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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 22:19
22 janvier 2009

Devant un parterre d'universitaires, de scientifiques et de chefs d'entreprise, Nicolas Sarkozy y avait dressé un tableau sombre : celui d'une recherche française aux "résultats médiocres", au système "infantilisant et paralysant", où les organismes "diluent les moyens, les responsabilités, (...) et gaspillent temps et argent". Le Président a également des mots durs pour l'évaluation des chercheurs par leurs pairs, qu'il juge trop "confortable" : "Nulle part dans les grands pays, sauf chez nous, on n'observe que des organismes de recherche sont à la fois acteurs et évaluateurs de leur propre action. Je vois que cela peut être confortable. Je pourrais en tirer quelques conclusions pour moi-même. C'est un système assez génial d'ailleurs, celui qui agit est en même temps celui qui s'évalue. Cela peut provoquer un certain confort, un confort illusoire du moment parce que l'on voit bien les limites de l'exercice."

Tiré d'Arrêt sur images



Université: les fainéants et les mauvais chercheurs, au travail !
Réponse de Pierre Jourde* (Écrivain et Professeur des Universités, Grenoble III) Extraits
 
Une poignée de mandarins nantis qui ne fichent rien de leurs journées et    refusent d'être évalués  sur leur travail, manifeste contre la réforme Pécresse pour défendre des privilèges corporatistes et une conception rétrograde de l'université. Au travail, fainéants!
  
L'ignorance et les préjugés sont tels que c'est à peu près l'image que certains journalistes donnent du mouvement des chercheurs, des universitaires et des étudiants qui se développe dans toute la France.
Au Monde, Catherine Rollot se contente de faire du décalque de la  communication ministérielle, en toute méconnaissance de cause. Le lundi 9 février, Sylvie Pierre-Brossolette, sur l'antenne de France Info, défendait l'idée brillante selon laquelle, comme un chercheur ne produit plus grand-chose d'intéressant après quarante ans («c'est génétique»!), on pourrait lui coller beaucoup plus d'heures d'enseignement, histoire qu'il se rende utile.
Il aurait fallu mettre Pasteur un peu plus souvent devant les étudiants, ça lui aurait évité de nous casser les pieds, à 63 ans, avec sa découverte du virus de la rage. Planck, les quantas à 41 ans, un peu juste, mon garçon! Darwin a publié L'Evolution des espèces à 50 ans, et Foucault La Volonté de savoir au même âge. Ce sont des livres génétiquement nuls. Au charbon, papy Einstein!
Mais que Sylvie Pierre-Brossolette se rassure: le déluge de réformes et de tâches administratives est tel que son vœu est déjà presque réalisé. On fait tout ce qu'il faut pour étouffer la recherche. Les chercheurs et les enseignants-chercheurs passent plus de temps dans la paperasse que dans la recherche et l'enseignement. La réforme Pécresse ne fera qu'accroître cela.
  
On enrage de cette ignorance persistante que l'on entretient sciemment, dans le public, sur ce que sont réellement la vie et le travail d'un universitaire. Rien de plus facile que de dénoncer les intellectuels comme des privilégiés et de les livrer à la vindicte des braves travailleurs, indignés qu'on puisse n'enseigner que 7 heures par semaine. Finissons-en avec ce ramassis de légendes populistes. Un pays qui méprise et maltraite à ce point ses intellectuels est mal parti.
La réforme Pécresse est fondée là-dessus: il y a des universitaires qui ne travaillent pas assez, il faut trouver le moyen de les rendre plus performants, par exemple en augmentant leurs heures d'enseignement s'ils ne publient pas assez. Il est temps de mettre les choses au point, l'entassement de stupidités finit par ne plus être tolérable.
  
En fait, un universitaire exerce trois métiers, enseignant, administrateur et chercheur. Donnons une idée rapide de la variété de ses tâches: cours. Préparation des cours. Examens. Correction des copies (par centaines). Direction de mémoires ou de thèses. Rapports. Soutenances. Jurys d'examens.
Réception et suivi des étudiants. Elaboration des maquettes d'enseignement. Cooptation et évaluation des collègues (dossiers, rapports, réunions). Direction d'année, de département, d'UFR le cas échéant. Réunions de toutes ces instances...  Et puis, la recherche.

Là, c'est virtuellement infini: lectures innombrables, rédaction d'articles, de livres, de comptes rendus, direction de revues, de collections, conférences, colloques en France et à l'étranger. Quelle bande de fainéants, en effet.

Nicolas Sarkozy, dans son discours du 22 janvier, parle de recherche "médiocre» en France. Elle est tellement médiocre que les publications  scientifiques françaises sont classées au 5e rang mondial, alors que la  France se situe au 18e rang pour le financement de la recherche.  
  

* Auteur notamment de La Littérature sans estomac

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 17:13

Les médias se sont largement fait l'écho du vidage du préfet de la Manche  et du directeur départemental de la police, suite à la visite de notre Conducator à Saint-Lô, dont les esgourdes avaient résonné désagréablement avec les sifflets de manifestants.

Même les élus UMP avaient dénoncé ce « fait du prince ». "Je trouve parfaitement lamentable qu'on puisse utiliser un représentant de l'Etat comme si on utilisait un Kleenex. C'est scandaleux" disait le Président du Conseil Général, Jean-François Legrand (qu'avec la finesse qui le caractérise, notre « génie courtsurpattes » nomme Legrand con, si l'on en croit le Canard). Le député UMP Philippe Gosselin trouve également "très regrettable" la sanction prise à l'encontre du préfet. "C'est un mauvais signal politique".


En revanche, très peu d'articles sur la visite à Provins du « nombril sur pattes » (pour reprendre une formule d'un des chroniqueurs du « Fou du roi ») si ce n'est pour faire écho à cette formule qui le caractérise parfaitement « J'écoute mais j' tiens pas compte » ou encore à cette remarque nombrilesque et déplacée, à propos des garnisons naguère installées dans le Sud-Est : "On ne voulait pas l'armée italienne, on a eu Carla. C'est quand même plus agréable, en tout cas pour moi".

