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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 15:27
Laïcité apaisée

Faire du ménage dans ses courriels – tâche sisyphienne – permet de redécouvrir des messages oubliés ou négligés. Cet article du Monde du 13 octobre tombe finalement à pic pour prolonger une conférence-débat du 13 décembre* sur la Laïcité. Organisée par une association de parents d’élèves d’une école (CLIQUE) – menacée par une municipalité hostile à l’école publique – elle était co-animée par un représentant de la F.O.L. (Ligue de l’enseignement) et un autre de la Libre Pensée.

* Elle était évidemment prévue le 9 décembre 111e anniversaire de la Loi de 1905, mais pour des raisons que j’ignore elle dut être repoussée au 13.

Laïcité apaisée

« La loi de 1905, étape fondamentale de la laïcisation de la République française, est libérale et tolérante »

Pour éclairer le sens du mot «laïcité», l’historien Jean Baubérot revient sur les débats passionnés qui ont entouré l’adoption de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, au début du XXe siècle.

Laïcité apaisée

Laïcité « ouverte », laïcité « positive », laïcité « républicaine », « nouvelle laïcité » : depuis que la question de l’islam a envahi le débat politique, le mot laïcité est souvent utilisé sans que l’on en définisse clairement les contours.

Pour y voir plus clair, Jean Baubérot, ancien titulaire de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études, revient sur les débats qui ont entouré, en 1905, la loi de séparation des Eglises et de l’Etat – et sur la postérité de ce texte fondateur de la République française. Il vient de publier, avec le Cercle des enseignant.e.s laïques, un Petit manuel pour une laïcité apaisée, à l’usage des profs, des élèves et de leurs parents (La Découverte, 236 p., 12 €).

Dans le débat sur le voile comme dans celui sur le burkini, les politiques qui invoquent la notion de laïcité se réfèrent sans cesse à la loi de 1905 sur la « séparation des Eglises et de l’Etat ». Vous dites qu’ils se méprennent sur le sens de ce texte. Pourquoi ?

 

La loi de 1905 est une étape fondamentale de la laïcisation de la République française mais, contrairement à ce que disent certains politiques, ce n’est pas une loi qui tente de chasser les religions de l’espace public : c’est au contraire un texte libéral qui repose sur la tolérance.

 

Il suffit de reprendre l’histoire de ce texte pour s’en convaincre. Au début du XXe siècle, le président de la commission parlementaire chargée de travailler sur la loi est un adjoint de Jules Ferry, Ferdinand Buisson, et son rapporteur un jeune député socialiste, Aristide Briand. Politiquement, ces hommes sont des libéraux. Ils ne veulent ni supprimer la religion ni détruire les croyances, mais apaiser le conflit politico-religieux qui déchire le pays depuis le XVIe siècle.

 

Dès le début des débats, ils s’engagent donc dans un double refus : refus de la laïcité antireligieuse défendue par le député socialiste du Var Maurice Allard, refus de la laïcité anticléricale défendue par l’ancien président du conseil Emile Combes.

 

Buisson et Briand estiment qu’il faut mettre fin au caractère officiel de l’Eglise catholique et des cultes reconnus, mais ils veulent aussi protéger la liberté de conscience et la liberté de culte. Beaucoup estiment qu’ils vont trop loin dans les concessions à l’égard des Eglises. Toutefois, tout le camp républicain se rallie finalement au texte, y compris Allard et Combes. Jean Jaurès décrit d’ailleurs la loi de 1905 comme une loi « libérale, juste et sage ».

Quels sont les grands principes du texte de 1905 ?

 

La loi de 1905 comporte trois piliers. Le premier, c’est la fin du caractère officiel de l’Eglise catholique et des cultes reconnus ainsi que de leur financement public. Ce principe garantit à tous la neutralité religieuse de l’Etat, qui n’est pas une fin en soi mais un moyen destiné à assurer l’égalité entre les citoyens et leur non-discrimination pour des raisons religieuses.

 

Le deuxième pilier, c’est la liberté de conscience et le libre exercice des cultes : chacun a la totale liberté de croire ou de ne pas croire et le droit de manifester sa religion – dans les limites, évidemment, du respect de l’ordre public.

 

Ce sont deux principes que beaucoup oublient aujourd’hui : en France, exprimer une croyance religieuse dans l’espace public, ce n’est pas une atteinte à la laïcité ! La loi de 1905 prévoit d’ailleurs les mêmes peines pour ceux qui exercent une pression religieuse sur autrui – obliger, par exemple, les ouvriers à aller à la messe, comme le faisaient les patrons catholiques du Nord – et ceux qui troublent l’exercice du culte – empêcher, par exemple, des fidèles de participer à une procession religieuse.

 

Le troisième pilier, qui est l’impensé, encore aujourd’hui, de la loi de séparation, c’est le respect des règles de fonctionnement spécifiques de chaque culte, qui a conduit à accorder certains droits collectifs aux organisations religieuses. Ce dernier pilier témoigne du caractère très libéral de la loi de 1905.

 

Aujourd’hui, on trouve que l’obéissance des prêtres envers les évêques et le pape est tout à fait normale. Mais, à l’époque, beaucoup de républicains voulaient contrôler l’Eglise afin d’imposer un catholicisme républicain libéré de leur emprise.

 

Aristide Briand refuse cependant de s’engager dans cette voie : « Les Eglises ont des constitutions que nous devons respecter », déclare-t-il. Cette conception de la liberté des cultes a des conséquences encore aujourd’hui : les femmes, par exemple, ne peuvent pas devenir prêtres dans l’Eglise catholique. C’est une discrimination au regard du droit du travail, mais si une femme porte l’affaire devant la justice administrative, les juges tiendront compte du droit canon !

 

En France, ce sont les cultes eux-mêmes qui définissent leurs règles de fonctionnement – même si ces règles internes heurtent les principes de la République.

Laïcité apaisée

Extraits de l'introduction

La religion est-­elle un sujet abordé dans nos classes ? Oui, car les programmes nous donnent de multiples occasions de l’aborder d’un point de vue historique, littéraire, scientifique ou philosophique. Oui, beaucoup d’élèves se disent musulmans pratiquants, mais également chrétiens, athées... Ils et elles revendiquent des appartenances nationales (française, étrangère ou les deux) mais aussi leur soutien inconditionnel à une équipe de foot ou à un groupe de musique. Ils et elles ont entre 11 et 19 ans et construisent leur identité. Est‐­ce un obstacle à l’enseignement du fait religieux ? Rarement, pour ne pas dire jamais. La classe n’est pas le lieu d’un combat retranché entre, d’un côté, le professeur et, d’un autre côté, les élèves, que certains fantasment publiquement, mais un lieu de transmission du savoir et de dialogue. La représentation de la salle de classe comme camp retranché, véhiculée par un certain nombre de polémistes, contribue à augmenter les conflits et masque les réalités de l’enseignement. Être capable de réagir avec mesure à la contradiction, établir la différence entre savoir et croyance ne sont pas des compétences accessoires pour un.e enseignant.e, elles sont le cœur de notre métier. Alors que nous accumulons à nous tou.te.s plus de trente ans de carrière, avons-­nous déjà dû interrompre un cours parce qu’un.e élève contestait notre approche d’un fait religieux ? Jamais. Cela doit sans doute arriver mais ce n’est pas la norme. Avons-­nous déjà été menacé.e.s ou intimidé.e.s parce que nous évoquions des sujets comme les processus d’écriture de la Bible ou du Coran ou encore l’évolution des espèces ? Jamais. Entendons-­nous parfois des propos sexistes, homophobes, racistes, antisémites dans nos classes ? Oui, mais nous en entendons également dans les dîners de famille, dans les cafés, parmi nos amis, à la télévision... Ces propos ne sont l’apanage ni des croyant.e.s ni des « jeunes de banlieues ». Et, comme dans le reste de la société française, nous ne sommes pas seul.e.s à défendre l’égalité et la fraternité. Nos soutiens les plus nombreux contre les propos discriminatoires et haineux sont dans les classes mêmes, parmi nos élèves qui sont loin de correspondre aux stéréotypes. En classe, on ne lutte pas contre les idéologies destructrices comme on le fait avec des adultes dans l’espace public : notre rôle est d’écouter, de comprendre les raisons de la violence pour mieux travailler collectivement à la désamorcer.

