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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 18:10

Le « courrier des lecteurs » du Monde (2-3 juillet 2011), normalement très sélectif, a cependant accueilli la lettre d’un-e certain-e Claude Bourse d’une malhonnêteté intellectuelle égale à son indigence.

 

retropenseur.jpgLe bon ou le mauvais œil ?

Mettre l'élève au centre du système éducatif, invention des pédagogistes, est une négation de l'instruction. Ces novateurs le disent clairement et l'explicitent de la sorte : « On n 'a rien à apprendre magistralement à un élève, à lui de se former sous l'œil de son enseignant.» En 1989, la loi d'orientation de Lionel Jospin, ministre de l'éducation nationale, allait déjà dans ce sens en stipulant : «L'enfant peut, par sa propre activité, ludique si possible, reconstruire seul les savoirs accumulés par l'humanité depuis des millénaires. » {Bulletin officiel du 4 août 1989). Aujourd'hui, le résultat de pareilles aberrations est le suivant : Alain Bentolila, professeur en linguistique, dans une tribune « Le supérieur malade de l'école » (Le Monde du 27 juin 2007) écrivait : « Certains de mes étudiants en licence restent de médiocres lecteurs et de piètres scripteurs. » Ces étudiants à bac +3 ont sans doute été victimes de professeurs « ayant le mauvais œil ». En langage cher aux pédagogistes, on dirait : « L'œil était dans un lieu de vie et regardait l'apprenant. » Ce que Victor Hugo aurait sans doute intitulé : « L'inconscience ».

Claude Bourse, Montpellier

 

 

 

Sur le fond du sous-Brighelli, sur la forme un puéril jeu sur le mot œil à partir d’une citation bidon. Le septimaniaque reprend un procédé finkielkrautien, qui consiste à attribuer à d’anonymes auteurs, ici « les novateurs », des positions caricaturales. Sans user de guillemets, toutefois, comme ce ou cette septimaniaque.

 

Or cette phrase a bien été écrite, mais par un rétropenseur de son espèce qui, dans le blog de L. Cedelle, en avril 2009, attaquait le nouveau programme de maths en seconde. Un certain Michel Delord* qui prêtait à de néfastes constructivistes ce on n’a rien a apprendre magistralement à un élève, à lui de se former sous l’œil de son enseignant et il ajoutait sans vergogne (c’est fou comme ces élitistes ont le souci des élèves défavorisés à qui ils flanquent une moyenne morbide tout au long de l’année) tant pis si son environnement personnel ne lui permettra pas de progresser dans sa solitude : vivent les riches ! Le nommé Delord serait bien incapable de dire quel constructiviste a produit la phrase, pas plus que le-la nommée Bourse pourra nous dire quel novateur l’a dite ou écrite.

 

Non content de cela, ce Claude Bourse, nous assène une deuxième citation sur l’enfant qui peut en jouant reconstruire seul les savoirs accumulés par l’humanité, en se référant à un BOEN du 4 août 1989. Or elle est tirée de la prose insane de Mme Fanny Capel  qui ose assurer : « Ce sont les termes mêmes de la loi d'orientation de 1989 de Lionel Jospin (BO numéro spécial du 4 août 1989). ». Référence fausse puisque le BO spécial n° 4 sur la loi d’orientation est sorti le 31 août. Et la délirante dame a purement et simplement inventé cette citation absurde !

 

Seule authentique citation, celle de Bentollila qui reprend la vieille antienne du niveau qui ne cesse pas de baisser sans jamais atteindre l’étiage.

 

Ce courrier est donc une véritable imposture, mais qui témoigne de la mahonnêteté et de l’indigence intellectuelle de ces rétropenseurs**.

 

 

* Deux éminents journalistes m'assurent, l'un que M. Delord, "quoi qu’on puisse penser de ses positions et de son goût pour les postures radicales, ne peut être qualifié d’élitiste" ; l'autre qu'il "a des opinions tranchées, mais  est un honnête homme, pour autant que j'en puisse juger"....

 

 

** Ce mot-valise a été fabriqué par R. Mallerin, membre fondateur d'Education & Devenir

 

 

N.B. Un des deux journalistes cités à propos de M. Delord, Pascal BOUCHARD (ToutEduc) ajoute :

"ton papier, Jean-François, pose deux problèmes de fond, sur lesquels j'ai pas mal travaillé, mais que je n'ai pas résolus
- comment un mensonge devient une vérité à force d'être répété? 
(je pense aux "150 000 jeunes qui sortent sans qualification du système éducatif, alors qu'ils ne sont "que" 50 000, ce qui est beaucoup trop, mais qui ne suffit pas à disqualifier notre système scolaire)
- pourquoi les pédagos se contentent-ils de parler aux pédagos? Je sais que la prose qu'on leur oppose est indigente, mais il faut essayer de comprendre pourquoi des arguments nuls ont un tel impact.".
 
Sans avoir la réponse, il me semble que l'épisode GUEANT, sur, justement, les sorties du système scolaire sans qualification avec 2/3 d'enfants immigrés a été repris dans de nombreux médias ; un seul journal a dénoncé le mensonge délibéré et quand l'INSSE s'est enfin décidée à démentir Guéant, l'impact de ce démenti a été quasi-nul.
Les propos des rétropenseurs sont au diapason des préjugés populaires (ils sont d'ailleurs, parfois, au niveau de propos de bistrot), ils n'offrent prise à aucune argumentation puisqu'ils n'utilisent que l'argument d'autorité, l'anathème et l'insulte. Et certains de leurs porte-paroles ont une audience médiatique dont aucun "pédago" ne bénéficie.
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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 18:09

« Toutes les fois que l’intérêt de l’ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou le doute sur leur exacte interprétation c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur. »

Aristide Briand, à propos de la Loi de 1905

LyceeABlanqui

Vous avez aimé la proscription de la burqa dans nos villes et celles du foulard dans nos lycées, vous allez adorer celle de la robe longue unie, qui "ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste. "

 

Voulant sans doute faire concurrence à Ernest Chénière*, le pionnier, qui avait initié la chasse au foulard dans un collège de Creil (1989), comme « extériorisation excessive d’appartenance religieuse ou culturelle » - lui qui exhibait dans son bureau de Principal un sabre de samouraï – la proviseure et son adjointe du Lycée Auguste Blanqui (St-Ouen) se sont lancées dans la chasse aux robes longues unies.

 

On hésite toujours à se faire l’écho de telles imbécilités. Les souchiais et autres « sauciflards-pinards », et maintenant les Copé et les UMPistes, dans leur débat sur une pauvre laïcité qui ne demandait pas cet excès d’indignité, vont y trouver un nouvel os à ronger. On se demande aussi si les collègues, face peut-être à une juvénile provocation, ne se sont pas laissé embringuer dans une histoire à dormir debout dont elles ne savent comment s’en sortir ?

 

djilbab2Or donc,depuis quelques jours, plusieurs lycéennes sont convoquées, l’une après l’autre, par la proviseure adjointe et la CPE, parce qu’elles portent…une robe longue unie ! Leur tenue « ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste » et il leur est demandé de porter des jeans et des T-shirts (républicains ?) « comme tout le monde », sous peine d’être renvoyées de l’établissement, conformément au règlement intérieur et ce, afin de respecter le principe de laïcité. Ces jeunes filles, précisons-le, portent le foulard dit « islamique », en dehors du lycée.

