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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 17:54

La Romance du 14 juillet

WillyRonisChez Max Joinville1947

Comme elle n'avait qu'seize ans à peine
Elle sentit battre son coeur
Un soir avec le môme Gégène
La pauvrette avait cru au bonheur
C'était l'jour d'la fête Nationale
Où c'que la bombe pète en l'air
Elle sentit comme un grand troud’balle
Un frisson qui pénétrait sa chair


Par devant par derrière
Tristement comme toujours
Sans chichi sans manières
Elle a connu l'amour
Les oiseaux dans les branches
En les voyant s'aimer
Entonnèrent la romance
Du quatorze juillet


Mais quand refleurit l'aubépine (De ch'val !)
Au premier jour du printemp (ta cule !)
Fallait voir la pauvre gamine (de rien !)
Mettre au monde un tout p'tit enfant (Tassin !)
Mais Gégène qu'est l'mec à la r’dresse
Lui dit "- Ton goss' moi j'm'en fout
J'te l'ai mis maintenant je te laisse
A ta place je lui tord'rai le cou ! "


Par devant par derrière
Tristement comme toujours
Fallait voir la pauvre mère
Et son gosse de huit jours
En fermant les paupières
Elle lui tordit l'quiqui
Et dans l'trou des water
Elle a jeté son p'tit


Mise au banc de la cour d'Assise
Comme à celui de la société
Elle fut traitée de fille soumise
Le lendemain du quatorze juillet
Entendant le verdict atroce
Qui la condamne au bagne pour pour vingt ans
Elle pensait à son pauvvre gosse
Qu'elle ne verrait plus maintenant


Par devant par derrière
Tristement comme toujours
Elle est morte la pauvr' mère
A Cayenne un beau jour
Morte avec l'espérance
De revoir son petit
Dans la fosse d'aisance
Là où c'qu'elle l'avait mis !

Les oiseaux dans les branches
En la voyant clamser
Entonnèrent la romance
Du quatorze juillet

 

 

 



marc-ogeretLa Marseillaise anticléricale


Léo Taxil 1881


1 -

Allons ! Fils de la République,
Le jour du vote est arrivé !
Contre nous de la noire clique
L'oriflamme ignoble est levé. (bis)
Entendez-vous tous ces infâmes
Croasser leurs stupides chants ?
Ils voudraient encore, les brigands,
Salir nos enfants et nos femmes !

Refrain

Aux urnes, citoyens, contre les cléricaux !
Votons, votons et que nos voix
Dispersent les corbeaux !


- 2 -

Que veut cette maudite engeance,
Cette canaille à jupon noir ?
Elle veut étouffer la France
sous la calotte et l'éteignoir ! (bis)
Mais de nos bulletins de vote
Nous accablerons ces gredins,
Et les voix de tous les scrutins
Leur crieront : A bas la calotte !


- 3 -

Quoi ! Ces curés et leurs vicaires
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Ces assassins de nos pères
Seraient un jour nos meurtriers ! (bis)
Car ces cafards, de vile race,
Sont nés pour être inquisiteurs...
A la porte, les imposteurs !
Place à la République ! Place !


- 4 -

Tremblez, coquins ! Cachez-vous, traîtres !
Disparaissez loin de nos yeux !
Le Peuple ne veut plus des prêtres,
Patrie et Loi, voilà ses dieux (bis)
Assez de vos pratiques niaises !
Les vices sont vos qualités.
Vous réclamez des libertés ?
Il n'en est pas pour les punaises !


- 5 -

Citoyens, punissons les crimes
De ces immondes calotins,
N'ayons pitié que des victimes
Que la foi transforme en crétins (bis)
Mais les voleurs, les hypocrites,
Mais les gros moines fainéants,
Mais les escrocs, les charlatans...
Pas de pitié pour les jésuites !


- 6 -

Que la haine de l'imposture
Inspire nos votes vengeurs !
Expulsons l'horrible tonsure,
Hors de France, les malfaiteurs ! (bis)
Formons l'union radicale,
Allons au scrutin le front haut :
Pour sauver le pays il faut
Une chambre anticléricale.

 


marc-ogeret2Télécharger la Marseillaise anticléricale :

http://mp3bear.com/marc-ogeret-la-marseillaise-anticlericale

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:45

a1 05-08 perso ceuta11Longtemps, très longtemps, Ceuta-Sebta ne fut pour nous qu’un point de passage vers le Maroc et, au retour, vers l’Espagne. Un point de passage souvent très désagréable : jusqu’à cinq heures d’attente bloqués au milieu de files de voitures alors que les formalités, à l’exception du coup de craie final sur le pare-brise, étaient faites. Ou valises  entièrement  vidées – et pas remises en ordre – à la chasse de francs clandestins (à l’époque le change était contingenté).

05-08 perso ceuta05Une seule fois, arrivé dans la soirée, complètement ensuqués – avec en prime une crevaison en plein cagnard – après avoir erré à la recherche d’un hôtel recommandé par Michelin ou je ne sais quel guide, nous avions échoué dans un hôtel flambant neuf, La Muralla, où un bagagiste vidait la R8 et un voiturier me demandait la clé pour aller la garer au parking de l’hôtel. Une bonne douche, puis un petit tour en ville, retour et redouche avant le dîner à l’heure espagnole bien sûr : surprise, les draps de bain avaient été changés ; retour de dîner, un nouveau changement ! Et à un prix dérisoire : à cette époque, les nouveaux hôtels passaient une année de purgatoire à un niveau assez bas, avant d’obtenir un classement définitif.

 

Ceuta, comme Melilla, avec quelques bouts de rocher (peñon) et des îles minuscules, sont les derniers confettis d’empire de l’Espagne, après qu’elle a restitué Ifni, puis quitté le Sahara dit espagnol, chassé par « La marche verte », habilement lancée par Hassan II. Un Hassan II qui, ironiquement, appuyait la revendication espagnole de restitution du rocher de Gibraltar, sous la coupe britiche.

 

Fondée par les phéniciens, Ceuta a longtemps été rattachée à l’Espagne… musulmane (sauf quand les dynasties des almoravides puis des almohades s’emparaient d’Al Andalous). Cependant, elle tombe entre les mains des Portugais dès 1415, avant de revenir à l’Espagne (chrétienne du coup) en 1640. Longtemps, comme Melilla d’ailleurs, bagne et garnison, la population civile n’étant là que pour les besoins des deux autres, elle a ensuite traînée une sale réputation de franquisme, considérée comme le berceau de la rébellion antirépublicaine. Les incidents violents liés aux tentatives d’immigration n’ont pas contribué à améliorer son image de ville de tous les trafics.

 

Il est vrai qu’à Ceuta, le sabre et le goupillon restent présents. La place, sur laquelle donne La Muralla – devenu Parador, mais sans bagagiste, avec un parking souvent surpeuplé et un accueil parfois limite, mais… le moins cher de tous les paradores – on donne sur la cathédrale, une église, et le commandement général orné de beaux canons. La légion étrangère, fer de lance des troupes africaines de Franco, est honorée d’une statue de légionnaire, accompagné d’un bouc avec un calot militaire (bouc avec qui il devait partager la saillie des chèvres). La ville même est parsemée de mosaïques à la gloire de la religion. Cependant la statuaire est d’inspiration plus antique, avec notamment Hercule et ses colonnes. Ville qui, malgré des tentatives de post-modernité, a une architecture de centre ville assez typique des années 60.

