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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 19:01
PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

Un parti né il y a huit mois a d’ores et déjà bousculé un échiquier politique bipartisan né il y a trente-sept ans. Il s’installe dans le jeu politique espagnol  en se structurant en véritable parti. Non sans ambiguïté, se disant ni de gauche ni de droite, mais transversal. Un récent sondage le place en tête avec 27,7 % des votes, devançant le PSOE d’1,5 point et distançant le PP de 7 points. Mais il est loin de convaincre de la crédibilité de ses propositions.

Les principaux graphiques sont agrandis plus bas.

Les principaux graphiques sont agrandis plus bas.

L’étude de Metroscopia pour El País a eu lieu en plein cœur d’une nouvelle vague de scandales qui secouent l’Espagne ! Cartes noires de la Caja de Madrid et de Bankia où sont impliqués Miguel Blesa et Rodrigo Rato (ancien Directeur général du FMI), mais aussi des dirigeants syndicaux,  et l’opération Púnica, réseau de corruption actif dans les régions de Madrid, Murcia, Leon et Valence, mettant en cause au moins quatre maires issus du PP, mais aussi un maire PSOE.

 

Elle ne se contente pas de faire un instantané des intentions de votes, mais, outre une explication de la méthode, elle complète le sondage sur les intentions de votes par celui sur la popularité – en général il s’agit plus d’impopularité – du couple royal et des leaders des partis politiques nationaux et en donnant un coup de projecteur sur Podemos et sur le nouveau leader du PSOE, Pedro Sánchez.

 

L’échiquier politique espagnol, depuis la première véritable élection en 1977 a connu une alternance entre la droite (UCD de Suarez puis Parti Popular) et la gauche (PSOE, le PCE, bien que seul parti véritablement actif dans la clandestinité sous Franco, n’a jamais fait plus du tiers des voix du PSOE).

L’IU est une sorte de Front de gauche avec un fort noyau PCE. UPyD ou UPD, fondée par une ex-députée européenne PSOE, est marquée par la lutte contre le terrorisme de l’ETA (avec Francisco Savater) donc contre les nationalismes et un de ses axes de lutte premier est la Laïcité.

A noter l’absence des Verts en tant que force politique autonome et de l’équivalent du Front National, le PP couvrant tout le spectre de droite du national-catholicisme, héritier du franquisme, jusqu’au centre-droit, d’autre part Podemos ralliant les mécontents.

Projection des votes
Projection des votes

Estimation des résultats électoraux sur les suffrages exprimés au cas où les élections générales se passeraient au moment du sondage.

L’estimation des résultats électoraux – si le vote avait lieu au moment du sondage – sur les suffrages exprimés, place PODEMOS en tête avec près de 28 %. Certes le PSOE devance de plus de 5 points un PP nettement plombé par la série de scandales qui le touchent prioritairement, mais il ne retrouve même pas le score des élections générales de 2011. A ce jeu IU et UPyD sont marginalisés, à moins de 4%. On note que les votes « blancs » sont décomptés et dans les « autres » se retrouvent les partis nationalistes divers. Le taux d’abstention est très proche de celui de 2011. Mais ce ne sont pas obligatoirement les mêmes, puisque des ex-électeurs PP s’abstiendraient, donc remplacés par d’ex-abstentionnistes.

 

Il manque la projection en sièges, mais, a priori, ça aboutirait  à une chambre quasi ingouvernable (si PODEMOS, comme c’est le cas actuellement reste dans une position ni gauche, ni droite).

Cote des personnalités
Cote des personnalités

La question porte d'abord sur le degré de connaissance des personnalités (elles sont donc classées en ordre décroissant selon ce critère, ainsi le couple royal et le 1er ministre sont connus de tous, en revanche le coordinateur d'IU n'est connu que de quatre espagnols sur cinq), puis sur le degré d'approbation de leur action.

La mesure de l’approbation ou désapprobation de l’action politique des personnalités, pour autant qu’on les connaisse, marque la remontée des royaux : l’opération abdication est donc positive. 

