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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 18:56

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05 12 tarifa manif-0122 mai, sur la belle promenade ombragée qui va vers le port et le château de Guzman – sa statue la conclut – une manif regroupe élèves, parents et enseignants. Echo local d’une grève nationale dans l’éducation, de l’école primaire à l’Université, ponctuée de manifs géantes dans les capitales provinciales et Madrid. Comme en France, les chiffres divergent : 25 000 manifestants selon la police, 150 000 selon les organisateurs, à Barcelone, par exemple ; 80 % de grévistes pour les syndicats, 22,7 pour le ministère de l’éducation !

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Le gouvernement de droite veut faire passer l’éducation de 4,9 % du PIB à 3,9 %. Les mesures préconisées ne nous sont pas inconnues : abandon de l’appui à la préscolarisation des moins de 3 ans et des mesures d’aides aux élèves rencontrant des difficultés dans le tronc commun, orientation précoce vers la voie professionnelle, alourdissement des effectifs par classe, délai de carence de 14 jours pour le remplacement des profs absents, etc.

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Rajoy fait rien qu’à copier notre sortant-sorti !

 

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En complément une vidéo AFP (avec malheureusement de la pub en entrée) :

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 21:12

francois-bayrou-le-4-fevrier-2012bis

Le candidat de la Société des agrégés ? En tout cas, un programme dont le corporatisme ne risque pas de froisser le SNALC, ni même le SNES qui, sur ce terrain, ne le cède pas au syndicat de droite assumée.


Nous avons l’intention d’installer le verbe "instruire" au coeur de la campagne électorale comme nous avons installé le verbe "produire"” a-t-il proclamé. Mais ce n’était pas que pour la rime.


Car les seules mesures concernant les élèves consistent implicitement à rétablir un concours d’entrée en 6ème et à instaurer un super-bac, un bac d’excellence. "Aucun élève ne doit entrer au collège s'il n'est garanti qu'il maîtrise la lecture et le calcul". Si l’on ajoute qu’il prône un collège différencié et la mise hors les murs des élèves trop remuants, on voit qu’on est très loin d’une école fondamentale, prenant en charge tous les élèves de 3 à 16 ans.


Sous une apparente neutralité pédagogique – il rend même un apparent hommage aux Cahiers pédagogiques – il intervient dans le faux procès sur l’enseignement de l’Histoire en terminale S, et « il pousse jusqu'à reprendre les critiques sur la méthode globale... » (Café pédagogique), repartant sur un autre faux débat lancé naguère par de Robien. En bon centriste, il corrige cependant en affirmant que “le apprendre à apprendre doit être le socle ”.


S’agissant des moyens – sérieusement amputés pendant le quinquennat – il pourfend  François Hollande et ses 60 000 postes, en clamant, drapé dans le drapeau de la rigueur, que  " tout le monde le sait, sauf ceux qui consciemment ont décidé de tromper les Français, la France doit sortir du surendettement qui l’asphyxie, si elle veut préserver son modèle social et de services publics."

 

Cependant, dans un en avant vers le passé, il propose de rétablir les répétiteurs. Pourquoi pas d’ailleurs, s’il s’agit, en diminuant l’horaire élève hebdomadaire, d’instaurer une école tout compris où l’élève rentre chez lui, sans contrainte de devoir ou leçon à la maison (ce qui est, le cas, du plus grand nombre de travailleurs, qui, rentrés chez eux, sont en principe libérés des tâches professionnelles).

Profs : opération séduction


Autocollant du PS manifestation du 24 janvier 1994Mais, comme le note Philippe Watrelot, il s’agit essentiellement d’une opération séduction en directions des profs. L’ancien ministre de l’éducation nationale (1993-1997), dont le passage au ministère a été surtout marqué par la gigantesque manifestation laïque du 16 janvier 1994, aurait séduit près d’un tiers des profs en 2007. Il cherche à rééditer le coup.
Il les prend donc dans le sens du poil.


Pour commencer, un peu de baume au cœur meurtri des enseignants, las des attaques : “Ceux qui mettent en accusation” les enseignants, il leur demande de leur lâcher les basques ; ceux qui disent “qu’ils ne travaillent pas assez, ne tiendraient pas deux heures en face d’une classe de collège.


Pas question donc de toucher au décret de… 1950 qui fixe le statut des profs uniquement à partir d’obligations d'horaires de cours hebdomadaires. Il rejette l’évaluation faite par le seul chef d’établissement.


Non à la réformite enfin. Il est vrai que de refonte de programmes, en modifications profondes des lycées, en particulier des filières technologiques et professionnelles, en passant par le socle de compétences, sans oublier des décisions aussi absurdes que la semaine de quatre jours, le système éducatif a, lui, manqué d’un socle stable. Si l’on ajoute la saignée des personnels qui alourdit les conditions de travail, on peut comprendre que beaucoup d’enseignants ne veulent plus entendre parler de réformes.


Le rôle des parents n’est évoqué qu’en référence implicite à leurs carences éducatives puisqu’il préconise une « école des parents ». La dimension socio-économique est complétement occultée : tous ceux qui ont vu Intouchables se souviennent de la (fausse) mère de Driss qui femme de ménage – pardon technicienne de surface - est absente le matin de bonne heure et le soir tard, à peine là quand les enfants partent à l’école ou au collège, et encore moins là à leur retour. Ce n’est pas une « école des parents » qui va résoudre ce type de situation.


Des vœux pieux


Rien, on l’a vu, sur la politique de non remplacement des départs en retraite, si ce n’est qu’il la stopperait, sans réparer les dégâts.


L’annonce d’un plan de progrès continu, inscrit dans le long terme pour vraiment changer les choses, dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il gagnerait à être formulé de façon plus concrète.


La volonté, que tout un chacun ne peut que partager, que l’école soit un lieu d'où la violence est exclue et où le respect est la règle entre élèves et enseignants, à l'égard des enseignants et dans la cour de récréation. Rappelons d’abord que c’est la situation de la grande majorité des écoles, collèges et lycées. Mais que là où les problèmes se posent, les pétitions de principes ne suffisent plus.


Seule une proposition – qui ne peut que faire consensus dans le milieu éducatif – est parfaitement concrète et précise : la reconstruction d'une année de formation en alternance [pour les nouveaux enseignants] avec exercice dans la classe et transmission de l'expérience d'autres enseignants est impérative… Même, si elle néglige, la dimension réflexive et non pas seulement imitative d’une formation professionnelle : un BTS en alternance, par exemple, ne se satisfait de la seule transmission de l’expérience de professionnels reconnus.


Un programme éducatif donc au conservatisme évident, aux inclinaisons élitistes affirmées et aux grandes intentions floues, dont le but est de séduire les électeurs enseignants et non de tracer un projet d’une école de la réussite pour tous. Pour parodier une formule sciemment déformée, Bayrou place le prof au centre du système éducatif.

