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26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 15:26
Un élève du Lycée Branly pointe une arme factice sur une enseignante

Un élève du Lycée Branly pointe une arme factice sur une enseignante

ou un tsunami de rumeurs et de rancoeurs

Pas de Vague

L’hashtag – en Français le mot-clé - #PasdeVague aurait dû s’appeler #balancetonprotal car il s’est traduit par une mise en accusation d’une « hiérarchie », à commencer par la plus proche, le chef d’établissement.

Pas de Vague

La vraisemblance n’est pas toujours au rendez-vous, ainsi de ce prof qui affirme sans rire qu’un élève l’a traîné devant le CPE dans un Lycée d’Hayange (la localisation géographique étant sans doute censée donner une touche d’authenticité), élève qui l’aurait insulté devant un CPE prenant son parti…

Caractéristique aussi ce témoignage d’une professeure qui, ayant mis une jupe – telle Adjani dans La journée de la jupe – dit avoir été traitée de pute par un groupe d’élèves dans un couloir : la professeure principale de la classe desdits élèves aurait ri, quant au proviseur, il lui aurait répondu qu’à son âge, elle devrait être flattée. Passons sur la supposée goujaterie du chef d’établissement, pour en revenir au rire de sa collègue qui dénote soit un manque évident de solidarité, soit le peu de sérieux qu’elle prête à ses plaintes.

Clovis – c’est le pseudo qu’il se donne – illustre au-delà de la caricature, ce type de prof qui peut insupporter dans la salle des profs, par ses incessantes jérémiades ! Lui, ce ne sont plus les élèves, mais les collègues syndiqués qui s’arrangent pour avoir les meilleures classes ne laissant aux nouveaux arrivants que les classes les plus dures et les plus chargées, avec la complicité du protal bien sûr ! Mais il se plaint aussi de la messagerie rectorale, de la formation continue, des professionnels venant dans le cadre de l’orientation incapables de tenir une classe de 37 élèves ( !), de la pré-rentrée et des neurosciences… S’il se comporte ainsi, en salle des profs – ce qui n’est pas sûr du tout : ce compte anonyme lui sert sans doute de purgatif – il ne peut qu’avoir une solide réputation de casse-pieds.  Et les personnels de direction et d’éducation du bahut ont peut-être tendance à envoyer paître le vindicatif personnage.

Pas de Vague

Donc, une agrégée en fin de carrière, avec des collègues dans la même situation, tous harcelés par un proviseur, ne l'envoient pas paître, proviseur missionné pour pousser à la retraite les hauts salaires ?

Et notre Clovis illustre bien la dérive de ce #PasdeVague qui, partant d’un fait-divers isolé au sein de ce lycée, voulait montrer que l’institution ne cherchait qu’à mettre la poussière sous le tapis, en fermant les yeux sur les violences des élèves envers les professeurs, se transforme en une dénonciation d’une hiérarchie harceleuse.

Pas de Vague
Pas de Vague

Ainsi, pour contrer Luc Cedelle, journaliste du Monde, un-e « Carpe Diem » sort un prétendu témoignage sourcé ! Or ce qu’il-elle cite fait penser à cet échange entre Francis Blanche et Pierre Dac dans le fameux sketch du Sar Rabindranah Duval :

- Pouvez-vous me dire quel est le numéro du compte en banque de monsieur ?

- Oui.

- Vous pouvez le dire?

- Oui!!

- Vous pouvez le dire ?

- Oui!!

- Il peut le dire!!! Bravo! Il est extraordinaire, il est vraiment sensationnel.

Car le témoignage consiste comme on peut le lire à ce que le prétendu témoin assure qu’il est prêt à…témoigner ! Et de retouitter un assez crapoteux appel à témoignage d’un parano de l’académie de Rennes.

Pas de Vague

Et certains témoignages, qui demanderaient pour le moins vérification, sont commentés comme des faits avérés, y compris par des personnes se disant journalistes. Donc une MurielA fait état d’une agression sexuelle de trois élèves envers un quatrième. Le Conseil de discipline ayant exclu les trois élèves, le rectorat aurait imposé la réintégration d’un des trois agresseurs. Or, comme il se doit dans un état de Droit, une famille (ou un élève majeur) peut faire appel auprès du Recteur d’une décision du C.D. (appel non suspensif) et le Recteur, après avis de la Commission académique, doit se prononcer dans un délai d’un mois. Si la décision du C.D. a été en partie amendée, le Recteur a dû motiver cette modification. Faute de cette motivation – sans parler de l’imprécision sur la nature exacte de l’agression – les commentaires sont nuls et non avenus.

Pas de Vague

Pour avoir émis quelques doutes sur ce déferlement de touittes après le « braquage » de la prof du Lycée Branly, le journaliste du Monde, L. Cedelle, s’est fait allumer dans la touittosphère, par de courageux anonymes, mais aussi par Laurent Bouvet co-fondateur du Printemps(prétendument) républicain.

Pas de Vague

Le proviseur aux bonbons

Dans l'émission putassière d'Ardisson, une menteuse pathologique affirme que des élèves qui prennent "à bras le corps" (sic) une table et la jette on suppose sur une prof se voient récompenser par des "bonbons" par le proviseur.

Faut-il rappeler à la fillonniste masquée qu'un proviseur ne dirige pas une maternelle et qu'on le voit mal distribuer ses bonbons à des gaillards de 15,16,17, 18 ans et plus ?