 

En effet, le règlement intérieur** (RI) stipule, dans deux alinéas intitulés « laïcité » : « Conformément aux dispositions de l’article L141-5-51 du code de l’éducation, le port de signes ou de tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

Lorsqu’un élève méconnaît l’interdiction posée à l’alinéa précédent, le chef d’établissement organise un dialogue avec cet élève et sa famille avant l’engagement de toute procédure disciplinaire. Pendant le dialogue, qui n’est pas une négociation, le chef d’établissement veille, en concertation avec l’équipe pédagogique, aux conditions dans lesquelles l’élève peut être scolarisé dans l’établissement. »

Ainsi, les lycéennes, en terminale, ont-elles été confinées dans le CDI où les enseignants leur donnent des polycopiés, avec les exercices et devoirs à faire.

 

Cet épisode, qui n’est pas clos, permet cependant de dégager deux constats :

1°) la tentation irrépressible chez certains fonctionnaires de s’arroger un pouvoir discrétionnaire, au-delà des lois et règlements, à la tête du client (ainsi continue-t-on de voir des français qui sont nés à l’étranger victimes du zèle de bureaucrates, au mépris de la loi, pour le renouvellement de leurs papiers d’identité)

2°) l’enchaînement sans fin des interdictions, après le foulard, la robe ! et demain la jupe, le pull, le chemisier, les chaussures, les boucles d’oreille, le maquillage… ? (Faut-il rappeler, qu’il y a peu, le pantalon restait interdit aux lycéennes ?).

 

Il serait plus que temps de revenir à l’esprit de la Loi de 1905 tel qu’Aristide Briand l’a énoncé !

 

 

* Ce pionnier est ensuite devenu député RPR, avant de réintégrer l’éducation nationale comme proviseur dans l’Académie de Nantes : sa direction du lycée dont il avait la charge fut si calamiteuse qu’il fut mis dans un placard du Rectorat en cours d’année ; il se peut cependant qu’il ait continué de sévir sur un autre poste ultérieurement

 

** Il stipule aussi : « Le port de couvre-chef est interdit dans l’enceinte du lycée et pendant toute activité éducative et pédagogique (sortie, voyage, …). » Faut-il rappeler aux géniaux auteurs qu’en cas de pluie ou de soleil brûlant, le port d’un couvre-chef, lors d’une sortie, est difficilement réprimable ?

 

Source : Touteduc signalé par Pascal Bouchard, son rédacteur en chef et contributeur du blog

 

 

Miracle : l’AFP s’étant fait l’écho de l’affaire de la robe noire unie dans un lycée de Saint-Ouen est reprise par la presse (Libé, notamment) et un grand site d’information du monde éducatif (Le café pédagogique).  

 

« Dérapage identitaire dans un lycée du 93

 

Quatre élèves du lycée Blanqui de Saint-Ouen (93) ont été menacés de renvoi au motif que leur robe était un signe religieux. 

 

Selon l'AFP, quatre jeunes filles, élèves du lycée Blanqui de Saint-Ouen ont été convoquées le 16 mars par le proviseur-adjoint et le CPE de l'établissement. à propos de leur robe noire et ample. Selon les jeunes filles elles auraient été clairement menacées de renvoi. On aurait invoqué la loi sur le voile, respectée par les 4 jeunes filles, et on leur aurait dit qu'elle ne concernait pas que le voile et que la robe était un signe religieux ostentatoire. Selon le Snes, c'est plus ambigu. on leur aurait demandé de réfléchir à leur maintien dans l'établissement...

 

L'embarras de l'institution. Au rectorat de Créteil comme au ministère on ne commente pas l'événement. Mais il arrive dans le climat créé par la lettre de L Chatel aux parents d'une école du même département qui tend à refuser les mères portant le voile dans les écoles et par le "débat sur l'islam" lancé par le président de la République et qui pousse chaque jour à la discrimination.»

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/03/23032011Accueil.aspx

 

P.S. Le SNES fait preuve d’un remarquable jésuitisme : les jeunes filles n’ont pas été « menacées de renvoi », mais « on leur aurait demandé de réfléchir à leur maintien dans l’établissement ».

 

 

Le Monde, largement après la bataille, se fait à son tour l'écho de cette affaire et nous apprend que ces robes longues sont des "abayas"... J'ai donc envoyé un Courrier au prestigieux quotidien du soir :

 

 

Quand les robes longues deviennent des « abayas »

« Remous dans un lycée sur la tenue de certaines élèves », titre un article du Monde daté du 26 mars 2011. Sans doute, parce qu’il arrive quand même un peu tard (ToutEduc avait mentionné l’affaire dès le 18 mars, l’AFP le 22 mars), il donne dans le style beaucoup de bruit pour rien et nous apprend que les robes de lycéennes d’un lycée de Saint-Ouen sont des « abayas ».

 

« Sites communautaires » : ToutEduc ? le Post (filiale du Monde)* ?

 

La version donnée, avant la dépêche AFP est que des lycéennes ont été convoquées par la proviseure adjointe et la CPE, parce qu’elles portent…une robe longue unie ! Leur tenue « ne peut être considérée que comme un vêtement ostentatoire, un signe religieux manifeste » et il leur est demandé de porter des jeans et des T-shirts « comme tout le monde », sous peine d’être renvoyées de l’établissement, conformément au règlement intérieur et ce, afin de respecter le principe de laïcité. Elles auraient été confinées au CDI où leurs enseignants leur transmettaient exercices et devoirs. Ce que contaient ces élèves était rigoureusement conforme au règlement intérieur du lycée : « Lorsqu’un élève méconnaît l’interdiction [de manifester ostensiblement une appartenance religieuse], le chef d’établissement organise un dialogue avec cet élève et sa famille avant l’engagement de toute procédure disciplinaire. Pendant le dialogue, qui n’est pas une négociation, le chef d’établissement veille, en concertation avec l’équipe pédagogique, aux conditions dans lesquelles l’élève peut être scolarisé dans l’établissement. »

 

Le démenti, apporté bizarrement par un membre du SNES – il est rare de voir ce syndicat en avocat des personnels de direction – est pour le moins ambigu : il n'y a pas eu de menaces d'exclusion, mais un rappel du principe de laïcité aux jeunes filles. « Il leur a été dit qu'elles devaient entamer une réflexion pour se positionner par rapport à cette règle et savoir si elles voulaient rester dans l’établissement l'année prochaine, mais cela a pu être perçu comme une menace d'exclusion. »

 

Pas de menace d’exclusion donc. Mais

1°) pourquoi convoquer des élèves pour un « rappel du principe (?) de laïcité » ?

2°) que veut dire cette demande « d’entamer une réflexion pour se positionner » - admirons au passage ce bel exercice de xillographie – et « savoir si elles voulaient rester dans l’établissement » ?

 

Car de deux chose l’une soit cette robe longue – baptisée « abaya » pour quelle raison ?- est une manifestation ostensible ou ostentatoire d’une appartenance religieuse et dans ce cas la convocation s’explique, mais ne s’explique pas l’avortement de la procédure d’exclusion reportée implicitement à la fin de l’année scolaire ; soit cette robe longue n’est qu’un habillement comme un autre et on peut supposer que proviseure-adjointe et CPE ont autre chose à faire que de convoquer des élèves individuellement et au hasard pour leur rappeler les dispositions de l’article L141-5-51 du code de l’éducation.

 

Ni pour savoir si elles veulent rester dans l’établissement l’année suivante.
Car là, si on travestissait les règles de l’orientation (ou plutôt de la réorientation qui, sauf exception, ne se posent qu’après la seconde) en opération disciplinaire qui ne dirait pas son nom, on basculerait dans l’arbitraire.

 

La conclusion laisse planer l’ambiguïté sur ce « non évènement », puisque le Rectorat, tout en affirmant que les jeunes filles sont normalement scolarisées, soutient qu’« une phase de dialogue est en cours ». Sur quoi porte donc ce dialogue ? Ne serait-on plutôt dans une phase d’hésitation ou de temporisation ? Après le voile, la robe ? Mais est-ce opportun et surtout porteur pour la reconquête de voix reparties dans leur étable d’origine ?

