, et champion des partis dits constitutionnels (anti-sécession).

Dans la stratégie des forces émergentes de se présenter comme des forces transversales, hors des vieilles étiquettes et idéologies, disqualifiant les vieux partis qui se partagent le pouvoir depuis une trentaine d’années, C’s semble avoir mieux réussi son coup que Podemos. D’autant que son leader, Albert Rivera, est toujours le seul a avoir un solde d’opinions positives. Et, dans une opinion qui souhaite à plus des deux tiers que les prochaines élections mettent fin à l’alternance PP/PSOE en mettant un autre parti en tête, c’est encore C’s qui est largement préféré, y compris par l’électorat PSOE qui le préfère nettement à Podemos (61% vs 25%).

Podemos dans la nasse

Pablo Iglesias et Alberto Garzón

Podemos semble incapable de se dépêtrer du piège, tendu par IU, de l’union des forces populaires, pour reprendre une vieille formule du camarade Marchais. L’appel d’Alberto Garzón, IU, à des candidatures d’union populaire, relayé par des personnalités comme Almodovar, appuyé par des groupes divers, sous des étiquettes style Ahora en Común, a été repoussé par Pablo Iglesias. Il le paie d’un surcroît d’impopularité puisque son solde d’opinions, qu’on n’ose qualifier de positives, tombe à -44, presque aussi bas que Rajoy ! Les élections catalanes n’ont pourtant pas démontré l’intérêt de la formule unitaire puisque Si que es Pot, liste d’union Podemos+ICV (équivalent catalan d’IU avec des Verts), fait moins qu’ICV seul aux élections précédentes.

Dans cette partie de bras de fer où Iglesias signifie à Garzón qu’il veut bien l’accueillir sur ses listes, mais sous l’étiquette Podemos, IU tire pour le moment son épingle du jeu à 5,6%. Car l’équipe dirigeante de Podemos veut absolument se débarrasser de l’étiquette d’extrême-gauche pour se recentrer sur une ligne finalement plutôt réformiste.

PSOE fragile

Le PSOE lui, loin de décoller, stagne, se tasse même. Il est certes le parti que les sondés préfèreraient voir gagner les prochaines élections, mais de peu. Et son leader, Pedro Sánchez, qui semblait en septembre, enfin, acquérir plus de visibilité, retombe dans un score de popularité nettement négatif (-22). Elément aggravant, il perd des plumes dans son propre parti : il est le moins bien coté en interne (+54, même Rajoy, pourtant discuté au sein du PP, est à + 69). Et surtout 60% de ses électeurs potentiels estiment que ce serait bon que l’Espagne soit gouvernée par un parti qui ne soit ni le PP, ni le PSOE ! Electeurs potentiels dont on a vu que leur préférence irait dans ce cas à Ciudadanos.

Et si c’était le PP ?

Le PP semble avoir atteint son étiage autour de 23%. Bien qu’accablé de scandales de corruptions divers (où le PSOE est hélas parfois compromis), il s’accroche. Il a atteint le noyau dur de son électorat. Ses électeurs potentiels sont les plus attachés à sa victoire, les moins sensibles aux sirènes de l’alternance au PP et PSOE. Et en cas de malheur, opte pour C’s et rejette absolument Podemos.

Et si finalement il ne se passait rien ? si finalement Rajoy restait à la Moncloa, siège du chef de gouvernement ? s’interroge, dans un apparent paradoxe, Ramiro Feijoo, professeur d’Histoire Culturelle. Il constate que les populares se sont gavés d’argent sale, à travers des réseaux parfaitement organisés, et que, quand ces montages furent découverts, ils ont assumé leur culpabilité sans faire preuve d’aucun regret, sans vergogne.

Malgré cela il estime que le conservatisme qui préfère le mal connu à un bien hypothétique – le familier à l’inconnu, le réel au possible, le proche au distant, etc. – s’appuie en Europe du Sud sur le mythe du péché originel. Les racines du conservatisme plongent dans une vision radicalement pessimiste de la nature humaine. L’homme est par essence imparfait, voire mauvais et ne peut être amendé. Cette vision anthropologique se combinerait avec un fatalisme essentialiste selon lequel il n'y a aucune possibilité de changement ou de progrès. Ces électeurs restent donc disposés à soutenir un parti dont les placards sont pourtant encombrés d’immondices. Pour eux il n’y a pas d’alternative et ceux qui proposent quelque chose d’autres sont au mieux des naïfs et au pire des faux prophètes tentant de tromper les oreilles candides.

Cette vision pessimiste, ce fatalisme pourrait donc reconduire le PP à la Moncloa.

Rien n’est heureusement joué. Et les évolutions assez brutales des deux partis émergents montrent que les cartes ne sont sans doute pas distribuées. Mais, pour le moment au moins, l’hypothèse d’une large majorité de gauche – PSOE+Podemos - s’éloigne. Celle d’une majorité de centre gauche – PSOE+C’s – a actuellement les faveurs des électeurs potentiels du PSOE. Reste l’hypothèse d’un C’s en tête avec deux alliances possibles : s’il continuait sur sa lancée, ce serait sûr.

Mais le vent électoral tourne vite en Espagne.

 

 

En complément

 

Homme ou femme, âges, quels sont les caractéristiques des électeurs(trice) du PP, du PSOE, de C's et de Podemos ?

 

 

 

 

 

 

  Le PP est un parti de vieux mâles : le pourcentage d’hommes est supérieur à celui des femmes dans toutes les tranches d’âge et sa force principale se situe chez les hommes de plus de 65 ans.

Le PSOE lui est un parti féminisé et équilibré sur les différentes tranches d’âge, sauf chez les plus jeunes. C’est la seule formation où le pourcentage de femmes est plus fort que celui des hommes sur tous les âges. Les femmes jeunes – 18-34 ans – sont son point fort, mais, en revanche, son point faible porte sur les jeunes hommes : 20% de femmes contre 6% d’hommes, une différence de 14 points !

Ciudadanos est un parti légèrement plus masculin, assez équilibré pour les âges, sauf chez les plus de 65 ans. Les hommes jeunes (19%) sont sa force principale, mais il a de grandes difficultés à attirer les électrices de plus de 65 ans qui ne sont que 5% à pencher pour le parti d’Albert Rivera.

Podemos est le parti qui montre la plus grande assymétrie dans les âges. Sa force ce sont les jeunes (18-34 ans), surtout les hommes avec 16% contre 13% aux jeunes femmes. Sa grande faiblesse se trouve chez les électeurs potentiels de 55 ans et plus où il ne dépasse pas 6%.

Espagne : Ciudadanos, le vent en poupe

Les électeurs déclarés de chaque parti sont invités à se situer sur une échelle de 0=extrême-gauche à 10=extrême-droite.

Ça se bouscule au centre

A part donc ceux de IU, ces électeurs potentiels se situent majoritairement au centre. PP et PSOE forment presque une image inversée, avec un sommet à 5, partant ver le 7 ou 8 pour le PP, en pente aussi douce vers le 3 pour le PSOE.

Mais à côté de ces reliefs érodés des vieux partis, Ciudadanos est une montagne jeune qui s’érige en plein centre, dans un triangle quasi isocèle. Même les sondés de Podemos ont la gauche timide et leur nombre s’érode. 

 

Cette course au centre est un dilemme aussi bien finalement pour le PSOE que pour Podemos.

Le recentrage auquel tente de procéder le parti d’Iglesias risque de lui faire perdre ses militants ancrés à la gauche extrème, d’où un discours qui tente de se situer en dehors de ce clivage gauche-droite.

Face au PP, parti caméléon, qui apparaît modéré à ses électeurs modérés et d’extrême-droite aux extrémistes, le PSOE déçoit ses électeurs de gauche qui le trouve trop centriste sans obligatoirement convaincre un électorat centriste qui le trouve trop à gauche.

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 15:29
ESPAGNE : léger avantage au PSOE

Metroscopia : baromètre électoral septembre 2015

Le baromètre électoral de Metroscopia du 11 septembre – réalisé donc avant les élections catalanes – ne marque pas une grande évolution par rapport à celui de fin juillet. Léger avantage du PSOE sur le PP, plus net de Podemos sur Ciudadanos. Et un jeu à quatre partis qui obligerait à des alliances (voir en annexe un sondage sur les coalitions souhaitées par les électeurs potentiels de ces quatre formations).

Contrairement à CIS, l’autre institut de sondages, Metroscopia plaçait, déjà en juillet, le PSOE en tête. Il le confirme en septembre. Et si l’écart reste très en deçà des ± 2,4 points de marge d’erreur, c’est donc la 2e fois consécutive où les sondeurs placent le PSOE devant le PP. Et avec un écart un peu plus net.

La comparaison avec les dernières élections générales de 2011 est défavorable aux deux partis qui se sont partagé le pouvoir depuis la transition. Le PSOE, qui y avait obtenu le pire résultat historique, perdrait encore 4 points. Le PP qui, à l’inverse avait obtenu son meilleur score, perdrait 21 points. Les pertes du PSOE vont vers Podemos et celles du PP vers Ciudadanos.

 

Ces deux partis émergents qui viennent casser l’alternance bi-partisane PP/PSOE n’ont cependant pas pris l’ascendant.

Podemos progresse légèrement et Ciudadanos stagne d’un sondage à l’autre. Mais jamais les quatre premiers partis n’ont été aussi proches : entre PSOE et C’s : huit points. Si les élections avaient eu lieu au moment du sondage, ce serait cependant le PSOE ou le PP qui aurait été appelé à former un gouvernement. Mais l’un comme l’autre seraient obligé de trouver un ou plusieurs alliés.