 

Ceuta A Lopez MaireMais Ceuta a fait son aggiornamento. La statue d’un Maire socialiste, Antonio Lopez Sanchez Prado, exécuté par les franquistes, est devant la mairie. Le cimetière a été orné d’un monument à la mémoire de tous ceux qui ont partagé le sort de ce maire et ont été jetés dans une fosse commune et leurs noms sont gravés sur le mur. C’est une ville multiculturelle, avec bien sûr des chrétiens qui ont peut-être un peu moins déserté leurs églises que de l’autre côté du détroit, mais aussi des juifs, même si leur communauté a beaucoup perdu de son importance, des hindous venus de … Gibraltar (et des Chinois qui s’implantent). Mais la communauté la plus importante, sans doute proche de 50%, est la communauté musulmane.

 

De quoi vit Ceuta est un mystère. Certes le port connaît en juillet août un trafic intense, mais avec une main d’œuvre réduite au maximum, puisque la « marchandise » - voitures, camionnettes, camions, motos… - se décharge toute seule. Pour le reste, le port accueille quelques rares petits cargos. Bien que dispensées de taxes, les stations services vendent leur pétrole plus cher qu’au Maroc. « El Corte Ingles » a une espèce de solderies de vêtements et chaussures, où des femmes marocaines emplissent de volumineux ballots de toile qui doivent alimenter l’économie atypique, c’est-à-dire la contrebande. Mais cela suffit-il à faire vivre une ville de 70 000 habitants, même si des résidents étrangers du Maroc – et peut-être aussi des Marocains – viennent s’y approvisionner en charcuteries, vins et alcools. Des espagnols continentaux viennent-ils aussi profiter des détaxes (y compris la TVA) ? Mais le statut particulier de Ceuta, bien qu’appartenant à la communauté européenne, a maintenu la douane à Algeciras.

 

Ceuta, comme Gibraltar d’ailleurs, est un anachronisme, sorte de butte témoin d’un passé révolu.

Certes, la légion étrangère n’y a plus qu’un musée, la catholicité, si elle témoigne de sa présence en terre mauresque, ne nourrit plus depuis longtemps l’espoir d’une conquista des terres infidèles. Mais la découverte de cette ville – où on doit s’emmerder à mourir quand on y vit à l’année, d’ailleurs – offre au touriste qui s’y attarde un peu un charme rétro qui mériterait peut-être d’être conservé.

 

Pour compléter :

 

Un album

 

Un site+blog d’Yves Zurlo  http://ceutamelilla.pagesperso-orange.fr/

 

Une assez étrange page d’un collectif de photographes d’inspiration Bergeronnesque, « Du grain à moudre », qui se déroule horizontalement, avec quelques textes (sans doute d’Yves Zurlo) et beaucoup de photos, mais qui gagneraient à être légendées  http://www.dugrainamoudre.net/ceuta/ceuta.html

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 22:10

jamel-debbouzeMaroc tabou, se demande @rrêt sur im@ges, se faisant l’écho d’une réaction à une chronique de Tahar Ben Jelloun et à l’absence de questions des journalistes à Jamel Debbouze dans ses entretiens télévisés.


Dans Le Monde du 23 janvier 2011, dans une chronique intitulée Le Printemps en Hiver l’écrivain Marocain pointe « ces sociétés dans le monde arabe où tous les ingrédients sont réunis pour que tout explose. Trois Etats entrent dans cette configuration. La Libye d'abord,[…] L'Algérie. Un pays et un peuple magnifiques. Des potentialités exceptionnelles. Une jeunesse nombreuse et vive. Des richesses immenses en gaz et en pétrole. Mais un système militaire qui tient le pays depuis l'indépendance et qui ne lâche rien.[…] L'autre pays, c'est l'Egypte. Là, la pauvreté, la corruption et le culte de la personnalité ont fini par installer la rouille dans tous les rouages de l'Etat.[…] On dirait que Dieu a maudit ces pays, il les aurait abandonnés à des guignols bruts et cruels jusqu'au jour où le feu de la justice surgit de la rue, comme un printemps en plein hiver. Ce printemps sera complet le jour où le monde arabe sera débarrassé de ces momies aux cheveux gominés qui sèment la détresse et le malheur parmi leur peuple. »

235972-tahar-ben-jelloun-a-l-elysee

Le 01/02/11, sur Le Monde.fr, Karim Boudjema, professeur à l'hôpital Pontchaillou de Rennes, lui rétorque que « Manque (…) à la table des potentats un invité royal. Le quatrième maillon. Tout aussi rouillé que les trois autres. Là-bas, tout à l'ouest sous les embruns de l'Atlantique[…] le royaume chérifien [est] rongé par la corruption et oxydé de misère. Son peuple, si merveilleux, pétri d'histoire, pétillant d'intelligence, ne mérite pas plus que d'autres d'être maintenu dans la pauvreté et dans la peur par un système hors d'âge. Sur cette terre de soleil, la pauvreté s'infiltre, l'humiliation brise, alors que l'arbitraire fait taire. Et nous ne voyons rien. Il est vrai que tout est soigneusement caché derrière un voile de parades clinquantes, d'hôtels paradisiaques, de golfs luxuriants, de Riads aux piscines illuminées… »


libé-arabeEt @si de remarquer aussi la Une de Libération du 17 janvier, au lendemain de la révolution tunisienne, qui montre Ben Ali (Tunisie), Moubarak (Egypte) Bouteflika (Algérie) Kadhafi (Libye) El Assad (Syrie) ou le roi Abdallah (Jordanie), mais pas le roi Mohammed VI (Maroc). Plus récemment encore, Le Monde du 1er février 2011, consacrait 4 pages (2 rédactionnelles, 2 d’opinions) où le Maroc n’apparaissait que dans une carte et des graphiques. Ces données faisait déjà apparaître des éléments de différenciation du Maroc, dans le Maghreb : dans les moins de 25 ans, la proportion d’étudiants de 19 à 24 ans est la plus faible et de loin des trois pays (11,5 %, contre 31 % en Algérie et 35,2 % en Tunisie) mais le chômage  des 15-29 ans est le plus faible (17,6 %, contre 21,5 % en Algérie et surtout 31,2 % en Tunisie) ; le diplômé chômeur, s’il existe, est donc beaucoup moins fréquent. Mais le PIB par habitant est de loin le plus faible des trois (2868 $, contre 4478 et 4160).


Alors donc que même la Jordanie a droit à un article remarquable de P. Larzillière, aucun spécialiste n’a décrypté la situation marocaine.

Sans vouloir jouer le sociologue ou l’historien, il est possible de rappeler quelques évidences.


Le Royaume du Maroc, avec des dynasties successives et une plus ou moins grande extension – avec les Almohades il dominera Al Andalous, l’Espagne musulmane, et toute l’Afrique du Nord – a toujours gardé son indépendance, depuis le VIIIe siècle. Contrairement à la Tunisie qui a alterné indépendance et appartenance à des empires, le dernier étant l’empire ottoman et à l’Algérie qui, en fait, n’existe que depuis sa colonisation. Le Maroc n’a connu le protectorat français que pendant 44 ans, contre 75 ans Moulay Ismailpour la Tunisie (et ne parlons pas des 132 ans de colonisation de l’Algérie). Protectorat qui a laissé en place le Makhzen, l’administration du Sultan (même si elle était en tutelle).