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 16:24

scolaria-excellence-vue-avionMon nom est D…. B……. Je suis né en Normandie, au sein d’une famille telle qu’il en existait encore beaucoup au milieu des années 1960 en France. Ainsi commence une mini auto-biographie d’un prof d’Histoire-géo. Il nous apprend que son papa été artisan tailleur et que sa maman ayant repris ses études a été prof d’Anglais. Que ses parents [lui] ont transmis un certain nombre de valeurs simples mais profondes. L’honnêteté, le sens du travail, et un certain nombre de règles de politesse et de vie commune, que l’on dispensait encore en ces temps d’avant 1968. Mais surtout qu’il a eu la chance de commencer [ses] études secondaires l’année précédant la mise en place de la terrible réforme Haby [1975]instituant le collège unique. [Il put] ainsi disposer d’un enseignement de qualité, exigeant et solide.

Pourquoi donc s’intéresser à ce personnage caricatural qui veut faire croire que l’honnêteté et le sens du travail (encore faut-il savoir ce qu’il met là-dessous) se sont envolés après 1968 ? Et qui ignore que le diabolique collège unique d’Haby avait gardé une filière de relégation (« Transition-Pratique » puis CPPN-CPA) et un palier d’orientation 5e qui évitaient aux fils de petits bourgeois de son genre de côtoyer des enfants des milieux populaires ?  

 Le hasard d’un nettoyage de messagerie.

 

En effet ladite messagerie commençait à faire preuve de langueur. Il me fallut donc l’alléger de tous les messages reçus ou expédiés qui s’y accumulaient. Et ainsi suis-je retombé sur un message d’un camarade sguénard qui m’envoyait l’autobiographie express de ce D. B. ; puis remontant dans le temps (jusqu’en janvier 2010 !), je relus un courriel me transférant un appel à pétitionner, délicieusement intitulé « Pour qu’enseigner redevienne un plaisir » et signé du même.

 

Si l’on ajoute que ce D. B. était prof à Gisors, qu’il a suivi son « enseignement de qualité » au collège de Saint-Marcel, puis au lycée polyvalent de Vernon, donc dans un coin de l’Eure que j’ai connu pendant une dizaine d’années, je me suis donc penché sur ce cas que je serais tenté de qualifier de pathologique.

 

Le plaisir d’enseigner, pour lui, semblait être surtout le plaisir de … sévir ! Sa pétition commençait dans la classique dénonciation de l’hétérogénéité des classes, du laxisme de la hiérarchie et  de la démission des parents.

Et les revendications étaient à la hauteur des dénonciations. Ainsi pour restaurer le prestige et l'autorité des professeurs, préconise-t-il de leur donner le dernier mot sur les redoublements, le pouvoir d'exclure les élèves de leurs cours sans avoir à se justifier, et un pouvoir décisif lors des exclusions définitives scrongneugneu ! Plus de surveillants-étudiants mais de vrais surveillants professionnels dans chaque établissement, pour surveiller les élèves entre les cours et s'assurer que les colles et punitions données par les professeurs soient effectuées . Il n’hésite pas à inventer un examen d’entrée en 6e en … Finlande ! Il va jusqu’à demander l’abolition des lois Ferry (1881 et 82) en demandant de supprimer le principe du « droit à l'éducation gratuit et sans condition ». Et il n’hésite pas à exiger pour les professeurs la liberté de choisir l'établissement dans lequel ils souhaitent enseigner, pour un noble motif de cohérence.*

Brighelli, Le Bris et les autres peuvent se rhabiller. Ils ont trouvé plus crétin qu’eux dans la « fabrique ».

 

Un autre épisode est révélateur du personnage. En 2009, un Maître de conf. de Montpellier est agressé à son domicile par un individu masqué, armé, et qui l’arrose, ainsi que sa femme et son fils, d’essence. Dans un sursaut désespéré, il arrive à maîtriser l’agresseur, qui meurt. Le prof subit 22 heures de garde à vue. Peu après La dépêche du Midi écrivait : Les premières constatations médico-légales ont démontré que le jeune homme n'était pas mort étranglé comme on avait pu le penser mais d'un arrêt cardiaque […] L'enseignant a été mis en examen pour homicide volontaire, placé sous contrôle judiciaire et remis en liberté. L'hypothèse de la légitime défense est privilégiée. Garde à vue intempestive, certes.  Et notre DB de pétitionner une fois encore. Et où trouve-t-on cette pétition ? Sur SOS éducation. Un SOS qui me rappelait de pas si lointains souvenirs d’une sorte de nébuleuse d’associations très habiles en appels à dons. Et un de leurs moyens est de lancer des pétitions en rebondissant sur l’émotion déclenchée par un fait-divers : les adresses recueillies alimentant le fichier d’appel aux dons.

L’agresseur se prénommant Ali, on retrouvera la pétition dans tous les sites identitaires (y compris, bien sûr, Riposte se disant laïque), dénonçant le « racisme anti-blanc » (de la police ?). Comme l’avait prévu La Dépêche, l’affaire s’est conclue sur un non-lieu.

 

L’autobiographie du pétitiomane continuait par une caricature de la vulgate des rétropenseurs (quoique…) : Nos enfants n’apprennent plus rien de l’instruction solide que nous avons pu acquérir dans notre enfance. Le savoir ? C’est de l’enfant seul que doit procéder la curiosité de s’informer à travers les nouveaux médias tels Internet. […] L’école ne donne plus le goût d'apprendre, ne transmet plus le plaisir de découvrir mathématiques et sciences. Calcul mental et curiosité ont disparu. L’école enfin, n’aime plus l’histoire. Notamment celle de la France et celle de l’Europe ; elle lui préfère l’histoire des empires africains, de l’Inde ancienne.

 

Et tout ça pour aboutir à ce : "J'ai donc décidé de créer une école entièrement indépendante, avec des collègues, et j'invite toutes les personnes de bonne volonté à me rejoindre :

·          les professeurs qui souhaitent faire leur métier, qui est d'instruire les enfants ;

·          les parents qui souhaitent que leurs enfants s'instruisent et développent leur esprit ;

·          les personnes généreuses qui comprennent l'importance des enjeux d'un tel projet, et qui sont prêtes à nous soutenir en nous envoyant des dons".

 

Le vernonnais veut recréer un lycée à l’ancienne avec école primaire, collège et lycée. Etablissement hors contrat. Il semble déjà pouvoir disposer d’un château, dans la vallée de la Seine, en amont de Rouen. Prêt ? don ? achat ?** Le financement est mystérieux. Mais les ambitions sont grandes d’une public school modèle british (uniforme, sports), mais tourné vers la Chine et les Etats-Unis, avec échanges, et forgeant ses propres programmes (avec cependant l’astreinte des examens officiels, brevet et bac). Le primaire aurait débuté à la rentrée. Le secondaire devrait le faire en septembre 2012.

