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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 17:53
Quand Blanquer accueille hypocritement Latifa ibn Ziaten

Image touchante que celle de Madame Ibn Ziaten au côté de M. Blanquer Ministre de l’Éducation Nationale. D’autant que le cher Ministre touitte : « Félicitations à Mme Latifa Ibn Ziaten qui, au quotidien, travaille à la lutte contre la radicalisation par le témoignage de son drame personnel et par un discours de concorde et d’émancipation. » Sauf que ledit Ministre, faisait part à une radio de son « approche personnelle », estimant qu’un parent accompagnant une sortie scolaire ne devrait « normalement » pas porter de signe religieux, donc a fortiori une intervenante dans une classe. Et que surtout, il a institué un prétendu « conseil des sages » sur la laïcité dont un des membres s’interrogeait sur le port d’un foulard par Mme Ibn Ziaten devant des élèves.

Obin hélas

Ce conseil des sages a d’ailleurs entamé une séance de travail par une audition de Jean-Pierre Obin*. L’IG honoraire, auteur d’un rapport en 2004, est régulièrement invité comme spécialiste incontesté des méfaits de l’islamisme dans le système scolaire. Ainsi le retrouve-t-on devant une « commission d’enquête parlementaire sur les menaces qui pèsent sur l’école républicaine », créée au lendemain de l’attentat de Charlie à l’initiative de Bruno Retailleau, pur produit de l’école confessionnelle, pour y défendre l’interdiction du voile à l’université. Malgré des précautions méthodologiques - « Le panel d’établissements visités ne constitue en aucun cas un échantillon représentatif des établissements français, ni sur le plan de l’étude ni d’ailleurs sur aucun autre ». « Cette étude ne peut prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements. » - son auteur en généralise les observations avec une constance d’autant plus remarquable qu’elles reposent sur une enquête de 2003 !

Et, si l’on en croit les extraits du compte-rendu publié par un blog de mediapart, c’est sur la base de son intervention que le débat s’instaure dans cette réunion du 5 février.

On ne pouvait rêver meilleure base !

Demandez le programme

Le débat fait quand même un peu café du commerce quand Mme Kintzler, après avoir dit « le danger serait d’aligner les religions dans un relativisme prudent », s’interroge « Ne vaudrait-il pas mieux commencer par l’étude des religions les plus anciennes, des mythologies ? ». Les échanges se concentrent à présent sur ce fameux enseignement du fait religieux. Certains s’inquiètent de la façon dont il est dispensé. Les membres du conseil sont d’accord pour qu’il le soit, « à la condition que ce ne soit pas une discipline à part, disjointe des autres enseignements », car « il y a un réel danger de théologisation de l’enseignement », peut-on lire dans le compte-rendu.

Or si Mme Kintzler et ses collègues s’étaient un peu penchés sur les programmes, ils auraient vu que croyances et mythes de la Grèce et de Rome sont placés, assez (chrono)logiquement, avant l’étude du judaïsme et du christianisme, puis l’année suivante de l’islam. Que ce n’est pas non plus une « discipline à part » et donc que la « théologisation » relève du fantasme obsessionnel. « Les faits religieux ne font l’objet d’aucun enseignement spécifique mais sont présents dans les programmes de nombreuses disciplines, comme l’histoire, les lettres, l’histoire des arts ou la philosophie car ils sont un des éléments de compréhension de notre patrimoine culturel et du monde contemporain ». (Ministère de l’éducation nationale).

Quant à ne pas aligner les religions dans un relativisme prudent, qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

Le voile, toujours le voile

Les propos prêtés à Laurent Bouvet, professeur de science politique à l’université Versailles-Saint-Quentin (Yvelines) et cofondateur de l’association Le Printemps républicain, sont du même comptoir : « il serait bon que les enseignants abordent la question du sens, sur le voile par exemple ». « Mais peut-on garantir qu’ils auront à cœur de le faire ? Qu’ils auront la rationalité nécessaire ? interroge-t-il. Dans l’enseignement supérieur, de nombreuses thèses de jeunes chercheurs (sur le genre, sur le postcolonialisme, etc.) sont devenues majoritaires. Elles affirmeront, pour le voile comme pour la minijupe, que ce sont des outils d’émancipation pour les jeunes filles. Et on retrouve ces arguments dans la bouche d’hommes de gauche. Beaucoup de ces formateurs font de l’islam la religion des opprimés. »

Si on essaie de traduire ce gloubi-boulga, les enseignants devraient affirmer que le foulard sur la tête d’une supposée musulmane est un signe religieux quasi prosélyte. Mais que les formateurs d’enseignants pervertis par les recherches en vogue (genre, postcolonialisme), feraient de l’islam la religion des opprimés – tels de vils islamo-gauchistes – et seraient donc totalement incapables de donner aux futurs enseignants ce fameux « sens » du voile !

J. P. Obin a fait des adeptes de la généralisation avec une représentante de la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) qui dit « qu’il y a en effet beaucoup de revendications de jeunes parents, sans compter l’augmentation des demandes de dispenses de cours (en éducation physique par exemple), et l’explosion de l’instruction à domicile » sans apporter quelque donnée que ce soit pour étayer ces affirmations (celle sur l’explosion de l’instruction à domicile semblant la plus hasardeuse).

Pour terminer, les « sages » saluent « la démarche des enseignants qui invitent à leur cours des personnalités – un rescapé de la Shoah, ou Latifa Ibn Ziaten », la mère de la première victime de Mohammed Merah, qui intervient régulièrement en milieu scolaire dans le cadre de la prévention et de la lutte contre la radicalisation. Surgit alors cette suggestion : « Pour cette dernière, on peut souhaiter qu’elle enlève son voile en entrant dans la classe, serait-elle ouverte à cette proposition ? ».

