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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 18:40

Un collègue Principal me signale, un texte de Pierre Frackowiak, mis en ligne sur le site de Philipe Meirieu (http://www.meirieu.com/FORUM/frackowiak_inspection.pdf). P. Frackowiak avait été victime de menaces de sanction de la part du plus calamiteux Ministre de l’éducation nationale de ces dernières années (Allègre est furieux qu’il lui ait fauché le titre), Robien, le hobereau Picard.

IEN, il oppose pilotage et indicateurs à l’observation de l’acte pédagogique.

 

Je ne sais pourquoi, cela m’a rappelé deux Inspecteurs d’Académie.

Le 1er, appelons-le Jojo, m’a appris à cinquante ans – on apprend à tout âge – que les amis des amis ne sont pas obligatoirement des amis. C’était en effet un condisciple d’Ecole Normale, d’un de mes meilleurs amis, et nous avions dû, d’ailleurs, nous croiser chez cet ami commun au Maroc. Me présentant à lui, je tombais sur un personnage qui, pieds appuyés sur le fond de son bureau pour mieux se balancer sur son fauteuil, se balançait tout aussi visiblement de ce que je lui contais de mes expériences précédentes. Peu après, alors que je protestais pour m’être fait sucrer des heures de la dotation globale, j’eus droit à un adjudantesque « ce n’est pas ainsi qu’on s’adresse à son Inspecteur d’Académie ! » Et cet état d’esprit régnait dans tous les services. Notre Jojo ne s’embarrassait ni de pilotage ni d’indicateurs et encore moins d’autonomie des établissements.

 

Son successeur, lui, qui s’était choisi comme bras droit un remarquable IIO, était féru d’Indicateurs de Pilotage des Etablissements Secondaires (IPES*) dont j’étais devenu assez expert (http://donges.ac-nantes.fr/peda/ress/persdir/pindic.htm). Ce fut, pourtant, de tous les IA que j’ai croisés certainement la personnalité la moins imbue d’elle-même, la plus attentive aussi bien au bon climat de son Inspection Académique qu’à l’aide aux équipes de direction et aux IEN (favorisant le travail en bassin, en y associant les IPR, notamment). Son prédécesseur avait prétendu avoir refusé de succéder à Antoine Prost comme conseiller du 1er ministre (il est vrai que c’était Edith Cresson après Michel Rocard, les proportions auraient été respectées). Lui, s’est retrouvé au cabinet de Jack Lang, en 2000.

 

Donc pilotage, tableau de bord, indicateurs, etc. sont des outils indispensables, mais ne sont que des outils.

 

D’ailleurs le personnel de direction, lui, n’a officiellement aucun pouvoir sur les pratiques des enseignants. Même si, en réalité, c’est à nuancer quelque peu. Justement le pilotage par les résultats des élèves est un levier possible.

Dans ce collège, étaient instaurées de longue date, des épreuves communes aux quatre niveaux, en Français, Maths, Histoire-Géo et Anglais. En maths, nous avions touché un agrégé qui toisait ses collègues (l’un certifié, les deux autres PEGC) de haut et refusa de participer à quelque travail d’équipe que ce soit. Epreuves communes de 4e : un écart significatif entre la « sienne » et les deux autres (près de 3 points sur la moyenne). Conseil de classe : les résultats globaux des élèves  sont projetés, en même temps que chaque prof donne sa synthèse ; notre agrégé, devant la courbe de Gauss dont le sommet était vers 9, interpelle les délégués des élèves sur le manque de travail de leur classe et évoque les épreuves communes. Projection des résultats du niveau et de chaque division en maths, ce qui conforte le prof ; puis des résultats de cette division dans les trois autres matières où là ils étaient tout-à-fait en phase avec les résultats d’ensemble… Juste un petit commentaire quand même pour souligner que le problème ne se posait qu’en maths. La superbe de l’agrégé fut un peu ébranlée.

 

Plus globalement, l’information égale et lisible de tous les membres d’un conseil de classe est indispensable pour qu’il joue son rôle.

La mise en place d’épreuves communes n’instaurera pas le travail d’équipe, mais obligera à une progression commune et, par le biais de la mise au point du contenu précis de ces épreuves, à une réflexion collective sur ce qu’on veut évaluer.

 

Claude Thélot, évoqué par Pierre Frackowiak est justement le maître d’ouvrage des IPES, dont Jean-Claude Emin fut le maître d’œuvre avec son équipe.

Les personnels de direction n’avaient pas attendu, d’ailleurs, ces fameux IPES pour se doter d’indicateurs propres. Indicateurs qui permettent d’avoir une vue plus globale de la marche d’un établissement (d’une circonscription ?) et de situer le bilan d’une année dans son histoire. Mais les IPES, s’ils ne sont pas, par définition, spécifiques à tel établissement précis, permettent de se situer dans un espace plus vaste et surtout de se situer parmi des établissements comparables.

 

Reste l’ineffable, l’indicible, tout ce qui fait qu’une école, qu’un collège, qu’un lycée a son climat propre.

Il faut bien en prendre, cependant, la mesure qui n’est ni dans les PCS accueillies, ni dans les résultats obtenus par rapport à ceux « attendus », mais qui peut être le fruit amer de polémiques anciennes qui ont laissé des lignes de fracture souterraines, mais prêtes à s’ouvrir à nouveau sous les pieds du chef qui lance une idée qui a pourtant eu les meilleurs échos dans un poste précédent.

Mais dans cet impalpable même, l’image du pilotage qui implique non seulement d’être attentif aux cadrans du tableau de bord, mais surtout à la route à prendre et aux virages à négocier, me semble riche pour une équipe de direction.