 

Sauf si ce prof a gagné au Loto, on voit mal comment il pourrait lancer un tel projet qui n’atteindra l’équilibre financier, s’il l’atteint, que quand il aura fait le plein. Derrière il y a donc SOS éducation : "Il s'agit d'un projet d'école indépendante avec internat (primaire, collège et lycée) entre Paris et Rouen, créé par un professeur de l'Éducation nationale que les sympathisants de SOS Éducation connaissent bien.

C'est un grand plaisir pour nous qu'émergent de telles initiatives, exclusivement guidées par la volonté de mieux éduquer les enfants". Et c’est signé Vincent Laarman Délégué général de SOS Éducation. Vincent Laarman que l’on retrouve aussi dans toute la nébuleuse d’associations aux activités mystérieuses mais aux ressources fabuleuses, découverte, pour ma part, lors de l’affaire Læticia de Pornic.

 

* Comme par hasard, la pétition, toujours en ligne, s’est allégée de toutes les revendications trop délirantes pour aspirer des signatures en nombre.

 

** D’après un article de l’Impartial en 2010 (hebdo de l'Eure qui sauf changement de ligne ne mérite guère son titre), le château, ancienne maison de retraite, appartiendrait à un ostéopathe.

 

 

 

NB Il semble que la belle public school dominant la Seine ait fait long feu, puisque l'on retrouve son initiateur dirigeant une "Scolaria excellence" à Ernée en Mayenne. Mais si le lieu a changé, c'est bien la même vision passéiste qui anime ce Cours Privé laïque.

Mais, SOS Education a dû laisser tomber cette Scolaria, puisqu'elle a mis la clé sous la porte !

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 18:09

En annexe, en quelque sorte, du précédent article, un petit coup d’œil plus détaillé sur les résultats des élections professionnelles dans l’Éducation Nationale.


Même si, pour les personnels, ce sont les CAP nationale et académiques qui comptent, car directement branchées sur leurs carrières (mutations, avancement…), les comités techniques national et académiques ont un rôle plus éminent, puisque les questions d’organisation, de gestion des effectifs, de politique indemnitaire, de formation, de luttes contre les discriminations, d’hygiène et de sécurité, etc. leur sont soumis. Ils ont perdu le ‘P’ de Paritaire : seuls les élus votent. Le risque est donc grand qu’au lieu de chercher à présenter un front uni face à l’administration, ils se divisent.  Cependant, un rejet unanime d’un texte oblige à son réexamen. Mais les CT ne sont que consultatifs.


Comme ses membres sont élus par l’ensemble des personnels, ils mesurent la représentativité globale des organisations syndicales par le score obtenu en % et en nombre d’électeurs. Donc, une élection à faible participation nuit à la représentativité !


Ce qui ressort, avant tout, c’est cette baisse de la participation. Une chute de près de 23 points, de 61,3 % à 38,5 %.

 

EL2001_CTM_01bis.JPG

Le tableau publié par l’UNSA est assez parlant puisqu’il montre baisse (rouge) et augmentation (vert) des scores en %. Le grand perdant est incontestablement une Union pour l’école républicaine (UER), union de circonstance où le SNALC s’allie à la CFTC, qui passe de 7,06 % à 4,72, soit -2,34 %. Ensuite le FSU, qui perd 1,28 %, mais reste au dessus de 40 %.  Certes les syndicats dits réformistes progressent, l’UNSA surtout (+1,80), mais le sgen-CFDT, malgré son +1,54 %, est dépassé par FO, en progression (+2,79 %) et, d’une courte tête, en voix (10,09 % contre 9,99), FO qui peut difficilement être rangé dans le camp réformiste en ce qui concerne l’éducation.

EL2001 CTM 02

Le CTM(national) passe de 20 à 15 élus du personnel, par rapport à l’ex CTPM. C’est encore l’UNSA qui tire son épingle du jeu en gardant ses 4 sièges. Le sgen-CFDT en perd 1, la FSU 3, mais c’est conforme au nombre de sièges qu’ils auraient pu avoir en 2008, si la CTPM n’avait eu que 15 sièges. Le seul vrai perdant est le SNALC et son UER qui disparaît.


La FSU n’a plus la moitié des sièges, certes, mais c’est purement symbolique.

D’autant que, quand on examine les CAPN, on constate que chez les agrégés, avec une participation nettement moins dégradée (-13,3 %), le SNES et le SNALC, syndicats conservateurs s’il en est, progressent de presque 3 points. Chez les certifiés où là la baisse de participation est conforme à celle du CTM (-23,3 %), le SNES garde la majorité absolue à presque 51 % et le SNALC se maintient à 9 %. Seul FO progresse vraiment à +1,42 %. Chez les professeurs des écoles, le SNUIPP (FSU) a des positions plus nuancées que le SNES. On constate une nette progression de l’UNSA, FO confirme son implantation, mais le SNUIPP progresse aussi, quant au sgen-CFDT il perd encore un peu de terrain.


L’UNSA peut, à bon droit, se réjouir de ses résultats, d’autant qu’ayant récupéré le syndicat majoritaire chez les personnels de direction qui rafle 8 sièges sur 11 et atteignant près de 20 % chez les CPE, avec une majorité chez les IEN et IPR,  son assise n’est pas qu’enseignante. Le sgen-CFDT est sérieusement menacé par FO et en grand danger de marginalisation dans le 1er degré. Quant à la FSU, si elle perd quelques plumetis en CTM, elle est loin, très très loin d’être plumée.


Le rapport de forces n’a donc que peu bougé. Tout en sachant que le conservatisme constant du SNES par exemple n’a jamais empêché ses électeurs, voire ses adhérents, de s’impliquer dans des projets sur le terrain. Ce qui est sans doute le plus à craindre c’est le désenchantement qui gagne de plus en plus d’enseignants.


L’enjeu même de ces élections est hélas aussi à relativiser. La prétendue cogestion se limite aux CAPN-A, avec d’ailleurs des effets pervers ; le ministère tente arbitrairement de les contourner. En revanche sur les grandes orientations en principe soumises à l’avis des élus du personnel, les ministres s’en battent les flancs. Ainsi a-t-on pu voir de Robien, influencé par un groupuscule activiste, lancer un débat stérile sur les méthodes d’apprentissage de la lecture. La carte scolaire a été décrétée caduque, car tel était le bon plaisir du prince en son palais de l’Elysée. Darcos a pris la décision stupide de la semaine de 4 jours dans le primaire. Plus bénin, la pseudo expérimentation de classes à après-midi d’activités sportives, que l’on étend sans en avoir pu tirer quelque bilan que ce soit et en sachant qu’il est matériellement impossible de la généraliser…

Espérons que dans un avenir proche, le CTM ait vraiment du grain à moudre.