Le classement par ordre de connaissances des personnes par les sondés fait apparaître un déficit net pour le nouveau leader du PSOE.

Solde
Solde

Solde entre les évaluations positives et négatives,

globalement (histogramme) et dans le parti du leader concerné (tableau).

A part le couple royal, seul Iglesias, figure de proue de Podemos a un solde d’opinions légèrement positif. Rajoy, le 1er ministre, atteint un score négatif quasiment hollandais, mais la défiance est grande pour Sánchez du PSOE, Diez d’UPyD et Lara d’IU. Et, au sein de son propre camp si Iglesias fait nettement la course en tête (+87), le pauvre Sánchez est le moins convaincant des leaders dans son propre camp (+40).

Focus sur Sanchez
Focus sur Sanchez

Après la démission d’Alfredo Pérez Rubalcaba, suite à l’échec du PSOE aux européennes, Pedro Sánchez a été élu en juillet 2014. Il est donc censé incarner le renouveau du PSOE.

Pedro Sánchez a, de fait, encore un gros problème de crédibilité, puisque seulement 40%, contre 49%, l’estime capable de rénover son parti et de lui donner une meilleure image (les plus sévères étant les, heureusement, rares sondés pro-IU : 22%), et ils ne sont guère plus nombreux (43% contre 45%) à le croire capable de convaincre les anciens électeurs socialistes à revenir voter pour le PSOE.

Focus sur Podemos
Focus sur Podemos

Une première question s'adresse à ceux qui ont opté pour Podemos sur les raisons de leur choix. Une série de questions, s'adressant à tous, mesure le degré d'adhésion aux positions de Podemos.

Seul un tiers des sondés ayant opté pour Podemos disent l’avoir fait parce qu’il est le parti le plus proche des leurs convictions, alors que 42% expriment par ce choix leur déception, leur désenchantement à l’encontre des partis pour lesquels ils ont pu voter en d’autres occasions.

Les 28% qui disent que Podemos, dans l’état actuel des choses, est le seul parti en lequel ils peuvent avoir confiance confirment le sondage électoral. Podemos se heurte cependant à un relatif scepticisme, puisque 35% (contre 54%) jugent ses propositions comme réalistes et pouvant être mises en œuvre et 39% (contre 50%) qu’il a des idées claires sur ce qu’il faut faire pour surmonter la crise économique.

En mai 2015, les élections municipales et régionales (qui ne concernent cependant pas l’Andalousie, la Galice, la Catalogne ou le Pays basque) seront un premier test pour le PSOE, car Podemos n'y sera que peu ou pas présent.

Mais - sauf si Podemos se dégonflait comme une baudruche piquée par une aiguille, ce qu’absolument rien ne laisse prévoir - aux prochaines élections générales, dans un an, le paysage politique espagnol sera bouleversé. Même si Sánchez redonnait un peu de couleurs au PSOE et donc lui faisait reprendre la tête, il n’aurait pas de majorité. Pas plus que Podemos, s’il continue la course en tête. Et là, le ni-ni ne serait plus tenable.

 

PS Après beaucoup de galères, il semble que la mise en place correcte et des graphiques et d'un commentaire lisible soit réalisé...

 

 

Touitte
Touitte

Mystère et boule de gomme !

PS Miracle - le seul - d'over-blog : l'annonce des nouveaux articles apparaît dans un compte touitte (dont je ne me sers pas d'aileurs).

Surprise, je reçois donc une réponse mystérieuse d'une "Cordula" que je ne connais ni des lèvres ni des dents....

En complément, une autre estimation faite un peu avant celle de Metroscopia

 

L’étude de CIS a été réalisée entre le 1er et le 13 octobre. Alors que Metroscopia a classiquement travaillé sur un échantillon d’un millier de personnes, CIS lui a sondé 2480 personnes, avec, non seulement le non moins classique effort de répartition en PCS, mais aussi géographique et de taille des villes.

PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

Baromètre du CIS d'octobre 2014 :

estimations des votes si les élections avaient lieu au moment du sondage

La projection en % diffère sensiblement de Metroscopia, puisque le PP garde la tête, et que PODEMOS n’arrive qu’en 3e position. Mais entre les deux sondages les deux nouveaux scandales – cartes bleues dites noires et réseau Punica – ont eu tout leur retentissement. La dynamique de Podemos est cependant significative : +7.

Intentions "brutes"
Intentions "brutes"

Comparaison des intentions de votes spontanées dans les deux instituts.

Les fiches techniques des deux instituts de sondages donnent les réponses spontanées des sondés (ce qui, sauf erreur, ne se pratique pas chez leurs confrères hexagonaux). Dans les deux cas, Podemos arrive largement en tête.

 

Ensuite chaque institut va soumettre ces résultats bruts à sa cuisine, avec ses recettes propres et secrètes.

 

 

NB Cette alchimie particulière peut sembler de la basse manip chez les contempteurs des sondages. Un blogueur explique pourquoi et comment se cuisine une enquête d’opinions.

Il donne cet exemple :

Dans une enquête du CIS avant les européennes, à la question Pour qui allez-vous voter les réponses spontanées furent :

PP –> 14,1 %

PSOE –> 14,1 %

IU/ICV/ANOVA –> 5,2%

PODEMOS –> 0,8%

[...]

Abstentions annoncées –> 23,8%

Ne savent pas encore –> 20,6%

N’ont pas répondu –> 5,3%

Blancs –> 3,9%

 

Les résultats réels, le jour des élections furent :

PP –> 26,1%

PSOE –> 23,0%

IU/ICV/ANOVA –> 10,0%

PODEMOS –> 8,0%

[...]

Abstentions –> 54,1%

Blancs –> 2,3%

La cuisine va donc consister à recouper les résultats bruts avec d’autres indices.

PODEMOS renversera-t-il l’échiquier politique espagnol ?

Intentions de votes

pour chaque parti sur une échelle de 0 à 10 (0 jamais, 10 toujours)

Ainsi dans la fiche du CIS voit-on un tableau demandant aux sondés de classer leur possible vote pour différents partis sur une échelle de 0 à 10, 0 pour absolument pas voter, 10 pour voter sûrement. Ainsi, sont-ils 42 % à dire qu’ils ne voteront certainement pas pour le PSOE ou pour Podemos et 4,6% pour le PSOE et 6,1% pour Podemos, à affirmer qu’ils voteront pour eux quoi qu’il arrive.  D’autres questions sur la connaissance et la popularité des leaders, sur le degré d’intérêt pour l’actualité politique, sur les moyens d’information, etc. vont permettre de mieux corriger les données brutes.

 

S’ajoutent des pondérations diverses (âges, PCS, géographiques, etc.).

 

Puis sortent des estimations, photos plus ou moins bien retouchées de l’état de l’opinion à un moment donné et dont la succession peut cependant donner une tendance.

 

 

 

 

Schneidermann nous invite à prendre de l'avance sur PODEMOS

 

Je ne vous redirais pas pour la xième fois que nous fûmes (et ce n'était pas du belge) des premiers à nous abonner à "Arrêt sur images" quand, après avoir été lourdé de la 5, il s'est reconverti en site. Ni pourquoi la malhonnêteté intellectuelle de son fondateur nous a poussés dehors.

Je continue cependant de recevoir les annonces d'émission. La dernière est parfaitement "raccord" avec l'article et ose se conclure par "Prenez donc de l'avance", alors que Podemos a créé la surprise aux européennes !

 

 

Gazette d'@rrêt sur images, n° 360

Inclassable, ce mouvement Podemos, né d'une télé des Indignés espagnols, et qui crée un tremblement de terre politique. Inclassable, ce mouvement marginal, créé en janvier 2014 dans l'indifférence générale, et qui arrive en tête des sondages espagnols d'intentions de vote. Podemos combat la corruption, défend les services publics, va chercher ses modèles dans la série Game of thrones : cela suffit-il à faire un programme ? Le vide politique espagnol a-t-il accouché d'un mouvement lui-même dangereusement vide ? Et à propos, l'exemple espagnol est-il transposable ailleurs, et pourquoi pas en France ? Toutes questions posées cette semaine à Jorge Lago, porte-parole du mouvement. Podemos bouscule nos méninges, vous allez en entendre parler dans les prochaines semaines. Prenez donc de l'avance ! Notre émission est ici (1).