Même si Izquierda Unida (IU), bien que Podemos lui ait siphonné une partie de ses électeurs, réussit à sauver les meubles à 5%, il ne peut être qu’une force d’appoint à gauche. Et il cherche toujours à imposer à Podemos des candidatures d’unité populaire (l’exemple catalan où l’alliance de l’IU local –ICV - avec Podemos a fait moins bien qu’ICV seul ne démontre pas l’intérêt électoral de cette union). Quant à UPyD (centre gauche), il a été phagocyté par Ciudadanos.

L’ambiguïté du résultat catalan risque moins de cristalliser des votes nationalistes espagnols, hostiles à la sécession, en faveur du PP. Le prochain baromètre dira si la nette progression de Ciudadanos en Catalogne et si l’échec de Podemos et ses alliés à ces élections ont des répercussions nationales ou restent des phénomènes locaux.

Le jeu politique espagnol est donc bien plus ouvert et surtout pas plombé par le FN, avec des leaders politiques jeunes : seul Mariano Rajoy (PP), chef du gouvernement sortant, atteint la soixantaine, Alberto Garzón candidat d’IU a 30 ans, Albert Rivera (C’s) 36, Pablo Iglesias (Podemos) 37, Pedro Sánchez (PSOE) 43.

 

 

ANNEXE

ESPAGNE : léger avantage au PSOE

Majorité absolue ou coalition ?

ESPAGNE : léger avantage au PSOE

Majorité absolue ou coalition (détails) ?

Paradoxe apparent, ce sont les électeurs potentiels de Podemos qui sont les plus favorables à une alliance, et avec le PSOE. Ceux qui prétendent qu’un conglomérat Front de gauche-verts duflotistes-dissidents socialos pourraient faire un Podemos hexagonal, alors que leur ciment est justement l’anti-socialisme, feraient bien de regarder cette étude de metroscopia.

 

Le Partido Popular (PP) est le seul parti dont les sympathisants déclarés se manifestent clairement (et sans doute aveuglément) pour une majorité absolue de leur parti comme future forme de gouvernement (65%). Cependant, au cas où la seule possibilité offerte serait un gouvernement de coalition, la solution de repli serait l’alliance avec Ciudadanos (C’s) à 84 %. La perspective d’une grande coalition à l’allemande (PP-PSOE) est très peu prisée. Et il y a peu de différence selon l’âge ou le sexe.

 

A l’inverse, les trois quarts des électeurs socialistes (PSOE) optent plus réalistement pour une coalition comme forme future de gouvernement. Mais les deux options – PSOE-Podemos ou PSOE-Ciudadanos – sont envisagés avec le même score (59% : les options n’étant pas présentées comme exclusives, bien sûr). Cependant, l’alliance avec Podemos a gagné des points par rapport aux sondages précédents. Les électeurs les plus âgés (+ de 55 ans) sont plus favorables à un gouvernement de coalition que les plus jeunes (10 points) et les hommes que les femmes (15 points).

 

Les futurs électeurs de Ciudadanos sont aux deux tiers en faveur d’un gouvernement de coalition. Ils privilégient un peu l’alliance avec le PP (77%) à celle avec le PSOE (72%), mais depuis janvier c’est l’option PP qui a grimpé de 12 points. Les plus jeunes sont les plus réticents à une coalition à 43%, de même que les femmes par rapport aux hommes : 14 points de moins.

 

  Globalement Podemos est le parti dont les électeurs déclarés ont été de sondage en sondage les plus portés vers une coalition : depuis mars – avant donc les élections municipales et régionales – cette option est passée de 72 à 86%. L’accord privilégié est clairement PSOE-Podemos qui est passé de 62 à 82 %. Podemos est la seule formation où l’électorat féminin est plus unitaire que le masculin : 90% contre 83% et elles appuient l’hypothèse PSOE-Podemos à 86% contre 80% pour les hommes.

 

Dans l’état actuel des sondages une alliance PSOE-Podemos, avec ou sans l’apport d’IU (Izquierda Unida qui continue le forcing pour obliger Podemos à des candidatures communes), serait majoritaire en sièges vraisemblablement. Mais les difficultés rencontrés en Andalousie ou dans les Asturies laissent craindre que les dirigeants de Podemos ne soient pas au diapason de leurs sympathisants. C’est Ciudadanos qui a débloqué la situation en Andalousie – Podemos votant contre la socialiste S. Diaz avec le PP – et IU dans les Asturies.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 20:23
La "une" d'El Jueves du 23/07 (avec une traduction approximative : cet 'hostias' voulant dire baffes ou quelque chose comme cela)

La "une" d'El Jueves du 23/07 (avec une traduction approximative : cet 'hostias' voulant dire baffes ou quelque chose comme cela)

Coup de mou ou coup dur pour Podemos ? Alors que début Juillet, il était à égalité pratiquement avec les partis de la caste, il décroche fin juillet. Perdant plus de trois points. Surtout, les primaires pour désigner les candidats aux prochaines élections générales ont montré une nette démobilisation de ses sympathisants.  Les causes de cette désaffection n’ont que peu à voir avec les déboires de Syriza. Mais beaucoup avec l’habile proposition d’IU de large union populaire des forces alternatives. Le refus d’Iglesias le fait apparaître comme diviseur. Et IU se refait un peu la cerise, alors qu’il était en voie de marginalisation.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Metroscopia : baromètre électoral 26 juillet 2015

En à peine 3 semaines – 2-3 juillet, 20-22 juillet – Metroscopia a réalisé deux sondages aux résultats contrastés. Dans celui, paru le 6/07, PP, PSOE et Podemos, dans l’ordre, sont dans un mouchoir de poche, en-deçà de la marge d’erreur de 3,2 points, dans celui paru le 26/07, les deux partis que Podemos dit de la caste ont pris la tête, Podemos décroche de 3 points et Ciudadanos (C’s) après sa baisse brutale de 6 points en juin, reprend du poil de la bête et se rapproche de Podemos. Symptomatique aussi le redressement d’Izquierda Unida (IU), alors que cette gauche unie traditionnelle semblait partir dans les oubliettes de l’histoire.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Intentions de votes brutes

Même si le PSOE ne devance le PP que d’une courte tête (0,4%), il prend aussi première place dans les intentions directes de vote, passant donc devant le PP et Podemos qui le précédaient en début de mois. Et Podemos perd aussi des plumes dans ces données brutes (NB Pour comprendre pourquoi et comment se fait la cuisine des enquêtes d’opinion voir vers le bas de l’article PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?)

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Cote des personnalités politiques

La mesure de l’audience et de la popularité des personnalités politiques, si elle confirme de sondage en sondage, la place de chouchou de Rivera (C’s) le seul avec un solde positif, confirme aussi la désaffection que subit Pablo Iglesias, le leader de Podemos ; seul Rajoy est plus désapprouvé par les sondés, si l’on met de côté Artur Mas, le Président de la Catalogne qui prône son indépendance* et donc, à ce titre, est rejeté par une majorité d’Espagnols. Alberto Garzón (IU) comme Pedro Sánchez (PSOE) ont un moindre solde négatif d’un sondage à l’autre. Mais Sánchez reste toujours à la traîne en ce qui concerne la popularité chez les sympathisants de son propre parti : 66%, contre 80% pour Iglesias à Podemos et même 77% pour Rajoy au sein du PP !

Toutefois, dans l’enquête du début du mois, Pedro Sánchez apparaissait parmi les quatre principaux candidats à la présidence du gouvernement, comme celui qui serait le plus à même de mener une réforme de la constitution acceptable pour une large partie des Espagnols ; à égalité avec Rivera quand à la capacité de dialoguer et de s’allier avec ceux dont il ne partage pas les idées ; et il serait aussi le meilleur président du gouvernement ; il y a juste pour la capacité de réduire les inégalités qu’il est devancé par Iglesias.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Coefficient de répulsion des partis politiques et positionnement sur une échelle gauche/droite

Le PSOE est aussi, après cependant C’s, le parti provoquant le moins de répulsion. Seuls 13% des sondés disent n’envisager de voter PSOE en aucun cas. Ils sont 52% pour le PP et 32% pour Podemos. A noter que 1% de sondés se disant électeurs potentiels du PP ont dû subir la canicule ibérique puisqu’ils disent aussi ne voter PP en aucun cas.

Pour les sondés, le PSOE apparaît bien comme un parti de centre gauche (fort proche d’ailleurs du point moyen où l’enquête situe la population espagnole). Ciudadanos, lui, est placé au centre-droit et aux deux extrêmes on trouve donc Podemos à gauche et le PP à droite.

 

 

Extraits d'une série de dessins ("chistes") sur les relations IU-Podemos

Extraits d'une série de dessins ("chistes") sur les relations IU-Podemos

Ces deux dessins (comme celui qui suit) sont tirés de 18 chistes sobre las puyas entre IU y Podemos

Le premier dessin fustige la bataille d'égos à gauche, le second dénonce la dispersion de la gauche et une misérable qui contemple la dispute leur dit à peu près "Bon, quand vous aurez fini de discuter entre vous vous pourriez vous occuper de nos problèmes."

SYRIZA ou IU ?