Faut-il préciser à M. Bouvet que Mme Ibn Ziaten porte un foulard en signe de deuil ?

 

 

* Avant le vote de la loi de 2004 – dite loi Stasi – j’avais provoqué un échange entre Jean-Pierre OBIN, qui était encore un membre éminent d’Education et Devenir, et Jean-Pierre ROSENCZVEIG, juge pour enfants et grand militant des droits de l’enfant. L’IG était chaud partisan de l’interdiction du voile à l’école, le juge contre.

 

NB Madame ibn Ziaten avait aussi subi des attaques lors d'une réunion au sein de l'Assemblée Nationale.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 15:03
Quand les sénateurs UMP lancent une commission d’enquête sur l’école

Au lendemain de l’attentat du 7 janvier 2015, B. Retailleau, chef de file des sénateurs UMP, a demandé une commission d’enquête sur le non respect de la minute de silence ! A ce jour, elle est toujours en cours, mais les déclarations de son rapporteur font augurer un texte qui réjouira les rétropenseurs. Quant au laïcisme liberticide, on risque aussi de le voir recommandé.

 

Le Brutus du bocage qui préside aussi le groupe UMP du Sénat s’est donc offusqué que la minute de silence décidée au lendemain de l'attentat du 7 janvier 2015 pour rendre hommage aux victimes ait été perturbée dans certains établissements scolaires. Surtout, il soupçonne que les 200 incidents signalés aient été sous-estimés par le ministère de l’Education Nationale, dirigée par une ministre qui est, après la Garde des Sceaux, la cible privilégiée de l’UMP. « Ces incidents ont mis au jour un malaise plus profond caractérisant l'éloignement d'un nombre croissant d'élèves de la morale républicaine. Ainsi, il semble nécessaire de proposer les mesures permettant aux enseignants d'assurer leurs missions de transmission des valeurs de la République et du principe de laïcité ainsi que d'acquisition des savoirs… ». Il fallut donc, toute affaire cessante, constituer une commission d’enquête parlementaire sur les menaces qui pèsent sur l’école républicaine !

 

La commission a été mise en place le 20 janvier ; elle poursuit ses auditions.

Sus au constructivisme, au pédagogisme

 

  Parmi les auditionnés, on découvre des sous-Brighelli* dont l’arrogance n’a d’égale que l’inexpérience. Ainsi d’un François-Xavier Bellamy, militant affiché de la manif anti mariage pour tous et des veilleurs, ancien scout d’europe, branche intégriste du scoutisme, qui déclare sans rire : « Pour lutter contre le sexisme, les élèves doivent entendre parler, par exemple, de la figure de Jeanne d'Arc, lire quelques pages de son procès. » Ou un Loys Bonod dont le seul titre de gloire est de tenir un blog où la stupidité le dispute à la malhonnêteté (intellectuelle) dont témoignent ses propos : « On a mis en place une entreprise de déconstruction de l'école. Bizarrement, elle passe par la notion de constructivisme, qui a déjà été abordée devant votre commission par François-Xavier Bellamy. Le constructivisme repose sur l'idée que l'enfant doit apprendre à apprendre seul et que le professeur n'est plus qu'un guide, un accompagnateur, un médiateur. » Mensonge recuit des z’hérauts de la rétropensée.

 

 Sauf que le rapporteur, le sénateur Grosperrin, non seulement approuve, mais en rajoute une couche sur ce qu’il nomme le pédagogisme. « Je pense en particulier à un enseignant de la région lyonnaise [entendez P. Meirieu] qui a eu un écho très favorable auprès des enseignants du primaire, qui a trompé les enseignants et a considéré comme une révolution copernicienne le fait de placer l'enfant au centre du processus éducatif. On ne parlait plus des matières ; il fallait que l'enfant soit bien, soit heureux. »

Un concentré de sottises qu’Antoine Prost, dans son « Eloge des pédagogues » a fort élégamment démontées. Mais notre rapporteur poursuivra sur la même veine au fil des auditions : « Nous nous sommes trop éloignés des principes fondateurs de l'instruction au profit d'un pédagogisme qui a chassé les contenus. » « Au nom de ce principe d'égalité on assiste à une baisse du niveau et à une remise en cause de l'excellence. » « Vous avez dit que l'école éduque. Je ne suis pas sûr que cela soit son rôle premier. Elle ne peut éduquer, à mon sens, que si elle instruit ; on a souvent eu tendance à l'oublier. »

 

  Là il se fera ramasser par Laurence Loeffel, IGEN  « Je récuse l'opposition entre éducation et instruction. (…) Cette opposition s'est, au fil du temps, idéologisée, ce qui ne me semble pas le meilleur moyen de penser de manière objective les problèmes de l'école. (…) le clivage entre instruction et éducation est un faux clivage : l'école a toujours eu pour mission d'éduquer. Voyez l'école primaire de la IIIème République : tous les enseignements, y compris scientifiques, ont été construits comme des enseignements dont la finalité élective était une éducation aux valeurs de la raison, de la rationalité, du progrès. »

Mais comment peut-on être Persan, pardon Turc ?

Mais comment peut-on être Persan, pardon Turc ?

Hé mon Longuet !

