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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 11:16

Une nouvelle contribution sur le deblog-notes : Laurent Carle est psychologue scolaire à la retraite. Il a notamment co-écrit « Pour une école du gai savoir , Un livre qui débloque ». Il manie le paradoxe et la provocation avec talent et délectation.

 

Quand j’étais élève, j’ai eu à copier des pages et des pages de « cent lignes », plusieurs dizaines de fois, à titre de représailles, pour avoir seulement été au mauvais endroit, au mauvais moment. Etre présent dans un groupe d’élèves quand un « cancre » commettait une infraction scolaire anonyme et ne « se dénonçait » pas, ou parce que « la classe » avait mis trop de temps à se ranger devant la porte, après la sonnerie, valait une « punition générale », c’est-à-dire une punition collective1 pour indiscipline, même pour les trois ou quatre « disciplinés » qui s’étaient rassemblés en temps requis. Cette pratique de la répression collective contraste avec l’individualisation de la récompense scolaire et des classements, de « l’excellent premier » au dernier des « nuls ». Individualisme forcené et abusif qui transforme périodiquement des enseignants littéraires en comptables scrupuleux, calculant des moyennes « générales » à « 2 chiffres après la virgule ». Après moi, mes enfants ont connu ce régime disciplinaire. Aujourd’hui, les enfants de mes enfants le subissent toujours. De tous temps, l’école a bafoué et bafoue les lois de la république, la convention internationale des Droits de l’Homme, ainsi que celle des Droits de l’Enfant, en pratiquant une justice sommaire et expéditive, au nom du principe de culpabilité collective, pourtant unanimement rejeté par les démocraties modernes. N’ayant pas suivi l’évolution du Droit pénal, l’école se réfère, sans scrupules, à un Droit coutumier qui accorde à l’adulte, « éducateur », le cumul des pouvoirs de police et judiciaires. Ces pouvoirs discrétionnaires ont survécu à l’Empire, à la Monarchie, à Sedan, à Verdun, à la IIIe république, au régime de Vichy, à l’après-guerre, à la IVe, à De Gaulle et au XXe siècle.

 

Pour la première fois dans l’histoire de l’école, on ne va pas distribuer des bons points aux meilleurs, après les avoir retirés aux « cancres ». Au contraire, on va en faire une cagnotte collective. L’absentéisme scolaire2 des jeunes va être traité par la récompense financière « générale » de l’effort d’assiduité des camarades de classe déprimés. Réédition moderne du retour de l’enfant prodigue. Voilà un gouvernement de droite qui socialise la récompense ! Pour la première fois dans leur parcours scolaire, des élèves en difficulté qui avaient, depuis l’année de leur CP calamiteux, perdu, avec la candeur de leurs 6 ans, l’espoir d’obtenir, un jour, le moindre « bon point » et quelque image, vont pouvoir contribuer au remplissage d’une corbeille commune. On pourrait donc se réjouir de l’initiative ministérielle d’introduire dans le système scolaire la notion de sanction collective positive. On doit admettre que, à côté de l’artifice « commercial » du « cadeau de la maison » pour clients fidèles, c’est aussi un vrai changement en psychologie des apprentissages. A partir de la présence générale, les enseignants pourraient étendre à leur enseignement et à la vie quotidienne en classe cette notion nouvelle de solidarité entre pairs. Si ce n’est pas vraiment pédagogique, du moins, c’est, peut-être, un facteur d’unité, de cohésion sociale et de ciment scolaire. C’est un progrès, si on compare cette mesure aux sanctions individuelles traditionnelles dont l’objectif historique est la mise en concurrence individuelle afin de trier, jour après jour, bons et mauvais, avec, pour effet dévastateur, la culpabilisation de l’élève, que ses notes soient bonnes ou mauvaises, par ailleurs. Encore faut-il qu’on puisse évaluer l’efficacité éducative de la mesure ! Que les traditionalistes, conservateurs et anti pédagogues s’en indignent est compréhensible. Si « la classe » est récompensée de manière indifférenciée, sans critère méritocratique, si les élèves, motivés, pour la première fois, par un renforcement positif, fréquentent de leur plein gré, parce que le volume de la cagnotte est lié à la présence de tous, où sera le « mérite » ? Qu’adviendra-t-il de la satisfaction magistrale de couronner la réussite scolaire, à laquelle peut prétendre tout héritier spirituel de Charlemagne ? Le prof traditionnel va perdre son privilège de sélectionneur du bon grain, d’éliminateur de l’ivraie, son pouvoir de chantage aux mauvaises notes et au redoublement. Un pan de son pouvoir absolu va être grignoté. Pire, sous peine de faire stagner le niveau des gains collectifs, on ne pourra plus mettre à la porte le contrevenant scolaire, perdant un moyen de pression efficace pour maintenir la discipline chez des élèves qui s’ennuient pendant le cours. On nous coupe l’herbe sous le pied.

 