Il s'agissait pour notre Ouf 1er d'annoncer que pour compenser ce départ d'un régiment de Hussards, le site devrait accueillir d'ici 2010 les 330 employés du Service d'étude sur les transports, les routes et leurs aménagements (Setra) de Bagneux (Hauts-de-Seine).

Or, ce jour-là, à la sortie de l'autoroute A5, un car de tourisme est arrêté par les gendarmes qui contrôlent, non seulement les papiers du véhicule, mais l'identité des passagers.

"Les 55 voyageurs, fonctionnaires du Ministère du développement durable ont quitté la banlieue parisienne de bon matin. Ils se dirigent vers Sourdun, proche de Provins, en Seine-et-Marne. Motif de cette virée : Sarko y est attendu pour vendre sa réforme de la carte militaire. La riante commune de 1 487 habitants perd son régiment de hussards et, « en échange », sa caserne désaffectée accueillera les fonctionnaires en question qui veulent manifester leur opposition à cette délocalisation."  (Le Canard Enchaîné 28/01/09).

L'opération était préparée depuis huit jours et le car pisté depuis la veille, confiera un gendarme.

Mais arrivé à Provins, c'est pire : car immobilisé, interdiction d'ouvrir les portes.

Finalement, nos 55 trublions potentiels, bien encadrés par des policiers, pourront aller jusqu'à la sous-préfecture d'où Ubu-président était déjà parti.


Ni le préfet de Seine-et-Marne, ni le sous-préfet de Provins n'ont été virés pour contrôles abusifs, séquestration arbitraire et violation manifeste du droit de... manifester.

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 15:39

"Dieu n'existe probablement pas. Alors arrêtez de vous faire du souci et profitez de la vie". Cette publicité que l'on a pu voir sur des bus anglais puis barcelonais n'est pas sans évoquer le télégramme posthume d'André Gide à Paul Claudel.

L'initiative en revient à la charmante Ariane Sherine, journaliste et écrivaine, qui, pour répondre à une campagne de publicité agressive d'un groupe évangélique promettant les feux de l'enfer aux non croyants, lança une campagne de souscription dans le Guardian. Relayée par d'autres médias, la collecte a pulvérisé l'objectif, avec 140 000 £ contre 5500 £ visés.

« L'Union des athées et des libres penseurs catalans » a donc pris le relai à Barcelone, avec une somme plus modeste (13000 €) qui n'a permis que de faire la pub sur deux lignes qui desservent le centre ville.

 

Si en Grande-Bretagne, la réaction fut dans l'ensemble amusée (quoiqu'un bigot a porté plainte pour publicité mensongère), on pouvait s'attendre à une vigoureuse réaction d'une église catholique nostalgique du franquisme. Il n'en fut rien. L'archevêque de Barcelone s'est juste fendu d'un communiqué anodin*. Certes des chrétiens madrilènes (mais de l'église évangélique) ont contre-attaqué assez puérilement avec une pub sur les bus de la capitale : "Oui, Dieu existe. Profite de la vie en Jésus-Christ." Mais la hiérarchie catholique trop occupée à s'en prendre une fois encore à la politique du gouvernement socialiste n'a pas réagi. L'archevêque de Valladolid a accusé le ministère de la santé, qui avait lancé une campagne sur le préservatif, "d'endoctriner les adolescents sur des sujets qui relèvent de la compétence des parents" .

 

Comme le rappelle Caroline Venaille "Si la pratique est en chute libre, les figures du Christ sont encore présentes dans certains lieux publics. [...] Sans parler des funérailles d'Etat, ponctuées d'une liturgie. La tradition catholique espagnole a un poids culturel prépondérant, surtout en temps de fête. À force de processions à répétitions, les roulements de tambours des fanfares ont tendance à lasser les agnostiques.

L'article 16 de la Constitution de 1978 proclame pourtant qu'« aucune confession n'aura caractère de religion d'Etat. » Mais un troisième alinéa laisse planer l'ambiguïté : « les pouvoirs publics tiendront compte des croyances religieuses de la société espagnole et entretiendront de ce fait des relations de coopération avec l'Eglise catholique et les autres confessions. »"

 

Cette église cléricaliste intervient ouvertement dans la politique : ainsi a-t-elle condamné la tentative de dialogue au Pays basque (que le fanatisme assassin de l'ETA a fait avorter). Fin décembre 2007, à Madrid, la traditionnelle "messe des familles" (en fait, un rassemblement pour la "défense de la famille" traditionnelle) qui avait attiré près d'un million de personnes, s'était transformée en un véritable meeting électoral où on avait pu entendre « les terribles augures du cardinal de Valence, présageant la "dissolution de la démocratie" si l'on poursuivait en Espagne la "culture de la laïcité radicale" ».

 

Le mariage des homosexuels et leur droit à l'adoption furent bien sûr objets d'opprobre. Des attaques en justice sont lancées contre les cliniques qui pratiquent l'avortement.

 

Mais en novembre dernier, la décision d'un juge administratif de Valladoid, après la plainte d'un père, ordonne à un collège public de retirer les crucifix de l'établissement. « La Constitution dit que l'Espagne est un pays aconfessionnel et par conséquent, l'école doit aussi l'être », avait déclaré la ministre de l'Education Mercedes Cabrera.(d'après C. Venaille).

 

Des progrès sont encore à faire pour une totale séparation de l'état avec l'église catholique. Un texte nouveau est en discussion, discussion à laquelle athées et agnostiques voudraient participer. Mais il ne faut pas oublier que le régime franquiste a sévi de 1939 à 1975, après une guerre civile impitoyable.

 

* Il y dit en substance que croire en dieu n'empêche pas de profiter de la vie : peut-être une allusion aux joies de l'épectase ?

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 18:59

Tomber sur « Le Post », où je commets quelques articles (qui se retrouvent sur mon deblog-notes), sur un n° du de Funès(te) qui « fait président » où il compromet Michel Rocard, met un coup au moral. D'autant que Rocard est bien présent et que l'histrion secoué de tics et de grimaces s'adresse bien à lui et que non content de subir les niaiseries infantiles dont il est accablé, Rocard déclenche deux ou trois applaudissements.

