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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 16:44
A Propos du Burkini

Contribution de Yoland SIMON

Retour de ces débats dont nous semblons friands. Après le voile, le burkini, qu’ici et là on se propose d’interdire. Il faudrait peut-être, avant de se prononcer sur le sujet, revenir sur ce mot valise. On peut penser qu’appeler autrement ce costume de bain eût évité bien des polémiques. En effet, la référence à la burka, cette tenue honnie, et rendue célèbre par des Talibans dont on connaît la cruauté fanatique, agit comme un repoussoir. L’associer au bikini, si décrié naguère par les tenants de l’ordre moral, relève d’une sorte d’oxymore, de provocation sémantique si l’on veut. Mais, dans ce cas, on peut se demander lequel des termes est mis à mal par cette étrange association. Car l’un de ces deux paradigmes doit être pris comme une antiphrase ironique. Soit la référence au bikini, rendue si caricaturale pour un maillot de bain qui s’attache à couvrir le corps et qui est aux antipodes de la liberté des corps et de leur solaire exposition. Soit le rappel de la burka qui ne saurait être associée à l’idée de plaisirs balnéaires dont les intégristes musulmans ne se montrent pas de farouches zélateurs. On comprend dès lors que ce mot valise nourrit à lui seul les oppositions et que chacun trouvera des justifications à de péremptoires prises de position. On me dira que j’escamote ainsi de légitimes débats sur les droits de la femme, la laïcité, la République… Sans doute mais on le sait, depuis Roland Barthes, dans le discours politique, le mot choisi ne rend pas seulement compte d’une réalité mais contient un procès déjà instruit par ce choix. Et, en l’occurrence, c’est bien le mot qui alimenta cette polémique, plus que la chose dont, on me pardonnera cette facilité, on ne savait pas grand chose.

A Propos du Burkini

Ou tout se complique, c’est lorsque le mot accède à un statut de mythe. Et c’est le cas du bikini et de la burka. Commençons par le premier. Il est commode d’y voir le symbole d’une libération des mœurs érigée en modèle de société. Le corps de la femme ainsi dévoilé devient le mythe de l’érotisme bon enfant d’une époque qui aspire à des plaisirs accessibles à tous et qui transgresse facilement des tabous surtout quand les enjeux commerciaux s’en mêlent. En revanche, inutile pour la Burka de chercher à la situer dans le temps et dans l’espace. Comme souvent l’image mythique, sa représentation est anhistorique (1) et exprime seulement une forme, extrême certes, d’Islamité. Elle l’arbore de façon efficace dans la contradiction entre une invisibilité ostentatoire du corps de la femme et au contraire la parfaite lisibilité de la tenue. On peut en effet trouver quelque ressemblance entre la burka et le costume de théâtre matérialisant une idée ou un emploi, celui par exemple de la tragédie chez les Grecs ou des divers personnages du théâtre No des Orientaux. Et à cet égard l’idée émanant du port obligatoire de la burka et l’habitus misogyne qu’il manifeste avec force sont d’une parfaite clarté. C’est justement cette clarté qui n’est pas évidente dans le burkini et qui, de ce fait, alimente toutes les craintes, sinon tous les fantasmes. Ceux d’une pénétration sournoise des valeurs d’un certain Islam dans nos modes d’existences. En adoptant une certaine sophistication des formes et des couleurs, en l’adaptant un peu aux contraintes de la baignade, le burkini si l’on veut, cache son jeu et, en cela, apparaît à ses contempteurs beaucoup plus dangereux que des tenues traditionnelles. Et son ambiguïté proclamée et revendiquée nourrit comme un syndrome de cinquième colonne. (2) Ce burkini serait une sorte de cheval de Troie d’un islamisme soucieux de s’imposer sur de nouveaux territoires et qui, loin de s’occidentaliser en fréquentant les plages, serait au contraire la première étape de leur islamisation. Un peu comme cela se passerait sur le plan démographique dans le redouté Grand remplacement. Evidemment, rien ne vient étayer cet éventuel projet. Il est tout aussi vraisemblable, sinon plus, que d’habiles commerçants aient flairé, comme naguère pour le bikini, un marché lucratif. Mais on entre là dans un univers rationnel qui n’est pas celui des problèmes sociétaux.

