Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 21:36

vincent-peillon.jpg

« Peillon relance la polémique » nous dit, tout de go, la spikerine du Journal du soir de France 2 de ce jour (05/01/13).

 

M’est immédiatement revenue en mémoire  cette histoire, celle du temps où un certain François Mitterrand, candidat malheureux devant Giscard d’Estaing, était 1er secrétaire du PS et où Pierre Mauroy, encore maire de Lille, était son second. Epoque aussi où l’union de la gauche « était un combat », c’est-à-dire où un PC, dirigé par l’inimitable* Georges Marchais, poursuivait le PS de sa vindicte.

Courait la petite histoire suivante :

Une brève paraît dans l’Humanité disant que le bruit se répandait à Lille que son Maire poursuivait les petites filles. Mauroy, rouge de colère, va trouver Mitterrand, le journal à la main. Celui-ci le calme en lui conseillant de ne pas tomber dans le piège d’une aussi évidente provocation.

Le lendemain, l’Humanité publie en une : « Un silence qui vaut un aveu ! ».
Du coup Mauroy, fou de rage, lance un communiqué de démenti.

Le soir, Le Monde titre : « Pierre Mauroy relance la polémique avec le Parti Communiste ».

eric-labarre.jpg 

 

Rappelons donc que le secrétaire général de l'enseignement catholique, Eric Labarre, a adressé avant les vacances une lettre aux chefs d'établissement des 8 300 écoles, collèges et lycées privés catholiques (Le Parisien, vendredi 28 décembre).

"Chaque école, collège ou lycée peut prendre les initiatives qui lui paraissent localement les plus adaptées pour permettre à chacun l'exercice d'une liberté éclairée à l'égard des choix aujourd'hui envisagés par les pouvoirs publics", écrit-il, s’agissant bien sûr du mariage pour tous. La Fédération de l’Enseignement Privé-CFDT (majoritaire) estimait que ce courrier ne créait pas les conditions du débat, mais "risque plus de servir de caution à certaines opérations partisanes et sectaires qu'à ouvrir des débats éclairés". Un autre syndicat fut plus explicite dénonçant dans un communiqué daté du 20 décembre « ce discours de pseudo-liberté qui vise de fait à utiliser parents, élèves et personnels des établissements privés comme chair à canon des combats de l’Église catholique ».

 

Or, imaginez-vous que Vincent Peillon, Ministre de l’Education Nationale, a osé écrire : «Le caractère propre de ces établissements ne saurait leur permettre de déroger au strict respect de tous les individus et de leurs convictions. Il convient donc d'appeler à la retenue et à la neutralité au sein de tous les établissements afin que l'école ne fasse l'objet d'aucune instrumentalisation.» 

Comble de son esprit polémique il a demandé aux Recteurs "de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes", ce qui, on en conviendra facilement, est une véritable agression…

 

Il est donc bon – démontrant ainsi que la télévision publique n’est pas à la botte du pouvoir – que la spikerine de service dénonce cette agressivité des ministres socialistes (et des socialistes en général) envers l’église catholique et ses œuvres.

 

 

 

* Comme quoi la fameuse formule « l’histoire ne se répète pas, elle bégaie » semble se démontrer avec Mélenchon caricature de Marchais (ce qui est fort !).

Repost 0
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 11:20

ecole2Une enseignante d’un Lycée professionnel de Béthune est morte quelques jours après une tentative de suicide. Le « Café pédagogique », d’habitude mieux inspiré, comme une contributrice du Plus (Nel Obs), a rebondi sur ce fait divers. Oubliant, qu’à chaud, les réactions ne sont pas très propices à la réflexion.


Le décès qui a eu lieu le 19 octobre a été annoncé par un syndicat autonome des LP le 23. Si l’on en croit L’Humanité – mais sa version est identique à celles d’autres médias - "Sa dernière volonté était que personne de l'Education nationale ne soit présent à ses obsèques". La sœur de cette enseignante de 48 ans a retrouvé sur son ordinateur un brouillon de courrier électronique dans lequel elle évoque sa souffrance professionnelle. "Dans ce message, elle expliquait que ça n'allait pas cette année parce qu'elle avait des classes surchargées à 36, qu'elle avait un emploi du temps assez lourd et qu'elle se sentait oppressée par la hiérarchie de l'établissement", a indiqué Sylvie Vinsard (secrétaire académique du syndicat autonome). Elle craignait également que son poste soit supprimé à la prochaine rentrée scolaire, ce qui l'aurait contrainte à redevenir titulaire sur zone de remplacement (TZR), c'est-à-dire destinée "à parcourir les deux départements du Nord/Pas-de-Calais".


Une histoire individuelle sur laquelle Le Café pédagogique assène quand même : Personne ne sait grand chose sur les motivations de Marielle. Mais tout le monde reconnaît que cette enseignante de 48 ans, en mourant, a désigné l'institution scolaire. Dans ce qu’elle aurait écrit, elle désigne d’abord une politique (classes surchargées et emploi du temps lourd, c’est le résultat d’une politique affichée de suppressions de postes), puis la hiérarchie certes mais de l’établissement. Certainement qu’elle n’a pas bénéficié d’une écoute de l’équipe de direction, comme le dénonce la responsable syndicale, mais pas non plus de cette syndicaliste qui travaillait dans le même lycée.

A ce sinistre jeu de la culpabilisation le risque de dérives dangereuses est grand.

ecole en danger


Un mal être enseignant

 

Qu’il y ait un mal être enseignant n’est pas étonnant. Comment échapperaient-ils au pessimisme qui mine l’ensemble du corps social. Paradoxe français, alors que ce pays contrairement à ses voisins maintient un taux de natalité relativement élevé – indice d’une confiance dans l’avenir – il est l’un des plus inquiets sur le futur qui attend ses rejetons.


Que le mal être enseignant ait des causes plus spécifiques des rapports cités par Le Café pédagogique le démontrent. Tout en appelant à la nuance. Ainsi l'enquête menée par Eric Debarbieux et Georges Fotinos en 2011 et qui porte sur 11 820 enseignants du premier degré montre que 92% des enseignants trouvent le climat scolaire de leur école bon ou plutôt bon. La situation n’est évidemment pas toute rose. Ainsi un enseignant sur sept (15%) souffre d'ostracisme de la part de ses collègues ou de harcèlement là aussi fréquemment de la part de collègues. Un bon tiers dit se heurter à des élèves gravement perturbés. Et huit sur dix critiquent, si j’en crois la synthèse du Café, de façon virulente la hiérarchie. Et l’Inspecteur (IEN) est la première cible. Sauf que ses injonctions sont celles de la politique ministérielle. L’exemple des évaluations est pris, mais l’abandon calamiteux des évaluations 6e est dû à une décision arbitraire et absurde de Darcos (et c’est le moindre de ses exploits puisqu’il aura supprimé la formation professionnelle des enseignants et instauré la semaine de 4 jours en primaire).


