Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 19:13

begaudeau -featured 2singes rock

 

"Ce qui m’intéresse c’est la passion politique en tant que passion viriliste, phallocratique, coercitive. Et comment on s’en déprend. Ce qui m’intéresse c’est la vie du corps. C’est la psychologie."

 

Comment ne pas parler d’un individu né à Luçon, et dont la prime enfance a eu lieu à St Michel-en-L’Herm quand, bien que natif de l’Anjou, on a élu domicile dans l’évêché le plus crotté de France ? Surtout que dans les premières pages, il évoque entre autres un Gérard Mercier dont j’ai tout lieu de croire qu’il n’est autre qu’un collègue chef d’établissement  (à qui je voue un éternel – enfin n’exagérons pas, disons un profond – ressentiment pour avoir rejeté méchamment mes courriels annonçant les magnifiques articles de mon deblog-notes).  D’autant que ledit individu, devenu Nantais fut un soutien indéfectible d’un club dont le fameux jeu – à la nantaise – est la matrice du jeu à la Barça. Et, j’allais l’oublier, il a fait ses premières armes avec un tuteur maoïste au Lycée Chevrollier (Angers) où je fus pion.

 

begaudeau portrait libre 2Mais de quoi est-il question ? De deux singes ou ma vie politique, de François Begaudeau (eh oui ! rappelez-vous l’auteur et acteur de « Entre les murs »).

Introspection – Begaudeau devenu Chouchou se dit le détective de lui-même -  se transformant en quasi-flagellation de soi-même, tout cela dans un bouquin de plus de 400 pages, a priori pas de quoi m’intéresser, moi qui me suis toujours défié de la contemplation de mon nombril, de peur sans doute de n’y voir que du vide.

 

Tout part d’un singe – Boubou – ramené clandestinement par un oncle africaniste et logé au fond du jardin vendéen pour se terminer sur un autre – le même ? – confié au narrateur par une voisine. « Narrateur » car, bien que l’ouvrage ait tous les traits d’une autobiographie avec un récit à la première personne, rien ne prouve qu’il ne soit pas « fictionnel » (et que mon Mercier ne soit pas le collègue dont j’ai dit tout le mal que je persiste à penser).

 

Entre les deux macaques un itinéraire certes, mais aussi son commentaire par le narrateur à l’auto-flagellation assez complaisante. Fils de profs – le père deviendra chef d’établissement – il participe avec fougue aux épreuves trimestrielles que propose le maître de CM1 : « je me souviens moins du contenu des exercices que de leur verdict, et encore moins des apprentissages qu’ils évaluaient […] Un champion de l’école de la République ne gâche pas son énergie à s’intéresser à ce qu’on lui enseigne. » Le bon élève, s’il échoue à l’oral de Normale sup. pour ne pas avoir voulu déchoir de son rôle de leader de son groupe en faisant la fiesta la veille, sera reçu à l’agrég !  

 

Parents profs mais aussi parents communistes. En 1981, à dix ans, il parie sur Giscard. Il avoue même un racisme dû au caillassage par des ados locaux de la DS familiale au Maroc en 1980 (lapidation qu’on peut supposer rifaine, car Meknès, où ils font étape, et sa région sont fort pacifiques). Mais ces errements seront de courte durée « un goût pour les mots en tant que tels », insufflé par son père, le mène aux plaisirs phrastiques que recèle la politique, à l’orgasme performatif où nomination vaut argument, il accède à « une logocratie où le mot tient lieu de jugement, et de réel » (les pages 82 et 83 forment un remarquable morceau de bravoure).

