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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 16:08

« El crimen fue en Granada »

Mataron a Federico

cuando la luz asomaba

Antonio Machado

Federico Garcia Lorca

Le 18 août  ou 19 août de 1936, à 4h45 du matin, près de ce lieu nommé "barranca de Alfacar", le ravin d’Alfacar, entre le village du même nom et celui de Viznar, à quelque neuf kilomètres de Grenade, Federico Garcia Lorca était assassiné par des franquistes.

Avec Garcia Lorca étaient tués un malheureux instituteur de village, José Dioscoro Galindo, qui avait eu le malheur de prôner la laïcité, ainsi que deux jeunes banderilleros de Grenade, Francisco Galadi et Joaquin Arcollas, qualifiés d’anarchistes pour avoir espéré plus de justice sociale et adhéré à la Confédération nationale des travailleurs (CNT).

Pequeño Vals Vienés


En Viena hay diez muchachas,
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas.
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals con la boca cerrada.

Este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de coñac
que moja su cola en el mar.

 

Te quiero, te quiero, te quiero,
con la butaca y el libro muerto,
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio,
en nuestra cama de la luna
y en la danza que sueña la tortuga.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals de quebrada cintura
.

En Viena hay cuatro espejos
donde juegan tu boca y los ecos.
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados.
Hay frescas guirnaldas de llanto.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals que se muere en mis brazos.

 

Porque te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
soñando viejas luces de Hungría
por los rumores de la tarde tibia,
viendo ovejas y lirios de nieve
por el silencio oscuro de tu frente.

¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals del "Te quiero siempre".

 

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡Mira qué orilla tengo de jacintos!
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografías y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero, amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.

 

Traduction de Pierre Darmangeat à lire sur

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | Pequeño vals Vienés

"Pequeño vals vienés"-Marisa Sannia Illustration: Nus : LARYEW -1934

Sílvia Pérez Cruz y Raúl Fernández

Leonard Cohen Take This Waltz (traduction du poème de Garcia Lorca)

Paco Ibañez chante deux couplets de la "Cancion del jinete" de Garcia Lorca en s'accompagnant à la guitare, accompagné par le guitariste Antonio Mambrado, devant Dali.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 11:03
ESPAGNE : Les internats de la peur

Maltraitances psychiques et physiques, abus sexuels, travail forcé, pratiques médicales douteuses : des milliers d’enfants furent incarcérés dans ces internats de la peur durant le franquisme et jusqu’aux premières années de la démocratie. Collèges religieux, orphelinats, préventorium se transformèrent en ces sortes de prisons pour jeunes. Et contrairement à des pays comme l’Irlande qui ont tardivement reconnu les mauvais traitements infligés dans des établissements religieux sous la responsabilité de l’état, en Espagne ces abus ont été occultés, passés sous silence, donc non jugés, et n’ont donné lieu à aucune réparation.

« Ils m’ont brûlé le cul avec des bougies et m’ont frotté les couilles avec des orties parce que j’avais pissé au lit » ; « ce que me faisait faire ce Monsieur s’appelle une fellation, mais à l’époque je n’en avais aucune idée » ; « je pensais me suicider : qu’un enfant de 12 ans pense à cela montre la dureté de ce qu’on subissait »… Ce sont quelques-uns des témoignages de ces milliers de garçons et de filles qui passèrent tout ou partie de leur enfance enfermés dans ces internats ou centres de bienfaisance (!) durant le franquisme et les premières années de la transition démocratique.

 

Beaucoup y furent victimes de passages à tabac, de viols, de travail forcé et tous de vexations, d’humiliations, dans ces centres que le régime utilisait pour sa propagande.