 

Gérard Longuet, ancien d’Occident, du GUD, d’Ordre Nouveau, du Front National, mais néanmoins honorable ancien ministre des Postes et des Armées a égayé de ses saillies la commission. Un interlocuteur évoque-t-il les religieuses ou les infirmières aux cheveux cachés, qu’il rétorque : « La coiffe peut avoir des raisons professionnelles, climatiques, ou de singularité et de soumission. Les sœurs appartiennent à Dieu et font vœu de célibat : leur voile s'en veut le témoignage. Ce qui choque dans le voile islamique, c'est qu'il n'a ni raison climatique, ni de soumission particulière, mais exprime l'appartenance à une société qui, profondément, n'est pas la nôtre. »  Car, au cas où ça vous aurait échappé : « Il y a plusieurs dizaines de siècles que nous sommes sur cette terre ; nous avons le sentiment d'en avoir fait quelque chose et ne voulons pas que cela disparaisse. (…) la France a été, entre le baptême de Clovis et la loi de 1905, un pays majoritairement catholique romain. C'est notre héritage, il n'est pas négligeable, ni inférieur à l'héritage africain, océanien ou antillais. »**

A noter quand même que en Océanie comme aux Antilles, il y a des territoires français.

Que la laïcité soit évoquée dans une commission initiée par un fruit et suppôt de l’école confessionnelle vendéenne et qui comptait dans ses rangs le Sénateur Carle n’est pas le moindre des paradoxes.

Baubérot et Pena-Ruiz, entendus le même jour, ont donné leur approche différente de la notion de laïcité. Jean-Louis Bianco, président de l’observatoire de la laïcité, en donne une définition, à mon sens, satisfaisante : « La laïcité, c'est d'abord la liberté de croire ou de ne pas croire et la liberté de manifester sa croyance pour autant que cela n'empiète pas sur la liberté d'autrui ; ensuite, la neutralité de l'État vis-à-vis des religions ; enfin, la citoyenneté, l'égalité de droits et de devoirs. »

Mais cela n’était qu’amuse-gueules. Ramadan, halal, voile, voilà qui est autrement excitant.

 

  Surprise, pour le principal que je fus, quand Mme Marie-Françoise Perol-Dumont déclare qu’il lui est « arrivé comme présidente de conseil général de devoir répondre à la demande de certaines familles de collégiens qui souhaitaient déduire les jours de ramadan des jours de cantine ». Que je sache, ce qu’on appelait les ‘remises d’ordre’ sur le forfait de la cantine – des déductions en cas d’absence pour maladie par exemple – était du ressort de l’établissement et non du conseil général. Et si un collégien ne mange pas à la cantine pendant un mois fut-il lunaire, le problème n’est pas dans la déduction des jours de cantine !

 

Se greffe la question des menus alternatifs en cas de porc au menu. « Certains mangent casher ; d'autres mangent hallal. D'autres encore mangent bio ou sont végétariens. Les revendications sont donc multiples ; elles ne concernent pas seulement la viande hallal. » précise Pierre N'Gahane. Et Jean Baubérot rappelle que « même Émile Combes, ce partisan de la laïcité la plus intransigeante, avait signé une circulaire prévoyant l'absence de viande dans les cantines le vendredi, pour faire preuve de libéralisme politique mais aussi par intérêt bien compris, pour éviter que les enfants n'aillent dans les écoles congréganistes. Il nous faut inventer les mêmes genres d'accommodements aujourd'hui : proposer un menu végétarien - pas hallal ou casher, ce serait trop compliqué ! - à côté du menu habituel résoudrait bien des choses. »

Obsession textile

La fureur anti fichu va se déployer sur deux fronts principaux. Les mamans dites voilées et les étudiantes itou.

 

Pas de mamans à voile dans nos sorties scolaire !

 

Quittant les hauteurs spéculatives, H. Pena-Ruiz considère que « Lorsqu'on prétend que des mères voilées peuvent bien accompagner leur enfant dans le cadre d'un voyage scolaire (…), il faut garder à l'esprit qu'elles assurent des fonctions d'accompagnatrices au nom de l'État et doivent, à ce titre, être tenues à la même neutralité vestimentaire que les enseignants ».

 

Approuvé en cela par une présidente de commission qui en rajoute une couche par la preuve assurantielle ! « Toute personne qui accompagne relève de l'assurance scolaire de l'école (…). Cette dimension assurantielle vaut, à mes yeux, soumission aux principes du service public ou de la délégation de service public. »

 

Si l’on arrête un moment de ramer, car là on attaque la falaise, et qu’on essaie de revenir à la triviale réalité de nos maternelles, de quoi s’agit-il ? Pour une sortie vers la médiathèque ou l’espace théâtral, de solliciter des parents pour aider à sécuriser le déplacement. Des mamans le plus souvent. Mamans qui, voilées ou pas, accompagnent leur enfant à la maternelle. Que donc tous les autres enfants ont déjà vues avec ou sans un foulard sur la tête.

 

  Et comme le rappelle aussi J. Baubérot, va-t-on interdire l’accès aux établissements publics à Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat Imad, tué par Mohamed Merah ? Elle intervient dans les écoles pour expliquer que le djihad consiste non pas à aller en Syrie mais à faire un effort sur soi-même. Faut-il avoir son fils tué pour voir ses droits de citoyenne respectés ?

 

Pas d’étudiantes à voile dans nos campus !

Deuxième front de nos grands laïcistes – bien qu’un peu en dehors de l’objet de la commission d’enquête – l’affreux voile à l’université.

 

Et là, stupeur et consternation, en 1ère ligne Jean-Pierre Obin.

Il est vrai que son rapport de 2004 a été complaisamment cité et re-cité par des sénateurs UMP (oubliant un peu que ce fut Fillon qui le mit sous le boisseau). Et bien qu’il ait précisé que son « étude ne peut prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements », il a glosé devant la commission comme si elle était un reflet global d’une situation calamiteuse.