Au quotidien, la laïcité est de plus en plus régulièrement invoquée pour mettre à part et stigmatiser une partie de nos élèves, voire des personnels de l’Éducation nationale. Traque des vêtements censément religieux, surveillance accrue des comportements des élèves supposé.e.s musulman.e.s, injonction insistante à l’affirmation de l’adhésion aux valeurs républicaines aux collègues perçus comme immigré.e.s ou enfants d’immigré.e.s : ces pratiques discriminatoires, parfois humiliantes, deviennent monnaie courante, au nom d’une laïcité qui semble s’être retournée contre ceux et celles qu’elle est censée protéger.

Pour reconstruire une laïcité scolaire qui soit non pas une menace mais bien une assurance pour les personnels et les élèves d’évoluer dans une institution respectueuse des croyances de chacun.e, la priorité était de sortir des discours guerriers et des appels à la croisade laïque pour revenir sur nos expériences mais aussi nos hésitations et nos expérimentations.

Le Cercle des enseignant.e.s laïques est un collectif de profs de différentes disciplines exerçant leur métier dans des établissements de la Seine-Saint-Denis. Leur manuel écrit avec J. Baubérot décrit des situations concrètes puis propose des analyses et surtout des pratiques. Il fait plus que compléter le Livret laïcité du Ministère, en partant de leur vécu.

Livret Laïcité _ décembre 2016

Certains débats du début du XXe siècle rappellent nos controverses actuelles sur le voile. C’est le cas de la discussion sur les signes religieux dans l’espace public. Qu’en dit-on à cette époque ?

 

Les débats d’alors, en effet, présentent beaucoup d’analogies avec les nôtres ! Avec l’affaire Dreyfus, la République se sent menacée. Lors des débats sur la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, un député combiste, Charles Chabert, dépose un amendement interdisant le port de la soutane dans l’espace public. Ses arguments sont les mêmes que ceux d’aujourd’hui contre le foulard : la soutane, qui est un signe plus politique que religieux, est un vêtement de soumission et d’enfermement qui empêche de penser librement.

 

Aristide Briand refuse cependant d’entrer dans une logique d’interdiction. Il invoque trois arguments : la loi de séparation doit être une loi de liberté, ce qui est contradictoire avec la prohibition ; elle pourrait sombrer dans le ridicule en interdisant la soutane, ce qui serait dommage ; enfin, l’Etat risque, avec cet amendement, de s’engager dans un jeu du chat et de la souris sans fin – on peut compter sur l’habilité des prêtres et des tailleurs, explique Briand, pour trouver d’autres formes de signes distinctifs.

 

Ce débat sur la codification des vêtements religieux renaît aujourd’hui autour de la question du foulard. Après l’interdiction du voile à l’école, en 2004, il s’est passé exactement ce que prophétisait Aristide Briand en 1905 en évoquant l’imagination des prêtres et des tailleurs : l’école s’est lancée dans une bataille sans issue sur la forme des bandanas et la taille des jupes longues.

 

La codification des signes religieux est une impasse : ils vont et viennent, ce n’est pas le rôle de la République de les interpréter, voire de les traquer. Aristide Briand l’expliquait d’ailleurs avec humour : « Tout le monde a le droit de porter une soutane, même les prêtres ! » – une façon de dire que la République n’est pas là pour prêter un sens à des vêtements religieux.

 

En 1905, le débat sur les processions est lui aussi très vif. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui ces processions politico-religieuses où l’on combattait la République en se battant avec les libres-penseurs. Elles duraient plusieurs jours et elles réunissaient des centaines de participants revêtus d’habits spécifiques, qui chantaient des chants religieux en brandissant des oriflammes. La commission parlementaire décide de les interdire – sauf pour les enterrements, bien sûr. Cependant, Ferdinand Buisson veut les autoriser au nom de la liberté, et Aristide Briand, tout en louvoyant, donne le sentiment qu’il est favorable, lui aussi, à la liberté.

 

Finalement, les processions religieuses non seulement sont autorisées mais elles ne sont plus tenues de respecter les limitations posées par Napoléon – éviter, par exemple, certains quartiers comportant des synagogues ou des temples. Le droit des processions est plus libéral après la séparation qu’avant !

Pourquoi les républicains de 1905 choisissent-ils la voie du compromis ?

 

Si la République, en 1905, fait la distinction entre l’essentiel et l’accessoire, c’est pour deux raisons. La première est politique : Briand et Buisson cherchent à élargir le camp républicain en ralliant à eux les catholiques qui sont fidèles à l’Eglise dans les grands moments de leur vie mais qui ne sont pas des militants antirépublicains. Leur but est d’isoler les extrémistes qui veulent en découdre avec la République.

 

La seconde est philosophique : les républicains ont le sentiment que la raison n’a pas besoin que l’Etat devienne son gendarme. Jaurès et bien d’autres estiment ainsi que l’obscurantisme reculera peu à peu de lui-même grâce au développement de l’instruction publique.

Comment la loi de séparation est-elle accueillie à l’époque ?

 

Le pape Pie X la refuse, non pas à cause de son contenu, comme l’a prouvé l’historien Maurice Larkin en travaillant sur les archives du Vatican, mais par crainte d’un « jeu de dominos » : vu l’importance de la France d’alors, d’autres pays européens et sud-américains risquent de séparer, à leur tour, la religion et l’Etat. D’autre part, le pape préfère aboutir à « une franche persécution » plutôt qu’aux « accommodements trompeurs » (selon lui) de la loi.

 

Face à cela, en 1907 et 1908, Briand fait voter de nouvelles lois permettant, dit-il, à l’Eglise catholique d’être « légale malgré elle ». Des républicains protestent contre cette succession de défaites. Pourtant, de défaite en défaite, la ­République a gagné.

 

C’est l’un des paradoxes de ces lois françaises de séparation : dès 1908, la séparation fonctionne malgré le refus de l’Eglise catholique. Il y a des rancœurs, bien sûr, mais en dix ans la vie sociale est pacifiée. L’union sacrée de 1914 en est la preuve : en 1904, une telle union aurait été absolument impossible !

 

La guerre renforce cette pacification. Les officiers catholiques, qui n’ont jamais été à l’école publique, découvrent que, contrairement à ce qu’on leur a dit, les soldats issus de « la laïque » ne sont pas des lâches et qu’ils font preuve de bravoure et de solidarité : l’école sans Dieu, constatent-ils, n’a pas été une source d’immoralité.

 

 

Quant aux enfants de l’école laïque ou de la libre-pensée, ils découvrent que les aumôniers ne sont pas des porcs, comme le prétendaient certains caricaturistes, mais des gens estimables qui font leur devoir et qui affrontent la mitraille pour porter un secours spirituel aux soldats.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, le débat sur la laïcité divise à nouveau la France, notamment au sujet ­des vêtements portés par les femmes musulmanes – voile, burka, burkini. Pourquoi cette tentation de codifier ­les vêtements religieux que l’on constatait en 1905 autour de la soutane ?

 

Au début du XXe siècle, il y a effectivement chez les républicains une obsession vestimentaire : ils demandent aux congréganistes de se séculariser, de ne plus vivre en communauté et de mettre des habits civils. Cette obsession disparaît après 1905.

 

Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, l’abbé Pierre, qui a été élu député de Meurthe-et-Moselle, et le chanoine Kir, député de Côte-d’Or et maire de Dijon, assistent aux débats parlementaires en soutane sans que personne y voie une atteinte à la laïcité.

 

Dans certaines prisons de femmes, les religieuses, qui sont fonctionnaires publiques de l’administration pénitentiaire, travaillent en habit de bonne sœur et cela ne choque personne.

 

En France, les vêtements des catholiques évoluent peu à peu, mais pas sous la contrainte de l’Etat : c’est l’Eglise qui, au fil des décennies, a abandonné la soutane et qui, après le concile ­ Vatican II [1962-1965], a adopté des signes distinctifs plus discrets.

 

Ce mouvement obéit aux rythmes internes à l’institution, pas aux directives de l’Etat. Il ne faut pas confondre la sécularisation, qui désigne le mouvement d’une société, et la laïcité, qui est un principe politique. On ne peut pas imposer la sécularisation aux individus au nom de la laïcité de l’Etat. Ce n’est plus de la laïcité, c’est une forme d’athéisme d’Etat !