    Des images des actualités cinématographiques, en blanc et noir, montraient de nombreux enfants, propres comme des sous neufs, vêtus de blanc qui jouent, s’amusent, écrivent sur leurs cahiers et mangent sur des petites tables rondes dans de grands réfectoires aux immenses baies vitrés, sous le regard maternel de quelques bonnes sœurs…Le commentaire contait la vie privilégiée de ces enfants dans un paysage de montagne aux vertes prairies et pinèdes immenses. D’autres filmaient des adolescents travaillant dans un atelier ou dans des vergers, faisant de la gym ou jouant au foot, posant en groupe autour d’un prêtre jeune et athlétique, tandis que le commentaire vantait cette saine vie de formation et de vie au grand air. Sans oublier, bien sûr, les saintes images de retraite de première communion…

ESPAGNE : Les internats de la peur

Une entreprise de dépersonnalisation

Les témoignages recueillis montrent la cruauté et le sentiment de totale impunité dont faisait preuve l’encadrement religieux à l’encontre de mineurs qui ne pouvaient ni se défendre ni les dénoncer. Une jeune fille contestant l’arbitraire d’une religieuse était punie avec des électrochocs, comme une malade mentale. Un ado raconte que le prêtre tout en l’attouchant se branlait sous sa soutane : « Et le même personnage disait la messe le lendemain ; ma croyance en dieu en fut sérieusement ébranlée. »

Beaucoup d’adolescents furent quasi réduits en esclavage. « Ils m’ont vendu. On m’a ôté du collège pour m’envoyer dans le León m’occuper du bétail, seul, dans les montagnes, à 13 ans ! » « Nous faisions la lessive du matin au soir avec de la soude. J’avais les mains pleines de crevasses, avec du sang et du pus. Dans ce centre religieux nous étions des esclaves. »

   D’autres témoignages relatent les dérouillées quotidiennes et les vexations devant les autres enfants. Certes, les châtiments corporels, du style coups de règles sur les doigts, sévissaient dans les écoles à cette époque. Mais là ça relevait quasiment de la torture : de véritables passages à tabac, des humiliations publiques de manière à terrifier tous les autres. Sur fond d’endoctrinement national-catholique, une entreprise de dépersonnalisation méticuleusement programmée pour que ces enfants, ces jeunes se sentent comme des riens, des moins que rien, des déchets irrécupérables !

Les pauvres gosses qui étaient livrés à ces institutions étaient d’abord des enfants de Républicains* – les plus jeunes étaient vendus à des familles bien pensantes en mal d’enfants – les orphelins, les enfants abandonnés par des mères célibataires qui ne pouvaient supporter les stigmates de la « fille-mère » -enfants du péché pour les religieux bornés -, enfants enlevés aussi à des mères abandonnées par l’époux ou dont l’époux était emprisonné. Un centre de protection de la femme - el Patronato de Protección de la Mujer – créé pour prévenir la ‘chute’ de la femme dans la prostitution n’hésitait pas à confier à ces internats de la peur, des adolescentes violées par des proches et enceintes ; double peine pour la victime (sans parler de l’enfant : certains subiront ce bagne de la naissance à 18 ou 19 ans !).

Contrairement à ce qui s’est passé en Irlande où aussi bien l’état que l’église ont fini par reconnaître et condamner les cas d’abus sur mineurs, en Espagne ni l’église ni l’état ne se sont préoccupés de ces abus ni de leurs victimes. Quelques-unes de ces victimes se sont liées à l’action engagée en Argentine contre les crimes du franquisme par la juge María Servini de Cubria. Aucune n’espère en la justice espagnole.

 

* Le régime franquiste, dans une grande opération de propagande, a réussi à convaincre la majorité des pays d’accueil des enfants des républicains, évacués à l’étranger pendant la guerre civile, de favoriser leur rapatriement. Mais ces enfants ne furent pas remis à leurs familles, ils furent placés directement dans ces internats de la peur !

 

Sources :

Los internados del miedo, Almudena Grandes, El País 12/07/15

Un documental desvela las torturas a menores en los internados del franquismo, La marea 27/04/15

Documentaire

PARACUELLOS

« Sur ce sujet je te renvoie aussi à la bande dessinée de Carlos GIMENEZ qui a subi  ce type d'internat et en raconte la vie dans  : "Paracuellos" » me signale PL.

