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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 14:49

A la manière de Pérec*

  * Ce texte a pour auteur G. B. qui avait déjà prêté les cartes postales de l'hebdomadaire Les Corbeaux et de Lavratte
 

Je ne me souviens pas des menus, je me souviens pourtant m’être régalé. Je ne me souviens pas des mauvais repas de la cantine ni de la douleur d’une entorse. Je crois ne retenir que les bons souvenirs.

 

Je ne me souviens pas toujours des noms des gens mais je revois leur visage, leur expression à un moment donné. J’ai retenu les adresses de mes copains d’école. C’est probablement dû à un besoin de repères.

 

Je ne me souviens pas toujours des dates précises mais j’ai retenu les noms des lieux, l’image ou la couleur d’une entrée de village ou d’une rue dans une ville. Il doit s’agir d’une culture ou d’un goût géographique. Je me suis rarement égaré.

 

Je ne me souviens pas toujours dans quel livre était le cliché ou la carte mais j’ai retenu que c’était vers le milieu d’une page impaire, après le deuxième tiers de l’ouvrage. J’ai avant tout une mémoire visuelle. Ça permet d’être désordonné.

 

Je me souviens que les premières Caravelle d’Air France étaient immatriculées F-BHRA, BHRB, BHRC, BHRD… Les Vickers Viscount étaient immatriculés F-BGNR, BGNS, BGNT… Les Breguet Deux-Ponts c’étaient F-BASO, BASP, BASR, BART…

 

Je me souviens que mon intérêt pour l’aviation s’est manifesté vers 1936, lorsqu’une école de pilotage militaire est venue s’installer à Villaroche. J’ai alors commencé à m’intéresser aux avions mais aussi aux nuages, à la météorologie.

 

Je me souviens que lors du voyage scolaire dont le but était le château de Versailles, j’ai été très intéressé par un groupe d’autogyres La Cierva au-dessus du terrain de Villacoublay. Je n’ai rien retenu de Versailles mais je revois très bien les autogyres.

 

Je me souviens des escadrilles de gros bimoteurs passant en formation en direction de Paris à l’occasion de la visite du roi d’Angleterre. C’était un dimanche matin vers dix heures. Pour les regarder je me trouvais devant la charcuterie Thieffine. Je me suis fait heurter par une voiture en traversant la rue pour les voir mieux. C’était mon premier accident aérien.

 

Je me souviens qu’en 1938, dans le champ qui se trouve derrière la maison, des soldats ont creusé un trou près de la voie ferrée pour enterrer un canon tirant vers le ciel. C’était la DCA. Douze ans plus tard, en 1950, je creusais des trous quelque part dans le Palatinat pour enterrer un canon, un 40 Bofors. Ces salauds, à moi, amoureux des avions, ils voulaient que je leur tire dessus.

Je me souviens d’une bonne vingtaine de numéros de téléphone à trois lettres et quatre chiffres : DORian 20 40 (la Péniche) - ROQuette 27 89 (Odette) - BOTzaris 81 50 (Danzas) - PELletan 02 20 (René) - ALEsia 59 32 (Jean-Louis) - PLAine 54 14 (Roger Cossé) - DENfert 38 20 (Claude) - ODEon 84 00 (l’horloge parlante)… Lorsqu’on faisait DEFense 33 33 c’était toujours la même touche et quand on faisait COMbat 24 38, ça répondait : « Non, je ne suis pas le Bon Dieu ! » Il y avait encore ITAlie, VAUgirard, PASsy, MONtmartre, RASpail, GREsillons, AVIation, OPEra, MIChelet, ELYsées, AUTeuil, EURope, LABorde, PYRénées, TAItbout, ETOile, REAumur, FLAndre, CHArlebourg, INValides, TROcadéro, ARChives, BATignolles, PROvence, TERnes, VAUgirard, MENilmontant, CONvention, COMbat, GREnelle, JUSsieu, TOLbiac, SEGur, LITtré, PIGalle, KELlerman, FONtenoy, PEReire, GALvani, SUFfren, DIDerot, FLAndre, RAMbuteau, MARcadet, TRUdaine, WAGram, GRAvelle, TURbigo, VILlette, BALzac, ENTrepôt, NATion, JASmin, KLEber et d’autres encore puisqu’il y avait environ soixante-dix indicatifs. C’était bien, ça permettait de situer. Il y avait peu de cabines dans les rues, on allait dans les cafés et l’on achetait des jetons de Taxiphone. Parfois l’appareil se trouvait sur le comptoir et l’on parlait au milieu des autres consommateurs. On attendait parfois plus d’un an avant d’obtenir une ligne. Pour appeler en province, on frappait  plusieurs fois avec insistance sur la barre du combiné, on demandait à la dame de la poste de nous mettre en communication et elle appelait une autre dame d’une autre poste… On appelait cela l’Interurbain. Boulevard de Bonne-Nouvelle se trouvait le central téléphonique international. On y venait pour appeler à l’étranger. C’était si long à obtenir que les dames venaient avec leur tricot, les messieurs avec des mots croisés. Il a été construit à l’emplacement du Bazar de la Charité qui brûla en faisant plusieurs centaines de victimes. Pendant l’Occupation, il n’y avait que douze numéros de téléphone à Cléry.

 

Je me souviens que la station Montmartre portait le numéro 514. Il n’y avait pourtant pas cinq cents stations de métro à Paris mais celle-ci était la quatorzième de l’ancienne ligne n° 5. Chaque station employait un chef de station, une caissière et autant de poinçonneurs que d’accès sur les quais. A Montmartre ils étaient en permanence dix agents. Montmartre s’appelle d’ailleurs aujourd’hui Grands Boulevards. La station est déserte.

 

Je me souviens qu’il y avait sur tous les quais des portillons automatiques qui se fermaient à l’entrée de la rame. On y restait parfois coincé et l’on y laissait de nombreux boutons de veste ou d’imperméable.

 

Je me souviens de la longueur de certaines lignes de métro. Certaines ont changé. La ligne 9, qui va de la mairie de Montreuil au Pont de  Sèvres, mesure 18,650 km. C’était la plus longue du réseau. Pour parfaire mes connaissances, je m’amusais à dessiner les lignes sur un plan de Paris en indiquant de mémoire l’emplacement et le nom des stations.

 

Je me souviens des rames Sprague et de leurs banquettes en bois. Il y avait deux classes, gris vert en deuxième classe, rouges pour les premières classes. Je me souviens que celles de la ligne n° 1 étaient toujours les plus modernes, les plus confortables. Je me souviens que celles de la ligne 12, le Nord-Sud, faisaient « ouin-ouin-ouin » au démarrage et dans les rampes. Elles comportaient un agent à chacune de ses extrémités. Dans les stations un bonhomme dessinait des huit sur les quais à l’aide d’un seau percé, ensuite il promenait son balai. Dans les rames un écriteau disait que Toute quête ou vente d’objets quelconques est interdite dans l’enceinte du Métropolitain. Les choses ont bien changé.

 

Je me souviens d’une énorme pelote de laine éclairée sur cinq étages par de petites ampoules à l’angle de la rue La Fayette et de la rue de Provence. Elle prenait toute la hauteur de l’immeuble : Les laines du berger. Ça m’a longtemps servi de repère. Et puis un jour la pelote de laine a été remplacée par une flèche verticale indiquant un autre commerce.

 

  Je me souviens que dans les rues principales il y avait des « pissotières ». Ma mère m’avait recommandé d’éviter celles du boulevard de Sébastopol. Je me demandais bien pourquoi.

 

Je me souviens de la « pendule à gaz » de la rue de Maubeuge. Je ne comprenais pas comment la pression du gaz pouvait faire tourner les aiguilles. Un jour, j’ai vu un employé en train d’y passer un chiffon, je l’ai questionné.

 

Je me souviens qu’avant la guerre nous étions inondés de montres et de vélos bon marché en provenance du Japon. Je ne me représentais pas ces gens en kimono en train de fabriquer des bicyclettes à la chaîne.

 

Je me souviens de la B 14. L’épicier de Cléry en avait une. Un jour je suis monté avec lui et nous avons monté la côte de Grisy à 70 km à l’heure. Je n’en revenais pas.

 

 

 

 

 

Je me souviens que l’on m’offrait des livres de Becassine, des albums du Père Castor et des histoires d’animaux dessinées par Benjamin Rabier. C’est peut-être ce dernier qui m’a donné l’envie de dessiner des animaux.