L’actuelle dynastie est née en 1666 et a connu presque immédiatement son apogée avec Moulay Ismail (1672-1727). Presque trois siècles et demi de royauté alaouite. A comparer avec la dynastie hachémite en Jordanie, née elle en 1946.


Sur le papier, le Maroc peut paraître relativement démocratique. Les partis politiques pêchent plutôt par leur nombre que par leur absence (pas moins de 20 dans la chambre des députés). Les deux dernières élections législatives ont eu lieu dans des conditions jugées transparentes. Certes avec un taux de participation extrêmement bas (37 % en 2007) et une telle atomisation qu’aucune majorité ne se dégage des urnes (le 1er parti compte 56 députés sur 325). L’islamisme parlementaire perd de l’influence.


Certes le Roi est aussi « Commandeur des croyants », mais après tout la Reine d’Angleterre est bien chef de l’église anglicane. Certes le Roi nomme le 1er ministre et le gouvernement est responsable devant lui et devant les chambres (il existe une chambre haute au mode d’élection encore plus folklorique que celui de nos sénateurs) ; le cabinet royal est très interventionniste. Mais, après tout, le Numéro 1 du Sarkozistan s’est attribué à peu près les mêmes prérogatives et son cabinet squeeze les ministres. Internet n’est pas censuré ; avec un art du bidouillage exceptionnel, les marocains captent à peu près toutes les chaînes satellitaires du monde. Pour la liberté de la presse, au début du règne actuel, elle a été quasi complète, mais depuis la situation s’est nettement dégradée, ainsi le « Journal » hebdomadaire a subi des procès qui l’ont ruiné et la presse restante est sous la menace de lois restrictives. En revanche, on trouve Le Canard Enchaîné, Le Monde, Libé, le Nel Obs, etc. dans les grandes villes et villes touristiques.


Mais derrière la façade parlementaire déconsidérée – ce que montre les taux d’abstentions – la réalité du pouvoir reste dans ce qu’on appelle le Makhzen. Il ne s’agit plus tout-à-fait du système administratif traditionnel laissé intact par le protectorat. « Intraduisible en français, le mot désigne les réseaux traditionnels liés au Palais qui irriguent le royaume et concurrencent les circuits étatiques modernes, quand ils ne les court-circuitent pas. Il existe un makhzen économique qui se moque des règles de la concurrence; un makhzen politique où fleurissent les partis sans militants, les députés sans électeurs… Au Maroc, dénoncer le makhzen, hydre sans tête, monstre anonyme, est un rituel commode qui évite de citer des noms de la nomenklatura marocaine, et d’aller plus avant dans l’analyse. » (Jean-Pierre Tuquoi) La fête du trône, fetedutrone2avec la cérémonie d’allégeance des représentants de tribus qui, plus que dans le reste du Maghreb, restent une réalité sociale (déclinante certes, face à l’explosion urbaine), symbolise ce Makhzen, avec ce lien direct, de style féodal, à la personne du roi. Les 45 000 mohhaznis (dit aussi les mrouds), forces auxiliaires, en principe seulement armés de la zarouata (matraque) sont directement rattachés à la cour royale. Ils étaient principalement affectés au bled (la campagne), le pouvoir les redéploie dans les villes.


L’armée marocaine dont les cadres, dans le passé, ont tenté le coup d’état de Skhirrat (le second l’année suivante fut l’œuvre d’Oufkir), est enlisée dans les sables de l’ex-Sahara espagnol. La « Marche verte », coup génial d’Hassan II, a ressoudé le pays autour d’un nationalisme exacerbé que le soutien des frères ennemis algériens au Polisario maintient vivace. Et l’armée y trouve son compte en soldes améliorées et en avantages plus ou moins licites. Mais ce conflit qui s’éternise grève le budget national.


Comme en Tunisie, le dynamisme économique, symbolisé par le nouveau port « Tanger Med », est indéniable. Et le Roi qui, bien que sans doute la plus grosse fortune du royaume, est qualifié de Roi des pauvres, a lancé un programme d’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), pour pallier aux fortes inégalités. Quel est son impact réel ?


Une dynastie ancrée dans l’histoire, un régime qui repose sur des forces de sécurité hypertrophiée mais qui s’appuie aussi sur une société rurale traditionnelle plus présente que dans le reste du Maghreb, une classe moyenne moderne qui aspire à une vie « à l’occidentale », sans parler de la question amazigh où ceux que l’on nomme berbères sont plus présents et actifs, une misère qui s’entasse dans des bidonvilles urbains, un ressort nationaliste avec le Sahara occidental toujours prêt à être tendu, une certaine liberté sinon une liberté certaine… le tableau bien incomplet ne se réduit pas à une image d’Epinal.  

 

Maroc tabou ? Peut-être aussi, chez les vrais sociologues, politologues, etc. et chez beaucoup d’amis du Maroc, le constat que le contexte marocain n’est pas celui de la Tunisie, ni de l’Egypte. Ils laissent donc aux prophètes de l’après coup le soin de leur expliquer ce qu’ils auraient dû prévoir…

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 16:16

maspero jean-luc bertini01

 

A rerelire après le décès de Fidel Castro !

A relire à l'occasion des 90 ans de Fidel Castro

 

 

 

 

Trente huit ans après son premier séjour, au lendemain de la victoire des « barbudos », François Maspero revient à Cuba. Juillet 1961, juillet 1999.

« Dans les années 60, on ne venait pas à La Havane pour chercher la douceur de vivre, mais attiré par l'idée, que peut-être, dans cette révolution toute neuve, on trouverait, pour l'humanité, une autre manière de vivre. Il paraît, aujourd'hui, que c'était un mirage […]. Mais doit-on accuser le voyageur assoiffé de croire au mirage ? Or on y croyait. Les Cubains eux-mêmes, d'abord. » Ce fondateur des « éditions Maspero » résolument de gauche, venait à Cuba pour la revue « Partisans » qu’il avait aussi fondée.

Il rappelle qu’au départ, la révolution cubaine ne s’inscrivait pas dans le marxisme,  mais dans la continuité de la guerre d’Indépendance : « En 1959, une équipe de jeunes gens - leur chef avait trente-deux ans - était descendue de la sierra et avait balayé une dictature corrompue et honnie. Les révolutionnaires faisaient leur le programme jamais appliqué des insurgés de la guerre d'indépendance, du visionnaire José Marti tué au combat en 1895 »

En 1999, arrivés à la nuit tombée, le car qui emportent les passagers vers l’hôtel, passe par une banlieue obscure. « Pour nous l'air est moite, pour les Cubains il est frais. Les Cubains, on en distingue des groupes sur les trottoirs devant les maisons basses. Presque pas de circulation automobile, des vélos sans lumières. Cette ville fantomatique me fait penser à Bucarest au temps de la chute de Ceausescu. » « Une ville dépérit quand tous les commerces sont fermés, et plus encore, quand on manque de crédits pour l'entretien de la voirie, quand on laisse les façades se ronger, prélude à leur effondrement. » « Les façades lépreuses s'écroulent. Des terrains vagues marquent les constructions disparues. » « La crise du logement sévit dans toute l'île, mais plus encore dans la capitale » « L'eau, (…), il faut la monter dans des conteneurs. Et pour faire la cuisine, il y a le kérosène, qui est dangereux. »

 

De la Tricontinentale aux soviétiques

François Maspero rappelle la tentative de créer un pôle tiersmondiste, indépendant des pôles chinois et soviétique, avec la conférence de la Tricontinentale en 1965. L’ambition aussi de créer 3 ou 4 Vietnams portée par le mythe du « Che », disparu de la scène cubaine.