 

 

En 2003, François Baroin rend au premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, un rapport intitulé « Pour une nouvelle laïcité ». Il défend alors une laïcité plus offensive ­et plus intransigeante que celle de 1905. ­En quoi se démarque-t-elle de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat ?

 

La rupture entre la nouvelle laïcité et la loi de 1905 est politique. Depuis quelques années, cette « nouvelle laïcité » tente de contrôler l’organisation interne d’une religion – l’islam –, alors que la loi de 1905 se garde bien d’intervenir dans ce domaine : elle est au contraire très respectueuse des spécificités d’organisation des cultes.

 

Cette « nouvelle laïcité » est l’héritière du gallicanisme que professait Emile Combes : elle veut protéger le « bon » islam et contrôler le « mauvais », comme les républicains combistes voulaient, au début du XXe siècle, protéger le bon catholicisme acculturé et combattre le « mauvais » ultramontain.

 

Mais elle est aussi l’héritière, à droite, voire à l’extrême droite, d’une autre tradition politique française : le discours maurrassien sur les racines chrétiennes de la France, qui ne sert plus à dénoncer la Révolution française et la démocratie, mais l’« islamisation » du pays. C’est cette conjonction de la tradition combiste scientiste et de la tradition maurrassienne contre-révolutionnaire qui fait la force de cette « nouvelle laïcité » : elle reprend deux imaginaires nationaux très puissants.

Face à cette « nouvelle laïcité », vous plaidez pour une laïcité « apaisée ». Quelles sont ses réponses face à l’islamisme ?

 

La situation internationale est extrêmement difficile, bien sûr : la France doit désormais compter avec des ennemis déclarés. Mais la stratégie autoritaire qui a été adoptée par le premier ministre, Manuel Valls, risque de conduire beaucoup de musulmans, et pas seulement les radicaux, à se méfier de cette république intransigeante et excluante.

 

Les discours autoritaires risquent de leur faire écouter les sirènes des ennemis de la République. Il vaudrait mieux adopter la stratégie inclusive choisie lors de la loi de séparation de 1905 : elle tentait de rallier à elle les catholiques qui n’étaient pas des militants antirépublicains.

 

Il faudrait en outre adopter une laïcité égalitaire. On ne peut pas à la fois soutenir les caricatures de Charlie Hebdo et dire que les religions doivent être discrètes dans l’espace public. Si l’on exige la discrétion des convictions religieuses dans l’espace public, il faut aussi exiger la discrétion des expressions antireligieuses.

 

Le premier choix à faire, c’est donc celui de l’égalité – liberté pour les caricatures, liberté pour les femmes voilées ou les propos religieux. Cette règle d’égalité s’impose également pour les limitations posées à l’ordre public démocratique : elles doivent être les mêmes pour toutes les religions. Si l’on interdit le voile dans l’espace public, il faut aussi interdire la kippa et la soutane – en ayant conscience que, dans cet engrenage, les libertés seront menacées.

 

Le problème, au fond, c’est qu’au lieu de réfléchir posément aux enjeux de la laïcité, on fait comme si certains Français étaient tombés tout petits dans la laïcité comme Obélix dans la potion magique – ils défendraient toujours les valeurs démocratiques et l’égalité hommes-femmes –, alors que les musulmans, eux, devraient en ingurgiter régulièrement quelques cuillerées parce qu’ils ne sont pas naturellement laïques. Comment voulez-vous vous sentir un citoyen comme les autres quand on vous reproche en permanence d’être un mauvais républicain ?

 

Anne Chemin

 

 

 

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 16:21
LOI DE 1905 : 110e anniversaire

Ouest-France

9 décembre 2015

Entretien avec Jean Baubérot

Laïcité, nous écrivons ton nom

Ligue de l'enseignement

 

  Le guide pratique de la laïcité.

Une clarification par le concret

Jean Glavany

Fondation Jean Jaurès

 

 

 

 

La laïcité selon Marine Le Pen

Un principe perverti au service de l'islamophobie

J-P De Lisle

 

La Séparation 1905 Loi de séparation des Eglises et de l'Etat

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 17:58
Décembre 2012 : prière sur la Place J'maa-elFna, Marrakech

Décembre 2012 : prière sur la Place J'maa-elFna, Marrakech

La laïcité falsifiée, c’est la laïcité UMPenisée, de Marine Le Pen à Jean-François Copé, annoncée par un rapport Baroin sur la nouvelle laïcité. Laïcité UMPenisée appuyée par de pseudos républicains qui, bien que proscrivant tout adjectif, prônent une laïcité répressive antithèse de la laïcité libérale voulue par Aristide Briand, Ferdinand Buisson et Jean Jaurès avec la loi de 1905.

 

« La laïcité apparaît trop souvent, depuis une vingtaine d’années, comme un principe d’interdits et de restriction aux libertés, ce qu’elle n’est pas » J.L. Bianco, Pdt de l’Observatoire de la laïcité.

 

En décembre 2010, Marine Le Pen, en campagne pour l’accession à la tête du FN, compare les quelques prières de rue des Musulmans à l’occupation de la France par les nazis. Immédiatement, protestations de tout bord contre l’indigne comparaison. Elle opère alors un habile repli statégique : sa déclaration devait être entendue au nom de la défense de la laïcité et contre le communautarisme. Miracle ! Sarkozy embraye, condamnant même d’imaginaires appels à la prière, inexistants en France, jusqu’à Benoît Hamon qui trouve « inacceptable cette situation ». « En hypertrophiant un problème, on façonne la lepenisation de la société » : l’OPA de Marine Le Pen sur la laïcité a réussi !

 

Copé, à la tête de l’UMP ne voudra pas rester en reste. Il lance un débat sur l’Islam et la République, appuyé par un Guéant qui prétend que les Français ont « le sentiment de ne plus être chez eux » et, au sujet de l’Islam « Cet accroissement du nombre des fidèles et d’un certain nombre de comportements pose problème ». Ce qui lui vaudra d’être déclaré « membre d’honneur du FN » par Marine Le Pen. L’initiative de Copé, rebaptisée « débat sur la Laïcité » sera un fiasco. Mais laissera des séquelles.

 

   La laïcité UMPénisée n’est pas tombée du ciel. Dans un rapport de 2003 intitulé : « Pour une nouvelle laïcité », François Baroin y explique que le conflit des deux France est achevé, que le dissensus entre France laïque et catholique n’est plus d’actualité, et que de nos jours la laïcité va vers le culturel et l’identitaire. Elle peut devenir une valeur de droite. Cette appropriation de la laïcité par la droite est possible, selon François Baroin, parce que la gauche est culpabilisée par l’héritage colonial, et si la laïcité devient « culturelle et identitaire » c’est face à l’Islam et face aux immigrés. Ainsi, la gauche fait la promotion des droits de l’homme, et « à un certain point, la laïcité et les droits de l’homme sont contradictoires ».

Image Ligue de l'enseignement

Image Ligue de l'enseignement

Cette laïcité identitaire va s’épanouir dans le culte des racines, racines chrétiennes, à la limite un peu gréco-romaine et, ancien testament oblige, juive. Dans la surenchère franchouillarde, Sarkozy et son calamiteux discours de Latran va être concurrencé par le Haut conseil à l’intégration (HCI) qui outre l’affirmation historiquement très fragile que « l’idée de laïcité existait sous l’Ancien Régime » va affirmer que la laïcité « exception française » a été imitée par le Mexique. Comme le note ironiquement Jean Baubérot, en 1859 les Mexicains ont imité la loi de séparation des églises et de l’état de 1905 ! Cette vision franchouillarde est d’autant plus incongrue, que Briand lui-même évoque l’exemple mexicain dans son rapport à la commission parlementaire, préparatoire à la Loi de 1905.

 

Le stéréotype anticlérical de la « femme soumise » est recyclé par cette nouvelle laïcité. Au 19e siècle, quand il était question de la « femme soumise », il était fait explicitement référence à la femme catholique qui allait au confessionnal. Aujourd’hui, il suffit de remplacer la femme catholique par la femme musulmane qui porte un foulard. Cette laïcité UMPenisée est une sorte de feuille de vigne, une manière polie d’être islamophobe. Quitte à être antisémite, puisque le halal honni, censé envahir nos étals de boucher, ressemble fort au casher et que les apéros sauciflard-pinard feraient fuir aussi bien un juif qu’un musulman.