Mais si l’agitation de la carotte améliore sensiblement la fréquentation scolaire, ce sera une sorte de reconnaissance officielle involontaire de l’absence d’intérêt des leçons que l’école dispense aux jeunes lycéens et de la crainte que leur inspire le système traditionnel d’évaluation des acquis. Il suffirait d’abolir la notation des élèves, depuis le CP jusqu’à la 4e, pour obtenir, sans dépenser un sou, l’assiduité des élèves. En effet, les « décrocheurs », selon les autorités, les « décrochés », selon les syndicats, sont des élèves qui, en dix ans de fréquentation scolaire, n’ont jamais obtenu un «  bon point », décroché une bonne note, entendu un encouragement. Depuis dix ans, ils font tapisserie sur le banc de touche, parce qu’à chaque séquence, ils reçoivent un carton rouge pour « devoir nul ». Peut-on persister, sans honte, à être spectateur d’une compétition dont on est exclu d’avance et, à contrecœur, s’ennuyer fermement pendant des cours où on se trouve, malgré soi, « à la remorque » ? Quelle vérité sortira de l’extinction des absences buissonnières ? Sera-ce l’aveu de l’insuffisance de compétence professionnelle du personnel enseignant actuel, que ce soit en didactique ou en pédagogie ? Encore faudrait-il que cette expérience donne le résultat attendu ? Or, tous les personnels du système scolaire, enseignants et autres, sont censés le fréquenter contre rémunération. Contrairement à ce qui est attendu de l’élève, volontaire par obligation, aucun adulte, ne fréquente l’école, volontairement, par pur intérêt pour le savoir, l’éducation et l’enseignement. Quel chef d’établissement a réussi à réunir ses équipes « pédagogiques » au complet, une fois par mois, sur une année entière, sans accorder aux participants réticents, décrocheurs potentiels, des indemnités en heures supplémentaires ? Pourtant, on observe chez les salariés de l’école, rémunérés au mois et à l’heure, des absences fréquentes, parfois nommées « congés pour dépression nerveuse ». Il serait intéressant d’observer si le versement dans un pot commun d’une dîme sur les salaires des fonctionnaires de l’éducation améliorerait les performances didactiques de l’ensemble et leur assiduité. Bien que l’introduction d’un changement par motivation collective soit louable en soi, je doute que les élèves soient plus performants et plus assidus que leurs professeurs, si on ne change rien au système pédagogique, au mode de recrutement et de formation des enseignants, aux valeurs individualistes traditionnelles. Ne serait-il pas préférable d’introduire dans les classes et dans les esprits la pédagogie et la psychologie sociales qui généreraient à la fois le bonheur d’apprendre et celui d’enseigner, loin de tout projet sélectif ? Pourquoi la gauche y a-t-elle renoncé quand elle était « aux affaires » ?

Laurent CARLE (octobre 2009)

 



1 Il faut rappeler que c’est un certain François Fillon, ministre de l’éducation nationale qui a préconisé le retour aux punitions collectives. Le Monde (30/10/04) titrait en une "La punition collective est de retour à l'école" en expliquant que le ministère de l'éducation nationale s'obligeait  à des contorsions juridique pour permettre ce type de sanction, alors qu'une circulaire d’à peine quatre ans plus tôt posait au contraire le principe de l'individualisation de la sanction(« toute sanction, toute punition s’adressent à une personne ; elles sont individuelles et ne peuvent être, en aucun cas, collectives  » (circulaire n° 2000-105 du 11-7-2000) .

 

2 En 2004, une circulaire signée Jean-Paul de Gaudemar était titrée : Contrôle et promotion de l’assiduité des élèves soumis à l’obligation scolaire (texte très intéressant, au demeurant) http://www.education.gouv.fr/bo/2004/14/MENE0400620C.htm En janvier 2009, Xavier Darcos annonçait vouloir lutter contre le "fléau" de l'absentéisme scolaire, en renforçant la présence de "médiateurs (5000) de la réussite scolaire  qui feront l'interface entre l'école et les parents". Quels bilans ont été tirés de ces dispositions successives ?

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 17:26

Dans Le Monde (02/10/09), on peut lire deux réactions négatives de Philippe Meirieu, la bête noire des anti-pédagogues et de Jean-Paul Brighelli, imprécateur attitré de la rétropensée, à l’expérimentation d’une cagnotte anti-absentéisme.

 

Pour éviter les chiffres fantastiques, quelques données. En moyenne, en France, 5% des élèves du second degré sont absents plus de quatre demi-journées par mois, selon une étude menée en 2004 par la direction des évaluations et de la prospection (DEP). Mais cette moyenne couvre en réalité de fortes disparités. La moitié des établissements qui ont participé à l'étude comptabilise 2 % d'élèves absentéistes, mais un sur dix en enregistre 15%. Les lycées professionnels sont les plus touchés par ce phénomène (10 %), puis viennent les lycées d'enseignement général et technologique (5 %) et enfin les collèges (2%).

 

Sans entrer dans une analyse approfondie, on peut noter que très souvent, c’est le signe d’un malaise. « Je me souviens notamment d’un élève qui multipliait les absences et qui, lorsqu’il était présent, s’endormait en classe,  témoigne un professeur. En le questionnant, je me suis aperçu qu’il travaillait de nuit, aux halles de Rungis. » Dans certaines familles, il peut arriver que les filles prennent le relais des parents pour s’occuper de leurs frères et sœurs plus jeunes. Sur-responsabilisées, elles doivent jongler entre travail domestique et école. Plus globalement, une orientation non désirée dans telle filière professionnelle, peut expliquer l’absentéisme.

 

Martin Hirsch, haut-commissaire à la jeunesse, veut donc expérimenter la mise en place d’une cagnotte collective pour lutter contre l'absentéisme dans trois lycées professionnels de la région parisienne. Dans chacun des trois établissements, elle prévoit la mise en place d'une cagnotte collective par classe abondée jusqu'à 10.000 euros maximum afin de financer un projet. Si les lycéens respectent un "contrat" en termes d'assiduité et de comportement, ils pourront voir leur projet - permis de conduire ou voyage - financé en partie grâce à cette cagnotte.

 

Philippe Meirieu, cible d’attaques particulièrement ignoble d’un Finkielkraut, mais visé aussi par un Jacques Julliard, se dit viscéralement horrifié par cette initiative. Jean-Paul Brighelli, chef de file des réacs, vocifère, comme à son habitude : « C'est un comble. Un exemple déplorable, méprisable. » Mais le premier, loin de viser les viscères, incite à la réflexion : « La difficulté d'éduquer déclenche chez certains adultes une forme de panique, amenant à envisager les options les plus abracadabrantes. C'est aussi une des conséquences de l'obstination des adversaires de la pédagogie. A force de ne pas vouloir traiter sérieusement la question de la motivation des élèves, on en vient à ces aberrations. » Le second profère des énormités : « C'est un peu comme si on félicitait des élèves de venir en classe, d'écouter et de ne pas violer la prof sur le bureau (sic) ! On invoque le pragmatisme. Le recteur de Créteil va jusqu'à soutenir que cela responsabiliserait les élèves. Ahurissant ! » Et dans un grand élan rétrograde, il propose tout de go, de supprimer le collège unique !