Et qui se conclut par le ralliement de Fidel Castro au camp soviétique.

Plus que l’échec de Guevara en Afrique, comme en Amérique latine, d’exporter la révolution, c’est l’échec cinglant de la mobilisation des « coupeurs de canne à sucre » pour une mythique récolte de dix millions de tonnes qui explique ce ralliement. L’économie de l’ile ne s’est jamais relevée de ce fiasco du « grand bond en avant » à la mode cubaine !

 

Ce ralliement allait se traduire dès 1971 par le procès stalinien du poète Padilla* « accusé d'être un agent de l'étranger, emprisonné et obligé à d'ubuesques "aveux". »

Maspero rappelle aussi « le général Ochoa - qui avait 20 ans dans la Sierra Maestra et fut le héros de la guerre de l'Ogaden -, le colonel Tony de la Guardia, exécutés en 1989 après une parodie de procès ».

 

Dans son périple sur l’île d’abord en bus, puis en train, puis, faute de moyens de transport qui ne demandent pas des jours d’attente en voiture de location, en bus enfin, Maspero décrit des villes où pratiquement seules les bicyclettes et les carrioles circulent, villes où l’électricité fonctionne un jour sur deux alternativement dans chaque quartier.

« Disparue (…), la confiance heureuse des premiers temps de la révolution : on se serrait la ceinture, on se serrait les coudes, on croyait aux promesses des lendemains, le slogan était Siempre se puede mas (on peut toujours plus). Que reste-t-il, sinon ce constat : no se puede mas (on n'en peut plus)? »

En témoigne le sort de cette institutrice qui gagne 100 pesos par mois (31 F, l’Euro vient de naître), dont les élèves n’ont aucune fourniture, dans un pays qui avait pour devise « Etre instruit pour être libre » et qui manque de maîtres.

Crise économique et répression

Mais "le calme plat de la non-espérance" s’explique aussi par l’impossible sortie de crise : « Si, par exemple, le prix des produits de base, accessibles dans les magasins d'Etat (même en quantité insuffisante), avec la libreta - la carte de rationnement - se trouvaient ramenés à un prix de marché réel, ce serait passer, pour la majorité du peuple, de l'économie de pénurie à l'économie de famine. Si, au nom d'une saine gestion libérale, on " dégraissait " les effectifs pléthoriques des entreprises, une grande partie du peuple serait au chômage. »

Maspero raconte aussi la répression, répression économique contre le marché noir (cependant omniprésent),  la prostitution qu’engendre le tourisme et plus généralement les contacts avec les étrangers ; répression politique : quatre dissidents, dont le fils de Blas Roca, vieux militant communiste, viennent d'être condamnés à la prison, pour une lettre demandant qu’on pose les problèmes d’avenir. « Dans cette société dichotomisée par le dollar, ils ont osé parler des maux du présent, de la manière d'en sortir, des rapports avec la diaspora cubaine qui aide les familles de l'île et contribue ainsi à empêcher l'asphyxie de l'économie intérieure, de "démocratisation", d'abstention aux prochaines élections où un seul parti est autorisé, de "transition". La démocratisation ? Pourquoi, puisque le système du pouvoir populaire est le plus démocratique du monde ? L'abstention - et pis encore écrire "non" sur le bulletin - est qualifiée d'"infamie". La transition est un mot tabou, Cuba est et restera socialiste. » « Les quelques journalistes "libres" qui tentent de survivre sans statut, les personnes connues pour leurs positions critiques, convoquées à plusieurs reprises par les "organes" de l'État, sentent planer de nouveau la menace des actos de repudios, manifestations "spontanées" et violentes de "réprobation" contre leur trahison. » Ce sont ces actos de repudios qu’ont subis les dames en blanc, abondamment calomniées par nos castrophiles français !

 

La troisième mort du Che

Les conclusions de François Maspero sont implacables : « Fidel a déterré le cadavre de Che Guevara pour l'embaumer. […] l'image du Che rapporte autant sinon plus de dollars que le soleil, les plages, les cigares et la salsa (laquelle, en outre, n'a jamais été une musique cubaine). Le Che a été tué deux fois : la première, politiquement, quand il a dû quitter ses responsabilités à Cuba "pour d'autres terres du monde" en 1965 ; la seconde, physiquement, en Bolivie, en 1967. Aujourd'hui, c'est sa troisième mort. »

Cuba : le calme plat de la non espérance

« Ce peuple est pris en tenaille entre le blocus américain qui l'étrangle et l'impéritie ou la folie des grandeurs de la classe dirigeante. Il est partagé entre la fascination pour le dollar et la crainte de perdre ce minimum que l'État paternaliste lui garantit sous le nom de "conquêtes de la Révolution", tant sur le plan matériel que social et culturel. Un minimum qui, dans des pays voisins, il faut toujours le rappeler, n'existe pas. »

Source : Une série de 6 articles dans Le Monde à partir du 6 juillet 1999

http://www.ordiecole.com/cuba/maspero1.html

* Heberto Padilla, poète cubain, avait, avec son épouse, soutenu le Révolution ; mais son ouvrage Fuera del Juego ayant été jugé critique envers le régime, il dut faire son autocritique dans la grande tradition stalinienne. Il fut emprisonné de 1971 à 1980. Son procès provoqua la colère de nombreux intellectuels, dont Sartre et Cortazar, à l’encontre du régime castriste.

 

 

 

N.B. L'article Quand Mélenchon boycotte le Prix Sakharov m'a valu de recevoir, en courriel, un article pro Mélenchon et encore plus pro-castriste mettant en cause les "droitsdelhommistes" et pratiquant les grossiers amalgames auxquels nous avait déjà habitués le "petit père des peuples" : après Rigway la peste, c'est Obama la peste et soutenir les dissidents cubains, c'est évidemment défendre la politique israëlienne, Guantanamo, l'Arabie Saoudite (ce qui n'empêche pas l'auteur de ce poulet de prétendre qu'il soutient "les cubains qui luttent pour plus de démocratie" (sauf ceux qui reçoivent le Prix Sakharov).

 

François Maspero - que j'ai eu la chance de rencontrer quand il a édité L'école en lutte que j'avais écrit pour le Sgen-CFDT - a fait partie de ceux qui ont adhéré à cette révolution des jeunes "barbudos" ; il a été de nombreuses fois à Cuba ; ce reportage dans un Cuba qu'il a, à nouveau, parcouru pendant un mois est une description d'une situation qui ne s'est probablement pas améliorée depuis 11 ans.

 

A lire : la préface à « Ruptures à Cuba le castrisme en crise » de Janette Habel (écrite en 1989, moins sévère que les articles du Monde).

 

Voir aussi Habel Janette, « Le castrisme après Fidel Castro. Une répétition générale »Mouvements, 5/2006 (no 47-48), p. 98-108. Les questions qu'elle pose en 2006 restent largement en suspens 10 ans plus tard.

Et un article plus récent, à l'occasion du voyage de F. Hollande à Cuba A Cuba, chevaucher le tigre (avril 2016).