"Le capitalisme, pour moi, c'est l'effort, c'est le travail, c'est l'esprit d'entreprise. C'est la propriété privée, c'est l'investissement à long terme, c'est l'accumulation -comme dirait Michel Rocard- dans la durée, du capital productif. Je fais plus simple que Michel (rire tonitruant de Rocard en fond, prétend un commentateur) mais c'est quand même ce qu'il pense, je l'espère. Je me permets ça parce que... hommage... rendu à notre proximité... intellectuelle."

 

Il avait infligé à une auditoire relevée (la dame Merkel, le sieur Blair, l'ami Lamy, etc.) ces fortes paroles : le capitalisme financier a perverti la logique du capitalisme ; le capitalisme financier donne la préférence aux signes de la richesse (allusion à sa période bling-bling ?) sur la richesse elle-même ; C'est un système d'irresponsabilité, je vais employer un mot fort, c'est un système amoral ; si on n'est pas d'accord sur ce constat-là, alors on n'est d'accord sur rien ! (pas la peine de faire un colloque puisque notre Ouf 1er a fait le constat indiscutable) et il a continué : La crise du capitalisme financier n'est pas la crise du capitalisme. Le remède à la crise que nous connaissons n'est pas l'anticapitalisme. L'anticapitalisme est une impasse. On doit moraliser le capitalisme, non pas le détruire. Il ne faut pas rompre avec le capitalisme, il faut le refonder.*

 

 

Le même, candidat, vantait les vertus des prêts à l'américaine qui allaient entraîner la crise dite des « subprimes » "Les ménages français sont aujourd'hui les moins endettés d'Europe. Or, une économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages [...].

Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement.
Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l'hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l'emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants." Une prescience qui l'honorait (trop occupé par le bouclier fiscal, il n'a heureusement pas eu le temps de mettre en place ce si généreux système).

C'était l'époque aussi où M. Rocard déclarait : « Je considère que Nicolas Sarkozy est un danger public. Cet homme incarne la vraie droite. Intellectuellement, il est dans la philosophie de l'optimum des marchés et de la disparition de la régulation étatique. On a dit, ici ou là, que cela en faisait un conservateur américain, d'où des rugissements, sur le thème «il ne faut pas diaboliser les gens, cessons les insultes». Mais ce n'est pas une insulte ! Les conservateurs américains sont une très grande école intellectuelle, dangereuse, qu'il faut combattre, à mon avis, car elle pense faux. »

Le même deux ans après était encore sévère : « Comment réformer un pays quand on n'a pas d'idée directrice ni de constance, et quand on n'a plus de marge de manœuvre financière... certes, par la faute d'une crise globale, mais d'abord par ses propres erreurs? L'incohérence en matière fiscale - on taxe pour colmater après avoir baissé les impôts des Français les plus riches - ruine la crédibilité du gouvernement. [...] Nicolas Sarkozy mène une politique économique buissonnante et incertaine. Il n'a pas assez de connaissances économiques, il ne connaît pas l'industrie. Il n'a ni constance, ni patience. Il gouverne à l'impulsion, dans des rythmes médiatiques et pas économiques. Il a trop d'images dans la tête. Il est à la télévision, dans les annonces. C'était peut-être énergétique au début, c'est devenu paralysant et déstabilisant.»

 

Mais, on ne sait pas quel miracle, il va récemment voir en lui le représentant d'«une droite réformatrice et intelligente» avec laquelle la «gauche non révolutionnaire» peut trouver «une grande convergence». «C'est un homme de droite ouvert. La crise est suffisamment grave pour qu'on respecte ce qu'en dit le président sans y voir, en plus, de la manœuvre politicienne».  

 

Que Pascal Lamy se commette dans ce genre de colloque, dont Besson était le maître d'œuvre, se comprend : en tant que président de l'OMC il pouvait profiter de cette rencontre pour tenter de faire avancer les négociations sur le « cycle de Doha » (sauf erreur) en discutant en coulisse avec Merkel et Sarkozy. La présence de Rocard, surtout d'un Rocard apparemment complaisant avec le champion du « Parler faux », déconcerte, pour rester dans l'euphémisme.

Alors, Rocardien plus orphelin que jamais.

 

* Si cette bouillie conceptuelle a "une proximité intellectuelle" avec l'analyse de M. Rocard sur le crise, c'est que j'ai dû mal lire Rocard : "La confiance ne peut revenir quand le PDG ou le banquier, qui gagnait 40 fois plus que ses salariés pendant les deux premiers siècles du capitalisme, gagne 350 à 500 fois plus. Il faut reconnaître que le moteur de la croissance, c'est la consommation des ménages. Cela implique le retour de la masse salariale à un niveau plus élevé : en moyenne sa part dans le PIB a perdu 10 % en vint-cinq ou trente ans.

Il faudra aussi [...] condamner l'espoir d'une rentabilité à 15 % alors que le PIB croît de 2 % par an. Cet objectif de 15 % est un objectif de guerre civile."

Extraits d'un entretien, Le Temps, 23/10/08

 

 

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 21:54

Au moment même où Darcos, le Ministre de l'Hésitation Nationale, clame sur LCI que le PS doit arrêter de jouer les boutefeux dans le mouvement lycéen, Julien Dray est victime d'une perquisition dans une affaire mettant en cause la FIDL et SOS racisme (du billard à trois bandes).

 

Un simple hasard ?

 

Hier encore, Le Figaro faisait courir le bruit que Malek Boutih (ancien Président de SOS Racisme) allait rejoindre les judas style Kouchner, Besson et quelques autres. Pure invention (soufflée par qui au complaisant journaliste qui n'est pas du genre à lancer sa chaussure, mais du genre à cirer les pompes à l'Elysée) ? Le but, assez grossier, pour ne pas dire grotesque, étant de déstabiliser le PS !