 

Je me souviens qu’en 1937 mes parents, avec leurs copains du Front populaire, ont fait les figurants dans le film La Marseillaise. Une scène était tournée à Fontainebleau, les participants étaient payés d’un billet de chemin de fer gratuit et d’un sandwich.

 

 

Je me souviens des cinq sœurs Dionne dont on voyait les photos dans tous les journaux. Je n’ai jamais su retenir leurs prénoms. 

 

Je me souviens d’avoir eu la jaunisse. Pour me faire peur on m’a dit que j’allais rester comme ça tout le temps. Je faisais de la cétone et j’avais souvent des crises de foie. Un jour, le docteur a explosé devant moi : « J’ai dit : pas de graisses, pas de chocolat, c’est compris ! »

 

Je me souviens que dans les galeries du métro était écrit : DUBO… DUBON… DUBONNET. C’est resté bien après la guerre.

 

Je me souviens que ma mère allait faire son marché rue du Faubourg-Saint-Denis où il y avait des voitures des quatre-saisons arrêtées contre le trottoir. D’autres fois c’était rue Montorgueil. Elle achetait l’épicerie chez Loiseau-Rousseau, rue Bleue. Chaque achat donnait droit à de petits timbres de couleur que l’on collait sur des feuilles quadrillées. Lorsqu’on avait rempli par exemple cinq feuilles de timbres verts ou roses on avait droit à un cadeau. C’était souvent un vase, un réveil-matin, une brosse à habits... Les Coopérateurs, Le Familistère et d’autres encore faisaient de même.

 

Je ne me souviens pas comment et quand j’ai appris à nager. Par contre, je me souviens m’être coupé sous le talon en sautant dans la rivière de Soignolles. Il y avait un trou profond d’environ deux mètres dont nous avions fait notre piscine.

 

Je me souviens que je n’aimais pas ce que chantait Tino Rossi. Plus tard, je n’ai jamais apprécié Charles Trenet. Il y avait aussi Berthe Sylva avec ses roses blanches. Pouah ! On était inondés de ce qu’écrivait Vincent Scotto, la radio n’arrêtait pas de diffuser des airs de Ray Ventura et ses collégiens. Il y avait aussi Fréhel, Léo Marjeane, André Claveau, Rina Ketty…

 

Je me souviens que les agents de police portaient une pèlerine et ils allaient à vélo par paires. On les appelait les hirondelles. Celui qui réglait la circulation à la porte Saint-Martin était connu, réputé et souvent photographié. Il portait une longue barbe de prêtre orthodoxe.

 

Je me souviens du bruit du broyeur de la benne qui collectait les ordures ménagères chaque matin cité Trévise aux environs de sept heures. Son passage sur le pavé faisait vibrer la maison à cause de ses pneus pleins.

 

Je me souviens que ma mère me racontait que lorsqu’elle était petite, La Courneuve c’étaient des champs cultivés et quelques maisons bordant la route nationale. Je ne la croyais pas.

Je me souviens que lorsqu’on sortait de Créteil, c’étaient des champs cultivés par les maraîchers. Le mont Mesly était boisé, on voyait les deux hangars à dirigeables d’Orly se dessiner à l’horizon. On moissonnait et l’on arrachait la betterave entre Boissy-Saint-Léger et Villeneuve. Il n’y avait qu’une seule maison, l’horticulteur Delbar, entre Ris-Orangis et le haut de Corbeil. Plus tard, j’ai vu abattre les vergers de Sarcelles et pousser à la place la première ville champignon de la région parisienne. On appelait gratte-ciel les trois immeubles de Bobigny qui comportaient quatorze étages. Ils ont été démolis.

 

Je me souviens d’une poire énorme, toute jaune, dans une carafe remplie d’alcool fermée par un bouchon de cire. Comment une poire pareille avait-elle pu entrer dans la carafe ? La poire et la carafe ont disparu avec bien d’autres choses pendant que nous étions partis à l’exode.

 

Je me souviens qu’en 1939 une affiche disait : Nous combattons pour un motif juste et humain, c’est pour cela que nous aurons la victoire ! Et puis aussi : La vieille ferraille forgera l’acier victorieux ! Une autre montrait le torse d’un soldat émergeant de la tourelle d’un char, elle disait : Engagez-vous ! Rengagez-vous ! Il y en avait une autre qui représentait un homme en imperméable gris et chapeau : Méfiez-vous, les murs ont des oreilles ! Ça se répétait à l’école, on en faisait un sujet de plaisanterie.

 

Je me souviens qu’il y avait sur les Grands Boulevards une boutique ouverte sur le trottoir à l’enseigne Au Père coupe toujours. Chaque soir un cuisinier confectionnait une tarte géante.

 

Je me souviens qu’après la chute de Stalingrad il y a eu une bataille de chars, entre Koursk et Orel et que celle-ci a duré plus d’un mois. Le vrai vainqueur fut la boue qui interdisait aux camions allemands de ravitailler les chars en carburant. Les Allemands reculaient partout et une revue appelée Signal ne montrait que des troupes victorieuses. Dans la cuisine était affichée une carte sur laquelle je piquais de petits drapeaux. C’est ainsi que je sais orthographier Debrecen, Oradea, Mosonmagyarovar, Esztergom, Dniepropetrovsk qui se trouvaient à la hauteur de mes yeux tandis que je pelais ma pomme.

 

Je me souviens que pendant l’Occupation on s’échangeait des recettes pour fabriquer du sucre avec des betteraves, du savon avec du suif et de la potasse. On a fait du savon dans une lessiveuse, il a moisi ; on a fait du sucre, il était tout noir, il ne s’est jamais solidifié. Les journaux fournissaient des recettes pour faire du café avec de l’orge grillé. Un journal avait eu l’impertinence de publier un cliché représentant la totalité des denrées alimentaires auxquelles les tickets de rationnement d’un mois ouvraient droit.

 

Je me souviens de la loi Marthe Richard décidant de la fermeture des maisons closes. En face l’école Estienne, le bordel devint un foyer pour étudiants. On a commencé à voir des dames sur les trottoirs. D’autres se tenaient dans la porte des hôtels où elles officiaient. Il y en avait au moins trois rue Geoffroy-Marie.

 

J Je me souviens d’avoir figuré dans le film La romance de Paris. C’est moi qui abaisse la barrière du passage à niveau avant l’arrivée du train, interdisant le passage aux poursuivants de la belle héroïne du film. La scène était tournée au passage à niveau de Grisy. On a recommencé les prises de vues plus de dix fois. J’ai vu le film, je ne me suis pas reconnu. J’ai revu le film, je n’y étais plus.

 

Je me souviens que pendant l’Occupation les trains étaient rares, toujours bondés. Une chanson disait notamment :

Des trains, y’ en a trois par semai-ai-ne, on y est serrés comm’ des harengs,

faut un chauss’-pied pour rentrer d’dans encore qu’ faut pas avoir d’ bedai-ai-ne…

Quelle drôle de vie que nous vivons, qu’elle a de mérite et de gloire…

Après la guerre les gens ont été pris d’une frénésie de déplacement. Il n’y avait que le train pour s’éloigner de Paris. Il y avait autant de voyageurs debout qu’assis mais personne ne se plaignait (d’ailleurs, auprès de qui se seraient-ils plaints ?).

 

Je me souviens des petits damiers de la toile cirée recouvrant la table de la cuisine. Je repliais mon majeur tenu par le pouce et faisais aller dessus mon index et l’annulaire en disant que c’était un petit bonhomme.

 

Je me souviens d’avoir séché l’école en m’appelant auprès du surveillant de permanence depuis le café d’en face et en rentrant à toute vitesse dans la cour. J’étais marqué présent et j’avais un bon alibi pour ressortir. Ça n’a marché que deux fois.

 

Je me souviens qu’il y avait dans Paris et la proche banlieue un réseau de pneumatiques. Même que c’est notre cousin Dudule, Raoul Perreux, qui faisait fonctionner la machine à air comprimé dans les sous-sols de la poste centrale du Louvre, rue Etienne-Marcel.

 

  Je me souviens qu’on appelait Daladier Le taureau du Vaucluse. Les dessinateurs humoristes représentaient toujours Edouard Herriot fumant la pipe.

 

Je me souviens m’être souvent posé la question : Et avant nos ancêtres les Gaulois ? Je doutais de tout ce qu’on m’enseignait en histoire, il me fallait des preuves. Autour de moi, d’autres gosses de mon âge croyaient au bon Dieu et à la sainte vierge. Il fallait croire sur parole et ça, je n’ai jamais pu m’y faire.

 

Je me souviens d’avoir chanté à tue-tête : Une vache qui pisse dans un tonneau c’est rigolo mais c’est salaud.