Et surtout, et alors que ça n’avait rien à voir avec son rapport, Obin a plaidé pour que le Gouvernement étende aux universités la loi de 2004 sur les signes ostentatoires religieux. « Il faut souligner qu'une grande partie de l'enseignement supérieur est déjà soumise à la loi de 2004, qu'il s'agisse des classes préparatoires, des BTS ou des autres formations qui ont lieu dans les lycées (soit 20 % des étudiants). »

Le sophisme*** est un modèle du genre : la loi de 2004 interdisant le port du foulard qualifié d’islamique pour les élèves des établissements scolaires, cette interdiction a été étendue aux étudiantes de prépas ou BTS puisque, comme elles fréquentaient les mêmes locaux et espaces, la coexistence de deux situations eût été ingérable. Mais comme des étudiantes sont soumises à l’interdiction, il faut l’étendre à toutes les étudiantes.

 

C’est la position du Grand Maître de la principale obédience maçonnique : « Le Grand Orient de France a pris position contre le port du voile à l'université. Certes, les étudiants sont majeurs et les universités doivent continuer s'administrer librement. Mais l'interdiction du voile s'applique déjà, dans les lycées, aux élèves des classes préparatoires, qui relèvent de l'enseignement supérieur, et aux élèves majeurs de terminale. La question se pose donc ».

 

La question ne se pose que pour ceux qui, tout en clamant que loin de revêtir la moindre dimension punitive, la laïcité doit constituer un facteur d'émancipation, poussent toujours à l’extension sans fin du domaine des interdictions.

Parmi ces interdictions une des plus cocasses consiste à proscrire tout qualificatif au mot même de laïcité. Ainsi puis-je chanter la liberté chérie, protester que l’égalité est souvent formelle et la fraternité fictive, mais oser revendiquer une laïcité ouverte, sacrilège !

 

Commettons donc l’irréparable en plagiant les propos d’un québécois –Québec le pays des honnis accommodements raisonnables, attendez-vous au pire :

Laïcité ouverte donc pour toutes particularités sans conséquences juridiques effectives: arbres de Noël, menora, citrouilles d’Halloween, ramadan, croix dans le cou, grigris, papillotes, fétiches, totems et statues, moulins à prières, voiles, hidjab, tchador, sari, brimborions et colifichets, minarets et clochers, yoga, occultisme, horoscope, tarots divinatoires, pèlerinages, baptême collectif en piscine olympique, les chrysanthèmes du culte, en un mot (on peut supposer que ces fleurs ont une autre signification symbolique outre-Atlantique).

Laïcité définie et fermement imposée par l’état de Droit,  dans le strict espace de portée juridique citoyenne: droits des femmes, droits des enfants, instruction publique, soins hospitaliers, banques, héritage, justice, vie politique, neutralité intégrale de tous les corps administratifs, code civil, code criminel, impôt et taxation, etc…. les choses sérieuses du tout de la vie civile, en un mot.

 

* Dans le genre, l’éminent mathématicien, Laurent Lafforgue, vaut son pesant d’équations : «  Je n'ai jamais enseigné dans une école, un collège ou un lycée (..). Je me suis rendu compte que cette école à laquelle ma famille et moi devions tant, et que nous avions tant aimée, était en voie de destruction rapide (..). L'état dans lequel plus de cinquante ans de politique destructrice - à mon avis - ont mis l'école publique et les écoles privées sous contrat est tel qu'employer à leur propos l'adjectif « républicain » déconsidère la République (..). Moi qui ignorais jusqu'à l'existence des écoles hors contrat, j'en suis amené à concentrer mon énergie à les soutenir. La présentation, par le fondateur d'une école de ce type, de son programme, m'a frappé par son bon sens. » Faut-il lui rappeler qu’il est le fruit de cette école, puisque, vu sa date de naissance, il n’a pas connu l’âge d’or de l’école d’il y a cinquante ans !

 

** S’agissant de l’autorité supposée perdue du professeur, il vaticinera à partir de son expérience de Ministre de la Poste puis des Armées. Finkielkraut lui a l’explication sur cette perte : « les professeurs doivent retrouver l'autorité qui leur manque aujourd'hui, par exemple le droit de faire redoubler les élèves. Toute une série d'études paraît pour indiquer que le redoublement s'avère catastrophique, fournissant bien souvent l'argumentaire des parents pour faire appel de la décision de redoublement de leurs enfants. Les professeurs sont alors complètement démunis et l'existence de niveaux différents dans les classes implique l'alignement sur celui le plus faible, puisqu'on ne souhaite pas laisser les élèves en difficulté au bord du chemin. Toujours ce syndrome égalitaire à l'aune duquel on regarde la réalité à travers les yeux du plus faible ! » Oser parler de "syndrome égalitaire", devant une commission d’enquête qui s’inquiète des pertes des valeurs républicaines dans notre école, relève-t-il d’autre chose que de la négation même de ces valeurs ?

 

*** Dans le genre Slama fait encore plus fort : «  La loi Debré de 1959 sur l'école privée a été remarquablement astucieuse. Elle prévoit le financement de l'école privée, dans la mesure où il n'est pas de liberté formelle qui n'éprouve le besoin de sa consécration dans un exercice réel. Mais il y a des contraintes posées par contrat. Il y a des lieux où le caractère propre de l'établissement prime, d'autres où c'est la règle de la République qui s'impose. L'esprit de cette loi est resté. La proposition de loi étendant le principe de neutralité religieuse aux structures de petite enfance recevant des financements publics ne me choquait pas. Dès lors qu'il y a financement de l'État, ce dernier est en droit d'exiger une neutralité. Cette conception de la laïcité nous est propre : l'État neutralise la sphère publique. » Tout aussi hors sujet puisque les crèches ne sont pas du ressort de la commission, mais la finesse du rai(è)sonnement subjugue.  On passe de la subtilité (?) de la Loi Debré à un mécanisme brutal qui, appliqué à la lettre, voudrait dire que toute association recevant peu ou prou des subventions publiques est soumise au devoir de neutralité qui s’impose aux services publics. L’école privée, elle, pouvant continuer d’afficher son peu neutre caractère propre.

