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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 18:20

Aristide-Briand3

Charles Chabert* Député de la Drôme, dans cette riche séance du 26/06/1905 présenta un amendement : « Les ministres des différents cultes ne pourront porter un costume ecclésiastique que pendant l’exercice de leurs fonctions. »

 

« Il est étrange, il est véritablement incompréhensible, qu’un projet de loi si longuement et si mûrement étudié […] ne dise pas un mot d’une question qui a une importance extrême, capitale, le port du costume ecclésiastique.

Cette omission est-elle voulue ? […] En tout cas elle a surpris bien des gens dans tous les camps.

Pour tous les républicains, pour nombre de catholiques et pour nombre de prêtres, il est clair dans leur pensée, qu’aussitôt le nouvel ordre des choses établi, aussitôt voté la loi de séparation, le costume ecclésiastique, s’il n’était pas radicalement aboli, serait rangé parmi les vieux accessoires démodés et hors d’usage, disparaîtrait des places publiques et ne sortirait plus de l’ombre des sacristies et des sanctuaires.

antisoutane Est-ce que par hasard la Chambre estime indigne d’elle de s’occuper de tels détails ?  Veut-elle laisser libre le port de la soutane ? […]

 

Dans les premiers siècles de la chrétienté, les ecclésiastiques s’habillaient comme tout le monde et ce n’est que plusieurs siècles après la naissance de la religion nouvelle qu’ils jugèrent à propos de se différencier des autres citoyens.

 

[…] Pourquoi maintiendrait-on aux ecclésiastiques le privilège de conserver et de porter un costume qui jure si étrangement avec les mœurs et les goûts modernes ? […] sous le régime que nous allons installer, alors que l’État se sera installé dans la neutralité la plus absolue serait-il possible que nous aurions quand même le port d’un costume spécial. […]

Il importe d’autant plus de statuer sur ce sujet que le costume ecclésiastique [soulève des controverses nombreuses et donne lieu à des polémiques].

 

Ce costume favorise [l’autorité sur une partie de la population] et c’est précisément une des raisons principales pour lesquelles l’Église attache au costume de ses ministres une telle importance.

Par l’effet du costume qui les sépare et les distingue du vulgaire, les prêtres apparaissent aux yeux des fidèles – et c’est là ce que veut l’église – comme autre chose et plus que les hommes.

soutane-cure-nonne Le prêtre se considère comme l’intermédiaire entre Dieu et la créature […] d’un mot, il peut absoudre, d’un mot il peut réaliser les plus inouï des miracles : faire descendre son Dieu dans un morceau de pain.

[Il cite un passage d’un ouvrage d’un sulpicien pour les futurs prêtres : « L’avons-nous prise (la soutane) avec joie, comme un habit d’honneur qui nous dégage de l’ignominie de l’habit séculier… »]

Le costume religieux n’est-il pas essentiellement un emblème ? Son port n’est-il pas au premier chef une manifestation confessionnelle ? […] Les choses de la conscience, dans la conscience : tel est bien l’esprit de la loi que nous élaborons.  Mais la soutane en public, ce sont les choses de la conscience dans la rue.

 

D’autre part, vous avez pu être témoins des manifestations diverses que provoque assez souvent dans nos villes le passage d’une soutane […] ils exposent les prêtres à de désagréables surprises. Eh bien ! ne devons-nous pas empêcher que cet état de choses se perpétue ?

 

[En Suisse, en Angleterre, en Amérique] les ecclésiastiques s’habillent comme tout le monde…

 

Libre à chacun de s’habiller comme il lui plaît, voilà qui paraît simple et facile. Oui, quand vous aurez ôté à telle ou telle façon de se vêtir sa signification ou son prestige.

 

[…] Le prêtre obligé de sortir en soutane est aussitôt remarqué, ses moindres soutanedémarches sont connues et commentées. […] Supprimez le costume et aussitôt le prêtre devenu une unité ordinaire dans la foule immense, échappe à son supérieur, s’évade de cette tyrannie de tous les instants […] le costume le rend prisonnier de sa propre ignorance, je dirai presque de sa propre bêtise. […] c’est à cause du costume qu’il y a une telle distance entre les séculiers et les ecclésiastiques.