 

NB 1° Sur la CAPN des PLP, ma totale méconnaissance, non pas des enseignements qui s’y pratiquent, mais d’une vie syndicale marquée par l’implantation solide de FO et de la CGT, m’a amené à m’abstenir de tout commentaire.

2° L'emprunt du tableau et des graphiques à l'UNSA n'implique pas un changement de carte de ma part, cédétiste je fus, cédétiste je reste !

 

 

En complément :

Lelièvre : " Même si le diagnostic du décrochage d'adhésion aux syndicats est faux, il peut avoir un effet" 

Pour Claude Lelièvre, historien de l'éducation, la baisse du taux de participation aux élections professionnelles est un accident. Elle n'est pas due à une désaffection des enseignants envers leurs syndicats. Mais, si elle est vécue comme cela, ce ne sera pas sans conséquences réelles.  Lire la suite

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 17:41

electionEN.JPG

Les élections professionnelles de l’éducation nationale qui se sont terminées hier (20 octobre) ont connu globalement une chute de participation de plus de 20 points. Signe d’une désaffection des enseignants pour leurs syndicats ou volonté délibérée de sabotage du ministère par la mise en place aberrante d’un inédit vote électronique ?


La participation tombe de 61,3% à 38,5% pour l’élection au Comité Technique national (CTM), le seul scrutin qui ne soit pas catégoriel. On peut certes analyser finement des évolutions d’un scrutin à l’autre, de 2008 à 2011. La FSU se tasse un peu (-1,88 %), les syndicats dits réformistes, l’Unsa surtout (+2,22) et le Sgen-CFDT (+1,36) progressent.

Mais dans les grands corps du second degré, certifiés et agrégés, le SNES (FSU) se maintient (et le SNALC qui a disparu des écrans pour le CTM progresse sensiblement chez les agrégés).  Chez les profs de gym, le Snep (FSU) fait le grand chelem… Mais on aura beau scruter ces résultats à la loupe, reste que la chute brutale de la participation sera lue comme une désaffection des syndicats.


Vote électronique : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

 

Les habituels pourfendeurs de risque de fichage ont bien sûr attaqué cette procédure de vote inédite. Or ce n’était pas la question de la sécurisation du vote qui se posait, mais sa complication quasi ubuesque !

Qu’on en juge.

Les personnels recevaient, via la direction de leur établissement, une notice de vote. Une case à gratter – comme pour les jeux de la Française du même nom – va leur donner un identifiant et leur rappeler leur Numen*.

Ils ont dû ensuite se connecter au site ministériel ad hoc pour obtenir leur mot de passe. Pour ce faire, chacun saisit donc son identifiant+son NUMEN+le 6e et le 7e caractère de son n° de sécu (eh oui, ça ne s’invente pas). Mais l’électeur n’obtient pas directement le fameux mot de passe. Il sera envoyé par courriel à l’adresse électronique de son choix.


Le vote a pu se faire du 13 au 20 octobre.

Ne parlons pas des personnels pour qui un ordinateur est un objet étrange, voire diabolique. Ceux-là, s’ils ne se sont pas fait assister, ont abandonné d’entrée. Mais des autres, qui devaient pour voter saisir à nouveau identifiant+NUMEN+mot de passe. Mais ça a eu bogué : certaines configurations d’ordinateurs ne fonctionnaient pas (il fallait notamment avoir « java », logiciel gratuit certes, mais qui n’encombre pas obligatoirement votre ordi). Dans le second degré, le personnel-citoyen décidé à voter coûte que coûte pouvait à force de persévérance trouver l’appareil que le site de vote accepterait, mais dans les écoles, surtout les petites…


Si l’on ajoute que des électeurs potentiels ont été oubliés ou n’ont pas reçu leur notice de vote, que les élections au lieu de durer trois semaines n’en ont duré qu’une, on peut arriver à se demander si cette complication, ces dysfonctionnements, ne seraient pas purement accidentels.

Où va se nicher la théorie du complot ? Imagine-t-on le gentil M. Chatel avoir des pensées aussi machiavéliques ?


Au-delà même de cette procédure, la passage au vote électronique a fait passer ce vote d’un rituel collectif assez classique à un acte individuel, ce que le sociologue A. Robert appelle une atomisation de l’acte électif.


Comme le note un communiqué commun du Sgen-CFDT et de l’UNSA la baisse de la participation (…) a des causes multiples. Notons le non engagement du ministre de l'Éducation nationale, la suspicion entretenue par certaines organisations syndicales sur la fiabilité du vote électronique, le caractère inédit du vote (…), les difficultés techniques.... 

Mais les deux organisations s’inquiètent aussi de cette désaffection, comme dit T. Cadart du sgen-CFDT. Et un responsable de l’UNSA ajoute : Il n'y a pas que des facteurs techniques, il y a aussi un rapport au syndicalisme, un désintérêt de la chose publique.


_110126-chatel.jpgIl est sûr que Chatel va se réjouir. Pour autant, il serait peut-être imprudent de tirer des conclusions définitives du style Le bastion syndical de l'éducation nationale est tombé. (Expresso 21/X/11). Car faire la part entre le sabotage et la désaffection demandera une analyse très subtile. Et ce qui saute aux yeux c’est avant tout le sabotage !

 

 

 

 

 


 
 

 


* Pour éviter justement les interconnections de fichiers électroniques, les personnels du Ministère de l’éducation nationale – MEN - ont droit à un NUMéro, diffèrent donc de l’identifiant national de l’INSEE, qui sert à la gestion de leur carrière ; donc, là, en plus, ils se voient attribuer un identifiant d’électeur.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 20:38

cancreprevert

« Puisqu’il n’existe pas  de  preuve  sérieuse  de  l’efficacité  du  redoublement,  la  profession  enseignante  devrait abandonner  cette  pratique  comme  jadis,  les  médecins  ont  délaissé  les  saignées  et  les purges. » Marcel Crahay


Il ne s’agit pas de « refaire le match ». Le nom de la rose, comme titrait Libé, a été désigné. Mais une évocation incidente du redoublement, lors du dernier débat des impétrants, permet de se pencher sur ce mal français, coûteux en euros, mais surtout en gâchis humain qu'est le redoublement.


Un logorrhéique contributeur du + du nel Obs, soi-disant « modem », a attaqué avec mépris Martine Aubry qui se serait « pris les pieds dans le tapis » sur le problème du redoublement.