 

Je me souviens qu’en janvier 1946 Le canard enchaîné a titré à propos du départ de De Gaulle : Le général se retire à Colombey-les-Trains-sur-les-Rails. Il s’était retiré du gouvernement et de la vie politique en proclamant : « J’ai remis le train sur ses rails ».

 

Je me souviens que deux ans plus tard, au Vel’ d’Hiv’, il lançait le RPF et l’idée de l’association capital-travail par laquelle les salariés deviendraient tous actionnaires de leur entreprise. Tous patrons ! Il se trouvait des gogos pour y croire.

 

Je me souviens d’une affaire Petiot, un docteur qui brûlait des gens dans la chaudière de sa cave rue Le Sueur. Petiot se faisait passer pour résistant et prétendait régler des affaires pour le compte de la Résistance. Le procès a duré des mois.

 

Je me souviens qu’à Paris le lait, le charbon, la glace, les eaux minérales étaient livrés par des voitures tirées par un cheval. On voyait parfois des gens se précipiter pour ramasser leur crottin. C’était pour les géraniums de leurs fenêtres, pas par souci de propreté. Curieusement, on ne voyait jamais d’écurie. Après la guerre, les bandages métalliques ont été proscrits, les mêmes chevaux tiraient des voitures à pneus.

 

Je me souviens de deux erreurs commises par des gens bien intentionnés et cela s’est passé la même année, celle de mes quatorze ans. Une dame, amie de la famille, m’a offert un livre, un ouvrage pour enfants de dix ans que j’ai à peine ouvert. Une autre personne m’a offert un livre de Lecomte du Nouy : La dignité humaine. Rien que ça.

 

  Je ne me souviens pas du poinçonneur des Lilas mais je me souviens très bien de celui de la station Montmartre. Il était influent au comité d’entreprise de la RATP où il était responsable des colonies de vacances. Il est devenu chef de station et un jour j’ai appris qu’il avait perdu une fille de mon âge, emportée par la leucémie. Il n’y a plus de poinçonneur aux Lilas, il est remplacé par un automatisme qui parfois vous refuse le passage. Allez donc vous expliquer avec un lecteur optique, vous.

 

Je me souviens du défilé du 1er mai 1948 sur les Grands Boulevards. J’ai défilé avec les ajistes derrière une banderole réclamant un pré-salaire pour les étudiants et apprentis scolarisés. On a vu ce que cela a donné.

Je me souviens qu’un après-midi pluvieux de 1947 les Parisiens étaient massés devant les vitrines des marchands de télévision pour suivre les cérémonies du mariage d’Elisabeth d’Angleterre. On allait regarder la télévision dans les cafés. Il n’y avait qu’un seul programme. La présentatrice s’appelait Catherine Langeais. Auparavant, elle fut paraît-il la maîtresse de François Mitterrand.

 

Je me souviens de la mise en eau du barrage de Génissiat. Tout à côté se trouvait un bistrot qui avait choisi pour enseigne « Génie ici y’ a ». 

 

Je me souviens que la Régie Renault, pour faire connaître la 4 CV, a fait descendre les Champs-Elysées à cent voitures bleues, blanches et rouges. Après quoi elles ont été vues dans les principales villes de France.

 

Je me souviens qu’à Cléry, pendant la guerre, il y avait trois clodos : Juju, Chouchou et Confiture. Juju avait fait élection de domicile dans un petit cabanon situé derrière le garage situé en face la maison. A ce dernier pendant la guerre on avait fait croire que la gendarmerie recrutait des hommes valides pour surveiller tous les bâtiments publics et notamment la distillerie. Surtout la distillerie !

 

Je me souviens que siégeait à Versailles une Assemblée de l’Union française. On n’osait plus dire « l’Empire colonial français », on préférait le terme d’Etats d’outre-mer. Cette assemblée a longtemps été présidée par Mlle Sid-Cara dont le père, un potentat, était propriétaire de La Dépêche d’Alger.

 

  Je me souviens qu’à six ans et demi on m’a fait monter sur scène avec une petite fille pour chanter « Voici des roses de mon rosier dans un joli panier d’osier ». J’étais mort de trac, je chantais en me dandinant, près de moi quelqu’un me soufflait les paroles. L’année suivante, je tenais un rôle de groom dans une pièce intitulée Le mariage de mademoiselle Beulemans. Mon oncle René tenait un rôle de garçon d’honneur, Christiane était demoiselle d’honneur. J’aurais dû deviner qu’ils se fréquentaient.

 

Je me souviens que pendant l’Occupation les jardins situés dans les fossés du Louvre, entre Saint-Germain l’Auxerrois et le musée, étaient cultivés de légumes. Les jardins publics du Luxembourg étaient un vaste potager. D’autres encore mais tous étaient clos et surveillés au moment des récoltes.

 

Je me souviens que lorsqu’on ne me regardait pas je marchais dans la rue en faisant l’avion, les bras à l’horizontale, faisant « Vvvvv » en me penchant dans les virages. Je me déroutais parfois pour éviter un autre avion ou les tirs de la DCA. Je me disais parfois qu’il faut être complètement frappé pour faire des choses pareilles. J’ai appris plus tard qu’un autre garçon de mon âge faisait de même. Je me suis alors dit que je n’étais pas aussi fou que je pensais.

 

Je me souviens que la nuit, lorsqu’il y avait une alerte, je sortais pour voir les balles traçantes de la DCA de Villaroche et les pinceaux lumineux des projecteurs. C’était en quelque sorte un spectacle. Depuis Cléry, on apercevait les traçants tirés des forts entourant Paris. Il y avait des pièces d’artillerie antiaérienne dans le fort d’Alfortville et dans celui de Saint-Maur lequel se trouvait d’ailleurs à Créteil.

 

Je me souviens qu’en 1939 on nous racontait que les avions allemands venaient la nuit lâcher sur les villages des bonbons empoisonnés. Je ne connais personne qui en ait trouvé. Mais on trouvait parfois des tracts disant que la guerre ne profitait qu’aux Juifs et aux capitalistes acquis aux intérêts anglo-américains. On disait aussi qu’ils lâchaient des parachutistes qui se déguisaient ensuite en curés. C’était la Cinquième colonne.

 

Je me souviens à ce propos de la parano du grand-père qui voyait des Boches et des espions partout. Le moindre mot pouvait être une indication pour les espions.

Je me souviens de l’ambiguïté de certaines situations. Jeannette Christen avait une sœur, Emilienne et un frère, Godefroy. Ce dernier est mort en 1942 à bord d’un avion allemand qui rapatriait en France des officiers de marine en poste à Tunis. Preuve qu’il n’était pas résistant. Le mari d’Emilienne était en captivité dans quelque stalag, loin de la frontière. Elle venait parfois passer quelques jours à Cléry auprès de sa mère et sa sœur. Emilienne était très pieuse, comme sa mère l’était. Je la jugeais comme une personne pleine de rigueur. Or voilà qu’un jour, allant retrouver un de mes jeux dans le parc, je la surprends en compagnie d’un Allemand qui la tient par la taille.

 

Suite et fin

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 17:38
Lionel Jospin et Claude Allegre

Lionel Jospin et Claude Allegre

Je vous parle d'un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître : la F.E.N. (Fédération de l'Education Nationale) en ce temps là était considérée comme l'administration-bis.

Mais la FEN qu'est-ce ?

Pour aller vite, au moment de la scission CGT/FO en 1947 la FEN-CGT décide de devenir autonome pour ne pas scissionner, en attendant une hypothétique réunification. Mais en son sein coexiste des tendances : U.I.D. (Unité Indépendance et Démocratie), socialisante, majoritaire chez les instits (SNI) et U. A. (Unité et Action), PC, majoritaire dans le secondaire (SNES) (la 3e tendance EE, pour école émancipée, joue un rôle plus marginal). Les syndicats de la FEN sont largement majoritaires, en particulier dans le 1er degré, même s'ils doivent compter avec le sgen-CFDT (bien implanté dans l'Est, en développement dans l'Ouest) et, uniquement chez les profs de lycée, avec le SNALC, syndicat de droite. La FEN fut toujours dirigée par des secrétaires généraux issus du SNI et d'UID.

 

Or donc, après la victoire de Mitterrand en 1988, Lionel Jospin devint Ministre d'état, Ministre de l'Education Nationale, dans le ministère Rocard.