 

J. F. Launay

 

* à noter que cet article du 19/03, dont on peut lire la version originale sur mon deblog notes, (c'est-à-dire ci-dessus) n’a été « officialisé » par la rédaction du Post que le 23 et quelque peu « transformé », assorti d’une note et avec une source (Le Parisien) totalement fantaisiste, alors que le lien vers ToutEduc, la source de départ, était supprimée ; de plus, la rédaction du Post faisait un article sur le même thème sans même mention de son prédécesseur…

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 17:42

logos

 

O-F 22-02-11 PdDbis

 

Près de 260 personnes rassemblées, sous une pluie incessante, devant les grilles fermées du Rectorat de Nantes, voilà, qui, a priori, n’est guère impressionnant. Sauf que cela représente la moitié des personnels appelés à se rassembler. Si on considère que, dans les collèges notamment, il est difficile au chef et à l’adjoint de partir en même temps (la Zone A étant la dernière à bénéficier des congés d’hiver, les élèves sont assez excités), la mobilisation est exceptionnelle. Et traduit d’abord un ras-le-bol.


Ras-le-bol des effets d’annonce. Ainsi, Luc Chatel, alors que des négociations sont en cours, après la prime à la casse pour les Recteurs, parle d’une prime au mérite pour les personnels de direction. Ce que le SNES traduit par prime à la servilité. Or aucun des trois syndicats représentatifs n’a signé quelque accord que ce soit. Et les personnels de direction ne méritent pas l’opprobre infligé à cause de cette annonce unilatérale. Mais ce sont surtout ces fausses expérimentations, lancées à l’improviste, comme la concentration des cours le matin pour réserver l’après-midi aux sports et activités culturelles, qu’on se propose de généraliser sans avoir pu en tirer quelque conclusion que ce soit, qui épuisent l’énergie des équipes de direction.


manif21-02-11 31Energies d’autant plus épuisées que les moyens se réduisent de dotation globale en dotation globale. Dans les collèges, la norme n’est plus de 25, mais de 28 élèves par division. Dans les lycées la norme de base est de 35, y compris dans les sections technologiques pour des enseignements généraux uniformisés.


Et si vous voulez détruire l’image du service public pas besoin de grands discours libéraux à la Madelin. Des suppressions de postes proportionnellement moitié moindres dans le privé. Des remplacements non assurés ou assurés tardivement. Sans parler de personnels débutants sans formation et du recours à nouveau grandissant à des contractuels.  

 

Et en première ligne, sur le terrain, les équipes de direction qui doivent d’abord supporter loyalement la colère des personnels et parents devant la diminution constante des moyens. Puis jongler avec des contraintes de plus en plus lourdes pour que ça tienne dans l’enveloppe. Sans marge de manœuvre. Ce qui n’empêchera pas ministre, voire président, de proférer des discours totalement irréalistes sur le suivi des élèves, une orientation personnalisée, etc.


Les personnels de direction de l’Académie de Nantes ont donc voulu dire STOP à la dégradation du service public de l’éducation nationale. Et quelques honoraires ont tenu à leur apporter leur soutien.

 

 

Voir aussi des images de ce rassemblement

 

 

Pour compléter :

http://www.sgencfdtpaysdeloire.org/2010_2011/file/2010_2011/EDEN/lettre_recteur_21022011.pdf

http://www.sgencfdtpaysdeloire.org/2010_2011/file/2010_2011/EDEN/declaration_college_eden.pdf

 

PS J'eusse aimé y ajouter l'intervention du SNPDEN-UNSA, mais ni le site (quasi vide) ni le blog ne donnent quoi que ce soit (mais peut-être ai-je mal cherché)...

 


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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 21:18

anecarotte

Des « étrennes » pour les recteurs d’Académie et pour les proviseurs et principaux : une prime au mérite.


Si l’on en croit Le Monde du 20/10/10, les recteurs d’Académies, au lieu de recevoir une prime annuelle fixe de 19 000 euros, recevraient un fixe de seulement 15 200 euros et une part variable de 0 à 6840 euros. Pour autant que ces chiffres soient avérés, il n’est pas sûr qu’une partie d’entre eux ne se fassent entuber. Il est "totalement normal et naturel (sic) que les recteurs, qui sont responsables de la politique de l'éducation dans les académies, soient associés aux objectifs assignés par le gouvernement". Et quel est l’objectif premier du gouvernement ? supprimer encore et encore des postes ! 

Contrairement au Préfet (auquel le compare abusivement le Ministère), le Recteur ne fait pas partie d’un « corps » (la préfectorale) mais exerce une fonction. Cette fonction, malgré des dérogations élargies à 20 %, est attribuée très majoritairement à des Professeurs d’Université. Que ces éminents universitaires acceptent cette carotte est inquiétant. On imagine mal leurs non moins éminents devanciers, comme Louis Legrand, Claude Pair, Alain Bouvier, Christian Forestier, Bernard Toulemonde… accepter une prime à la casse.


Prime aux principaux et proviseurs : un coup vicieux

anecarotte4

L’annonce d’une prime de 6 000 euros pour les personnels de direction –mais tous les trois ans, faut pas rêver – si elle relève de la même logique, est avant tout une assez minable petite manœuvre du Ministre. Alors que des discussions sont en cours – une réunion avec les principaux syndicats venait d’avoir lieu – Luc Chatel, avec son air de 1er communiant, balance cette annonce unilatérale. Les services de communication du ministère font bien les choses. Reprise non seulement dans la presse écrite, mais aussi à la télé (sur FR2, la non spécialiste qui commente en voix off va jusqu’à parler d’une hausse possible de 10 % des appointements). La réaction du SNES (syndicat majoritaire des profs dans le secondaire) ne se fait pas attendre : c’est une prime à la servilité ! Plane donc le soupçon de complicité de suppression de postes.


Or, les proviseurs et principaux de collège surtout (pour cause de réforme du lycée en cours et de craintes de mouvements lycéens, le second cycle est épargné), sont les premiers à constater les dégâts, puis en première ligne pour les annoncer. Ils reçoivent une DHG (dotation horaire globale) et à eux de se démerder.


aneetcarotteChatel feint de ne pas aborder ce sujet brûlant. Il s’agit de «valoriser l’engagement des acteurs et les intéresser aux résultats». Tous les trois ans donc, à partir d’une « lettre de mission » sorte de contrat d’objectifs, on examinera les éléments de performance. Pour les critères : « Je pense à la politique du projet pédagogique d’un établissement, je pense aux performances, aux résultats scolaires par rapport aux prévisions qui ont été faites. Je pense à la capacité d’intégrer des élèves en difficultés » a indiqué Chatel, sur France-Info. Tout cela fleure bon, chez l’ex-DRH dans le groupe L’Oréal, le vocabulaire managérial des entreprises privées.


Il ne lui viendrait pas à l’idée que, quand les marges de manœuvres se réduisent comme peau de chagrin, quand, à force de dégraisser le mammouth, on va bientôt gratter l’os, faire vivre un projet d’établissement relève de la mission impossible. Pour rester dans un domaine que M. Chatel doit connaître, une entreprise privée qui vit sous la menace constante de licenciements, risque d’avoir beaucoup de peine à amener ses salariés à se projeter avec dynamisme dans l’avenir. C’est la situation globale des collèges.