L’apparente rébellion contre la paperasse peut aussi cacher un rejet d’évolutions que les pédagogos comme dit élégamment Jacques Julliard ont prônées. La notation-sanction est plus facile à manier que l’évaluation des compétences qui nécessite des grilles d’observation jugées fastidieuses. La recherche d’un consensus sur un projet d’école ou d’établissement est plus chronophage que la pratique individualiste du métier…


Dérive autoritaire et caporalisme

 

La dérive autoritaire que Darcos symbolisa, mais que Chatel, avec un peu plus d’onctuosité, a poursuivie (et qui s’inscrit dans une continuité) est indéniable. La transformation des Inspecteurs d’Académie - Directeurs Départementaux, en pleine responsabilité du primaire et, en partie, des collèges – en subordonnés directs de recteurs qui devaient s’inscrire dans une « culture du résultat », en l’espèce les suppressions de postes, est symptomatique d’une reconcentration. Le refus de fait de tout dialogue social a aussi marqué ces dernières années.


Pour autant, écrire qu’il faut changer la culture de l'encadrement que 10 ans de gestion autoritaire ont fait glisser vers le discrédit et le caporalisme relève peut-être d’une globalisation excessive. Entre les impulsions brutales d’un Darcos et la gestion du Principal du collège de Montcuq* (Lot), il n’y a pas, obligatoirement une transcription caporaliste. Et même des Recteurs peuvent, comme celui d’Aix-Marseille, J.P. de Gaudemar,  devenu conseiller de François Hollande, infléchir dans leur académie, les injonctions de leur ministre.


Un pouvoir de nuisance réduit

ecole3

Globalement, le pouvoir de nuisance que certains prêtent aux Inspecteurs ou personnels de direction est - faut-il le rappeler ? - très faible. Les Inspecteurs n’inspectent les enseignants – prévenus une semaine à l’avance – qu’une fois tous les 6 ou 7 ans, au mieux.

Les personnels de direction n’ont aucune autorité pédagogique officielle : le recrutement direct des personnels par le chef d’établissement envisagé pour les établissements difficiles est, pour le moment, et sans doute pour longtemps, dans les cartons. Ne parlons pas de la notation dite administrative qui est une pure mascarade. Mais s’ils ne peuvent agir directement dans la classe, ils ont une intervention pédagogique plus globale avec la constitution des équipes enseignantes de chaque classe – la répartition de services dans notre jargon – l’équilibre des emplois du temps, l’animation des conseils de classe, du conseil pédagogique, etc. Un prof peut donc se dire qu’il n’a que des classes pourries, un emploi du temps à trous et que son avis est méprisé en conseil de classe…


Ne tirez pas sur le pianiste

 

bonnetdaneQue certains chefs d’établissement ne soient pas à l’écoute des personnels, emportés qu’ils sont, non par le caporalisme – les personnels se plaindraient plutôt de ne pas assez les voir que trop – mais par le désir de développer leur établissement, de faire prospérer leur GRETA, de se faire valoir au Rectorat par leur présence dans les équipes de formation des futurs personnels de direction, etc. est indéniable. Mais s’ils bénéficient d’un (ou d’)adjoint(s) présents sur le terrain le climat du lycée peut être parfaitement vivable.

Quelques-uns peuvent être de redoutables petits tyranneaux. Sont-ils plus nombreux que les enseignants qui abusent de leur autorité ou sabotent leur travail ?

Certains, dans les établissements difficiles où le collège est souvent le seul service public qui reste, sont d’anonymes héros ; vivant sur place, présent avec leur adjoint et/ou CPE à l’entrée du collège, vigilant dans la journée à juguler tout incident, s’efforçant de créer ou maintenir un esprit d’équipe chez tous les personnels, ils s’usent souvent à la tâche.

Mais le plus grand nombre des chefs et adjoints sont des professionnels, tout simplement, pour la plupart d’ailleurs issus des corps enseignants, professionnels qui se servent d’outils un peu plus perfectionnés que le pifomètre, tels que les indicateurs de pilotage, qui ne sont pas tous non plus adeptes du doigt mouillé pour se mettre dans le sens du vent rectoral. Ils s’efforcent, avec plus ou moins de succès, d’impulser un projet d’établissement. Ils ont souvent l’impression que le rocher qu’ils ont poussé en haut, leur retombe sur les pieds.


Mais comme disait Albert Camus « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». J’ajouterai quand même « Ne tirez pas sur le pianiste » même s’il commet quelques fausses notes. Et n’en faites pas un trop facile bouc émissaire.

 


*Choix tout-à-fait arbitraire ou plutôt dû à un souvenir encore vif d’un reportage de Daniel Prévost, pour « Le Petit Rapporteur », dans cette charmante commune.

 

TAgrainphoto.jpg

Pour ceux qui voudraient aller plus loin deux ouvrages toujours d’actualité :


 

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article
6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 08:18

CGrentree82_03.jpg

Rentrée en 6e en 1982

 

L’éducation offre à nos médias au moins deux marronniers annuels. Au début de l’été, le bac et en fin d’été, la rentrée. Laissons le bac (bradé bien sûr) et focalisons-nous sur la rentrée. Passons sur les vrais-faux chiffres du style « un enseignant pour 14 élèves » lancés par les réactionnaires (pardon, je veux dire les auteurs de réactions qui colonisent les commentaires). Passons aussi sur les habituels néo-poujadistes et leurs profs toujours absents, les élèves aussi d’ailleurs et l’école à feu et à sang.  On y reviendra. Mais commençons par une affirmation sous la plume d’une journaliste spécialisée qui, contrairement à un de ses collègues du Monde qui a réussi à s’extraire de l’éducation pour accéder à la nécrologie, s’incruste à la rubrique éducation de son hebdo comme la bernique à son rocher.


« Il faut réduire l’échec scolaire au primaire, où près d’un quart des élèves n’acquièrent pas le minimum nécessaire pour réussir au collège » écrit-elle. Une de ses collègues d’un quotidien du soir est moins sévère, puisqu’elle dit que « 15 % sortent non lecteurs du primaire ». D’où ça sort ?  De la DEPP de l’Education nationale mais toutes les études, nationales ou internationales sont au moins d’accord sur ces données. Tout au moins approximativement puisque pour les non lecteurs on oscille entre 15 et 20% selon les critères choisis, m’a répondu fort obligeamment, la seconde. Or on lit dans L’état de l’école 2011 (dernière parution) : En fin de CM2, 87,9 % des élèves maîtrisent les compétences de base en français et 90,1 % des élèves maîtrisent les compétences de base en mathématiques. Le même « état de l’école » synthétise une autre évaluation (« Cedre ») qui estime à 13 % les élèves en difficultés en CM 2 dont 2 %, en très grandes difficultés.