 

Aujourd'hui, c'est Le Monde qui s'y met. Un article d'une précision redoutable. C'est le 24 septembre que la « chargée des relations presse » (l'assistante parlementaire ?) de Dray aurait reçu ceci et cela, et même des cotisations et dons, utilisés pour leurs besoins propres  (en l'occurrence l'adjectif serait mal choisi). Et ça continue : 102 000 € et des broutilles par ci, 94 000 par là, et en sus 14 000 (un peu mesquin) mais presque 114 000

pour faire la maille ! Et le Gérard Davet (encore un qui ne jettera pas sa babouche sur notre omniprésident)  de distiller quelques perfidies sur une implication dans une affaire de la MNEF et une histoire de montre où ce relais des manipulateurs conclut sournoisement que l'affaire a été classée car « les explications du député » avaient « satisfait les enquêteurs » (dans le genre langue de pute on ne fait guère mieux).  Ce qui est quand même intéressant dans le papier de ce folliculaire c'est qu'il indique que le « tracfin » (organisme chargé de détecter le blanchiment d'argent, qui aurait agi à partir d'une information non identifiée) a fait un « signalement » au procureur le 28 novembre ! Débordé qu'il est, le procureur, il se réveille le 19 décembre. Simple hasard, bien sûr.

Insinuer que tout cela (Boutih, Dray) serait l'œuvre d'un cabinet noir où un squale aurait remplacé un Bertrand relèverait sans doute de la pure paranoïa !

 

Moins grave, mais tout aussi révélateur du régime ubuesque dans lequel l'ado attardé qui fait président nous plonge, le jeu de Copé dans le débat parlementaire sur le travail du dimanche (une lubie du génie bassurpattes). Copé, franc comme l'or, qui vient sur nos écrans dire qu'il a demandé de suspendre les débats, face à l'obstruction des vilains socialos (un de ses comparses avait fait un n° de cirque à l'assemblée sur le thème « vous nous empêchez de nous exprimer »). En fait, face à leur trépignant guide suprême, lui et Fillon ont été obligés de lui faire comprendre qu'ils étaient incapables de mobiliser plus de 50 députés, au risque d'être mis en minorité !

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 18:25

« Elle pince, elle griffe, elle mord », voilà ce que nous disions de Christine C., à la maternelle (qu'on appelait "asile" à l'époque), fille d'un notable de notre charmante cité des roses. La non moins charmante Christine, aux mœurs enfantines assez sauvageonnes, n'a pas sombré, autant que je sache, dans la délinquance ni juvénile, ni adulte.

Avec un Frédéric Lefebvre, dit le pitbull sans rouge à lèvres, elle aurait été classée, fichée, dès ses trois ans, comme à risques. Mais ne jetons pas la pierre à cet aboyeur, il ne fait que reprendre une idée de son maître (celui qui fait président), appuyée par un rapport de l'Inserm, idée mise au placard devant le torrent de protestations.

 

Faudra-t-il défendre, pour de meilleures raisons que Greilsamer, la soldate Dati ?

En bonne continuatrice de la politique ultra répressive de l'ex-ministre de l'intérieur, qui fait maintenant président, dans la droite ligne aussi de ses agressions contre la presse (qui ne se souvient de son agression verbale contre Joffrin, Libé déjà, en conférence de presse), elle défendait la magistrate qui avait ordonné l'imbécile arrestation d'un autre journaliste de Libé. Mal lui en a pris : l'ex-favorite qui accompagnait, dans sa période bling bling et Cécilia, son maître, à chaque voyage à l'étranger, voire dans de luxueuses vacances états-uniennes, s'est vue désavouée par ledit maître.

Pire, une commission présidée par André Varinard, un ex-Recteur de l'Éducation Nationale, préconise l'incarcération des mineurs dès 12 ans (en gros, ce qu'aurait dû savoir notre Recteur, fin de 6e-début 5e). Certaine d'être dans le droit fil de la politique sarkozyste, qu'elle a à cœur de mener à bien, notre pôvre R. Dati estime que cette proposition relève du « bon sens ». Comme celle, sans doute, toujours de notre ex-Recteur, d'une prison de week-end pour les ados scolarisés (collège du lundi au vendredi, tôle le samedi et le dimanche : motivé qu'il sera le gamin !).  Du coup, c'est le Fillon qui s'y est mis : intronisant le loufoque Ministère des dépenses, sans que ça ait  donc un quelconque rapport avec cette guignolade, il a annoncé solennellement qu'il était « totalement hostile » à la prison dès 12 ans.

 

Si ces basses manœuvres internes pour déstabiliser l'arrogante Madame Dati aboutissent à mettre au placard les grotesques et surtout dangereuses propositions du rapport Varinard, nous évitent donc  une régression démocratique de plus d'un demi-siècle, à quelque chose magouilles seraient bonnes.

Mais gageons que, comme pour le fichage des gamins dès trois ans, à coups de chiffres mensongers sur la délinquance juvénile, exploitant comme à l'accoutumée un fait divers*, le sarkozysme nous ressortira des mesures semblables.

Rachida Dati symbolise toute une période de la présidence de Sarkozy, la période bling-bling. Elle en a adopté tous les défauts, on serait tenté de dire jusqu'à la caricature si son mentor n'était pas lui-même caricatural. Elle n'a jamais craint, à l'instar de son maître, de manier les plus énormes contre-vérités. Ainsi, chez M'ame Chabot (complaisante dame qui avait reçu dans son émission le ministre de l'Intérieur de l'époque, la veille du jour où on décomptait le temps de parole des candidats à la présidentielle) elle déclarait sans vergogne : « Il y a 204 000 mineurs qui sont mis en cause pour des actes graves. Des mineurs délinquants, Arlette Chabot, c'est des violeurs, des gens qui commettent des enlèvements, des trafics de produits stupéfiants, qui brûlent des bus dans lesquels il y a des personnes. Les mineurs délinquants qui sont incarcérés ou placés en CEF y sont majoritairement pour des actes de nature criminelle.» Or en 2007, sur les 203 699 mineurs mis en cause seuls 2650 (1,3 %) le furent pour des faits criminels** ! Et pour ne pas être en reste avec son chef qui invente un plaquiste chômeur qui refuse des dizaines d'emplois ou des dockers d'Anvers qui travaillent 4000 heures par an, elle fabrique un mineur aux 190 forfaits et aux 52 condamnations (il est vrai que c'est à Marseille où parait-il une sardine gigantesque a eu bouché le Vieux Port) !