L’idée que l’on puisse valoriser ceux qui s’impliquent à fond dans leur boulot ne provoque des crises d’urticaire que chez les révoltés professionnels de salle de profs qui s’accommodent fort bien, au demeurant, d’une conception semi-libérale du métier de professeur (semi, pour les garanties de la fonction publique, libérale, pour le droit de faire ce que bon leur semble dans la classe).


anecarotte2L’idée, après un diagnostic partagé, d’une lettre de mission sur 3, 4 ou 5 ans, avec un point annuel et un bilan, là encore, partagé, n’est pas le symptôme d’un néo-libéralisme forcené. Encore faut-il que les règles du jeu ne soient pas changées : sans revenir sur le mammouth dégraissé, la mise en œuvre de la réforme du lycée change la donne pour leurs équipes de direction (ne parlons pas de ces expérimentations, style mi-temps sportif ou CLAIR, lancés à l’improviste et que, sans aucun bilan, on veut étendre). Et la carotte triennale n’est pas la réponse pertinente à la volonté de valoriser le dynamisme efficace d’équipes de direction.


En l’état des discussions, les syndicats n’ont rien signé. Ce que dit clairement l’un d’entre eux : « À ce jour, notre organisation n’a absolument pas signé de protocole de discussion avec le Ministre, pour la simple raison que les négociations menées depuis deux ans avec la direction de l’encadrement sur le régime indemnitaire et sur bien d’autres sujets tels l’évaluation, la formation, et le statut n’ont pas encore abouti. […] Le groupe de travail qui s’est réuni lundi 24 janvier a reçu des propositions qui concernent l’ensemble du régime indemnitaire des personnels de direction et pas seulement la partie « Résultat ». La Prime de Fonction et de Résultat a été actée pour la fonction publique en 2009, et à l’époque la CFDT s’était prononcée contre. […] L’objectif clairement affiché, dans le cadre de ces discussions, est d’obtenir une refonte et une simplification des grilles indemnitaires pour les personnels de direction, et un engagement clair du ministère sur l’échéance finale de cette refonte. En l'état, les propositions faites n’obtiendraient pas notre accord. »  Et les deux autres n’ont rien signé, non plus.

 

Une manœuvre de confusion du gentil M. Chatel, donc !

 

 

Pour compléter : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/01/28012011Accueil.aspx#edito

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 09:37

eval6 FM

Darcos, qui fera encore pire avec la semaine de quatre jours, en instaurant les évaluations CM2 en cours d’année, a mis fin aux « évaluations 6e » (et CE2)* instaurées en 1989. Non sans se heurter, à l’époque, au scepticisme et aux réticences des enseignants. J’ai encore en mémoire un échange avec une prof de maths, à qui je tentais d’expliquer que ce test lui permettrait de bien diagnostiquer les difficultés éventuelles de ses 6e, me répondre « Mais M. le principal je n’ai pas besoin de cela, dès la première semaine, je fais mon diagnostic ».


Ces évaluations en Français et Mathématiques, passés dès le début de l’année, portaient bien sûr, sur les acquits du CM2. Passées au collège, donc pour des élèves provenant et du collège lui-même (les redoublants) et de différentes écoles, elles attiraient moins le soupçon actuel d’un classement des écoles en fonction des performances.


Au niveau national, sur près de 20 ans, elles ont permis de mesurer des évolutions.  Elles introduisaient même quelques éléments de cultures statistiques.


Sur le terrain, dans ce qu’on appelle  le « bassin S.. -V…. », l’ensemble des évaluations des différents collèges étaient regroupés. Le danger était que cet échange des données induise  un classement. Mais les personnels de direction ont tous pris conscience que se situer dans un ensemble plus vaste, en attendant les données départementales, académiques et nationales,  permettait une meilleure analyse des résultats globaux de leur collège et des spécificités de leur zone de recrutement.


Ces évaluations nourrissaient aussi les liaisons CM2-6e, leur faisant perdre un côté un peu formel avec la double présidence de l’IEN et du principal. Les instits, un peu crispés pour certains, perdaient vite leur réserve quand ils comprenaient que leurs collègues du collège ne jugeaient pas le résultat de « leurs » ex-élèves, mais échangeaient avec eux sur l’analyse globale des évaluations.  Le climat de confiance s’est affermi d’année en année. Je me souviens encore, qu’alors que des instits de CM2 déploraient des résultats « médiocres », comme on dit, sur telle ou telle notion, les profs de math de 6e de leur dire que c’était normal et que ladite notion était reprise en 6e. En revanche, le consensus se faisait souvent pour insister sur une autre notion jugée plus essentielle.


Autre intérêt de cette évaluation : elle permettait d’évaluer un des exercices les plus délicats, la constitution des classes de 6e. Dans un petit collège qui, bon an mal an, comptait une bonne  centaine de 6e, il fallait bien sûr tenir compte du genre (filles/garçons), de l’âge, éviter des classes ville vs campagne, mais éviter aussi que des élèves venant de petites écoles soient totalement isolés. Et aussi essayer de mettre en place des classes également hétérogènes quant au « niveau » des élèves.  Exercice délicat, car chaque école avait sa méthode d’évaluation (lettre, couleur, appréciations…) qu’il fallait décoder (exercice peut-être  vain : une répartition aléatoire ne tenant compte que d’éléments objectifs –sexe, âge, provenance – aurait peut-être était aussi sûre). L’évaluation 6e permettait, d’année en année, de vérifier si l’objectif d’hétérogénéité comparable était atteint.


SGrandserreSans entrer dans le débat sur les actuelles évaluations – que Sylvain Grandserre** est éminemment mieux à même de mener – on constate les pertes causées par l’abandon arbitraire des évaluations 6e.


1°) une observation sur de nombreuses années de l’évolution des résultats, non seulement globaux, mais pouvant porter sur des éléments précis, et cela nationalement, par académie, par département (et plus artisanalement, par bassin de formation).

2°) passées au collège mais portant sur les acquits de CM2, elles étaient un élément incontournable des liaisons CM2-6e

3°) elles étaient un outil précieux pour les profs concernés bien sûr – et avant tout -  mais aussi pour les équipes de direction.


Il m’est arrivé de qualifier de Robien de ministre de l’EN le plus calamiteux depuis Allègre, avec, notamment, son imbécile prise de position sur la lecture. Mais Darcos, pourtant du sérail, fut encore plus calamiteux !


 

* Les évaluations diagnostiques sont, depuis 1989, des outils professionnels qui aident les enseignants à déterminer les acquis et les faiblesses  des élèves.

Les résultats nationaux ne sont que des repères. Ils ne sont en aucun cas des normes et n'ont de sens qu'accompagnés de leurs commentaires pédagogiques. L'information apportée par l'évaluation nationale de ce2 et de 6e en français et en mathématiques ne constitue pas un bilan de cycle 2 ou de cycle 3 mais un diagnostic, au début d'un nouveau cycle scolaire, des réussites, des erreurs et des difficultés éventuelles de chaque élève par rapport à son avancée dans les apprentissages.

 

** « Qui a besoin de ces évaluations nationales de CM2 ? » Le Café pédagogique 17/XII/10. (S. Grandserre est notamment l’auteur de École : droit de réponses Hachette 2007) 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 10:25

Copereac

 

Le bruit court, dans les milieux bien informés, qu’après ses déclarations au Parisien, Jean-François Copé, serait pressenti pour devenir ministre de l’éducation et de la régression nationales* ; il aurait soumis son accord à l’obtention du titre de ministre d’état.

