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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 14:44

Le ton et le fond

Non, il n’y a pas de contrepèterie dans le titre. Juste une expérience de communication où le ton cache le fond.

 

Prenez deux courriels envoyés à des membres éminents d’une association :

  • le premier, dans lequel est transférée une information, pose une question simple : se fait-on l’écho de cette info ? quatre semaines après aucune réponse…
  • le second, commence par de l’auto-dérision, classique calembour sur mon cerveau lent car le message porte sur un document reçu quelques jours plus tôt, la question est un peu la même – pourquoi ne pas diffuser ce document plus largement ? – mais sur un ton disons plus musclé. Résultat trois réponses, deux quasi immédiates, la troisième deux jours après (sur une bonne quinzaine de destinataires). Les deux premières agressives, seule la 3e répond calmement à la question posée.

Il serait sans doute peu scientifique de tirer des lois absolues sur deux cas ayant une extension réduite.

 

Juste donc des hypothèses.

Pour qu’un message ait une chance d’être lu, il ne doit pas être trop plat, car il n’émergera pas de la masse des courriels reçus. Mais s’il impacte trop, on n’y verra que le muscle du ton sans y goûter la moelle de la question : l’autodérision sera prise pour de l’agression, l’ironie pour une attaque personnelle !

 

Moralité : message plat, ça glisse ; message aigu, ça crispe !

 

Patriotes et français toujours !

« Nous ne sommes pas membres d'une ethnie parce que nous sommes des patriotes français ! »

Tel était le titre d’un éditorial d’une Newsletter (en français dans le texte) dont j’ignore toujours pourquoi j’en suis destinataire. A chaque fois que j’ai tenté de souligner le côté borné d’un article ( ?), j’ai eu droit à des attaques personnelles, mais aucune parution.

Mais là, cette phrase à la Déroulède fait naître comme un cantique laïque :

O Patrie, ô Patrie chérie,
Garde tes enfants de l’épidémie des ethnies !
Entends des fiers républicains retentir le cri:
Patriotes et Français toujours!
Entends des fiers républicains retentir le cri:
Patriotes et Français toujours!
Patriotes et Français toujours!
Que cet hymne patriotique retentisse dans les compagnies républicaines 

de sécurité (CRS) pour que ses membres cognent avec la même équité

le black, le blanc et le beur… et tous les séides de l’anti-France.

 

Le PS ce pelé, ce galeux, d’où nous vient tout le mal

 

Pas besoin d’acheter le Figaro pour lire les meilleurs réquisitoires anti-socialos. Libé suffit.

Deux chroniqueurs maison s’y attèlent avec une constance qui fait plaisir à lire. Marcelle qui a été honteusement privé de sa colonne quotidienne, mais bénéficie encore d’une chronique hebdomadaire. Et Lindon, le samedi.

Delenda est PS ! Lindon rêve de scission : un PSG sous la direction de Mélenchon, voilà qui aurait de la gueule, avouons-le. Et la garantie que la gauche n’irait plus jamais se salir les mains dans les allées du pouvoir.

La vie de la gauche n’en resterait pas moins joyeuse : frères ennemis du trotskysme, soi-disant républicains contre suppôts des communautarismes, verts auto-anthropophages, ça on l’a déjà, et en prime PSD contre PSG.

 

Saint-Germain ou la négociation

 

"La vérité n'est pas le contraire du mensonge, trahir n'est pas le contraire de servir, haïr n'est pas le contraire d'aimer, confiance n'est pas le contraire de méfiance, ni droiture de fausseté." première phrase de Saint-Germain ou la négociation de Francis Walder, Prix Goncourt 1958. Il conte, du point de vue de Henri de Malassise, négociateur catholique incarné plus tard par Jean Rochefort, la négociation entre huguenots et catholiques qui aboutit, le 8 août 1570, au traité de Saint-Germain.