 

NB Parmi les auditionnés on peut noter aussi Nathalie MONS (CNESCO) et Philippe WATRELOT, Président du CRAP-Cahiers Pédagogiques.

Philippe MEIRIEU a aussi été entendu.

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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 07:46
Photo "Le Dauphiné"

Photo "Le Dauphiné"

Tablo-grapho maniaque, je fus, autrefois, un praticien des Indicateurs pour le pilotage des établissements secondaires (IPES), des plus convaincus. Et comme j’ai le cerveau lent, Jean-Claude Emin, un des maîtres d'oeuvre de ces IPES, peut témoigner de mon assiduité à conférence, séminaire et stage sur le sujet. J’ai quand même réussi à en tirer un site (personnel d’abord puis incorporé dans un site académique) sur les outils pour piloter l’EPLE. Obsolète bien sûr. Et voilà qu’au hasard d’un coup d’œil sur le Huffington Post, je suis tombé sur une article d’une ex-collègue, mais bien plus prestigieuse, Madame Katia Blas*, « Qui, encore, pour croire au classement des lycées? » (08/04/14), qui a ranimé ma flamme IPESsienne.

 

Eternel marronnier, les résultats complets du bac dans tous les établissements de France. Autrefois, du temps du Monde de l’éducation, la légende disait que le mensuel faisait la moitié de son chiffre de ventes annuel sur le « palmarès du bac ». L’Express, entre deux numéros sur les francs-maçons, renifla le filon.

 

Le ministère sous l’impulsion  de Claude Thélot, sauf erreur, et d’une équipe de la DEPP mettant sur pied une batterie d’indicateurs de pilotage pour les établissements secondaires (IPES), tenta de dépasser le stupide « palmarès » qui faisait que les grands lycées – Henri IV, Louis-le-Grand, etc. à Paris, Clemenceau à Nantes, Corneille à Rouen… - au recrutement dans les quartiers huppés ou des établissements privés qui pratiquaient le tri sélectif (sélection à l’entrée, élimination en cours de route) soient en tête du palmarès. L’ambition des trois indicateurs était même de jeter ce classement ridicule à la poubelle.

 

Il n’en a rien, été, bien sûr. Ainsi voit-on, L’étudiant, à partir des trois indicateurs du ministère, mettre des coefficients, noter sur 20 et faire la moyenne. Son classement, favorable au privé, permet de noter que les établissements baptisés « Saint-Joseph » ont une chance de cocu. Le Parisien, lui, ne retient que la valeur ajoutée sur le 1er indicateur, le résultat au bac. Enfin, chacun fait sa petite salade pour délivrer son classement national ou régional.

Palmarès ? Classement ? ou seulement indicateurs ? le bac et ses résultats

Mais que sont donc ces indicateurs ministériels qui tombent fin mars ? et quelle est donc cette « valeur ajoutée » ?

Trois indicateurs : les résultats au bac bien sûr, le taux d’accès de la seconde et de la première au bac, la proportion de bacheliers parmi les sortants de l’établissement à tout niveau. Et les trois indicateurs sont comparés à des moyennes académiques et nationales qui tiennent compte de l’âge, de la PCS d’origine et des résultats au brevet des collèges (DNB). En comparant les résultats du lycée avec ces moyennes on détermine une valeur ajoutée** (ou soustraite). Passons sur la méthode de calcul, on peut faire confiance aux statisticiens de la DEPP. Reste évidemment le recueil des données. Fiable à 99,99% pour l’âge, à peu près autant pour le Brevet, mais plus suspect pour la PCS (Profession et catégorie sociale ex CSP).

 

C’est ce qu’objecte Mme Katia Blas (ex-proviseure) : « Quand le métier du père est déclaré « peintre », s'agit-il d'un milieu artistique, d'un ouvrier peintre en bâtiment ou d'un patron d'une entreprise de peinture ravalement? » Outre qu’il est peu probable que le Picasso ne précise pas qu’il est artiste et que le patron ne le dise pas non plus, les PCS sont regroupés dans de grands agrégats qui font que si la secrétaire coche O.P. pour opérateur alors qu’il s’agit d’une appellation nouvelle pour les O.S., cela ne changera rien. On pourrait objecter que d’autres facteurs sont aussi, voire plus pertinents pour influer sur la réussite scolaire, comme le niveau d’études de la mère ou la place dans la phratrie. Mais la DEPP a voulu justement utiliser des facteurs robustes et disponibles.

 

Mais Madame Blas va plus loin : « Un indicateur introduit par le ministère pour contrecarrer cette pratique [obtenir un taux élevé de réussite brute en éliminant des élèves] a été "l'indice de stabilité dans l'établissement", c'est-à-dire que le taux de réussite au bac est corrélé au nombre d'élèves entrés en seconde... Astucieux? Oui, sauf que le nombre d'élèves de seconde pris en compte N'EST PAS celui de N-2, mais celui de l'année en cours et défavorise ainsi les établissements qui grossissent. ».

 

Ayant commis pour mon académie, il y a une quinzaine d’années un morceau de site internet consacré aux IPES (disparu corps et biens), j’ai eu quelque peine à reconnaître ce prétendu « indice ». Avant de replonger dans mon obsolète production, j’ai eu recours au site ministériel. Le descriptif de l’indicateur sur le taux d'accès au baccalauréat n’a qu’un rapport lointain avec l’indice qu’elle a inventé. Indice d’ailleurs que chaque établissement, s’il fait un suivi des cohortes d’élèves, peut calculer lui-même : que deviennent les élèves que j’accueille en 6e pour un collège, en 2de pour un lycée à N+1,2,3,4, voire plus, si affinités ? (Dans les années 60, le vénérable Lycée David d’Angers dont je vous laisse deviner la localisation, lycée de centre-ville, a su mener jusqu’au bac un gars de mon bled en 6 ans, deux secondes, deux premières, deux terminales).