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 16:55
Laïcité : il y a 105 ans, la loi de 1905

« Nous ne sommes pas des ennemis de la religion. Nous sommes, au contraire, les serviteurs de la liberté de conscience, respectueux de toutes les opinions religieuses ou philosophiques. » (Gambetta,18 septembre 1878).

 

« Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat

 

Titre Ier : Principes.

loi-1905-1Article 1

 

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

 

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3. »

 

Si la loi de 1905 a été adoptée dans un climat d'affrontement entre cléricaux et anticléricaux, l'intention de ses initiateurs était d'en faire une loi libérale acceptable par tous les républicains, mais aussi par les catholiques afin de mettre un terme au conflit des « deux France ».

Si l'adhésion à une religion relève de la conscience [individuelle], le culte est nécessairement un acte collectif. [S’il relève du droit privé] l'exercice du culte est public car il est ouvert au public et peut s'exercer dans l'espace public à condition d'être autorisé.

 

L'État doit donc garantir aussi bien le libre exercice des cultes que la liberté de conscience. L'État doit donc poursuivre toutes les entraves au libre exercice des cultes comme toutes les contraintes exercés sur des particuliers pour qu'ils participent à des cultes. Ainsi l'État ne doit jamais intervenir dans les affaires religieuses sinon pour faire respecter la liberté de conscience et la liberté des cultes.

 

Ainsi a été définie une séparation des Églises et de l'État respectueuse de la liberté des cultes et de l'organisation propre des Églises. Cette séparation est une « double émancipation » pour l'État comme pour les Églises. La loi de 1905 laïcise complètement la République en parachevant les lois laïques de 1879-1886, mais elle donne aux religions une liberté inédite jusque là. Elle définit la laïcité par trois principes indissociables : la liberté de conscience, l'égalité des droits et la séparation de l'État et de toutes Églises…

 

Jean-Paul Scot

 

http://www.histoire.ac-versailles.fr/old/histoire/1905/jpscot.htm

 

 

loi-1905-3Bizarrement, J. P. Scot réduit le rôle d’Aristide Briand, qu’il dit avoir été « cornaqué par Jean Jaurès », à peu de choses. Mais, il s’est même vu des spécialistes auto-proclamés de la laïcité attribuer la paternité de la loi au petit père Combes, alors qu’il a été longtemps sur une ligne gallicane. Aristide Briand a bien été le maître d’oeuvre de cette loi : il n’est que de relire son rapport et les procès-verbaux des débats pour voir le rôle primordial qu’il a eu, dans l’adoption de la loi. Ce qui n’enlève rien à ceux de Jean Jaurès ou de Ferdinand Buisson.

 

 

 

 

Voir aussi :

Loi de 1905, des débats toujours actuels

Le Chanoine de Latran et « l’anticléricalisme d’état »

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 23:28

Nov10 Essaouira 05Les portes de cette ville du XVIIIe siècle sont d’abord celles des remparts (Bab Doukkala, Marrakech, Sbâa, El Minzah sans oublier les monumentales portes intérieures). Mais  l’album vous propose celles des habitations photographiées au fil des errances dans les rues et ruelles de cette médina.


Nov10 Essaouira 06

Nov10 Essaouira 04Ville qui fut un modèle de cohabitation : au faîte de son rôle commercial, elle comptait plus de juifs que de musulmans et les puissances européennes avaient des « représentations ». Son église fait toujours retentir ses cloches le dimanche. Il reste une synagogue et les cimetières juifs sont respectés. Mais le Mellah (quartier juif) tombe en partie en ruines.

 


Nov10 Essaouira 03


Notre séjour démarré sous un soleil resplendissant a ensuite connu un véritable déluge (sans toutefois que ces pluies diluviennes aient des conséquences dramatiques comme à Casa), avec un vent violent. Mais les t° sont restées extrêmement clémentes. Il faudra se réadapter demain à l’hiver précoce et rigoureux qui sévit sur la France.


Nov10 Essaouira 08

 

 

Nov10 Essaouira 07

 

Cette plaque, apposée donc en 1914, donne aussi la date dans le calendrier juif (5674) et musulman (1332).

 

Nov10 Essaouira 01

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 20:49

affiche rouge

 

L’affiche rouge

Louis Aragon


Vous n'avez réclamé ni la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erevan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

 



GroupeManouchian

 

LE GROUPE MANOUCHIAN :
. Celestino Alfonso (espagnol)
. Olga Bancic (roumaine)
. Joseph Boczov (roumain)
. Georges Cloarec (français)
. Roger Rouxel (français)
. Robert Witchitz (français)
. Rino Della Negra (italien)
. Spartaco Fontano (italien)
. Césare Luccarini (italien)
. Antoine Salvadori (italien)
. Amédéo Usséglio (italien)
. Thomas Elek (hongrois)
. Emeric Glasz (hongrois)
. Maurice Fingercwajg (polonais)
. Jonas Geduldig (polonais)
. Léon Goldberg (polonais)
. Szlama Grzywacz (polonais)
. Stanislas Kubacki (polonais)
. Marcel Rayman (polonais)
. Willy Szapiro (polonais)
. Wolf Wajsbrot (polonais)
. Arpen Lavitian (arménien)
. Missak Manouchian (arménien)

 

GroupeManouchianMemorial

 

 

Souvenez-vous de  N. Sarkozy qui se réclamait de Guy Môquet, jeune résistant communiste fusillé à 17 ans par les nazis, le 22 octobre 1941. Maintenant, lui et ses sbires  montrent du doigt ces immigrés qui seraient la cause de tous les problèmes. Pourtant, un Français sur trois a l’un de ses grands parents qui est d’origine étrangère. Pourtant, les soldats « indigènes » ont largement contribué à défendre et à libérer la France. Pourtant, la Résistance à l’occupation et au fascisme a compté de nombreux héros d’origine étrangère. La libération du pays, ils l’ont payée de leur sang. Pourtant les « Roms » ont, comme les juifs, étaient victimes de l’Holocauste !

 

D'après Paul Euzière


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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 17:51

Le Courrier de l’Ouest, repris par Le Monde ou le site du Nel Obs, nous apprend que M. Xavier Argenton, Maire « Nouveau Centre » de Parthenay, a interdit la lecture, par des élèves d’un collège, d’une lettre d’Ida Grinspan, ancienne déportée à Auschwitz, à la « Journée nationale du souvenir ».

IdaGrinspan3Ida Grinspan, née Fensterszab, a su très tôt, par ses parents, ce qu’était les pogroms : son père qui, avec sa famille, avait fui l’antisémitisme polonais, lui disait « la chance d’être en France ». Elle, elle était née après cet exil, en 1929, à Paris. Si ses parents l’avaient envoyée dans un village des Deux-Sèvres, à côté de Melle, en juin 1940, ce n’est pas par crainte mais pour qu’elle ait de meilleures conditions de vie. Stupéfaction donc, quand son père, par lettre, lui apprend l’arrestation de sa mère dans la rafle du Vél d’hiv, en juillet 1942.  Elle-même sera arrêtée dans sa famille d’accueil par trois gendarmes dans la nuit du 30 au 31 janvier 1944, vers minuit. Dans un témoignage au journal Le Monde, elle raconte que trois gendarmes  sont venus dans sa famille d’accueil, disant qu’il venait arrêter la petite juive et que si on ne la trouvait pas ils arrêteraient le mari. Emmenée à Melle, elle est immédiatement interrogée, par le chef de la brigade, sur l’adresse de son père resté en région parisienne. Elle sera envoyée à Drancy, avant d’être déportée à Auschwitz.