 

Philippe Meirieu, avec vigueur, élève le débat au-delà de l’imprécation : « On nous dit que c'est pour financer des projets dans les classes concernées, mais ces projets sont bien subordonnés à une sorte de rémunération de la présence. C'est scandaleux. C'est galvauder à la fois la notion de présence et celle de projet. En phase avec un contexte général de marchandisation, c'est un renversement complet du sens de l'école, lequel ne serait plus donné que par une rétribution. C'est une atteinte à ce qui fonde anthropologiquement l'échange éducatif. Car cet échange doit donner à la personne le goût d'aller au-delà, de se projeter dans l'avenir. Ce qui fait grandir l'élève, c'est la gratification symbolique, pas matérielle. C'est la fierté d'avoir réussi, d'avoir relevé un défi, franchi une étape. Le registre matériel clôt l'échange alors que le symbolique l'ouvre. »

 

Alors, contrairement aux apparences, ce n’est pas Meirieu et Brighelli, même combat. Le gouffre, qui sépare la pensée réfléchie sur l’élève de l’un et la vocifération rétrograde et lassante de l’autre, n’est pas près de se combler. 

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 18:09

Lundi dernier, 29 juin (c'est déjà bien loin, je le concède), le grand journaliste Jean-Michel Aphatie, putaing cong, te cueille à froid le tout nouveau ministre de l'éducation nationale. Il lui assène en exclusivité des chiffres explosifs selon lesquels, en 2007-2008, 45 % des professeurs du primaire auraient posé une absence pour raisons médicales, contre 22 % des salariés du privé. Deux fois plus d'absence ! Luc Chatel s'en tire comme il peut, invoquant le risque d'épidémie plus fort dans le cadre scolaire, les congés de maternité dans une profession très féminisée, en avouant découvrir ces chiffres.


Sauf que, en moyenne nos instituteurs (devenus professeurs des écoles) seraient absents 11 jours pour congés maladie contre 9 dans le privé. On est très loin du double : il y a même, note D. Schneidermann, comme un mystère médiarithmétique !


Pujadas, sur FR2, le lendemain reprend tel quel le chiffre d'Aphatie. Mais, il n'avait pas dû pré-visionner le reportage qu'il a lancé après, car celui-ci révèle que les policiers  sont malades 19 jours par an, et les agents de la défense, de la Justice ou de l'équipement, au moins 15 jours (c'est à dire quatre jours de plus que les instits).


En présentant la carte scolaire 2009, le ministère avait lâché quelques chiffres. Concernant les enseignants du primaire, la direction concernée affirme qu'"on constate que sur 10 ans le taux d'absence a augmenté au niveau national : 5,98 en 1998-1999 et 7,23% en 2006-2007". Que le taux d'absence ait augmenté n'est pas très étonnant compte tenu du vieillissement de la population enseignante (moyenne d'âge 40 ans). Encore faut-il préciser qu'il concerne tous les motifs d'absence (pas seulement la maladie et les motifs administratifs - formation obligatoire, par exemple - pèsent plus lourds que la maladie). On aurait donc, tout compris, 7 % des heures d'enseignement perdues, sauf remplacement. Mais Darcos a taillé dans les moyens de remplacements, économies obligent.


Aphatie, putaing cong, a donc bien réussi son sale coup, en lançant des chiffres douteux ! Malgré leur totale incompatibilté avec les autres données (jours de congés maladie ou taux d'absence) ce sont ces chiffres douteux que vont reprendre un Pujadas et les autres. Et Le Point va ironiser sur l'agitation du microcosme syndico-éducatif !


Mission accomplie M. Aphatie !


Sources : Arrêt sur images http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2109

Le café pédagogique http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2009/07/01072009Accueil.aspx

 

La photo est de Robert Doisneau

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 17:04

Le Monde, daté du 11/06/09, dans « Le collège selon Mme Lembert », à travers le portrait de cette principale de collège, rend en quelque sorte hommage à tous ces chefs d'établissements qui, anonymement, au quotidien, avec leur adjoint(e) et parfois un(e) CPE, assurent un climat serein dans des collèges réputés difficiles.



Souvenir lointain d'une série de reportages à la télé, dans un collège des quartiers nord de Marseille, avec un Principal au physique de 2e ligne de rugby et son adjointe aux décolletés parfois impressionnants, binôme efficace et souriant, mais sachant remonter les bretelles quand il le fallait. Et surtout sachant insuffler un dynamisme à leur établissement.

Souvenir encore plus lointain. Je devais être à l'époque principal d'un petit collège au cœur de la Brière, avec des élèves extrêmement dociles. Nous rendions visite à des amis installés à Marseille. Grâce aux décalages des zones de petits congé, Gérard, principal lui aussi d'un collège des quartiers nord, ne logeant pas sur place mais dans un autre collège faute de logement de fonction sur place, m'emmena dans son établissement. Départ de bonne heure car il fallait être là pour l'accueil des élèves. Découverte de l'impressionnante barre ondulante, mais avec vue sur le port, vue sur la mer, qui surmontait le collège. Mon ami, à l'entrée, d'inviter l'un à bien se comporter avec tel prof comme promis, l'autre de ne pas oublier de lui apporter à la récréation la punition infligée, etc. Présent bien sûr, pour la mise en rangs sur la cour et le départ en classe et, tout en veillant à ce que les casquettes se dévissent des crânes avant les cours, occasion d'échanges rapides avec un prof. La grande difficulté, m'expliqua-t-il, était d'assurer la paix entre des jeunes d'origine maghrébine et d'autres gitane (sédentarisée), ce qu'il faisait avec une autorité tranquille.