 

La serie 'Paracuellos' es uno de los mejores y más terribles relatos de la posguerra española écrit El País. La série Paracuellos est un des meilleurs et plus terribles récits de la post-guerre civile espagnole.

Cette bande dessinée conte l’enfance de son auteur Carlos Giménez : orphelin de père, sa mère tuberculeuse ayant dû aller en sanatorium, il se retrouve placé dans un foyer de l'Auxilio Social.

La violence et le sadisme sont personnifiés par le père Rodriguez qui dirige le foyer et les instructeurs phalangistes Antonio et Mistrol. "El instructor de la Falange Mistrol pegó 72 bofetadas al niño Antonio Sánchez. Esto ocurrió en 1948 en el hogar General Mola de Madrid. Antonio Sánchez tenía siete años y se meó de la paliza".

 

Seuls les deux premiers tomes ont été traduits en Français, dont le 1er par Gotlib.

 

 

 

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 22:23
Les cagots se lâchent !

Les cagots se lâchent !

M. Vingt-Trois !

30/09/16 : Alors que les ultra-conservateurs de la très "catholique Pologne" veulent interdire TOTALEMENT l'IVG, ce monseigneur, qui s'était déjà distingué par des propos déplacés après l'assassinat d'un prêtre à Saint-Etienne-de-Rouvray, ose parler de "totalitarisme" en défense de sites mensongers, style Professeur Lejeune !

Qu’est-ce que la charia ? une loi religieuse que des fanatiques veulent imposer à tous ! Tentation de toutes les religions. Il faut manger hallal. Donc il faut que tous mangent halal. Il ne faut pas divorcer. Donc il ne faut pas de divorce. Il faut refuser la contraception et, a fortiori l’IVG ! A tous !

 

  Mangez hallal tant qu’il vous plaira. Ou du poisson le vendredi. Ne divorcez pas (mais ne trucidez quand même pas toute votre famille, n’est-ce pas M. Dupont de Ligonnès ?). Ne pratiquez pas l’IVG, même à la manière du Curé d’Uruffe. Capote à l’index, bien sûr. Bien que ce soit une pratique longtemps tolérée – mais les temps changent -  évitez de trop vous intéresser aux petits n’enfants  ou adolescents sous votre coupe ! Surtout quand, comme au Canada ou en Irlande, c’est pour les martyriser. Ou comme en Espagne, les vendre.

Autrement dit, votre id(th)éologie est totalement respectable. Respectez, tant qu’il vous plaira, ses préceptes.

Mais, de grâce – ce mot devrait vous attendrir – ne nous les imposez pas.

Ne nous faites pas subir une régression de 40 ans.

 

Nous ne disputerons pas des apparitions de la vierge à Lourdes, ni des miracles. Chacun-e a le droit d’y croire. Vous pouvez croire aussi que dès qu’un spermatozoïde a fécondé un ovule – même le plus artificiellement possible - il y a un embryon intouchable. Mais n’imposez pas cette croyance à tous. Nul chercheur catho n’est obligé de travailler sur des cellules souches.

 

Combien de fois faudra-t-il rappeler aux bigots que le cléricalisme - cette obstination à vouloir « subordonner la société civile à la société religieuse, à vouloir étendre à la société politique les règles et méthodes de cette Église, à utiliser des armes spirituelles à des fins temporelles, à se servir du pouvoir politique pour imposer sa vision morale, individuelle ou collective » (Marc Ferro) – est proscrit depuis la loi de 1905.

 

 

Après nous avoir fait subir vos manifs anti-mariage pour tous, vous récidivez, quasiment en pire, curés et évêques en tête –en chantant les louanges d’une loi espagnole liberticide promue par des nostalgiques du franquisme, poussés par l’Opus Dei. Une fois encore vous provoquez un climat d’affrontements. De haine. Jouant un jeu politicien cynique. Oubliant d’ailleurs que ce cléricalisme éhonté paraît comme une justification aux fanatiques qui s’en prennent, non seulement aux athées de mon genre, mais aux chrétiens.