Begaudeau.-Deux-singes-ou-ma-vie-politique int carrousel ne

L’ouvrage est singulier, aussi l’auteur, incidemment, se place sous le patronage de Montaigne. Cette clarification de soi-même est parsemée de formules ciselées, sortes de pensées de Begaudeau. « Je suis d’extrême-gauche parce que je suis extrêmement juste » Mais avec une lucidité tout aussi extrême, le héros avoue que c’est surtout parce qu’il aime l’ouvrir, sa grande gueule. « Le lexique de la déploration est ma première option linguistique (…) Parler et pester sont des quasi-synonymes. » Parmi ses belles formules, celle-ci que je dédie à Clémentine Autain : « On décrète le peuple révolutionnaire sans le consulter puis on lui reproche son manquement au rôle historique qu’on a eu la paternelle libéralité de lui confier. »

 

begaudeau groupe1On ne déflorera pas cette belle enquête psychologique d’autant que si on partage avec l’auteur l’amour du jeu à la nantaise – Ah Coco Suaudeau tu n’as plus d’héritier ! – le punkrock est terre inconnue. L’auteur tisse son livre avec des citations de morceaux du parolier du groupe Zabriskie Point, qui en était aussi le chanteur, lui-même.

Dans ce qu’il a appelé une « postface » à son livre il évoque « Le gout du rock, ou plutôt la délimitation mentale d’un périmètre nommé rock conjuguée à la conscience que son exploration méthodique serait source de joie et d’émancipation, m’est venue en fin de collège, en même temps que le goût de la littérature, ou plutôt la délimitation mentale d’un périmètre nommé littérature conjuguée à la conscience que son exploration méthodique serait source de joie et d’émancipation. » Rock, pourquoi pas, mais « punk » c’est trop demander à quelqu’un qui appartient à la génération de ses parents, pour lesquels il déploie une tendresse assez vache.

 

11 septembre, le ressentiment part de bêtise de la gauche (« il n’y a rien à attendre d’une révolte qui s’origine dans le ressentiment », philosophe-t-il à coups de rosé), Le Pen 2002, « La gauche ne déçoit jamais le désir de déception » car « La gauche est la nostalgie anticipée de ce qui ne sera jamais (…) sans cesse la gauche appelle et échoue à sa refondation » « la passion politique est jouissive aussi longtemps qu’elle demeure incantatoire », version pessimiste de ma vision sisyphienne de la gauche « Il faut imaginer Sisyphe heureux » (Camus).

 

Cet itinéraire du petit vendéen-nantais, passé à la moulinette d’une lucidité un peu masochiste, ne se lit certes pas comme un roman. Il irrite, énerve, provoque ! Mais aussi et surtout il interroge et, sur des événements vécus par tous, offre des points de vue, des éclairages qui ne peuvent qu’intéresser les citoyens conscients que nous croyons être.

 

Et les deux singes ? Le premier Boubou, en cage, au fond du jardin de St Michel-en-L’Herm, échangeait des grimaces avec «Chouchou », grimaces annonciatrices du factice de son communisme verbal. L’improbable second Boubou, parisien, sauvé de l’ingestion de sa gamelle en plastique, symbolise la vie. Boubou ou la vraie vie !

 

begaudeau couv2singes-petitFrançois Bégaudeau

Deux singes ou Ma vie politique

Collection Verticales, Gallimard 22 €

 

4e de Couverture

«La France des années 70 est un banquet gaulois où l'on boit et mange en parlant fort sous le regard magnanime de nos hommpolitiques punaisés au mur comme on place un patriarche en bout de table.
Moi je suis à l'autre bout, disposé à imiter ce qui passe, à devenir un adulte comme ceux qui me nourrissent, me servent des grenadines, me reprennent si je jure, me déposent à l'école publique. Bientôt je prendrai leur place, puis celle du patriarche. Une vie se sera passée et dedans il y aura eu de la politique, dès le début et jusqu'à la fin.
Elle ne s'est pas passée comme ça.»

Ni manuel de conduite, ni texte prosélyte, ni justification complaisante, ni examen de conscience, ni autoportrait générationnel, Deux singes ou ma vie politique emprunte à l'ensemble de ces registres, tout en les détournant de leurs lieux communs.
 

 

A lire : Pourquoi je ne suis pas devenu un intello de gauche

 

 

 

...et le chanteur ègrène le nom de groupes contemporains avec puta en anaphore (...) ce puta n'est pas une insulte mais un hommage, un salut amical...