Ni ceux du reportage télé, ni mon ami n'étaient à l'abri d'un incident grave. Après tout, le parent d'élève furieux qui veut casser la gueule à un surveillant ayant un peu rugueusement remis en place son fiston qui perturbait l'entrée de la cantine, j'avais connu cela, comme adjoint, dans un collège de la banlieue rouennaise en 1985.


Si les premiers, grâce à la télé, étaient sortis de l'anonymat, comme Mme Lembert, grâce au Monde, combien d'autres, restés inconnus, même parfois de leur hiérarchie, car tout occupés qu'ils sont à faire tourner la boutique, ils négligent de se faire mousser dans les couloirs de l'Inspection d'Académie ou du Rectorat, se reconnaîtront dans le travail persévérant, sisyphien presque, de mon ami.

Bien sûr, il faut que leur action rencontre l'adhésion des personnels : la « tolérance zéro » suppose une implication de tous. Mais, comme le montre le reportage du Monde, le chef d'établissement qui s'engage à fond joue un rôle de catalyseur d'énergies, de fédérateur de projets... A l'inverse, il existe quelques établissements qui fonctionnent malgré l'indigence de leur direction, c'est sûr, mais cette situation ne peut perdurer.


« Hommage aux héros » ce titre paraîtra sans doute boursoufflé à ceux qu'il désigne. Pourtant, sans qu'ils en prennent conscience, ces personnels de direction font preuve d'un héroïsme au quotidien, quand après une déconvenue, un échec patent même qui se traduit par un conseil de discipline, ils repartent avec la même conviction que les élèves qu'ils accueillent ont droit à un service public de qualité. Service public - parfois le seul qui soit présent dans leur quartier - dont ils sont les garants.


La photographie est tirée de la page du Monde


Pour ceux qui voudraient aller plus loin, deux ouvrages :

L'établissement scolaire : un jeu collectif de J-Y Langanay et C. Rebaud

Diriger un établissement scolaire : l'exigence du possible de J. Fouque

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 21:40

Tout le monde n'a pas la chance de recevoir Le journal de la Vendée qui est au conseil général de ce département ce que la Pravda était au Soviet suprême. Donc beaucoup ignorent à quel point, grâce à son admirable président, la Vendée « tient le haut du pavé » (comme le cheval vendéen). Bien sûr, certains savent que le Vendée Globe est une course de légende. Mais combien que la Vendée montre l'exemple et porte une ambition nationale en matière de collège ?


Avec toute la modestie qui caractérise le Vicomte Le Jolis de Villiers de Saintignon, l'article du Journal de la Vendée (1 au 14 juin 2009) a pour surtitre « Enseignement : un collège de référence nationale à St-Hilaire-de-Loulay » et en titre « Un nouveau modèle de collège va voir le jour en Vendée ». Et le chapô est au diapason : « Un collège novateur va bientôt voir le jour, à Saint-Hilaire-de-Loulay sur le canton de Montaigu. Cet établissement de nouvelle génération sera une référence nationale. Philippe de Villiers, président de la Vendée et Gérald Chaix, recteur de l'Académie de Nantes, ont donné le coup d'envoi de ce chantier au projet pédagogique totalement innovant. »



Comme par hasard cette annonce fait l'objet d'un communiqué du Rectorat, daté à l'anglo-saxonne du 2009-05-20, c'est-à-dire à quelques jours de l'ouverture officielle de la campagne des européennes ! (La remise officielle des prix du Vendée globe aura lieu trois jours plus tard et plusieurs semaines après l'arrivée du dernier bateau). Il est vrai que ce projet avait déjà été évoqué en Février 2008 peu de temps avant les élections cantonales : L'éducation nationale rouvrira-t-elle le pensionnat de Chavagnes ? Après Cohn-Bendit, de Villiers ? Les options semblent pourtant aux antipodes. Mais Vendée Matin annonce l'ouverture à Montaigu (85) d'un "collège avec des règles fortes et stables, des élèves sensibles aux arts et à la culture avec des enseignants présents toute la journée dans l'établissement". Les élèves consacreraient une  demi-journée aux actions caritatives. "Ce collège enseignera, dès le plus jeune âge, l'équilibre entre le droit et le devoir" affirme Philippe de Villiers qui aurait travaillé sur le projet avec X. Darcos. (L'expresso du Café pédagogique du 20/02/08)


Le soutien de Xavier Darcos paraissait douteux à l'époque. Et, en fait, ce n'est qu'en février 2009 que notre souverainiste président du Conseil général a ressorti le fumeux projet : « En février dernier, le président du Conseil général de la Vendée a rencontré le ministre Xavier Darcos, afin de lui proposer la création d'un collège novateur à Montaigu. Il s'agit non seulement de répondre aux besoins de la population en terme scolaire (depuis 2002, on compte 600 élèves de plus en primaire dans ce canton), mais également d'apporter une dimension nationale au projet [...] Le ministre a accepté avec enthousiasme et détermination cette idée et confié au Recteur le soin de passer de l'idée à la réalité. » informe le Rectorat.


« Ce projet vendéen à vocation nationale placera les élèves au cœur d'une logique humaine et éducative forte

"C'est à travers l'éducation que nous pourrons donner aux jeunes Vendéens tous les outils de la réussite, explique Philippe de Villiers. Nous allons donc passer d'une simple logique d'instruction à une logique éducative. Ce modèle éducatif sera fondé sur le tutorat et sur l'internat. Il passe par une culture générale forte, mais aussi par un engagement social des élèves." Les jeunes Vendéens qui suivront leur scolarité à Saint-Hilaire de Loulay vont bénéficier d'une formation dépassant largement le simple enseignement des matières traditionnelles. Selon le rythme d'une filière sport-études, ils seront sensibilisés aux arts et à la culture, pour former leur jugement.