Une professeure d’histoire-géo, du collège Notre-Dame-de-la-Couldre, qui anime depuis cinq ans un groupe d’élèves volontaires pour participer aux cérémonies commémoratives, avait demandé à Mme Grinspan de rédiger un texte qu’elle comptait faire lire par ses élèves à la journée nationale du souvenir. La municipalité de Parthenay compte en ses rangs un adjoint « chargé des affaires patriotiques », attribution qui a une résonance bizarre ; comme par hasard, c’est un ancien gendarme qui est titulaire du poste et qui, apparemment est l’ordonnateur des cérémonies. On lui soumet donc le texte d’une des dernières survivantes de l’Holocauste. Il tique sur l’évocation de son arrestation par trois gendarmes. Le maire l’approuve : "Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui, dans ces temps troubles, avait obéi aux ordres de l'autorité légitime", a-t-il dit à son adjoint. Ce texte "n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", a-t-il ajouté. (Le Monde). Il ne s’agit pas de stigmatiser mais de rappeler des faits avérés. Quant au « repentir malheureusement mis en exergue », l’expression est particulièrement odieuse s’agissant d’une journée du souvenir d’un Holocauste dont le régime de Pétain a été complice.

IdaGrinspan2Notre maire centriste, ex-tête de liste pour les Deux-Sèvres de la liste UMP, très faux-derche a osé déclarer à la Nouvelle République : « Il se trouve que, dimanche, mon adjoint m'a demandé mon avis sur ce texte. Je n'ai donc donné que mon avis, car je n'ai pas pour habitude de contrôler les textes lus aux cérémonies ». Sauf que l’interdiction de lire le texte de Mme Grinspan a été effective. Et comme le rappelle la Nouvelle République : le 11 novembre 2004, à l'occasion de la commémoration du 11 Novembre, ce sont des lycéens qui, cette fois, n'avaient pu interpréter la chanson de Craonne*, écrite par des poilus dénonçant les injustices de la Grande Guerre.

Il n’est peut-être pas inutile de faire savoir à ce Maire Nouveau centre de la droite extrême notre désapprobation en lui envoyant par courriel, en précisant en objet « à l’attention de M. Xavier ARGENTON, (avec demande de confirmation de lecture) à mairie-parthenay@cc-parthenay.fr une lettre de ce type :  

 

« Monsieur le Maire,

Je viens de lire avec indignation votre décision de censurer la lecture, par des élèves de collège, à la journée nationale du souvenir, d’une lettre d’une survivante de l’Holocauste.

En effet, si j’en crois Le Courrier de l’Ouest (28/04/10), vous avez décidé de refuser la lecture d’une lettre de Mme Ida Grinspan, arrêtée à l’âge de 14 ans, par trois gendarmes, envoyée à Drancy, puis déportée à Auschwitz, au prétexte de ne pas stigmatiser  "une catégorie professionnelle qui, dans ces temps troubles, avait obéi aux ordres de l'autorité légitime".

Comment qualifier un tel argument ? Auriez-vous l’objectif de nier Drancy, de nier que le régime de Pétain a envoyé les gendarmes arrêter des juifs ? Voudriez-vous nier le témoignage de Mme Grinspan ? Je me permets de vous recommander, Monsieur le Maire, ainsi qu’à votre adjoint, de l’écouter sur :  http://www.lemonde.fr/shoah-les-derniers-temoins-racontent/visuel/2005/07/25/ida-grinspan-j-ai-pas-pleure_668597_641295.html ; vous y apprendriez des précisions sur l’arrestation d’une gamine d’un peu plus de 14 ans, dans la nuit du 30 au 31 janvier 1944 à minuit, par trois gendarmes, venus « arrêter la petite juive », l’un d’eux menaçant d’emmener le mari de la « nourrice », si on ne trouvait la petite. Quoique vous fassiez, vous ne pourrez effacer, ces faits et des milliers de faits semblables !

Et comme vous estimez que la lettre de Mme Ida Grinspan "n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", allez jusqu’au bout de votre logique monstrueuse : supprimez dans votre ville une journée nationale du souvenir puisque vous ne supportez pas l’évocation de ce souvenir.

Je vous prie de croire, Monsieur le Maire, en l’expression la plus vive des sentiments que vous m’inspirez, »

 

IdaGrinspanPS Suite à ce courriel, j’ai eu droit à cette réponse :

"Le Maire de Parthenay, Xavier ARGENTON a pris connaissance de l’ampleur des réactions vis-à-vis des remarques qu’on lui a demandé de faire sur un texte présenté comme un projet devant être lu lors de la commémoration du 25 avril. Il répond à votre courriel.

 

 « Vous avez tenu à m’exprimer votre émotion sur ce point. Je tiens tout d’abord à vous présenter mes excuses si ce que vous avez lu ou entendu dans la presse a pu vous blesser, vous ou un de vos proches.

 

Il s’agit là d’une maladresse, d’une erreur d’appréciation d’autant plus grave qu’elle blesse directement une personne, madame Ida GRINSPAN, mais aussi de nombreux déportés ou de proches de déportés.

 

J’ai demandé à madame GRINSPAN de bien vouloir m’excuser de l’avoir ainsi blessée. J’ignorais alors que ce texte avait été écrit par elle, spécialement pour ce 25 avril 2010. Je n’ai eu connaissance que d’une partie de ce texte. Dans le cas contraire, jamais je ne me serais permis la moindre remarque. Je suis très touché par tout ce qu’ont vécu les déportés.

 

Je serais honoré de recevoir personnellement madame Ida GRINSPAN à la Mairie de Parthenay, lui formuler mes excuses et lui exprimer tout mon respect mais aussi toute ma gratitude pour son action de témoignage en direction des jeunes.

 

Je suis effondré par l’ampleur pris par ces événements ; nous vivons dans un monde où l’information va très vite et où la vindicte populaire est hélas plus vite colportée que toutes les actions constructives menées patiemment et il m’est très difficile de m’expliquer aujourd’hui.

 

Cela fait 10 ans que je mène de nombreuses actions avec mon adjoint Michel BIRAULT en faveur du devoir de mémoire. Nous agissons avec les 4 collèges publics et privés et les deux lycées de la ville, en partenariat avec les enseignants et l’ensemble des associations patriotiques et des associations de déportés.

 

J’ai toujours souhaité la transmission d’une histoire apaisée. C’est bien tout le contraire qui s’est produit depuis hier. J’ai approuvé en juillet 1995 le discours prononcé par Jacques Chirac, reconnaissant la responsabilité de l’Etat français  dans la collaboration et la déportation des Juifs lors des commémorations de la rafle du Vél’d’Hiv.

 

Parthenay est une ville où l’ensemble des bonnes volontés travaillent en intelligence, avec des relations apaisées, dans un climat où les valeurs de la République sont largement partagées. Les Parthenaisiennes et les Parthenaisiens, qui nous connaissent bien, Michel BIRAULT et moi, doivent être bien attristés ce jour d’être ainsi sous le feu de l’actualité. Cela ne nous ressemble absolument pas.