Daniel Schneidermann

 

 

 

En sur-supplément : extraits d'un article tiré de la revue La Marea, traduit par Courrier International

 

ESPAGNE Podemos prêt à prendre le pouvoir ?

 

Née il y a neuf mois seulement, cette formation, issue du mouvement des Indignés, a cassé l’hégémonie des deux partis traditionnels et monte en flèche dans les sondages.

Quand Podemos a fait irruption sur la scène politique, en janvier 2014, nombreux étaient ceux qui considéraient ses promoteurs comme une poignée d’allumés antisystème qui avaient la grosse tête.

 

La création du modèle Podemos a impliqué de renoncer à certains symboles brandis encore il y a peu par Pablo Iglesias, son leader, et le reste de l’équipe fondatrice. Ils ont ainsi délibérément délaissé une terminologie pouvant être jugée trop radicale par le centre, comme “lutte des classes”, “prolétariat” ou “révolution”.(…) Podemos utilise désormais un langage différent, plus moderne. La classe ouvrière en tant que sujet politique a été remplacée par le “précariat” ou le “pobretariado” [le “pauvretariat”], à l’opposition gauche-droite s’est substitué l’antagonisme entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, et quant à l’oligarchie elle est désormais qualifiée de “caste”. L’objectif étant de ne pas faire fuir les électeurs centristes qui pourraient être en phase avec des mesures progressistes mais seraient rebutés par le discours traditionnel de la gauche ouvrière.

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 14:53
Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Les titres auxquels vous avez échappé : « Podemos, un furoncle dans le sphincter de la gauche », « Iglesias=Satanas » « Podemos : enterrez-les dans la chaux vive » « Le Mélenchon ibérique ».

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Podemos est né du mouvement des « indignés » - des Indignados aussi efficaces qu’un verre d’eau tiède, disait un de mes contributeurs et néanmoins ami ! Après quatre mois d’existence, Podemos fait, aux européennes, presque 8% des voix et a autant d’élus que le Front de gauche en France ! Et cela sans s’allier avec « Izquierda Unida » (Gauche Unie), regroupement de communistes et d’associatifs liés aux CCOO (Commissions Ouvrières, voisines de la CGT française) et qui, pour l’occasion a élargi ses alliances pour devenir Gauche Plurielle (voilà qui nous rappelle quelque chose). Izquierda Plural (IP) pèse près de 10 % des voix.

 

Même si Podemos a mordu sur l’électorat qu’escomptait IP, les grands perdants sont les deux grands partis PP et PSOE. Alors qu'en 2009, ils avaient rassemblé plus de 82% des suffrages, ils n’en ont rassemblé que 49%. Le bipartisme à l’espagnole en a pris un sérieux coup, même si, mais moins qu’en France, l’abstention était au rendez-vous avec 45 % d’exprimés.

Pour le PSOE, un choc qui a abouti à l’élection à sa tête d’un homme nouveau, le député madrilène Pedro Sánchez.

 

Eh non ! Pablo n’est pas le fils de Julio. Pablo Iglesias Turrión (né à Madrid en 1978), l’âme de Podemos, était professeur de Sciences Politiques à l’Université Complutense à Madrid et présentateur du programme de débat La Tuerka*. Son grand oncle paternel fut fusillé par les franquistes. Son grand-père paternel, socialiste fut commandant dans l’armée républicaine ; condamné à mort, il a passé 5 ans en prison. Sa mère, la première de la famille à entrer à l’Université, a milité dans la clandestinité et son père a connu la prison sous la dictature. « Ses parents l’ont prénommé Pablo en l’honneur d’un autre Iglesias, Pablo Iglesias Posse, père du socialisme espagnol. » “Dans notre famille, on lutte pour la classe ouvrière depuis le XIXe siècle”, dit sa mère (…) Il s’inscrit aux Jeunesses communistes dès 14 ans.