Il engagea,  l'année suivante, des négociations sur la revalorisation des enseignants. Entre temps, les dirigeants de la FEN et les responsables de la commission éducation du PS* (chapeautée par un certain Laurent Fabius, dont Jospin avait fait son ennemi juré) s'étaient mis d'accord sur un compromis liant revalorisation et redéfinition du métier d'enseignant. Le SNES, lui, ne voulait absolument pas entendre parler d'un tel accord.

Michel Rocard, 1er ministre, avait clairement indiqué qu'il ne pouvait y avoir de revalorisation sans contrepartie.

 

Jospin cependant capitula en rase campagne devant le SNES.

Sur la revalorisation d'abord en créant une hors classe pour les certifiés et agrégés et en y ajoutant une Indemnité de Suivi et d'Orientation des Elèves (ISOE) sans obligations clairement définies.

Sur la non création d'un corps de professeurs de collèges (d'égale rémunération avec celui des lycées, mais pouvant enseigner deux matières). Cette deuxième capitulation était lourde pour l'avenir du SNI dont l'objectif affiché était d'étendre son champ de syndicalisation à tout l'enseignement obligatoire (1er degré et 1er cycle du secondaire). Lourde aussi pour la survie des petits collèges.

En lots de consolation, pour le SNI, outre la création des professeurs des écoles (carrière égale à celle des certifiés), une revalorisation substantielle des PEGC.

 

Mais les dirigeants de la FEN, totalement déconsidérés, ne s'en remettront pas, d'autant que le SNES dopé par cette victoire totale fera fi de toute solidarité fédérale prenant le contre-pied de toutes ses orientations.

Jusqu'à ce que cette FEN éclate en 1992 et que UID, si elle resta maîtresse de la vieille maison, n'eut plus qu'à contempler des murs désertés. Le SNES, ayant créé une fédération rivale (FSU) avec des syndicats rivaux, vit son nouveau syndicat des enseignants du primaire l'emporter sur l'ex-SNI.

 

Mais en même temps, le taux de syndicalisation en prit un sérieux coup.

 

Presque vingt ans après, mais sans aucune contrepartie à proposer (si ce n'est une réduction des postes), la commission Pochard essaie de rattraper ce raté de Jospin (rattrapage, déjà tenté, mais avec quelle maladresse, par C. Allègre, ex-bras droit de Jospin, qui estimait qu'il avait été cocufié par le SNES, SNES qui est ressorti conforté du bras de fer).

 

* J'ai eu appartenu à cette commission nationale, au lendemain du congrès de Metz au titre du Courant C (avec G. Lindeperg et M. N. Lienemann qui, elle, n'y mettait jamais les pieds). A cette époque, elle était animée par Louis Mexandeau et surtout Jean-Louis Piednoir, dans un climat de travail serein qui fournira, en partie au moins, les axes du ministère d'Alain Savary, dont je ne me lasserai pas de dire qu'il fut un des plus grands ministres de l'éducation nationale de la 5e république. Après 1981, l'atmosphère de cette commission devint beaucoup moins respirable quand Luc Soubré en prit la tête.

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 20:49

Rassurez-vous, je ne vous raconterai pas "mon" Mai 68 : je n'y étais pas. VSNA (Volontaire du Service National Actif, autrement dit coupant au Service Militaire comme coopérant), je n'ai eu d'échos que dans les nuits où les grandes ondes françaises arrivaient jusqu'à notre transistor à Azrou et que nous écoutions Europe 1 (il me semble qu'un certain Etienne Mougeotte était au cœur de l'événement à cette époque : il a beaucoup évolué depuis).

Non un petit et arbitraire montage d'affiches de Mai et Juin 68, sélectionnées sur un site qui n'en compte pas moins de 280 (http://achard.info/mai/#).

 

Des dizaines d'artistes ont anonymement conçu ces affiches (environ 500) reproduites en sérigraphies.

 

Certaines gardent leur actualité. Certes, nous ne sommes plus au temps d'une ORTF qui, comme le rappelait Joffrin, était proche de la radio-télévision soviétique de l'époque. Mais par patrons interposés - copains de Sarko - la droite garde la main mise sur une large part de l'audio-visuel et de la presse écrite.

 

« Travailleurs, Français-Immigrés Unis », « Non aux expulsions », « Nous sommes tous indésirables » : on comprend que notre Ouf 1er et son valet Hortefeux veuillent liquider Mai 68. Que dire de ce « Halte au chômage » à l'époque pourtant bien modeste par rapport à aujourd'hui ? Plus de CDR ni de barbouzes, mais la répression policière massive et inefficace reste souvent la seule réponse (celle que privilégie l'ex-ministre de l'intérieur qui a démantelé la police de proximité que l'on s'efforce de reconstruire maintenant).

 

« Sois jeune et tais-toi », surtout si tu es un jeune d'origine allochtone - comme ils disent, les xénophobes honteux - fût-ce de la 3e génération, voire de la xe génération après l'abolition de l'esclavage ! L'affiche sur la hausse des prix est juste à actualiser. Quant aux « conquêtes noyées » (il suffit d'entendre Fillon répéter bêtement qu'il faut faire sauter le « carcan des 35 heures ») et aux profits qui montent : c'est la description exacte de la politique actuelle.

Dans le lot, des scories, bien sûr : De Gaulle comparé à Salazar et Franco, les centrales syndicales vouées aux gémonies, le célèbre « Elections piège à cons » qui trouve encore des échos dans les franges de l'ultra-gauche...

Mais reste cette révolte joyeuse symbolisée bien sûr par Dany Cohn-Bendit !

 

Pour en savoir plus : "Exposition ; dans l'atelier des affichistes révolutionnaires de Mai 68" Le Monde daté du 08/05/08

 

 



 

 

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Mai 68 : Affiches
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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 21:00

Je m'apprêtais à dire tout le mal que je pensais d'un « mao-spontex » (éponge à propagande chinoise style Mélenchon) quand, au hasard d'un zappage pour échapper à la Dame Laborde sur la 2, puis à Le Pen sur I-télé, je suis tombé sur la fin d'un documentaire sur la mort de Pierre Bérégovoy à Nevers, il y a quinze ans, sur la chaîne parlementaire. Sobre et clair, sorti il y a cinq ans. Avec cet extrait de l'éloge funèbre de François Mitterrand sur les chiens qui l'avaient poussé au suicide (une des rares taches du Canard enchaîné, une des nombreuses taches d'Edwy Plenel, pitbull attaché à sa perte).

Puis, dans un studio ascétique, un échange entre trois témoins. Que dire de Blondel ? sinon moâ, moâ et Beregovoy (quand je l'ai rencontré, je lui ai dit..., quand j'ai été à Nevers l'année précédente...) etc. etc. etc. comme il dit. Retrouver le « mini tonton » comme nous le surnommions impertinemment en 1981 et après, François Loncle, un moment nostalgique et une parole vraie, pour montrer comment Pierre Bérégovoy, qui succédait bien trop tard à la calamiteuse Edith Cresson, prenait sur lui la défaite cinglante des socialistes. Mais, le plus pertinent était Gérard Carreyou qui sut décrire comment Pierre Bérégovoy, s'enfermant dans son honneur bafoué, fut conduit au suicide.

En 1978, ce voisin à l'époque - il venait de Seine-Maritime - fut le principal orateur d'une fête de la Rose à Gaillon dans l'Eure : cet album sera un modeste hommage à ce grand honnête homme.

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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 15:52

7 mars 1932 : décès d’Aristide Briand, Prix Nobel de la Paix et rapporteur de la loi du 9 décembre 1905.

    Aristide Briand, le grand oublié lors du centenaire le la LOI DE 1905, loi dont il fut le maître d’œuvre, voulait une séparation qui ne fût pas la victoire d’un camp sur un autre ; il voulait une loi qui permette, ce qu’avaient voulu au XIXe siècle Lamartine et Montalembert, une église libre, dans un état libre. Il souhaite une séparation loyale et complète. Il s’oppose ainsi à la vision de la laïcité de ses amis de la Libre-Pensée qui n’apprécient pas  que le texte ne combatte pas l’église et ne cherche pas à la réduire.