Car ce #PasdeVague a été accueilli par beaucoup de médias, comme parole d’évangile. Même à France culture par un éditorialiste politique, qui, tout en reconnaissant « que l'anonymat, comme pour tout témoignage, peut mêler le bon grain et l'ivraie », se réjouit que « ce cri d'alarme [qui]  vient de la base […] se joue des hiérarchies, des corps intermédiaires que sont les syndicats. Il se fait sans eux, et même parfois contre eux. » « … le hashtag dit que c'est grave, mais aussi que c'est courant. Il a la puissance évocatrice du fait divers, et la force statistique du nombre. Il devient dès lors impossible à ignorer pour le politique. Un ministre peut recevoir des représentants syndicaux, il peut réunir des parents d'élèves, faire descendre la température... Mais que peut-il contre un mot-clé sur twitter, dont le succès amène encore chaque minute de nouveaux témoignages ? ».

Inutile d’objecter que cette vague un peu nauséabonde qui coule dans les égoûts de touitteur, n’a que la force statistique que lui prête M. Says, ramenée au nombre total d’enseignants. Car, de fait, le Ministre Blanquer, après avoir prôné une école de la « bienveillance », au côté d’un Castaner, Ministre de l’Intérieur qui se la joue mode Valls, veut maintenant "rétablir l'ordre et l'autorité" qu’on ne savait pas si menacés dans l’éducation nationale, au lieu de tenir le discours de raison qu’on était en droit d’attendre de lui.

Il serait, bien sûr, angélique que de croire que tout n’est qu’ordre et bonté dans nos écoles, collèges et lycées. Même dans les établissements les plus calmes, on n’est jamais à l’abri d’un acte isolé de violence extrême.  Il arrive aussi qu’un Recteur abuse de son pouvoir, qu’un IA attrape le melon, que des chefs d’établissement se conduisent comme des petits chefs, que des Inspecteurs pédagogiques soient odieux… Sauf que, le statut – comme d’ailleurs les syndicats, si décriés pourtant – protège l’enseignant. Le pouvoir hiérarchique d’un chef d’établissement sur un prof est quasi nul ; et l’inspecteur ne vient, au mieux, que tous les deux ans. Professeur est un métier semi-libéral, en fait, semi par la garantie de l’emploi qu’il assure, libéral, car l’enseignant fait ce qu’il veut ou presque dans sa classe. Avec pour corolaire un individualisme corrigé par les réflexes corporatistes. Mais réflexes qui s’émoussent quand un collègue est incapable de tenir sa classe, comme on dit.

Pas de Vague

Et cet incident dramatique, sur lequel surfent donc les harcelés du net, n’est représentatif ni du Lycée où il a eu lieu, ni des violences scolaires globalement. Gageons que les enseignants du Lycée Branly de Créteil qui ont tenu à dire ce qui se passe vraiment dans leur lycée vont se faire traiter de complices du #PasdeVague de la hiérarchie. Quand à France Info, après les vitupérations de Mélenchon, elle va se faire incendier par les chevaliers masqués du hashtag. Il est quand même remarquable – et assez scandaleux – d’entendre le Ministre Blanquer affirmer « qu'il y avait des politiques du chiffre pour essayer d'avoir le moins de conseils de discipline possible », alors que "Dans chaque département d'Ile-de-France, on a un collège fantôme d'élèves exclus par jour (entre 400 et 800)" (B. Moinard).

Pas de Vague

Et la plus grande, la plus scandaleuse des violences est celle que subissent les élèves des milieux dits défavorisés. Hongrie exceptée, la France est, parmi les pays étudiés par l’OCDE, la plus inégalitaire.  Plutôt que d’entonner le grand air populiste de l’ordre et l’autorité, plutôt que de détruire systématiquement, les avancées de ses prédécesseurs, le Ministre Blanquer ferait bien de se pencher un peu sur les systèmes éducatifs canadiens ou finlandais pour tenter, non de trouver des recettes, mais au moins des pistes pour introduire un peu plus d’égalité des chances !

Un de mes talentueux contributeurs, Pascal Bouchard, m'écrit :

"pour compléter ton papier, te souviens-tu de Nicolas Revol, qui avait eu son heure de gloire dans le Figaro magazine, où il racontait son calvaire de prof dans un LP, anonymement bien sûr, jusqu’au jour où un de ses élèves tente de l’étrangler. De son lit d’hôpital, il écrit un livre à succès

Ses collègues ont envoyé à Libé et à moi une lettre… « si tu arrivais quelquefois à l’heure, si tu préparais tes cours, si tu ne balançais pas de vannes racistes, si tu avais accepté notre aide… » , etc, etc. 
Tout était faux"

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commentaires

88urgent44 28/10/2018 02:16

Selon une récente info. l'élève du lycée Branly avait frappé des policiers auparavant....!Il est indispensable que le Ministre crée ces centres adaptés aux élèves qui posent trop de problèmes dans le système scolaire afin de les remettre dans le droit chemin.Ce délinquant a déjà fait au moins 3 victimes (adultes)sans compter ses camarades de classe qu’il a empêché d’étudier convenablement !!M.Blanquer veut faire quelque chose : appuyons ses initiatives sans arrière pensée car il y va de notre avenir.C’est urgent.

J.-F. Launay 28/10/2018 07:42

1°) Si "info" il y a elle se trouvé où ?
2°) Autoritarisme et répression, telle est donc la réponse à cet hashtag : recréons les "maisons de correction" et le problème de la violence sera résolu ! Hélas non : nos prisons surpeuplées le démontent !

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