 

Comparer Bernard Thibault  à M. d’Ublé ou M. de Mélynes (les négociateurs huguenots) ou, pire, Xavier Bertrand à M. de Malassise, serait téméraire. Cependant, quand la veille du début des grèves, la rencontre inattendue, entre les deux protagonistes eut lieu et qu’elle aboutit à ce que l’un renonce à une négociation globale tripartite et que l’autre accepte que se faisant entreprise par entreprise, elle soit tripartite, l’esprit de Saint-Germain semblait souffler…

 

En 1570 aussi, les intransigeants des deux camps, qui ne pensaient qu’à en découdre, auraient pu bloquer le processus si fragile et éphémère. Mais, il n’est pas totalement impossible que l’intelligence l’emporte sur l’intransigeance, que le manichéisme le cède au réalisme !

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 14:21

Un vieux complice sguénard* et néanmoins PdD** (honoraire comme votre serviteur) m’interroge sur les statistiques dites ethniques ou des minorités visibles. Comme si j’avais quelques compétences particulières en la matière… En tant que citoyen de base, je peux, cependant tenter de faire quelques réflexions.

 

Que Georges Fellouzis, si par malaventure il tombe sur ce déblog notes, me pardonne de, sans doute, caricaturer abominablement son travail sur les collèges bordelais. Donc, faute de pouvoir lancer une enquête « ethnique », il s’est appuyé sur les patronymes, pour démontrer que le système scolaire (départs dans le privé, dérogations…) surghettoïsait par rapport au quartier où il était implanté ! Ce travail même fut attaqué par les Superduponts de la sociologie ou de la démographie : la République ne distingue ni les François, ni les Ahmed (il faudrait arriver à en convaincre les membres des Compagnies Républicaines de Sécurité, CRS).

 

Nos superduponts d’ailleurs se déchaînent dans une opinion dans Le Monde (La statistique, piège ethnique Le Monde daté du 10/XI/07) quand, après des affirmations péremptoires (Les enquêtes officielles sur les origines sont [..] dangereuses. Elles habituent la population à penser en termes d'ethnicité et de race, fléau qui jusqu'ici avait largement épargné notre pays sic), ils font référence aux raciologues du XIXe siécle pour ironiser assez ignominieusement sur l’INED et l’INSEE qui « n’ont pas osé demander la forme du nez et du crâne ».

 

La distinction entre fichier et enquêtes – ou plutôt entre nominatif et anonyme – est essentielle. Reste ensuite à discuter de finalités desdites enquêtes. Ne serait-ce que pour prendre une claire mesure des inégalités et des discriminations de notre société, qu’elles ne seraient pas inutiles. Car l’assertion consistant à dire que ce serait des enquêtes sur les « minorités visibles » qui amènerait la population à penser en termes ethniques, outre qu’elle est, hélas, fausse, peut être inversée : l’absence de ces enquêtes permet de jeter un voile pudique sur les discriminations et d’affirmer sans frémir que le surchômage de certains quartiers n’a des causes que sociales et touche également François et Ahmed. Il est d’ailleurs étonnant de voir des adeptes du testing qui démontre ponctuellement le contraire, refuser des enquêtes qui permettraient de mesurer l’étendue réelle de la discrimination à l’embauche.

 

Reste que la loi qui autorise ce type d’enquête souffre de sa paternité : Brice Hortefeux, bel exemple de minorité visible (blond dégarni aux yeux bleus, ministre de l’intégration dans les centres de rétention), la pénalise fortement. Mais ne serait-ce pas penser en terme « ethnique » - non pas de jeu de mots calamiteux – que d’écrire cela ?