 

En effet, le chef du groupe parlementaire UMP, annonçant que son « club Génération France » organisait un débat sur l’éducation, déclarait : « Je veux défendre une idée forte : l’entrée au collège ne doit se faire que pour l’enfant qui maîtrise totalement les savoirs fondamentaux. Mon idée est de créer un examen de fin de CM 2, d’évaluation des enfants. Ce serait un examen de passage en 6e. On réorganiserait complètement le programme du primaire dans cette perspective. Si on n’a pas acquis ces connaissances (NDLR : lire, écrire, compter…), mieux vaut redoubler, pour protéger l’enfant, que le faire passer au collège et lui faire courir un vrai risque de décrochage. » Le Parisien 24/10/10

 

La NDRL donne le ton des réactions des journalistes qui parlent de certificat d’études alors qu’il n’avait rien à voir avec l’examen d’entrée en 6e, supprimé en deux temps : en 1956 pour les élèves de CM2 ayant la moyenne ; en 1963, pour tout le monde (par Christ-hihan –comme disait Le Canard – Fouchet, sous De Gaulle !).

 

Exemple flagrant d’obscurantisme !

 

Toutes les études scientifiques démontrent l’inefficacité globale du redoublement. Ainsi PISA (dont les rétropenseurs nous rebattent les oreilles pour démontrer l’état catastrophique de l’école française, mais oublient d’aller y voir de plus près) montre que les pays où le redoublement est proscrit réussissent mieux ou aussi bien que ceux qui le maintiennent.

En effet, si le redoublement était utile, s’il valait mieux que les élèves faibles redoublent parce qu’ils ne «pourraient pas suivre», les pays sans redoublement, devraient avoir un niveau moyen plus faible. Par ailleurs, selon l’argument de l’épée de Damoclès, privés de l’aiguillon du risque de redoubler, les élèves devraient se mobiliser moins sur le travail scolaire dans ces pays. C’est l’inverse qu’on observe. Les compétences en lecture et en maths sont plus fortes au Japon, dans les pays scandinaves et au Royaume Uni qu’en France et que dans les pays latins en général. Certes ce n’est pas absolu, l’Autriche, ou le Québec, où on redouble, obtiennent des scores honorables en lecture et en maths, la Norvège, pays sans redoublement, obtient un score inférieur à celui de la France en maths. (d’après D. Meuret)

 

Et le redoublement accroît les écarts entre les élèves les plus forts et les plus faibles. Les pays qui ne pratiquent pas du tout le redoublement, et eux seuls, présentent des inégalités sociales de compétences moins marquées que les autres. C’est le principe même du redoublement qui accroit les inégalités sociales devant l’école. (d’après D. Meuret).

 

« De façon générale, la pratique du redoublement en France constitue un des facteurs explicatifs de ce résultat moyen [aux] enquêtes PISA […]. Lors de l’enquête PISA 2003, près de 40 % des élèves français âgés de 15 ans avaient ainsi déjà redoublé une fois ou plus au cours de leur scolarité : les élèves français qui n’avaient aucun retard dans leur scolarité obtenaient en fait d’excellents résultats, supérieurs aux performances moyennes des pays placés en tête (Finlande, Corée du Sud, Pays-Bas, Japon) ; à l’inverse, les élèves ayant un an de retard se situaient juste devant les résultats moyens de la Grèce, et les élèves ayant deux ans de retard étaient au niveau moyen du Mexique, pays qui obtenait les moins bons résultats. » écrivait la Cour des Comptes, qui n’est pas considérée comme un repaire de gaucho-anarchistes.(L’éducation nationale face à l’objectif de la réussite de tous les élèves Mai 2010)**.

 

Difficile, avec ce personnage cynique, de faire la part du calcul et de la conviction. L’idéologie méritocratique - pour qui l’égalité des chances consiste à mettre sur la ligne de départ celui qui a ses deux jambes et l’unijambiste et que le meilleur gagne !- est très prégnante à droite. Déjà Fillon avait redonné la main aux profs pour le redoublement, ce qui dans certains établissements était redoutable (des taux de 20 % en seconde, avec 7 à 10 % de « réorientation », se sont vus, il y a peu et, dans les années 80, un collège, que j’ai dirigé un peu plus tard, affichait 30 % de redoublants en 6e).

Copé, dans sa logique rétrograde, va être amené – car il faudrait bien faire quelque chose des élèves qui iront d’échec en échec : on ne peut les laisser en CM2 jusqu’à 16 ans – à recréer des classes aménagées, des CPPN, des CPA (pas toutes disparues d’ailleurs).

 

Mais c’est surtout l’impact populiste qui est cherché, sur un terrain – l’éducation – où la gauche de gouvernement présente des propositions solides.

 

Frein à la démagogie le coût du redoublement (en primaire 5440 € par élève) qui a poussé d’ailleurs le ministère à tenter de les limiter (un collégien c’est près de 8000 €, un lycéen plus de 10000 €). D’autant qu’il y a une règle d’airain dans notre système : qui a redoublé, redoublera ; un redoublant de CP augmente ses risques de redoubler ultérieurement.

 

Copé, l’homme du grand bond… en arrière.

 

* Il serait même en train de constituer son cabinet : Brighelli serait son Guéant, Finkielkraut son Guano mais Alain Bentolila est aussi sur les rangs, on parle encore de Natacha Polony à la communication, un ex-directeur de l’école de Merdrignac est aussi sollicité comme conseiller pour le primaire…

 

Le "Professeur Alain BENTOLILA" m'envoie le message suivant, intitulé "erreur et mensonge" : "Vous devriez savoir, si vous m'aviez entendu (Demorant Europe1) ou pris la peine de me lire que me mélanger avec Brighelli est assez scandaleux. J'ai dénoncé la nostalgie de l'examen de 6° avec force et me bas pour qu'une chance soit donné aux plus fragiles de nos élèves.J'ai été profondément choqué par cet amalgame imbécile."

 

J'invite à relire l'article d'Ouest-France où après avoir rappelé  "que nos étudiants ont été enfants de maternelle, élèves du primaire et du secondaire"., il prévoit une "sélection" dans les universités "d'autant plus cruelle qu'elle aura été inconsidérément différée." (certes ça peut être entendu :  comme on a trop attendu pour la mettre en place à l'entrée des universités, mais plus loin il énumère les exigences de l'aval vers l'amont et notamment "l'engagement de l'élémentaire à livrer (sic) au collège des élèves lisant, écrivant et s'exprimant avec pertinence", on peut donc comprendre qu'il déplore que le tri sélectif a été différé trop longtemps à tel ou tel niveau).

 

** Sur ce sujet lire ou relire « Que vaut l’enseignement en France ? » de Christian Forestier et Jean-Claude Emin (Stock)

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 16:30

Roubaix25

Les colloques d’Education & Devenir nous baladent de ville en ville , année après année. Et même pour celles où je suis déjà allé, chaque ville offre des découvertes. Quant aux quasi inconnues (pour moi), Toulouse ou Grenoble, par exemple, c’est, chacune dans leur genre, un émerveillement (Ô cette magnifique église des Jacobins à Toulouse). Jusqu’à Nevers, ville que je ne connaissais que par le suicide de son Maire, Pierre Bérégovoy, qui nous fit découvrir ses trésors.  

Roubaix20Quant à Roubaix, à la veille du colloque, l’actualité se focalisait sur le fameux Quick Hallal (dont plus personne ne parle maintenant sauf bien sûr les identitaires souchiais).

 

C’est un truisme que de dire que toutes ces villes ont une épaisseur historique que révèlent, partiellement au moins, leur urbanisme, leur architecture. Rien de tel à Roubaix. Bien que Pierre de Roubaix, au XVe siècle, ait rebâti un château, côtoyant une église, aux abords de la Grand Place, plus de château médiéval et l’église, si elle date du IXe siècle, remplacée par une autre au XVe (sa tour-clocher date de cette époque) est surtout un bâtiment néo-gothique du XIXe siècle.