 

 

1) Certes l’appellation de bikini fut elle-même une provocation. Et son rapport avec les essais nucléaires sur l’Atoll du même nom pourrait scandaliser. D’ailleurs, Louis Réard, son inventeur, n’hésita pas à parler pour les femmes qui adopteraient ce nouveau maillot  de bombe anatomique. Cependant cet aspect a disparu de la mémoire collective comme la psychose de la guerre atomique dont il semblait se jouer.

 

2) Selon Nadine Morano, de dangereux terroristes ne se cacheraient-ils pas dans les plis des tenues islamiques comme, en 40, les espions allemands sous les robes des bonnes sœurs.

 

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 13:43

Dans la série « on nous cache tout, on nous dit rien » ou « les dernières nouvelles d’avant-hier », je reçois ce courriel transféré par un ami.

« Fatmas en colère » : arrêt sur image !
« Fatmas en colère » : arrêt sur image !

Que du classique : « on n’en a pas entendu parler », surtout pas dans les médias, mais heureusement grâce à mon anonyme message vous saurez que chez les « fatmas » « ça commence à bouger ».

Le reste à l’avenant sur la burka (inexistante en France : les voilées intégrales portaient  le hijab). Le pornophile que je suis ne démentira pas : cette jeune femme a fière allure devant les policiers.

Bizarrement l’image est répétée trois fois sur le message original (répétition coupée au montage des copies d’écran).

Or, une rapide recherche sur cette « Manif au Louvre de femmes musulmanes » nous apprend que le « ça commence à bouger » date du 8 mars 2014 : une actualité brûlante qui a plus de deux ans d’âge ! Et que les médias furent tellement silencieux, à l’époque, que l’on retrouve trace de cette manif jusque dans La Croix : Des femmes manifestent nues à Paris contre "l'oppression" dans le monde arabo-musulman ! Le Point, L’Express, Le Nouvel Obs, Le Monde, RTL, entre autres s’en sont aussi fait l’écho.

Metronews et un site belge offrent même un reportage photos.

 

 

 

 

Amina Sbouï portant le drapeau tunisien

 

 

Donc le 8 mars 2014, journée internationale des droits de la femme, devant l’entrée du Louvre, 7 femmes se sont dévêtues et ont parcouru la margelle du bassin devant la pyramide, en scandant "liberté, laïcité, égalité", et en affichant des drapeaux tunisien, iranien, français et arc-en-ciel. Sur leurs corps on pouvait donc lire des slogans ("game over" ou "liberté", et des inscriptions en arabe). « On est contre la charia, contre le sexisme, contre la lapidation, contre la burqa, contre le voile", a déclaré Amina Sbouï, ancienne militante des Femen qui a passé deux mois en détention en Tunisie. "Personne n'a de droits sur mon corps", a, quant à elle,  affirmé Myriam Russel, membre des Femen (ce qui montre que la qualification de musulmanes est abusive).

Certes, cette action a eu beaucoup moins d’échos que celle justement des Femen, en février 2013 à Notre-Dame de Paris, mais le lieu et surtout la réaction indignée de la cathospère (et de politiciens opportunistes) expliquent cette immense publicité.

On trouve des traces de cet épisode dans des sites musulmanophobes. Ainsi un anonyme Gaby le date, lui, du 3 octobre 2015 et titre « MANIFESTATION DE FEMMES MUSULMANES AU LOUVRE : ELLE (sic) VEULENT ÊTRE LIBRES » ; et on retrouve, sur une photo, ce commentaire : « Elles ont plus fière allure qu’avec la burka, non ? ».