 

Je vous prie de croire à mon entier dévouement pour la défense des valeurs de la République ».

 

Xavier ARGENTON

Maire de Parthenay"

 

Dont acte ! Avec cependant un doute sur l’affirmation qu’il n’ait pris connaissance que d’une partie du texte de Mme Grinspan. Le fait que la professeure ait été membre d’une liste concurrente aux régionales explique sans doute plus sûrement sa décision de censure qu’une lecture partielle.

 

* Téléchargeable en MP3 sur http://www.deljehier.levillage.org/textes/chansons_revolutionnaires/chanson_de_craonne.htm 

LA CHANSON DE CRAONNE


   L'auteur des paroles de cette chanson est toujours demeuré anonyme. Lorsqu'en 1917, elle a commencé à circuler dans les tranchées, la légende veut que les autorités militaires aient offert la démobilisation immédiate et 1 million de franc-or à qui le dénoncerait, mais en vain.

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le coeur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.

Refrain

Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

au Refrain
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Refrain

Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

 


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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 13:56

Les affaires sexuelles qui agitent l’opinion et l’église catholique ne doivent pas masquer des scandales encore plus graves et qui ne mettent pas en cause des individus défaillants – même couverts par leur hiérarchie - mais l’institution elle-même. « L’église était le franquisme » dit un historien qui raconte l’enlèvement de milliers d’enfants sous Franco. Tout un système de maltraitances d’enfants – amérindiens arrachés à leur famille au Canada, orphelins ou enfants de « filles-mères » (à qui on les avait arrachés) en Irlande et ailleurs – mis en place par une église arrogante et inhumaine.

 

 

brillantinedrrojaPetite anecdote pour commencer : ça se passe à Saint-Jo, l’école privée de mon bled, nous sommes en 9e (car les « chers frères » ne parlent pas de CP, CE ou CM), J.-C., fils d’un entrepreneur local (qui crache généreusement au bassinet de l’église), arrive avec ses cheveux blonds luisant de brillantine ; le Frère Hubert, fou de rage, fonce vers la cuisine, revient avec une bassine d’eau froide et un bloc de savon et, vitupérant, shampouine sauvagement le malheureux, avant de le traîner de classe en classe, vociférant, pour achever son humiliation ! Ce psychopathe pouvait, en toute impunité, terroriser toute sa classe.

Nous étions dans les années 50, en Anjou.

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien à voir avec « Les enfants volés du franquisme ».

O-F 13-04-10 franquisme

Ouest-France 13 avril 2010

 

 

espagnoleL’historien Ricard Vinyes chiffre à 21 000, rien que pour 1942 et 1943, les enfants enlevés de force à des mères républicaines par le régime franquiste avec la complicité active de l’église catholique.

 

Un document d'une institution religieuse, cité par Baltazar Garzon, chiffre à 30.960 au cours de la décennie 1944-1954 le nombre d'enfants de prisonnières politiques placés sous tutelle de l'Etat. Selon ce magistrat, c'est "un nombre indéterminé" d'enfants qui, de manière "systématique, préconçue et avec une volonté véritablement criminelle", auraient été soustraits à des familles "qui ne s'ajustaient pas au nouveau régime [franquiste]". Des milliers de femmes républicaines venues accoucher dans les hôpitaux ressortent sans bébés. ("La madre biológica entraba por un lado y la adoptiva salía con un bebé por otro").  Tous, sont déclarés morts nés. En fait, l'enfant, bien vivant, est placé sous la tutelle d'une famille proche du régime franquiste, pour être rééduqué. Ce sont les religieuses qui sont chargées de voler les enfants, elles utilisaient leur influence et l'autorité de l'Eglise pour faire taire les plaintes des mères. C'étaient elles aussi qui venaient annoncer « votre enfant est mort ».

 
Garzon relate cet épisode du début des années 40 basé sur le témoignage de espagne milicienne guerre civile espagnoleFélix Espejo, ancien mineur des Asturies: "Un jour, les mères [prisonnières] sortirent avec leurs enfants dans la cour [de la prison de Saturraran]. Les religieuses leur dirent que les enfants devaient rester à l'intérieur pour une révision médicale. Il y en avait une centaine. Lorsque les mères rentrèrent, ils n'étaient plus là. Concepcion [une prisonnière], qui n'avait pas d'enfant, fut impressionnée par les scènes de douleur et par les cris des mères qui réclamaient leurs petits. Ils les menacèrent en leur disant de se taire si elles voulaient rester en vie. Une femme d'Oviedo libérée peu après vit sa fille dans une maison de militaires, à Valence, mais on ne sait pas si elle a pu la récupérer ou non".

 

EspagneCette politique d'enlèvements, pour rechristianiser les enfants de mères rouges, s’est ensuite, avec toujours la complicité des « bonnes sœurs » et de leur hiérarchie, transformée en véritable trafic d’enfants.  «Ce qui commence comme une sorte de vengeance politique et de mise au pas de la société se transforme au fil des années en un vrai «commerce» qui aurait perduré y compris jusqu’au début des années 80», explique Hector Rojo (revue Diagonal). Ainsi Isabel, mineure et enceinte, dans la très catholique Espagne de 1974, a dû obéir à ses parents : accouchement discret et un bébé qui disparaît, confié par les religieuses, sous une fausse identité, à une famille bien sous tous rapports. (http://www.tdg.ch/actu/monde/enquete-vols-enfants-espagne-franquiste-2009-10-14).

 

Cette église franquiste, loin de tout repentir, continue d’afficher son cléricalisme avec la même morgue, pour tenter de bloquer les lois qui lui déplaisent. Le soutien du Vatican ne lui a jamais fait défaut. La radio contrôlée par la Conférence épiscopale espagnole prend très systématiquement position contre le gouvernement de Zapatero, défend, sur un ton souvent très violent, des positions proches du PP. (http://www.regards.fr/article/print/?id=3157).

 

J’ai déjà évoqué le sort fait à 150 000 enfants amérindiens, enlevés à leur famille et confiés à des pensionnats majoritairement dirigés par l’église catholique. En Irlande si 2000 enfants et adolescents furent victimes d’agressions sexuelles, au moins 35 000 furent placés dans les institutions catholiques où beaucoup subirent de mauvais traitements.

 

 

santiermIl arrive cependant, parfois, rarement, que, pour un comportement moins criminel que celui d’enlèvements systématiques d’enfants, un prélat fasse entendre la voix du repentir : "Dans le passé, en Vendée, l'Eglise était trop présente, occupait l'espace social et laissait peu de place à des manières de penser et de vivre la vie humaine et la foi d'une manière différente. Des hommes et des femmes ont souffert de cette emprise de l'Eglise sur leur vie personnelle et sociale. Je pense aussi aux personnes séparées, divorcées, divorcées remariées, à d'autres qui vivent une orientation sexuelle qu'ils n'ont pas choisie". M. Michel Santier, ancien évêque de Luçon, pourrait servir d’exemple à la grande majorité de ses collègues du monde entier. Mais l’acte de contrition n’est pas une pratique courante par l’église catholique.

 

24/XII/2010

Le Monde daté du 24/XII titre en page 3 "Les enfants volés d'Espagne"

Les associations de victimes estiment à 300 000 adoptions irrégulières et vols d'enfants entre 1940 et 1990 (donc le trafic a continué après la fin du franquisme). L'article raconte qu'une femme, sur les conseils du curé de la paroisse, a simulé la grossesse, avant d'"adopter" un enfant.