[…] Voyez ce jeune prêtre qui passe dans la rue : son regard est timide, presque fuyant, son pas est lent et compassé, sa tête est penchée sur l’épaule, ses mains qui se perdent dans de larges manches sont croisées sur sa poitrine : est-ce un homme ?

 

[…] Il y a des prêtres, je le reconnais, qui pour rien au monde ne consentirait à quitter leur habit, mais un plus grand nombre d’entre eux – et ce sont les plus intelligents, les plus instruits – attendent avec anxiété cette loi qui les rendra libres.

[…] De ce serf, de cet esclave faisons un homme. C’est ce que je vous demande au nom de la logique, au nom de l’humanité. »

 

Aristide-Briand2  Aristide Briand, rapporteur, lui répond : « Au risque d’étonner l’honorable M. Chabert, je lui dirai que le silence du projet de loi au sujet du costume ecclésiastique qui paraît le préoccuper si fort, n’a pas été le résultat d’une omission mais bien [celui] d’une délibération mûrement réfléchie. Il a paru à la commission que ce serait encourir, pour un résultat plus que problématique, le reproche d’intolérance et même s’exposer à un danger plus grave encore, le ridicule que de vouloir, par une loi qui se donne pour but d’instaurer dans ce pays un régime de liberté au point de vue confessionnel, imposer aux ministres des cultes de modifier la coupe de leurs vêtements.

 

[…] Ce que notre collègue voudrait atteindre dans la soutane, c’est le moyen qu’elle procure de se distinguer facilement des autres citoyens.

Mais la soutane une fois supprimée […] si l’église y trouvait son intérêt, l’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau […] pour permettre au passant de distinguer au premier coup d’œil un prêtre de tout autre citoyen.

 

[…] Quant au prestige dont jouit la religion dans nos campagnes, je crois qu’il serait téméraire de l’attribuer uniquement [à la soutane].

 

[La commission] a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait plus se poser. […] La soutane devient dès le lendemain de la séparation un costume comme un autre […] C’est la seule position qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation. »

 

Extraits du débat du 26 Juin 1905 http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp#compte_rendu.

On peut déplorer que les photos des pages de comptes rendus des débats soient d’une telle médiocrité technique rendant certaines colonnes illisibles et les autres difficiles à déchiffer.

 

Assietteaubeurresoutane

 

Tout est déjà dit. La soutane n’est pas une obligation religieuse, puisque dans certains pays les prêtres n’en portent pas. C’est donc l’expression d’un catholicisme obscurantiste, fanatique…fondamentaliste, pour tout dire. En portant cette soutane, les prêtres veulent établir une « barrière infranchissable entre eux et la société laïque ». Et en même temps, cette longue robe noire est une atteinte évidente à leur dignité masculine ! (cf Jean Baubérot) On croirait lire du Valls sur la burka !

 

chabert charles* Né le 16 décembre 1852 à Saint-Donat-sur-l'Herbasse (Drôme), mort le 30 septembre 1923 à Saint-Donat-sur-l'Herbasse.
Député de la Drôme de 1899 à 1908.
Sénateur de la Drôme de 1908 à 1923.
Sous-chef de bureau à la direction de la Caisse d'épargne postale, Charles Chabert militait dans les rangs du parti radical-socialiste et devint ainsi maire de sa commune natale et conseiller général de la Drôme.
Un siège de député s'étant trouvé vacant dans la deuxième circonscription de Valence pour le remplacement de M. Bizarelli élu sénateur le 9 avril 1899 et démissionnaire de son mandat le 15 mai suivant, une élection partielle eut lieu le 25 juin de la même année. Charles Chabert fut élu au premier tour de scrutin, par 10.012 voix contre 5.852 à M. Servan, son principal adversaire, sur 16.170 votants.
Dans son programme électoral il réclamait l'abrogation de la loi Falloux, se déclarait partisan de l'impôt progressif sur le revenu, de la réduction à deux ans du service militaire, des lois d'assistance et de solidarité sociales, de la réduction des dépenses, de la protection de l'agriculture, du petit commerce et de la petite industrie, de l'amélioration des chemins de fer, de la suprématie absolue du pouvoir civil sur tous les autres pouvoirs, du respect absolu de la liberté de conscience et de la laïcité complète de l'État.