 

Faut-il préciser que la face punk de l'auteur échappe totalement à ma comprenette de jazzophile qui ne jure que par "My favorite things" de John Coltrane ?

 

A voir aussi :

"Entre les murs" : réactions

Finkielkraut et "Entre les murs"

"Entre les murs", F. Bégaudeau et le Nel Obs

Entre les murs et les "pédagogues"

Repost0
24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 17:01

Puis-je avouer que la critique de Philippe Meirieu sur le film « Entre les murs » m'a paru un peu dogmatique ?

Certes, j'entends bien qu'il veut éviter l'amalgame entre le professeur toujours sur le fil du rasoir et les pédagogues vilipendés par Finkielkraut et la clique des rétropenseurs. Mais faut-il oublier qu'il s'agit d'un film de fiction et non d'un documentaire ? Que les personnages sont des acteurs (même si, comme on dit, ils jouent leur propre rôle, mais les élèves réels sont devenus les acteurs d'une classe fictive et François Marin est joué par François Begaudeau, coscénariste de son livre) ?

 

« Jamais je n'ai pu imaginer qu'un spectateur puisse penser qu'une telle densité d'événements arrive dans les cinq minutes que dure une séquence » dit Laurent Cantet, réalisateur, qui ajoute « À propos de la fonction de l'école de transmettre des connaissances, en tant que réalisateur, ce n'est pas ce qui m'a intéressé. » Dans cette confrontation avec deux professeurs (Libé 22/IX/08), il répond ainsi à l'une des deux qui déplorait que, dans le film, « la transmission du savoir et toutes les problématiques qui y sont liées - pourtant la grande affaire de l'école - » soient évacuées.

 

Le malentendu est flagrant. Même si le 2e professeur note lui qu'on voit les élèves travailler, que l'exercice de conjugaison n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe, Cantet recherchait « ces moments où la parole s'échappe,  où, d'un seul coup, on va apprendre quelque chose, mais questionner le fait même d'apprendre ».

 

On peut disputer sur le fait que ces moments soient ceux « où la classe se transforme en école de démocratie ». Mais pas de savoir, si le prof du film « a un cours structuré, avec une notion à transmettre, des activités bien précises ».

 

Il est symptomatique d'ailleurs que les critiques croisées se centrent sur le seul François Marin. Pourtant, les élèves-acteurs sont entrés dans la peau de leurs personnages avec un talent inouï !

 

On peut reprocher à Cantet d'avoir filmé la marge, mais c'est la marge qui tient la page.

 

P.S. Dans le même style de critique que celle de Philippe Meirieu, mais nettement plus dogmatique, on peut ranger une opinion parue dans Le Monde du 25/IX/08 qui décerne au film « La palme des malentendus », lui reprochant de masquer la réalité de la ségrégation scolaire et de dédouaner l’état de ses responsabilités, comme s’il s’agissait d’une enquête sociologique ou d’un essai sur la politique éducative, alors que c’est un film, et pas une thèse.

Sur le livre "Entre les murs", on peut lire un entretien de François Begaudeau accordé au sgen-CFDT

 

Voir aussi :

"Entre les murs" : réactions

Finkielkraut et "Entre les murs"

"Entre les murs", F. Bégaudeau et le Nel Obs

Repost0
16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 21:01
"Entre les murs", F. Bégaudeau et le Nel Obs

Bizarre, bizarre : Cannes est déjà loin, la palme d'or d' « Entre les murs », rangée aux rayons des souvenirs glorieux, mais le Nel Obs du 12/06 nous offre, sous la plume de Mme Lancelin, un portrait du « Prof à la palme d'or ». Plutôt à charge. Et, pour compléter le critique cinématographique tacle vicieusement le film.

 

« S'il est une chose qui ne doit rien au hasard pourtant, et tant à l'énergie déployée tous azimuts depuis cinq ans par l'auteur, acteur principal et coscénariste d'«Entre les murs», le film de Laurent Cantet, c'est bien ce sacre cannois. » ne craint pas d'affirmer Mme Lancelin. Chronique d'une palme annoncée ? alors que le film a été ajouté in extremis à la sélection française et qu'avant la proclamation du palmarès, sauf erreur, aucun critique n'avait prévu ce film comme lauréat.