 

Arrêtez de pratiquer votre charia !

 

 

 

Cette pancarte est un exemple typique du degré de réflexion de ces manifestants - à croire que pour certains la différenciation des cellules-souche s'est bloquée entre les deux oreilles.

Certes, l'espèce humaine, après fécondation naturelle ou artificielle, va donner un embryon. Mais, à part Dolly, la brebis clonée, des manifestants paysans auraient pu accrocher la pancarte à leurs moutons, veaux, vaches, cochons mais pas couvées.

Pour autant, la proposition n'est pas réversible. Tout embryon de mammifère n'aboutit pas à un petit de son espèce. De tout temps, l'espèce humaine a connu des INVG - Interruptions non volontaires de grossesse - qui, implantations ratées, pouvaient passer complétement inaperçues , qui, d'autre fois, donnaient des fausses couches sans oublier les enfants morts-nés*. Ne parlons pas des embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro.

Donc si toute personne humaine a commencé comme embryon, tout embryon n'est pas, pour autant, personne humaine. 

 

 

* Le limbus puerorum (limbe des enfants) doit recevoir les âmes des enfants morts-nés, donc non baptisés, pour les catholiques.

 

 

 

Une certaine "Laurence", qui n'est certainement pas d'Arabie, mais plus sûrement une disciple de Renaud Camus, m'a fait l'honneur de commenter cet article.

Je lui dédie cet extrait du Canard Enchaîné qui la situe parfaitement bien.

Canard Enchaîné 10-09-2014

Canard Enchaîné 10-09-2014

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 16:46

enfantsvolesespagne.ninosrobados

 

Cet article reprend un article précédent, en le complétant, à l’occasion de la sortie d’un documentaire que, vu l’heure de programmation, peu de gens verront, sauf si FR3 a l’intelligence de le mettre en ligne. Il rappelle aussi aux cagots que l’église espagnole pratiquait la Gestation pour autrui sauvage. Qu’en pensent nos cardinaux papabiles ? et les saintes Frigide et Christine ?

 

Un documentaire sur les « enfants volés » va passer quasi clandestinement sur FR3 ce lundi11/02/13 à 0h10* ! Il eut pourtant pris tout son poids, au moment où nos propres prélats cherchaient à imposer la loi religieuse sur la loi civile. Car question GPA barbares l’église espagnole se posait là. Ces vols d’enfants démarrés au lendemain de la guerre civile au nom d’une idéologie de lutte contre le virus rouge va se poursuivre pour des motifs mercantiles, toujours sous l’égide de l’église qui, jusqu’en 1987, gérait les adoptions. La seule religieuse inculpée – sœur Juana – vient de mourir.

 

L’historien Ricard Vinyes chiffre à 21 000, rien que pour 1942 et 1943, les enfants enlevés de force à des mères républicaines par le régime franquiste avec la complicité active de l’église catholique.

Baltazar Garzon1  Le juge Baltasar Garzón,  qui a d'ailleurs perdu son poste en tentant de faire avancer ce dossier des enfants volés du franquisme, cite un document d'une institution religieuse, chiffrant à 30.960 au cours de la décennie 1944-1954 le nombre d'enfants de prisonnières politiques placés sous tutelle de l'Etat. Selon ce magistrat, c'est "un nombre indéterminé" d'enfants qui, de manière "systématique, préconçue et avec une volonté véritablement criminelle", auraient été soustraits à des familles "qui ne s'ajustaient pas au nouveau régime [franquiste]". Des milliers de femmes républicaines venues accoucher dans les hôpitaux ressortent sans bébés. ("La madre biológica entraba por un lado y la adoptiva salía con un bebé por otro").  Tous, sont déclarés morts nés. En fait, l'enfant, bien vivant, est placé sous la tutelle d'une famille proche du régime franquiste, pour être rééduqué. Ce sont les religieuses qui sont chargées de voler les enfants, elles utilisaient leur influence et l'autorité de l'Eglise pour faire taire les plaintes des mères.