Cohortes fictives, mais vrai indicateur !

Mais s’agissant de ce taux d’accès, il s’agit de « cohortes fictives ». Il calcule le taux d’accès brut d’un niveau à l’autre. Par exemple, sur 100 élèves de seconde 87 passent en 1ère et 11 redoublent ; sur 101 en 1ère, la même année, 84 passent en terminales et 3 redoublent,  et sur 87 en terminales 76 ont le bac et 9 redoublent, on calcule un taux brut de 2de en 1ère, en divisant 87 par 89, c’est-à-dire par le nombre total d’élèves de seconde (100) moins les doublants (11) et ainsi de suite. La multiplication des trois taux d’accès bruts donnera le taux d’accès brut global de la seconde au bac, ici 0,82, autrement dit l’élève de seconde de ce lycée a 82% de chances d’avoir son bac en restant dans ce même lycée.

Les explications qu’elle dit avoir eu du ministère soit elle les avait mal comprises soit elle n’avait pas voulu les comprendre.

 

Là encore, on peut objecter que les taux bruts observés la même année peuvent être démentis en fait deux ans après pour l’élève de seconde. L’indicateur ne se veut pas prédictif mais diagnostique. En cas d’écart significatif et négatif avec ce qu’on peut attendre, il doit logiquement amener à corriger le tir.

 

Il ne s’agit bien sûr pas de « croire », il s’agit de se situer et d’analyser. Ces indicateurs bacs ont certes eu pour but premier de mettre fin à un palmarès brut de brut des taux de réussite au bac qui faisaient donc que les « grands » lycées qui recrutaient dans les quartiers les plus huppés ou les établissements privés qui triaient et éliminaient étaient au sommet du palmarès. Ils répondaient en même temps à une nécessité en démocratie qui est de rendre compte.

Leur but aussi, comme l’ensemble des indicateurs, est d’aider les établissements à y voir plus clair et, s’il le faut à corriger la trajectoire.

Il ne les dispense pas d’avoir leurs propres outils pour essayer de mesurer leur valeur ajoutée en joie d’apprendre et plaisir d’enseigner de leurs élèves et enseignants, par exemple.

 

 

 

* Katia Blas, professeur d’Allemand, puis personnel de direction, a connu la redoutable épreuve de diriger le Lycée Balzac à Paris.

Balzac est un établissement contrasté, "car, même si on se refuse à l'admettre, deux établissements coexistent en un", expliquait-elle au Monde. D'un côté un collège-lycée de quartier, avec 60% de réussite au brevet et au baccalauréat. De l'autre, un collège-lycée international, avec des sections espagnole, allemande, anglaise, italienne, arabe et portugaise, sélectionnant des adolescents bilingues, frôlant les 100% de réussite au baccalauréat et raflant les mentions. Pour encadrer, une majorité de professeurs de l'éducation nationale côtoit des enseignants recrutés et rémunérés par leurs ambassades dans les sections portugaise, espagnole et italienne.

Conformément à sa lettre de mission, K. Blas a voulu "Mettre en articulation les sections internationales et les sections générales. Doter Balzac d'un projet fondé sur la mixité scolaire et sociale. Autrement dit, répartir les bons élèves dans toutes les classes, faire disparaître les classes poubelles."

  A peine eût-elle émis cette volonté qu’elle fut ignoblement descendue par « Causeur » dans un article qui est un condensé d’abjections. Dénonçant, le cancer de la bien-pensance égalitariste qui ronge la société française, il décrit le Collège-Lycée Honoré de Balzac (Porte de Clichy à Paris) comme formé pour moitié d’élèves bilingues, qui intègrent Balzac en 6e grâce à leur maîtrise parfaite d’une langue étrangère et à un dossier scolaire immaculé, pour l’autre des élèves issus du quartier avec un fort pourcentage de cancres en difficulté. Parmi ces cancres, il y a bien entendu quelques brutes encagoulées qui n’hésitent pas à mettre des baffes aux « bouffons » des classes internationales, voire à leur piquer leurs Choco BN, quand ce n’est pas leur portable. Avec un aplomb digne d’un Benoît Hamon expliquant son projet « d’égalité réelle », Madame Blas s’est émue des différences de résultats entre les classes « d’élite » (93% de reçus au brevet) et les classes générales (à peine 45%). Pour la proviseure l’idée même de classes d’élites est insupportable. Comme de bien entendu, le mot « discrimination » fait partie de son vocabulaire. Mme Polony du Figaro s’est empressée de faire écho à ces saloperies.

A la rentrée suivante, Mme Blas a tenté de mixer les 6e, par exemple, 16 de Section Générale dont 6 bilangue (c’est-à-dire démarrant simultanément les deux langues dès la 6e) allemand-anglais, 11 de Section Internationale anglais. Elle a été balayée en novembre par une longue grève des enseignants et des élèves du lycée. Son successeur s’est empressé de faire marche arrière ne prolongeant même pas les 6e dites mixées en 5e !

De l’apartheid scolaire comme idéal !

Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire intervenant devant une salle comble de parents sur le thème de  la mixité, a été frappé par la virulence de quelques- uns. "J'ai passé une demi-journée à expliquer que mélanger les niveaux, ça profite aux élèves les plus fragiles sans pénaliser les meilleurs... et rien, dans mon exposé, n'a retenu  leur attention, se souvient-il. Je reste persuadé que pour certains, la solution passe par la scission pure et simple de l'établissement." (Le Monde)

Palmarès ? Classement ? ou seulement indicateurs ? le bac et ses résultats

** Valeur ajoutée : Il ne s’agit pas de comparer, bien sûr, avec une moyenne brute, mais avec une "référence", une moyenne recomposée : quel résultat auraient eu mes terminales s’ils avaient tous obtenus la moyenne académique ou nationale correspondant à leur âge, PCS et résultats au brevet ? Si le résultat réel est supérieur à telle ou telle référence, il y a « valeur ajoutée ».

 

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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 16:46

Un collègue et néanmoins ami, à moins que ce soit l’inverse, nouvellement nommé dans un collège ZEP décrit une situation très inquiétante : inscriptions odieuses visant une collaboratrice, cailliassage des logements de fonction, début d’incendie de nuit dans le collège, ce qui démontre qu’après des années de rodomontades de l’ex-ministre de l’intérieur, la situation loin de s’améliorer, se dégrade encore.

 

Implicitement, il met cette montée de la violence en parallèle avec une montée de l’ "islamisme" : maman maintenant voilée alors qu’elle ne l’était pas, demande de viande hallal, réaction de bigotisme musulman d’une élève, tag « vive l’Algérie et le Maroc » (l’union de ces deux pays dans la même inscription ne reflète pas la franche inimitié qui les unit !). Ce qui montrerait, que contrairement à ce que semble croire notre chanoine de Latran, la montée de l’emprise du religieux n’est pas synonyme d’apaisement, pour autant que les deux phénomènes soient corrélés.

Un autre ami et néanmoins collègue, lui aussi en ZEP, constate que le trafic de substances interdites est plus garant de la tranquillité du quartier. L’opium du peuple est moins efficace que les marchands d’opium (bien sûr, il s’agit plutôt de shit ou de coke).

 

Trouvé sur un site de droite extrême (à noter que la photo a été pillée sur un ancien site d'Education & devenir, prise à Lille en 2003 par votre servieteur)

 

Le 1er invitait à une relecture du « rapport Obin ». Dans ma réponse – bien qu’il se défendait de généraliser, c’était, de mon point de vue, le sens général de son message et de cette référence – je lui disais assez banalement : ton expérience - et tu le sais, venant comme tu dis, d'un établissement dans un contexte plus serein - ne décrit pas obligatoirement la réalité, tout aussi difficile mais autre, que certains peuvent vivre dans d'autres ZEP.

Ce que confirmait son collègue qui lui se trouve face au conflit entre enseignants qui veulent enseigner et élèves qui ne veulent ou ne peuvent faire les efforts demandés et affronte donc de nombreuses difficultés de vie scolaire.

 

Puisque le rapport Obin était cité, je rappelais que, d’entrée, il y était indiqué qu’il n’avait pas valeur de sondage scientifique, même si son auteur a eu tendance à oublier cette précaution méthodologique*.

 

Quelle politique de civilisations ?

Etait cité aussi une opinion de Samir Naïr, dans Libé (http://www.liberation.fr/rebonds/304626.FR.php) Quelle politique de civilisations ? qui était supposée me faire hurler. Je répondais donc que certes, en filigrane, on pouvait retrouver des thémes propres aux soi-disant Rrrrrrépublicains (« un rôle accru de l’Etat en tant que vecteur du bien-être collectif » comme si les autres collectivités territoriales, sous réserve d’un système de péréquation, ne pouvaient aussi être ces «vecteurs », mais tu le vois, tu me pousses à chercher la petite bête). Remplacer la très mauvaise traduction d’affirmative action, cette discrimination positive, par redistributions ciblées non pas sectorielles mais vers les banlieues stigmatisées, les quartiers marginalisés ou les zones urbaine abandonnées pourquoi hurler ?

Puis-je avouer que cette idée d’un espace public laïc, qui respecte croyants et non-croyants, constituant l’horizon indépassable de la liberté de conscience est d’une généralité telle que je ne vois là rien qui puisse me faire sortir de mes gonds ?

Mais le fait même que ce point de vue soit supposé me faire bondir démontrait un sérieux malentendu sur ce que j’ai pu commettre sur la laïcité.

 

Laissons de côté, la conception des soi-disant rrrépublicains qui, dans un amalgame qui ressemble à de la bouillie pour les chats, récusent le droit à se réclamer de la laïcité si, par exemple, on n’est pas noniste. Ce n’est plus de laïcité qu’il s’agit, mais de sectarisme.

En revanche, la distinction entre public (« espace public laïc » écrit Sami Naïr) et privé (domaine des convictions religieuses et/ou philosophiques), que j’ai récusée, en m’appuyant notamment sur la Loi de 1905 et les débats qui l’accompagnèrent, a peut-être été la cause de ce malentendu.

 

une-marianne.jpg

Entre deux trains, je me suis laissé attirer par la couverture de Marianne (hebdo que je ne prise guère : le centrisme imprécateur de son fondateur me hérissant, sans parler de la dame Polony, plus Brighellienne que Brighelli).

Dans un long article sur le discours du chanoine de Latran (discours qui date du 20 décembre, l’article du 19 janvier), je suis tombé sur un encadré « Propos blessants » de Catherine Kintzler**. Il permet de bien éclaircir cette question en distinguant la puissance publique et l’espace civil. « La loi, la puissance publique, les affaires politiques sont disjointes de toute croyance et de toute incroyance […] en conséquence la puissance publique s’oblige à un devoir d’abstention. C’est précisément en vertu de cette abstention […] que, partout ailleurs dans la société civile, les opinions, les croyances et incroyances sont libres » dans le respect de la loi.