 

Pour aller au-delà (bien que, comme le regretté Francis Blanche, je préfère le vin d’ici à l’au-delà) : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/

http://www.esprit.presse.fr/esprit/news.php?code=19
 

et les actes du colloque statistiques "ethniques" : http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/actesstatistiquesethniques101106.pdf

 

* Sguénard : adhérent du sgen-CFDT (personnellement je me sens plus cédétiste que sgénard)

 ** Personnel de Direction (des collèges ou lycées) : normalement ça donne P. D.

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 18:40

Un collègue Principal me signale, un texte de Pierre Frackowiak, mis en ligne sur le site de Philipe Meirieu (http://www.meirieu.com/FORUM/frackowiak_inspection.pdf). P. Frackowiak avait été victime de menaces de sanction de la part du plus calamiteux Ministre de l’éducation nationale de ces dernières années (Allègre est furieux qu’il lui ait fauché le titre), Robien, le hobereau Picard.

IEN, il oppose pilotage et indicateurs à l’observation de l’acte pédagogique.

 

Je ne sais pourquoi, cela m’a rappelé deux Inspecteurs d’Académie.

Le 1er, appelons-le Jojo, m’a appris à cinquante ans – on apprend à tout âge – que les amis des amis ne sont pas obligatoirement des amis. C’était en effet un condisciple d’Ecole Normale, d’un de mes meilleurs amis, et nous avions dû, d’ailleurs, nous croiser chez cet ami commun au Maroc. Me présentant à lui, je tombais sur un personnage qui, pieds appuyés sur le fond de son bureau pour mieux se balancer sur son fauteuil, se balançait tout aussi visiblement de ce que je lui contais de mes expériences précédentes. Peu après, alors que je protestais pour m’être fait sucrer des heures de la dotation globale, j’eus droit à un adjudantesque « ce n’est pas ainsi qu’on s’adresse à son Inspecteur d’Académie ! » Et cet état d’esprit régnait dans tous les services. Notre Jojo ne s’embarrassait ni de pilotage ni d’indicateurs et encore moins d’autonomie des établissements.

 

Son successeur, lui, qui s’était choisi comme bras droit un remarquable IIO, était féru d’Indicateurs de Pilotage des Etablissements Secondaires (IPES*) dont j’étais devenu assez expert (http://donges.ac-nantes.fr/peda/ress/persdir/pindic.htm). Ce fut, pourtant, de tous les IA que j’ai croisés certainement la personnalité la moins imbue d’elle-même, la plus attentive aussi bien au bon climat de son Inspection Académique qu’à l’aide aux équipes de direction et aux IEN (favorisant le travail en bassin, en y associant les IPR, notamment). Son prédécesseur avait prétendu avoir refusé de succéder à Antoine Prost comme conseiller du 1er ministre (il est vrai que c’était Edith Cresson après Michel Rocard, les proportions auraient été respectées). Lui, s’est retrouvé au cabinet de Jack Lang, en 2000.

 

Donc pilotage, tableau de bord, indicateurs, etc. sont des outils indispensables, mais ne sont que des outils.

 

D’ailleurs le personnel de direction, lui, n’a officiellement aucun pouvoir sur les pratiques des enseignants. Même si, en réalité, c’est à nuancer quelque peu. Justement le pilotage par les résultats des élèves est un levier possible.

Dans ce collège, étaient instaurées de longue date, des épreuves communes aux quatre niveaux, en Français, Maths, Histoire-Géo et Anglais. En maths, nous avions touché un agrégé qui toisait ses collègues (l’un certifié, les deux autres PEGC) de haut et refusa de participer à quelque travail d’équipe que ce soit. Epreuves communes de 4e : un écart significatif entre la « sienne » et les deux autres (près de 3 points sur la moyenne). Conseil de classe : les résultats globaux des élèves  sont projetés, en même temps que chaque prof donne sa synthèse ; notre agrégé, devant la courbe de Gauss dont le sommet était vers 9, interpelle les délégués des élèves sur le manque de travail de leur classe et évoque les épreuves communes. Projection des résultats du niveau et de chaque division en maths, ce qui conforte le prof ; puis des résultats de cette division dans les trois autres matières où là ils étaient tout-à-fait en phase avec les résultats d’ensemble… Juste un petit commentaire quand même pour souligner que le problème ne se posait qu’en maths. La superbe de l’agrégé fut un peu ébranlée.