Lors du dernier débat de la primaire, Aubry avait à l’évidence voulu essayer de mettre Hollande en difficulté en lui disant, en substance, tu promets de créer 60 000 emplois d’enseignants sur 5 ans (coût 2,5 miliiards) et en même temps « tu disais, je supprimerais le redoublement, ça coûte 2,5 milliards », donc en fait « on n’embauche pas d’enseignants complémentaires ». Hollande n’a pas remis en cause le coût estimé du redoublement* par sa concurrente. Mais, il remet l’équation dans le bon sens, de son point de vue, ce sont les emplois créés qui, à terme, permettront de faire baisser significativement les redoublements.


cancreNotre modem accuse assez niaisement Aubry d’assimiler le coût du redoublement aux frais de personnels. Oubliant qu’il s’agit, dans ce débat, des dépenses de l’état qui correspondent presqu’uniquement à des dépenses de personnel (le surcoût en équipement, locaux, etc. relève des collectivités territoriales). « Si les redoublements coûtent si cher, c'est parce qu'ils allongent la scolarité des élèves et augmentent le nombre de professeurs. » (Le Monde). A jouer au donneur de leçon, on se prend les pieds dans le tapis de sa suffisance.


Hollande, en revanche, commettrait une erreur en croyant qu’il suffit d’augmenter le nombre de profs pour faire baisser le nombre de redoublants. Car le culte du redoublement est ancré dans le système scolaire français. La baisse des effectifs ne suffira pas. Ce sont des mentalités qu’il faut changer.


Le redoublement, ce mal français, frappe les enfants des catégories sociales modestes : un enfant d’ouvrier a 8 fois plus de risques de redoubler qu’un enfant de cadre ou d’enseignant, risques plus élevés pour ceux issus de famille nombreuse ou monoparentale et les garçons sont plus touchés par ce mal que les filles. Toutes les études le démontrent « Redoubler est inefficace, pénalisant, coûteux et injuste. » Marie Duru-Bellat.


cancre 1Cependant, il ne sert à rien d’augmenter les moyens si les comportements des enseignants vis-à-vis des élèves en difficultés n’évoluent pas.

« Avec ces dispositions nouvelles [réduction significative des effectifs de CP dans une expérience de lutte contre l’illettrisme], les difficultés rencontrées par les élèves ne peuvent plus être attribuées aux conditions de l’enseignement. En revanche, leur mise en œuvre met en évidence qu’il ne suffit pas de multiplier les moyens d’enseignement pour que les difficultés soient évitées ou surmontées…  Même  dans  les conditions  très  favorables  dont  disposaient  les  classes observées, la prise en compte de la diversité des élèves n’est pas sensiblement améliorée. Si certains maîtres savent être attentifs aux erreurs et, par une intervention tenace et rigoureuse, éviter  qu’elles  ne  s’enkystent,  l’approche  de  la  différenciation  indispensable  est  loin  d’être réellement dominée. Il n’est pas rare qu’on demeure en permanence dans un travail frontal, sans essai de prise en compte des réalités individuelles.»  Inspection générale de l’Education nationale, La mise en œuvre du plan de prévention de l’illettrisme au cours préparatoire en 2003-2004. Groupe de l’enseignement primaire, mai 2004. (cité dans un rapport sur le redoublement de 2004, pour le Haut Conseil à l’évaluation de l’école).

 

Faire bouger les mentalités est moins facile que de créer des emplois. Ces créations d’emplois peuvent même aggraver la situation si on ne rétablit pas une véritable formation professionnelle initiale et continue. C’est la priorité des priorités. N’en déplaise à tous les pourfendeurs de pédagogos, les Finkielkraut, les Julliard, les Capel, etc., ce n’est pas en proférant leur savoir du haut de la chaire que les enseignants prendront à bras le corps le problème des élèves ayant des difficultés. Des dispositifs de pédagogie différenciée sont indispensables pour une école de la réussite pour tous.

 

* Le Monde, nuance fortement les chiffres avancés : pour la création d’emplois il s'agirait plutôt de 7,5 milliards d'euros sur cinq ans, quant au coût du redoublement, il le chiffre plutôt à 2 milliards annuels, donc 10 Md sur cinq ans.

 

 

 

 

 


 

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:19

EC steUrsule1Surprise en allant chercher la presse : un calicot orne l’entrée principale de l’Institution Sainte-Ursule* (école+collège+lycée), haut lieu de l’enseignement catholique à Luçon.

Deux lignes donc sur la banderole : « Suppression massive d’emplois : intenable » ce qui paraît clair, mais le « Il nous faut des solutions » rend le message très ambigu.

 EC steUrsule2

Il faut rappeler  que si l’enseignement privé sous contrat a subi aussi les suppressions de postes – ce qui a provoqué la mobilisation des syndicats du privé le 27 septembre – il a été moins touché que l’enseignement public. Ainsi pouvait-on lire dans une réponse de Chatel à un sénateur UMP (intervenant pour le privé) : « Au cours de l'année scolaire 2010-2011, deux millions d'élèves sont scolarisés dans les établissements d'enseignement privés pour dix millions d'élèves scolarisés dans les établissements d'enseignement publics, soit une proportion privé/public de 20 %. […] En conséquence, la contribution de l'enseignement privé à la réduction du nombre des emplois représentera quelque 10 % du total. » Le prétexte invoqué pour ce traitement de faveur est que les administratifs ne sont pas pris en charge par l’état. Mais si l’on défalque les suppressions de postes administratifs prévues en 2011, le total des suppressions de postes d’enseignants dans le public est de 13 800, dans le privé de 1533. Un peu plus que les 10 % annoncés, mais nettement moins que les 2760 proportionnellement attendus. D’autant qu’un amendement du sénateur Carle (charitable auteur de la loi Carle qui reprenait un amendement de Charasse) a permis d’alléger encore le tribut payé à l’autel de l’austérité sélective.


L’enseignement catholique, a dénoncé à la rentrée  une situation jugée "intenable", provoquée par les suppressions de postes. "La situation est inconcevable", a lancé Éric de Labarre, secrétaire général de l'enseignement catholique.  "On ne peut pas aller au-delà" des sup­pres­sions de postes déjà pra­ti­quées pour la ren­trée 2011, a déclaré Martial Limouzin, pré­sident du comité aca­dé­mique de l'enseignement catho­lique en Bretagne, lors d'une confé­rence de presse de rentrée. "Nous ne pour­rons pas faire la ren­trée 2012" si des postes conti­nuent d'être sup­pri­més sans mesures d'accompagnement, a-t-il ajouté.


Mais c’est là que le bât blesse. Après avoir contesté des programmes** de SVT, en relayant le cléricalisme des évêques, l’enseignement catholique, loin de se lancer dans un combat frontal contre les suppressions de postes, veut promouvoir une réforme qui les facilite ! C’est le « Il nous faut des solutions ». Et le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique (SGEC) négocie directement avec le ministère. Si l’on en croit le Café pédagogique sur quatre axes. L’un d’eux, sur une dotation horaire globale « globalisée », paraît assez tautologique. Un autre sur l’enseignement à distance d’options rares ne fera pas économiser beaucoup de postes. En revanche la baisse des horaires des élèves et la refonte des définitions de services des enseignants sont plus porteurs d'économies. Mais il n’appartient quand même pas au SGEC de mener des négociations sur des thèmes qui sont au cœur même du débat sur le Service public de l’éducation nationale.