Ainsi,  quand Vaillant affirme : « Tant que l’église n’aura pas entièrement disparu, tant que la laïcisation de la société ne sera pas faite, notre tâche ne sera pas assurée… », il déclare « J’ai horreur de la guerre religieuse. Le succès de mes idées, leur réalisation, dépend trop de la pacification des esprits  pour ne pas voir l’église s’accommoder du régime nouveau. »

Interpellant des députés anticléricaux, il demande « Que voulez-vous faire ? Voulez-vous une loi de large neutralité, susceptible d’assurer la pacification des esprits […] ? Si oui, faites que cette loi soit franche, loyale et honnête. »

 

Une fois tous les articles votés, il s’adresse aux députés de droite : « Vous ne pouvez pas vous plaindre, messieurs, d’avoir rencontré chez nous, sur le fond même des choses, un parti pris tyrannique puisque, dans plusieurs circonstances sur des points graves, je pourrais dire essentiels du projet, nous nous sommes rendus à vos raisons, désireux que nous étions de faire accepter la séparation par les nombreux catholiques de ce pays. […] Ce mot a paru extraordinaire à beaucoup de républicains qui se sont émus de nous voir préoccupés de rendre la loi acceptable par l’église. » Il conclut que la majorité républicaine a généreusement accordé aux catholiques « tout ce que raisonnablement pouvaient réclamer vos consciences : la justice et la liberté. ».

 

Un pape particulièrement borné

Briand avait parié sur l’intelligence de l’église, hélas le pape de cette époque est particulièrement borné.

Deux mois après la promulgation de la loi, Pie X la condamne sans détour, dans des termes dont on entend comme de lointains échos dans le discours du « chanoine de Latran ». Pour lui, cette loi est « la négation très claire de l’ordre surnaturel. Elle limite en effet l’action de l’état à la seule poursuite de la prospérité durant cette vie qui n’est que la raison prochaine des sociétés politiques ; et elle ne s’occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière qui est la béatitude éternelle. » Il rappelle les règles de fonctionnement de l’église dans laquelle « la multitude […] n’a pas d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. »

Face à cette intransigeance, A. Briand va proposer en décembre 1906 une loi « telle que, quoi que fasse Rome […], il lui soit impossible de sortir de la légalité. Voilà notre violence et notre tyrannie. »

 

Il faudra cependant attendre 1924 et Pie XI pour que la papauté accepte de facto la loi de 1905.

 

Aristide Briand résume bien l’esprit de la loi de 1905 en écrivant dès son rapport* sur le projet de loi : « Toutes les fois que l’intérêt de l’ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou le doute sur leur exacte interprétation c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur. »

 

D’après Aristide Briand, le ferme conciliateur Gérard Unger Fayard

 

 

 

 

 

 

 

* Le texte de la loi, les débats parlementaires du 21 mars 1905 au 3 juillet 1905, la chronologie http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp

 

Faux débat, qui ressort régulièrement, public/privé.
 

La loi de séparation des églises et de l’état, en abolissant le concordat, fait relever les églises du droit privé et non plus du droit public (l’état ne salarie plus ses « ministres » ni ne nomme les évêques). Donc, sur le plan strictement juridique cette distinction est fondée.

En revanche, vouloir faire croire que les convictions religieuses ne peuvent s’afficher publiquement est totalement contraire à la loi de 1905.

« Les réunions pour la célébration d'un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. » (Art 25 : elles se passent d’ailleurs souvent dans des édifices publics mis gratuitement à la disposition de ces cultes). Le débat sur l’article 27 qui porte sur les sonneries de cloches, les processions sur le domaine public a donné lieu à  un affrontement entre ceux qui voulaient les interdire (ainsi que le port de la soutane sur la voie publique : Briand ironisa sur ceux qui voulaient que la République se préoccupe d’habillement) a été tranché dans un sens « libéral » (soumis à autorisation des maires et la plupart des arrêtés d’interdiction ont été annulés par la justice administrative).

 

    En revanche, l’obstination des papes, affirmée par Pie X, mais qui reprend de la vigueur avec JP 2 puis B 16, et du clergé à vouloir « subordonner la société civile à la société religieuse, à vouloir étendre à la société politique les règles et méthodes de cette Église, à utiliser des armes spirituelles à des fins temporelles, à se servir du pouvoir politique pour imposer sa vision morale, individuelle ou collective » (Marc Ferro) est toujours présente. Il n’est que de voir la manifestation organisée par une église espagnole qui n’a jamais reniée son soutien indéfectible à la « croisade franquiste », pour défendre les « valeurs familiales ». En Italie, elle se livre à des pressions sur les parlementaires. Si l’église de France est plus sage – mais les propos indécents du chanoine d’honneur du Latran risquent de faire évoluer négativement le climat – elle n’en appelle pas moins à re-catholiser un enseignement privé qui, bien que confessionnel, tendait à se séculariser fortement. Elle ne fait que suivre le Vicomte Le Jolis de Villiers de Saintignon que j’ai entendu à Montaigu, il y a au moins douze ans, fustiger les représentants de l’enseignement privé sur ce même thème.

 

Cette « renaissance », à laquelle appelle notre Ouf 1er, ne serait-elle pas la renaissance du cléricalisme ?



Ci-dessous un petit montage de dessins tirés des journaux anticléricaux de l'époque d'Aristide Briand , quelques-uns d'entre eux portant sur la séparation de l'église et de l'état (église au singulier, car ils ne portent que sur l'église catholique).

 

 

 

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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 15:59

La visite du Musée Théâtre de Figueres a-t-elle eu pour conséquence une crise de mysticisme aiguë ?

Toujours est-il que j’ai tapé c a t é c h i s m e dans google. Je n’ai pas épuisé loin s’en faut toutes les pages. Mais la pêche, sans être miraculeuse, a été bonne.

Tous ceux, de la vieille génération, qui ont connu le caté, le vrai avec je ne sais combien de questions-réponses, se retrouveront dans le 1er extrait. Les « preuves » avancées par la version Pie X relèvent plus de la pétition de principe que d’une démonstration argumentée. Et la version du Cardinal Ratzinger (devenu ensuite pape)  ne déparerait pas celle de Pie X.
Le curé Meslier fait un sort aux catéchismes des ratichons.

Des catéchismes de toute sorte sont apparus, jusqu’à un surprenant catéchisme révolutionnaire de Bakounine.

Mais dans un esprit Dalinien, celui de l’église gnostique « chaotico-apostolique » est du plus haut intérêt. Un peu de la même veine : un catéchisme franc-maçon (du XVIIIe siècle, il est vrai).

Beaucoup moins révolutionnaire que Bakounine, sans doute, est le catéchisme du peuple (belge) qui ne réclame que le suffrage universel.

Le pape du positivisme, Auguste Comte, au nom du passé et de l’avenir, nous délivre aussi son catéchisme, pavé quelque peu indigeste.

Enfin, la médiathèque de Lisieux, dans un tout autre genre, nous offre un délicieux – quoique politiquement très incorrect au regard de nos critères actuels de non stigmatisation des minorités – catéchisme des normands avec une orthographe à faire pousser des cris à tous les anti-pédagos (un petit Post Scriptum est d’ailleurs consacré à un de ses spécimens des plus affligeants).

Enfin, last but not the least, comme disent les britiches, je suis tombé sur le catéchisme électrique du frère Elvis (un quasi clone du King, Elvis Presley, mais modêle complètement déjanté) que je ne peux que vous inviter à découvrir sur le lien suivant : http://www.dailymotion.com/tag/catechisme/video/x3jjfd_frere-elvis-catechisme-electrique_fun

 

 

cate-notre-pere-img.jpgCatéchisme gallican de Gazinet

Qu'est-ce que Dieu ?

Dieu est l'Etre Suprême, Eternel, Infiniment Parfait, Créateur et maître de toute Chose.

* Suprême, parce qu'au-dessus et plus grand que tous les Etres Vivants ayant existé, existant, ou qui existeront un jour.

* Eternel, parce qu'il a toujours existé et existera toujours. Il n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin.

* Infiniment parfait, parce que sa perfection et sa puissance n'ont pas de limites.

* Créateur et Maître de toute chose, parce qu'il a fait de rien, par sa seule puissance, tout ce qui existe.

La croyance en Dieu est-elle commune à tous les peuples ?

Oui, la plupart des peuples ont cru et croient que Dieu est.

Pourquoi est-on certain qu'il y a un Dieu ?

Parce que toute la Création prouve qu'il est.

 

cate-intro-i.jpgCatéchisme de PIE X

(cher aux traditionalistes)

Comment sommes-nous certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de la sainte Eglise catholique est la vraie ?

Nous sommes certains que la doctrine chrétienne que nous recevons de l’Eglise catholique est la vraie, parce que Jésus-Christ, auteur divin de cette doctrine, l’a confiée par ses Apôtres à l’Eglise qu’il fondait et constituait maîtresse infaillible de tous les hommes, lui promettant son assistance divine jusqu’à la fin des siècles.

Y a-t-il d’autres preuves de la vérité de la doctrine chrétienne ?