 CGrentree83 02

Peut-on convenir qu’un non lecteur est un illettré en puissance ? Si oui, il faudra aussi convenir que le collège n’est pas si minable que cela, puisqu’à la sortie, à 17 ans, aux JAPD devenue Journée défense et citoyenneté, seuls 4,9 % - surtout les garçons – sont estimés illettrés (chiffre cohérent avec une enquête INSEE sur 10 000 personnes qui chiffrait à 4,5 % les 18-25 ans illettrés).

 

Autre chiffre catastrophe mis en avant, 120 000 à 150 000 jeunes sortent du système sans diplôme. VRAI : une étude commandée par la Haut conseil à l’éducation estime ces sorties à 140 000. Mais seulement 40 000 d’entre eux sont considérés comme sortant « sans qualification ». Avec une diminution de 75 % pour ces derniers de 1975 à 2005.

CGrentree83_01.jpg

 

Les profs, c’est bien connu, c’est feignasses et compagnie.Toujours en vacances et, quand ils ne sont pas en grève, en congés maladies, jamais remplacés bien sûr. Et un prof pour 14 élèves, les rares fois où ils sont au boulot, ils se la coulent douce.

 

La France a le taux d'encadrement le plus faible des 34 pays de l'OCDE, selon une note de 2011 du Centre d'analyse Stratégique (CAS), organisme rattaché à Matignon, prenant pour référence l'année 2007. Vous avez bien lu, 2011 ! avant que les hordes barbares socialistes n’envahissent le pouvoir, illégitimement.

 

Quant aux absences des profs, une étude commandée par Darcos à un truc privé tendait à faire croire que près d’un enseignant du primaire sur deux posait un congé maladie. L’étude, à ma connaissance, n’a jamais été publiée in extenso. En revanche, l’éducation nationale en a diffusé une d’où il ressort que le taux d’absence, dans le 1er degré, est de 7,31 %, ce qui n’est pas divergent des chiffres de la Fonction Publique. Mais le gros problème des absences, c’est le remplacement : il est assuré à 81 % (hors congés de maternités ou de longue maladie assurés à 100 %).

 

D’accord, 140 000 élèves qui quittent l’école sans diplôme (autre que le Brevet du collège) : c’est beaucoup trop. La violence à l’école, qui n’est mesurée que très récemment, est insupportable, comme est totalement indécent – et absurde – une proposition d’une mutuelle (?) d’assurer sur le racket (elle le propose aux commerçants corses ?). Les absences injustifiées des élèves nourrissent l’échec scolaire.

 

Pour autant, faut-il caricaturer l’école et son fonctionnement, en lançant des chiffres infondés, en exagérant ses maux et en masquant ses progrès ?


 

Pour ceux qui veulent avoir une vue d’ensemble, outre « L’état de l’école », ils peuvent consulter  « Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche ».

La MGEN a parrainé deux études « Le climat scolaire dans les lycées et collèges. Etat des lieux. Analyse et proposition » et « La qualité de vie au travail dans les lycées et collèges », étude qui se penche sur le « burn out » des enseignants.

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 18:56

05 12 tarifa manif-05

05 12 tarifa manif-0122 mai, sur la belle promenade ombragée qui va vers le port et le château de Guzman – sa statue la conclut – une manif regroupe élèves, parents et enseignants. Echo local d’une grève nationale dans l’éducation, de l’école primaire à l’Université, ponctuée de manifs géantes dans les capitales provinciales et Madrid. Comme en France, les chiffres divergent : 25 000 manifestants selon la police, 150 000 selon les organisateurs, à Barcelone, par exemple ; 80 % de grévistes pour les syndicats, 22,7 pour le ministère de l’éducation !

05 12 tarifa manif-02

Le gouvernement de droite veut faire passer l’éducation de 4,9 % du PIB à 3,9 %. Les mesures préconisées ne nous sont pas inconnues : abandon de l’appui à la préscolarisation des moins de 3 ans et des mesures d’aides aux élèves rencontrant des difficultés dans le tronc commun, orientation précoce vers la voie professionnelle, alourdissement des effectifs par classe, délai de carence de 14 jours pour le remplacement des profs absents, etc.

05 12 tarifa manif-04

Rajoy fait rien qu’à copier notre sortant-sorti !

 

05 12 tarifa manif-03

 

 

En complément une vidéo AFP (avec malheureusement de la pub en entrée) :

 

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article
7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 21:12

francois-bayrou-le-4-fevrier-2012bis

Le candidat de la Société des agrégés ? En tout cas, un programme dont le corporatisme ne risque pas de froisser le SNALC, ni même le SNES qui, sur ce terrain, ne le cède pas au syndicat de droite assumée.


Nous avons l’intention d’installer le verbe "instruire" au coeur de la campagne électorale comme nous avons installé le verbe "produire"” a-t-il proclamé. Mais ce n’était pas que pour la rime.


Car les seules mesures concernant les élèves consistent implicitement à rétablir un concours d’entrée en 6ème et à instaurer un super-bac, un bac d’excellence. "Aucun élève ne doit entrer au collège s'il n'est garanti qu'il maîtrise la lecture et le calcul". Si l’on ajoute qu’il prône un collège différencié et la mise hors les murs des élèves trop remuants, on voit qu’on est très loin d’une école fondamentale, prenant en charge tous les élèves de 3 à 16 ans.


Sous une apparente neutralité pédagogique – il rend même un apparent hommage aux Cahiers pédagogiques – il intervient dans le faux procès sur l’enseignement de l’Histoire en terminale S, et « il pousse jusqu'à reprendre les critiques sur la méthode globale... » (Café pédagogique), repartant sur un autre faux débat lancé naguère par de Robien. En bon centriste, il corrige cependant en affirmant que “le apprendre à apprendre doit être le socle ”.


S’agissant des moyens – sérieusement amputés pendant le quinquennat – il pourfend  François Hollande et ses 60 000 postes, en clamant, drapé dans le drapeau de la rigueur, que  " tout le monde le sait, sauf ceux qui consciemment ont décidé de tromper les Français, la France doit sortir du surendettement qui l’asphyxie, si elle veut préserver son modèle social et de services publics."

 

Cependant, dans un en avant vers le passé, il propose de rétablir les répétiteurs. Pourquoi pas d’ailleurs, s’il s’agit, en diminuant l’horaire élève hebdomadaire, d’instaurer une école tout compris où l’élève rentre chez lui, sans contrainte de devoir ou leçon à la maison (ce qui est, le cas, du plus grand nombre de travailleurs, qui, rentrés chez eux, sont en principe libérés des tâches professionnelles).