Ces « négociations » risquent même, par les sursauts légitimes qu’elles pourraient provoquer, de bloquer des avancées qui se font jour. Si des réformes ne sont faites que pour faciliter la saignée de l’éducation nationale, elle provoqueront le rejet. La suppression de fait de la formation des enseignants en est un exemple flagrant et catastrophique.

 

 

EC Ecole-Notre-Dame-Les-Essarts* Il s’agit d’une opération pilotée par les Directeurs diocésains des Pays de la Loire qui ordonnent « l’affichage d’une banderole sur le fronton de chaque établissement à partir du lundi 10 octobre ». Et non d’un mouvement revendicatif venu de la base.


** Une des revendications du SGEC est la sortie du cadre national des programmes "Ce qui compte ce n'est pas le respect des programmes mais la progression des élèves et la réussite aux examens" (E. de Labarre) 

 

PS Béatrice Barraud, présidente nationale de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL), qui s'était prononcée contre les grèves du 27 septembre 2011 dans l'enseignement privé catholique et qui souhaite ouvrir des négociations avec Luc Chatel pour pallier les suppressions de postes par une réduction du nombre d'heures de cours, vient d'être élevée au grade de chevalier de la légion d'honneur au titre du ministère de l'éducation nationale.

Journal officiel de la République Française, 1er janvier 2012

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 16:10

afev 2bisAvec des enseignants à poil (et de mauvais poil) sur un calendrier ou dans le quotidien trivial, l’école est en mauvaise santé. Entre une maternelle que la droite veut supprimer depuis toujours et une Université de plus en plus coupée de la réalité, l’élémentaire et le secondaire sont saignés par le trio Sarkozy-Fillon-Chatel, qui veulent faire croire que le nombre d’enseignants n’a rien à voir avec un enseignement de qualité. On en rirait si ce n’était grave.

Plus surprenant est le silence général des fonctionnaires de l’Éducation nationale, souvent titulaires donc théoriquement courageux, sur une question peu abordée publiquement: la ségrégation sociale et les troubles familiaux que génèrent les devoirs à la maison ou de vacances, dans un enseignement qui mène une existence autonome.

 

Cette question comporte des préalables. Si l’on estime que la vie scolaire ne doit pas servir de propédeutique aux rythmes de la vie suivante, on arrête là.  Ceux qui pensent que l’égalité des chances est une foutaise peuvent aussi partir.


Aujourd’hui, environ 26 millions de Français sont salariés. Sauf les enseignants et les cadres vus par Laurence Parisot ou France Telecom, ils rapportent rarement du travail à la maison. Élèves et étudiants y sont contraints. Le font-ils ? C’est selon. Cette pratique les prépare-t-elle à une activité professionnelle ? À part ceux qui restent à l’école toute leur existence, la réponse est non. Pire encore est l’apprentissage d’un rythme de travail adulte de 35 heures (environ) sur cinq jours avec six semaines de congés annuels, quand on a été soumis, pendant 15 ans ou plus, à une (dé)formation où le travail, les vacances, le découpage hebdomadaire n’ont rien à voir avec la suite. On citera pour mémoire les sauts sans parachute du passage en 6e et de l’arrivée dans des facs surpeuplées sans orientation cohérente ou simplement compétente.

 

CHANGEMENT SOUS CONDITIONS

 

Ne jamais avoir fini, vivre quotidiennement dans l’attente du contrôle des connaissances ne reposant que sur son propre effort, est épuisant. C’est aussi injuste. De fins observateurs diront qu’entre le bureau personnalisé Mac ou PC de Pierre-Adhémar Poinceau-Dupuits, qui jouxte la chambre du jeune CM2 dans le pavillon du Vésinet, et la table de cuisine légèrement graisseuse où Nassera Ben Messaoud s’exerce au subjonctif à proximité de son lit superposé, il existe une différence. Ils noteront peut-être que la capacité des parents de Nassera à aider leur fille dans ses travaux n’est pas la même que celle des géniteurs de Pierre-Adhémar. Les statistiques d’accès aux études supérieures par csp le confirmeront sans pitié. Il ne faut donc pas être grand clerc pour dire que les devoirs à la maison sont fondés sur une double inégalité sociale: les conditions de travail et le niveau culturel familial.


afev082Pourrait-on se contenter des heures de classe pour acquérir les connaissances nécessaires à l’épanouissement intellectuel et à des activités professionnelles intéressantes ? Oui, à condition de changer la donne dans plusieurs domaines.


D’abord, le temps imparti au long de l’année. Les variations perpétuelles des experts en rythmes scolaires devraient s’appuyer sur une évidence : ce n’est pas à l’école de dicter l’emploi du temps de tout un pays à tout moment. Moissons et foins n’ont plus besoin des enfants en été. Congés, week-ends, zones régionales doivent trouver un modus vivendi compatible avec toute la population, n’en déplaise à l’industrie du tourisme. La garde et la visite des enfants passées à la moulinette des diktats de l’école mettent à la torture des centaines de milliers de parents séparés, leurs descendants aussi. Regardons également si 35 heures de travail par semaine, tout compris, avec six semaines de congés (ou plus) par an, ne représentent pas des allègements d’horaires pour enfants et enseignants.


Ensuite, le ratio élèves/enseignants, entourage compris. 20 élèves par classe sont une limite acceptable, mais intangible, et dire que Luc Chatel est un âne ne constitue pas une découverte. Que fait-on en classe ? Aux « professionnels de la profession » de trouver l’équilibre entre exercices de l’esprit et du corps, détente, éveil, socialisation, découverte de l’environnement et des techniques, etc.

 

ENSEIGNANT, RÉVEILLE-TOI !

 

Faut-il une aide spécifique pour ceux qui comprennent moins vite que les autres, et que les devoirs à la maison ne font qu’enfoncer ? Certes. Les enseignants doivent-ils l’assurer ? Parlons-en avec eux ! Il va de soi que les enseignants en question doivent être bien formés (que sont IUFM devenus ?), bien payés, bien entourés socialement (rendez-nous les RASED et les emplois-jeunes de Jospin, qui n’avaient pas que des défauts !), et que les chefs d’établissement gagneraient, comme leurs collègues, à en rabattre un peu devant la naïveté ou l’ignorance de certains parents d’élèves, dont le credo est « J’veux qu’mon enfant réussisse… » en suppliant l’instit ou le prof de l’abrutir de boulot.


Enfin, tordons le cou aux canards financiers. Dire que la Sécurité Sociale ou l’Éducation nationale sont en déficit, est idiot. Le coût d’un macchabée militaire en Afghanistan et d’un missile en Libye est nettement supérieur à celui d’un enseignant bien payé, calculette en main. Il est donc inutile d’accueillir à l’école de vieux répétiteurs bénévoles dont le seul mérite est d’avoir appris à lire avant la 2e guerre mondiale, et qui s’ennuient dans leur club de scrabble.