La vérité de la doctrine chrétienne est démontrée aussi par la sainteté éminente de tant d’hommes qui l’ont professée et qui la professent ; par la force héroïque des martyrs, par la rapidité merveilleuse de sa diffusion dans le monde et par sa pleine conservation à travers tant de siècles de luttes variées et continuelles.

Comment savons-nous qu’il y a un Dieu ?

Nous savons qu’il y a un Dieu parce que notre raison nous le démontre et que la foi nous le confirme.

Les démons peuvent-ils nous faire quelque mal ?

Oui, les démons, si Dieu leur en donne la permission, peuvent faire beaucoup de mal et à notre âme et à notre corps, surtout en nous portant au péché par la tentation.

Pourquoi nous tentent-ils ?

Les démons nous tentent à cause de l’envie qu’ils nous portent et qui leur fait désirer notre damnation éternelle, et à cause de leur haine contre Dieu dont l’image resplendit en nous. Et Dieu permet les tentations, afin que nous en triomphions avec le secours de la grâce, et qu’ainsi nous pratiquions les vertus et nous acquérions des mérites pour le paradis

En quel état Dieu a-t-il créé nos premiers parents Adam et Eve ?

Dieu a créé Adam et Eve dans l’état d’innocence et de grâce ; mais bientôt ils en déchurent par le péché.

Quel fut le péché d’Adam ?

Le péché d’Adam fut un péché d’orgueil et de grave désobéissance.

Tous les hommes contractent-ils le péché originel ?

Oui, tous les hommes contractent le péché originel, excepté la Très Sainte Vierge qui en fut préservée par un privilège spécial de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ notre Sauveur.

 

Petit catéchisme du cardinal Ratzinger

492. Quels sont les principaux péchés contre la chasteté ?
 

Sont des péchés gravement contraires à la chasteté, chacun selon la nature de son objet : l’adultère, la masturbation, la fornication, la pornographie, la prostitution, le viol, les actes homosexuels. Ces péchés sont l’expression du vice de luxure. Commis sur des mineurs, de tels actes sont un attentat encore plus grave contre leur intégrité physique et morale.

 

Catéchisme du curé Meslier 1790

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k464846

" Qu'est-ce que Dieu ?

Dieu est tout ce que veulent les Prêtres."

"Qu'entendez-vous par la résurrection de la chair ?

J'entends... une absurdité. La résurrection des corps n'est qu'un piège tendu à ceux qui n'ont point d'esprit."

"Qu'est-ce que les sacrements en général ?

Ce sont des pratiques superstitieuses, instituées par des fourbes pour diriger des sots."

"Comment pèche-t-on contre la Foi ?

De quatre manières :

1°. En se servant de sa raison.

2°. En osant douter.

3°. En restant neutre ou indifférent.

4°. En usant de tolérance."

" Qui était Abraham ?

Le père des Croyants. Sa famille diminue de jour en jour et va bientôt s'éteindre."

" [à propos de Marie] A-t-elle toujours été Vierge ?

Autant qu'on peut l'être, quand on a eu un enfant."

"Jésus-Christ n'est-il plus sur la terre ?

La meilleure partie de lui-même, son esprit intolérant et fanatique, y est toujours."

 

Catéchisme Gnostique

http://www.esoblogs.net/Catechisme-Gnostique-de-l-E-G-C-A.html

Nous vous offrons ici la profession de foi provisoire de notre Très Sainte Eglise Gnostique Chaotico-Apostolique*, afin d’élever vos âmes et vos cœurs vers la Très Sainte Gnose.

D : Qu’est la Gnose ?

R : La Gnose est la Science illuminante.

D : Que voulez-vous dire par là ?

R : Je veux dire que cette science est du Divin, de l’Humain et du Naturel, de la Nature, ou de l’Infini et du Fini.

D : Veuillez réciter la profession de Foi ?

R : Je confesse la doctrine de l’Emanation et du Salut au travers de la Gnose.

D : Cette confession, accompagnée par la morale, donne le Salut.

R : Oui, par la grâce des Saints Eons.

D : Qu’est-ce qui était au commencement ?

R : Au commencement, le Néant était endormi. Il est le Silence ; Il est l’Abysse. Il est impérissable, sans acte, sans commencement, sans fin ; il est seul, omniprésent, imperceptible, indéfini : tel est le commencement.

D : Que contient cette Essence Primordiale (Proarché) ?

R : Le Feu et la Lumière.

D : Qu’appelez-vous Eons ?

R : Les Eons sont les puissances créatrices de l’Essence Primordiale. Ce sont les forces en équilibre qui émanent du Propator.

 

* On croirait du DALI

 

cate-macon.gifCatéchisme d'Apprenti de la Loge égyptienne

http://www.arbredor.com/extraits/rituel.html

Etes-vous maçon égyptien ?
Oui. Je le suis, avec force et sans partage.


De quel lieu venez-vous ?
Du fond de l'Orient.


Qu'est-ce que vous y avez observé ?
La très grande puissance de notre fondateur.


Que vous a-t-il enseigné ?
La connaissance de Dieu et de moi-même.


Que vous a-t-il recommandé avant votre départ ?
De prendre deux routes, la philosophie naturelle et la philosophie surnaturelle.


Que signifie la philosophie naturelle ?
Le mariage du soleil et de la lune et la connaissance des sept métaux.


Vous a-t-il indiqué une route sûre pour parvenir à cette philosophie ?
Après m'avoir fait connaître le pouvoir des sept métaux, il m'a ajouté : celui qui a connaissance de la mort, connaît l'Art.

 

 

"LE CATÉCHISME DU PEUPLE"  

publié en BELGIQUE en 1886,  par Alfred DEFUISSEAUX .

 

CHAPITRE I. - 1ère leçon

De la Condition du Peuple et de son esclavage

1. Qui es-tu ?

 Je suis un esclave.

2. Tu n'es donc pas un homme ?

Au point de vue de l'humanité, je suis un homme ; mais par rapport à la société, je suis un esclave.

3. Qu'est-ce qu'un esclave ?

C'est un être auquel on ne reconnaît qu'un seul devoir, celui de travailler et de souffrir pour les autres.

4. L'esclavage a-t-il des droits ?

 Non.

5. Quelle différence y a-t-il au point de vue physique entre l'esclave et l'homme libre ?

Il n'y a aucune différence ; l'esclave aussi bien que l'homme libre doit boire, manger, dormir, se vêtir. Il a les mêmes nécessités animales, les mêmes maladies, la même origine, la même fin.

6. Qu'est-ce qu'un homme libre ?

C'est celui qui vit sous un régime de lois qu'il s'est volontairement données.

7. A quoi reconnaissez-vous en Belgique l'homme libre de l'esclave?

En Belgique, l'homme libre est riche ; l'esclave est pauvre.

8. L'esclave existe-t-il dans tous les pays ?

Non. La République Française, la République Suisse, la République des États-Unis et d'autres encore ne sont composées que d'hommes libres. Tous les citoyens font les lois et tous s'y soumettent.

9. Que faut-il donc pour faire d'un esclave un homme libre ?

Il faut lui donner le droit de vote, c'est-à-dire établir le suffrage universel.

10. Qu'est-ce que le suffrage universel ?

C'est le droit pour tout citoyen, mâle et majeur de désigner son député en lui donnant mission de faire des lois pour les travailleurs.

catechisme-positiviste.jpgCATÉCHISME POSITIVISTE

ou SOMMAIRE EXPOSITION DE LA RELIGION UNIVERSELLE EN ONZE ENTRETIENS SYSTÉMATIQUES entre une Femme et un Prêtre de l'HUMANITÉ par Auguste COMTE

http://classiques.uqac.ca/classiques/Comte_auguste/catechisme_positiviste/catechisme_positiviste.html

« Au nom du passé et de l'avenir, les serviteurs théoriques et les serviteurs pratiques de l'HUMANITÉ viennent prendre dignement la direction générale des affaires terres­tres, pour construire enfin la vraie providence, morale, intellectuelle, et matérielle; en excluant irrévocablement de la suprématie politique tous les divers esclaves de Dieu, catho­liques, protestants, ou déistes, comme étant à la fois arriérés et perturbateurs. » Telle fut la proclamation décisive par laquelle, au Palais-Cardinal, je terminai, le di­man­che 19 octobre 1851. après un résumé de cinq heures, mon troisième Cours philo­so­phique sur l'histoire générale de l'Humanité.