enfantsvolesespagne

GONZALO PORSET, UNE VICTIME -Marine de La Moissonnière France Culture

 

Garzon relate cet épisode du début des années 40 basé sur le témoignage de Félix Espejo, ancien mineur des Asturies: "Un jour, les mères [prisonnières] sortirent avec leurs enfants dans la cour [de la prison de Saturraran]. Les religieuses leur dirent que les enfants devaient rester à l'intérieur pour une révision médicale. Il y en avait une centaine. Lorsque les mères rentrèrent, ils n'étaient plus là. Concepcion [une prisonnière], qui n'avait pas d'enfant, fut impressionnée par les scènes de douleur et par les cris des mères qui réclamaient leurs petits. Ils les menacèrent en leur disant de se taire si elles voulaient rester en vie. Une femme d'Oviedo libérée peu après vit sa fille dans une maison de militaires, à Valence, mais on ne sait pas si elle a pu la récupérer ou non".

 

Du rapt idéologique au trafic de nouveaux-nés

enfants-voles ANADIR

Cette politique d'enlèvements, pour rechristianiser les enfants de mères rouges, s’est ensuite, avec toujours la complicité des « bonnes sœurs » et de leur hiérarchie, transformée en véritable trafic d’enfants.  «Ce qui commence comme une sorte de vengeance politique et de mise au pas de la société se transforme au fil des années en un vrai «commerce» qui aurait perduré y compris jusqu’au début des années 80», explique Hector Rojo (revue Diagonal). Ainsi Isabel, mineure et enceinte, dans la très catholique Espagne de 1974, a dû obéir à ses parents : accouchement discret et un bébé qui disparaît, confié par les religieuses, sous une fausse identité, à une famille bien sous tous rapports (Tribune de Genève 15/10/2009)

 

Le Monde daté du 24/XII/2011 titrait en page 3 "Les enfants volés d'Espagne"  Les associations de victimes estiment à 300 000 adoptions irrégulières et vols d'enfants entre 1940 et 1990. L'article raconte qu'une femme, sur les conseils du curé de la paroisse, a simulé la grossesse, avant d'"adopter" un enfant.

"Le vol de bébés a surgi en Espagne avec le franquisme mais, par la suite, il semble qu'il se soit transformé en un pur commerce, extrêmement lucratif, qui se serait nourri de la vulnérabilité de certaines catégories de personnes : mères célibataires ou mineures, couples analphabètes [...] Ce qui a commencé comme un crime idéologique s'est transformé en une véritable mafia"  Enrique Vila cité par Le Monde.

enfantsvolesdelEspagne - SOS bebes robados de Madrid

Espagne - l'association SOS bébés volés de Madrid Marine de La Moissonnière France Culture

 

« El Mundo » qui n’est pas l’équivalent espagnol du Monde, plutôt proche de l’UMP locale, le PP,  a cependant consacré un dossier aux « familles fictives : vies dérobées ». Témoignages émouvants de ces bénéficiaires du trafic : "Mes parents m'ont confessé qu'ils m'avaient acheté" : Juan Luis Moreno a su qu'ils l'avaient acheté pour 150.000 pesetas quand son père le lui a confessé dans son lit de mort ; "Ils ont payé pour moi davantage que pour un appartement"; "Un religieux leur a permis de choisir entre un petit garçon ou une petite fille", "Ils ont eu à employer une mère porteuse"...

