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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 16:52

3) Maif, Pena-Ruiz, sphères publiques et privées, laïcité

2005, centenaire de la loi de 1905, a vu fleurir des commémorations diverses (et parfois divergentes). La MAIF pour célébrer l’évènement avait lancé une série de conférences dans les grandes villes.


En tant que sociétaire, je m’étais permis de poser deux questions :

1°) que la MAIF soit partie prenante de cet anniversaire certes, mais pourquoi, plutôt que cette initiative isolée, ne pas appuyer les initiatives des grandes associations laïques, telle que le Ligue de l’enseignement ?

2°) en admettant que cette initiative solitaire soit justifiée, pourquoi n’avoir choisi qu’un seul conférencier, M. Henri Pena-Ruiz.

Pas de réponse.

Le cycle de conférences se poursuivant en 2006, questions reposées, j’ai eu droit à une belle réponse très langue de bois, mais quand j’ai insisté sur le choix d’un seul conférencier, aussi éminent soit-il, à croire que pour la MAIF il n’y avait qu’un seul intervenant possible sur la Laïcité, silence total.

 

HPR est à la philosophie ce que Baubérot est à l’histoire « le » spécialiste de la laïcité. Mais, tandis que Baubérot sent le soufre (pensez il n’a pas approuvé la loi sur le foulard !), HPR est le guide suprême de toute une mouvance néo-républicaine défenseure farouche d’une laïcité tellement universelle qu’elle n’existe qu’en France.

 

Il est toujours étrange de lire que la religion, comme d’autres convictions spirituelles ou philosophiques, relèverait de la seule « sphère privée », alors qu’outre le fait que le culte catholique, par exemple, s’exerce publiquement, dans des édifices publics (entretenus d’ailleurs par l’état ou les communes), la déclaration universelle des droits de l’homme reconnaît le droit de manifester sa religion ou ses convictions (dans le respect des lois bien sûr). Si cette manifestation ne peut se faire que dans son « for intérieur » un tel droit serait bien inutile. Sauf à donner à cette sphère « privée » une extension qui débordera sur l’expression publique et donc privera la distinction public/privé de tout sens, cette césure est artificielle.

Faut-il ajouter que le Secours catholique – comme le Secours populaire, non confessionnel, lui – est reconnu d’utilité publique ? Qu’à la Libération et pendant toute la IVe République un parti politique, le MRP, se réclamait de la démocratie chrétienne ? La CFTC maintenue a toujours pignon sur rue.

 

En revanche, la puissance publique garantit à toutes les religions leur libre exercice, mais dans le respect du droit commun. Leurs dogmes doivent respecter ce droit et respecter le droit de leurs fidèles de s’y conformer ou pas. Et respecter le droit de quitter leur giron…

 

 

 

Mais puisque c’est mon « deblog » pourquoi résister à la tentation de m’autociter, dans une opinion parue dans Libé le 16 mai 2006 (intitulé par Libé « Vraie et fausse laïcité » et qui doit beaucoup à Aristide Briand) :

Le vicomte le Jolis de Villiers de Saintignon, qui voit des islamistes partout, aura eu le mérite d'obliger certains défenseurs de la laïcité à clarifier un peu leurs positions, dans une pétition "Contre un nouvel obscurantisme".

Certes cet appel à tous les citoyens, quelle que soit leur origine, à s'unir dans un combat républicain et laïque contre "l'intégrisme que représente l'islam politique liberticide et le racisme" n'a pas (encore ?) atténué chez certains des signataires un discours que l'on serait tenté de qualifier de sectaire. Ainsi "Respublica" dans le dernier envoi de sa Newsletter tombe à bras raccourcis sur le PS, avec des attaques violentes notamment contre Jean Glavany qui dit pourtant "la laïcité n'est pas un combat contre les religions mais contre les intégrismes" et, dans un esprit d'union, épingle "la girouette Manuel Valls" tournée vers La Mecque évidemment, pour conclure : "Si le PS peine à retrouver le chemin de la séparation des sectes et de l'Etat avec une telle équipe de bras cassés, les défenseurs de la laïcité sauront, eux, ne pas trouver le bulletin socialiste en 2007".

Cette loi de 1905, dont les signataires se prétendent les plus farouches défenseurs, on se demande parfois si certains l'ont lue. Ou au moins en ont saisi l'esprit. Qui mieux que celui qui fut la véritable cheville ouvrière de la commission qui l'a élaborée (Aristide Briand, bizarrement le grand oublié des "commémorateurs" purs et durs) pourrait le définir.

"Si minutieusement rédigée soit une loi aussi considérable, dont tous les effets doivent être prévus par des dispositions de droit civil, pénal et administratif, elle contient inévitablement des lacunes et soulève de nombreuses difficultés d'interprétation. Le juge saura, grâce à l'article placé en vedette de la réforme, dans quel esprit tous les autres ont été conçus et adoptés. Toutes les fois que l'intérêt de l'ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou le doute sur leur exacte application, c'est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur.

"Il n'y a plus d'autres limites au libre exercice des cultes que celles qui sont expressément édictées dans l'intérêt de l'ordre public par le projet de loi lui-même.

"Le projet que vous présente la majorité des membres de votre commission est de nature à vous faciliter la tâche. Conçu, discuté, voté avec un large esprit de tolérance et d'équité, il sauvegarde tout ensemble les légitimes respectables préoccupations des consciences et les intérêts des personnes et les droits supérieurs de l'Etat. Ce n'est pas une œuvre de passion, de représailles, de haine, mais de raison, de justice et de prudence combinées, à laquelle votre commission vous demande de vous associer.

"En le votant, vous ramènerez l'Etat à une juste appréciation de son rôle et de sa fonction ; vous rendez la République à la véritable tradition révolutionnaire et vous aurez accordé à l'Eglise ce qu'elle a seulement le droit d'exiger, à savoir la pleine liberté de s'organiser, de vivre, de se développer selon ses règles et par ses propres moyens, sans autre restriction que le respect des lois et de l'ordre public". Extraits de la présentation du projet de loi.

 

La clarification est donc à poursuivre : cette laïcité, sous la bannière de laquelle on nous invite à nous unir, est-ce bien celle qui a présidé à l'élaboration de la loi de 1905 ? Et l'adjectif "républicain" renvoie-t-il aux grands acquis de la République dont la liberté d'expression ? Ou se réfère-t-il à une conception étriquée qui pollue le débat sur l'école en opposant bizarrement les "républicains" aux "pédagogues" ?

 

Peut-être est-ce cela que mon IGEN, Jean-Pierre Obin, qualifiait de « violentes attaques anti-laïques » ?

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