Profs : opération séduction


Autocollant du PS manifestation du 24 janvier 1994Mais, comme le note Philippe Watrelot, il s’agit essentiellement d’une opération séduction en directions des profs. L’ancien ministre de l’éducation nationale (1993-1997), dont le passage au ministère a été surtout marqué par la gigantesque manifestation laïque du 16 janvier 1994, aurait séduit près d’un tiers des profs en 2007. Il cherche à rééditer le coup.
Il les prend donc dans le sens du poil.


Pour commencer, un peu de baume au cœur meurtri des enseignants, las des attaques : “Ceux qui mettent en accusation” les enseignants, il leur demande de leur lâcher les basques ; ceux qui disent “qu’ils ne travaillent pas assez, ne tiendraient pas deux heures en face d’une classe de collège.


Pas question donc de toucher au décret de… 1950 qui fixe le statut des profs uniquement à partir d’obligations d'horaires de cours hebdomadaires. Il rejette l’évaluation faite par le seul chef d’établissement.


Non à la réformite enfin. Il est vrai que de refonte de programmes, en modifications profondes des lycées, en particulier des filières technologiques et professionnelles, en passant par le socle de compétences, sans oublier des décisions aussi absurdes que la semaine de quatre jours, le système éducatif a, lui, manqué d’un socle stable. Si l’on ajoute la saignée des personnels qui alourdit les conditions de travail, on peut comprendre que beaucoup d’enseignants ne veulent plus entendre parler de réformes.


Le rôle des parents n’est évoqué qu’en référence implicite à leurs carences éducatives puisqu’il préconise une « école des parents ». La dimension socio-économique est complétement occultée : tous ceux qui ont vu Intouchables se souviennent de la (fausse) mère de Driss qui femme de ménage – pardon technicienne de surface - est absente le matin de bonne heure et le soir tard, à peine là quand les enfants partent à l’école ou au collège, et encore moins là à leur retour. Ce n’est pas une « école des parents » qui va résoudre ce type de situation.


Des vœux pieux


Rien, on l’a vu, sur la politique de non remplacement des départs en retraite, si ce n’est qu’il la stopperait, sans réparer les dégâts.


L’annonce d’un plan de progrès continu, inscrit dans le long terme pour vraiment changer les choses, dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il gagnerait à être formulé de façon plus concrète.


La volonté, que tout un chacun ne peut que partager, que l’école soit un lieu d'où la violence est exclue et où le respect est la règle entre élèves et enseignants, à l'égard des enseignants et dans la cour de récréation. Rappelons d’abord que c’est la situation de la grande majorité des écoles, collèges et lycées. Mais que là où les problèmes se posent, les pétitions de principes ne suffisent plus.


Seule une proposition – qui ne peut que faire consensus dans le milieu éducatif – est parfaitement concrète et précise : la reconstruction d'une année de formation en alternance [pour les nouveaux enseignants] avec exercice dans la classe et transmission de l'expérience d'autres enseignants est impérative… Même, si elle néglige, la dimension réflexive et non pas seulement imitative d’une formation professionnelle : un BTS en alternance, par exemple, ne se satisfait de la seule transmission de l’expérience de professionnels reconnus.


Un programme éducatif donc au conservatisme évident, aux inclinaisons élitistes affirmées et aux grandes intentions floues, dont le but est de séduire les électeurs enseignants et non de tracer un projet d’une école de la réussite pour tous. Pour parodier une formule sciemment déformée, Bayrou place le prof au centre du système éducatif.

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article
26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 16:24

scolaria-excellence-vue-avionMon nom est D…. B……. Je suis né en Normandie, au sein d’une famille telle qu’il en existait encore beaucoup au milieu des années 1960 en France. Ainsi commence une mini auto-biographie d’un prof d’Histoire-géo. Il nous apprend que son papa été artisan tailleur et que sa maman ayant repris ses études a été prof d’Anglais. Que ses parents [lui] ont transmis un certain nombre de valeurs simples mais profondes. L’honnêteté, le sens du travail, et un certain nombre de règles de politesse et de vie commune, que l’on dispensait encore en ces temps d’avant 1968. Mais surtout qu’il a eu la chance de commencer [ses] études secondaires l’année précédant la mise en place de la terrible réforme Haby [1975]instituant le collège unique. [Il put] ainsi disposer d’un enseignement de qualité, exigeant et solide.

Pourquoi donc s’intéresser à ce personnage caricatural qui veut faire croire que l’honnêteté et le sens du travail (encore faut-il savoir ce qu’il met là-dessous) se sont envolés après 1968 ? Et qui ignore que le diabolique collège unique d’Haby avait gardé une filière de relégation (« Transition-Pratique » puis CPPN-CPA) et un palier d’orientation 5e qui évitaient aux fils de petits bourgeois de son genre de côtoyer des enfants des milieux populaires ?  

 Le hasard d’un nettoyage de messagerie.

 

En effet ladite messagerie commençait à faire preuve de langueur. Il me fallut donc l’alléger de tous les messages reçus ou expédiés qui s’y accumulaient. Et ainsi suis-je retombé sur un message d’un camarade sguénard qui m’envoyait l’autobiographie express de ce D. B. ; puis remontant dans le temps (jusqu’en janvier 2010 !), je relus un courriel me transférant un appel à pétitionner, délicieusement intitulé « Pour qu’enseigner redevienne un plaisir » et signé du même.

 

Si l’on ajoute que ce D. B. était prof à Gisors, qu’il a suivi son « enseignement de qualité » au collège de Saint-Marcel, puis au lycée polyvalent de Vernon, donc dans un coin de l’Eure que j’ai connu pendant une dizaine d’années, je me suis donc penché sur ce cas que je serais tenté de qualifier de pathologique.

 

Le plaisir d’enseigner, pour lui, semblait être surtout le plaisir de … sévir ! Sa pétition commençait dans la classique dénonciation de l’hétérogénéité des classes, du laxisme de la hiérarchie et  de la démission des parents.

Et les revendications étaient à la hauteur des dénonciations. Ainsi pour restaurer le prestige et l'autorité des professeurs, préconise-t-il de leur donner le dernier mot sur les redoublements, le pouvoir d'exclure les élèves de leurs cours sans avoir à se justifier, et un pouvoir décisif lors des exclusions définitives scrongneugneu ! Plus de surveillants-étudiants mais de vrais surveillants professionnels dans chaque établissement, pour surveiller les élèves entre les cours et s'assurer que les colles et punitions données par les professeurs soient effectuées . Il n’hésite pas à inventer un examen d’entrée en 6e en … Finlande ! Il va jusqu’à demander l’abolition des lois Ferry (1881 et 82) en demandant de supprimer le principe du « droit à l'éducation gratuit et sans condition ». Et il n’hésite pas à exiger pour les professeurs la liberté de choisir l'établissement dans lequel ils souhaitent enseigner, pour un noble motif de cohérence.*

Brighelli, Le Bris et les autres peuvent se rhabiller. Ils ont trouvé plus crétin qu’eux dans la « fabrique ».