 

Plus globalement, l’information égale et lisible de tous les membres d’un conseil de classe est indispensable pour qu’il joue son rôle.

La mise en place d’épreuves communes n’instaurera pas le travail d’équipe, mais obligera à une progression commune et, par le biais de la mise au point du contenu précis de ces épreuves, à une réflexion collective sur ce qu’on veut évaluer.

 

Claude Thélot, évoqué par Pierre Frackowiak est justement le maître d’ouvrage des IPES, dont Jean-Claude Emin fut le maître d’œuvre avec son équipe.

Les personnels de direction n’avaient pas attendu, d’ailleurs, ces fameux IPES pour se doter d’indicateurs propres. Indicateurs qui permettent d’avoir une vue plus globale de la marche d’un établissement (d’une circonscription ?) et de situer le bilan d’une année dans son histoire. Mais les IPES, s’ils ne sont pas, par définition, spécifiques à tel établissement précis, permettent de se situer dans un espace plus vaste et surtout de se situer parmi des établissements comparables.

 

Reste l’ineffable, l’indicible, tout ce qui fait qu’une école, qu’un collège, qu’un lycée a son climat propre.

Il faut bien en prendre, cependant, la mesure qui n’est ni dans les PCS accueillies, ni dans les résultats obtenus par rapport à ceux « attendus », mais qui peut être le fruit amer de polémiques anciennes qui ont laissé des lignes de fracture souterraines, mais prêtes à s’ouvrir à nouveau sous les pieds du chef qui lance une idée qui a pourtant eu les meilleurs échos dans un poste précédent.

Mais dans cet impalpable même, l’image du pilotage qui implique non seulement d’être attentif aux cadrans du tableau de bord, mais surtout à la route à prendre et aux virages à négocier, me semble riche pour une équipe de direction.


*
Ipes et culture de l’évaluation

Les IPES (Indicateurs pour le Pilotage des Etablissements Secondaires) participent de ce que Claude Thélot  appelle une culture de l’évaluation. Ils ont connu, de la part des chefs d’établissement, la même méfiance vis-à-vis de ce cadeau de la « centrale » que celle d’Enée à l’égard de ceux des grecs. Cette batterie d’indicateurs standards offre - ce que les indicateurs propres aux EPLE n’ont pas – des références académiques et nationales (plus rarement départementales). Un premier malentendu vient de la confusion entre moyenne et norme. Surtout – et c’est là l’origine de beaucoup de réticences – avec la notion de valeur ajoutée, elle amène à s’interroger sur l’efficacité des EPLE : ainsi, à partir des « indicateurs bac », les lycées ont pu être, avec des outils statistiques rigoureux, répartis en quatre classes à partir des taux de réussite mais surtout de leur capacité de mener le maximum d’élèves de la seconde au bac. Deuxième malentendu : il ne s’agit pas de distribuer des bons points et des bonnets d’âne, mais d’inciter les personnels d’encadrement (recteur, IA y compris IPR, Personnels de direction) à analyser ces performances. Cet outil peut et doit être utilisé au sein de l’EPLE : outil de diagnostic pour le projet d’établissement, outil de bilan pour le rapport pédagogique annuel. Mais pour que tous les acteurs s’en emparent il faut qu’ils puissent comprendre ce qui sous-tend ces IPES, comment ils sont fabriqués, ce qu’ils décrivent. http://donges.ac-nantes.fr/peda/ress/persdir/pindic.htm

 

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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 11:24

 

Un récent rapport du HCE avance les chiffres 40 % d'élèves aux acquis fragiles à l’entrée en 6e dont 15 % d’élèves en grande difficulté. L’AFP titre sur les 15 %. Le Figaro sur les 40 %. Le Nouvel Obs, aussi. Les deux laissant entendre que ces 40 % sont d’un niveau très insuffisant. La journaliste du Nouvel Obs, Caroline Brizard, ajoutant même que les 60 % restant ne valent guère mieux.