Inscrit au groupe radical-socialiste et membre de diverses commissions, il participa à la discussion : du budget du Ministère de la Justice de l'exercice 1901, pour demander la suppression des « messes rouges » lors de la rentrée des tribunaux[…]
Lorsque vinrent en discussion le projet et les propositions de loi sur la séparation des Églises et de l'État, il déposa un amendement demandant l'interdiction du port du costume ecclésiastique en dehors des Églises (1905).
Il soutint constamment la politique des Ministères Waldeck-Rousseau, Combes, Rouvier, Clemenceau, et vota notamment la loi sur les associations (1901), la loi interdisant tout enseignement aux congrégations (1904), la loi de séparation des Églises et de l'État (1905), la loi militaire sur le service de deux ans (1905), la loi d'assistance aux vieillards et aux incurables.
Il fut encore réélu au premier tour de scrutin, aux élections générales du 6 mai 1906, par 10.609 voix, contre 6.114 à M. Vinay, sur 18.575 votants. Dans sa profession de foi, il réclamait le monopole de l'enseignement pour l'État, au moins pour les deux premiers degrés, un impôt unique et progressif sur le revenu et l'achèvement de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes. …

http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=1589

 

PS Sans doute était-il Franc-Maçon, car plusieurs interruptions font clairement allusion à cette affiliation.

 

soutanes pretres 1932

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 22:06

fete-dieu

La loi de 1905 a donné lieu à des débats de haute volée, ainsi celui sur l’Article 25 qui, dans sa rédaction initiale, édictait que les églises, séparées de l’état, « n’ont pas le droit d’emprunter la voie publique pour les manifestations de leur culte » car elles imposeraient ainsi « aux indifférents, aux adeptes des autres confessions religieuses le spectacle inévitable de leurs rites particuliers. »

 

Le débat a d’abord lieu à fronts renversés. C’est un député catholique, M. Groussau*,  qui combat cet article, mais avec des arguments inattendus dans sa bouche. Dans une argumentation rigoureuse, il cite un avis juridique de 1833, qui estime que cette conception « ferait tomber les croix et les cloches qui couronnent les églises, car qui sait si cette vue n’inquiète pas, n’afflige pas le non croyant et l’église de notre temps serait reléguée aux catacombes par le principe de la liberté comme l’église naissante par la persécution. »

Pour lui, citant à nouveau « Il n’y a point à tenir compte ses susceptibilités des libres penseurs ou des religionnaires de confessions différentes sous le prétexte que leurs regards peuvent se trouver offensés et leurs sentiments froissés. La liberté de conscience ne doit pas être conçue d’une façon négative, comme imposant aux différentes confessions religieuses l’obligation de se dissimuler, elle doit être conçue d’une façon positive, comme leur imposant de se tolérer réciproquement, ce qui implique pour chacune d’elle la faculté de se développer, de se manifester. »

 

Ce qu’approuve Ferdinand Buisson, Président de la commission, fondateur de la Ligue des Droits de l’Homme.