 

« Si [Marine Le Pen] invoque aussi facilement la loi de 1905, c’est que celle-ci est mésinterprétée (…) on la sacralise et on la méprise, on lui fait dire souvent le contraire de ce qu’elle a dit. »

 

    Selon Ferdinand Buisson l’État laïque c’est l’État neutre entre tous les cultes, et la France a toujours eu une conception assez forte de la neutralité dans sa laïcité ainsi les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions, ne doivent porter aucun signes religieux distinctifs, ni d’ailleurs politiques. La laïcité s’applique aux institutions non aux individus, dans la loi de séparation des églises et de l’état.

 

La droite et l’extrême droite veulent étendre la neutralité à certains secteurs de l’espace public alors qu’elle ne s’applique qu’à la puissance publique et aux services publics, ils veulent instaurer une  logique répressive contre la logique libérale de la loi de 1905. « Dans l’espace public (…) la liberté est le principe, la restriction sans parler de l’interdiction est l’exception » (Rémy Schwartz). Cette nouvelle laïcité est une hypertrophie de la neutralité – et d’une certaine interprétation de la neutralité – atrophiant la liberté de conscience, l’égalité des droits, mais aussi la séparation. Cette exigence s’élargit démesurément, et une partie de la gauche y souscrit. En jouant sur l’ambiguïté privé/public, avec des formulations sur la religion qui relève de la sphère intime. Or si l’adhésion à une religion ou pas relève bien de chaque individu – c’est la liberté de conscience qui englobe la liberté religieuse – la manifestation de sa religion (ou de son athéisme) peut se faire dans l’espace civil. La loi de 1905 ne laisse place à aucune erreur d’interprétation sur ce point.

 

Mais ce serait donner une idée trop partielle du livre de Baubérot qu’en résumant – trop sommairement – l’aspect en quelque sorte défensif de son livre.

 

Il propose une politique refondatrice de la laïcité.

 

Car, au-delà de la séparation des églises et de l’état, la laïcité c’est aussi la séparation de la loi civile avec des dogmes religieux et des normes morales particulières. La séparation du mariage civil et du mariage religieux en 1792 est une première étape, puis la loi sur le divorce (1884), la contraception (1967), l’IVG (1975), le mariage pour tous (2014). De nouvelles libertés laïques sont à conquérir, dans le domaine de la bioéthique (recherche sur les cellules souches notamment) ou dans celui du droit de mourir dans la dignité, donc le recours à l’euthanasie

 

Contre ces avancées, des religions invoquent des ruptures anthropologiques, ce fut le cas pour le mariage civil, le divorce, l’IVG, ce l’est encore avec le mariage pour tous, comme si les repères anthropologiques étaient anhistoriques.

La laïcité n’empêche personne de vivre selon ses propres croyances anthropologiques. Elle veille seulement à ce que de telles croyances ne soient pas imposées à l’ensemble de la société. C’est précisément sur le terrain de la liberté que la laïcité s’impose aux religions non sur celui d’une répression ciblée ou générale.

 

Pour compléter : un compte-rendu de conférence au Québec

La laïcité falsifiée _ Jean Baubérot

   4e de couverture

Classiquement considérée comme un des principaux marqueurs de la gauche, la laïcité aurait-elle viré à droite, voire à l'extrême droite ? La question se pose depuis le « débat sur la laïcité » de l'UMP, les effets de manche de la droite populaire et les références répétées de Marine Le Pen à la séparation de la religion et de l'État. De nombreuses personnalités dénoncent cette dérive sans véritablement réussir à la réfuter. Protester contre la « stigmatisation » des musulmans - souvent le vrai motif de cette nouvelle posture « laïque » - est bien sûr nécessaire. Mais en rester là se révèle totalement insuffisant, car cette nouvelle laïcité de droite se pare de valeurs partagées comme la démocratie, l'égalité des sexes et la liberté d'expression. Il est donc urgent d'analyser, point par point, comment la laïcité peut être ainsi falsifiée et pourquoi on fait dire aussi facilement à la loi de séparation de 1905 le contraire de ce qu'elle a réellement dit.

 

C'est ce que fait Jean Baubérot dans cet essai, où il démonte les mécanismes de la nouvelle laïcité et montre que, pour la promouvoir, il faut oser mettre en cause les structures dominantes de la société ellemême. Dans deux chapitres conclusifs passionnants, il propose un « programme républicain pour refonder la laïcité » et une libération des cléricalismes d'aujourd'hui, grâce à la recherche d'un art de vivre : la « laïcité intérieure ».

 

    Editions La Découverte 9,50 €

 

 

Pour compléter : La laïcité pour faire société, excellent dossier de la Ligue de l'enseignement (téléchargeable format pdf)

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 18:20

Aristide-Briand3

Charles Chabert* Député de la Drôme, dans cette riche séance du 26/06/1905 présenta un amendement : « Les ministres des différents cultes ne pourront porter un costume ecclésiastique que pendant l’exercice de leurs fonctions. »

 

« Il est étrange, il est véritablement incompréhensible, qu’un projet de loi si longuement et si mûrement étudié […] ne dise pas un mot d’une question qui a une importance extrême, capitale, le port du costume ecclésiastique.

Cette omission est-elle voulue ? […] En tout cas elle a surpris bien des gens dans tous les camps.

Pour tous les républicains, pour nombre de catholiques et pour nombre de prêtres, il est clair dans leur pensée, qu’aussitôt le nouvel ordre des choses établi, aussitôt voté la loi de séparation, le costume ecclésiastique, s’il n’était pas radicalement aboli, serait rangé parmi les vieux accessoires démodés et hors d’usage, disparaîtrait des places publiques et ne sortirait plus de l’ombre des sacristies et des sanctuaires.

antisoutane Est-ce que par hasard la Chambre estime indigne d’elle de s’occuper de tels détails ?  Veut-elle laisser libre le port de la soutane ? […]

 

Dans les premiers siècles de la chrétienté, les ecclésiastiques s’habillaient comme tout le monde et ce n’est que plusieurs siècles après la naissance de la religion nouvelle qu’ils jugèrent à propos de se différencier des autres citoyens.

 

[…] Pourquoi maintiendrait-on aux ecclésiastiques le privilège de conserver et de porter un costume qui jure si étrangement avec les mœurs et les goûts modernes ? […] sous le régime que nous allons installer, alors que l’État se sera installé dans la neutralité la plus absolue serait-il possible que nous aurions quand même le port d’un costume spécial. […]

Il importe d’autant plus de statuer sur ce sujet que le costume ecclésiastique [soulève des controverses nombreuses et donne lieu à des polémiques].

 

Ce costume favorise [l’autorité sur une partie de la population] et c’est précisément une des raisons principales pour lesquelles l’Église attache au costume de ses ministres une telle importance.

Par l’effet du costume qui les sépare et les distingue du vulgaire, les prêtres apparaissent aux yeux des fidèles – et c’est là ce que veut l’église – comme autre chose et plus que les hommes.

soutane-cure-nonne Le prêtre se considère comme l’intermédiaire entre Dieu et la créature […] d’un mot, il peut absoudre, d’un mot il peut réaliser les plus inouï des miracles : faire descendre son Dieu dans un morceau de pain.

[Il cite un passage d’un ouvrage d’un sulpicien pour les futurs prêtres : « L’avons-nous prise (la soutane) avec joie, comme un habit d’honneur qui nous dégage de l’ignominie de l’habit séculier… »]

Le costume religieux n’est-il pas essentiellement un emblème ? Son port n’est-il pas au premier chef une manifestation confessionnelle ? […] Les choses de la conscience, dans la conscience : tel est bien l’esprit de la loi que nous élaborons.  Mais la soutane en public, ce sont les choses de la conscience dans la rue.

 

D’autre part, vous avez pu être témoins des manifestations diverses que provoque assez souvent dans nos villes le passage d’une soutane […] ils exposent les prêtres à de désagréables surprises. Eh bien ! ne devons-nous pas empêcher que cet état de choses se perpétue ?