 

Un autre épisode est révélateur du personnage. En 2009, un Maître de conf. de Montpellier est agressé à son domicile par un individu masqué, armé, et qui l’arrose, ainsi que sa femme et son fils, d’essence. Dans un sursaut désespéré, il arrive à maîtriser l’agresseur, qui meurt. Le prof subit 22 heures de garde à vue. Peu après La dépêche du Midi écrivait : Les premières constatations médico-légales ont démontré que le jeune homme n'était pas mort étranglé comme on avait pu le penser mais d'un arrêt cardiaque […] L'enseignant a été mis en examen pour homicide volontaire, placé sous contrôle judiciaire et remis en liberté. L'hypothèse de la légitime défense est privilégiée. Garde à vue intempestive, certes.  Et notre DB de pétitionner une fois encore. Et où trouve-t-on cette pétition ? Sur SOS éducation. Un SOS qui me rappelait de pas si lointains souvenirs d’une sorte de nébuleuse d’associations très habiles en appels à dons. Et un de leurs moyens est de lancer des pétitions en rebondissant sur l’émotion déclenchée par un fait-divers : les adresses recueillies alimentant le fichier d’appel aux dons.

L’agresseur se prénommant Ali, on retrouvera la pétition dans tous les sites identitaires (y compris, bien sûr, Riposte se disant laïque), dénonçant le « racisme anti-blanc » (de la police ?). Comme l’avait prévu La Dépêche, l’affaire s’est conclue sur un non-lieu.

 

L’autobiographie du pétitiomane continuait par une caricature de la vulgate des rétropenseurs (quoique…) : Nos enfants n’apprennent plus rien de l’instruction solide que nous avons pu acquérir dans notre enfance. Le savoir ? C’est de l’enfant seul que doit procéder la curiosité de s’informer à travers les nouveaux médias tels Internet. […] L’école ne donne plus le goût d'apprendre, ne transmet plus le plaisir de découvrir mathématiques et sciences. Calcul mental et curiosité ont disparu. L’école enfin, n’aime plus l’histoire. Notamment celle de la France et celle de l’Europe ; elle lui préfère l’histoire des empires africains, de l’Inde ancienne.

 

Et tout ça pour aboutir à ce : "J'ai donc décidé de créer une école entièrement indépendante, avec des collègues, et j'invite toutes les personnes de bonne volonté à me rejoindre :

·          les professeurs qui souhaitent faire leur métier, qui est d'instruire les enfants ;

·          les parents qui souhaitent que leurs enfants s'instruisent et développent leur esprit ;

·          les personnes généreuses qui comprennent l'importance des enjeux d'un tel projet, et qui sont prêtes à nous soutenir en nous envoyant des dons".

 

Le vernonnais veut recréer un lycée à l’ancienne avec école primaire, collège et lycée. Etablissement hors contrat. Il semble déjà pouvoir disposer d’un château, dans la vallée de la Seine, en amont de Rouen. Prêt ? don ? achat ?** Le financement est mystérieux. Mais les ambitions sont grandes d’une public school modèle british (uniforme, sports), mais tourné vers la Chine et les Etats-Unis, avec échanges, et forgeant ses propres programmes (avec cependant l’astreinte des examens officiels, brevet et bac). Le primaire aurait débuté à la rentrée. Le secondaire devrait le faire en septembre 2012.

 

Sauf si ce prof a gagné au Loto, on voit mal comment il pourrait lancer un tel projet qui n’atteindra l’équilibre financier, s’il l’atteint, que quand il aura fait le plein. Derrière il y a donc SOS éducation : "Il s'agit d'un projet d'école indépendante avec internat (primaire, collège et lycée) entre Paris et Rouen, créé par un professeur de l'Éducation nationale que les sympathisants de SOS Éducation connaissent bien.

C'est un grand plaisir pour nous qu'émergent de telles initiatives, exclusivement guidées par la volonté de mieux éduquer les enfants". Et c’est signé Vincent Laarman Délégué général de SOS Éducation. Vincent Laarman que l’on retrouve aussi dans toute la nébuleuse d’associations aux activités mystérieuses mais aux ressources fabuleuses, découverte, pour ma part, lors de l’affaire Læticia de Pornic.

 

* Comme par hasard, la pétition, toujours en ligne, s’est allégée de toutes les revendications trop délirantes pour aspirer des signatures en nombre.

 

** D’après un article de l’Impartial en 2010 (hebdo de l'Eure qui sauf changement de ligne ne mérite guère son titre), le château, ancienne maison de retraite, appartiendrait à un ostéopathe.

 

 

 

NB Il semble que la belle public school dominant la Seine ait fait long feu, puisque l'on retrouve son initiateur dirigeant une "Scolaria excellence" à Ernée en Mayenne. Mais si le lieu a changé, c'est bien la même vision passéiste qui anime ce Cours Privé laïque.

Mais, SOS Education a dû laisser tomber cette Scolaria, puisqu'elle a mis la clé sous la porte !

Repost 0
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 18:09

En annexe, en quelque sorte, du précédent article, un petit coup d’œil plus détaillé sur les résultats des élections professionnelles dans l’Éducation Nationale.


Même si, pour les personnels, ce sont les CAP nationale et académiques qui comptent, car directement branchées sur leurs carrières (mutations, avancement…), les comités techniques national et académiques ont un rôle plus éminent, puisque les questions d’organisation, de gestion des effectifs, de politique indemnitaire, de formation, de luttes contre les discriminations, d’hygiène et de sécurité, etc. leur sont soumis. Ils ont perdu le ‘P’ de Paritaire : seuls les élus votent. Le risque est donc grand qu’au lieu de chercher à présenter un front uni face à l’administration, ils se divisent.  Cependant, un rejet unanime d’un texte oblige à son réexamen. Mais les CT ne sont que consultatifs.


Comme ses membres sont élus par l’ensemble des personnels, ils mesurent la représentativité globale des organisations syndicales par le score obtenu en % et en nombre d’électeurs. Donc, une élection à faible participation nuit à la représentativité !


Ce qui ressort, avant tout, c’est cette baisse de la participation. Une chute de près de 23 points, de 61,3 % à 38,5 %.