L’annonce, dans la presse, d’un documentaire d’Amara et Amar, "Education nationale, un grand corps malade", sur Canal + le 3 septembre, a mis en avant un chiffre  sans doute directement tiré du dossier de presse de l’émission : 160 000 étudiants sortent de l’université sans diplôme ni qualification. Or le rapport parlementaire 2006 sur le budget de l’enseignement supérieur et la recherche notait que sur les 762 000 jeunes ayant quitté l’enseignement secondaire, la moitié avait entamé des études supérieures et que, sur cette moitié, un quart sortait sans diplôme du supérieur ; pour aller vite, disons 400 000 étudiants, le quart ne donnera donc que 100 000 (ce qui est déjà trop) ! Seule cette méthode – le suivi de cohortes – permet d’évaluer un véritable nombre d’échecs et non un chiffre brut qui cumule des entrants d’autres cohortes ayant soit traîné en vain, soit, surtout, déjà abandonné.

Les 50 % d’échecs en 1ére année d’université, mis aussi en avant, sont de la même encre. Le DEUG se fait en deux ans et non en un. Plus de la moitié des étudiants mettent trois, voire quatre ou cinq ans pour le décrocher, donc ces prétendus 50 % ne se traduisent pas par 50 % d’abandons et ne veulent pas dire abandon des études supérieures : réorientation vers une autre filière, vers un IUT, une école spécialisée… Le taux d’échecs au DEUG était d’à peine 25 % en 2001. Une analyse honnête devrait aussi porter sur les bacs d’origine : les bacs généraux, bien qu’écrémés par les classes préparatoires et colonisant les BTS (20 %) et les IUT (60 %), ont un taux de réussite bien supérieur à 50 % ! Les perdants sont les titulaires de bacs techno : devinez l’origine sociale de ces perdants…

Comme le rappelle Christian Forestier, l’école française est dans les meilleures du monde pour la moitié de ses élèves, elle est médiocre pour un bon tiers et lamentable pour 15 % (qui de toutes les façons n’encombreront pas les amphis des facs).

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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 16:52

3) Maif, Pena-Ruiz, sphères publiques et privées, laïcité

2005, centenaire de la loi de 1905, a vu fleurir des commémorations diverses (et parfois divergentes). La MAIF pour célébrer l’évènement avait lancé une série de conférences dans les grandes villes.


En tant que sociétaire, je m’étais permis de poser deux questions :

1°) que la MAIF soit partie prenante de cet anniversaire certes, mais pourquoi, plutôt que cette initiative isolée, ne pas appuyer les initiatives des grandes associations laïques, telle que le Ligue de l’enseignement ?

2°) en admettant que cette initiative solitaire soit justifiée, pourquoi n’avoir choisi qu’un seul conférencier, M. Henri Pena-Ruiz.

Pas de réponse.

Le cycle de conférences se poursuivant en 2006, questions reposées, j’ai eu droit à une belle réponse très langue de bois, mais quand j’ai insisté sur le choix d’un seul conférencier, aussi éminent soit-il, à croire que pour la MAIF il n’y avait qu’un seul intervenant possible sur la Laïcité, silence total.

 

HPR est à la philosophie ce que Baubérot est à l’histoire « le » spécialiste de la laïcité. Mais, tandis que Baubérot sent le soufre (pensez il n’a pas approuvé la loi sur le foulard !), HPR est le guide suprême de toute une mouvance néo-républicaine défenseure farouche d’une laïcité tellement universelle qu’elle n’existe qu’en France.