Le coup de mou de Podemos, si l’on en croit un éminent spécialiste de la politique ibérique à Médiapart serait dû aux déboires de Syriza. « Les derniers épisodes grecs risquent de ralentir l’ascension que connaît Podemos depuis son succès aux élections européennes l’an dernier et aux municipales de juin. Selon Lamant, "à court terme, l'accord conclu lundi avec Athènes, et l'énième crise politique qui s'ouvre en Grèce, ne vont pas faciliter la dynamique de Podemos d'ici aux élections" » rapporte arrêt sur images. Outre que le succès de Podemos aux municipales relève de la lubie paresseuse de journalistes d’investigations qui n’ont même pas pris la peine de consulter les résultats, les soubresauts de la crise grecque n’expliquent guère l’actuelle baisse d’attractivité de Podemos.

 

Baisse qui se traduit non seulement dans le baromètre électoral de Metroscopia, mais aussi, surtout, dans la démobilisation de ses sympathisants. A peine 60 000 d’entre eux ont participé aux primaires désignant les candidats aux élections générales. Moitié moins que pour la désignation d’Iglesias à la tête de Podemos. Primaires dont la règle du jeu – liste de candidatures à l’échelle nationale – a été contestée par cinq régions : Madrid, Aragon, Baléares, Asturies et Pays Basque. Règle du jeu assez révélatrice du véritable centralisme démocratique mis en place par l’état-major du parti.

Traduction à la louche de cette "chiste"

Traduction à la louche de cette "chiste"

Outre ces fissures internes, c’est surtout au jeu subtil d’IU que les experts en sciences politiques à la tête de Podemos se sont laissé piéger. IU, le bon apôtre, relayé par une nébuleuse, Ahora en Común,  inspirée des coalitions de gauche dite alternative qui l’ont emporté aux municipales comme Ahora Madrid, Barcelona en Comú, Zaragoza en Común ou Compromís à Valence, a proposé de présenter des candidatures communes de large union. Iglesias, pour avoir frayé dans les eaux d’IU, n’a pas été dupe. Pas question de servir de bouée de sauvetage et surtout, par cette alliance, de justifier l’étiquette d’extrême-gauche, collée par le PP, alors que Podemos prône un dépassement du vieux clivage droite/gauche, synonyme de l’alternance des partis de la caste (PP/PSOE). Il a donc décidé que Podemos partirait sous ses couleurs et non dans une coalition informelle. Mais Ahora en Común qui se réclame aussi du Movimiento 15-M (ce que nous avons appelé Mouvement des indignés) clame haut et fort sa volonté farouche d’aboutir à un rassemblement d’unité populaire (unidad popular).

Là-dessus, 150 idiots utiles, pardon, je veux dire 150 personnalités du monde des arts, de la culture et du spectacle, Pedro Almodóvar en tête lancent un vibrant appel "Mover ficha por la unidad popular" – en gros Bougeons les pions pour l’unité populaire mais en traduction plus libre Bougeons-nous le fion pour l’unité populaire – qui place le pauvre Iglesias dans la position inconfortable du Schtroumpf grognon (pitufo gruñón). Anti-unitaire pour défendre son enseigne !

Rien n’est joué. D’autant que la date des élections n’est pas encore fixée et que Rajoy, plutôt que de les anticiper, peut être tenté de jouer la montre en tablant sur une amélioration amplifiée de la reprise de l’emploi. D’ici là les présumés spécialistes des sciences politiques à la tête de Podemos auront peut-être su se dépêtrer du piège unitaire tendu par IU. Mais si Sánchez et le PSOE ne commettent pas trop d’erreurs, le jour d’après les élections mettra Podemos au pied du mur. Front populaire ou pas ?

 

 

* Artur Mas veut faire de l'indépendance l'enjeu des élections régionales catalanes qui auront lieu en septembre - donc avant les élections générales ; il a réussi à fédérer plusieurs partis indépendantistes. Le résultat de ces élections - surtout si les indépendantistes obtiennent une victoire nette - peut avoir des répercussions difficiles à mesurer, mais une crispation nationaliste espagnole risquerait de profiter plus au PP qu'au PSOE...

En complément :

Le baromètre électoral de juillet 2015 du Centro de Investigaciones Sociológicas (CIS)

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Estimation des votes aux élections générales

Le baromètre électoral du CIS diverge sur certains points de celui de Metroscopia*. A commencer par l’ordre des deux premiers et le poids des forces émergentes. Même s’il confirme plus nettement que les partis de la « caste » comme dit Podemos, reprennent du terrain sur les partis émergents.

Le CIS a constamment placé le PP en tête des intentions de votes. Et loin de constater un tassement pour le PP il marque un net progrès (mais par rapport à avril, puisque son baromètre est trimestriel). Et surtout le PP, d’après le CIS, creuse l’écart avec le PSOE.

Les nouveaux partis ont des scores nettement moins flatteurs que sur Metroscopia. : Podemos est à 15,7% contre 18,1%, Ciudadanos (C’s) 11,1% contre 16%.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Intentions de votes spontanées

Les différences sur les réponses spontanées sont moins fortes, puisque pour CIS comme Metroscopia le PSOE passe en tête avec 17,3% contre 16%, le PP suit à 16% contre 15%, Podemos est même mieux traité avec 12,6% contre 11,1%, en revanche C’s est dévalué 7,7% contre 10,4%, quant à IU il est à 2,9% contre 3,5%.

Podemos : coup de mou ou début de la fin ?

Les coalitions souhaitées

S’agissant de la suite des élections – a priori aucun parti n’arrivera à la majorité absolue – la coalition PSOE-Podemos est la préférée. La seconde option, le PP seul, ne regroupe que les affidés les plus optimistes.

Le système de mesure du CIS pour les hommes politiques est plus rustique que celui de Metroscopia : ils sont notés de 0 à 10 ! Si l’on excepte deux politiques locaux, le mieux placé est Pedro Sánchez, PSOE, avec … 3,84/10 ! Loin (?) devant Rajoy avec 2,68 ! Mais ni Rivera (C’s) ni Iglesias (Podemos) ne sont pris en compte…

 

* La comparaison est difficile puisque Metroscopia a réalisé deux enquêtes en juillet, tandis que l’enquête trimestrielle du CIS s’est étalée du 1er au 9 juillet. Leur prochain baromètre risque d’arriver en pleine campagne électorale générale (sondage réalisé en octobre mais publié en novembre !). Cependant  El diario pronostique des élections le 20 décembre !

Le sondage s’est fait sur 2.486 entrevues et sa marge d’erreur est de 2%.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 14:20
Les Espagnols pour l’adoption par des couples de même sexe
Les Espagnols pour l’adoption par des couples de même sexe

Adoption par les couples mariés d'un même sexe

Dix ans après l’adoption d’une loi pour le mariage pour tous, 3 Espagnols sur 4 sont pour permettre l’adoption à des couples homosexuels. Après quatre décennies de national-catholicisme franquiste et malgré le poids d’un haut clergé particulièrement obscurantiste, une majorité de catholiques, y compris les catholiques pratiquants, est aussi d’accord. Et quand la question est posée sous l’angle de l’intérêt de l’enfant, ils sont huit sur dix à estimer que l’orientation sexuelle des adoptants n’a pas à être prise en compte.

Dix ans après l’adoption du mariage pour tous, les Espagnols sont de plus en plus nombreux à approuver cette loi : 68 % en juin 2015 contre 58 en mai 2013 et ceux qui s’opposent à toute forme d’union pour des personnes du même sexe tombent de 10 à 4%. Reste que ceux qui approuvent le mariage pour tous sont majoritairement à gauche : 85% des votants potentiels du PSOE, 91 % de ceux de Podemos, alors qu’au PP ils ne sont que 42 % et à Ciudadanos (C’s) 48% (49% admettant cet union mais pas sous le nom de mariage).

Par âge c’est quasi unanimement que les 18-34 ans approuvent ce mariage (90%), le pourcentage tombe à 51 chez les plus de 55 ans.

Même chez les catholiques pratiquants une majorité relative (48 %) admet le mariage homo et seuls 11% sont farouchement opposés à toute union homosexuelle. Chez les non croyants l’approbation est massive à 87%.

Les Espagnols pour l’adoption par des couples de même sexe

Adoption par des couples du même sexe : répartition par courants politiques

Mais le paradoxe est qu’alors que le mariage homo n’est encore approuvé que par les 2/3 des espagnols, 3/4 sont cependant d’accord pour que les couples de même sexe puissent adopter des enfants ! Ce qui veut dire qu’une partie de ceux qui n’admettent pas encore que l’on nomme « mariage » un couple du même sexe sont cependant d’accord pour qu’ils puissent adopter.

On retrouve les clivages entre une gauche massivement d’accord (PSOE 89%, Podemos 93%) mais C’s se montre nettement plus libéral avec 61% que le PP où, néanmoins, une majorité relative est pour à 48%).

Les Espagnols pour l’adoption par des couples de même sexe

Adoption par des couples du même sexe : répartition par tranches d'âge.

La répartition par âge offre une petite surprise puisque les 18-34 ans sont un peu moins nombreux à approuver l’adoption qu’ils n’étaient à le faire pour le mariage entre personnes du même sexe (87% contre 90%) ; les 35-54 sont dans la moyenne ; les plus de 55 ans, bien que plus réticents, sont majoritairement pour à 64 %.

Les Espagnols pour l’adoption par des couples de même sexe

Adoption par des couples du même sexe : l'opinion des catholiques.

Mais la révélation de ce sondage est que les catholiques pratiquants sont une majorité à être d’accord avec l’adoption pour les couples homosexuels. De quoi faire frémir d’horreur nos grenouilles de bénitiers – Bourge, de la Rochère, Boutin et les autres – mais également Mme Agacinski, farouchement opposée aussi à l’ouverture du droit à l’adoption aux couples homosexuels, qu’elle oppose à une parentalité « naturelle » ! Certes, ils ne sont que 51%. Loin donc des 87% des non croyants. Mais dans un pays marqué par le cléricalisme d’une église non défranquisée – et même compte tenu de la marge d’erreur – ce résultat est un désaveu pour les prélats ultra-réactionnaires.