"Le vol de bébés a surgi en Espagne avec le franquisme mais, par la suite, il semble qu'il se soit transformé en un pur commerce, extrêmement lucratif, qui se serait nourri de la vulnérabilité de certaines catégories de personnes : mères célibataires ou mineurs, couples analphabètes [...] Ce qui a commencé comme un crime idéologique s'est transformé en une véritable mafia"  Enrique Vila cité par Le Monde.

 

En complément :

Espagne ou les mémoires interdites

Espagne: reportage sur les enfants volés du franquisme, l'un des derniers grands tabous d'Espagne

 

Un documental que muestra la crueldad del franquismo a la hora de reprimir principalmente a los niños de republicanos que lucharon para defender la democracia, todo ello se hizo desde el principio con la convivencia de la iglesia católica que, era parte fundamental de aquel sufrimiento que el régimen dio todo lo que fuera, republicano, ateo, sindicalista, comunista, anarquista y un largo etc... En conclusión, todo lo que no fuera el Nacional-Catolicismo era despojado de su humanidad para luego ser aniquilados.

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 16:42

- Madame, Madame, il m'a mis la main au panier !

- Elle m'a traité de PD !

- Bon rentrez !

Ouh ! là ! où sommes-nous dans une affreux collège du 9-3 ? Mais non, à Gasny (non pas Gagny, Gasny dans l'Eure).

Et Stéphanie* est la fille de Leny E. (chanteur) et Stéphane le fils d'un journaliste scientifique du Figaro (qui dit le plus grand mal de la SEP qui fabrique les moteurs d'Ariane et dont les ingénieurs installés nombreux dans le secteur, quand ils n'envoient pas, minoritairement, leur progéniture dans un privé peu implanté, l'inscrivent au nouveau collège du canton).



Eh oui, dans ce collège au cœur du Vexin normand, tout neuf, architecture cubique, mais avec un espace d'accueil en gradins permettant des animations (et aussi un escalier central très dangereux donc interdit aux élèves).


Par une alchimie qui doit surtout à son « patron » René L., les ex-enseignants d'un collège de Vernon qui accueillait ces élèves (victimes consentantes de suppressions de postes), d'autres venus de la région parisienne ou rouennaise, vont réussir à s'amalgamer.

Non sans débats : nous sommes en 1982, Alain Savary - un des plus grands ministres de l'éducation nationale - appelle aux initiatives pariant sur l'effet « tache d'huile ». Christiane L. doit se souvenir encore d'échanges rugueux sur groupes et classes de niveaux. Et le principal-adjoint que je suis devenu, plus tard, se souvient aussi des « barrettes » non pas de shit mais de maths, français et anglais sur l'emploi du temps.

L'amalgame se concrétisait d'abord à la cantine : seuls quelques enseignants, au départ, logeaient sur la commune. Profs, surveillants, personnels de service et d'intendance, tous, grâce à ce qu'il faut appeler le charisme du chef d' établissement, se sentaient membres d'un même équipage, d'un même navire.

L'escalier central, je l'ai dit, surgissant de l'espace d'accueil, non cloisonné, fut d'entrée interdit aux élèves. Je me souviens, allant vers la salle des profs au premier avoir renvoyé vers le rez-de-chaussée un élève qui tentait subrepticement de l'emprunter ; à peine allais-je entrer salle des profs que j'entendais la voix de stentor de Vladimir ordonner à l'élève de remonter. Les profs que nous étions ne pensaient pas déroger en faisant une intervention de « pion ».

Vladimir était un prof (certifié ? agrégé ?) de lettres, mais il avait pris en charge un atelier bois pour les CPPN (Classe pré-professionnelle de niveau : une structure qui accueillait à l'époque des élèves du primaire de plus de 14 ans, dont la plupart, de doublement en redoublement, n'avaient pas atteint le CM2). Un de ses collègues, agrégé de lettres, Rémy, s'était porté volontaire pour assurer des cours de français pour ces mêmes CPPN.

Ce collège, dont le recrutement était certes varié, entre les fils d'ingénieur et les fils de prolos des industries de base de la vallée, bénéficiait d'abord de son premier chef d'établissement qui avait su attirer des enseignants de la ville voisine, mais aussi accueillir les apports extérieurs et s'approprier les impulsions ministérielles (et les faire passer). Ensuite d'un esprit d'équipe - qui n'empêchait pas, le cas échéant, des discussions épiques - d'enseignants, en gros, de la même génération. En histoire-géo, matière non concernée par les groupes de niveaux, innovation pédagogique à l'époque, on réunissait les élèves pour des projections de vidéos, exploitées bien sûr par des questionnaires et par les cours.

Faut-il évoquer ces grands moments où, guitare en main, le regretté  Jean-Luc, dans cet espace d'entrée qui prenait tout son sens, nous interprétait Graeme Alwright** ? Espace qui vit aussi un groupe de chanteurs, semi-professionnel, nous donner une représentation pour les parents d'élèves et autres adultes, avec notamment un inoubliable « fils père ».


Conjonction un peu miraculeuse d'un après 1981 libérateur d'initiatives dans l'éducation. Sans doute, sous d'autres formes bien sûr, d'autres collèges ont connu cette période euphorique. D'autres aussi se sont clivés entre rénovateurs un peu trop dogmatiques et conservateurs crispés. Mais, à travers cet exemple (qui ne se veut pas exemplaire), se pose, ici comme ailleurs, à cette époque comme maintenant, le problème de la précarité de ces états de grâce. Vieillissement et usure des équipes qui fondent au gré des mutations, départ d'un chef d'établissement catalyseur d'énergies ou de militants pédagogiques fédérateurs... mille et une raisons qui font que l'ambiance se délite, les projets s'effritent et que seul reste, pour les pionniers, la nostalgie d'un âge d'or un peu fantasmé. S'y ajoute évidemment l'écœurement devant les errements de la politique du ministère, quand par exemple un Chevènement, inspiré par des lambertistes milnériens, met un coup d'arrêt à l'énorme espoir soulevé par Alain Savary. Et depuis, de Robien et maintenant Darcos feraient passer le Che pour un réformateur échevelé !


Au-delà des propositions pour le collège - sur lesquelles associations et syndicats progressistes (je ne parle pas du SNES, on s'en doute) ont produit une riche littérature, et d'ailleurs le rapport Legrand reste actuel - un problème plus terre à terre est à résoudre : comment faire pour que les avancées ne soient pas que des feux de paille ? comment stabiliser des équipes sans qu'elles se sclérosent ? comment les piloter ou, si elles s'autogèrent, apporter des instruments d'auto-régulation et faire admettre une indispensable évaluation ? comment surtout, passer du militantisme au professionnalisme, c'est-à-dire que le fait de se centrer sur l'élève en tant qu'il apprend soit le cœur du métier et non une option facultative ?


 

* La même Stéphanie, au tableau, face à une carte muette de l'hexagone de placer les Vosges à la place des Pyrénées. La classe s'esclaffe. Elle, se retournant, avec aplomb : « Bon, je me suis plantée et alors ? Ça les fera pas changer de place ! »

 

** Buvons encore une dernière fois
A l'amitié, l'amour, la joie
On a fêté nos retrouvailles
Ça m'fait d'la peine, mais il faut que je m'en aille

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