Donc, ici une ville de briques qui semble ne dater que du XIXe siècle. Une ville-champignon, en quelque sorte, passant de 8000 habitants en 1800 roubaix-rueà plus de 120 000 en 1900. Une ville-usines aussi. Une ville riche naguère, aux maisons bourgeoises parfois somptueuses. En revanche, le misérable habitat ouvrier, les courées, a largement disparu, laissant place à des HBM (Habitat Bon Marché dans la 1ère moitié du XXe siècle). Comme ont disparu la plupart des usines. Mais celles qui subsistent ont connu des réhabilitations particulièrement réussies à commencer par le lieu du colloque où s’imbriquent harmonieusement une des plus anciennes usines de la ville avec une extension de verre et d’acier. Et Roubaix a fait reconnaître ce « patrimoine industriel » par l’UNESCO.

Roubaix-piscine

Mais Roubaix c’est d’abord le monumental Hôtel de ville de style victorien, et surtout La Piscine, extraordinaire, au sens propre, musée. L’Hôtel de ville est l’œuvre d’un riche industriel, Eugène Motte, La Piscine, celle, d’un fils d’ouvrier, Jean-Baptiste Lebas, qui succède au premier dans un hôtel de ville tout neuf. Et ce Lebas, futur Ministre du travail du gouvernement Blum, fera donc construire piscine et bains-douches, dans un modern style maîtrisé, qui a été récemment transformé en un musée original.

Roubaix32Ai-je bien récité ma leçon, Mademoiselle notre guide ?

 

Bon, revenons au colloque.

 

A cause d’un TGV capricieux (départ avec une demi-heure de retard, remplacé « à Le Mans », comme on dit à la SNCF, par un autre TGV), j’ai raté la 1ère conférence, de Françoise Clerc. Je laisse au futur cahier (avec peut-être de premiers échos dans un courrier) le soin de rendre compte des interventions. Mais comment ne pas être marqué par l’intervention d’un représentant des « jeunes dirigeants » ? Une approche socio-économique promettait le programme. A la place un jeune homme, aux raclements de gorge en guise de ponctuation, expliquant qu’il fut un très mauvais élève redoublant 3e, 2de et 1ère mais que pour réussir professionnellement il faut avoir réussi ses études, souhaitant un rapprochement entreprises-école, mais ignorant qu’ils existent, comme lui rappelle une représentante de la chambre de commerce et d’industrie locale. Une prestation si médiocre qu’elle faisait pitié.

 

Comment ne pas me réjouir de retrouver mon « maître ès IPES », Jean-Claude Emin, qui, ironiquement, soulignera que le disciple, contrairement au maître, n’avait pas su prendre ses distances avec ces fameux Indicateurs ? Sa conférence, qui clôt le colloque, rappellera d’ailleurs que les épreuves standardisées qui mesurent des éléments objectivables ne peuvent totalement rendre compte de l’état du système éducatif (mais, sans jamais en épuiser toute l’étendue, il est possible aussi de « mesurer le qualitatif » par des méthodes autres que la pifométrie).

 

Roubaixcoll06Un colloque c’est aussi l’occasion de retrouver des têtes connues avec qui, de rencontres en rencontres, ont pu se tisser des liens amicaux (et, très rarement, inverses). La maîtresse des lieux, la grande ordonnatrice du colloque, la blonde Odile, d’abord, qui m’avait sollicité pour quelques menus travaux informatiques (revus et corrigés, par les experts locaux).  Hélas, beaucoup manquait à l’appel. L’oisif parasitaire que je suis était le seul de l’académie de Nantes. Paris ou Créteil, avec des membres ô combien éminentes du bureau (FS) ou du CA (MR), n’avaient aucun(e)s représentant(e)s. La Picardie voisine non plus… Elections Régionales du 14 (et peut-être au dernier moment grève du 12) expliquent partiellement ces absences.

 

Le colloque comporte traditionnellement une soirée festive. Occasion parfois de hauts moments artistiques comme cette « Fanfare à mains nues » en 2005 à Lyon. A Roubaix, ce fut un haut (très haut) moment de gastronomie avec « Les chefs en Nord » : un dîner* remarquable élaboré par des chefs de cuisine de collectivités (le chef de cuisine du Lycée qui nous accueillait était l’initiateur de cette équipe), pour montrer que la cuisine locale ne se réduisait pas aux moules et aux frites ! Il me manque la compétence et le talent d’un critique gastronomique pour décrire ce plus que délicieux repas. La municipalité, invoquant un bizarre devoir de réserve lié aux élections régionales, avait supprimé la partie artistique qu’elle devait prendre en charge, ce fut donc Henri qui, avec l’aide d’un bon tiers des présents, nous offrit un « Me Nez Là Va Chaud Tôt Rot » (si vous préférez : Mener la vache au taureau) avec les gestes ad hoc, d’excellente facture. Puis, oubliant son arthrose, il fit rocker l’infatigable, gracieuse et élégante Odile, sous nos regards éblouis.

 

 

Quelques images de Roubaix et du colloque : http://deblog-notes.over-blog.com/album-1594555.html (plutôt que le diaporama, je conseille de cliquer sur la 1ère image, si vous voulez les voir toutes, ou sur celle qui débute la série que vous voulez voir, et de les faire défiler en cliquant sur la flèche au dessus ; les participants du colloque peuvent bien sûr copier celles qui démontreront à leur compagne ou compagnon qu’ils étaient bien au colloque et non à courir la gueuse ou le gueux).

 

 

*

MENU

 

Kir du nord

(Cidre fermier de l'avesnois, genièvre de houlle, crème de cassis)

 

 

Crème à l’ail d’Arleux aux escargots en vapeur de bière de garde

 

 

La tarte fine de saumon à l’endive confite

 

 

Confident de poulet aux langoustines en habit de lard, jus aux airelles, beignet d’oignons au curry et ratte du Touquet en infusion d’herbes

 

 

Assiette de fromages de notre région

 

 

Chti’ramisu au spéculoos et pommes flambées au genièvre

 

 

 

Vin blanc

 

Vin rouge St-Nicolas de Bourgueil

 

Bière « Page 24 »

 

Café

 

 

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 18:52

A priori, l’ex petit prof, comme disait je ne sais plus quel ministre de l’éducation nationale parlant des PEGC, de Français-Histoire-géo, devrait bondir et rebondir sur cet article de Bruno Roger-Petit sur Le Post,  « Le gouvernement supprime les cours d'Histoire-géo en Terminale S: une honte française... » !

Confessons-le, BRP, même quand on serait tenté d’être d’accord avec lui, par son arrogance, refrène l’adhésion. En l’occurrence, le côté imprécateur dans un texte où le cliché le dispute à l’imprécision suffit à prendre de la distance.

S’agissant d’éducation toutes les approximations sont permises. Ainsi BRP parle de 80 % de bacheliers dans une réponse à un commentaire. Cet objectif, lancé par Chevènement, il y a environ 25 ans, est loin d’être atteint, puisqu’il n’y a que 64 % de bacheliers. Il affirme que la moitié des bacheliers sont en TS. Grossière erreur ! La moitié des bacheliers sont dans les séries générales (L, ES, S). Un peu plus de 30 % donc et cette proportion stagne depuis plus d’une dizaine d’années. Si le pourcentage de bacheliers augmente c’est grâce aux bacs technos et professionnels, dont BRP doit ignorer l’existence. Donc, l’énorme scandale, la honte qui entache l’identité nationale, ne concerne pas la moitié des bacheliers, mais le quart ! Et ne concerne pas le quart d’une classe d’âge, mais un petit 1/6e.