Les cours de Latin-Grec, de théâtre et de littérature, des épreuves de culture générale ou encore l'étude d'œuvres du patrimoine historique et artistique de la France seront au programme des futurs élèves. La tête à la fois "bien pleine et bien faite", les jeunes seront préparés de façon concrète à prendre des responsabilités et à assurer leur avenir. » nous dit Le Journal de la Vendée.


Ce projet novateur a de fort relents de collège de jésuites des années 50, avec internat obligatoire et action caritative, les pauvres étant remplacés par la visite des personnes âgées ou handicapées (voir « Les bons pères » de Jean de la Guérivière, Le Seuil). Et, figurez-vous que le pensionnat de St Hilaire-de-Loulay proposera à ses internes "divers spectacles, comme par exemple le ballet de Pékin, un concert de musique classique ou encore une pièce de théâtre, qui sont autant de chefs-d'œuvre de l'humanité et qui forment le jugement." Le ballet de Pékin dans le canton où se fait élire l'agité du bocage, il ne recule devant aucun délire !

Or donc, c'est l'Inspecteur d'Académie de la Sarthe, au profil Brighellien, à qui a été confié la mission de définir ce rétro-collège : « Les enseignants seront recrutés sur le volontariat, autour de l'enseignement des "humanités" » affirme le rectorat. « Chaque professeur sera disponible et à l'écoute des élèves, pour les aider à réfléchir à leur projet professionnel ou les soutenir lorsque nécessaire » complète le neu-neu.

Le recrutement élèves reste flou : l'article de l'organe de presse du Conseil général de Vendée ne parle que de jeunes vendéens, mais le rectorat ajoute également les élèves issus de tout le territoire, dès lors qu'ils auront fait la demande, avec leur famille, d'intégrer cet établissement construit sur les humanités. On peut se douter qu'on ne vise pas un recrutement dans le 9-3 ! et toute expérience d'un internat de collège permet d'affirmer la nécessité d'une surdotation en personnel* de surveillance et de prévoir l'immense difficulté de gérer un pensionnat à temps plein, fin de semaine comprise, pour des élèves censés venir de tout le territoire.


S'ajoute une interrogation majeure : comment ce contempteur du service public de l'éducation nationale qu'est le Président du conseil général, ce fanatique de l'enseignement confessionnel, peut-il envisager, dans son propre canton, la création d'un nouvel établissement public concurrençant les collèges privés catholiques du secteur ?


Hypothèse probable : un changement de ministre renverra dans les poubelles de (la petite) histoire ce collège pré-électoral (il est quand même assez étonnant de lire dans un communiqué rectoral que « l'établissement, dont l'ouverture concrète est prévue pour 2012-2013 [2012 année électorale], sera intégré au coeur d'un nouveau pôle d'activités tertiaires située sur les communes de Saint-Hilaire de Loulay et de Montaigu, qui accueillera, par exemple, une maison médicale de spécialistes, un quartier d'affaires ou encore des résidences. » il ne manque que le plan-masse).


Et voir un ministre, un recteur, s'abaisser à ces petites manœuvres politiciennes, auxquelles le Vicomte ne rechigne jamais, est assez affligeant.


* Surdotation non seulement de surveillants, mais d'enseignants (s'ils doivent être à temps plein sur l'établissement), de personnels de service et la construction, outre un internat géant avec "lieux de vie" pour les penstos, doit comprendre des bureaux pour les enseignants. Faut-il préciser que cette surdotation en personnels de surveillance, d'éducation et d'enseignement, prise sur l'enveloppe académique, se ferait au détriment des autres collèges, en particulier de Vendée.

P.S. A l'opposé de cette conception fermée, voir celle d'école ouverte sur la vie, issue de la pensée de la Résistance.

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 11:25

Que le chanoine de Latran nous sorte ce « sanctuarisées » n'étonnera personne. Mais, le 7-10 de France-inter rappelait, qu'il y a treize ans un certain Sarkozy Nicolas brocardait un ministre de l'éducation nationale nommé F. Bayrou qui parlait déjà de cette sanctuarisation.

Faut-il encore souligner que, comme par hasard, ces déclarations populistes interviennent juste avant un scrutin. Darcos doit avoir un peu de peine à se regarder dans la glace après ses propositions démagogiques, mais surtout totalement irréalisables, que son maître s'est empressé cyniquement d'approuver.

Propositions que l'UMP accompagne de mensonges : non, les établissements scolaires des Etats-Unis ne sont pas tous et loin s'en faut dotés de portiques.


Portiques ? Le passage dans n'importe quel aéroport permet de se rendre compte de l'absurdité d'une telle mesure qui nécessite un personnel nombreux avec des passagers convoqués deux heures à l'avance : une personne au moins pour donner les instructions, une autre derrière l'écran qui scanne les bagages sur le tapis roulant, une autre pour la palpation si le portique sonne... Un millier d'élèves : soit on multiplie les portiques et le personnel qui va avec, soit on retarde le début des cours et... bonjour l'ambiance ! Pourquoi ne pas y adjoindre la brigade canine, histoire de détecter aussi le cannabis !


Des actes de violence avec armes ont, malheureusement, toujours existé, à l'école. Il y a environ trente ans, dans un collège de l'Eure, un élève sans problème apparent, tuait un prof d'un coup de pistolet, emprunté à un père collectionneur d'armes imprudent. Il y a une quinzaine d'années, dans un collège du bocage vendéen, à la récréation de seize heures un élève empruntait un couteau « papillon » à un autre pour le planter dans la jambe d'un troisième ;  je sais ce dont je parle étant le patron du collège en question.