 

La Femme. Je me suis souvent demandé, mon cher père, pourquoi vous persistez à qualifier de religion votre doctrine universelle, quoiqu'elle rejette toute croyance surna­tu­relle. Mais, en y réfléchissant, j'ai considéré que ce titre s'applique communément à beaucoup de systèmes différents, et même incom­patibles, dont chacun se l'approprie exclusivement, sans qu'aucun d'eux ait ja­mais cessé de compter, chez l'ensemble de notre espèce, plus d'adversaires que d'ad­hé­rents. Cela m'a conduite à penser que ce ter­me fondamental doit avoir une accep­tion générale, radicalement indépendante de toute foi spéciale. Dès lors, j'ai présu­me que, en vous attachant à cette signification essen­tielle, vous pouviez nommer ainsi le positivisme, malgré son contraste plus profond envers les doctrines antérieures, qui proclament leurs dissidences mutuelles comme non moins graves que leurs concor­dances. Toutefois, cette explication me semblant encore confuse, je vous prie de commencer votre exposition par un éclaircissement direct et précis sur le sens radical du mot religion.

 

Le Prêtre. Ce nom, ma chère fille, n'offre en effet, d'après son étymologie, aucu­ne solidarité nécessaire avec les opinions quelconques qu'on peut employer pour atteindre le but qu'il désigne. En lui-même, il indique l'état de complète unité qui dis­tin­gue notre existence, à la fois personnelle et sociale, quand toutes ses parties, tant morales que phy­si­ques, convergent habituellement vers une destination com­mu­ne. Ainsi, ce terme équivaudrait au mot synthèse, si celui-ci n'était point, non d'après sa propre structure, mais suivant un usage presque universel, limité mainte­nant au seul domaine de l'esprit, tandis que l'autre comprend l'ensemble des attributs humains. La religion consiste donc à régler chaque nature individuelle et à rallier toutes les individualités; ce qui constitue seulement deux cas distincts d'un problème unique. Car, tout homme dif­fè­re succes­sivement de lui-même autant qu'il diffère simultanément des autres; en sorte que la fixité et la communauté suivent des lois identiques.

Une telle harmonie, individuelle ou collective, ne pouvant jamais être pleinement réalisée dans une existence aussi compliquée que la nôtre, cette définition de la religion caractérise donc le type immuable vers lequel tend de plus en plus l'ensemble des efforts humains. Notre bonheur et notre mérite consistent surtout à nous rappro­cher autant que possible de cette unité, dont l'essor graduel constitue la meilleure mesure du vrai perfec­tionnement, personnel ou social. Plus se développent les divers attributs humains, plus leur concours habituel acquiert d’importance; mais il devien­drait aussi plus difficile, si cette évolution ne tendait pas spontanément à nous rendre plus disciplinables, comme je vous l'expliquerai bientôt.

Le prix qu'on attacha toujours à cet état synthétique dut concentrer l'attention sur la manière de l'instituer. On fut ainsi conduit, en prenant le moyen pour le but, à trans­porter le nom de religion au système quelconque des opinions correspondantes. Mais, quelque inconciliables que semblent d'abord ces nombreuses croyances, le positivisme les combine essentiellement, en rapportant chacune à sa destination tem­po­raire et locale. Il n'existe, au fond, qu'une seule religion, à la fois universelle et défi­ni­tive, vers laquelle tendirent de plus en plus les synthèses partielles et provi­soires, autant que le compor­taient les situations correspondantes. A ces divers efforts empiriques, succède mainte­nant le développement systématique de l'unité humaine, dont la constitution directe et complète est enfin devenue possible d'après l'ensemble de nos préparations spontanées. C'est ainsi que le positivisme dissipe naturellement l'antagonisme mutuel des différentes religions antérieures, en formant son propre domaine du fond commun [1] auquel toutes se rapportèrent instinctivement. Sa doctrine ne pourrait pas devenir universelle, si, malgré ses principes anti-théologiques, son esprit relatif ne lui procurait nécessairement des affinités essentielles avec chaque croyance capable de diriger passagèrement une portion quelconque de l'humanité.

CATECHISME DES NORMANDS,

Composé par un Docteur de Paris. XVIIIe siècle  (Médiathèque de Lisieux)

~*~

D. Estes-vous Normand ?
R. Oui par la grace de ma naissance, & par la grace de mon intrigue.

D. Qui est celui qu’on doit appeller Normand ?
R. C’est celui lequel étant ne d’un pere Normand, naturellement intriguant fait profession exacte d'une intrigue dissimulée.

D. Quel est le signe du Normand ?
R.
C'est d'être toûjours prêt â faire de faux sermens en faveur de celui qui lui donne le plus d'argent.

D. Comment fait-il le signe ?
R.
En tenant ses mains dessus sa tête pour affirmer plus hardiment le faux serment qu'il fait pour vil prix, & les rabaissant lorsqu'on lui fait offre de plus d'argent qu'il n'en a reçû pour les lever, afin d'affirmer effrontément le contraire de son premier serment.

D. Quelle est la fin du Normand.
R.
C'est de trahir ses plus grands amis.

 

http://www.bmlisieux.com/normandie/catechis.htm

 

 

 

P.S. qui n’a rien à voir

« Parce que c'était une magnifique chanson antiraciste, Barbara avait inscrit Lily à son répertoire en 1993. En 2005, la chanson devient sujet du bac technologique, dans l'académie de Rennes :

"Rédigez une lettre à partir de la chanson de Pierre Perret : Lily, un an après son installation à Paris, écrit à sa famille restée en Somalie. Elle dénonce l'intolérance et le racisme dont elle est la victime."

Fureur du philosophe Alain Finkielkraut. "Pour avoir son bac français, il n'est pas recommandé, il est obligatoire de vomir la France. L'école française se conçoit elle-même comme une fabrique de Français antifrançais, déclare-t-il en juin 2005 à la radio. Les amis de Lily ont supplanté les hussards noirs de la République... Nous subissons aujourd'hui la déferlante des amis de Lily", etc. L'épisode a blessé Perret, peu habitué aux chocs frontaux. " Lily, ça n'existe pas ? J'ai honte pour lui. Il est mûr pour rejoindre Bruno Gollnisch." Puis il choisit de hausser les épaules, le nez, les oreilles, et le sourire avec. »

Le Monde 12/12/07

Ce qui prouve que « L’équipe de France black, black, black… » n’était pas un dérapage du Finkie qui n’en continue pas moins de ratiociner sur France culture.

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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 22:08

confucius.JPG

Confucius qui nous roula comme des chinois s'éloigne du côté de la bourse au son de la pathétique de Beethoven.

 





  A l'époque des Pyramides d'Egypte, la gare de Perpignan avait déjà garé depuis plus de deux billions d'années, l'Europe et l'Asie de cette fameuse dérive des continents, laquelle, aujourd'hui, est une vérité comme un temple scientifique, aussi colossale qu'une pyramide cybernétique. Ainsi le premier grand traumatisme géologique eut lieu entre Salses et Narbonne au moment où le golfe de Biscaye se forma par déchirement.

Ceci étant dit, les lecteurs habitués à suivre ma pensée me verront venir d'une heure loin. Quand à ceux qui ne sont pas au courant de mes écrits, il est plus que certain qu'ils n'y comprendront rien. C'est regrettable pour eux, car rien n'est plus divertissant et joyeux que de savoir à l'avance où je veux en venir; surtout, s'il s'agit d'un fait tellement inattendu et remarquable que celui qui, en peu de mots, ne consiste ni plus ni moins qu'en la formation du péché originel, conséquence de l'androgyne primordial en Adam et Eve. Pour le même prix, il y a de plus en plus de chance que cette androgyne ait été albinos.


  Toutes ces raisons sont plus que suffisantes pour que Sigmund Freud arrive pour mettre un peu en ordre les complexes, ainsi qu'Otto Rank les traumatismes individuels, qui, au fond, sont les mêmes qui guident, aveuglément, les migrations des crevettes, pingouins manchots, empereurs romains et tous genres de pèlerinages, lesquels ne font que suivre les traumatismes gravitationnels tremblements de terre, ces blessures non cicatrisés des continents qui se déchirent.

  Ces hermaphrodites destinés à se déchirer à leur tour, étaient menacés à tel point par les hémorroïdes bibliques, que, pour les apaiser, le Seigneur ordonna que l'on étalât des effigies d'anus en or, de façon à recouvrir ainsi la première pile atomique que fût en son temps l'Arche d'Alliance en son temps- comme il est prétendu. Pour arranger les choses, Moïse dut déchirer la mer Rouge en deux parties : Adam et Eve, en imposant le monothéisme qui, aujourd'hui, en pleine révolution culturelle chinoise, nous le voyons, clair comme de l'eau, est le contraire du Yin et du Yang, cette dualité de Confucius.