Les Espagnols pour l’adoption par des couples de même sexe

Le bien de l'enfant prime

Et quand la question est posée sous l’angle de l’intérêt de l’enfant, le oui est encore plus franc et massif puisque presque 9 Espagnols sur 10 estiment que c’est le climat protecteur et aimant offert à l’enfant qui est primordial ! Le clivage par famille politique subsiste avec l’unanimité à Podemos et 94 % au PSOE, mais même ceux qui se reconnaissent dans le PP sont plus de 7 sur 10 à privilégier l’intérêt de l’enfant et 65 % à considérer que l’orientation sexuelle des adoptants ne doit pas entrer en ligne de compte.

La société espagnole évolue donc dans le sens d’une ouverture à plusieurs modèles familiaux, guidée par le sort de l’enfant. Pour autant la situation n’est pas encore idyllique. Si l’on en croit l’analyse de Violeta Assiego, les cas d’harcèlement et d’agressions sur l’orientation sexuelle ont augmenté dans les écoles et ces agressions sont aussi en tête des plaintes déposées à la police.

Sommes-nous sûrs cependant que la société française, dans un pays qui se targue d’être à l’avant-garde de la laïcité donc le moins soumis au cléricalisme, ait évolué aussi profondément dans l’ouverture aux nouveaux types de famille et le respect du droit de l’enfant ?

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 21:45
Pour Pedre Zerolo, voir plus bas.

Pour Pedre Zerolo, voir plus bas.

Eh oui ! Malgré l’emprise d’une église catholique non défranquisée, Zapatero – un affreux social-traître – avait fait voter, huit ans avant la France, dix ans avant que la cour suprême ne l’entérine, le mariage pour tous !

Mariage pour tous : l’Espagne a 8 ans d’avance !

Il faudrait le signaler à la chaisière Christine Boutin qui parle de ‘suivisme’ avec les Etats-Unis : la loi qu’elle combat en France a deux ans d’avance sur la décision de la Cour suprême états-unienne.

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Le bilan espagnol après dix ans démontre, si besoin en était, que les prophéties catastrophistes sur la fin de la famille à la mode papa-maman-la-bonne-et-moi (bon d’accord, pour la bonne c’est plus rare) étaient du pipeau.

A peine 2% de mariages homosexuels. Donc encore 98% de mariages hétérosexuels. De quoi rassurer, Mmes Bourge et de la Rochère. Et ne parlons pas de l’oubliée Frigide Barjot.

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Le taux de divorce reste faible, mais il manque la comparaison avec les mariages hétérosexuels sur le même laps de temps.

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Les homosexuels ont nettement plus convolé que les homosexuelles ; difficile d’en tirer des conclusions.

 

Sauf une conclusion générale sur l'avancée de l'état de droit que représente le mariage pour tous. Ce que signifie clairement la décision de la Cour suprême des Etats-Unis, s'appuyant sur le XIVe amendement : « Toute personne née ou naturalisée aux États-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des États-Unis et de l'État dans lequel elle réside. Aucun État ne fera ou n'appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des États-Unis ; ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière ; ni ne refusera à quiconque relève de sa juridiction l'égale protection des lois»

 

Et répétons-le encore et encore : ouvrir le droit au mariage à tous ne prive personne de ce droit ni n'oblige quiconque d'en user.

  Pedro Zerolo, militant LGTB (Lesbianas, Gays, Transexuales y Bisexuales) et PSOE fut l’un des principaux promoteurs de la Loi du mariage pour tous votée le 3 juillet 2005. Il est mort le 9 juin 2015, âgé d’à peine 55 ans, d’un cancer du pancréas.

 

Source des graphiques : El pais

Voir aussi le dossier d'El Pais : 10 años de la ley del matrimonio homosexual

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 14:44
Manuela Carmena, nouvelle "alcade" de Madrid

Manuela Carmena, nouvelle "alcade" de Madrid

Ada Colau, nouvelle "alcade" de Barcelone

Ada Colau, nouvelle "alcade" de Barcelone

Les élections des maires ont donné à la gauche alternative quatre des cinq plus grandes villes d’Espagne : Madrid, Barcelone, Valence et Saragosse. Bien que Podemos ne soit que partie prenante dans des listes – Ahora Madrid, Barcelona en Comú, Zaragoza en Común et surtout Compromís, nom prémonitoire, à Valence – la presse hexagonale en a fait le vainqueur. Et aussi bien à Madrid qu’à Barcelone, à Valence qu’à Saragosse, cette gauche alternative locale a pu compter sur le soutien sans faille du PSOE. En revanche, Podemos a eu une attitude à géométrie variable. Car le paradoxe de la fin annoncée du bipartisme est que les formations montantes – Podemos et Ciudadanos – sont mises au pied du mur : la fin de ce bipartisme, cette alternance PP-PSOE, veut dire compromis obligatoire. Contradictoire avec la posture d’anti « caste ».

 

La situation la plus paradoxale est celle de l’Andalousie. La socialiste Susana Diaz (47 sièges) a été finalement réélue avec l’appui – péniblement négocié – de Ciudadanos (9), mais avec contre elle non seulement le PP (31, 2 élus manquaient à l’appel), mais aussi IU (5, Gauche Unie, un peu le Front de gauche, qui était naguère soutien de Diaz, mais il n’y a pire ennemi que l’ex-allié) et Podemos* (15) ! La porte-parole de Podemos accuse Ciudadanos de venir au secours du bipartisme.

Mais quelle solution alternative porte-t-elle ?

 

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Résultat en sièges dans les Asturies

(Ajouté le 21/06/15)

Depuis il y a pire dans les Asturies : le drôle de jeu de Podemos ouvre la porte à un gouvernement de droite !

En effet, Emilio León, tête de liste de Podemos dans les Asturies, présente sa candidature à la Présidence de la région en demandant l'appui des élus d'IU : il ferait ainsi jeu égal avec le PSOE qui compte 14 représentants.

Sauf que, à ce jeu, si le PP réussit à fédérer Ciudadanos et une liste locale (FAC), il obtiendrait une majorité relative avec 17 sièges.

Le sectarisme du Podemos Asturien risque aussi d'aboutir à donner Oviedo et Gijón à la droite. A Oviedo, si le PP compte le plus d'élus, le total des listes de gauche atteint juste la majorité ; quant à Gijón, si une liste de droite locale est en tête, les listes de gauche additionnées sont largement majoritaires : à Oviedo le PSOE soutenait sans problème la candidature de la tête de la liste soutenue par Podemos sous réserve d'avoir la réciproque à Gijón (principe de la liste de gauche la mieux placée). L'obstination de León a amené une alcade de droite  : Carmen Moriyón (Foro) à Gijón ! Mais cette trahison a abouti à ce que Wenceslao López (PSOE) soit élu alcade d'Oviedo... 

Au niveau régional, il semble que IU se refuserait à entrer dans le jeu stupide d'Emilio León qui ferait que les Asturies, où les forces de gauche additionnées sont largement majoritaires, passent à droite.

 

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

José María González, Kichi de Podemos devient Maire de Cadiz*, mettant fin à 20 années de PP

Il est vrai que le jeu de Ciudadanos (C’s) est quelque peu brouillé. Ainsi, en Andalousie, s’il a permis l’élection de la socialiste à la tête de la plus grande région d’Espagne, il permet aussi à Grenade, à Malaga ou à Jaen au PP d’avoir la Mairie. En revanche, l’alliance de la gauche permet au PSOE de prendre la direction de Séville et Cordoue et à Podemos de conquérir Cadiz* ; Podemos dont le jeu est aussi peu clair, sans parler d’IU !

Fragmentation et fragilité des alliances

 

S’ajoute la grande fragmentation dans beaucoup de municipalités et régions.

 

N.B. Galice, Pays Basque, Catalogne et Andalousie, qui ont un statut différent, n'étaient pas concernés par le scritin du 24 mai 2015. L'Andalousie avait connu un scrutin anticipé en mars 2015.

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La situation limpide de la Castille-La Manche est l’exception. L’Estrémadure en est proche, avec un seul élu de C’s et une addition PSOE+Podemos potentiellement majoritaire.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Mais en Aragon ou dans les Asturies viennent se greffer des partis locaux : Chunta (=union) Aragonesista et Partido Aragones ou Foro de Ciudadanos. Et ne parlons pas des Baléares où l’on trouve quatre formations locales. Aux Canaries ou dans les Cantabriques ce sont elles qui sont les challengers du PP, avec une Coalición Canarias ou un Partido Régionalista de Cantabria.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Communauté de Valence

Dans la Communauté de Valence, cela se traduit par une triple alliance PSOE+Compromis+Podemos.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Communauté de Madrid

C’s risque de laisser la très symbolique région de Madrid entre les mains du Parti Populaire : le PP ayant accepté de signer un accord contre la corruption et pour la régénération démocratique, C’s pourrait lui assurer la majorité. Et cela contre l’opinion de ses propres électeurs qui à 58 % souhaitent que C’s n’aide pas le PP à garder la tête de la Communauté de Madrid !