 

Je n’échapperais pas, cependant, à une lecture symptomale, comme disait le camarade J. Julliard, à laquelle je dois sans doute aussi me livrer. Nobody is perfect !

 

* "Un commentaire méthodologique s’impose ici. Le panel d’établissements visités ne constitue donc en aucun cas un échantillon représentatif des établissements français, ni sur le plan de l’étude ni d’ailleurs sur aucun autre. […]

Cette étude ne peut donc prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements. Pour autant, les établissements visités constituent sans doute un panel assez représentatif de cette marge particulièrement active du système éducatif quant à l’objet de notre étude : ce sont le plus souvent des collèges, lycées et lycées professionnels qui recrutent la totalité ou une partie significative de leurs élèves dans des quartiers dont la « ghettoïsation » est largement entamée, voire achevée ; ce qui s’y joue, insistons-y, ne peut donc être généralisé." (page 6)

** Cette distinction ne règle évidemment pas tout car il faut savoir où se situe la "frontière" puissance publique/espace civil : en témoigne la nouvelle pseudo affaire du voile (Sus à la halde)

 

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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 17:45

1°) L’IGEN se débonde

 

Sur l’adéle – adresse électronique ou BALE Boîte A Lettres Electroniques - d’un site associatif dont je suis responsable, je découvre début janvier un courriel d’une « sarkodolâtre » avec un “Ouuuuuuuuuuuui!!!!” énamouré pour ne pas dire plus !

Comment résister à la tentation de diffuser cet étonnant spécimen de prose extatique ? Sobrement et en rouge, je me contente d’un « Reçu sur l’adéle du site » pariant sur l’intelligence du lecteur.

 

Pari risqué, car le lendemain je reçois un message peu amène d’un IGEN, J.-P. OBIN : « Bravo ! Après les prises de position pro-voile (aujourd'hui oubliées...) puis les violentes attaques anti-laïques, dont je suis régulièrement le destinataire, voici [que l’association] se fait maintenant le relais d'une propagande sarkozyste de caniveau de la pire espèce. Où s'arrêtera la dérive de l'association qu'à une époque j'ai contribué à animer ? Je suggère pour faire bonne mesure dans le propos haineux un peu d'antisémitisme style Dieudonné ou d'anti-France style les Indigènes de la République, ça ne peut qu'animer un peu la vie scolaire ! En tout cas je ne regrette pas d'être parti ! Tristesse et désolation. »

 

Tristesse et désolation, certes, devant une telle hargne, qui démontre, si besoin était, que la bêtise nous guette tous, même les brillants IGEN (pléonasme ?).

 

Mais, ce qui est intéressant, maintenant que la sarkodolâtre a vu son idole l’emporter est de s’arrêter un instant sur le contenu du message.

 

Retour en arrière donc.

Quelques dizaines de jeunes filles prétendaient aller en cours dans nos lycées, surtout, et parfois dans nos collèges, le chef couvert d’un foulard que l’on baptisa « voile islamique ». Certaines prétendaient aussi ne plus aller à la piscine, voire en EPS et même récusaient les cours de sciences. Il fallut donc, en résumant outrageusement,  convoquer une commission en 2003, dite Commission Stasi, du nom de son président. Grand débat donc : fallait-il une loi pour interdire ce fameux « voile » ou bien les lois en vigueur, précisées par une jurisprudence de plus en plus nourrie, suffisaient-elles ? Comme il se doit, le débat se transforma en une empoignade farouche. L’association « fautive » était sur la position de Jean Baubérot (membre de la commission qui s’abstint de voter pour une loi) estimant que la législation en vigueur n’avait pas besoin de s’alourdir. Notre IGEN, pour des raisons qu’il avait d’ailleurs pu parfaitement exprimer sur le site de l’association, était farouchement pour une loi. La loi fut votée : elle s’applique.

Mais, par un procédé dont fut justement victime J . Baubérot, l’IGEN accuse l’association de « prises de position pro-voile ». Si vous n’êtes pas d’accord entièrement avec moi, vous êtes donc l’adversaire absolu !

Cette dérive, un peu étonnante chez un intellectuel, se poursuit avec « de violentes attaques anti-laïques » dont il est destinataire. Il serait bien en mal – en tout cas, il ne l’a pas fait, ce qui empêche toute discussion – de citer dans les écrits ou sur le site ces honteuses attaques. Et s’il a bien été destinataire de messages dénonçant la collusion entre une nébuleuse laïcarde style Prochoix, Respublica ou l’UFAL (ceux là même qui continuent de poursuivre Baubérot de leur vindicte) et la nébuleuse des rétropenseurs de l’éducation (Brighelli et sa clique), lesdits messages étaient sous ma signature et ne se sont jamais présentés comme émanant en quoi que ce soit de l’association.

Et la « dérive » qu’il dénonce, s’applique donc bien à sa prose qui nous livre de « l’antifrance » comme au beau temps du pompidolisme, sans parler de l’infamante allusion à l’antisémitisme.

 

Mais pourquoi remuer tout cela qui a dix mois d’âge ?

 

Outre que ça m’est resté lourdement sur le jabot, ce qui ne fera ni chaud ni froid aux lecteur-trices s'il en reste, c’est à mon humble avis symptomatique d’une dérive globale des débats où affirmation vaut preuve, anathème argumentation, accusation excommunication (toute laïque qu’elle se prétende) !

 

Faut-il ajouter que je regrette, moi, qu’il soit parti – ou qu’on l’ai fait partir, comme je le soupçonne – car les divergences d’appréciation normales ne se seraient pas transformées en clivages insurmontables et l’association aurait profité d’une réflexion de haute tenue qui est le plus souvent la sienne quand notre IGEN ne se débonde pas ?

à suivre.....

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