Les mathématiques obligatoires supprimées, elles aussi, mais dans la série L, qu’importe (et ce n’est pas le bachelier philo que je suis qui ira crier au scandale, bac philo qui à l’époque était la filière reine, écrasant de sa superbe les « polars » de Math élem et les « bâtards » de Sciences-EX). Car, contrairement, à ce qu’affirme le titre, l’histoire-géo n’est pas supprimée en S. Elle devient « optionnelle ». Pour le prof quel bonheur ! J’évoquais une lointaine terminale philo où mathématiques et physique, par tirage au sort, était matière d’examen au coefficient 1. Le prof de maths, surnommé le « mataf », non seulement pour la casquette qu’il arborait, mais à cause d’une démarche très chaloupée qui lui faisait rater la marche de l’estrade une fois sur trois, quand il devait faire cours aux « philos », était bien obligé de s’en mettre un petit coup derrière la cravate. Là, le prof aura en face de lui des volontaires et d’autant plus motivés que la sanction au bac ne pourra être que positive. Fini le calvaire des cours où la moitié des élèves peaufinent leur devoir de maths, pendant que le prof essaie de les intéresser à PMF en 1954 !

En simplifiant à outrance, cette mini-réforme du lycée a pour ambitions (?) de créer des secondes indifférenciées (en principe, ce qu’elles devraient être déjà), d’introduire de la spécialisation en première, tout en laissant un droit à l’erreur ( ?), avant que la terminale soit un peu la propédeutique du supérieur, par une spécialisation du coup plus affirmée. Autre objectif, abaisser légèrement des horaires démentiels qui laissent peu de place à autre chose que du bachotage, dans le travail personnel.

On est loin, bien loin, des objectifs affichés au départ par un Darcos qui avait dû attraper un sérieux coup de bambou, et dont la concrétisation avait été amorcée par un recteur (oui, imaginez, c’est comme si Hortefeux décidait de mettre en place une police vraiment républicaine – sans contrôles au faciès ni bavures – et que les propositions venaient d’un préfet de police). Mise en place de modules semestriels permettant des choix éclairés par une véritable découverte, interdisciplinarité à travers des travaux de groupe, transformation, au moins partielle, d’un diplôme final global en unités capitalisables, etc. Mais heureusement, l’ami du crétin de la fabrique (Brighelli, à qui il remettra la « légion d’honneur »), s’est vite ressaisi, aidé par la levée de boucliers de tous les réacs, à commencer par le SNES, sans oublier UBUprésident qui a mis son nez dans un sujet, l’enseignement, où son incompétence est éclatante, pour mettre son recteur sur la touche.

M. Descoings, le patron de Sciences Po, qui a pris le relais, à force de tenir compte, à l’avance, de toutes les résistances que pourrait provoquer la moindre proposition un peu audacieuse, a livré un brouet indigeste.  

Tous les corporatismes disciplinaires sont donc mobilisés. Car BRP, à la vision assez myope, oublie que la terminale est précédée de la première*. Les associations de profs des matières scientifiques protestent contre la diminution des horaires en première. Les plus légitimement inquiets sont les enseignants de SES (Sciences économiques et sociales), dont la discipline est accusée d’être trop critique vis-à-vis d’un libéralisme économique dont la crise a démontré toutes les vertus, ainsi crée-t-on une matière concurrentielle en seconde, qui elle, montrera aux élèves, toute la beauté de l’Entreprise, si bien illustrée par France-télécom, par exemple. L’association des profs d’hist-géo s’est bien sûr fendue d’un communiqué qui, oubliant que l’horaire de cette discipline a fortement augmenté en première, réclame son maintien en terminale S. Implicitement, cette association prévoit l’échec de la revalorisation de la série L, donc de sa reconquête de parts du marché des terminales, puisqu’elle invoque le poids actuel des S ! Le SNES, si ce n’est déjà fait, à la confluence de tous les corporatismes catégoriels, ne va pas manquer de se faire le porte-voix des uns et des autres et de tous.

 Peut-être même que les mouvements lycéens vont se lever pour défendre le droit imprescriptible du potache au bachotage !

 

* BRP, à qui je rappelais que les lycéens avant d’arriver en terminale S avait eu un enseignement d’histoire de la 6e à la 1ère, me rétorquait qu’un sondage fait auprès d’élèves de secondes d’un lycée réputé lui permettait de conclure qu’ils n’avaient rien retenus de cet enseignement de la 6e à la 3e. Outre les doutes qu’on peut nourrir sur la validité d’un tel sondage, cela ne veut-il pas dire qu’horaire en terminale ou pas, ils ne vont pas en retenir plus au lycée ?

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 17:04


Un grand moment quand, récitant son Guaino dans le texte, celui qui fait président assène que le geste fondateur de notre éducation nationale fut la création en 1802 des Lycées par Napoléon car, cette instauration marquait la fin du privilège de la naissance ; ce n’est plus d’être bien né qui permet de faire partie de l’élite, mais d’avoir fait la preuve par son travail, de sa valeur : "quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ?".
Cela prenait tout son charme avec l’installation prévue d’un jeune homme de 23 ans qui a pour tout mérite que d’être le fils de son père, à la tête d’un gigantesque établissement public ! Sans parler de la conception très guainotesque de l’histoire de l’éducation.  Les lois Ferry de 1881 et 1882 sont bien plus fondatrices que la création de lycées réservés à une bourgeoisie urbaine : gratuité de l’enseignement primaire et obligation de l’instruction.

Suivait un historique du lycée et du bac. Le diagnostic de la situation actuelle prenait presque un ton gauchiste. Rendez-vous compte les enfants d’ouvriers ont deux fois moins de chances d’avoir le bac que ceux des cadres ! Les sorties du lycée sans le bac, les sorties de l’enseignement supérieur sans diplôme, etc. que de scandales !  

Mais pour les propositions le grand vague qui cache le grand vide. Que de bruit pour rien, déclare Education & Devenir, du travail d’amateur juge François Jarraud du Café pédagogique, réformette, réforme allégée, ironisent d’autres.

Quelques mesurettes surnagent sur l’orientation et la limitation des redoublements, la baisse des heures de cours pour laisser plus de place au travail personnel accompagné, du sectoriel avec les filières (maintenues bien sûr) technologique et littéraire et les langues, un couplet sur la vie scolaire (une quinzaine de minutes consacrées au ciné-club : le lycéen Nicolas S. devait préférer la projection du film Henri Dunant, fondateur de la Croix-rouge à la lecture de la fameuse Princesse de Clèves) : un catalogue hétéroclite pour les uns, un brouillon flou pour d’autres.

Du rapport Descoings, déjà beaucoup moins ambitieux que la feuille de route donnée par Darcos à Jean-Paul de Gaudemar dont le travail largement amorcé laissait escompter que les problèmes du lycée ne seraient pas esquivés, l’omniprésident n’aura retenu que les mesures les plus frileuses.

Aucun des verrous qui bloquent le progrès du lycée et plus globalement de l’école ne risque de sauter.  A été abandonnée l’idée de parcours modulables, au profit d’un droit fictif à l’erreur dans des filières toujours aussi figées. L’évolution indispensable mais toujours esquivée du métier d’enseignant laisse place à des trémolos convenus sur les enseignants. Une évolution du bac par la prise en compte de l’évaluation de compétences (travail en équipe, transdisciplinaire, etc.) à côté d’épreuves terminales moins nombreuses passe bien sûr à la trappe.

Monsieur « moi, je » aura donc sorti de son chapeau une réformette qui s’envolera beaucoup plus vite qu’elle n’a mis de temps à apparaître.

PS "La lettre de Tout Educ", insiste sur un aspect que je n'ai pas noté : "Mais, et c'était le plus plus important, il a esquissé le rapprochement lycée- enseignement supérieur, avec des enseignants, les agrégés vraisemblablement, "à cheval" sur les deux niveaux, sans préciser si, pour lui, cela doit provoquer symétriquement, un rapprochement primaire-collège. De cela, les médias ne parlent pas."