 

Ne soyons pas hypocrite, le départ probable de Madame Dati ne nous fera pas verser un torrent de larmes. Mais, il y a quand même quelque chose d'indécent  dans cet hallali, de la part de celui qui fait président et de ces féaux, à l'encontre d'une ministre qui n'a fait que poursuivre la politique bornée de l'ex-ministre de l'intérieur.

 

PS Sur à peu près le même thème, mais avec un angle d'attaque beaucoup plus large, voir une tribune de Françoise CLERC : Qui a peur de la jeunesse ?

 

* L'épisode du schizophrène assassin a illustré une fois encore cette démarche démagogique et risque d'aboutir, une fois encore, à une loi de circonstance et de régression.

 

** Sur la délinquance des jeunes voir l'étude de Laurent Mucchielli : Note statistique de (re) cadrage sur la délinquance des mineurs  http://www.rue89.com/files/20081125Statistique.pdf

 

 

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 18:26

  L'arrestation au petit matin d'un journaliste, l'insulte subie devant un de ses fils, la double et humiliante « fouille au corps » et sa comparution devant une juge d'instruction, coupable de ces atteintes, pour une plainte en diffamation du fondateur de free (déjà débouté deux fois), a provoqué une (légitime) vague de protestations. Elle pose cependant des questions plus générales.

Au moment où on nous dit que police, gendarmerie, justice sont surchargées, est-il normal que l'on mobilise trois policiers à 6h du matin pour se saisir d'un homme qui, au pire, n'aurait commis qu'un délit non passible d'emprisonnement ; qu'ensuite deux gendarmes soient à leur tour mobilisés pour le conduire chez une juge qui n'a rien de plus urgent à faire que d'instruire une plainte aussi mineure et dont le fondement était au moins fragile ?

 

Ce gaspillage d'un temps, qu'on suppose précieux, n'est pas isolé. Qu'on se souvienne de ce professeur de techno qui avait balancé une baffe à un fils de gendarme : il avait fallu une garde à vue de pas moins de 20 h pour lui faire avouer un geste... qu'il ne niait pas ! Et son collègue dépressif, qui, lui, avait été accusé à tort par un élève, avait aussi subi une assez longue garde à vue, peu avant de mettre fin à ses jours.

 

Le deuxième aspect est la propension des forces dites de l'ordre à insulter gratuitement, à froid, le présumé innocent. Ainsi le journaliste de Libé est qualifié de « pire que la racaille ».

Dans une affaire, qui n'a eu d'échos que dans la presse locale, Le Café Pédagogique et l'émission de D. Mermet sur France Inter, un prof témoigne de l'attitude parfaitement impolie et incorrecte de gendarmes qui, avec chiens, dans une opération anti-drogue, humilient des adolescents d'un C.F.A. : ainsi, sortant d'une classe de BTS l'un clame « Salut les filles », alors que, bien sûr, il n'y a que des garçons.

 

  Et ce sont les mêmes forces de l'ordre qui multiplient les plaintes pour « outrages » qui encombrent les tribunaux. Quand ce n'est pas pour rebellions : il n'est que de voir l'affaire Eunice Barber où sa version d'une arrestation musclée ne tiendra sans doute pas la route au final devant celle de pas moins de sept policiers qui se sont mobilisés pour « maîtriser 72 kilos de muscles », comme ose dire une de leur avocate, et la jeter comme un paquet sur le sol d'un fourgon. Plus récemment, l'affaire Mensah (au moins 90 Kg de muscles) était de la même eau. Les « bavures » sont d'ailleurs presque systématiquement classées sans suite par la prétendue police des polices.

 

Bien sûr, elles frappent d'abord et avant tout les jeunes (contrôles d'identité arbitraires assorties d'insultes et/ou d'humiliations), les minorités dites visibles, mais l'affaire du journaliste Vittorio de Filippis est là pour rappeler à tous et à chacun que nul n'est à l'abri.

 

Un peu au diapason de cette note, pourquoi ne pas écouter "Comme elle est belle ma France" de Monsieur Pyl

 

PS Comme de bien entendu, dans l'affaire de Filippis, Alliot-Marie soutient la police ; Dati, dans ce cas, soutient aussi la juge ; plus surprenant Frédérix Lefebvre, dit le pitbull, aurait comme des états d'âme : gageons que ça lui passera plus vite que ça lui est venu. Les réactions des deux ministres démontrent, si besoin était, que ça n'est pas une bavure isolée, mais le fruit d'un système mis en place par le sarkozysme.

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 21:59

Le TSR avait calé à Reims.

S. Royal qui, à la surprise de beaucoup (y compris de son ex-compagnon), l'avait emporté (tout à fait relativement) sur le score des motions, s'était vu refuser par les trois autres toute possibilité de tenter de former une majorité.

Les trois autres (Delanoë, Aubry, Hamon) s'étaient révélés incapables de solder leur refus de la main tendue par une alliance. Le jeu des « égos » , comme on dit - Delanoë, le défait, lui qui se voyait beau, avait quelque raison de soupçonner la collègue de Lille d'avoir contribué à sa défaite - n'est qu'une première explication. Car il est probable que les « nuisibles », entendez les magouilleurs, style Cambadèlis et Bartolone, aient fait comprendre à leur championne qu'une alliance prématurée rendrait l'opération trop visible. Quant à Hamon (soutenu faut-il le rappeler par Emmanuelli, Mélenchon, Dolez - aucune réaction entendue de sa part sur leur trahison, une de plus, il est vrai - et autres ringards), il la jouait pur : je ne trempe pas dans ce TSR !

Congrès naufragé donc.

Mais dès le lendemain, Delanoë qui n'avait pu (su) faire alliance avec Aubry et qui avait dit... qu'il ne dirait rien sur l'élection du(de la) premier(e) secrétaire, toute honte bue, poussé par Jospin qui entre deux haines (Fabius et Royal) a choisi la plus récente, appelle à voter massivement Aubry !

1er tour des élections internes où l'on s'aperçoit que les mathématiques PS sont très modernes : 25+24=35, tandis que 29+0=43 et à l'issue duquel, sans vergogne, Hamon appelle à voter Aubry !

Et au bout du compte 29+0+0=49,98 et 25+24+20=50,02 !