Mais ce qui compte c'est de brosser, de touche en touche, le portrait d'un ambitieux calculateur. Certes, c'est un « polémiste hors pair ». Mais il bénéficie d' « Une exposition maximale à tous les courants d'air d'une branchitude huppée qui n'est pas sans susciter nombre de commentaires rugueux chez ses confrères écrivains. »

Et si l'on n'avait pas vraiment compris, elle cite un ancien et anonyme membre d'une revue co-fondée par Begaudeau qui assène : «Au moins Rastignac était un personnage sombre... Le problème de François, c'est qu'il en a l'arrivisme, sans la négativité. Il est terriblement «en phase» avec l'époque. Au fond, c'est un animateur socioculturel plus qu'un artiste.» Il est évidemment défendu par ses éditeurs : le évidemment qui tue !.

On n'échappe pas à la bien-pensance (elle est là black-blanc-beur, mais elle peut être socialo bobo ou humaniste béatifiante) ? Pour enchaîner sur une mesquine attaque du logorrhéique héraut de la rétro-pensée spécialiste de la crétinerie et qu'elle présente comme l'auteur d'un rude pamphlet contre les fossoyeurs de l'école de la République, alors que son torche-cul fait partie de la sous-littérature catastrophiste. Brighelli, puisque c'est de lui qu'il s'agit, se livre à une de ses attaques ad hominem dont il est un champion.

Après avoir noté dans son œuvre une fascination pour les dispositifs totalitaires, noté aussi que tel Pialat, « François Bégaudeau a aussi dressé un poing rageur, mais plutôt à la manière d'un hooligan victorieux un soir de Ligue des Champions. » Mme Lancelin conclut : «  Et puis il s'est tenu en retrait, ostensiblement* dissimulé par plusieurs rangées de jeunes élèves métissés. Un double jeu* qui ressemble bien au nouveau premier de la classe. »

 

Avec M. Mérigeau, on frise le surréalisme. Il note bien pourtant que « sans attendre d'avoir vu le film, tout le monde se déclare d'accord », mais pour nous expliquer ensuite que le film est tellement bien fait - solidement dialogué, habilement scénarisé, aucune cheville ne fait défaut et quelques clichés bien compris ne manquent pas non plus (le compliment glisse dans la pure vacherie) - que chacun bat des mains.

Soit ce brillant critique n'a pas encore assimilé le principe de non contradiction, soit il veut dire que chacun a raison de l'applaudir (sauf quand même la fine fleur des rétropenseurs) car il est fabriqué pour plaire à tous et chacun l'a pressenti sans même le voir ! 

Pour conclure, le bougre n'y va pas par quatre chemins : « Trop superficiel pour encourir le reproche de démagogie, trop prudent pour prendre parti, voulant trop fédérer pour s'autoriser la nuance, «Entre les murs» en s'ouvrant à tous vents s'offre à toutes les récupérations. C'est dans l'art du commerce une vertu cardinale. »

 

Tout cela est un peu puant. Et qui ressort de la branchitude de ceux qui la jouent critique oblique, pas franche du collier, vicelarde même, pour faire miroiter leur distance hautaine du vulgum pecus !

 

* C'est moi qui souligne

 

Voir aussi :

"Entre les murs" : réactions

Finkielkraut et "Entre les murs"

Entre les murs et les "pédagogues"

Repost0
4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 21:33
Finkielkraut et "Entre les murs"
Avec “Palme d'or pour une syntaxe défunte” Alain Finkielkraut (Le Monde 03/06/08) nous rejoue la fable d’Esope : le loup déguisé en agneau.
 