Le choix de la photo n’est pas neutre : alors que La Croix  a choisi la photo d’une jeune femme brandissant un drapeau arc-en-ciel, étendard LGTB (eh oui !), ici on a un recadrage, en contre plongée, d’une des militantes (Amina Sbouï), comme photographiée à la sauvette entre deux hanches policières menaçantes.

Alors que si la police est intervenue ce fut assez bon enfant : à une manifestante qui clamait en anglais que c’était la journée internationale des droits de femmes, un policier a rétorqué « ce n’est pas une raison pour se balader à poil ».

 

Mais on saisit bien le but tartuffien de ce genre de message qui est de brouiller l’écoute ; de faire croire à une loi du silence qui s’abat sur les grands médias ; loi du silence dictée par les barbaresques au cimeterre entre les dents, entendez les affreux musulmans qui veulent nous imposer leur charia !

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 18:38
Majida Khattari, plasticienne

Rencontre encore au hasard du net, que cette artiste d’origine marocaine qui fait dans la photo mais aussi dans la création de vêtements qu’elle met en scène dans des défilés-performances. A travers son art c’est la condition des femmes dans le monde musulman, mais aussi le regard occidental sur ces femmes et sur l’Orient qu’elle évoque.

 

Majida Khattari est née en 1966 à Erfoud, dans le Tafilalet, berceau de la dynastie régnante des alaouites, oasis sur le Ziz fleuve qui se perd dans le Sahara. « Au collège, un professeur a repéré que je dessinais bien. Il m’a orientée vers les arts plastiques. » Etant d’une famille libérale, elle a donc pu s’inscrire à l’École des beaux-arts de Casablanca, avant de poursuivre ses études à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris (Ensba) dont elle sort diplômée en 1995.

 

   ''J'habite Paris depuis 1988, j'avais vingt-deux ans quand j'ai quitté Casablanca. J'y retourne voir ma mère trois fois par an. Mais, à force de présenter mes défilés en France, en Europe, toujours dans des pays riches et démocratiques, j'ai commencé à me demander ce que je pouvais faire dans mon pays natal, pour accompagner l'ouverture politique du régime. Je me suis aperçue que je ne connaissais pas la ville ni ses habitants. J'ai vécu dans un milieu familial très protégé, symbolisé par l'appartement de ma sœur, rue d'Agadir, dont le balcon panoramique domine un centre-ville dense, architecturé. La ville coloniale et bourgeoise est blanche et bleue comme la mer le long des plages aménagées de la Corniche. La ville des pauvres, bricolée, brûlée par le soleil, est cassée, jaune comme la terre, dans le quartier de Sidi Othman comme dans le bidonville de El Hank."

Voile noir
Voile noir
Voile noir

Voile noir

Orientalisme (cliquer pour agrandir)Orientalisme (cliquer pour agrandir)
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Orientalisme (cliquer pour agrandir)Orientalisme (cliquer pour agrandir)

Orientalisme (cliquer pour agrandir)

Ses photographies jouent avec les codes de l’orientalisme dont Etienne Dinet - Nasr Eddine fut un représentant, avec des artistes plus prestigieux comme Ingres, Gérôme ou Delacroix. Un Orient fantasmé, rêvé et fantaisiste, images de harems peuplés d’odalisques, atmosphères d’oisiveté hédoniste. Dans « Luxe, désordre et volupté » que présente l’Atelier 21, avec de belles reproductions, on découvre des variations sur le voilé dénudé qui auront des échos dans ses futurs défilés-performances avec le voilé-dévoilé.