 

Ne t'en déplaise, Manuel Valls, il est inutile de faire rejouer ce pitoyable n° arithmétique. Royal a peut-être perdu de 42, 18, voire 1 voix, mais elle a fait échec au TSR !

 

Voir les nuisibles (Bartolone, Cambadélis) l'emporter (?) avec leurs arrières pensées (préservons l'avenir de nos champions), voir lou ravi (Moscovici, un santon pour les créches, d'autant que Sapin l'accompagne dans la déroute Delanoétiste) décrépit, sans parler de l'alliance incongrue Jospin-Fabius, devrait inquiéter la gagnante (?).

Mais, sauf (comme en Moselle) rectifications de fédérations honnêtes, mon cher Manuel Valls évitons de crier à la fraude qui, malheureusement, perdure du Nord au Midi (en passant par la Seine-Maritime peut-être) !

S'il s'avérait que le résultat annoncé n'est pas fiable, un nouveau tour s'imposerait.

 

Mais, faut-il le rappeler à Jospin, Fabius, Delanoë, Hamon, Aubry, Royal et les autres  l'ennemi c'est celui qui fait président ; qui, avec la complicité des médias, tente de nous faire croire qu'il a initié une politique européenne commune (alors que chacun tire dans son coin) ; qui tente de nous faire croire que le G20 a débouché sur de grandes décisions, alors que tout ce qu'il a proposé a été refoulé ; et qui, sur le plan intérieur, continue cyniquement la même politique anti-sociale qui devrait nous faire perdre notre sang-froid !

 

Faut-il rappeler encore que depuis l'élection de l'ado attardé qui fait président, le seul opposant audible a été Bayrou ?

Alors, Manuel, pour qui je nourris de la sympathie, depuis les temps lointains où les rocardiens se réunissaient dans (déjà) une ville nouvelle et où, avec Alain Bauer (et oui) et un 3e larron (Fouks, passé du côté de la com), tu représentais la jeune garde rocardienne, ressaisis-toi ! Bataille bec et ongles en interne si tu as la certitude d'irrégularités. Mais souviens-toi que les rocardiens ont toujours su faire passer le combat principal contre la droite, avant les conflits subalternes (dont ils avaient pourtant à souffrir).

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 11:18

Je ne suis plus, hélas, le perdreau de l'année.

 

Adhérent  en 1973, sur la logique qui allait être celle des Assises du socialisme de l'année suivante, donc, presque naturellement, Rocardien  ayant commis quelques articles dans FAIRE (remarquable revue animée par P. Viveret), au lendemain du congrès de Metz, je me suis retrouvé membre d'un conseil fédéral, porte-parole minoritaire de la motion C (Rocard). Quelque temps secrétaire de section, collaborateur d'un parlementaire, j'ai donc perdu un peu de la fraîcheur des premières ventes à la criée de l'Unité devant le Maxi-Coop à Mont-Saint-Aignan ou de la campagne d'affichage aux présidentielles de 1974...

 

Dans les congrès, que j'ai suivis comme délégué, jusqu'à  Valence, les jeux étaient plus ou moins faits d'avance, sauf, un peu, à Metz où la mystérieuse commission nocturne (sorte de conclave) nous sortait l'alliance majoritaire (Mitterrand+Deferre+Chevènement) le dimanche.

Ensuite, je me suis contenté de suivre les congrès dans la presse.

Mais je ne crois pas  qu'il y en eût un aussi calamiteux que le dernier.

Les motions déjà laissaient sceptiques. Les différences fondamentales entre celles de Delanoë, Aubry et Royal étaient assez peu perceptibles, même pour un cheval de retour de mon espèce. Les jeunes (quarantaine cependant) comme Montebourg et Hamon faisaient girouettes : l'un, soutien de Royal aux présidentielles changeait, une fois de plus, d'écurie ; son ex-NPS aussi éclaté que les Strauss-Kahniens. Le deuxième ex-rocardien, ex-collaborateur d'Aubry la jouant à gauche ( ?) avec le sempiternel Emmanuelli (sans parler des Mélenchon-Dolez, un petit orteil dedans, les neuf autres orteils à l'extérieur déjà). Et que dire d'Aubry, européenne en principe convaincue, s'alliant avec Fabius, noniste tactique (mais dont le sens tactique fut nul, puisque il ne tira aucun bénéfice de ce reniement) !

Membre du PS et électeur de gauche discipliné, j'ai bien sûr voté Royal aux présidentielles, après, en interne, avoir opté pour Strauss-Kahn. C'est dire que je suis loin d'être un « royaliste » convaincu.

 

J'ai donc décidé de voter blanc sur les motions (seul de ma section).

Mais du coup, jeudi 20/XI, plus d'hésitations. Royal au national, sa candidate fédérale et le candidat qui se réclame d'elle au local.

Car trop, c'est trop.

 

Ce front anti-royal que Delanoë et Aubry n'ont même pas su faire au congrès et qui se traduit par cet appel piteux du maire de Paris à voter Aubry (Jospin et Fabius réconciliés contre l'usurpatrice !), ce jeu minable et suicidaire des strauss-kahniens qui ne sont forts que de leurs divisions et surtout cette image déplorable donnée au « peuple de gauche », tout incline à tenter de sauver ce qui peut encore l'être en donnant le maximum de voix à celle qui fut la plus digne dans ce congrès et dont la motion était en tête.

 

Je voterai donc Royal (après tout ce sera la 3e* fois et toutes les bassesses déversés sur elle sont une insulte aux 47 % d'électeurs qu'elle a réunis) ce jeudi et mes autres votes - fédéral et local - seront en cohérence.

J. F. Launay

 

* 2 fois aux présidentielles, bien sûr

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 11:27

L'expresso du 1er novembre épinglant un avis parlementaire qui porte essentiellement sur les personnels de direction a incité l'ex-PdD que je fus à lire ce texte.