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 08:59

A la rentrée 2010, c’est-à-dire demain, la carte scolaire aura vécu. C’est en tout cas, ce qui a été programmé en 2007. Son assouplissement est devenu une branche forte du marronnier de la rentrée scolaire. 9,4 % de demandes en plus ! mais une proportion d’entre elles non satisfaites en augmentation… sans oublier les témoignages indignés de parents déçus (ni les crétineries mensongères des rétropenseurs).

En 2007, souvenez-vous, il s’agissait de mettre fin à l’hypocrisie. La carte scolaire était contournée par ceux qui connaissaient les arcanes du système. Il y avait pas moins de 30 % de “tricheurs”. Loin de lui nuire, l’assouplissement de la carte scolaire allait accroître la mixité sociale. À y regarder de plus près, sur les 30 %, 20 optaient pour le privé : que l’on assouplisse ou supprime, ou pas, la carte scolaire, ne changeait rien. Restait 10 % de dérogations. Elles concernent les familles les plus diplômées, à commencer par les enseignants eux-mêmes (14,6 % chez les instits, 18,6 % chez les profs). A priori, ces passe-droits, au bénéfice de ceux qui connaissent le mieux les rouages du système (et qui auraient dû le plus respecter les règles), sont choquants. Mais on pouvait cependant admettre qu’une partie des dérogations n’étaient pas injustifiées. Ce qui diminuait encore le nombre de “tricheurs”. On a donc vu pour la première fois se mettre en place le principe du puisque le système est mauvais, faisons pire. « Lever l’hypocrisie a consisté à généraliser une pratique très minoritaire ». (Louis Maurin http://www.inegalites.fr/article.php3      ?id_article=567).

Pour autant, faut-il prêter à cette fameuse carte scolaire, qui nait en 1963, toutes les vertus ? Son but n’était pas d’instaurer une mixité sociale, mais de rationaliser l’implantation massive de CES. Deux sociologues languedociens, Laurent Visier et Geneviève Zoïa, ont suivi la trajectoire de 6000 élèves de CM2 en 2005-2006 à leur entrée en 6e, dans l’agglomération de Montpellier. Pour cette étude portant sur 43 collèges (centre, banlieues ou « quartiers », périurbains), ils ont utilisé les PCS mais ils ont aussi mesuré la « variance » (c’est-à-dire les écarts de PCS dans le public accueilli). « Ils distinguent d’abord des espaces de « relégation », où les habitants sont « parce qu’ils ne peuvent pas être ailleurs » et où les publics des collèges, sont à la fois socialement défavorisés et très peu mixtes : les catégories « moyennes » s’efforcent de les fuir ; puis ceux de la « périurbanisation », où généralement « on ne contourne pas » parce que « les choix résidentiels ont été effectués en amont » en tenant compte de l’offre scolaire : la mixité y est là aussi limitée ; et enfin les espaces de la « gentrification » en cours, où se trouve le collège de centre-ville, perçu comme « le collège bourgeois » mais paradoxalement le plus mixte de l’aire urbaine, parce qu’il accueille les nombreuses demandes de dérogation de familles cherchant à contourner les collèges « difficiles » : ses élèves de 6e proviennent de 50 écoles différentes, alors que 6 se rattachent à son secteur ! Ces demandes des familles ont en elles-mêmes créé de la mixité, remarquent les deux chercheurs, dans un établissement qui sans elles serait bien plus homogène socialement. » (http://www.clionautes.org/spip.php?article2327). Reste, cependant, que si la variance y est plus forte, le centre de gravité se situe, sans doute, du côté des PCS favorisées.

Cet effet (relativement) positif des dérogations n’est, semble-t-il pas ressenti partout avec leur assouplissement.  C’est d’abord, le SNPDEN qui s’inquiète. C’est aussi, comme le signale Touteduc (http://www.touteduc.fr/index.php?sv=34&aid=868), un sénateur qui en dénonce les méfaits.

Pour le SNPDEN "dans les faits les obligations de mixité sociale et de mixité scolaire, assignées à cet assouplissement, sont bien loin de se réaliser et nous constatons une diversité des politiques académiques et départementales, sans véritable transparence, accroissant les inégalités entre les établissements". "On nous avait annoncé que la réforme irait de pair avec une augmentation de la mixité sociale et scolaire. Chiche. Mais pourquoi ne communique-t-on pas là-dessus ?". Ce syndicat propose la création d'un "observatoire de la mixité sociale et scolaire". 


Alain Dufaut, Sénateur UMP du Vaucluse, dans l’exposé des motifs d’une proposition de loi tendant à assurer une mixité sociale dans les collèges situés en zone d'éducation prioritaire ou dans le réseau « ambition réussite »(http://www.senat.fr/leg/ppl08-606.html) , est clair et net. « La suppression progressive de la carte scolaire engagée en mai 2007 par le ministre de l'éducation nationale, conformément à la demande du Président de la République, avait pour but d'améliorer la mixité sociale des établissements les plus demandés, principalement ceux des quartiers favorisés, tout en mettant un terme à l'hypocrisie des systèmes dérogatoires.

Le choc en retour de cette libéralisation des règles s'est très rapidement manifesté à travers la fuite des meilleurs élèves des établissements des quartiers défavorisés. Les élus de terrain constatent ainsi que le remède s'est parfois avéré pire que le mal, aggravant la ségrégation au détriment des collèges situés en zone d'éducation prioritaire et, en particulier, ceux qui sont classés en réseau « ambition réussite ». Cette évolution perverse va dans le sens diamétralement opposé à notre volonté républicaine de mixité sociale. » S’appuyant sur un rapport des inspections générales d’octobre 2006 (http://www2b.ac-lille.fr/rep/Doc/IGEN_F_1.pdf ) qui chiffrait à 1 milliard d’euros les crédits pour l’éducation prioritaire, il en dénonce le saupoudrage. Il propose donc de les concentrer sur un nombre d’établissements bien ciblés. Il y ajoute la création de sections sport/études ou d’options rares.

 

Le prétendu « libre choix des familles » qui doit résulter de la suppression de la carte scolaire est inspirée de théories néolibérales. « De la même manière que, dans une économie de marché, les producteurs performants gagnent des parts de marché, la concurrence entre établissements doit permettre d’attirer davantage d’élèves dans les meilleures écoles, de stimuler les établissements médiocres, et donc au final de tirer tout le système vers le haut. » (Nathalie Mons http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/84_CartescolaireQueller%C3%A9forme.aspx). Sauf que pour que ce « marché éducatif » fonctionne, il faudrait que le choix des familles se fasse réellement sur les « meilleures » ( ?) écoles et non sur des critères de meilleure adéquation avec leur milieu social. Aussi que la possibilité de ce choix soit effectif pour tous les consommateurs d’école. Or, l’exemple Montpelliérain le rappelle, il y a des populations assignées à résidence : celles des « quartiers défavorisés», faute de moyens ; celles des zones périurbaines par les distances. Et ce jeu faussé de l’offre et de la demande, permet aux établissements très cotés, en toute bonne conscience républicaine (méritocratie que d’injustices commises en ton nom), de sélectionner leurs « clients ». L’exemple anglais montre les effets pervers du total libre choix.

 

Pour autant que la volonté républicaine de mixité sociale   ne soit pas un leurre, si on supprime la carte scolaire, il faut lui substituer d’autres modes de régulation, plus efficaces. Et que cette volonté républicaine s’exerce dans tous les domaines, à commencer par la politique de la ville où l’effet d’annonces s’épuise de plan en plan.

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