 

Groussau poursuit : « Les manifestations religieuses sur la voie publique seraient susceptibles de troubler l’ordre public » fait-il dire au rapporteur. Ce à quoi il rétorque : «  L’ordre public ne m’est pas indifférent, mais je crois qu’il ne faut pas lui donner plus qu’il n’exige légitimement, et, quand l’ordre public n’est pas en danger, il y a un autre intérêt qui s’impose, c’est celui de la liberté. »

« La manifestation publique des sentiments apparaît de plus en plus comme une nécessité dans un pays démocratique. » « Il faut se montrer libéral partout et ne mettre l’interdit nulle part. »

Il cite aussi un publiciste belge : « Depuis que la République est proclamée en France, le système des mesures arbitraires n’a pas été abandonné, il s’en faut, et elles ont été généralement approuvées parce qu’elles atteignaient des minorités détestées : on oublie qu’elles sont la négation de la liberté. »

 

A. Briand, avec esprit, rétorque  « Je n’ai pas vu, sans étonnement, mais aussi sans quelque plaisir, l’honorable M. Groussau faire brûler sur l’autel de la liberté tant d’encens que la Chambre en est encore toute parfumée », mais ne dit rien sur le fond.

 

Et il va se faire prendre à contre-pied par M. Noulens (député du Gers, Radical) qui indique que la Libre pensée était contre la prohibition des processions. « Nous pensons qu’il est nécessaire d’assimiler les processions et autres cérémonies religieuses à toutes les manifestations qui peuvent se produire sur la voie publique. »

 

 « Nous sommes dans un pays où il y a des Français qui jouissent de la liberté générale et qui, à condition qu’ils ne violent pas la loi et ne constituent pas un danger imminent et pressant pour l’ordre public, doivent être autorisés à manifester pacifiquement, même sur la voie publique, leurs opinions et leurs croyances. » affirme un républicain conservateur (Ribot)

 

L’amendement supprimant la prohibition des manifestations religieuses sur la voie publique fut adopté.

 

L’article, devenu 27, sera : « Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte continueront à être réglées en conformité des articles 95 et  97 de la loi municipale du 5 avril 1884.
Les sonneries de cloches seront réglées par arrêté municipal, et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l'association cultuelle, par arrêté préfectoral.
Le règlement d'administration publique prévu par l'article 43 de la présente loi déterminera les conditions et les cas dans lesquels les sonneries civiles pourront avoir lieu.
 »

 

Ce débat fait donc litière de la fausse affirmation sur « privé/public » - les convictions religieuses ou philosophiques dans la sphère privée, la sphère publique étant « neutralisée » - que continuent de clamer certains.

Il n’est pas, non plus, dépourvu de résonance dans les débats actuels : la réflexion du publiciste belge s’inscrit ainsi quasi parfaitement dans le faux débat sur le voile intégral.

 

Extraits du débat du 26 Juin 1905 (qui comporte aussi un autre débat en résonance avec l’actualité sur la soutane) http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp#compte_rendu. On peut déplorer que les photos des pages de comptes rendus des débats soient d’une telle médiocrité technique rendant certaines colonnes illisibles et les autres difficiles à déchiffer.

 

* Député du Nord de 1902 à 1936.

groussau Fils d'un boulanger, Henri Groussau obtint son doctorat en droit et exerça la profession d'avocat. Professeur de droit administratif à la Faculté libre de Lille, il fonda en 1893 et dirigea la Revue administrative du culte catholique. Il publia de nombreux travaux de droit administratif et d'économie sociale, notamment en 1880 La guerre à la religion. L'un des premiers, il s'était conformé aux directives de Léon XIII sur le ralliement. II fut l'un des plus précieux collaborateurs de Jacques Piou et d'Albert de Mun.
Il fut élu pour la première fois député dans l'arrondissement de Lille le 27 avril 1902, par 5.778 voix contre 2.633 à M. Paul Saint-Léger, industriel, républicain radical. Il avait fait campagne sous l'étiquette de républicain libéral.
Il fit rapidement preuve d'une grande activité qu'il employa à défendre la liberté de l'enseignement et les congrégations.

http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=3605

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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 18:12

Un ami de 40 ans m'a transmis une pétition intitulée « La laïcité ne doit pas plier devant Benoît XVI ». Outre que la formulation est un peu incongrue  (Les laïcs ne doivent pas plier devant Benoît XVI  ou La laïcité ne doit pas plier devant le cléricalisme de Benoît XVI m'auraient paru plus logiques), le problème n'est pas B. XVI mais Sarko.