 

Il est toujours étrange de lire que la religion, comme d’autres convictions spirituelles ou philosophiques, relèverait de la seule « sphère privée », alors qu’outre le fait que le culte catholique, par exemple, s’exerce publiquement, dans des édifices publics (entretenus d’ailleurs par l’état ou les communes), la déclaration universelle des droits de l’homme reconnaît le droit de manifester sa religion ou ses convictions (dans le respect des lois bien sûr). Si cette manifestation ne peut se faire que dans son « for intérieur » un tel droit serait bien inutile. Sauf à donner à cette sphère « privée » une extension qui débordera sur l’expression publique et donc privera la distinction public/privé de tout sens, cette césure est artificielle.

Faut-il ajouter que le Secours catholique – comme le Secours populaire, non confessionnel, lui – est reconnu d’utilité publique ? Qu’à la Libération et pendant toute la IVe République un parti politique, le MRP, se réclamait de la démocratie chrétienne ? La CFTC maintenue a toujours pignon sur rue.

 

En revanche, la puissance publique garantit à toutes les religions leur libre exercice, mais dans le respect du droit commun. Leurs dogmes doivent respecter ce droit et respecter le droit de leurs fidèles de s’y conformer ou pas. Et respecter le droit de quitter leur giron…

 

 

 

Mais puisque c’est mon « deblog » pourquoi résister à la tentation de m’autociter, dans une opinion parue dans Libé le 16 mai 2006 (intitulé par Libé « Vraie et fausse laïcité » et qui doit beaucoup à Aristide Briand) :

Le vicomte le Jolis de Villiers de Saintignon, qui voit des islamistes partout, aura eu le mérite d'obliger certains défenseurs de la laïcité à clarifier un peu leurs positions, dans une pétition "Contre un nouvel obscurantisme".

Certes cet appel à tous les citoyens, quelle que soit leur origine, à s'unir dans un combat républicain et laïque contre "l'intégrisme que représente l'islam politique liberticide et le racisme" n'a pas (encore ?) atténué chez certains des signataires un discours que l'on serait tenté de qualifier de sectaire. Ainsi "Respublica" dans le dernier envoi de sa Newsletter tombe à bras raccourcis sur le PS, avec des attaques violentes notamment contre Jean Glavany qui dit pourtant "la laïcité n'est pas un combat contre les religions mais contre les intégrismes" et, dans un esprit d'union, épingle "la girouette Manuel Valls" tournée vers La Mecque évidemment, pour conclure : "Si le PS peine à retrouver le chemin de la séparation des sectes et de l'Etat avec une telle équipe de bras cassés, les défenseurs de la laïcité sauront, eux, ne pas trouver le bulletin socialiste en 2007".

Cette loi de 1905, dont les signataires se prétendent les plus farouches défenseurs, on se demande parfois si certains l'ont lue. Ou au moins en ont saisi l'esprit. Qui mieux que celui qui fut la véritable cheville ouvrière de la commission qui l'a élaborée (Aristide Briand, bizarrement le grand oublié des "commémorateurs" purs et durs) pourrait le définir.

"Si minutieusement rédigée soit une loi aussi considérable, dont tous les effets doivent être prévus par des dispositions de droit civil, pénal et administratif, elle contient inévitablement des lacunes et soulève de nombreuses difficultés d'interprétation. Le juge saura, grâce à l'article placé en vedette de la réforme, dans quel esprit tous les autres ont été conçus et adoptés. Toutes les fois que l'intérêt de l'ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou le doute sur leur exacte application, c'est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur.

"Il n'y a plus d'autres limites au libre exercice des cultes que celles qui sont expressément édictées dans l'intérêt de l'ordre public par le projet de loi lui-même.

"Le projet que vous présente la majorité des membres de votre commission est de nature à vous faciliter la tâche. Conçu, discuté, voté avec un large esprit de tolérance et d'équité, il sauvegarde tout ensemble les légitimes respectables préoccupations des consciences et les intérêts des personnes et les droits supérieurs de l'Etat. Ce n'est pas une œuvre de passion, de représailles, de haine, mais de raison, de justice et de prudence combinées, à laquelle votre commission vous demande de vous associer.