 

L'avis de Frédéric Reiss[1] sur l'enseignement scolaire, dans le cadre du projet de loi de finances, est un document apparemment solide. La commission dont il est issu a multiplié les auditions (syndicats y compris lycéens, parents d'élèves, un IGEN, un directeur de l'administration centrale, plus deux déplacements à Lille et Rennes).  Les références documentaires sont peu nombreuses, mais de qualité. Cependant l'effet chef d'établissement sur la réussite des élèves repose sur la conviction du rapporteur et non sur des travaux scientifiques précis[2]. Rapporteur qui mettra sur le même plan des propos qu'il a pu échanger avec un directeur d'école et l'audition en commission d'un IGEN. Surtout, il tombe dans un défaut qu'il pointe pourtant, à propos de l'évaluations des personnels de direction du secondaire, celui de ne prendre le pilotage des établissements que sous l'angle individuel du seul chef d'établissement.

 

Le charisme prêté, à juste titre, à certains chefs d'établissement est une curieuse alchimie. Il y faut une personnalité empathique (sens de l'écoute, du dialogue ...), mais si on en reste là, au mieux, ce chef fera régner, comme on dit, une bonne ambiance.  Il faut y ajouter des convictions, une ligne directrice, qui feront que les inévitables compromis ne compromettront pas l'atteinte des objectifs fixés. Et, pour avoir eu la chance de travailler, comme adjoint,  avec deux personnalités charismatiques, je peux témoigner que le contexte joue un rôle non négligeable. L'une s'est retrouvée à la tête d'un collège où le PC-SNES dominait chez les enseignants (et où il avait maintenu à flot cet établissement d'une banlieue ouvrière avec le chef d'établissement précédent qui s'était bunkérisé dans son bureau), l'autre dans un nouveau collège avec  des enseignants jeunes et/ou volontaires. L'impulsion qu'a pu donner d'entrée le second contrastait avec la lente reconquête du pilotage qu'a dû mener avec intelligence et ténacité la première.  Mais, ce charisme finit par s'user.  Si l'une a su changer d'horizon, l'autre s'est sans doute essoufflé en restant  à la tête du même établissement.

 

Et plutôt que de charisme, on est en droit de demander aux personnels de direction du professionnalisme

Qui dira qu'un emploi du temps peut handicaper ou favoriser la réussite des élèves ? La tentation est grande, pour acheter la paix interne,  de favoriser les vœux des enseignants, selon le principe cynique que les élèves passent et les profs restent. Et c'est tout un art, qui repose certes sur des acquits techniques mais aussi sur une vision pédagogique, que de mettre en place des emplois du temps équilibrés pour les élèves, tout en prenant en compte, au mieux, les demandes des enseignants qui, comme tout salarié, sont en droit d'espérer des conditions de travail optimales.

Ne parlons pas d'actes tout autant, sinon plus, pédagogiques comme la répartition de services, préalable à la fabrication de l'emploi du temps, ou la constitution des divisions. Classes « Camif » ou classes également hétérogènes :  choix capital, avec, en parallèle celui de la constitution des équipes d'enseignants. Et ne croyons pas que ces choix obéissent à une logique manichéenne. La création de classes de 6e avec deux langues vivantes peut viser  à sauver l'Allemand LV1 (mais son effet pervers peut être de faire une « classe de niveau »). Faut-il tendre à regrouper les enseignants les plus dynamiques  pour favoriser le travail d'équipe quitte à confier les autres classes à des enseignants plus routiniers ? 

 

Surtout, « l'établissement scolaire est un jeu collectif »[3]. Cet avis souligne l'importance et la montée en puissance du conseil pédagogique. Il peut en effet permettre un véritable « maillage de l'établissement » avec des « missions négociées »[4].

Autrement dit le mythe du chef d'établissement omnipotent (ou déficient) a vécu. Diriger un établissement scolaire n'est plus (s'il l'a jamais été) un exercice solitaire. L'équipe de direction restreinte (chef, adjoint, gestionnaire, CPE, chef de travaux) ou élargie (responsables de niveaux ou de projets, par exemple, avec parfois les professeurs principaux et coordinateurs de disciplines) forment l'exécutif d'une EPLE où le mille feuilles des diverses instances devrait ne laisser place, outre bien sûr le conseil pédagogique, qu'au Conseil d'administration avec des commissions qui en émaneraient (un peu sur le modèle des conseils municipaux) mais non réservées aux seuls élus du C.A. : une commission budget animée par le gestionnaire pourrait impliquer des parents d'élèves, hygiène et sécurité ne serait plus comme trop souvent l'objet d'une commission purement formelle, la dotation globale ne serait plus que le casse-tête du chef et de son adjoint, etc. Autrement dit, on passerait de structures formelles à des structures fonctionnelles qui contribueraient à donner à l'autonomie de l'EPLE une substance. A qui peut-on faire croire qu'un micro-collège de 200 élèves ou moins doit compter (au CVL près qui mérite un sort à part) le même nombre d'instances qu'une cité scolaire de 2000 élèves ou plus ?

 

Grand sujet qui fâche, le pilotage par les objectifs ! Le raisonnement de la commission n'est pas faux : la rançon d'une véritable autonomie des EPLE est bien une évaluation sur les performances. Que cette évaluation ne porte que sur les acquis des élèves peut être contesté, mais l'évaluation même reste incontournable. Et l'exigence que les indicateurs ne soient pas que quantitatifs est irréfutable, même si il est surprenant de lire que seule l'académie de Toulouse s'intéresserait à la différence entre les taux attendus et observés de réussite scolaire (notions introduites dans les IPES[5]). Mais l'exemple pris des contrats d'objectifs est celui même d'une excellente idée... sur le papier.

En effet, le chef d'établissement reçoit une lettre de mission sur trois ans, ce contrat est sur cinq ans. Ledit chef peut changer d'adjoint dans les trois ans et quitter l'EPLE avant cinq ans. L'optique très individualiste de l'avis devient un peu surréaliste : comment  ajuster lettre de mission et contrat d'objectifs ? comment imputer à un chef d'établissement arrivant en cours de route des objectifs non atteints ? Poser ces questions (et sans doute beaucoup d'autres) ne permet pas, pour autant, d'évacuer la question de l'évaluation des performances.