 

[En Suisse, en Angleterre, en Amérique] les ecclésiastiques s’habillent comme tout le monde…

 

Libre à chacun de s’habiller comme il lui plaît, voilà qui paraît simple et facile. Oui, quand vous aurez ôté à telle ou telle façon de se vêtir sa signification ou son prestige.

 

[…] Le prêtre obligé de sortir en soutane est aussitôt remarqué, ses moindres soutanedémarches sont connues et commentées. […] Supprimez le costume et aussitôt le prêtre devenu une unité ordinaire dans la foule immense, échappe à son supérieur, s’évade de cette tyrannie de tous les instants […] le costume le rend prisonnier de sa propre ignorance, je dirai presque de sa propre bêtise. […] c’est à cause du costume qu’il y a une telle distance entre les séculiers et les ecclésiastiques.

[…] Voyez ce jeune prêtre qui passe dans la rue : son regard est timide, presque fuyant, son pas est lent et compassé, sa tête est penchée sur l’épaule, ses mains qui se perdent dans de larges manches sont croisées sur sa poitrine : est-ce un homme ?

 

[…] Il y a des prêtres, je le reconnais, qui pour rien au monde ne consentirait à quitter leur habit, mais un plus grand nombre d’entre eux – et ce sont les plus intelligents, les plus instruits – attendent avec anxiété cette loi qui les rendra libres.

[…] De ce serf, de cet esclave faisons un homme. C’est ce que je vous demande au nom de la logique, au nom de l’humanité. »

 

Aristide-Briand2  Aristide Briand, rapporteur, lui répond : « Au risque d’étonner l’honorable M. Chabert, je lui dirai que le silence du projet de loi au sujet du costume ecclésiastique qui paraît le préoccuper si fort, n’a pas été le résultat d’une omission mais bien [celui] d’une délibération mûrement réfléchie. Il a paru à la commission que ce serait encourir, pour un résultat plus que problématique, le reproche d’intolérance et même s’exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir, par une loi qui se donne pour but d’instaurer dans ce pays un régime de liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes de modifier la coupe de leurs vêtements.

 

[…] Ce que notre collègue voudrait atteindre dans la soutane, c’est le moyen qu’elle procure de se distinguer facilement des autres citoyens.

Mais la soutane une fois supprimée […] si l’église y trouvait son intérêt, l’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau […] pour permettre au passant de distinguer au premier coup d’œil un prêtre de tout autre citoyen.

 

[…] Quant au prestige dont jouit la religion dans nos campagnes, je crois qu’il serait téméraire de l’attribuer uniquement [à la soutane].

 

[La commission] a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait plus se poser. […] La soutane devient dès le lendemain de la séparation un costume comme un autre […] C’est la seule position qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation. »

 

Extraits du débat du 26 Juin 1905 http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp#compte_rendu.

On peut déplorer que les photos des pages de comptes rendus des débats soient d’une telle médiocrité technique rendant certaines colonnes illisibles et les autres difficiles à déchiffer.

 

Assietteaubeurresoutane

 

Tout est déjà dit. La soutane n’est pas une obligation religieuse, puisque dans certains pays les prêtres n’en portent pas. C’est donc l’expression d’un catholicisme obscurantiste, fanatique…fondamentaliste, pour tout dire. En portant cette soutane, les prêtres veulent établir une « barrière infranchissable entre eux et la société laïque ». Et en même temps, cette longue robe noire est une atteinte évidente à leur dignité masculine ! (cf Jean Baubérot) On croirait lire du Valls sur la burka !

 

chabert charles* Né le 16 décembre 1852 à Saint-Donat-sur-l'Herbasse (Drôme), mort le 30 septembre 1923 à Saint-Donat-sur-l'Herbasse.
Député de la Drôme de 1899 à 1908.
Sénateur de la Drôme de 1908 à 1923.
Sous-chef de bureau à la direction de la Caisse d'épargne postale, Charles Chabert militait dans les rangs du parti radical-socialiste et devint ainsi maire de sa commune natale et conseiller général de la Drôme.
Un siège de député s'étant trouvé vacant dans la deuxième circonscription de Valence pour le remplacement de M. Bizarelli élu sénateur le 9 avril 1899 et démissionnaire de son mandat le 15 mai suivant, une élection partielle eut lieu le 25 juin de la même année. Charles Chabert fut élu au premier tour de scrutin, par 10.012 voix contre 5.852 à M. Servan, son principal adversaire, sur 16.170 votants.
Dans son programme électoral il réclamait l'abrogation de la loi Falloux, se déclarait partisan de l'impôt progressif sur le revenu, de la réduction à deux ans du service militaire, des lois d'assistance et de solidarité sociales, de la réduction des dépenses, de la protection de l'agriculture, du petit commerce et de la petite industrie, de l'amélioration des chemins de fer, de la suprématie absolue du pouvoir civil sur tous les autres pouvoirs, du respect absolu de la liberté de conscience et de la laïcité complète de l'État.

Inscrit au groupe radical-socialiste et membre de diverses commissions, il participa à la discussion : du budget du Ministère de la Justice de l'exercice 1901, pour demander la suppression des « messes rouges » lors de la rentrée des tribunaux[…]
Lorsque vinrent en discussion le projet et les propositions de loi sur la séparation des Églises et de l'État, il déposa un amendement demandant l'interdiction du port du costume ecclésiastique en dehors des Églises (1905).
Il soutint constamment la politique des Ministères Waldeck-Rousseau, Combes, Rouvier, Clemenceau, et vota notamment la loi sur les associations (1901), la loi interdisant tout enseignement aux congrégations (1904), la loi de séparation des Églises et de l'État (1905), la loi militaire sur le service de deux ans (1905), la loi d'assistance aux vieillards et aux incurables.
Il fut encore réélu au premier tour de scrutin, aux élections générales du 6 mai 1906, par 10.609 voix, contre 6.114 à M. Vinay, sur 18.575 votants. Dans sa profession de foi, il réclamait le monopole de l'enseignement pour l'État, au moins pour les deux premiers degrés, un impôt unique et progressif sur le revenu et l'achèvement de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes. …

http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=1589

 

PS Sans doute était-il Franc-Maçon, car plusieurs interruptions font clairement allusion à cette affiliation.

 

soutanes pretres 1932

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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 18:12

Un ami de 40 ans m'a transmis une pétition intitulée « La laïcité ne doit pas plier devant Benoît XVI ». Outre que la formulation est un peu incongrue  (Les laïcs ne doivent pas plier devant Benoît XVI  ou La laïcité ne doit pas plier devant le cléricalisme de Benoît XVI m'auraient paru plus logiques), le problème n'est pas B. XVI mais Sarko.

 

Que B. XVI réinstaure la messe en latin, remette des habits sacerdotaux à la somptuosité indécente et veuille que ses fidèles s'agenouillent devant lui langues tendues pour recevoir une petite rondelle de pain azyme... en bref veuille tirer un trait sur Vatican II (comme d'autres veulent le faire sur Mai 68), me semble navrant. Mais les cathos pourront me rétorquer que c'est leur problème et pas le mien. Qu'il veuille interdire le divorce, la contraception, les relations homosexuelles, etc. à ses ouailles, là aussi, c'est leur problème.

 

En revanche, si, affirmant que ces prescriptions obéissent à une "loi naturelle", son église tente, comme en Italie, comme en Espagne, de remettre en cause des lois votées par les pouvoirs législatifs de ces pays (ou de bloquer la discussion de ces lois), on est en droit  d'attendre, d'exiger même, de nos gouvernants que, comme Zapatero en Espagne, ils sachent dire non à ce cléricalisme* agressif.

Notre Chanoine de Latran avait servi sur un plateau une "laïcité positive" dont B. XVI s'est empressé de se saisir. Accoler un adjectif à laïcité ne serait pas un crime, si, en parlant d'avènement, on ne laissait entendre que la laïcité serait négative. Démontrant soit leur ignorance, soit leur cynisme, le pape et le chanoine inversent les rôles. Ne leur en déplaise, entre Aristide Briand et Pie X, le libéral (au sens politique du terme) et l'homme de compromis fut le premier, l'esprit obtus et sectaire, le second.