 

Des couples mariés qui ne pouvaient avoir d’enfant,  se mettaient en rapport, par le bouche à oreille, avec les personnes qui pouvaient leur en fournir. On leur disait dans quelle ville ils auraient à aller et combien ils devraient payer et le jour indiqué, ils se déplaçaient là où l'échange était fait. Après ils s’arrangeaient, dans leur propre ville pour falsifier, avec aussi un paiement préalable, le certificat de naissance. Et ils se présentaient à l'état civil où ils inscrivaient le bébé. "Il y avait pratiquement toujours des personnes religieuses impliquées dans ces histoires" En effet, jusqu’à 1987, 12 ans après la mort de Franco, les adoptions étaient entre les mains de l’église.

 

enfantsvolesespagne sorjuana La seule personne inculpée, une « bonne sœur », Maria Gomez Valbuena, en religion Sor Juana, est décédée en janvier. Le juge Garzón, on l’a vu a été déchu pour onze ans, par la plus haute juridiction espagnole sur plaintes de deux groupuscules d’extrême droite, pour avoir osé soulever le couvercle des 100 000 disparus du franquisme et de ces 300 000 « niňos robados ». Comme le dit Télé Obs, aucune enquête qui permettrait de vérifier les archives des hôpitaux, des maternités et des évêchés incriminés, n’a été diligentée. (« Les ombres du passé » Télé Obs  09/02/13).

 

 Cette église franquiste, loin de tout repentir, a continué d’afficher son cléricalisme avec la même morgue, pour tenter de bloquer les lois qui lui déplaisent. Le soutien du Vatican ne lui a jamais fait défaut. La radio contrôlée par la Conférence épiscopale espagnole a pris très systématiquement position contre le gouvernement de Zapatero, défendant, sur un ton souvent très violent, des positions proches du Parti Popular (PP). Mais, malgré le retour du PP au pouvoir, ni le mariage homo, ni l’IVG, contre lesquels cette église avait organisé des manifestations géantes, n’ont été remis en cause.

 

 

* On peut le (re)voir http://pluzz.francetv.fr/videos/la_case_de_l_oncle_doc_,77100649.html 

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 11:09

Les religions se trompent dès l'instant qu'elles font de la morale et qu'elles fulminent des commandements (Camus, Chute,1956)

 

Lettre ouverte à Monsieur André Vingt-trois

A23 01Le cardinal A. Vingt-trois : 2e à droite

Monsieur,

 

Vous m’excuserez d’abord de ne pas utiliser des formules rituelles telles que Monseigneur, vu que je ne vous considère pas comme tel, ni Votre éminence, vu que, si aux yeux de vos fidèles votre fonction peut être considérée comme éminente, elle ne rend pas votre personne même éminente.

 

Mais laissons cette terminologie bien obsolète de côté. Venons-en au fait.

 

Vous avez donc envoyé, si j’ose dire, urbi et orbi, au nom je pense de vos collègues, une prière à prononcer le 15 août, dans toutes les paroisses en activité. Sur le texte même de la prière, le nul en orthographe que je suis ne vous reprochera pas  dans le deuxièmement (« Pour celles et ceux qui on été récemment élus pour légiférer et gouverner ») un "on" que j’eusse pu commettre.

  En revanche, c’est le contenu du paragraphe qui pose problème.  Il est explicité, si besoin était, par l’introduction à l’envoi de votre texte : «  Compte tenu de la situation et des probables projets législatifs du gouvernement sur la famille, il me semble opportun de donner un signe national à l’occasion du 15 août qui rassemble des foules de catholiques à travers le pays. C’est pourquoi je vous propose une formule de prière des fidèles à utiliser lors des célébrations du 15 août 2012. L’unité de la formule devrait faire signe et on peut espérer que certains de nos fidèles seront sensibilisés, même parmi des parlementaires... ». Et il est formulé, comme souvent, de la plus jésuitique façon, en voulant faire passer comme le « bien commun » ce qui n’est que la conception que vous avez de ce bien ; et de qualifier de « requêtes particulières » ce qui, du point de vue de ceux qui les formulent, est une demande de justice.