Au fait, qu’en pensent les parents d’élèves et les enseignants ? C’est curieux, je ne les entends pas. Les syndicats sont en grève d’idées ?

 

Gilbert Dubant

 

afev pas de quartier-

 

Illustrations empruntées à l'AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville)

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 10:08

01janvierCaldepouille.jpg

Le calendrier des « dieux du tableau noir », des profs posant dans une nudité très chaste pour symboliser le « dépouillement de l’école », a fait, comme on dit un bouzze. Mais les positions défendues par ce collectif sont fort convenues et se réfèrent à la mythique « école républicaine » des rétropenseurs.

 

Même si on est très loin du calendrier Pirelli et même des « Dieux du stade » (le ballon ovale ici est remplacé par des livres), l’idée de faire poser demi-nus ou nus des profs, pour dénoncer le dépouillement de l’école, est une magnifique opération de com’ !


Que les modèles soient anonymes – ils ne doivent pas l’être restés longtemps dans leurs bahuts – soit. Mais que les initiateurs du « collectif et du manifeste [soient] un groupe d’enseignants syndiqués (de différents syndicats) et non syndiqués, qui se battent pour une école publique de qualité », c’est-à-dire tout aussi anonymes, est plus insolite*.


Le « manifeste » comporte beaucoup de dénonciations qui font consensus et se place sous des égides icôniques. Qui ne dénoncerait une logique comptable et technocratique ?  le tarissement des concours de recrutement ? le recours massif aux vacataires non formés corvéables à merci ? la diminution des surveillants, infirmières et médecins scolaires, etc. ?


Mais, si l’on note l’absence de formation des vacataires, pour les titulaires on ne déplore qu’une « absence de formation pratique sérieuse ». Depuis Darcos, les enseignants sont sans doute une des seules professions n’ayant aucune formation professionnelle, qui ne se résume pas à quelques trucs pour « tenir » sa classe. Bel exemple de dépouillement à peine évoqué.


Et la conception même du métier d’enseignant semble se réduire à « faire cours », alors qu’ils sont « contraints de bricoler, de s’agiter, de faire semblant, de s’adapter à tout et surtout à n’importe quoi sous couvert d’innovation pédagogique. » On comprend aisément que les timides essais d’ouverture transdisciplinaires comme les TPE, pratiquement asphyxiés, non seulement ne soient pas mentionnés, mais qualifiés d’activités-gadgets.


La décentralisation est pour eux maléfique. : « l’État se décharge de son financement [de l'école] sur les collectivités locales » Bien que Ferry soit évoqué, les auteurs semblent ignorer que les bâtiments des écoles ont toujours été financés par les communes ; et, sans évoquer Pailleron, qui a connu les CES Fouchet, ne pourra regretter que la construction des collèges soit passée aux départements. On est bien là dans une optique prétendument « républicaine », qui n’est que la nostalgie d’un système scolaire ultra-centralisé.


Les poses même sont révélatrices d’une conception de l’enseignement où le prof profère son savoir du haut de sa chaire, devant un tableau où la seule touche de modernisme est le passage du noir au vert. Même pas de tableau blanc ; ne parlons pas de tableau électronique. Modernisme de mauvais aloi sans doute.


Révélateur encore est cette déploration : « Les élèves sont appauvris parce qu’on leur refuse d’apprendre le latin et le grec, les langues dites « rares » (c’est-à-dire toutes hormis l’anglais) ». Ce problème existe depuis des lustres, d’avant Chatel, d’avant Darcos, d’avant… et le latin en collège, quand il survit, ne profite qu’aux élèves déjà favorisés… Le reste est à l’avenant avec « de  nouveaux programmes [qui] proposent de l’anglais sans Shakespeare, de l’histoire sans passé, du français sans grammaire, des mathématiques sans démonstration… » là on est dans un discours finkielkrautien caractéristique (et toujours centré sur la discipline).


L’autonomie des établissements, la démarche de projet, le travail en équipe… tout cela est voué aux gémonies. PISA et l’OCDE, itou.


Et le couplet final, qui met le manifeste sous le patronage de Condorcet, Ferry (Jules) ou Langevin et Wallon, peut difficilement masquer la grande ambiguïté de ce manifeste. Le grand absent de ce texte, c’est le « Stop à l’échec scolaire » que des étudiants bénévoles de l’AFEV rappellent à nos profs à poil.

 

* Grâce à Philippe Watrelot j'ai découvert une curieuse ressemblance entre Mme X, Professeur de Lettres modernes (octobre 2011) et une certaine Fanny Capel, immortelle auteure de "Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école ?".

02_FCapel_calprof.jpg

 

Cela confirme qu'il ne s'agissait pas d'une lecture symptomale, mais que ce texte émane bien d'un "collectif" antipédago.

 

 

Le même article mis sur "Le Post" suscite des réactions étonnantes.

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 10:12

doisneau-ecole06

Après les marronniers de l’été – sexe et francs-maçons (séparément) – voici les marronniers de la rentrée et qui dit rentrée dit école. L’inépuisable coût de la rentrée, en hausse évidemment, a largement devancé l’appel puisque la télé nous a fait des sujets dès juillet. Mais dans le sérieux Télérama*, foin de ces sujets terre à terre, leur chroniqueuse aborde « la bataille du primaire » (Télérama 24/08/11). Chroniqueuse que l’on aurait plutôt vue concurrencer la dame Polony du côté du Figaro que sévir dans cet hebdo, aux racines chrétiennes certes, mais plutôt de gauche.

 

doisneau-ecole02

 

Fanny Capel a inventé un faux BO et mieux encore une fausse citation de la loi d’orientation dite loi Jospin «L'enfant  peut, par sa propre activité, ludique si possible, reconstruire seul les savoirs accumulés par l'humanité depuis des millénaires. » « Ce sont les termes mêmes de la loi d'orientation de 1989 de Lionel Jospin (BO numéro spécial du 4 août 1989). ». Référence fausse puisque le BO spécial n° 4 sur la loi d’orientation est sorti le 31 août. Quant à l’absurdité de cette fausse citation elle est révélatrice des méthodes de son auteure.

 

doisneau-ecole08

Il est fort probable qu’elle ait forgé un faux chiffre : « En 2002, selon elle, le ministère de l’éducation nationale reconnaissait 17 % d’illettrés en 6e ». Or, une enquête de l’INSEE de 2004, Information et vie quotidienne, aboutissait à un taux global d’illettrisme, pour les personnes de 18 à 65 ans ayant été scolarisées en France, de 9 % ; mais contrairement à ce que laissent entendre les discours catastrophistes sur l’école, le taux le moins élevé est dans la tranche d’âge 18-29 ans (7 %) et le plus élevé (22 %) chez les 60 à 65 ans qui ont pourtant connu le sacro-saint certif. 