Le débat porte sur les bourses universitaires

Un Mélenchon Hispanique ? Outre que le résultat de Podemos (nous pouvons ou Yes we can) est nettement supérieur, que la méthode de fonctionnement et de désignation des candidats n’a absolument rien à voir, le jeune profesor est un animal à sang-froid : il sait se contenir pour débattre, à l’aise devant les caméras, il participe à des émissions hostiles sans jamais se départir de sa contenance. « Une main de fer idéologique dans un gant de velours ».

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Des attaques d’une violence inouïe

Et les attaques dont il est l’objet – à la hauteur de la surprise causée par le résultat de Podemos - sont d’une violence inimaginable. « En Espagne la caste est un cancer, mais Pablo Iglesias et ses électeurs devraient être enterrés dans de la chaux vive » ; « Pablo Iglesias, son équipe et ses électeurs sont des scories qui polluent le pays et devraient être exterminés et jetés dans un fossé ».

Le summum de l’indignité étant dans ce détournement du 3 de mayo de Goya - précédé d’un message disant qu’Iglesias devait être jeté dans une fosse, une balle dans le front -  où on reconnaît, outre Iglesias, Juan Carlos Monedero et Teresa Rodríguez, et, sur le sol, déjà mort, Luis Alegre. (El Plural 17/07/2014)

 

Déchaînement haineux de nostalgiques du franquisme marginaux ? Les médias de droite et le PP sont à peine plus modérés. Ainsi, des journalistes d’El Mundo, journal de droite, publient un livre intitulé « Démonter Pablo Iglesias » (“Deconstruyendo a Pablo Iglesias”). Que Podemos soit attaqué comme un risque pour les institutions espagnoles se comprend, puisque Iglesias récuse la transition pacifique après la mort de Franco et veut rétablir la République. Mais, ce libelle, insinue surtout que le nouveau parti aurait été financé par le Venezuela de feu Chavez. S’y ajoutent, pour Iglesias, des accusations de sympathie pour l’ETA.

Et on atteint le sommet de l’odieux avec la dame Aguirre qui pulvérise le point Godwin. Esperanza Aguirre, présidente du Parti Populaire de Madrid, alerte sur le danger de la démagogie populiste qu’incarne la formation de Pablo Iglesias, semblable à celle de Chávez ou Correa (Equateur). Mais surtout elle assure que les leaders de Podemos ont démontré connaître les techniques de propagande incarnées par les génies du mal que furent Willy Münzenberg (membre du PC allemand avant guerre) et Joseph Goebbels ! Venant d’une cacique d’un Parti non défranquisé, miné par la corruption, l’accusation est des plus grotesques.

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

La question de la démocratie

Pour le Recteur de l’Université Complutense, dont Iglesias fut un enseignant contractuel, Podemos est un cas d’école à étudier dans toutes les universités. C’est un mouvement qui traduit le mécontentement et montre que les partis traditionnels et les syndicats n’y apportent pas de réponses. La formation d’Iglesias a su capitaliser cette critique ("capitalizar esa crítica") et la cristalliser dans un mouvement politique dont il reste à voir quel sera son avenir. (Público)

 

 « Il y a un moment où la politique cesse d'être l'art de la prudence et devient l'art du courage » dit Iglesias. La question de la démocratie doit être l’axe du combat pour la rupture qu’il préconise. Selon lui, le combat politique n’est pas entre droite et gauche, mais entre ceux qui prônent la démocratie et ceux qui veulent y mettre un terme. Mais la démocratie qu’il préconise consiste en un mouvement d’expropriation (un movimiento expropiatorio), consistant à enlever le pouvoir aux quelques personnes qui le monopolisent pour le répartir entre tous.

 

Le propos est séduisant. Comme un écho du combat lointain pour l’autogestion.