Tel le Père Malebranche, nous devons nous méfier comme de la peste ou de Beethoven qui est encore plus pathétique - sybaritiquement que le romantisme et, principalement le romantisme allemand, le pire de tous, qui partout où il passe, a fait plus de mal que la grêle.


  Le jour où on se débarrassera de péché originel et de toutes les opinions qu'il a entraînées, pour la première fois la grande guérison des âmes aura lieu - sachant que les atavismes géologiques ne nous feront plus peur, puisque nous les connaîtrons, et pourrons les compter avec les 5 doigts de la main. De cette façon, la route de Moïse, découverte par Freud, rejoindra la voie impériale du classicisme, qui aujourd'hui, n'est autre qu'“l'Hyparxiologie" de l'unique philosophe hyperréaliste, Fransesc Pujols.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore son œuvre géniale, ce que je dis sera exactement comme si on leur parlait de la pluie et du beau temps.

 

Salvador Dali

dalisign.JPG

 

PS A lire un article assez délirant d'un Daliâtre : Dali le grand prophète du XXIe siècle !

Ci-dessous un diaporama sur le Musée Dali de Figueres et Port Lligat

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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 14:08

C’est dommage !

Mais les rois mages

Puent le fromage !

Ça c’est du mich’teau !

Je ne sais pas pourquoi la lecture du Chagrin d’école de Daniel Pennac m’a remis en mémoire cette plaisanterie de potaches répétée infatigablement en 7e.

Inutile de faire l’article pour un bouquin que j’avais acheté à peine paru et que je viens de racheter avec, du coup, le bandeau du Renaudot. Grand lecteur de journaux, je les laisse s’accumuler sur le canapé, jusqu’à ce que pris d’une sorte de bouffée rangeatoire, j’entasse le tout dans un sac jaune du ramassage sélectif (papiers, cartons). Cette fois-là, le lendemain, impossible de remettre la main sur mon Pennac : noyé au milieu des Ouest-France, Libé et Monde, il avait dû en subir le sort, à peine sorti des presses et déjà recyclé !

 

Donc la lecture des deux premières parties me renvoie dans cette 7e de St Jo, école privée de garçons, dont le maître, un laïc, M. Bimier je crois, devait subir à longueur de journée, notre ritournelle :

C’est dommage !

Mais les rois mages

Puent le fromage !

Ça c’est du mich’teau !

Ritournelle qui venait perturber ses leçons, d’autant qu’il tentait en vain de raisonner l’infernal gamin que j’étais. Renvois chez le directeur, sermons rugueux, rien n’y fit. Il fallut donc débarrasser le malheureux, à la limite de la dépression, de ma présence. Mais dans le contexte de guerre scolaire qui sévissait à l’époque, pas question d’un renvoi qui m’aurait propulsé à la laïque, je fus donc envoyé dans une classe, assez bâtarde, qui venait d’être formée avec des élèves qui poursuivaient vers le certif, baptisée 5e, pour créer un Cours Complémentaire, l’école publique venant de créer le sien ! En plein milieu d’année, avec des « grands », dans une classe d’à peine vingt élèves, je ne faisais plus trop le malin.

Mon plus proche complice, lui, devait se retrouver en apprentissage chez l’imprimeur du coin, prénommé Jean-Baptiste, ce qui donnait, bien sûr :

Jean-Baptiste

Plus ki boit, plus ki pisse !

J’arrête là, n’ayant pas le talent de faire concurrence à Pennac. J’étais un autre spécimen de la ménagerie scolaire, non pas le cancre, le chahuteur, mais qui, comme lui finalement, voyait cette étiquette lui coller à la peau. Une petite dernière et j’arrête : plus tard, au Lycée David d’Angers, dans une immense permanence aux fenêtres déjà occultées (elle servait aux projections en 16 mm de films instructifs et moraux tel que Henri Dunant, fondateur de la Croix Rouge), le pion en retard déboule dans un déchaînement de cris et dans l’obscurité – un plaisantin ayant tout éteint – lumières rallumées, doigt accusateur

 « Launay, une heure de colle !

-         Mais, M’sieu

-         Deux heures

-         Mais

-         Trois heures !

Je m’étais pourtant bien gardé de toute manifestation, il avait dû croire reconnaître ma voix…

Mes mésaventures potachères doivent expliquer, en partie au moins, ma profonde méfiance envers tous ces rétropenseurs qui voudraient me faire croire que « c’était bien mieux de mon temps ».

N’exagérons pas dans l’autre sens, même si, interne, de consigne en consigne, je ne rentrais au domicile familial qu’une ou deux fois par trimestre, ce n’était pas l’enfer ! Mais de là à vouloir me faire croire que c’était l’âge d’or…

 

Revenons à Pennac. Je ne sais s’il a appartenu à un quelconque mouvement pédagogique, mais la lecture de chagrin d’école devrait être recommandée à tous (et particulièrement à ceux qui accablent de leur mépris impudent les élèves).


Deux phrases au hasard : « L’idée que l’on puisse enseigner sans difficulté tient à une représentation éthérée de l’élève. La sagesse pédagogique devrait nous représenter le cancre comme l’élève le plus normal qui soit : celui qui justifie pleinement la fonction de professeur puisque nous avons tout à lui apprendre, à commencer par la nécessité même d’apprendre ! »

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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 08:07

“Cimetière virtuel"

 

Parce qu'à la Toussaint une grippe l'a empêché d'aller fleurir la tombe de ses parents, Jean Rollet a créé un cimetière virtuel sur Internet. Un bon moyen, d'après ce retraité dijonnais, de se recueillir sans avoir à prendre le train pour déposer ses chrysanthèmes à date fixe. Aidé d'un infographiste improvisé fossoyeur, le cyberpapy prépare donc l'ouverture - prévue le 1er février - de sites mortuaires sur le Web. En guise d'ornements, les tombes virtuelles sont pourvues de photos numérisées, de renseignements généalogiques et même d'enregistrements sonores du défunt !

 

«Le cimetière virtuel bouscule une culture de la mort vieille de plusieurs millénaires, s'enthousiasme Jean Rollet. Grâce à Internet, les gens pourront préparer leur disparition et laisser une trace de leur passage sur terre.» Nel Obs 23 Janvier 1997”

 

Ce « jour des morts » (le vrai, le lendemain de la Toussaint, fêtes de tous les saints) peut être l’occasion d’évoquer le souvenir d’un quasi anonyme qui fut un grand honnête homme : Jean Rollet !

 

Meknès, en 1968 ou 69, ce directeur du BELC (Bureau d’études linguistiques et culturelles ou quelque chose de proche), annexé au Lycée Paul Valéry, nous reçoit dans son logement de fonction, nous les quasi blédards d’Azrou venus sans doute solliciter quelqu’aide, aux plafonds immenses. Un personnage presque gigantesque, au rire homérique, mais à l’immense gentillesse, père d’une famille nombreuse et heureuse. Nous le retrouverons devenu directeur de l’action culturelle à la MUCF* à Rabat.

 

Ce n’est que beaucoup plus tard que nous apprendrons la saga de Jean Rollet. La mort de son père l’oblige à quitter l’école Normale où il allait devenir instituteur pour reprendre la petite entreprise familiale. Non content de la faire survivre, il va la faire passer d’une vingtaine de salariés à plus de deux cents.

Et mission accomplie, il décide de la céder et, avec sa petite famille fondée entre temps, de retourner à ses premières amours pédagogiques en partant en coopération en Tunisie.

 

C’est donc quelques années plus tard que nous le retrouvions à Meknès, puis à Rabat.

La fin de son séjour marocain a peut-être été gâchée par la malfaisance qui régnait dans beaucoup de couloirs de la MUCF (devenue depuis MUCC) où certains passaient la moitié de leur temps à glisser des peaux de bananes  sous les pieds de leurs collègues et l’autre moitié à les éviter.

 

A son retour, il est redevenu instituteur.

 

Et à sa retraite il est devenu un cyberpapy à une époque où même les 40-50 ans considéraient pour beaucoup Internet et même l’ordinateur avec méfiance…

 

Je l’avais invité à animer une soirée mensuelle pour les parents d’élèves du collège que je dirigeais : malheureusement sa santé s’était dégradée.

 

Malheureusement aussi son idée de « cimetière virtuel » a été dévoyée par des boutiquiers du deuil…

 

Hommage donc à ce grand homme au double sens du mot.

 

* MUCF : Mission Universitaire et Culturelle Française, MUCC : Mission Universitaire et Culturelle de Coopération

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