Il s’agit bien sûr de François Begaudeau et d’Entre les murs. Cela démarre sur un ton quasi bénin : « Sa joie [à Begaudeau] fait plaisir à voir ». Mais déjà le mépris transpire avec un « On lui pardonne même son brin de suffisance » (venant du parangon de modestie qu’est notre prétendu philosophe, ça prend tout son sel).
Ensuite, vient le grand couplet classique de la victimisation : non seulement, il n’a pas le triomphe modeste, notre auteur-acteur, mais il l’a acrimonieux et il s’en prend avec aigreur “aux fondamentalistes de l’école républicaine” « qui prônent » “l’approche exclusive de la langue française par les grands textes".
Si l’on lit bien la citation faite par notre indulgent prof de l’école polytechnique, il y a bien l’adjectif exclusive. Il feint évidemment de ne l’avoir point lu, pour, avec cet art consommé de l’amalgame qui fait tout son charme, convoquer Proust, Racine et Balzac, sous entendant très fort que l’agrégé de lettres les récuse.
 
 
Un moment de lucidité cependant dans cet autoportrait : « le fondamentalisme est arrogant, catégorique et binaire » ; « le fondamentalisme enferme l'esprit dans le cercle étroit d'une vérité immuable. » Tout-à-fait lui, quand il coupe la parole aux invités de sa propre émission (France culture) pour asséner, avec plus qu’un brin d’arrogance, sa Vérité absolue.
 
 
 
 
Mais où est passée la syntaxe ? Enfin la voilà : des jeunes filles se plaignent que leur prof les a insultées de pétasses. Dans le livre, comme dans le film, semble-t-il, Begaudeau se bat contre traiter et insulter qui subissent des destins croisés : à « M’sieu, untel il m’a traité » a succédé un « M’sieu, il m’a insulté de con ». Il avoue, avoir cédé, par souci d’efficacité à l’utilisation que l’on suppose ironique de cet insulter devenu transitif.
 
 
Alors là, on retrouve notre imprécateur des grands jours : « la civilisation ne demande pas à la langue d'être efficace, d'être directe, de permettre à chacun de dire sans détour ce qu'il a sur le cœur ou dans les tripes […] Naguère aussi, on respirait dans les œuvres littéraires ou cinématographiques un autre air que l'air du temps ».
Amalgame encore : bien sûr que la poésie n’a pas pour vocation d’être efficace, ni d’ailleurs le roman… mais il s’agit là, d’une relation prof/groupe classe dont le cher homme n’a aucune idée qui n’a jamais eu en face de lui, une classe black-blanc-beur de 4e. A-t-il d’ailleurs la moindre notion de ce qu’on appelle les niveaux de langage, sacré nom de dieu, comme écrivait Flaubert dans ses lettres ?

 

 

Le ton bénin du début s’emballe vers un pur délire, avec une exécution en règle de Sean Penn (Président du jury de Cannes et donc cause de cette horrible Palme d’or) qui s’achève par cette haute pensée : « l'idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social ».

 

Voir aussi :

"Entre les murs" : réactions

"Entre les murs", F. Bégaudeau et le Nel Obs

Entre les murs et les "pédagogues"

 

 

Repost0
26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 17:05
"Entre les murs" : réactions

La palme d’or inattendue pour « Entre les murs », m’a amené à une petite revue de presse pour alimenter une page d’un site dont je suis ouèbemaître (enfin, jusqu’à présent).

Occasion aussi de jeter un coup d’œil aux réactions. Je suis toujours surpris par les pseudos débiles qu’utilisent la plupart des lecteurs : ont-ils peur que des proches découvrent l’inanité de leurs propos pour se réfugier dans la clandestinité ?

Ma quête s’est limitée au Monde (l’article sur le film qui commençait par une comparaison entre Classe et chambre à coucher), Libé et le Nel Obs.

 

Pour le contenu, on n’est pas déçu.