"En le votant, vous ramènerez l'Etat à une juste appréciation de son rôle et de sa fonction ; vous rendez la République à la véritable tradition révolutionnaire et vous aurez accordé à l'Eglise ce qu'elle a seulement le droit d'exiger, à savoir la pleine liberté de s'organiser, de vivre, de se développer selon ses règles et par ses propres moyens, sans autre restriction que le respect des lois et de l'ordre public". Extraits de la présentation du projet de loi.

 

La clarification est donc à poursuivre : cette laïcité, sous la bannière de laquelle on nous invite à nous unir, est-ce bien celle qui a présidé à l'élaboration de la loi de 1905 ? Et l'adjectif "républicain" renvoie-t-il aux grands acquis de la République dont la liberté d'expression ? Ou se réfère-t-il à une conception étriquée qui pollue le débat sur l'école en opposant bizarrement les "républicains" aux "pédagogues" ?

 

Peut-être est-ce cela que mon IGEN, Jean-Pierre Obin, qualifiait de « violentes attaques anti-laïques » ?

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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 16:58

2°) Polémiques

Je vais parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Celui, pré 1981, où un certain François Mitterrand, candidat malheureux devant Giscard d’Estaing, était 1er secrétaire du PS et où Pierre Mauroy, encore maire de Lille, était son second. Epoque aussi où l’union de la gauche « était un combat », c’est-à-dire où un PC, dirigé par l’inimitable Georges Marchais, poursuivait le PS de sa vindicte.

Courait la petite histoire suivante :

Une brève paraît dans l’Humanité disant que le bruit se répandait à Lille que son Maire poursuivait les petites filles. Mauroy, rouge de colère, va trouver Mitterrand, le journal à la main. Celui-ci le calme en lui conseillant de ne pas tomber dans le piège d’une aussi évidente provocation.

Le lendemain, l’Humanité publie en une : « Un silence qui vaut un aveu ! ».
Du coup Mauroy, fou de rage, lance un communiqué de démenti.

Le soir, Le Monde titre : « Pierre Mauroy relance la polémique avec le Parti Communiste ».

Un récent ministre de l’éducation nationale, hobereau picard – que Claude Allègre doit remercier pour lui avoir soufflé le titre de ministre le plus calamiteux – avait décidé de se mêler de dire comment il fallait apprendre à lire.

Syllabique contre globale : de ces grands débats, sans rime et surtout sans raison, lancé sous l’influence de quelques rétropenseurs qui avaient une tête de pont dans son cabinet. Le ministre se targuait d’avoir l’appui de chercheurs : deux d’entre eux ayant manifesté apparemment leur accord pourquoi ne pas leur demander de préciser leurs positions, puis de les confronter à celles d’autres chercheurs qui eux avaient manifesté leur opposition. De fil en aiguille, tout cela a constitué un dossier toujours consulté.

Ce dossier a néanmoins était taxé de polémiste car il traduisait un désaveu net des foucades ministérielles…

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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 17:45

1°) L’IGEN se débonde

 

Sur l’adéle – adresse électronique ou BALE Boîte A Lettres Electroniques - d’un site associatif dont je suis responsable, je découvre début janvier un courriel d’une « sarkodolâtre » avec un “Ouuuuuuuuuuuui!!!!” énamouré pour ne pas dire plus !

Comment résister à la tentation de diffuser cet étonnant spécimen de prose extatique ? Sobrement et en rouge, je me contente d’un « Reçu sur l’adéle du site » pariant sur l’intelligence du lecteur.