 

EL2001_CTM_01bis.JPG

Le tableau publié par l’UNSA est assez parlant puisqu’il montre baisse (rouge) et augmentation (vert) des scores en %. Le grand perdant est incontestablement une Union pour l’école républicaine (UER), union de circonstance où le SNALC s’allie à la CFTC, qui passe de 7,06 % à 4,72, soit -2,34 %. Ensuite le FSU, qui perd 1,28 %, mais reste au dessus de 40 %.  Certes les syndicats dits réformistes progressent, l’UNSA surtout (+1,80), mais le sgen-CFDT, malgré son +1,54 %, est dépassé par FO, en progression (+2,79 %) et, d’une courte tête, en voix (10,09 % contre 9,99), FO qui peut difficilement être rangé dans le camp réformiste en ce qui concerne l’éducation.

EL2001 CTM 02

Le CTM(national) passe de 20 à 15 élus du personnel, par rapport à l’ex CTPM. C’est encore l’UNSA qui tire son épingle du jeu en gardant ses 4 sièges. Le sgen-CFDT en perd 1, la FSU 3, mais c’est conforme au nombre de sièges qu’ils auraient pu avoir en 2008, si la CTPM n’avait eu que 15 sièges. Le seul vrai perdant est le SNALC et son UER qui disparaît.


La FSU n’a plus la moitié des sièges, certes, mais c’est purement symbolique.

D’autant que, quand on examine les CAPN, on constate que chez les agrégés, avec une participation nettement moins dégradée (-13,3 %), le SNES et le SNALC, syndicats conservateurs s’il en est, progressent de presque 3 points. Chez les certifiés où là la baisse de participation est conforme à celle du CTM (-23,3 %), le SNES garde la majorité absolue à presque 51 % et le SNALC se maintient à 9 %. Seul FO progresse vraiment à +1,42 %. Chez les professeurs des écoles, le SNUIPP (FSU) a des positions plus nuancées que le SNES. On constate une nette progression de l’UNSA, FO confirme son implantation, mais le SNUIPP progresse aussi, quant au sgen-CFDT il perd encore un peu de terrain.


L’UNSA peut, à bon droit, se réjouir de ses résultats, d’autant qu’ayant récupéré le syndicat majoritaire chez les personnels de direction qui rafle 8 sièges sur 11 et atteignant près de 20 % chez les CPE, avec une majorité chez les IEN et IPR,  son assise n’est pas qu’enseignante. Le sgen-CFDT est sérieusement menacé par FO et en grand danger de marginalisation dans le 1er degré. Quant à la FSU, si elle perd quelques plumetis en CTM, elle est loin, très très loin d’être plumée.


Le rapport de forces n’a donc que peu bougé. Tout en sachant que le conservatisme constant du SNES par exemple n’a jamais empêché ses électeurs, voire ses adhérents, de s’impliquer dans des projets sur le terrain. Ce qui est sans doute le plus à craindre c’est le désenchantement qui gagne de plus en plus d’enseignants.


L’enjeu même de ces élections est hélas aussi à relativiser. La prétendue cogestion se limite aux CAPN-A, avec d’ailleurs des effets pervers ; le ministère tente arbitrairement de les contourner. En revanche sur les grandes orientations en principe soumises à l’avis des élus du personnel, les ministres s’en battent les flancs. Ainsi a-t-on pu voir de Robien, influencé par un groupuscule activiste, lancer un débat stérile sur les méthodes d’apprentissage de la lecture. La carte scolaire a été décrétée caduque, car tel était le bon plaisir du prince en son palais de l’Elysée. Darcos a pris la décision stupide de la semaine de 4 jours dans le primaire. Plus bénin, la pseudo expérimentation de classes à après-midi d’activités sportives, que l’on étend sans en avoir pu tirer quelque bilan que ce soit et en sachant qu’il est matériellement impossible de la généraliser…

Espérons que dans un avenir proche, le CTM ait vraiment du grain à moudre.


 

NB 1° Sur la CAPN des PLP, ma totale méconnaissance, non pas des enseignements qui s’y pratiquent, mais d’une vie syndicale marquée par l’implantation solide de FO et de la CGT, m’a amené à m’abstenir de tout commentaire.

2° L'emprunt du tableau et des graphiques à l'UNSA n'implique pas un changement de carte de ma part, cédétiste je fus, cédétiste je reste !

 

 

En complément :

Lelièvre : " Même si le diagnostic du décrochage d'adhésion aux syndicats est faux, il peut avoir un effet" 

Pour Claude Lelièvre, historien de l'éducation, la baisse du taux de participation aux élections professionnelles est un accident. Elle n'est pas due à une désaffection des enseignants envers leurs syndicats. Mais, si elle est vécue comme cela, ce ne sera pas sans conséquences réelles.  Lire la suite

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article
21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 17:41

electionEN.JPG

Les élections professionnelles de l’éducation nationale qui se sont terminées hier (20 octobre) ont connu globalement une chute de participation de plus de 20 points. Signe d’une désaffection des enseignants pour leurs syndicats ou volonté délibérée de sabotage du ministère par la mise en place aberrante d’un inédit vote électronique ?


La participation tombe de 61,3% à 38,5% pour l’élection au Comité Technique national (CTM), le seul scrutin qui ne soit pas catégoriel. On peut certes analyser finement des évolutions d’un scrutin à l’autre, de 2008 à 2011. La FSU se tasse un peu (-1,88 %), les syndicats dits réformistes, l’Unsa surtout (+2,22) et le Sgen-CFDT (+1,36) progressent.

Mais dans les grands corps du second degré, certifiés et agrégés, le SNES (FSU) se maintient (et le SNALC qui a disparu des écrans pour le CTM progresse sensiblement chez les agrégés).  Chez les profs de gym, le Snep (FSU) fait le grand chelem… Mais on aura beau scruter ces résultats à la loupe, reste que la chute brutale de la participation sera lue comme une désaffection des syndicats.


Vote électronique : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

 

Les habituels pourfendeurs de risque de fichage ont bien sûr attaqué cette procédure de vote inédite. Or ce n’était pas la question de la sécurisation du vote qui se posait, mais sa complication quasi ubuesque !

Qu’on en juge.

Les personnels recevaient, via la direction de leur établissement, une notice de vote. Une case à gratter – comme pour les jeux de la Française du même nom – va leur donner un identifiant et leur rappeler leur Numen*.

Ils ont dû ensuite se connecter au site ministériel ad hoc pour obtenir leur mot de passe. Pour ce faire, chacun saisit donc son identifiant+son NUMEN+le 6e et le 7e caractère de son n° de sécu (eh oui, ça ne s’invente pas). Mais l’électeur n’obtient pas directement le fameux mot de passe. Il sera envoyé par courriel à l’adresse électronique de son choix.


Le vote a pu se faire du 13 au 20 octobre.