Il y a ceux qui sont revenus de tout. "Mais pour qui c'est important le festival de cannes, à part pour le bizness et les parasites, piques assiettes en tout genre".... Plus fort encore (et qui pourra servir tous les ans) : "Depuis des années le festival de Cannes n'a plus rien à voir avec le cinéma. C'est un rassemblement mondain ou la bienpensance mondiale se donne rendez-vous pour faire connaitre au monde entier son engagement mondial en faveur de la diversité. Conséquence : les films primés sont "prévisibles", ils enfoncent des portes ouvertes, ils ignorent l'imagination, en fait ils sont à l'opposé de ce qui fait la beauté du cinéma. Manque d'imagination, manque de vraie générosité, manque de respect du spectateur, manque de vraie diversité, en gros à force de vouloir faire différent, on colle à un conformisme désespérant." Ne nous plaignons pas, on a quand même échappé à la pensée unique, que dénoncent tous ceux qui n’en ont pas (de pensée), mais dans le genre alignement de phrases creuses, c’est pas mal du tout.

 

Et puis d’ailleurs : "Demandez aux collégiens de Dompierre-sur-Besbre(03) ou de Chamalières(63)s'ils se reconnaissent dans un collège du 19ème arrondissement de Paris. On peut dire ce qu'on veut, le 19ème, c'est la France, mais pas toute la France. Or, à l'heure actuelle, seule cette France-là semble être visible pour les 'intellos'." écrit l’un.

"Ce film tourné dans un collège parisien, n'est absolument pas représentatif des collèges de province et notamment des collèges ruraux." ajoute l’autre.

 

C’est vrai quoi ! pourquoi n’ont-ils pas tourné ce film à Chavagnes-en-Paillers ? Mais un autre, qui doit prendre le 19e pour une bourgade du Bas-Poitou assène : "Après les Ch'ti et la bêtise de proximité associée au mauvais goût de proximité, c'est désormais le provincialisme de proximité. Franco-français. La victoire du cinéma français, dites-vous ?"

 

Il y a aussi, la horde des donneurs de leçons.

 

Un des seuls non anonymes du lot essaie, à propos de l’article du Monde, de nous faire prendre des vessies pour des lanternes : "Il m'est arrivé d'inviter des collègues, des amis, des parents dans ma classe, mais ...jamais dans ma "chambre conjugale". De toute façon, tout le monde sait ce qui se passe dans mes classes, depuis l'administration jusqu'à ...mes futurs élèves. Et c'est pareil pour tous les professeurs, ou peu s'en faut. Mais on continue à amuser la galerie avec des clichés. Pour quel profit ? Pour promouvoir un film sous couvert d'un "mystère" à la mie de pain ?" On veut bien croire qu’il ait invité tout ce monde dans sa classe, mais de là à affirmer que c’est ainsi pour tous les professeurs !

 

Un homonyme, prof de philo, va un peu dans le même sens, mais en y ajoutant de profondes réflexions, d’une originalité sidérante : "Si je ne haïssais pas viscéralement cette tyrannie de l'image et cette prétention barbare de la caméra, je dirais : venez donc dans ma classe de philo. Vous y verrez comment on y concilie diversité et culture "unique" (?), intégration et discipline. Dans un lycée "sensible", ce n'est pas toujours facile. Mais on y arriverait vraiment si on n'était pas dans une société acharnée à promouvoir la marchandise, le gaspillage, l'esbroufe, l'indécence, et le bruit. En France ou ailleurs." J'aime bien cette "prétention barbare de la caméra" : objets inanimés avez-vous donc une âme ?

 

Mais là ça visait l’article et non le film et ses protagonistes.


D’abord, une leçon de politesse : "Surprenant, pas un mot de remerciement pour l'Éducation Nationale. Précisons-le tout de même : pour qu'une équipe de tournage puisse s'installer si longtemps dans un établissement scolaire, et "travailler" avec les élèves (acteurs professionnels ou participation à un projet pédagogique ?), il y faut l'accord, l'aide et le soutien du chef d'établissement, de la communauté enseignante, certainement de l'Inspection d'académie ou du rectorat" (et pourquoi pas du ministre ?).