 

Cette inversion se retrouve s'agissant de la science où B. XVI voudrait nous faire croire que la raison est du côté de la recherche de Dieu** et non de celui de la science. Comme le rappelle Y. Quiniou (« Le pape contre la science », Le Monde 20/IX/08), la science n'a pu « se développer qu'en s'appuyant sur une raison qui a fait abstraction des croyances religieuses ». Galilée (qui ne fut jamais réhabilité au prétexte que le tribunal qui l'avait condamné n'existait plus) ou Darwin furent la preuve de l'obscurantisme de l'Église catholique. Il eût été bien inspiré, ce pape, de lire Jean Baubérot, un parpaillot il est vrai, qui distingue l'agnosticisme en quelque sorte méthodologique auquel il s'astreint dans son travail scientifique et le plan du symbolique où il se situe comme croyant.

 

Et c'est Alfred Grosser, dans un éditorial d'Ouest-France (23/IX/08) qui interpelle le pape sur la morale : « Pénétré de ses certitudes, Benoît XVI savait-il vraiment que, dans le public qui l'écoutait [...] au collège des Bernardins, nombreux étaient ceux qui ne croyaient en aucun dieu et surtout pas en un fils de dieu ressuscité ? [...] Sa raison n'était pas leur raison. [...] Benoît XVI a paru considérer que le Dieu de l'Écriture était la seule source de la morale ». Évoquant une dimension fondamentale, à ses yeux, de la morale - la tolérance, le respect de l'autre - Alfred Grosser ajoute : « Le pape se veut "semeur de charité". Mais l'Église catholique n'a accepté la liberté religieuse et n'a condamné la coercition que le 7 décembre 1965 » au concile Vatican II.

 

Peu me chaut que M. Ratzinger, dit Benoît XVI, affirme que la raison est du côté de la foi ou qu'il n'y a de morale que fondée sur sa croyance, serait-on tenté de dire. Sauf que, s'agissant de la morale, dans sa comparaison entre le curé et l'instituteur, le chanoine de Latran disait à peu près la même chose.

 

Le problème n'est pas Benoît XVI, le problème c'est Sarkozy !

 

* Cléricalisme, volonté obstinée des papes et du clergé à subordonner la société civile à la société religieuse, à vouloir étendre à la société politique les règles et méthodes de cette Église, à utiliser des armes spirituelles à des fins temporelles, à se servir du pouvoir politique pour imposer sa vision morale, individuelle ou collective (d'après Marc Ferro).

** Une  « culture purement positiviste » qui relèguerait dans le subjectif la question de Dieu constituerait un abandon de la raison, autant qu’un abandon de Dieu et que la recherche de Dieu constitue « le fondement de la culture véritable » (Discours des Bernardins)

Le premier montage est l'oeuvre de Maître Eolas (www.maitre-eolas.fr)

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 11:12
Accommodements raisonnables, interculturalisme et laïcité

21/09/16 :  Alain Juppé est la cible de Sarkozy et de Le Maire pour avoir, naguère, parlé d'"accommodements raisonnables" ! Souvenir sans doute de son séjour canadien. Ces "accommodements" sont la cible des faux laïques et vrais identitaires que nos deux lascars - Sarkozy et Le maire - caressent dans le sens du poil, en vue des primaires de la droite.

Mais si on y regardait de plus près pour savoir ce que sont vraiment - et dans le contexte québécois - ces accommodements raisonnables ?

 

 

 

Grace à Jean Baubérot, j'ai découvert les travaux d'une commission québécoise sur, finalement, la laïcité.

Certes, l'histoire du Québec, dont la population canadienne-française à longtemps été sous la coupe d'une église catholique aussi peu ouverte que celle qui sévissait dans une partie de l'Ouest de la France, population elle-même soumise à un Canada à majorité anglophone, population qui s'est sécularisée et dont la fécondité a chuté, un Québec pour qui l'immigration n'est pas subie, mais acceptée, souhaitée même, n'est pas la nôtre.

Cependant ces quelques extraits d'une réflexion sereine montrent qu'il ne serait peut-être pas tout-à-fait inutile de sortir de notre position arrogante de détenteurs de la Vérité laïque universelle et, pour une fois, accepter de prendre des leçons chez nos cousins québécois.

Au passage, une définition de "libéral" à laquelle, j'ose espérer, tout démocrate souscrira.

 

Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles

 

Dans toute société où se côtoient deux ou plusieurs cultures surgit inévitablement la question de la gestion de la diversité. Cette question s'est posée de tout temps. Jusqu'à récemment, elle était généralement résolue de façon autoritaire : une culture, plus puissante, tentait soit de dominer les autres en les marginalisant, soit de les supprimer en les assimilant. Des pratiques d'assouplissement ou de conciliation ont cependant toujours existé, et ce, même au sein des empires.

Depuis quelques décennies, en Occident surtout, les mentalités et le droit ont évolué. Davantage respectueuses de la diversité, les nations démocratiques adoptent maintenant des modes de gestion du vivre-ensemble fondés sur un idéal d'harmonisation interculturelle.

 

La conception classique de l'égalité, fondée sur le principe du traitement uniforme, a fait place à une autre conception plus attentive aux différences. Peu à peu, le droit a été amené à reconnaître que la règle de l'égalité commande parfois des traitements différenciés.

C'est cette conception que reflète la disposition juridique qu'on appelle l'accommodement raisonnable.

L'ajustement des règles vise donc à empêcher que des personnes soient désavantagées ou exclues, et que leur droit à l'égalité soit ainsi compromis. L'obligation d'accommodement créée par le droit n'exige pas d'annuler un règlement ou une loi, mais seulement d'atténuer ses effets discriminatoires sur certaines personnes en prévoyant une exception à la règle ou une adaptation particulière. Un traitement peut être différentiel sans être préférentiel.

 

On a donc affaire ici à deux conceptions non pas du droit à l'égalité, mais de ses modalités d'application, soit a) une conception formelle, doctrinale, très rigide ; ou b) une conception modulée, flexible, plus inclusive parce que plus attentive à la diversité des situations et des personnes. L'obligation d'accommodement n'est pas sans limites. Une demande peut être rejetée si elle entraîne un coût déraisonnable, si elle bouleverse le fonctionnement de l'organisme, si elle porte atteinte au droit d'autrui ou si elle nuit au maintien de la sécurité et de l'ordre public.

 

On voit émerger dans le milieu scolaire une véritable philosophie qui consiste à intégrer les pratiques d'harmonisation au sein d'une démarche générale d'accompagnement éducatif. Dans le cadre d'une démarche pédagogique centrée sur le cheminement de l'élève, les ajustements deviennent un élément parmi d'autres dans la somme des facteurs ou des variables dont il faut tenir compte. Ce modèle souligne l'importance d'une approche contextuelle qui, seule, permet de saisir la complexité et la singularité des situations (le "cas par cas"). Ouvert à la dimension interculturelle, ce modèle évite de marginaliser l'élève et favorise la discussion et les solutions de compromis qui respectent les valeurs fondamentales (égalité hommes-femmes, liberté de conscience, équité, laïcité...).

 

Un régime politique démocratique et libéral

Le régime politique québécois est à la fois démocratique et libéral. Il est démocratique en ce sens que le pouvoir politique y est placé, en dernière instance, entre les mains du peuple, lequel le délègue à des représentants qui l'exercent en son nom pour une période donnée. Notre démocratie est donc représentative. Mais elle est aussi libérale en ce sens que les droits et les libertés de la personne sont jugés "fondamentaux" et sont, à ce titre, affirmés et protégés par l'État. Nul ne voudrait, par exemple, qu'un gouvernement, même dûment élu, bafoue les droits fondamentaux d'un groupe de citoyens au nom des intérêts de la majorité. C'est précisément pour assurer une protection supplémentaire aux droits et libertés garantis à toutes les personnes qu'ils sont inscrits dans une charte, celle-ci posant des limites à l'action des gouvernants et encadrant les relations entre les citoyens. Elle garantit le droit à la vie et à l'égalité, la liberté de conscience et de religion, la liberté d'expression et d'association, ainsi que des droits politiques et des garanties juridiques. Elle proscrit aussi plusieurs formes de discrimination, dont celles fondées sur le sexe, l'origine ethnique et la religion. L'exercice de ces droits et libertés n'est pas absolu ; il doit respecter les droits des autres et l'intérêt collectif.