Ne parlons pas des personnels pour qui un ordinateur est un objet étrange, voire diabolique. Ceux-là, s’ils ne se sont pas fait assister, ont abandonné d’entrée. Mais des autres, qui devaient pour voter saisir à nouveau identifiant+NUMEN+mot de passe. Mais ça a eu bogué : certaines configurations d’ordinateurs ne fonctionnaient pas (il fallait notamment avoir « java », logiciel gratuit certes, mais qui n’encombre pas obligatoirement votre ordi). Dans le second degré, le personnel-citoyen décidé à voter coûte que coûte pouvait à force de persévérance trouver l’appareil que le site de vote accepterait, mais dans les écoles, surtout les petites…


Si l’on ajoute que des électeurs potentiels ont été oubliés ou n’ont pas reçu leur notice de vote, que les élections au lieu de durer trois semaines n’en ont duré qu’une, on peut arriver à se demander si cette complication, ces dysfonctionnements, ne seraient pas purement accidentels.

Où va se nicher la théorie du complot ? Imagine-t-on le gentil M. Chatel avoir des pensées aussi machiavéliques ?


Au-delà même de cette procédure, la passage au vote électronique a fait passer ce vote d’un rituel collectif assez classique à un acte individuel, ce que le sociologue A. Robert appelle une atomisation de l’acte électif.


Comme le note un communiqué commun du Sgen-CFDT et de l’UNSA la baisse de la participation (…) a des causes multiples. Notons le non engagement du ministre de l'Éducation nationale, la suspicion entretenue par certaines organisations syndicales sur la fiabilité du vote électronique, le caractère inédit du vote (…), les difficultés techniques.... 

Mais les deux organisations s’inquiètent aussi de cette désaffection, comme dit T. Cadart du sgen-CFDT. Et un responsable de l’UNSA ajoute : Il n'y a pas que des facteurs techniques, il y a aussi un rapport au syndicalisme, un désintérêt de la chose publique.


_110126-chatel.jpgIl est sûr que Chatel va se réjouir. Pour autant, il serait peut-être imprudent de tirer des conclusions définitives du style Le bastion syndical de l'éducation nationale est tombé. (Expresso 21/X/11). Car faire la part entre le sabotage et la désaffection demandera une analyse très subtile. Et ce qui saute aux yeux c’est avant tout le sabotage !

 

 

 

 

 


 
 

 


* Pour éviter justement les interconnections de fichiers électroniques, les personnels du Ministère de l’éducation nationale – MEN - ont droit à un NUMéro, diffèrent donc de l’identifiant national de l’INSEE, qui sert à la gestion de leur carrière ; donc, là, en plus, ils se voient attribuer un identifiant d’électeur.

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article
18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 20:38

cancreprevert

« Puisqu’il n’existe pas  de  preuve  sérieuse  de  l’efficacité  du  redoublement,  la  profession  enseignante  devrait abandonner  cette  pratique  comme  jadis,  les  médecins  ont  délaissé  les  saignées  et  les purges. » Marcel Crahay


Il ne s’agit pas de « refaire le match ». Le nom de la rose, comme titrait Libé, a été désigné. Mais une évocation incidente du redoublement, lors du dernier débat des impétrants, permet de se pencher sur ce mal français, coûteux en euros, mais surtout en gâchis humain qu'est le redoublement.


Un logorrhéique contributeur du + du nel Obs, soi-disant « modem », a attaqué avec mépris Martine Aubry qui se serait « pris les pieds dans le tapis » sur le problème du redoublement.


Lors du dernier débat de la primaire, Aubry avait à l’évidence voulu essayer de mettre Hollande en difficulté en lui disant, en substance, tu promets de créer 60 000 emplois d’enseignants sur 5 ans (coût 2,5 miliiards) et en même temps « tu disais, je supprimerais le redoublement, ça coûte 2,5 milliards », donc en fait « on n’embauche pas d’enseignants complémentaires ». Hollande n’a pas remis en cause le coût estimé du redoublement* par sa concurrente. Mais, il remet l’équation dans le bon sens, de son point de vue, ce sont les emplois créés qui, à terme, permettront de faire baisser significativement les redoublements.


cancreNotre modem accuse assez niaisement Aubry d’assimiler le coût du redoublement aux frais de personnels. Oubliant qu’il s’agit, dans ce débat, des dépenses de l’état qui correspondent presqu’uniquement à des dépenses de personnel (le surcoût en équipement, locaux, etc. relève des collectivités territoriales). « Si les redoublements coûtent si cher, c'est parce qu'ils allongent la scolarité des élèves et augmentent le nombre de professeurs. » (Le Monde). A jouer au donneur de leçon, on se prend les pieds dans le tapis de sa suffisance.


Hollande, en revanche, commettrait une erreur en croyant qu’il suffit d’augmenter le nombre de profs pour faire baisser le nombre de redoublants. Car le culte du redoublement est ancré dans le système scolaire français. La baisse des effectifs ne suffira pas. Ce sont des mentalités qu’il faut changer.


Le redoublement, ce mal français, frappe les enfants des catégories sociales modestes : un enfant d’ouvrier a 8 fois plus de risques de redoubler qu’un enfant de cadre ou d’enseignant, risques plus élevés pour ceux issus de famille nombreuse ou monoparentale et les garçons sont plus touchés par ce mal que les filles. Toutes les études le démontrent « Redoubler est inefficace, pénalisant, coûteux et injuste. » Marie Duru-Bellat.


cancre 1Cependant, il ne sert à rien d’augmenter les moyens si les comportements des enseignants vis-à-vis des élèves en difficultés n’évoluent pas.

« Avec ces dispositions nouvelles [réduction significative des effectifs de CP dans une expérience de lutte contre l’illettrisme], les difficultés rencontrées par les élèves ne peuvent plus être attribuées aux conditions de l’enseignement. En revanche, leur mise en œuvre met en évidence qu’il ne suffit pas de multiplier les moyens d’enseignement pour que les difficultés soient évitées ou surmontées…  Même  dans  les conditions  très  favorables  dont  disposaient  les  classes observées, la prise en compte de la diversité des élèves n’est pas sensiblement améliorée. Si certains maîtres savent être attentifs aux erreurs et, par une intervention tenace et rigoureuse, éviter  qu’elles  ne  s’enkystent,  l’approche  de  la  différenciation  indispensable  est  loin  d’être réellement dominée. Il n’est pas rare qu’on demeure en permanence dans un travail frontal, sans essai de prise en compte des réalités individuelles.»  Inspection générale de l’Education nationale, La mise en œuvre du plan de prévention de l’illettrisme au cours préparatoire en 2003-2004. Groupe de l’enseignement primaire, mai 2004. (cité dans un rapport sur le redoublement de 2004, pour le Haut Conseil à l’évaluation de l’école).