 

Ensuite une bonne leçon de pédagogie : "Plutôt "Dans le mur". Le livre de Bégaudeau montre un enseignant en relation duelle avec ses élèves, passant de la séduction à la soumission. C'est en grande partie cela l'échec de l'Ecole, cette relation. Il n'y a pas d'apprentissage parce que la situation pédagogique est mal construite, et favorise la joute orale, narcissisme du prof. Ce sera l'intérêt du film de montrer ce qu'il ne faut pas faire en tant que prof. Bégaudeau montre son échec dans ce métier ayant choisi le plaisir immédiat celui de la relation au détriment de l'apprentissage." Mais on sait pourquoi cet agrégé est aussi mauvais : "Ah, si les profs du secondaire avaient la formation pédagogique de ceux du primaire, les choses seraient bien différentes... un prof de primaire devenu proviseur dans un quartier dit 'difficile'."

 

Ce Bégaudeau ayant eu l’outrecuidance d’affirmer qu’il fallait montrer ce film aux vieux qui font rien qu’à dire du mal des jeunes, il s’est attiré cette sévère riposte : "Tu n'as que 37 ans, un touche à tout quand on lit ta biographie et tu viens donner des leçons de morale aux vieux en voulant les inciter à voir ton film tout ça pour t'enrichir les poches ?
Mais mon pauvre, tu n'as rien inventé du tout ; le décalage entre les générations, le progrès, les problèmes rencontrés dans les lycées, collège etc... cela a toujours existé !
Faudrait peut-être te remettre en question !
" Scrogneugneu !

 

Mais s’il fallait donner une palme, je l’attribuerais à Line : "je pense qu'avec ce film et tout ce qu'on en raconte, on va nous faire avaler des couleuvres, noyer le poisson en nous prenant pour des pigeons, et occulter ainsi les vrais problèmes des enseignants qui, eux, ne prennent pas leurs compatriotes en otages mais ont vraiment besoin qu'on s'occupe d'eux au lieu d'être méprisés et par le pouvoir et par le peuple français... qui affiche une jalousie de fort mauvais aloi pour leur soit-disant statut de privilégiés."  

 

Gageons que la clique de la rétropensée appuyée par les pseudos rrrépublicains va aussi se déchaîner.

Rassurez-vous, dans ces réactions il y en a de positives : "Personnellement, j'enseigne dans un LP du Sud de la France et ce que je vis tous les jours dans mon établissement correspond assez bien à l'univers que brosse F. Bégaudau dans son ouvrage "Entre les murs". C'est à un américain que l'on doit ce choix, un choix qui va à l'encontre des langues de bois, ces mêmes langues de bois qui ne veulent surtout pas voir les choses en face : la panne du sacro-saint modèle républicain, la fracture sociale au cœur de notre système éducatif, des profs de plus en plus éducateurs, et j'en passe. Thank you Mr Penn". Ces "langues de bois qui ne veulent pas voir les choses en face" sont assez surréalistes.

 

Télérama a eu la bonne idée de republier un entretien avec François Begaudeau

 

Voir aussi :

Finkielkraut et "Entre les murs"

"Entre les murs", F. Bégaudeau et le Nel Obs

Entre les murs et les "pédagogues"

Repost0

Présentation

  • : Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • : Education, laïcité, politique et humeurs personnelles, en essayant de ne pas trop se prendre au sérieux.
  • Contact

Nota Bene

Le deblog-notes, même si les articles "politiques" dominent, essaie de ne pas s'y limiter, avec aussi le reflet de lectures (rubrique MLF tenue le plus souvent par MFL), des découvertes d'artistes ou dessinateurs le plus souvent érotiques, des contributions aux tonalités diverses,etc. Pour les articles que je rédige, ils donnent un point de vue : les commentaires sont les bienvenus, mais je me donne bien sûr le droit d'y répondre.

Recherche

Archives

Nelle Formule

Overblog - hébergeur du deblog-notes - a réussi l'exploit de lancer une nouvelle formule qui fait perdre des fonctions essentielles de la version précédente. Ainsi des liens vers des sites extérieurs disparaissent (désolé pour  Koppera, cabinet de curiosités, ..). Les albums se sont transformés en diaporamas, avec des cadrages coupeurs de têtes. La gestion des abonnés et des commentaires est aussi transparente que le patrimoine de Copé. Et toutes les fonctions de suivi du deblog-notes - statistiques notamment - sont appauvries.