Fouilles de cartables ? dans un collège, au moins jusqu'à il y a six ou sept ans, l'élève suspecté soit de vol, soit de transporter un objet dangereux, était convoqué dans le bureau du principal et, devant le CPE ou l'adjoint, vidait lui-même son cartable, voire ses poches. Pas d'humiliation (ça se passait à huis clos) et encore moins palpation. Mais envisager une fouille systématique, fusse par une équipe mobile, est aussi irréaliste que l'installation de portiques. Sans parler d'attaques à la dignité de la personne fouillée...


Pour rester dans le vocabulaire cher à notre chanoine, pas d'angélisme non plus. L'école n'est pas, justement, un monde à part, en dehors des lois communes. Le vol, l'agression physique, etc. relèvent de la loi, en sachant raison garder et en n'alertant pas la police à chaque frittage sur la cour de récré (avant l'épisode de l'arrestation de deux gosses de 6 et 12 ans en Gironde, il y avait eu celle d'un gamin de primaire, pourtant sanctionné par le surveillant de la récréation pour une gifle à une camarade, et gardé deux ou trois heures au commissariat en dehors de la présence des parents).


S'il y avait une solution miracle, ça se saurait. Le même qui promettait de passer les cités au karcher promet maintenant des opérations coups de poings dans les mêmes quartiers. Avec ce sens de la prémonition qui l'honore, la police a mobilisé, juste avant son intervention télévisée, deux ou trois cents policiers pour aboutir à découvrir... six conducteurs sans permis. A l'école, aussi, les grands moulinets populistes seront stériles. Les mesures efficaces seront difficiles à mettre en œuvre, comme celles que préconise E . Debarbieux* (stabilisation d'équipes d'enseignement, d'éducation et de direction expérimentées dans les établissements dits sensibles, par exemple) et ne produiront pas d'effets immédiats spectaculaires. Surtout, contrairement à ce qu'imagine l'ex-ministre de l'intérieur, il n'y a pas une formule unique : chaque établissement a son histoire, son implantation et peut, non pas seul mais avec son environnement (parents, associations, collectivités territoriales et, quand elle sera vraiment restaurée, police de proximité), chercher des réponses spécifiques aux problèmes qu'il rencontre.


Mais pourquoi faut-il redire de telles évidences face à des déclarations matamoresques de circonstance qui, en bonne démocratie, ne devrait mériter que le mépris ?


* Comme me le signale Jean-Michel Zahkartchouk, ce n'est pas DEBARDIEUX mais DEBARBIEUX (la sanctuarisation entraîne à toutes les erreurs)  : il vient de donner un entretien aux Cahiers pédagogiques

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 16:06

Dans un entretien à La Croix , le ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, explique que 115 établissements vont expérimenter dès septembre des pans de sa réforme du lycée, aujourd'hui remise à plat


« Au vu des discussions menées par Richard Descoings, mais aussi des rencontres organisées par les recteurs dans chaque établissement, tout le monde s'accorde à dire que le lycée doit être réformé. De cette collecte extrêmement riche et foisonnante, il ressort que les grandes lignes initialement retenues restent les bonnes : un bloc de savoirs communs, une personnalisation de l'accompagnement des élèves, une organisation d'options un peu souple pour éviter que l'élève ne s'enferme trop tôt dans ses choix. D'autres aspects sont davantage discutés, tel le découpage de l'année en semestres. Dans le projet de départ, celui-ci permettait à l'élève de changer d'options, si besoin, en cours d'année, et d'éviter peut-être un redoublement. Mais si elle génère déstabilisation et inquiétude, nous pouvons tout à fait revenir sur cette évolution. Notre démarche est de bonne foi. » Petit rappel, pour ceux qui n'ont pas suivi l'histoire : Darcos avait confié au Recteur de Gaudemar le soin d'animer une commission, chargée de lui faire des propositions sur la réforme du Lycée. Mais, selon la méthode du nombril sur talonnettes et pointes, il n'a pas attendu les conclusions pour lancer précipitamment une réforme -très en retrait sur la lettre de mission à de Gaudemar - pour la rentrée... 2009 ! Grèves, mouvements lycéens : Sarkocescu le force à battre en retraite et désigne Descoings, patron de sciences po, pour débroussailler l'affaire (et surtout pour temporiser). Darcosy essaie donc de reprendre la main, sans évidemment laisser le temps à Descoings d'aller au bout d'une mission qu'il n'a jamais vraiment acceptée.


« La loi Fillon de 2005 permet aux établissements d'expérimenter des dispositifs pédagogiques ou organisationnels. La réforme n'a fait qu'encourager les expérimentations. Voir ici un complot du ministre relève du fantasme. Deux cent cinquante établissements nous ont adressé leur candidature. À l'arrivée, 115 lycées ont été retenus, 115 sur les quelque 2 500 que compte la France... Par ailleurs, même si elles feront l'objet d'une évaluation, ces expérimentations ne commanderont pas la réécriture de notre projet. De fait, elles démarreront à la rentrée prochaine, à un moment où il nous faudra déjà arrêter les grandes lignes de la réforme, pour une application dès l'année scolaire 2010-2011. » L'exemple même de l'expérimentation-bidon : 115 lycées vont expérimenter des « pans entiers de la réforme », mais on ne tiendra aucun compte de ces expérimentations puisque leurs évaluations se feront après que la réforme aura été arrêtée !