*
Ipes et culture de l’évaluation

Les IPES (Indicateurs pour le Pilotage des Etablissements Secondaires) participent de ce que Claude Thélot  appelle une culture de l’évaluation. Ils ont connu, de la part des chefs d’établissement, la même méfiance vis-à-vis de ce cadeau de la « centrale » que celle d’Enée à l’égard de ceux des grecs. Cette batterie d’indicateurs standards offre - ce que les indicateurs propres aux EPLE n’ont pas – des références académiques et nationales (plus rarement départementales). Un premier malentendu vient de la confusion entre moyenne et norme. Surtout – et c’est là l’origine de beaucoup de réticences – avec la notion de valeur ajoutée, elle amène à s’interroger sur l’efficacité des EPLE : ainsi, à partir des « indicateurs bac », les lycées ont pu être, avec des outils statistiques rigoureux, répartis en quatre classes à partir des taux de réussite mais surtout de leur capacité de mener le maximum d’élèves de la seconde au bac. Deuxième malentendu : il ne s’agit pas de distribuer des bons points et des bonnets d’âne, mais d’inciter les personnels d’encadrement (recteur, IA y compris IPR, Personnels de direction) à analyser ces performances. Cet outil peut et doit être utilisé au sein de l’EPLE : outil de diagnostic pour le projet d’établissement, outil de bilan pour le rapport pédagogique annuel. Mais pour que tous les acteurs s’en emparent il faut qu’ils puissent comprendre ce qui sous-tend ces IPES, comment ils sont fabriqués, ce qu’ils décrivent. http://donges.ac-nantes.fr/peda/ress/persdir/pindic.htm

 

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commentaires

Pierre Frackowiak 08/11/2007 08:51

Bravo pour ton blog auquel je me suis immédiatement abonné et merci de t'intéresser à mes réflexions sur le pilotage par les résultats des élèves.
J'ai lu ta réaction avec la plus grande attention comme toujours.
Dans un premier temps, on a inévitablement tendance à penser que les problèmes sont bien différents entre le premier et le second degré. Cette tendance peut s'expliquer. Elle trouve ses racines dans cette immense erreur historique d'avoir fait le choix de tenter de généraliser le modèle du "petit lycée" napoléonien réservé à une élite, conservé par Jules Ferry, à l'ensemble des élèves entrant en 6ème avec la prolongation de la scolarité de 14 à 16 ans et la création du collège unique, plutô que de créer uneé cole fondamentale pour la durée de la scolarité obligatoire. Elle se traduit par une quasi impossibilité de surmonter la rupture école / collège malgré les incantations sans cesse renouvelées. Il devenu naturel de penser que le premier et le second degré sont très différents et que c'est le second degré qui détient les modèles à généraliser. Cette conception a conduit notre système dans une impasse dont il est difficile de se sortir.
Dans un second temps, le lecteur un peu averti note les précautions que tu prends: les indicateurs ne sont que des outils... Et son attention est attirée par l'ineffable, l'indicible que tu évoques dans ta conclusion et qui relativise un grand coup ton raisonnement.
Donc les indicateurs ne sont que des outils. Bien. On est en droit de se poser la question de leur qualité, de leur fiabilité, voire de leur pertinence. Les outils sont tous relatifs à des contenus disciplinaires traditionnels cloisonnés. Que mesurent-t-ils vraiment? Les indicateurs PISA ne manquent pas de nous interpeller d'ailleurs qui font état de compétences larges, transversales, non disciplinaires. Et que dire de l'absence d'indicateurs sur des aspects aussi fondamentaux que les outils mentaux ou l'intelligence générale au sens d'Edgra MORIN (Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur)
Et puis il y a cet indicible, tellement important que l'on est incapable de le traduire en indicateurs fiables
Mais ne philosophons pas, ne coupons pas les cheveux en quatre. Admettons donc la situation actuelle et les outils qui seraient indispensables pour piloter un établissement. On a besoin d'outils. Même s'ils sont mauvais, si les épreuves d'évaluation sont contestables et ne permettent pas sérieusement des comparaisons d'une année à l'autre, d'une classe à l'autre, si le plus important n'est jamais mesuré, ils existent et si des gens comme THELOT qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe les cautionnent, admettons les...
Alors la vraie question demeure à l'école comme au collège et au lycée: on sait mesurer les performances et les résultats des élèves... on est incapable de mesurer et d'analyser les pratiques pédagogiques qui les produisent. On ne parle que des résultats des élèves sans jamais s'interroger sur ce qui les produit. Il ne s'agit pas de l'indicible et de l'ineffable. Il s'agit des pratiques pédagogiques des enseignants. Sont elles taboues? Sont-elles naturellement et miraculeusement performantes ou inversement sans effet? Non, non, il ne s'agit pas de l'indicible. On pourrait comme Luc Ferry évoquer le talent, mais on sait que c'est stupide. Enseigner n'est pas une question de talent, c'est une question de compétence professionnelle, c'est une question de... lâchons le mot... de pédagogie. Les choix, les représentations, les pratiques réelles ne font l'objet d'aucune analyse. Mais peut-être pense-t-on finalement qu'elles sont neutres, qu'elles n'ont pas d'effet. Il n'y aurait que les outils dont on se saurait pas trop quoi faire et l'indicible. Pour nous faire tourner en rond et éviter les vrais problèmes. A la grande satisfaction de ceux qui ne veulent surtout rien changer.
Mais le débat continue... avec le sourire!
Pierre FRACKOWIAK

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