Conquêtes de Madrid et Barcelone par la gauche alternative

Ô combien symboliques furent les conquêtes de Madrid et de Barcelone par Ahora Madrid, liste emmenés par une ex-juge de 71 ans, Manuela Carmena, et Barcelona en Comú, emmenée par Ada Colau, 41 ans, militante anti-expulsions.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Municipales à Madrid

Dans la ville de Madrid, C’s n’a pu jouer les supplétifs du PP puisque, avec l’appui du PSOE, Manuela Carmena a pu défaire Esperanza Aguirre (PP).

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Municipales à Barcelone

Situation plus complexe à Barcelone où la liste d’Ada Colau précédait certes le CIU (parti nationaliste conservateur) mais n’avait réuni que le quart des voix. Il a fallu l’apport d’un parti nationaliste de gauche (ERC) et du PS Catalan, plus une voix d’un autre parti local pour qu’Ada Colau puisse brandir le bâton d’alcade de la cité.

Joan Ribó, de Compromís, nouveau Maire de Valence

Joan Ribó, de Compromís, nouveau Maire de Valence

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Municipales à Valence

La conquête de Valence est finalement encore plus symbolique, puisque c’est de cette ville et de sa région qu’est né le scandale Gürtel. Joan Ribó, de Compromís, a été élu avec l’appui du PSOE et de València en Comú (soutenu par Podemos), mettant fin au règne de la despotique et tonitruante Rita Barbera (qui briguait un 7e mandat !). Là encore, C’s a été mis hors jeu (et il aurait pu difficilement soutenir la sortante complice de toutes les magouilles du PP et impliquée directement dans des notes de frais à la Dati).

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Baromètre électoral Juin 2015

Le baromètre électoral du 8 juin 2015 – réalisé avant les élections des Maires et Présidents de régions - fait apparaître une baisse spectaculaire de Ciudadanos, par rapport au précédent d’avril (Metroscopia n’a pas publié son baromètre en mai à cause des élections locales). Baisse qui profite au PP qui reprend la tête, cependant que le PSOE consolide son score estimé et que Podemos se tasse (tout en sachant qu’entre les trois, on est dans la marge d’erreur). L’IU continue de baisser, quant à l’UPyD il disparaît.

 

C’s est victime certainement des feux croisés du PP d’un côté et du PSOE et Podemos de l’autre, l’un le présentant comme un allié de la gauche, les autres comme un faux-nez de FAES, un think tank ultra-libéral d’Aznar. Mais aussi, avant même qu’il ne le démontre concrètement, de son manque de clarté sur les possibles pactes post élections régionales et municipales.

Après les élections locales du 24 mai PODEMOS et CIUDADANOS au pied du mur

Image des principaux leaders

Cependant, le leader de C’s, Albert Rivera reste le politique qui a la meilleure image, améliorant même son solde positif par rapport à avril.

Pedro Sánchez, PSOE, passe enfin en positif et surtout améliore nettement son score chez ses électeurs potentiels.

Pablo Iglesias, Podemos, même si son score reste légèrement négatif, redresse sérieusement son image (de –30 à -3).

L’image négative de Mario Rajoy, chef du gouvernement, se dégrade encore ; et la moitié des électeurs potentiels du PP souhaitent un autre candidat pour les élections générales de novembre.

Les comparaisons avec l’Espagne sont toujours biaisées.

Ainsi, les élections régionales ne concernaient ni le Pays Basque, ni la Catalogne, ni la Galice et, on l’a vu, ni l’Andalousie.

Aucun parti régionaliste – sauf en Corse – n’a émergé en France. En Espagne, ils pullulent, même si aux élections générales ils ne sont qu’autour de 10%. Ces élections générales sont à la proportionnelle mais sur une base régionale, donc difficile de déduire d’un sondage global une projection en sièges.

Podemos, contrairement à ce que feint de croire Méchanlon – qui prétend avoir ouvert la voie : « Nous avons lancé la vague en 2012 », affirme le matamore – n’a absolument rien à voir avec le Front de gauche. Il est né, mais comme Barcelona en Comú et des tas d’autres listes municipales, des Indignados. Un mouvement de protestation sociale apparemment sans débouché politique qui avait notamment occupé longuement la Puerta del Sol. Podemos en est un enfant un peu bâtard, car si, à la base, il reste sur une organisation en démocratie directe, il s’est doté, devenu parti, d’une direction très endogame. Il suscite, un peu tardivement et des plus faussement, un enthousiasme délirant. Un Benoît Hopquin se donnait « Le droit de rêver » et Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou, éditeurs, donnaient eux dans l’extatique, comme un remake de l’enthousiasme castriste ou bolivarien.  Faut-il ajouter L’Obs qui publiait « les extraits exclusifs de son manifeste » ?

 

Les élections régionales et municipales montrent bien que manifeste ou pas, sauf à rendre l’Espagne ingouvernable, il faudra bien, au lendemain des élections générales, nouer des alliances donc aboutir à des compromis, mot-clé de toute démocratie. C’s y risque d’apparaître définitivement comme un parti centriste ni à gauche, ni à gauche, comme disait Mitterrand des centristes français. IU, devenu presque groupusculaire, aussi anti-PSOE que le Parti de gauche est anti-PS, ne comptera plus. Une petite chance existera qu’un PSOE apportant une compétence gouvernementale et un Podemos apportant une participation citoyenne trouvent un compromis solide.

Mais, hélas, rien de transposable dans l’hexagone.

* Le PSOE soutient le candidat de PODEMOS pour conquérir Cadiz.

Teresa Rodriguez, qui félicite José María González Santos 'Kichi' pour son élection comme maire de Cadiz, elle, au niveau de la région, en tant que secrétaire générale de PODEMOS en Andalousie, fait voter son groupe contre la réélection de la sortante PSOE ! 

 

Pablo Iglesias à Cadiz

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 11:21

Ceuta le 16 mai 2015, à huit jours des élections municipales et régionales espagnoles.

Les candidats s’affichent donc sur des véhicules : remorque pour l’un, fourgonnette pour l’autre ; utilisent l’affichage publicitaire ; tendent d’immenses calicots aux endroits stratégiques et, bien sûr, ont des locaux attitrés.

Campagne électorale à CEUTA
Campagne électorale à CEUTA
Campagne électorale à CEUTA
Campagne électorale à CEUTA
Campagne électorale à CEUTA
Campagne électorale à CEUTA
Campagne électorale à CEUTA
Campagne électorale à CEUTA

24 mai 2015 : résultats des élections à CEUTA

Le PP a gardé, ric-rac, la majorité absolue. Mohamed Ali et Caballas ont obtenu 4 élus, mais Tarek Mizzian et le PDSC, avec à peine 2% des suffrages, ont fait chou blanc ; Ciudadanos a réussi à placer un élu.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 07:47

Le baromètre de metroscopia en avril place quatre partis dans une fourchette d’à peine 3 points. Ciudadanos poursuit son ascension, tandis que Podemos s’effrite tout en gardant la tête. Les deux champions du bipartisme PSOE et PP se redressent un peu. Mais presque huit Espagnols sur 10 veulent voir la fin de l’hégémonie de ces partis qui ont alterné au pouvoir depuis la transition démocratique.

 

Le quadripartisme qui s’était amorcé au sondage de février, avec l’apparition quasi instantanée de Ciudadanos dans le jeu politique national, se confirme. Les sondés d’Avril placent les quatre formations – PP et PSOE, Podemos et Ciudadanos – entre19,4 et 22,1%, à peine 3 points d’écarts entre les deux nouveaux acteurs qui encadrent les partis anciens.

Espagne : quatre partis dans un mouchoir de poche

La fin du bipartisme

A l’évidence les Espagnols sont las du bipartisme qui a rythmé leur vie politique depuis la transition démocratique. 77%, presque 8 sur 10, souhaitent que le jeu politique s’ouvre. Et ils le démontrent donc dans les sondages électoraux.

Mais quant à ce que ça pourra donner, c’est plus flou. Un gouvernement minoritaire, assuré par le parti arrivé en tête, qui après jongle pour obtenir des majorités ponctuelles, est la solution la plus envisagée. Seule une coalition PSOE-C’s obtient un faible assentiment majoritaire. Mais les sympathisants C’s semblent prêts à manger à tous les râteliers puisque les 2/3 envisagent aussi bien une alliance avec le PSOE qu’avec le PP.

 

L’enquête menée en le 7 et le 9 avril place toujours Podemos en tête avec 22,1%, position quasi stable après une chute de 4 points au baromètre de mars. A l’inverse, le PSOE, après une baisse nette en février confirme le redressement de Mars. L’hémorragie du PSOE vers Podemos semble stoppée. Est-ce l’effet de la victoire andalouse ? Mais le PP, qui y fut sévérement défait, reprend aussi 2 points par rapport à mars. Quant à Ciudadanos (C's), après sa spectaculaire montée de février et surtout mars, il progresse encore un peu. En revanche IU et surtout UPyD, complétement phagocytée par C’s,  se marginalisent.

 

Pour Podemos – qui paie sans doute les attaques violentes qu’il a subies sur ses liens avec le Chavisme vénézuélien – C’s devient un concurrent dangereux.

   El Plural, périodique digital progressiste, comme il se définit, descend Ciudadanos avec vigueur. Il serait issu, non de la cuisse de Jupiter, mais de la main d’Aznar, via le FAES (un ‘think thank’ comme on dit fondé par l’ancien 1er ministre).