 

Faire bouger les mentalités est moins facile que de créer des emplois. Ces créations d’emplois peuvent même aggraver la situation si on ne rétablit pas une véritable formation professionnelle initiale et continue. C’est la priorité des priorités. N’en déplaise à tous les pourfendeurs de pédagogos, les Finkielkraut, les Julliard, les Capel, etc., ce n’est pas en proférant leur savoir du haut de la chaire que les enseignants prendront à bras le corps le problème des élèves ayant des difficultés. Des dispositifs de pédagogie différenciée sont indispensables pour une école de la réussite pour tous.

 

* Le Monde, nuance fortement les chiffres avancés : pour la création d’emplois il s'agirait plutôt de 7,5 milliards d'euros sur cinq ans, quant au coût du redoublement, il le chiffre plutôt à 2 milliards annuels, donc 10 Md sur cinq ans.

 

 

 

 

 


 

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article
12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:19

EC steUrsule1Surprise en allant chercher la presse : un calicot orne l’entrée principale de l’Institution Sainte-Ursule* (école+collège+lycée), haut lieu de l’enseignement catholique à Luçon.

Deux lignes donc sur la banderole : « Suppression massive d’emplois : intenable » ce qui paraît clair, mais le « Il nous faut des solutions » rend le message très ambigu.

 EC steUrsule2

Il faut rappeler  que si l’enseignement privé sous contrat a subi aussi les suppressions de postes – ce qui a provoqué la mobilisation des syndicats du privé le 27 septembre – il a été moins touché que l’enseignement public. Ainsi pouvait-on lire dans une réponse de Chatel à un sénateur UMP (intervenant pour le privé) : « Au cours de l'année scolaire 2010-2011, deux millions d'élèves sont scolarisés dans les établissements d'enseignement privés pour dix millions d'élèves scolarisés dans les établissements d'enseignement publics, soit une proportion privé/public de 20 %. […] En conséquence, la contribution de l'enseignement privé à la réduction du nombre des emplois représentera quelque 10 % du total. » Le prétexte invoqué pour ce traitement de faveur est que les administratifs ne sont pas pris en charge par l’état. Mais si l’on défalque les suppressions de postes administratifs prévues en 2011, le total des suppressions de postes d’enseignants dans le public est de 13 800, dans le privé de 1533. Un peu plus que les 10 % annoncés, mais nettement moins que les 2760 proportionnellement attendus. D’autant qu’un amendement du sénateur Carle (charitable auteur de la loi Carle qui reprenait un amendement de Charasse) a permis d’alléger encore le tribut payé à l’autel de l’austérité sélective.


L’enseignement catholique, a dénoncé à la rentrée  une situation jugée "intenable", provoquée par les suppressions de postes. "La situation est inconcevable", a lancé Éric de Labarre, secrétaire général de l'enseignement catholique.  "On ne peut pas aller au-delà" des sup­pres­sions de postes déjà pra­ti­quées pour la ren­trée 2011, a déclaré Martial Limouzin, pré­sident du comité aca­dé­mique de l'enseignement catho­lique en Bretagne, lors d'une confé­rence de presse de rentrée. "Nous ne pour­rons pas faire la ren­trée 2012" si des postes conti­nuent d'être sup­pri­més sans mesures d'accompagnement, a-t-il ajouté.


Mais c’est là que le bât blesse. Après avoir contesté des programmes** de SVT, en relayant le cléricalisme des évêques, l’enseignement catholique, loin de se lancer dans un combat frontal contre les suppressions de postes, veut promouvoir une réforme qui les facilite ! C’est le « Il nous faut des solutions ». Et le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique (SGEC) négocie directement avec le ministère. Si l’on en croit le Café pédagogique sur quatre axes. L’un d’eux, sur une dotation horaire globale « globalisée », paraît assez tautologique. Un autre sur l’enseignement à distance d’options rares ne fera pas économiser beaucoup de postes. En revanche la baisse des horaires des élèves et la refonte des définitions de services des enseignants sont plus porteurs d'économies. Mais il n’appartient quand même pas au SGEC de mener des négociations sur des thèmes qui sont au cœur même du débat sur le Service public de l’éducation nationale.


Ces « négociations » risquent même, par les sursauts légitimes qu’elles pourraient provoquer, de bloquer des avancées qui se font jour. Si des réformes ne sont faites que pour faciliter la saignée de l’éducation nationale, elle provoqueront le rejet. La suppression de fait de la formation des enseignants en est un exemple flagrant et catastrophique.

 

 

EC Ecole-Notre-Dame-Les-Essarts* Il s’agit d’une opération pilotée par les Directeurs diocésains des Pays de la Loire qui ordonnent « l’affichage d’une banderole sur le fronton de chaque établissement à partir du lundi 10 octobre ». Et non d’un mouvement revendicatif venu de la base.


** Une des revendications du SGEC est la sortie du cadre national des programmes "Ce qui compte ce n'est pas le respect des programmes mais la progression des élèves et la réussite aux examens" (E. de Labarre) 

 

PS Béatrice Barraud, présidente nationale de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL), qui s'était prononcée contre les grèves du 27 septembre 2011 dans l'enseignement privé catholique et qui souhaite ouvrir des négociations avec Luc Chatel pour pallier les suppressions de postes par une réduction du nombre d'heures de cours, vient d'être élevée au grade de chevalier de la légion d'honneur au titre du ministère de l'éducation nationale.

Journal officiel de la République Française, 1er janvier 2012

Repost 0
Publié par JFL J.-F. Launay - dans Actualité éducative
commenter cet article

Présentation

  • : Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • : Education, laïcité, politique et humeurs personnelles, en essayant de ne pas trop se prendre au sérieux.
  • Contact

Nota Bene

Le deblog-notes, même si les articles "politiques" dominent, essaie de ne pas s'y limiter, avec aussi le reflet de lectures (rubrique MLF tenue le plus souvent par MFL), des découvertes d'artistes ou dessinateurs le plus souvent érotiques, des contributions aux tonalités diverses,etc. Pour les articles que je rédige, ils donnent un point de vue : les commentaires sont les bienvenus, mais je me donne bien sûr le droit d'y répondre.

Recherche

Nelle Formule

Overblog - hébergeur du deblog-notes - a réussi l'exploit de lancer une nouvelle formule qui fait perdre des fonctions essentielles de la version précédente. Ainsi des liens vers des sites extérieurs disparaissent (désolé pour  Koppera, cabinet de curiosités, ..). Les albums se sont transformés en diaporamas, avec des cadrages coupeurs de têtes. La gestion des abonnés et des commentaires est aussi transparente que le patrimoine de Copé. Et toutes les fonctions de suivi du deblog-notes - statistiques notamment - sont appauvries.