 

Le directeur d'école, pour le moment, ne ressort pas des personnels de direction. Il est le « Primus inter pares ». Dans une comparaison sportive, il serait le capitaine de l'équipe qui mouille son maillot comme les autres sur le terrain. Sauf que, on l'accable en sus de tâches diverses qui relèvent plus d'un secrétariat que d'une « direction ». Sauf que, aussi, le « coach » comme disent les footeux, l'IEN, a X équipes à manager. Parler, en l'occurrence, de surencadrement  est paradoxal (en moyenne, 1 IEN pour 230 professeur des écoles et pour une quarantaine d'écoles).

 

La création d'EPEP, que préconise le rapporteur, est excellente... sur le papier. Sur le modèle des EPLE, obligatoire dès quinze divisions, possible dès treize, elle s'inscrit dans une logique cartésienne classique. Mais postule, a priori, l'inefficacité des petites structures de 1 à 3 classes (20 000, maternelles comprises). Surtout, elle s'inscrit encore dans la logique individualiste d'un directeur thaumaturge. Reprenant un « constat » de la commission Pochard, l'avis déplore le manque d'esprit collectif dans le primaire, les démarches collectives y « restent... insuffisantes pour permettre la prise en charge différenciée des élèves ». Mais l'enseignement du primaire n'est pas balkanisé en disciplines (qui donnent naissance à des associations dites de spécialistes, au rôle souvent rétrograde), nécessitant des instances fédératives. Outre qu'il n'est pas si sûr que le conseil des maîtres fonctionne aussi mal que le dit le rapporteur, en s'appuyant sur un témoignage de directeur d'école, ne faudrait-il pas essayer d'inciter à un fonctionnement plus collectif.  A quelque chose, malheur est bon : la baisse des horaires du primaire doit permettre un travail collectif réel. Plutôt que de plaquer une structure du secondaire sur le primaire, chercher des solutions plus souples, ne serait-ce que pour les adapter au contexte géographique et démographique (un réseau d'écoles rurales est plus facile à faire vivre dans des régions de plaines ou plateaux que dans des zones montagneuses, par exemple). Et, sans aller jusqu'à l'école du socle commun (du CP à la 3e), pourquoi ne pas encourager des convergences écoles-collèges ?

 

Un IGEN (cité d'ailleurs dans le rapport) racontait autrefois cette anecdote : visitant deux établissements lyonnais, il avait assisté à la récréation  à peu près au même épisode, une bagarre violente entre deux élèves, dans un cas les enseignants faisaient semblant de ne rien voir et filaient vers la salle des profs, dans le second, ils intervenaient aussitôt ne pensant pas déroger ce faisant.

Suffirait-il d'un chef charismatique pour faire sortir les premiers de leur conception très étroite de leur métier (c'est pas mon boulot, mais celui des surveillants) ? Croire comme le fait le rapporteur que des « chefs », aussi bien sélectionnés et formés fussent-ils, peuvent seuls insuffler le sens du travail collectif semble un peu illusoire. Sans pouvoir le démontrer, je ne suis pas persuadé que dans le primaire l'instauration d'un directeur à temps plein soit vraiment bénéfique. Au contraire  je suis tenté de penser qu'il serait même préférable, quand une possibilité de décharge complète existe, de la répartir sur deux têtes pour que le directeur garde l'autorité du praticien auprès de ces collègues. Mais j'avance sur un terrain que je connais mal, l'ex-instit que je fus n'ayant fait qu'un très court et lointain passage en primaire.

 

Pour autant, je ne pousse pas le masochisme jusqu'à nier qu'un chef d'établissement ou mieux qu'une équipe de direction[6] puisse jouer un rôle non négligeable dans « la qualité de la vie scolaire » de l'établissement et donc instaurer un climat propice à l'action pédagogique. Si ce chef ou cette équipe anime avec professionnalisme les conseils de classe, avec des outils permettant de sortir de « l'absolutisme » de moyennes en les relativisant, par exemple, il se peut que les diagnostics s'améliorent. Et il arrive même que le hasard des nominations forme un attelage chef-adjoint capable de transformer en profondeur un établissement en révélant les potentialités latentes et en déclenchant une dynamique. Mais cela ne peut se faire sur le seul plan émotionnel : il y faut une force de conviction, une stratégie et du temps.

 

Alors effet chef d'établissement ?

Comme dans chaque profession, il existe des personnels de direction extraordinaires (au sens propre), en 18 ans de carrière de PdD, j'en ai croisé quelques uns, mais ils ne sont pas légion. En revanche, par fonction, les membres de l'équipe de direction sont les seuls qui peuvent avoir une vision globale de l'établissement. S'ils n'ont pas à partager ce qui ressort de leur responsabilité tout aussi globale et en même temps si parcellisée (et c'est en cela qu'ils sont hommes orchestres faisant face avec le gestionnaire, le CPE, l'AS, etc. - seuls parfois aussi, souvent - aux multiples aléas de la vie de l'EPLE), ils doivent s'efforcer de faire sortir la tête du guidon à chacun et à tous : le prof de sa discipline, le gestionnaire des problèmes d'intendance, etc

 

Ce pourrait être cela "l'effet chef d'établissement".

 

 


 

[1]  Avis de la commission des affaires culturelles familiales et sociales sur le projet de loi de finances pour 2009, rapporteur Frédéric Reiss

[2] De manière empirique, on peut cependant le constater, au moins négativement : si le redressement d'une situation dégradée dans un collège, demandant du temps et de la persévérance, sera difficilement crédité au chef d'établissement, dans le cas inverse la paternité lui en sera facilement attribuée.

[3]  « L'établissement scolaire : un jeu collectif » J-Y Langanay et C. Rebaud Hachette éducation

[4]  « Diriger un établissement scolaire L'exigence du possible » J. Fouque Hachette éducation

[5]  IPES : Indicateurs pour le Pilotage des Etablissements Secondaires

[6]  Charisme ou pas, on n'est pas loin de l'héroïsme dans certains collèges (derniers bastions du service public dans le secteur) où personnels de direction et gestionnaire sont les seuls à habiter le quartier dans leurs logements de fonction ! Collèges qui, vaille que vaille, poursuivent leur mission grâce notamment à ces chefs et adjoints capables de cristalliser la solidarité de tous.

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