 

Pari risqué, car le lendemain je reçois un message peu amène d’un IGEN, J.-P. OBIN : « Bravo ! Après les prises de position pro-voile (aujourd'hui oubliées...) puis les violentes attaques anti-laïques, dont je suis régulièrement le destinataire, voici [que l’association] se fait maintenant le relais d'une propagande sarkozyste de caniveau de la pire espèce. Où s'arrêtera la dérive de l'association qu'à une époque j'ai contribué à animer ? Je suggère pour faire bonne mesure dans le propos haineux un peu d'antisémitisme style Dieudonné ou d'anti-France style les Indigènes de la République, ça ne peut qu'animer un peu la vie scolaire ! En tout cas je ne regrette pas d'être parti ! Tristesse et désolation. »

 

Tristesse et désolation, certes, devant une telle hargne, qui démontre, si besoin était, que la bêtise nous guette tous, même les brillants IGEN (pléonasme ?).

 

Mais, ce qui est intéressant, maintenant que la sarkodolâtre a vu son idole l’emporter est de s’arrêter un instant sur le contenu du message.

 

Retour en arrière donc.

Quelques dizaines de jeunes filles prétendaient aller en cours dans nos lycées, surtout, et parfois dans nos collèges, le chef couvert d’un foulard que l’on baptisa « voile islamique ». Certaines prétendaient aussi ne plus aller à la piscine, voire en EPS et même récusaient les cours de sciences. Il fallut donc, en résumant outrageusement,  convoquer une commission en 2003, dite Commission Stasi, du nom de son président. Grand débat donc : fallait-il une loi pour interdire ce fameux « voile » ou bien les lois en vigueur, précisées par une jurisprudence de plus en plus nourrie, suffisaient-elles ? Comme il se doit, le débat se transforma en une empoignade farouche. L’association « fautive » était sur la position de Jean Baubérot (membre de la commission qui s’abstint de voter pour une loi) estimant que la législation en vigueur n’avait pas besoin de s’alourdir. Notre IGEN, pour des raisons qu’il avait d’ailleurs pu parfaitement exprimer sur le site de l’association, était farouchement pour une loi. La loi fut votée : elle s’applique.

Mais, par un procédé dont fut justement victime J . Baubérot, l’IGEN accuse l’association de « prises de position pro-voile ». Si vous n’êtes pas d’accord entièrement avec moi, vous êtes donc l’adversaire absolu !

Cette dérive, un peu étonnante chez un intellectuel, se poursuit avec « de violentes attaques anti-laïques » dont il est destinataire. Il serait bien en mal – en tout cas, il ne l’a pas fait, ce qui empêche toute discussion – de citer dans les écrits ou sur le site ces honteuses attaques. Et s’il a bien été destinataire de messages dénonçant la collusion entre une nébuleuse laïcarde style Prochoix, Respublica ou l’UFAL (ceux là même qui continuent de poursuivre Baubérot de leur vindicte) et la nébuleuse des rétropenseurs de l’éducation (Brighelli et sa clique), lesdits messages étaient sous ma signature et ne se sont jamais présentés comme émanant en quoi que ce soit de l’association.

Et la « dérive » qu’il dénonce, s’applique donc bien à sa prose qui nous livre de « l’antifrance » comme au beau temps du pompidolisme, sans parler de l’infamante allusion à l’antisémitisme.

 

Mais pourquoi remuer tout cela qui a dix mois d’âge ?

 

Outre que ça m’est resté lourdement sur le jabot, ce qui ne fera ni chaud ni froid aux lecteur-trices s'il en reste, c’est à mon humble avis symptomatique d’une dérive globale des débats où affirmation vaut preuve, anathème argumentation, accusation excommunication (toute laïque qu’elle se prétende) !

 

Faut-il ajouter que je regrette, moi, qu’il soit parti – ou qu’on l’ai fait partir, comme je le soupçonne – car les divergences d’appréciation normales ne se seraient pas transformées en clivages insurmontables et l’association aurait profité d’une réflexion de haute tenue qui est le plus souvent la sienne quand notre IGEN ne se débonde pas ?

à suivre.....

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