Sac grenadeSac grenade

Sac grenade

Majida Khattari, plasticienneMajida Khattari, plasticienne
Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)

Voilée/dévoilée (cliquer pour agrandir)

Arrivée en France en plein débat sur l’interdiction du voile dit islamique – en fait un foulard – à l’école, elle va s’emparer de ce thème :

« C’est l’actualité sur le voile islamique et la violence en Algérie qui m’ont poussée à travailler sur l’idée de culture et d’identité. J’ai cherché la forme juste permettant un dialogue entre les Occidentaux et les Orientaux » Son projet est de «sortir le voile du religieux» en montrant qu'il a une histoire culturelle et n'a pas à être pris en otage par ceux qui veulent le bannir ou l'imposer. «Je travaille sur l'apparence, le visible et l'invisible, de la même façon que les islamistes jouent sur l'apparence»

''L'idée de dessiner des robes qui figurent la situation des femmes dans l'islam contemporain m'est venue en 1995, au moment des polémiques sur le foulard islamique : fallait-il accepter dans les écoles de la République des jeunes femmes voilées ? Je présente ces robes dans des défilés conçus comme des performances. Ce ne sont pas des prototypes, et je n'ai jamais collaboré avec l'industrie de la mode. Mais je reconnais volontiers que mon travail résulte du goût que j'ai toujours eu, depuis mon adolescence à Casablanca, pour le contraste de l'apparat moderne du corps féminin avec les normes de la tradition islamique. Je suis une musulmane vivant en France, j'adhère à l'Islam, mais je tiens à dénoncer les usages répressifs de la foi et de l'ignorance (55 % d'analphabétisme au Maroc) dans tout régime théocratique.''

Défilé-performance (cliquer pour agrandir)
Défilé-performance (cliquer pour agrandir)Défilé-performance (cliquer pour agrandir)
Défilé-performance (cliquer pour agrandir)Défilé-performance (cliquer pour agrandir)

Défilé-performance (cliquer pour agrandir)

Houris (cliquer pour agrandir)
Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)
Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)
Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)Houris (cliquer pour agrandir)

Houris (cliquer pour agrandir)

Sans doute son défile-performance le plus récent (20 mars 2014), à Francfort, que celui des Houris. Dans le cadre d’une exposition réunissant des artistes africains, intitulé « La divine comédie, ciel, enfer et purgatoire » que Majida Khattari, avec 72 jeunes femmes, sélectionnées localement après un casting réalisé plusieurs semaines avant, a présenté cette performance. Khattari interprète donc la promesse faite aux martyrs de bénéficier dans l’au-delà de 72 houris, jeunes pucelles. La grille de la burka est ici représenté par un masque et les jeunes vierges sont à peine vêtues de blancs atours, voire dénudées…

Le reportage porte sur toute l'exposition : Houris apparaît à 1'23"

Majida Khattari, plasticienne
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 15:15

Putes02

Une quinzaine d’ami(e)s de Fadela Amara, sous un niqab, viennent exciter les médias contre le PS au sujet de la loi sur la burqa.

 

L’opération bessonnique (en fait sarkozyste) « identité nationale » ayant complètement sombré, il fallait absolument tenter une autre opération de diversion avant les régionales.

 

Grâce à Fadela Amara – vous savez, celle qui promettait un plan Marshall pour les banlieues et qui maintenant préconise le karcher, cher à son maître – on se rabat sur plus gros encore, la loi ou pas sur des chiffons.

 

1 000 000 de chômeurs en fin de droits, dont 600 000 sans rien du tout, même pas les royaux 450 € du RSA, mais le sujet essentiel est « faut-il légiférer sur le voile intégral ? ».

 

La successeuse de Fadela  a, sans vergogne, sorti quelques niaiseries qui font fi de tout débat démocratique. Une Mission parlementaire s’étant penché sur cette si vitale question, ses travaux ne peuvent aboutir qu’à ce que nous préconisons, une loi ! Et celles et ceux qui ne sont pas d’accord trahissent la République !