 

Qu’en tant que responsable de votre institution vous rappeliez à vos ouailles que l’église s’oppose au préservatif et plus globalement à la contraception (ne parlons pas de l’IVG), au divorce, au mariage des prêtres, aux femmes-prêtres* et, bien sûr, au mariage homosexuel, pourquoi pas ? Que certains de vos fidèles, voire même de vos propres clercs – je n’aurai pas la cruauté de rappeler les scandales qui ponctuent la vie de votre église -  aient de la peine à suivre ces préceptes, voire les violent allégrement, c’est votre problème. J’entends le vôtre et celui de vos collègues.

 

Mais pour « l’avenir de notre pays » essayez de comprendre que ce n’est pas à une église ou à une obédience spirituelle quelconque d’en décider. Vous succombez à la terrible tentation du cléricalisme. Cléricalisme, cette volonté obstinée des papes et du clergé à subordonner la société civile à la société religieuse, à vouloir étendre à la société politique les règles et méthodes de cette Église, à utiliser des armes spirituelles à des fins temporelles, à se servir du pouvoir politique pour imposer sa vision morale, individuelle ou collective (d'après Marc Ferro). Cléricalisme qui sévit à grande échelle en Espagne avec une église nostalgique du franquisme. Mais que l’on voit ressurgir en France, votre prière, comme des prises de position sur des programmes scolaires, en témoigne.

 

Notre République est dotée d’institutions démocratiques. C’est au Parlement, si possible préservé de la pression de lobbys, fussent-ils spirituels et religieux, de décider, comme il l’a fait avec la loi Neuwirth, puis avec la loi Veil, des lois dites de société. Mariage et adoption pour les homosexuels notamment. Bien d’autres sujets sont en question – mères porteuses, suicides assistés, recherche scientifique sur les embryons surnuméraires, ou, dans un autre domaine, légalisation du cannabis… – sur lesquels réflexions et débats, les plus dépassionnés possibles, s’imposent.

 

En revanche, aucune des lois citées (divorce, contraception, IVG) ne s’impose à qui que ce soit. Pour mettre les points sur les i, aucun couple catholique n’est obligé de divorcer, il peut pratiquer la sainte méthode Ogino ou, plus sûr, l’abstinence, et, en revanche, ne pas se livrer à des pratiques solitaires, ou, pire encore, à la sodomie ou à l’adultère, etc. De la même façon, l’église catholique ne sera pas obligée de bénir les mariages homosexuels s’ils deviennent légaux.

 

La liberté d’opinion autorise évidemment l’église, la libre pensée, les obédiences maçonniques, les laboratoires d’idées, etc. à défendre des points de vues, notamment sur des sujets délicats où la frontière de l’interdit est difficile à tracer. Le débat actuel sur la prostitution en est un exemple. Mais en ne confondant pas émettre une opinion et édicter un précepte.

 

Monsieur Vingt-trois, laissez au législateur le soin d’écrire la loi, sans essayer de la  lui dicter. Loi qui est faite non pour les croyants ou les agnostiques ou les athées, mais pour les citoyens. Lois qui peuvent ouvrir de nouvelles libertés offertes au libre choix de chacune et chacun. Lois qui peuvent reconnaître une égale dignité, aussi.

 

Je vous en prie, M. Vingt-trois, ne succombez plus à la tentation du cléricalisme.

 

J. F. Launay

Laïc laïque

 

 

* Ce cardinal est l'immortel auteur de cette déclaration : "Le plus difficile est d'avoir des femmes qui soient formées. Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête." Le tout n'est pas d'avoir une soutane...