« Certains ont voulu voir dans notre volonté de changer le lycée des considérations purement comptables. Et entre le moment où nous avons commencé à parler de cette réforme et la présentation de notre projet, la crise est venue modifier le contexte politique. Le contexte social, lui aussi, s'est tendu et le monde universitaire est entré en conflit. Les lycéens ont été pris dans ce maelström. Notre réforme est alors devenue un prétexte pour le mouvement social. Sans la crise, ma réforme du lycée aurait peut-être été mieux comprise. » Incapacité évidente, mais qui n'étonne pas, de faire un début d'analyse d'un échec flagrant, dû, d'abord, à une volonté trop voyante d'aller vite pour passer en force, dû aussi à un décalage entre des intentions affichées et des propositions retenues. Du Meirieu au départ, du Finkielkraut (pour autant que le « philosophe », au-delà des imprécations, ait l'amorce de commencements de solutions à proposer) à l'arrivée. De quoi liguer toutes les oppositions : les rétropenseurs qui restent sur les intentions, les réformistes au vu de propositions rétrogrades.

La Croix 09/04/09 : http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2370454&rubId=4076

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 18:04

Éducation : pour une réforme globale

 

Alain Bentolila Ouest-France 25/02/09  (1)

 

Vingt pour cent de nos élèves quittent le système scolaire sans le moindre diplôme. Ils ont tôt endossé le costume de l'échec et ne l'ont pas quitté.
Vingt autres pour cent en sortent avec un CAP ou un BEP. Ce CAP ou ce BEP, si douloureusement obtenu, ils l'ont décroché parfois par défaut. Ils ont été orientés vers ces filières, non parce qu'ils avaient envie d'exceller dans un métier, mais parce que, « naturellement », c'était la voie qui leur était destinée. Encore vingt pour cent n'obtiennent aucun diplôme d'enseignement supérieur, après un bac qui n'a pas forcément mesuré leurs capacités d'analyse et d'argumentation. Ont-ils pu apprendre à mettre en mots leur pensée, à rédiger un rapport, à faire des synthèses claires ?

 

Comme d'habitude on nous assène des chiffres à la louche avec quelques approximations. Ainsi ce ne sont pas 20 % qui sortent du système scolaire « sans le moindre diplôme », mais 18 % qui sortent avec le Brevet (8%) ou rien (10 %, mais dans le lot certains ont été jusqu'en dernière année d'un cycle de formation post 3e - CAP, BEP, Bacs - sans décrocher le diplôme). Faut-il rappeler qu'à la fin des années 70 c'était 1/3 d'une classe d'âge qui sortait au mieux au niveau 3e ? Pour rester dans les 20 %, l'auteur sous estime les sortants avec un bac comme viatique, puisque ce sont 22 % (2), mais, gros mensonge, pas tous parce qu'ils n'ont pu obtenir un diplôme d'enseignement supérieur :  c'est le cas d'à peine la moitié d'entre eux ; le professeur de linguistique ignorerait-il que les bacs professionnels sont prévus pour déboucher directement sur la vie active ? Ce qui permet, au passage de dégonfler les mensonges habituels sur l'échec dans le supérieur : sur les 52 % d'une classe d'âge qui entrent dans l'enseignement supérieur, seuls 10 % échouent. Presque un sur cinq, c'est déjà trop, certes, mais on est loin des chiffres catastrophiques lancés par nos rétropenseurs !

Si l'on ne peut demander à l'Éducation nationale de faire disparaître les inégalités individuelles et sociales, on ne peut se résigner à ce qu'elle en soit le reflet fidèle. Sa vocation est d'essayer, dans la limite de ses contraintes, d'amener des jeunes à donner un sens culturel et moral au tumulte du monde et de les rendre moins vulnérables aux discours simplistes ou sectaires.

Évitons l'erreur qui consiste à vouloir transformer le système éducatif, morceau par morceau, sans se préoccuper des autres composantes qui le soutiennent et l'alimentent. Ce serait ignorer que nos étudiants ont été enfants de maternelle, élèves du primaire et du secondaire.

La nécessaire refondation du lycée et de l'université

La qualité de la formation intellectuelle et linguistique qu'ils y ont acquise conditionnera la hauteur des ambitions de l'université qui pourra les accueillir. En bref, l'autonomie nécessaire des universités engendrera, sans doute, une sélection plus exigeante ; elle risque d'être d'autant plus cruelle qu'elle aura été inconsidérément différée.


Sur quoi pourra s'appuyer la nécessaire refondation du lycée et de l'université ? Sur l'engagement de la maternelle à veiller à une réelle maîtrise du langage oral (et notamment du vocabulaire). Sur l'engagement de l'élémentaire à livrer au collège des élèves lisant, écrivant et s'exprimant avec pertinence. Enfin, sur l'engagement du secondaire à former de futurs étudiants capables de mettre en mots leur pensée avec précision, clarté et, si possible, aisance.

 

Apparaît  ici, au-delà d'une phraséologie vague et de quelques vérités premières (et oui, les étudiants sont passés par la maternelle, le primaire et le secondaire), d'abord le postulat d'un pilotage du système éducatif par l'aval : c'est en quelque sorte les exigences de l'enseignement supérieur qui déterminent ce qu'il faut enseigner à ... l'école maternelle ; et, incidemment, comme conséquence d'une nécessaire autonomie une non moins nécessaire sélection à l'entrée à l'université.

Surtout - et le linguiste n'a pu employer ce verbe par hasard - surgit un « livrer » révélateur : « l'engagement de l'élémentaire à livrer au collège des élèves... » ! Cela dénote une vision de l'élève comme un produit dont il faut assurer une livraison conforme au cahier des charges (sinon le « service qualité » refusera la livraison ?).

 

Sinon, nous aurons, à côté de quelques pôles d'excellence, des universités parkings, dans lesquelles seront maintenus artificiellement en vie universitaire des étudiants sans avenir culturel ni professionnel. Si, aujourd'hui, une véritable faille culturelle divise notre système éducatif, c'est parce qu'aucun responsable politique, aucun responsable syndical n'a osé sacrifier le confort d'un statu quo, sans cesse négocié, à l'impopularité des réformes globales nécessaires.
 