 

Il s’agit bien d’une grossière manip consistant à tenter de détourner l’opinion, à la veille de régionales apparemment pas trop bien engagées pour l’UMP, vers un débat juste digne d’un Raoult qui veut faire taire une vraie insoumise, elle, la dernière Prix Goncourt, Marie N’Diaye.

 

NB Pour tenter d'éviter ces procès en sorcellerie que les lyncheurs rrrrépublicains sont toujours prêts à instruire, cet extrait d'un article de C. Fourest :

« Une loi symbolique contre le voile intégral aurait l'inconvénient d'être particulariste et prendrait le risque d'être inapplicable. […]

Dans cette affaire, il faut dissocier deux choses : les raisons pour lesquelles on souhaite combattre le voile intégral (la dignité des femmes) et celles que l'on peut invoquer pour restreindre cet uniforme sectaire (la sécurité). C'est ce que permettrait la combinaison intelligente d'une résolution solennelle avec une série de règlements plus généraux, concernant le devoir de s'identifier.

La résolution pour le symbole : la représentation nationale exprimerait ainsi son rejet de tout signe portant atteinte à la dignité des femmes. Cette résolution n'aura de force que si elle fait l'unanimité et transcende les clivages partisans. La gauche s'honorerait à y participer.

Quant à la mise en pratique, des mesures doivent permettre aux commerces et aux lieux publics d'afficher des règlements obligeant toute personne entrant dans ces lieux à s'identifier, pour des raisons de sécurité. […]

Dans de nombreux cas de figure - que ce soit pour aller chercher son enfant, un colis à la poste, prendre le bus, entrer dans un magasin ou dans une zone placée sous vidéosurveillance -, une femme en voile intégral doit accepter de s'identifier sous peine d'être verbalisée. En dehors de ces situations, libre à elle de porter un voile pour se protéger de la colère d'un dieu misogyne, ou de la grippe A. Libre aux autres de continuer à dire ce qu'ils en pensent. »

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/15/voile-integral-par-ou-en-sortir-par-caroline-fourest_1292186_3232.html

 

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 18:20

Aristide-Briand3

Charles Chabert* Député de la Drôme, dans cette riche séance du 26/06/1905 présenta un amendement : « Les ministres des différents cultes ne pourront porter un costume ecclésiastique que pendant l’exercice de leurs fonctions. »

 

« Il est étrange, il est véritablement incompréhensible, qu’un projet de loi si longuement et si mûrement étudié […] ne dise pas un mot d’une question qui a une importance extrême, capitale, le port du costume ecclésiastique.

Cette omission est-elle voulue ? […] En tout cas elle a surpris bien des gens dans tous les camps.

Pour tous les républicains, pour nombre de catholiques et pour nombre de prêtres, il est clair dans leur pensée, qu’aussitôt le nouvel ordre des choses établi, aussitôt voté la loi de séparation, le costume ecclésiastique, s’il n’était pas radicalement aboli, serait rangé parmi les vieux accessoires démodés et hors d’usage, disparaîtrait des places publiques et ne sortirait plus de l’ombre des sacristies et des sanctuaires.

antisoutane Est-ce que par hasard la Chambre estime indigne d’elle de s’occuper de tels détails ?  Veut-elle laisser libre le port de la soutane ? […]

 

Dans les premiers siècles de la chrétienté, les ecclésiastiques s’habillaient comme tout le monde et ce n’est que plusieurs siècles après la naissance de la religion nouvelle qu’ils jugèrent à propos de se différencier des autres citoyens.

 

[…] Pourquoi maintiendrait-on aux ecclésiastiques le privilège de conserver et de porter un costume qui jure si étrangement avec les mœurs et les goûts modernes ? […] sous le régime que nous allons installer, alors que l’État se sera installé dans la neutralité la plus absolue serait-il possible que nous aurions quand même le port d’un costume spécial. […]

Il importe d’autant plus de statuer sur ce sujet que le costume ecclésiastique [soulève des controverses nombreuses et donne lieu à des polémiques].