Teresa Rodríguez, Carlos Jiménez Villarejo, Lola Sánchez, Pablo Echenique

Teresa Rodríguez, Carlos Jiménez Villarejo, Lola Sánchez, Pablo Echenique

Il s’est traduit dans les faits par la désignation, hors tout appareil politique, des candidats de Podemos aux européennes. Sauf que ces primaires citoyennes n’ont réuni que quelques dizaines de milliers de votants. Ainsi, Teresa Rodríguez, deuxième élue, n’avait totalisé que 9000 votes. A côté de cette militante syndicale, plus surprenant est le choix d’un ex-procureur, il est vrai anti-corruption, Carlos Jiménez Villarejo, âgé de 80 ans. Lola Sánchez, la 4e élue, après avoir décroché son diplôme de Sciences Politiques fit partie des exilés économiques, surfant de petits boulots en emplois précaires, en Islande, Ecosse et Etats-Unis, avant de revenir comme serveuse à Carthagène. Pablo Echenique, le cinquième élu, est un scientifique de renom atteint d’une maladie dégénérative qui se bat pour que les personnes handicapées ne soient pas que des sujets de charité publique. (Público)

 

Le programme n’est pas  moins séduisant. 35 heures, retraite à 60 ans, revenu de base assuré à tous, interdiction de licencier aux entreprises qui font des bénéfices, reconnaissance des droits des immigrés, éducation publique, gratuite et laïque, etc. C’est dans le domaine de la Justice qu’il est le plus précis avec l’aggravation des sanctions pour les délits fiscaux, mécanismes démocratiques de contrôle pour apporter la transparence dans l’adjudication des contrats publics, le financement des partis, les rétributions des charges électives.

 

Contrairement à l’ambigu Beppe Grillo, Pablo Iglesias ne joue ni le gourou, ni le splendide isolement. Podemos s’est rapproché d’Izquierda Unida. Au point, dans une émission, de se liguer contre le futur secrétaire général du… PSOE (Pedro Sánchez  ridiculisé titrèrent des sites d’extrême-gauche).

 

Sauf que, comme le rappelle un éditorialiste « l’adversaire n’est pas la gauche. La droite est le grand adversaire. » Une droite de plus en plus proche du franquisme et de plus en plus loin de la démocratie. La revendication républicaine, liée à la condamnation (facile a posteriori) de la transition démocratique - que défend un Cercas et bien sûr un de ses acteurs, Felipe González – n’est peut-être pas d’une urgence absolue.

 

L’équation espagnole est d’autant plus compliquée que viennent se greffer les revendications nationalistes (catalanes, basques et même galiciennes). Et Podemos, si lui, contrairement au Front de gauche, recueille les déçus du socialisme, par son système de fonctionnement, est un mouvement encore très fragile. Ne sera-t-il qu’un feu de paille ?

Après tout, les indignés, qui agissaient sporadiquement en dehors de toute structure syndicale ont, quand même, réussi à donner naissance à cet objet politique non identifié, dont le chef de file ne se prend pas pour un messie. Et ce sera aussi au nouveau secrétaire général du PSOE de faire preuve d’inventivité pour forger une union de la gauche pouvant fédérer cet OPNI.

 

* La Tuerka est une émission de télévision que Pablo Iglesias et ses collaborateurs (professeurs et élèves de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid) ont diffusée sur Internet et sur la TNT.

 

 

P.S. Un sondage de juillet inscrit PODEMOS comme 3e force politique espagnole

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Ce sondage a eu lieu avant le changement à la tête du PSOE.

Il traduit cependant un effondrement des socialistes, alors que le PP, pourtant convaincu de corruption, qui mène une politique régressive sur l'IVG, régresse à peine.

Mais ce qui ressort c'est l'émergence de Podemos à 15 %; dont souffrent, outre le PSOE, IU et UPyD.

Pour les hispanisants, une vidéo de propagande de PODEMOS

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 21:06

Les arrière-cuisines de l’auberge espagnole

 

Poser la question «  Rajoy en a-t-il croqué ? » revient à se demander si les alligators aiment la viande faisandée. Mais pourquoi l’Espagne attire-t-elle les scandales financiers à répétition ? Réalité politique ou structurelle ?