Il le décrit comme l’asile et le fortin de l’españolismo en Catalogne : de fait Ciutadans-Partit de la Ciutadania est né en Catalogne contre les indépendantistes. Non seulement il aurait eu la bénédiction d’Aznar, mais aussi celle de la radio des évêques, la COPE, avec notamment les applaudissements enthousiastes de Federico Jiménez Losantos, un ex-communiste puis socialiste passé à droite, mais très anti-Rajoy. Car pour le rédacteur en chef de Plural, C’s serait en fait une machine de guerre dans un jeu interne à la droite contre l’actuel premier ministre qu’Aznar mépriserait !

Que les fervents défenseurs de l’Espagne une et indivisible aient soutenu un parti naissant qui affichait son attachement à ce que la Catalogne reste espagnole (et corrélativement à la corrida comme symbole de cette hispanité) se conçoit. Que ce nouveau parti draine les déçus du PP, les analyses le prouvent. Mais de là à n’en faire qu’une marionnette, avec Aznar tirant les ficelles mériteraient des preuves plus tangibles que l’appui d’un Losantos qui avait aussi applaudi l’UPyD, dissidence centre-gauche du PSOE, UPyD complétement ou presque vampirisé par C’s.

Espagne : quatre partis dans un mouchoir de poche

Notoriété et popularité

Le baromètre des personnalités – notoriété, solde approbation-désapprobation – confirme la chute d’opinions favorables du leader de Podemos, Pablo Iglesias : son image ne cesse de se dégrader passant de -13 en janvier à -30, 4 mois après. Victime sans doute des attaques dont il a été l’objet, mais peut-être aussi d’une gestion assez léniniste du nouveau parti.

Mais la chute la plus spectaculaire est celle de Rosa Diez fondatrice d’UPyD : de -12 en janvier à -49 en avril (pire que Rajoy !) et surtout avec un score famélique dans son propre parti (+23) ; elle paie la lutte interne sur le rapprochement/fusion avec C’s.

Rajoy est constant dans l’impopularité. Pedro Sanchez ne décolle pas dans son propre parti, le PSOE : si l’on met à part l’accident industriel de Rosa Diez, il reste le leader qui recueille le moins d’approbation dans son camp.

Albert Rivera reste le seul qui affiche un solde positif ! Mais sa notoriété reste bloquée à à 77%.

Espagne : quatre partis dans un mouchoir de poche

Le désaveu de la politique de Rajoy

Rajoy parie que comme un soufflé, après les percées spectaculaires, Podemos et C’s vont se dégonfler. Il table sur les signes de reprise économique pour reprendre un peu de poil de la bête.

Pour le moment au moins, les sondés restent très sceptiques sur les vertus de sa politique. Seul un quart sont satisfaits de la gestion menée depuis trois ans par le gouvernement. Et les trois quarts estiment que les inégalités se sont creusées pendant la même période.

 

 

Après les élections anticipées en Andalousie, l’année va être ponctuée par les élections municipales et les élections des régions autonomes (sauf en Catalogne, Galice et Pays Basque et, on l’a vu, Andalousie qui ont un autre statut) le 24 mai. Le 27 septembre ce seront les élections en Catalogne, dont Artur Mas, l’actuel président, veut faire un referendum pour l’indépendance.

Enfin, entre le 20 novembre et le 20 décembre*, les élections générales.

 

Quoique rêve Clémentine Autain, le jeu politique espagnol n’a rien à voir avec celui de la France et le Front de gauche encore moins avec Podemos. Comme si on comparait le Modem à Ciudadanos.

Il n’est que de voir l’inventivité du mouvement social espagnol avec ce défilé d’hologrammes pour protester contre une loi baîllon, que veut imposer le PP pour rallier sa vieille garde nostalgique du franquisme, avec la traditionnelle journée de protestation contre l’austérité d’une partie des syndicats en France, pour comprendre qu’il y a encore des Pyrénées.

Comparer aussi la jeunesse des leaders des partis politiques espagnols avec l’âge des nôtres. Albert Rivera a 36 ans, Bayrou pourrait être son père. Iglesias en a 37, Mélenchon pourrait être son père. Et Cambadelis aurait pu être, mais plus précocement, le père de Sanchez, 43 ans…

 

Ce quadripartisme est porteur d’incertitudes.

Avec sa majorité relative, le PSOE andalou va être obligé de surfer jusqu’au moins les élections générales, car d’éventuelles alliances sont gelées jusque-là.

Mais ces élections générales peuvent aussi aboutir, si les quatre partis sont quasi à égalité à une situation inextricable ou bien à une instabilité modèle IVe république française.

 

Reste l’espoir qu’un PSOE vigoureux soit capable de fédérer une alliance réformatrice où Podemos joue le jeu de l’union de la gauche.

On a le droit de rêver, comme Clémentine.

 

* Date précise non encore fixée (avec possibilité de jouer les prolongations jusqu'à mi-janvier)

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 22:35
L’Andalousie reste socialiste

Les élections andalouses anticipées ne nous consoleront pas de la poussée de l’extrême-droite aux départementales françaises. Elles ne sont pas, cependant, anodines. Elles confirment – pour de vrai pourrait-on dire – l’émergence de Podemos et Ciudadanos, deux formations surgies de nulle part. Elles montrent la résistance du PSOE. Elles annoncent la chute du Parti Popular au pouvoir.

 

Le coup de poker de Suzana Diaz, présidente sortante de la Junte Andalouse, a réussi. Les élections de 2012 avaient fait du Parti Popular (PP) le 1er parti andalou. Mais la coalition de gauche avait la majorité. Le PSOE s’alliant avec Izquierda Unida (IU), un ancêtre du Front de gauche, agglomérant autour du PCE des groupuscules de gauche divers avec une pincée de verts : 50 pour le PP, 47+12 pour la gauche. Mais à l’approche d’une année électorale qui va concerner des régions, les municipalités, avant des élections générales, l’IU andalou a eu tendance à s’aligner sur un IU national presque aussi anti PS que le parti dit de gauche en France. D’où la dissolution et les élections anticipées prenant de court IU.

Il est de bon ton de moquer les sondages. Metroscopia est sans doute plus fiable que les instituts français. 45 sièges prévus pour le PSOE avec 36,7% résultat réel 47 sièges, 35,6%. Mieux encore avec Podemos : 15 sièges prévus, 15 sièges obtenus, 14,7% annoncés, 14,85% obtenus !

Reste une surestimation de Ciudadanos et surtout de IU donc une sous-estimation du PP qui obtient 33 sièges au lieu des 29 prévus avec 28,6% au lieu de 25,1%. Le PP n’en est pas moins le grand perdant avec 17 sièges de chute. IU aussi qui ne peut plus faire l’appoint pour une majorité absolue.

L’Andalousie reste socialiste

Le désastreux résultat du PP a inspiré une revue satirique “El Jueves” (Le Jeudi). A l’approche de la semaine sainte – la semana santa occasion de multiples processions et surtout en Andalousie – elle a réalisé un montage où le visage de Rajoy, président du gouvernement PP, vient prendre la place de celui d’un christ crucifié, pour symboliser le calvaire politique que vit le leader national de la droite. A noter que sur le balcon, regardant la procession, avec un décolleté avantageux, on voit Susana Diaz qui, il est vrai, est enceinte.

« Je ne suis pas un taliban, mais il est du plus grand mauvais goût d’utiliser une image qui provoque une dévotion profonde » a dit à peu près le dévot responsable de la confrérie de la crucifixion de Malaga. La confrérie envisage de poursuivre  “El Jueves” en justice.

"Podemos et Ciudadanos (C’s) seront les nouvelles forces de cette chambre parlementaire. S'il y a deux mois un ‘tarotiste’ avait dit à Albert Rivera [fondateur de Ciudadanos] qu’il entrerait au parlement andalou avec 9 sièges et qu'il aurait la possibilité d’être la force charnière pour ouvrir la porte des alliances, Rivera ne lui aurait sûrement pas payé la séance de tarot”, écrit El Correo de Andalucía, cité par Courrier International.

Podemos, lui, devient la 3e force de l’assemblée andalouse. Ses voix viennent plutôt d’un électorat de gauche (ex-PSOE, ex-IU), tandis que C’s siphonne plutôt celles du PP et d’UPyD (une dissidence centre gauche du PSOE qui s’interroge d’ailleurs, après ces élections, sur une fusion avec C’s).

 

Le PSOE andalou est à 8 voix de la majorité absolue. Mais, tant que le train des futures élections ne sera pas passé, la situation est bloquée. C’s et encore moins Podemos n’iront s’allier, avant les élections générales, avec un Parti de la « caste », du système bipartisan que ces deux forces veulent faire voler en éclats. Susana Diaz a d’ailleurs annoncé, contrainte et forcée, qu’elle se contenterait de la majorité relative. Aucune majorité alternative ne risque d’ailleurs de la renverser.

 

Bien que l’Andalousie soit la région la plus peuplée, la plus frappée aussi par le chômage, ses résultats ne sont pas prédictifs de ceux des élections générales. Si ce n’est la fin du bipartisme pratiquement assuré. Mais Podemos et Ciudadanos seront au pied du mur.

L’Andalousie reste socialiste

D'où viennent et où vont les électeurs d'un scrutin à l'autre ?

Lecture : sur les 1 528 000 électeurs du PSOE, on estime que 49 000 sont décédés entre 2012 et 2015, que 27 000 ont choisi le PP en 2015, 44 000 IU, 144 000 Podemos, etc., en tout 319 000 ont changé d’options (y compris 58 000 en abstentions) ; en revanche 88 000 électeurs du PP en 2012 ont choisi le PSOE en 2015, 29 000 d’IU, etc. et 18 000 nouveaux électeurs, en tout 249 000 électeurs gagnés en 2015. Podemos et Ciudadanos ne concourant pas en 2012 ne peuvent avoir que des gains.