 

Ce costume favorise [l’autorité sur une partie de la population] et c’est précisément une des raisons principales pour lesquelles l’Église attache au costume de ses ministres une telle importance.

Par l’effet du costume qui les sépare et les distingue du vulgaire, les prêtres apparaissent aux yeux des fidèles – et c’est là ce que veut l’église – comme autre chose et plus que les hommes.

soutane-cure-nonne Le prêtre se considère comme l’intermédiaire entre Dieu et la créature […] d’un mot, il peut absoudre, d’un mot il peut réaliser les plus inouï des miracles : faire descendre son Dieu dans un morceau de pain.

[Il cite un passage d’un ouvrage d’un sulpicien pour les futurs prêtres : « L’avons-nous prise (la soutane) avec joie, comme un habit d’honneur qui nous dégage de l’ignominie de l’habit séculier… »]

Le costume religieux n’est-il pas essentiellement un emblème ? Son port n’est-il pas au premier chef une manifestation confessionnelle ? […] Les choses de la conscience, dans la conscience : tel est bien l’esprit de la loi que nous élaborons.  Mais la soutane en public, ce sont les choses de la conscience dans la rue.

 

D’autre part, vous avez pu être témoins des manifestations diverses que provoque assez souvent dans nos villes le passage d’une soutane […] ils exposent les prêtres à de désagréables surprises. Eh bien ! ne devons-nous pas empêcher que cet état de choses se perpétue ?

 

[En Suisse, en Angleterre, en Amérique] les ecclésiastiques s’habillent comme tout le monde…

 

Libre à chacun de s’habiller comme il lui plaît, voilà qui paraît simple et facile. Oui, quand vous aurez ôté à telle ou telle façon de se vêtir sa signification ou son prestige.

 

[…] Le prêtre obligé de sortir en soutane est aussitôt remarqué, ses moindres soutanedémarches sont connues et commentées. […] Supprimez le costume et aussitôt le prêtre devenu une unité ordinaire dans la foule immense, échappe à son supérieur, s’évade de cette tyrannie de tous les instants […] le costume le rend prisonnier de sa propre ignorance, je dirai presque de sa propre bêtise. […] c’est à cause du costume qu’il y a une telle distance entre les séculiers et les ecclésiastiques.

[…] Voyez ce jeune prêtre qui passe dans la rue : son regard est timide, presque fuyant, son pas est lent et compassé, sa tête est penchée sur l’épaule, ses mains qui se perdent dans de larges manches sont croisées sur sa poitrine : est-ce un homme ?

 

[…] Il y a des prêtres, je le reconnais, qui pour rien au monde ne consentirait à quitter leur habit, mais un plus grand nombre d’entre eux – et ce sont les plus intelligents, les plus instruits – attendent avec anxiété cette loi qui les rendra libres.

[…] De ce serf, de cet esclave faisons un homme. C’est ce que je vous demande au nom de la logique, au nom de l’humanité. »

 

Aristide-Briand2  Aristide Briand, rapporteur, lui répond : « Au risque d’étonner l’honorable M. Chabert, je lui dirai que le silence du projet de loi au sujet du costume ecclésiastique qui paraît le préoccuper si fort, n’a pas été le résultat d’une omission mais bien [celui] d’une délibération mûrement réfléchie. Il a paru à la commission que ce serait encourir, pour un résultat plus que problématique, le reproche d’intolérance et même s’exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir, par une loi qui se donne pour but d’instaurer dans ce pays un régime de liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes de modifier la coupe de leurs vêtements.

 

[…] Ce que notre collègue voudrait atteindre dans la soutane, c’est le moyen qu’elle procure de se distinguer facilement des autres citoyens.

Mais la soutane une fois supprimée […] si l’église y trouvait son intérêt, l’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau […] pour permettre au passant de distinguer au premier coup d’œil un prêtre de tout autre citoyen.