 

Les juges espagnols qui travaillent sur la délinquance financière espagnole sont peu connus, mais ils existent. Cependant, l’Espagne n’a pas connu d’opération « Mani pulite ». Les affaires marseillaises et parisiennes doivent inciter les Français à la modestie, mais leurs voisines ibériques se différencient par des structures administratives et judiciaires où l’État et sa justice sont théoriquement puissants et en fait mineurs.

 

L’AUTONOMIE À TOUT PRIX

 

Barcenas_champ.jpg  L’essentiel des fonds publics et des fonctionnaires n’est pas géré par les Cortes, l’Assemblée nationale de Madrid, mais dans les 50 provinces et les 17 « Communautés autonomes » qui les regroupent (plus Ceuta et Melilla). Les « ayuntamientos » (mairies) sont dirigés comme des entreprises privées, avec des personnels sans garantie d’emploi et des impôts locaux très faibles par rapport à la France. Certaines Communautés, comme le Pays basque et la Catalogne, ont leurs polices régionales (Ertzaintza ou Mossos d’esquadra). Les relations avec le pouvoir central, accusé de vampiriser les richesses locales ou de manquer de solidarité, sont exécrables en cas d’opposition politique, méfiantes en situation inverse, toujours fondées sur le marchandage.

Le maigre budget national ne permet guère à un Premier ministre, quel qu’il soit, de financer largement son parti, ses permanents et ses obligés. Comme l’a fait son prédécesseur, Jose Maria Aznar, Mariano Rajoy doit donc se tourner vers ses relais provinciaux et riches.

 

UNE BANQUE AU SERVICE DU PEUPLE POPULAIRE

 

L’argent ? Depuis une vingtaine d’années, il était dans le BTP et les banques. Les fonds politiques viennent des deux, et particulièrement des marchés publics, où les réseaux bancaires jouent un rôle déterminant comme financeurs des collectivités territoriales. Ce n’est pas un hasard si les régions les plus « scandaleuses » (Valence, Andalousie, Baléares, Catalogne, Madrid) sont liées à l’immobilier et au tourisme. Qui diable pourrait reprocher à des élus populaires modernes de construire des centaines de tours à Majorque ou à Benidorm et de favoriser des entreprises locales pour ce faire? Unjesus-gil-y-gil cas d’école est celui de Jesus Gil, maire PP de Marbella entre 1996 et 2002, qui mariait corruption, immobilier et mafia dans un système familial néo-franquiste.

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BUSINESS DE DON FELIPE

felipe-gonzalez-rey-juan-carlos.jpg Felipe Gonzalez et le roi Juan-Carlos

 

Ces affaires ont été révélées depuis la mort de Franco en 1975. Auparavant, la corruption en faveur de l’Église catholique et son Opus Dei, des organisations phalangistes et de la nomenklatura d’affaires établie par le Caudillo, était énorme, mais impubliable sous peine de mort. Le développement économique et politique du « felipismo » a fait du PSOE et de son leader Felipe Gonzalez* des modèles  démocratiques, pendant que se mettait en place le « système Guerra » (du nom des deux frères socialistes Juan et Antonio) qui assurait de l’intérieur du PSOE une rente au parti, avec les méthodes habituelles (marchés publics, pots-de-vin, clientélisme). La recette était bonne, elle a duré. D’autre part, les entreprises espagnoles peuvent donner des fonds aux partis politiques, suivant des procédures spéciales rarement appliquées.  Enfin, un juge qui s’attaque au pouvoir régional a peu de relais et d’appuis locaux, même légaux.

 

LA COURONNE DÉVALUÉE

 

izquierda-unida-cumple-25-anos-L-KXfWxj.jpegLa seule organisation politique ayant échappé jusqu’ici aux enquêtes financières du journal « El Païs » (« El Mundo » est plus discret sur le PP) est « Izquierda Unida »** (Gauche Unie), regroupement de communistes et d’associatifs liés aux CCOO** (Commissions Ouvrières, voisines de la CGT française).