 

Le PSOE est, des trois partis qui se disputaient les suffrages en 2012, celui qui a les électeurs les plus fidéles. Presque 8 sur 10 des andalous (78%) qui ont voté socialiste en 2012 ont gardé leur confiance en ce parti en 2015. Le PSOE a cependant perdu plus d’électeurs qu’il n’en a gagné sur les nouveaux ou venant de ces concurrents de 2012. Le plus gros des départs se fait au bénéfice de Podemos (144 000) ou vers l’abstention (58 000). Mais 88 000 abstentionnistes de 2012 se sont déplacés pour lui en 2015.

 

Le PP perd lui un demi-million d’électeurs. Il perd nettement la 1ère place détenue en 2012. Les pertes profitent d’abord à Ciudadanos (223 000). Elles nourrissent l’abstention (130 000). Et une fraction va même vers le rival historique socialiste (88 000).

 

Le grand perdant est cependant IU qui avait provoqué la crise donc l’élection anticipée. La coalition d’extrême-gauche obtient son pire résultat en Andalousie avec 6,9% des suffrages. La chute est de plus de 60% de 2012 à 2015. Pour l’essentiel au profit de Podemos (143 000).

 

Ciudadanos se nourrit essentiellement d’ex-électeurs du PP (223 000 = 60%).

 

Podemos est donc devenu la 3e force andalouse. Il puise à gauche de façon quasi égale : PSOE (144 000) et IU (143 000). Et il a capté près de la moitié des abstentionnistes de 2012 qui ont voté en 2015 (185 000), réinjectant donc dans le jeu électoral un grand nombre d’électeurs qui étaient restés chez eux en 2012.

 

(Source : De dónde vienen y a dónde van los votos. Elecciones Andaluzas 2015)

PS

No era una broma: el PP ofreció un pacto a Podemos en Andalucía

Ce n'est pas une plaisanterie : le PP offrirait un pacte à Podemos en Andalousie

Seul El Plural affiche cette information qui est donc à prendre avec des pincettes. "Las cabeceras ‘tradicionales’ de papel la ignoran en sus webs y, sin embargo, es la noticia política del año: el Partido Popular ha ofrecido un pacto a Podemos para arrebatar la Presidencia del Parlamento andaluz al PSOE y dársela ¡a alguien e Podemos!. Pensé que era una broma, una intoxicación contra el PP, pero no es cierto y real." Donc, les organes traditionnels ont ignoré ce qui est la nouvelle politique de l'année - là El Plural oublie qu'on entame seulement le 2e trimestre - le Parti Populaire a offert un pacte à Podemos pour faucher la présidence du Parlement Andalou au PSOE et le donner à un membre de Podemos. On peut penser que c'est une plaisanterie, une intoxication contre le PP, mais ce ne n'est pas si sûr que cela.

 

Finalement, c'est bien un socialiste qui a été élu Président du Parlement andalou.

 

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 16:23
Après PODEMOS, CIUDADANOS

PODEMOS après un coup de mou reprend la tête au sondage de janvier 2015. Mais un nouveau venu CIUDADANOS – CITOYENS-Parti de la citoyenneté  – apparaît en 4e position. Et son leader, Albert Rivera, est le seul politique espagnol à recueillir plus d’appréciations positives que négatives.

Après PODEMOS, CIUDADANOS

Le Parti de la citoyenneté est apparu en 2006, mais essentiellement en Catalogne. Comme son nom l’indique, il veut une démocratie de citoyens et non de territoires. Son leader Albert Rivera– élu à sa tête par le hasard d’une liste en ordre alphabétique de prénoms prétend un chroniqueur politique – va prendre la tête de liste aux élections catalanes, contre le statut d’autonomie et pour le bilinguisme. 

Son affiche est des plus dépouillées et dit bien la philosophie de son parti : seules nous importent les personnes et non où elles sont nées, la langue qu’elles parlent, les sous-vêtements qu’elles portent !  Ciutadans-Partit de la Ciutadania en Catalan va faire 3% aux élections de la Généralité de Catalogne en 2006 mais 7,6 % en 2012.

Aux Européennes de 2014, ils font 3% (2 élus) quand PODEMOS en faisait 8% (5 élus).  Les voir surgir dans le sondage de Janvier 2015 à 8 %, en 4e position, devant la Gauche Unie (Izquierda Unida, IU) et  Union, Progrès et Démocratie (UPyD) est inattendu. D’autant qu’Albert Rivera, Président de Ciudadanos, est le seul leader politique à afficher un solde positif d’approbation +5 (il est vrai qu’il n’est connu que par 58 % des sondés). Il fait la quasi unanimité dans son parti (+92). Alors que Pablo Iglesias, leader de PODEMOS, connu de presque tous, voit sa cote de confiance devenir négative -13 et s’effriter dans son propre parti (+73).

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CIUDADANOS : motivations du choix

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Intentions de votes Janvier 2015

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Réponses spontanées sur les intentions de vote

Le PSOE, qui avait connu un sursaut en décembre retrouvant presque son score des élections générales de 2011, perd plus de 4 points et régresse en 2e position. En revanche, le tassement connu en décembre par PODEMOS – contre-coup peut-être de sa structuration en parti politique – reprend la tête des sondages. Le PP, plombé par les affaires, après la chute brutale de Novembre, se tasse encore un peu.  L’émergence de Ciudadanos, parti laïque de centre-gauche, semble se faire sur le dos des partis autonomistes et du vote blanc, puisque, à peu de choses près, le total IU/ICV+UPyD est le même d’un mois à l’autre.

Le bipartisme, sur lequel a reposé la transition démocratique puis la consolidation de ce régime, semble mort, dans l’état actuel des choses. Le total des intentions de votes PSOE+PP n’atteint même pas le score du seul PP en 2011. Mais PODEMOS, même avec des alliés comme IU/ICV ou C’s n’aurait pas non plus une majorité. Et, il cristallise plus un électorat protestataire que d’adhésion.

A noter que nos sondeurs ibériques donnent les intentions de vote spontanés (ce qu’à ma connaissance ne font pas nos sondeurs hexagonaux) : la cuisine permettant de passer de ces intentions brutes aux estimations est expliquée dans PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

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Un peu moins de pessimisme qu'en janvier 2014...

79% des espagnols – soit 10 points de moins qu’en janvier 2014 – pensent que la situation économique de l’Espagne sera encore pire cette année. Même les électeurs potentiels du PP sont 51% à partager ce pronostic négatif.  Se dessine aussi une répartition entre les ultra-pessimistes (IU à 94 et Podemos à 91%) et les pessimistes plus modérés (C’s à 74 et UPyD à 76%) le PSOE à 82% se situant entre les deux.

 

En revanche, s’agissant de leur situation personnelle les estimations connaissent une inflexion positive, modérée mais claire. Ils ne sont plus que 5%, contre 11 un an avant, à craindre le pire. Plus de la moitié à penser qu’elle sera stable et même 3% de plus à penser qu’elle va s’améliorer. Les plus optimistes sont bien sûr PP, mais aussi, plus inattendus, uPyD  (50%). Les plus nombreux à penser que la situation sera équivalente (78%) sont à IU (il est vrai qu’à un certain stade, ça peut difficilement être pire).

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Solde des opinions positives et négatives

Sur le plan des opinions positives, le seul  à tirer son épingle du jeu est le roi Felipe VI, avec un solde positif de +57 et dans tous les électorats, des moins monarchistes IU avec +8 aux +88 du PP, on trouve Podemos à +31, PSOE +75, UPyD +76 (à noter une inversion sur le tableau du bas entre IU et UPyD), Ciudadanos +85 !

 

On l’a vu, de tous les leaders de partis, seul celui de Ciudadanos, Albert Rivera, a un solde légérement positif (+5) et c’est aussi celui qui obtient le score le plus positif chez ses potentiels électeurs (+92). Pablo Iglesias qui était le seul légèrement positif en Novembre 2014 (+1), passe en solde négatif (-13) ; chez les électeurs potentiels, il perd aussi 15 points passant de + 87 en novembre 2014 à +72. Pedro Sanchez ne décolle pas (-16), même s’il gagne un peu en crédibilité dans l’électorat potentiel du PSOE (+56 contre +40 en novembre 2014). Si Rajoy est la lanterne rouge avec -50, il améliore son score global (-63 en novembre) et retrouve du crédit au PP passant de +49 en novembre à  +70.

 

NB Juantxo Lopez de Uralde qui apparaît dans ce classement, un quasi inconnu même des espagnols (10%), est le leader d’un nouveau parti Vert (l’autre ICV est allié à IU).

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PODEMOS : d'où viennent les électeurs potentiels de ce nouveau parti ?

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PODEMOS : un électorat potentiel moins à gauche que son parti ?

D’après El País, les électeurs potentiels de PODEMOS sont majoritairement masculins, avec un travail, un niveau d’études au moins du second degré et résident, toujours majoritairement, dans des villes de moins de 100 000 habitants. Ils appartiennent à la classe moyenne, et comme ceux d’IU, ils se déclarent non pratiquants, agnostiques ou athées. Leur âge moyen est de 43 ans, seuls les électeurs d’UPyD sont plus jeunes, 40 ans.

 

Sur une échelle qui va de 0=extrême-gauche à 10=extrême-droite, ils se positionnent à 3,9, mais ils perçoivent PODEMOS comme étant plus à gauche qu'eux à 2,8. Ils sont finalement assez proches des électeurs PSOE qui se positionnent eux, en moyenne à  4,2.