Les Journées d’appel de préparation à la défense, qui touchent maintenant garçons et filles de 17 ans, font apparaître un taux de 5 % d’illettrés. Ce chiffre de 17 % est donc totalement incohérent par rapport aux travaux sérieux de l’INSEE (tests sur 10 000 personnes), les tests des JAPD qui depuis 2000 portent sur l’ensemble d’une classe d’âge.

Invention ou estimation au doigt mouillé d’un Luc Ferry, ministre de l’époque ?

 

doisneau-ecole04 Pour le reste, la très brighellienne auteure de « Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? » met de l’eau dans son vitriol. Elle présente, par exemple, une Patricia qui « organise sa classe comme une ruche intellectuelle » et une Muriel qui impose silence et immobilité. Elle fait dire à une membre du réseau SLECC qui prétendument se réclame de Ferdinand Buisson (Président de la Ligue de l’enseignement de 1902 à 1906) que la majorité des enseignants ne sont pas instructionnistes ou constructivistes mais rien-du-toutiste. Elle met en avant l’effet-maître sur la réussite des élèves, oubliant que les études (pas si récentes qu’elle le dit) mettent en relief les conditions de cette efficacité, notamment une confiance dans les capacités des élèves à progresser.

 

doisneau-ecole9 Mais, sous cette apparente et quasi œcuménique bénignité, perce fortement la militante de la bonne vieille rétropensée.

Ainsi invoque-t-elle « le modèle de l’école républicaine française bâtie par Jules Ferry, celle que Friedich Engels qualifiait à la fin du XIXe siècle de « meilleure du monde », [qui hélas] a vécu. » Sauf que les lois Ferry sont de 1881 et 1882 et que la lettre de Engels à Auguste Bebel date du 28 octobre 1885 (citation d’ailleurs déformée puisque Engels qualifie les écoles françaises de « meilleures du monde ») : les dates (1885 vs 1881-82) suffisent à montrer la manip de Mme Capel, et du fameux SLECC dont elle tire la citation, revue à sa façon. En 3 ou 4 ans, les lois Ferry n'ont pu donner leur effet.

Ses pseudos citations du rapport du Haut Conseil à l’éducation sont de la même encre pas du tout sympathique : si on lit le seul sommaire du rapport de 2007 sur l’école primaire, on constate  que 25 % des élèves entrant en 6e ont des acquis fragiles et que 15 % connaissent des difficultés sévères ou très sévères,  traduit par elle « chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves sortent de CM2 avec de graves lacunes ». Citation complètement bidon, comme celle de la loi Jospin ! Un rapport de Jean Ferrier, IGEN, est aussi convoqué avec quelques brèves citations (style une école « en perte d’identité »).

 

Surtout son « à lire » est instructif, à part un ouvrage sur la TV lobotomie ( !), Liliane Lurçat (ex grande prêtresse de l’école maternelle virée hyper-réac) et Marc Le Bris (fondateur du fameux Slecc avec la complicité de Robien puis de Darcos), c’est tout.

 

Fanny Capel à Télérama, c’est comme si Meirieu chroniquait au Figaro-magazine !

 

 

* Eh oui ! comme tout « bobo » bas-poitevin – espèce assez rare, mais appellation dont j’ai été gratifié par de pseudos républicains ou des décerneurs de brevet de « gôche » – je suis abonné au Nel Obs et à Télérama.

 

PS Photos de Robert Doisneau qui parleront aux plus de 60 ans

 

N.B. Un site intitulé "néo-profs" met en ligne l'intégralité de l'article de F. Capel, ainsi que l'article ci-dessus et les commentaires (sans m'en avertir, bien sûr, mais qu'importe...)

 

A voir, F. Capel à loilpé :

Profs à poil : bonne opération de com’… et pis c’est tout !

 

ANNEXE :

Brighelli nègre de Balkany et d’Estrosi

 

L'une des stars les plus productives de la "négritude littéraire" s'appelle Jean-Paul Brighelli. Ce professeur de lettres marseillais, normalien, agrégé, est plus connu du grand public pour avoir [écrit un] brûlot sur l'école, La Fabrique du crétin, aux éditions Jean-Claude Gawsewitch.

Les mémoires de Patrick Balkany, dans lesquels le maire de Levallois affirme avoir couché avec Brigitte Bardot ? C'est lui. A son actif, des ouvrages de stars politiques, de droite comme de gauche [ ?]. Il a un temps prêté officieusement sa plume au romancier Joseph Joffo et rédigé quelques confessions de people, comme le témoignage, paru en janvier 2005, de la fille de Michel Sardou, victime d'un viol collectif.

Après les confessions, la rédaction peut se révéler douloureuse. Il faut "faire corps avec son sujet, témoigne-t-il. Vous êtes sommés d'entrer dans la psychologie de celui pour lequel vous écrivez. Pendant quinze jours ou trois semaines, je deviens véritablement l'autre. Quand je me transforme en Patrick Balkany, par exemple, vous imaginez bien que ce n'est pas facile à vivre pour l'entourage..."

 

Les rapports entre un politique et son nègre peuvent tourner au conflit. Jean-Paul Brighelli raconte ainsi sa collaboration avec Jean-Louis Borloo pour son livre Un homme en colère chez Ramsay en 2002.

Lorsqu'il a envoyé le manuscrit à l'élu centriste, ce dernier l'aurait rappelé, furibard : "Vous n'avez pas bien compris. Le sujet, le vrai sujet, c'est moi !" Son premier jet "se voulait trop strictement politique", dit-il.

 

L'ancien ministre Christian Estrosi, lui, s'est rétracté. Il devait sortir en 2010 un ouvrage écrit par Jean-Paul Brighelli, dans lequel il taclait Brice Hortefeux à quelques mois du remaniement ministériel.

"Au même moment, Sarkozy a dit à ses ministres qu'avant d'écrire ils devaient se concentrer sur leur travail au gouvernement", raconte Jean-Claude Gawsewitch.

Mais Jean-Paul Brighelli n'a pas rédigé le livre de l'ancien ministre pour rien. Christian Estrosi l'a transmis à un journaliste ami, Philippe Reinhard, qui l'a légèrement reformaté : ainsi, en mars 2010, paraissait la biographie Christian Estrosi - La Trajectoire d'un motodidacte, signée du journaliste politique.

 

Au-delà de l'intérêt que certaines plumes de l'ombre trouvent à cette activité, la "négritude" permet de mieux gagner sa vie. Si Jean-Paul Brighelli demande 10 000 euros par ouvrage, les tarifs varient le plus souvent entre 5 000 et 8 000 euros, pour un travail de trois à six mois.

 

Source Les Inrocks

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