 

L'interculturalisme

    Au Québec, le français est la langue officielle. Mais l'État s'est engagé à faire la promotion du français dans un esprit de respect envers les minorités linguistiques présentes sur son territoire. L'immigration est essentielle au développement de la société québécoise. Quant à la diversité culturelle, elle est perçue comme une richesse, dans la mesure où son expression est balisée par les chartes des droits et libertés et où elle se réalise dans un esprit d'interaction plutôt que de cloisonnement. Les immigrants sont invités à apprendre le français et à contribuer au dynamisme culturel, économique et politique de la société. L'interculturalisme s'efforce de concilier la diversité ethnoculturelle avec la continuité du noyau francophone et la préservation du lien social.

 

  • Les membres du groupe ethnoculturel majoritaire (en l'occurrence, les Québécois d'origine canadienne-française), tout comme les membres des minorités ethnoculturelles, acceptent que leur culture soit transformée à plus ou moins long terme par le jeu des interactions.
  • Les différences culturelles (et en particulier religieuses) n'ont pas à être refoulées dans le domaine privé. La logique qui sous-tend ce choix est la suivante : il est plus sain d'afficher ses différences et d'apprivoiser celles de l'Autre que de les occulter ou de les marginaliser.
  • Le principe des identités multiples est reconnu, de même que le droit de préserver l'appartenance à son groupe ethnique.
  • Le plurilinguisme est encouragé, parallèlement au français comme langue publique commune.
  •  

La laïcité

L'argument selon lequel "la religion doit rester dans la sphère privée" a souvent été invoqué par les partisans de la laïcité. Bien qu'il semble clair à première vue, cet énoncé ne l'est pas autant qu'on pourrait le croire. En effet, le mot "public" peut être entendu au moins de deux manières distinctes. Selon le premier sens, est public ce qui relève de l'État et des institutions communes (on parlera ainsi des « institutions publiques »). Selon le deuxième sens, est public ce qui est ouvert ou accessible à tous (on parlera alors de « lieux publics » : par exemple, d'un « jardin public »).

Le premier sens s'accorde avec le principe laïque de la neutralité de l'État face aux religions. Selon ce premier sens, il est donc juste d'affirmer que la religion doit être "privée". Toutefois, il ne va pas de soi que la laïcité exige de la religion qu'elle soit absente de l'espace public au sens large. Si une institution publique doit être neutre, les individus qui la fréquentent doivent-ils être eux-mêmes soumis à cette exigence de neutralité ?

La notion de neutralité est aussi plus complexe qu'elle peut le sembler. Ainsi, il est communément admis que l'État laïque doit rester neutre face à toutes les religions. L'État ne doit pas prendre parti entre religion et non-religion. Il doit maintenir sa position de neutralité face à toutes les convictions morales profondes, qu'elles soient religieuses ou séculières. En revanche, l'État laïque et démocratique se fonde sur une morale politique et sur certains principes qui ne sont pas négociables. C'est le cas de la démocratie, des droits de la personne, de l'égalité entre tous les citoyens. Lorsque ces principes sont en jeu, l'État ne peut pas rester neutre.

 

Quatre principes fondent la laïcité.

1. L'égalité morale des personnes.

2. La liberté de conscience et de religion.

3. La séparation de l'Église et de l'État.

4. La neutralité de l'État à l'égard des religions et des convictions profondes séculières.

 

Tout régime de laïcité institue une forme d'équilibre entre ces quatre principes. Certains régimes posent des limites assez strictes à la liberté d'expression religieuse. La France, qui vient d'adopter une loi restrictive relativement au port de signes religieux à l'école, est considérée comme ayant un régime de ce genre, quoiqu'elle soit beaucoup plus souple dans la réalité que sa réputation ne le laisse croire. Ce type de régime définit la neutralité de l'État de façon très étendue, ce qui mène à l'exclusion de certaines expressions religieuses de la sphère publique. S'il en a été ainsi en France, c'est peut-être parce qu'une certaine conception de la neutralité de l'État, consacrée par la tradition nationale, a été élevée au rang de finalité profonde. Les débats récents qui ont eu lieu en France, où la laïcité a été souvent présentée comme un pôle identitaire essentiel de la République, illustrent ce déplacement. Pour certains républicains français, l'école laïque doit avoir pour mission d'émanciper les élèves de la religion. Pour d'autres, les identités culturelles et religieuses ne font que nuire à l'intégration sociale, laquelle devrait être fondée sur une citoyenneté excluant tout particularisme.

Nous croyons que ce type de laïcité restrictive n'est pas approprié pour le Québec, et ce, pour trois raisons :

a) il n'arrive pas vraiment à arrimer les structures institutionnelles aux finalités de la laïcité ;

b) l'assignation à l'école d'une mission émancipatrice dirigée contre la religion n'est pas compatible avec le principe de la neutralité de l'État entre religion et non-religion ;

c) le processus d'intégration d'une société diversifiée s'effectue à la faveur d'échanges entre les citoyens, qui apprennent ainsi à se connaître (c'est la philosophie de l'interculturalisme québécois), et non par la mise en veilleuse des identités.

 

EXTRAITS (c'est moi qui ai mis en gras)

 

  • Le rapport final abrégé :

http://www.ccpardc.qc.ca/documentation/rapports/rapport-final-abrege-fr.pdf

 

  • Le rapport intégral :

http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports/rapport-final-integral-fr.pdf

 

  • Les 37 recommandations de la commission :

http://www.accommodements.qc.ca/communiques/2008-05-22c.html

 

  • Les rapports des experts :

http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports-experts.html

Dont Éduquer au vivre-ensemble dans une perspective interculturelle- que faut-il attendre de l'école et de l'éducation dans le contexte actuel de la société québécoise caractérisée par un pluralisme culturel, religieux et linguistique croissant?

http://www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports/rapport-4-saint-pierre-celine.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 15:39

 

 Pour ceux qui n’auraient pas encore compris où je me situe, cette citation issue d’un torche-cul virtuel intitulé « Riposte laïque » : « Faudrait-il aller jusqu’à applaudir l’ineffable pape de la laïcité ouverte, Baubérot*, qui, dans « Le Monde » gémit que Sarkozy va trop loin, et remet en cause la laïcité ? Pourtant, Baubérot fut le seul membre de la commission Stasi à avoir voté contre une loi contre les signes religieux à l’école. Il a condamné les dessinateurs danois, et ceux qui, en France, soutenaient les caricatures du prophète, au nom de la liberté d’expression.

Ce sont pourtant les Baubérot et consorts qui ont préparé la « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy. Elle n’est que le prolongement de la laïcité « ouverte », « dynamique », « moderne » « apaisée », « rénovée », que plein d’associations dites de gauche, comme le Mrap, la LDH, la Ligue de l’Enseignement, la FCPE, les Verts, la LCR, le PCF, de nombreux élus socialistes et bien d’autres ont mise en avant, depuis plus de vingt ans ».

 

Tout y est ou presque : attaque ad hominem, d’abord. Il faut défendre farouchement la liberté d’expression, sauf pour Baubérot qui n’a d’ailleurs pas voté contre (non pas la loi, c’est le parlement qui la vote, mais la proposition de faire une loi de la commission Stasi) mais s’est abstenu (lâchement commenteront les amis de ces forcenés). Il n’a pas, sauf preuves contraires, condamné quoi que ce soit, mais il lui fut reproché, à propos de Redecker (au fait qui a encore entendu parler de ce faux martyr) d’avoir appliqué le précepte attribué à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Ce qu’il a écrit dans Le Monde est-il juste ou pas, nul ne le saura : il gémit

 

La suite est encore plus croustillante : « ce sont les Baubérot et consorts » qui sont finalement complices de notre chanoine du Latran. Suivent quelques adjectifs dont on ignore qui les a émis. Et la liste des consorts est finalement flatteuse pour l’horrible Baubérot puisque on y trouve la Ligue des Droits de l’Homme** (née en 1898 avec l’affaire Dreyfus) et la Ligue de l’enseignement créée en 1866 et qui se battait pour une école gratuite, obligatoire et laïque !