Il est vrai que l’électorat potentiel de PODEMOS provient pour un tiers du PSOE+UPyD, donc d’électeurs socialistes ou sociaux-démocrates. Seuls 7% de ces électeurs se définissent comme d’extrême-gauche ou communistes, bien que 16% votèrent IU en 2011.

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PODEMOS : motivations des électeurs

La principale motivation du choix des sondés en faveur de PODEMOS reste la déception, le désenchantement à l’encontre du PP et du PSOE.

Cependant l’adhésion aux idées progresse un peu. Et la crédibilté de PODEMOS, la conviction qu’il est une solution fiable pour prendre les rênes du pays, a nettement progressé. Cependant, ce qui prédomine c’est la volonté – apparue dans des sondages antérieurs à l’entrée en lice de PODEMOS – de mettre fin au bipartisme PP/PSOE, jugé responsable de la mauvaise gestion économique et de la corruption. Cette volonté de mettre à bas le bipartisme, transversale, explique sans doute l’émergence de Ciudadanos, attirant un électorat plus modéré. Mais se greffe aussi la question des nationalités et des autonomies….

Difficile, pour qui ne possède pas la langue de Cervantes, de cerner qu’elle est l’idéologie exacte des dirigeants de PODEMOS, idéologie nourrie au lait du bolivarisme à la Chavez, voire du castrisme. Et malgré sa sympathique cola de toréador, la manière dont Iglesias a façonné l’équipe dirigeante de PODEMOS, quasi à son image, peut inquièter.

Cependant, PODEMOS, ne semble pas être une étoile filante : de sondages en sondages, après sa fulgurante apparition aux Européennes, le parti naissant confirme son bon quart d’attractivité. Les experts en sciences politiques qui le dirigent ne peuvent ignorer que se placer à l’extrême-gauche de l’échiquier ferait échouer leur géniale opération.

 

Reste que la fin du bipartisme ne peut qu’obliger à des alliances. Donc à des compromis. Donc à retrouver un peu l’esprit de la transition…

 

Notons une fois encore que mes enquêtes d'opinion espagnoles semblent plus fouillées que celles commandées par la presse française.

Manif du 31-01-2015 Cibeles
Manif du 31-01-2015 Cibeles

Manifestation du 31 janvier 2015 : la Puerta del Sol

En complément :

 

Espagne. Le Podemos de la droite

—José Luis Barbería

Publié le 2 mars 2015 dans El País (extraits) Madrid

Source : Courrier International

 

Le Parti de la citoyenneté, à l’origine catalan, veut lui aussi casser le bipartisme.

 “Je suis un citoyen !” “Voilà qu’il est repris par sa folie des grandeurs.”– Dessin d’El Roto paru dans El PaÍs, Madrid.

 

"Rien ne peut arrêter une idée dont le tour est venu”, doit se répéter le président de Ciudadanos-Partido de la ciudadanía [Citoyens-Parti de la citoyenneté], Albert Rivera. Cette citation de Victor Hugo expliquerait en effet l’ascension fulgurante d’une formation qui, en seulement deux mois, a progressé de huit points dans les sondages pour se situer entre 12 et 14 % des intentions de vote (sondage de février).

 

Même si la terre tremble encore, si l’échiquier politique continue de bouger et si tout est encore possible, force est de constater qu’au centre a surgi un nouveau parti doté d’une identité propre, capable d’ébranler le PP [Parti populaire, au pouvoir, conservateur], de conquérir le vote abstentionniste et d’attirer l’électeur de gauche. Ciudadanos (ou C’s) aurait-il le cœur à gauche et la tête à droite ?

 

Comme Podemos, qui a réussi à rallier (ou déstabiliser) les formations situées à la gauche du PSOE [Parti socialiste ouvrier espagnol], Ciudadanos a absorbé le Centre démocrate libéral [centre droit] et débordé jusqu’à Union, progrès et démocratie [UPyD, centre gauche], qui sillonne les mêmes territoires idéologiques. Podemos et Ciudadanos partagent la même ascension, nourrie au même combustible : la corruption politique, les coupes budgétaires dans les services publics et la colonisation partisane des institutions.

 

Mais la comparaison s’arrête là : ces deux mouvements différents suivent des trajectoires parallèles. Même s’il ne manque pas de militants se disant de gauche, Ciudadanos, qui se définit toujours comme un parti de centre gauche, se veut cependant surtout nouveau et novateur. Le parti refuse ainsi les étiquettes gauche-droite et revendique son caractère progressiste et laïc, par opposition à la droite traditionnelle espagnole. “Nous sommes un parti laïc, partisan d’une très nette séparation de l’Eglise et de l’Etat. Je suis favorable à ce que l’Eglise paye [l’impôt sur les biens immobiliers]. La religion est une affaire privée, tout comme les questions d’avortement et d’euthanasie”, souligne David Lopera, 40 ans, coordinateur de C’s à Xátiva (dans la région de Valence).

 

Cette armée de militants bénévoles qui émerge de la faille engendrée au centre se démarque politiquement de Podemos, même si ces deux phénomènes brandissent le même drapeau du changement, veulent modifier l’état des choses et renverser l’ordre établi. A cette différence près que le militant de C’s qui aujourd’hui se lance en politique, dans la majorité des cas pour la première fois, n’est pas une victime de la crise. Il a certes vu se détériorer ses conditions de vie et se sent floué par le gouvernement et sa gestion de la crise, mais il a un travail et une situation correcte.

 

Son comportement n’est donc ni réactif ni un vote sanction, mais bien une adhésion à une idéologie qui lui convient. De profil modéré, il croit en l’économie de marché, ou du moins l’accepte comme inévitable, et est partisan d’un changement en douceur par le biais du consensus et de la réforme. Disons que son esprit contestataire et son appétit révolutionnaire se limitent au renouvellement de la vie politique, des structures et institutions du pays. L’électeur type de C’s vit en ville, a fait des études universitaires et a entre 25 et 54 ans.

 

Sans préjugés.

Ciudadanos serait-il alors un Podemos de droite ? Toutes les personnes interrogées refusent ce raccourci, même si les sondages montrent que C’s est en augmentation auprès des électeurs de centre droit. Et si dans l’ensemble de l’Espagne le parti est perçu comme centriste, une grande partie des Catalans le classent à l’extrême droite. Il faut dire que pour le nationalisme catalan, comme pour son homologue basque, tous les compatriotes qui s’opposent directement à leurs desseins sont invariablement marqués du sceau de l’infamie du radicalisme. “Si vous ne faites pas de politique, d’autres en feront à votre place. Rejoignez-nous, mais laissez vos préjugés à la maison”, a lancé Albert Rivera au moment de la création du parti à Barcelone, il y a huit ans, en opposition au nationalisme catalan. Le parti avait alors décidé de passer à la vitesse supérieure en choisissant d’essaimer à l’échelle nationale.

 

Tournée de demis.

Cadres et techniciens supérieurs, chefs d’entreprise, étudiants, employés du secteur des services et dirigeants ont tous accepté le message et, portés par la volonté de changer les choses, ont fondé les premiers groupes destinés à propager la parole et le franc-parler de ce jeune dirigeant, séduisant trentenaire aux allures de gendre idéal, encore inconnu d’un tiers des Espagnols. Quelques mois plus tard, l’espoir de départ s’est transformé en enthousiasme avec même, aujourd’hui, une pointe d’euphorie à peine contenue dans les réunions, qui, à défaut de siège officiel, ont lieu dans des bars ou des locaux publics. Depuis que les sondages sont à la hausse, les réunions politiques informelles où le café est souvent remplacé par une tournée de demis se multiplient un peu partout dans les villes, tout comme le nombre des militants : plus de 22 000 déjà à Madrid, presque autant qu’en Catalogne.

 

Comme à l’époque pour l’UPyD et également pour Podemos, les responsables de ces groupes ont la lourde tâche de repérer les opportunistes et les arrivistes soucieux de prendre la “bonne vague” politique du moment pour tâter un peu du pouvoir et obtenir un poste rémunéré. Une bonne partie des électeurs de Ciudadanos viennent du PP (près de 38 %) et le reste vient des abstentionnistes, des nouveaux électeurs, du PSOE et de l’UPyD. Jusqu’à présent Ciudadanos recrutait surtout dans les villes, notamment dans les agglomérations urbaines de plus de 400 000 habitants.

 

Et si les ouvriers et les agriculteurs ne figurent pratiquement pas dans les profils repérés par les sondages, on voit peu à peu apparaître sur le réseau de Ciudadanos (Internet et les réseaux sociaux tiennent lieu de siège officiel du parti) des gens qui se connectent depuis les zones rurales. Sur le terrain des rêves et de l’espoir, Ciudadanos est en concurrence directe avec Podemos. Tous deux se reconnaissent dans la critique du bipartisme et dans la mission de régénérer et assainir le système, mais leur idéologie et leur programme sont très différents. “Podemos est un parti jeune avec des idées de vieux. Si leur modèle est le Venezuela, le nôtre serait le Danemark : un Etat providence compatible avec une économie de marché, mais suffisamment fort pour fournir les services basiques sans asphyxier l’économie”, assène Jésús de Lózar, 62 ans, économiste.

 

Tant que les convulsions tectoniques secouent la politique espagnole, rien n’est stable et rien n’est définitif. Les répliques et les contre-répliques se succèdent. Et au centre, 3 ou 4 millions d’électeurs indécis peuvent toujours faire pencher la balance en faveur des conservateurs du PP ou des sociaux-démocrates du PSOE.

 

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