 

 

    Pour compléter une excellente opinion de YESHAYA DALSACE Rabbin de la communauté Dor Vador à Paris : "Un débat qui ne concerne pas la religion" (Libération 05/10/12), dont voici un extrait :

 

"Mais je m’étonne surtout de l’immixtion de la voix religieuse dans un débat civil. La République française a inventé le mariage civil totalement détaché de sa dimension religieuse, il y a ajouté le divorce contre l’approbation de l’Eglise. Les citoyens qui le désirent peuvent compléter la dimension civile par un mariage religieux de leur choix, à la condition de répondre aux critères émis par cette religion. Du point de vue de l’Etat, cette cérémonie religieuse est une affaire privée. Il va de soi que les conceptions religieuses de la famille, de la sexualité, de la procréation, de l’éducation ne concernent que ceux qui s’engagent dans un mariage religieux et s’y reconnaissent. Le mariage civil républicain a lui-même évolué au cours de ses deux siècles d’histoire. C’est dans ce contexte que le débat sur le mariage homosexuel doit avoir lieu. L’Etat doit traiter de cette question en tenant compte de la réalité de la société et dans l’intérêt de la protection de ses citoyens, homosexuels compris, des conjoints et des enfants et non pour défendre une conception religieuse de la famille. Il en est de même pour la question du divorce. Libre aux religions de suivre ou non.

La véritable question n’est donc pas celle des tabous religieux qui ne sont pas concernés par ce débat civil, mais celle du bien-fondé d’une décision qui touche la parentalité et le droit de la famille."

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 17:06

C'est grâce au Prix Femina Etranger qui lui a été décerné en 1998 pour son excellent roman Pleine lune* que j'ai découvert Antonio Muñoz Molina. Séduite par la solidité de l'intrigue et la qualité de l'écriture, j'ai poursuivi par la lecture de Beatus ille, première œuvre de l'auteur (né en Andalousie en 1956) publiée en Espagne en 1986.

 

En 1969, sous le prétexte d'une thèse qu'il veut consacrer à Jacinto Solana, poète méconnu abattu par les gardes civils franquistes à Magina en 1947, Minaya, jeune étudiant madrilène se fait habilement inviter dans cette petite cité iMAGINAire d'Andalousie par son oncle Manuel qui y réside. L'étudiant en est lui-même originaire. Il retrouve la ville de son enfance, la discrète générosité du riche Manuel, suscite l'intérêt d'Inès, la jeune employée de maison, découvre l'amitié qui liait son oncle et Solana mais aussi le crime non élucidé qui a coûté la vie à Mariana, la belle épouse de Manuel au lendemain de son mariage en 1937. L'auteur joue en virtuose de va-et-vient entre ces trois dates, les lieux, les personnages, les amours pour nous livrer les investigations de Minaya et exhumer le passé (ce à quoi répugnent ceux qui ont vécu la guerre civile). A-travers une micro-société, il nous donne ainsi les clés pour atteindre à la compréhension globale de la société espagnole sur plus de trois décennies.

 

  Roman sur la MEMOIRE douloureuse du franquisme donc, à l'architecture parfaitement ordonnée, mais aussi roman sur la CREATION LITTERAIRE et à cet égard, l'avant dernier chapitre est d'une éblouissante dextérité. Avis aux lecteurs potentiels : surtout ne vous laissez pas rebuter si les premières pages vous paraissent difficiles, vous y reviendrez sans doute après avoir achevé la lecture de l'ouvrage pour vous persuader de l'habileté diabolique de l'auteur. Tout au long du roman, vous savourerez les phrases longues mais parfaitement claires qui permettent de débusquer tant la personnalité des protagonistes que les recoins du labyrinthe de la maison et de la ville ou encore les pesanteurs de la fin du franquisme et les plaies secrètes mais toujours vives de la guerre civile.

 

Roman admirable qui révèle l'étonnante maîtrise d'un jeune auteur (il avait juste trente ans à l'époque de sa publication en Espagne)  à qui s'applique très précisément cette déclaration qu'il prête à un de ses personnages :

 

« CE QUI COMPTE, CE N'EST PAS QU'UNE HISTOIRE SOIT VRAIE OU FAUSSE, C'EST QU'ON SACHE LA RACONTER »

 

Beatus ille  (Antonio Muñoz Molina Points Seuil, n° P929)

 

*Points Seuil, n° P667

 

 

 

 

 

 

 

Voir MLF 7 : Si c'est un homme Primo Levi

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