Jusqu’à 2010, la seule institution épargnée par les tourmentes criminelles et régionalistes était la monarchie constitutionnelle, garante de l’unité nationale. Depuis le safari africain de Juan-Carlos payé par le pays et les frasques financières de son gendre, le prestige royal s’est terni.

Les coupes budgétaires, la ruée du chômage, une solidarité nationale en panne, un Premier ministre aussi impuissant que son prédécesseur Zapatero, un PSOE à EEG plat, des Indignados aussi efficaces qu’un verre d’eau tiède, font de l’Espagne un pays en perdition.

 

LES FORMALITÉS

 

La situation a un seul avantage : prouver une fois de plus que la gestion par les banques privées et les « recortes » de la dépense publique ont deux effets principaux, détruire la démocratie et enrichir des créanciers gavés. Pour en sortir, il faut virer Angela Merkel et son collaborateur Rajoy, autoriser des prêts directs aux états par la BCE, relancer l’activité européenne par des financements d’infrastructures associant l’Espagne, le Portugal et l’Italie, et peut-être la Grèce. Y arriver nécessite quelques formalités, comme des élections amenant une (vraie) gauche au pouvoir.

 

Gilbert Dubant

 

 

 

* Séville, 6 mai 1994, 18 h 30. (…) quelque 5 000 militants socialistes arrivent au Palais des sports pour assister à un meeting du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).  (…) un homme s’avance seul sur l’immense scène. Chemise déboutonnée, sans cravate, en blouson sombre, M. Felipe Gonzalez, président du gouvernement espagnol (...) sur un ton grave, il aborde le thème que toute la salle (et toute l’Espagne) attend, celui de la corruption qui menace d’emporter son gouvernement et de ruiner son avenir politique : « Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir en 1982, nous étions préparés pour lutter en faveur des libertés et du progrès, mais nous n’étions pas préparés pour vivre avec des gens, issus parfois de nos propres rangs, qui ont utilisé leurs fonctions dans l’administration publique pour s’enrichir ; des gens qui ont fait passer l’appât du gain avant le souci de la solidarité. J’éprouve un profond dégoût et une profonde honte pour avoir fait confiance à des personnes qui ne le méritaient pas. »  Ignacio Ramonet, juin 1994. Parmi ces corrompus Luis Roldàn, directeur général de la Guardia civil qui va fuir et va connaître une arrestation rocambolesque à Bankok.

Mais le grand scandale fut celui du GAL – groupe antiterroriste de libération – qui mena une « guerre sale » en France contre l’ETA. Une ETA qui, faut-il le rappeler, a causé beaucoup plus de morts sous la démocratie que sous le franquisme.

 

** Aux dernières élections 6,09 % des voix.

Depuis, l'affaire dite des cartes de crédit opaques (fournies à des administrateurs de caisses d'épargne) a touché aussi des membres d'IU et des CC OO En principe, elles devaient servir à régler des 'frais de représentation', en fait elles semblent avoir servi à des frais personnels. (note du 21/11/14)

 

 

Petit commentaire du déblogueur

On l’aura compris, il y a la « vraie » gauche, estampillée par les auto-proclamés décerneurs de diplômes de 100 pour 100 pure gauche, garantie sans additifs socio-démocrates (qui nuisent gravement à la santé du peuple) et lesdits socio-traîtres PSOE au delà des Pyrénées, PS dans l’hexagone. Même la gauche de plein air, élevée aux bons grains des manifs géantes ou des actions anti-expulsions, ne trouve pas grâce à leurs yeux. Il est vrai que leurs hauts faits d’armes ne nuisent guère à la bonne droite, style PP. Au contraire.

Mais comment expliquer l’impuissance de la « vraie » gauche, IU en l’occurrence mais on laisse deviner son nom en France, à fédérer ces indignés pour leur ouvrir les yeux et leur faire découvrir la beau royaume du yakafokontoutésimple ?

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