 

S’il fallait choisir, on aura compris que je me trouve infiniment mieux du côté de ces consorts que de celui de ces soi-disant laïcs qui, par leurs outrances délibérées, font le jeu de ceux qu’ils feignent de combattre (les grands Républicains plumes du nabot : Guaino et Gallo).

Non, cette prétendue laïcité n’a rien à voir avec celle d’un Aristide Briand, le maître d’œuvre de la loi de 1905.

 

* Dans une discussion un peu tendue avec un ami de presque 40 ans, celui-ci n’hésita pas à qualifier Baubérot d’intégriste : provocation peut-être, mais quand même indice d’une certaine incapacité à passer de l’anathème à l’argumentation : je fréquente le blog de « l’intégriste » et n’hésite pas à y mettre quelques commentaires, que je crois, à tort ou à raison, argumentés.  J’ai reçu (et fait suivre) les commentaires de la LDH sur le discours du chanoine de Latran : j’attends que l’on m’explique en quoi ils sont complaisants. Sur ce blog, j’ai exprimé tout le mal que je pensais des propos de notre Ouf 1er, pour autant je n’adhère pas à la nouvelle « croisade » anti-voile que certain(e)s faux(sses) laïques sont en train de fomenter (voir Sus à la Halde).

**
En ce début d’année 2008, c’est d’abord aux instituteurs de la République que la Ligue des droits de l’Homme tient à adresser ses vœux les plus solidaires. A ces instituteurs que le Président de la République, inconscient des devoirs de sa charge, a insultés dans l’homélie qu’il a prononcée le 20 décembre dernier comme « chanoine du Latran ».

Selon Nicolas Sarkozy, « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

Le monde est plein de « fous de Dieu » qui, portés par une « espérance » délirante, poussent leur « engagement » jusqu’à « la radicalité du sacrifice de leur vie »… et de centaines d’autres vies innocentes. Le tout au nom de « la différence entre le bien et le mal » et de la purification des âmes.

Qu’en tant qu’individu Monsieur Sarkozy mette ces valeurs au pinacle n’est qu’un signe de plus de son ancrage, derrière l’agitation d’une communication « décomplexée », dans les valeurs les plus traditionalistes de la société française.

Mais qu’en tant que Président de la République française il mette le curé au-dessus de l’instituteur comme responsable de « la transmission des valeurs », qu’il ignore à ce point ce que sont précisément les valeurs de la République qu’il est censé représenter, témoigne de l’ampleur de la crise politique et morale qu’aggrave son exercice de la fonction présidentielle.

L’article 1er de la Constitution définit la République française comme « laïque, démocratique et sociale ».

« Laïque », elle refuse le mélange entre convictions religieuses et exercice des responsabilités politiques.

« Démocratique », elle refuse la concentration des pouvoirs entre les mains d’un « Président-Soleil » entouré de « collaborateurs » et de courtisans.

« Sociale », elle refuse la juxtaposition d’un « bouclier fiscal » pour les plus riches et de la régression du « bouclier social » pour les plus pauvres.

Ce n’est pas seulement dans les jets privés, les yachts et au « Fouquet’s » que s’étale le mépris des privilégiés pour cette fameuse « France qui se lève tôt ». C’est aussi dans le cynisme avec lequel sont foulées aux pieds, jour après jour, les valeurs républicaines.

La LDH salue donc d’abord, aujourd’hui, ces instituteurs qui, à ses yeux, restent les mieux à même de transmettre le respect des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité et de solidarité. Et elle souhaite que 2008 donne à tous les Français plus d’occasions qu’en 2007 de retrouver, face au spectacle que donne la représentation politique, confiance en l’avenir de la République.

Paris, le 3 janvier

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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 17:45

1°) L’IGEN se débonde

 

Sur l’adéle – adresse électronique ou BALE Boîte A Lettres Electroniques - d’un site associatif dont je suis responsable, je découvre début janvier un courriel d’une « sarkodolâtre » avec un “Ouuuuuuuuuuuui!!!!” énamouré pour ne pas dire plus !

Comment résister à la tentation de diffuser cet étonnant spécimen de prose extatique ? Sobrement et en rouge, je me contente d’un « Reçu sur l’adéle du site » pariant sur l’intelligence du lecteur.

 

Pari risqué, car le lendemain je reçois un message peu amène d’un IGEN, J.-P. OBIN : « Bravo ! Après les prises de position pro-voile (aujourd'hui oubliées...) puis les violentes attaques anti-laïques, dont je suis régulièrement le destinataire, voici [que l’association] se fait maintenant le relais d'une propagande sarkozyste de caniveau de la pire espèce. Où s'arrêtera la dérive de l'association qu'à une époque j'ai contribué à animer ? Je suggère pour faire bonne mesure dans le propos haineux un peu d'antisémitisme style Dieudonné ou d'anti-France style les Indigènes de la République, ça ne peut qu'animer un peu la vie scolaire ! En tout cas je ne regrette pas d'être parti ! Tristesse et désolation. »

 

Tristesse et désolation, certes, devant une telle hargne, qui démontre, si besoin était, que la bêtise nous guette tous, même les brillants IGEN (pléonasme ?).

 

Mais, ce qui est intéressant, maintenant que la sarkodolâtre a vu son idole l’emporter est de s’arrêter un instant sur le contenu du message.

 

Retour en arrière donc.

Quelques dizaines de jeunes filles prétendaient aller en cours dans nos lycées, surtout, et parfois dans nos collèges, le chef couvert d’un foulard que l’on baptisa « voile islamique ». Certaines prétendaient aussi ne plus aller à la piscine, voire en EPS et même récusaient les cours de sciences. Il fallut donc, en résumant outrageusement,  convoquer une commission en 2003, dite Commission Stasi, du nom de son président. Grand débat donc : fallait-il une loi pour interdire ce fameux « voile » ou bien les lois en vigueur, précisées par une jurisprudence de plus en plus nourrie, suffisaient-elles ? Comme il se doit, le débat se transforma en une empoignade farouche. L’association « fautive » était sur la position de Jean Baubérot (membre de la commission qui s’abstint de voter pour une loi) estimant que la législation en vigueur n’avait pas besoin de s’alourdir. Notre IGEN, pour des raisons qu’il avait d’ailleurs pu parfaitement exprimer sur le site de l’association, était farouchement pour une loi. La loi fut votée : elle s’applique.

Mais, par un procédé dont fut justement victime J . Baubérot, l’IGEN accuse l’association de « prises de position pro-voile ». Si vous n’êtes pas d’accord entièrement avec moi, vous êtes donc l’adversaire absolu !

Cette dérive, un peu étonnante chez un intellectuel, se poursuit avec « de violentes attaques anti-laïques » dont il est destinataire. Il serait bien en mal – en tout cas, il ne l’a pas fait, ce qui empêche toute discussion – de citer dans les écrits ou sur le site ces honteuses attaques. Et s’il a bien été destinataire de messages dénonçant la collusion entre une nébuleuse laïcarde style Prochoix, Respublica ou l’UFAL (ceux là même qui continuent de poursuivre Baubérot de leur vindicte) et la nébuleuse des rétropenseurs de l’éducation (Brighelli et sa clique), lesdits messages étaient sous ma signature et ne se sont jamais présentés comme émanant en quoi que ce soit de l’association.

Et la « dérive » qu’il dénonce, s’applique donc bien à sa prose qui nous livre de « l’antifrance » comme au beau temps du pompidolisme, sans parler de l’infamante allusion à l’antisémitisme.

 

Mais pourquoi remuer tout cela qui a dix mois d’âge ?

 

Outre que ça m’est resté lourdement sur le jabot, ce qui ne fera ni chaud ni froid aux lecteur-trices s'il en reste, c’est à mon humble avis symptomatique d’une dérive globale des débats où affirmation vaut preuve, anathème argumentation, accusation excommunication (toute laïque qu’elle se prétende) !

 

Faut-il ajouter que je regrette, moi, qu’il soit parti – ou qu’on l’ai fait partir, comme je le soupçonne – car les divergences d’appréciation normales ne se seraient pas transformées en clivages insurmontables et l’association aurait profité d’une réflexion de haute tenue qui est le plus souvent la sienne quand notre IGEN ne se débonde pas ?

à suivre.....

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