La conclusion montre surtout le mépris dans lequel Bentolila tient les étudiants « sans avenir culturel et professionnel » (car le "nous aurons" n'est qu'une clause de style). Et les « universités parking », comme il dit, ont un bel avenir devant elles puisque, si l'on suit son raisonnement, ce ne serait que dans 15 ans que de maternelle en terminale, les premiers étudiants bien formatés seraient livrés à l'enseignement supérieur.



(*) Professeur à l'université Paris Descartes. Dernier ouvrage : Quelle école maternelle pour nos enfants ? (Odile Jacob 2009).

 

 


 

 1 http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-education-pour-une-reforme-globale-_3633-838121_actu.Htm

2 Tous ces chiffres sont tirés de L'état de l'école 2008 http://media.education.gouv.fr/file/etat18/17/0/etat18_41170.pdf  (chapitre 09 Le niveau de diplôme, tableau 01 Répartition des cohortes de sortants de formation en fonction de leur diplôme le plus élevé)

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 17:55

Qu'un ancien ministre signe une pétition intitulée Darcos démission, demandant donc le départ d'un successeur, est sans doute inédit ! Et surprenant de la part de Jack Lang, qui a quelque peu fleureté avec celui qui fait président, jusqu'à apporter la voix décisive qui fit passer une réforme de la constitution censée apporter plus de pouvoir à un Parlement où l'opposition depuis est encore plus bafouée !

Mais là, on ne peut le soupçonner d'opportunisme. Dès octobre 2008, il publiait une lettre ouverte à Xavier Darcos, L'école abandonnée !où  il critique d'une plume acerbe la diminution de l'horaire hebdomadaire en primaire et l'appauvrissement des programmes.

Critiques qu'il va reprendre avec Luc Ferry, ancien ministre de l'éducation nationale aussi : « D'aucuns seront sans doute fort surpris de trouver nos deux noms réunis au bas d'un même appel. En dépit de tout ce qui oppose nos choix politiques et philosophiques, nous avons pourtant les mêmes raisons de penser que les «nouveaux programmes de l'école primaire», rendus publics à la fin du mois de février, risquent de nuire gravement à la santé (déjà bien fragilisée) de notre système éducatif ». Dans cette tribune, les deux anciens ministres jugeaient que la seule véritable visée des nouveaux programmes « est un affichage politique qui relève d'une catégorie relativement nouvelle: celle du "populisme scolaire"». «Comment Xavier Darcos peut-il prétendre (...) diminuer tout à la fois l'horaire hebdomadaire (qui passe de 26 à 24 heures en raison de la suppression des heures du samedi matin), augmenter les horaires de sport et de maths, créer une discipline nouvelle (l'histoire de l'art) et malgré cela augmenter le français?». Tout le texte est extrêmement sévère n'hésitant pas à parler de mensonge, d'imposture, de reniement, de vide abyssal !

C'est donc dans le droit fil de ce réquisitoire. Darcos, par ses dernières déclarations sur la mastérisation de la formation dont la morgue le dispute à la provocation, démontre, une fois encore, qu'aucun dialogue n'est plus possible avec lui. D'ailleurs dépossédé de la réforme du lycée, au profit de R. Descoings, grignoté dans ses autres attributions par le Haut commissaire à la Jeunesse, Martin Hirsch, il ne lui reste plus que la capacité de nuire en ajoutant une couche aux difficultés de sa collègue de l'enseignement supérieur.

Ce que résume bien Sylvain Granserre, porte parole de l'Appel des 100 maîtres : « La signature de Jack Lang confirme que le dialogue et la concertation nécessaires pour l'avenir de notre système éducatif ont été rendus totalement impossibles par l'entêtement d'un ministre qui, des IUFM aux emplois de professeurs, en passant par les programmes, les RASED, les associations éducatives ou le temps scolaire, n'a cessé de supprimer les moyens d'une politique ambitieuse qu'il prétendait vouloir mener. »

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 11:32

 

Lâché par Sarkozy, Darcos est tout déconfit !

 

Qui ne se souvient des virils accents des avant-dernières déclarations de "Darcosy" : aussi accroché à la réforme de la seconde que son maître au travail du dimanche ! "Je ne serai pas le Ministre de l'Hésitation Nationale", clamait-il. Et dimanche encore, il donnait une nouvelle version de sa réforme dans le JDD, ajoutant les sciences économiques (mais pas sociales) aux matières obligatoires. Il oubliait les nobles intentions du départ d'alléger l'horaire pour laisser plus de place au travail personnel et au suivi individuel. Loin, très loin, de la feuille de route qu'il avait tracé au recteur de Gaudemar ; loin, très loin, des propositions faites à partir de ses propres consignes.

 

Les syndicats (il est vrai dans une protestation multiformes : suppression de postes, horaire du primaire, RASED, réforme secondes sur laquelle ils étaient divisés, etc.) se heurtèrent au plus profond mépris : "les enseignants n'ont pas les syndicats qu'ils méritent" ! Les élections professionnelles qui ont suivi, avec un taux de participation en hausse nette, démontrèrent que les enseignants faisaient confiance à ces syndicats honnis.

 

Mais que les lycéens, dans un mouvement insaisissable (en partie manipulé avec de faux SMS ou courriels de la FIDL), s'y mettent, la quasi insurrection grecque aidant, se souvenant des protestations anti-CPE qu'il avait attisé, notre grand conducator sonne la retraite. La reculade : la première (apparente, car en Europe les pseudos accords n'ont été obtenus qu'à coup d'artifices rhétoriques ou d'énormes concessions) de celui qui fait président.

 

Article publié le 16/12/08 dans "Le Post" http://www.lepost.fr/article/2008/12/16/1358221_darcos-le-ministre-de-l-hesitation-nationale.html

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