 

[…] Quant au prestige dont jouit la religion dans nos campagnes, je crois qu’il serait téméraire de l’attribuer uniquement [à la soutane].

 

[La commission] a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait plus se poser. […] La soutane devient dès le lendemain de la séparation un costume comme un autre […] C’est la seule position qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation. »

 

Extraits du débat du 26 Juin 1905 http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp#compte_rendu.

On peut déplorer que les photos des pages de comptes rendus des débats soient d’une telle médiocrité technique rendant certaines colonnes illisibles et les autres difficiles à déchiffer.

 

Assietteaubeurresoutane

 

Tout est déjà dit. La soutane n’est pas une obligation religieuse, puisque dans certains pays les prêtres n’en portent pas. C’est donc l’expression d’un catholicisme obscurantiste, fanatique…fondamentaliste, pour tout dire. En portant cette soutane, les prêtres veulent établir une « barrière infranchissable entre eux et la société laïque ». Et en même temps, cette longue robe noire est une atteinte évidente à leur dignité masculine ! (cf Jean Baubérot) On croirait lire du Valls sur la burka !

 

chabert charles* Né le 16 décembre 1852 à Saint-Donat-sur-l'Herbasse (Drôme), mort le 30 septembre 1923 à Saint-Donat-sur-l'Herbasse.
Député de la Drôme de 1899 à 1908.
Sénateur de la Drôme de 1908 à 1923.
Sous-chef de bureau à la direction de la Caisse d'épargne postale, Charles Chabert militait dans les rangs du parti radical-socialiste et devint ainsi maire de sa commune natale et conseiller général de la Drôme.
Un siège de député s'étant trouvé vacant dans la deuxième circonscription de Valence pour le remplacement de M. Bizarelli élu sénateur le 9 avril 1899 et démissionnaire de son mandat le 15 mai suivant, une élection partielle eut lieu le 25 juin de la même année. Charles Chabert fut élu au premier tour de scrutin, par 10.012 voix contre 5.852 à M. Servan, son principal adversaire, sur 16.170 votants.
Dans son programme électoral il réclamait l'abrogation de la loi Falloux, se déclarait partisan de l'impôt progressif sur le revenu, de la réduction à deux ans du service militaire, des lois d'assistance et de solidarité sociales, de la réduction des dépenses, de la protection de l'agriculture, du petit commerce et de la petite industrie, de l'amélioration des chemins de fer, de la suprématie absolue du pouvoir civil sur tous les autres pouvoirs, du respect absolu de la liberté de conscience et de la laïcité complète de l'État.

Inscrit au groupe radical-socialiste et membre de diverses commissions, il participa à la discussion : du budget du Ministère de la Justice de l'exercice 1901, pour demander la suppression des « messes rouges » lors de la rentrée des tribunaux[…]
Lorsque vinrent en discussion le projet et les propositions de loi sur la séparation des Églises et de l'État, il déposa un amendement demandant l'interdiction du port du costume ecclésiastique en dehors des Églises (1905).
Il soutint constamment la politique des Ministères Waldeck-Rousseau, Combes, Rouvier, Clemenceau, et vota notamment la loi sur les associations (1901), la loi interdisant tout enseignement aux congrégations (1904), la loi de séparation des Églises et de l'État (1905), la loi militaire sur le service de deux ans (1905), la loi d'assistance aux vieillards et aux incurables.
Il fut encore réélu au premier tour de scrutin, aux élections générales du 6 mai 1906, par 10.609 voix, contre 6.114 à M. Vinay, sur 18.575 votants. Dans sa profession de foi, il réclamait le monopole de l'enseignement pour l'État, au moins pour les deux premiers degrés, un impôt unique et progressif sur le revenu et l'achèvement de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes. …

http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=1589

 

PS Sans doute était-il Franc-Maçon, car plusieurs interruptions font clairement allusion à cette affiliation.

 

soutanes pretres 1932

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