 

Que B. XVI réinstaure la messe en latin, remette des habits sacerdotaux à la somptuosité indécente et veuille que ses fidèles s'agenouillent devant lui langues tendues pour recevoir une petite rondelle de pain azyme... en bref veuille tirer un trait sur Vatican II (comme d'autres veulent le faire sur Mai 68), me semble navrant. Mais les cathos pourront me rétorquer que c'est leur problème et pas le mien. Qu'il veuille interdire le divorce, la contraception, les relations homosexuelles, etc. à ses ouailles, là aussi, c'est leur problème.

 

En revanche, si, affirmant que ces prescriptions obéissent à une "loi naturelle", son église tente, comme en Italie, comme en Espagne, de remettre en cause des lois votées par les pouvoirs législatifs de ces pays (ou de bloquer la discussion de ces lois), on est en droit  d'attendre, d'exiger même, de nos gouvernants que, comme Zapatero en Espagne, ils sachent dire non à ce cléricalisme* agressif.

Notre Chanoine de Latran avait servi sur un plateau une "laïcité positive" dont B. XVI s'est empressé de se saisir. Accoler un adjectif à laïcité ne serait pas un crime, si, en parlant d'avènement, on ne laissait entendre que la laïcité serait négative. Démontrant soit leur ignorance, soit leur cynisme, le pape et le chanoine inversent les rôles. Ne leur en déplaise, entre Aristide Briand et Pie X, le libéral (au sens politique du terme) et l'homme de compromis fut le premier, l'esprit obtus et sectaire, le second.

 

Cette inversion se retrouve s'agissant de la science où B. XVI voudrait nous faire croire que la raison est du côté de la recherche de Dieu** et non de celui de la science. Comme le rappelle Y. Quiniou (« Le pape contre la science », Le Monde 20/IX/08), la science n'a pu « se développer qu'en s'appuyant sur une raison qui a fait abstraction des croyances religieuses ». Galilée (qui ne fut jamais réhabilité au prétexte que le tribunal qui l'avait condamné n'existait plus) ou Darwin furent la preuve de l'obscurantisme de l'Église catholique. Il eût été bien inspiré, ce pape, de lire Jean Baubérot, un parpaillot il est vrai, qui distingue l'agnosticisme en quelque sorte méthodologique auquel il s'astreint dans son travail scientifique et le plan du symbolique où il se situe comme croyant.

 

Et c'est Alfred Grosser, dans un éditorial d'Ouest-France (23/IX/08) qui interpelle le pape sur la morale : « Pénétré de ses certitudes, Benoît XVI savait-il vraiment que, dans le public qui l'écoutait [...] au collège des Bernardins, nombreux étaient ceux qui ne croyaient en aucun dieu et surtout pas en un fils de dieu ressuscité ? [...] Sa raison n'était pas leur raison. [...] Benoît XVI a paru considérer que le Dieu de l'Écriture était la seule source de la morale ». Évoquant une dimension fondamentale, à ses yeux, de la morale - la tolérance, le respect de l'autre - Alfred Grosser ajoute : « Le pape se veut "semeur de charité". Mais l'Église catholique n'a accepté la liberté religieuse et n'a condamné la coercition que le 7 décembre 1965 » au concile Vatican II.

 

Peu me chaut que M. Ratzinger, dit Benoît XVI, affirme que la raison est du côté de la foi ou qu'il n'y a de morale que fondée sur sa croyance, serait-on tenté de dire. Sauf que, s'agissant de la morale, dans sa comparaison entre le curé et l'instituteur, le chanoine de Latran disait à peu près la même chose.

 

Le problème n'est pas Benoît XVI, le problème c'est Sarkozy !

 

* Cléricalisme, volonté obstinée des papes et du clergé à subordonner la société civile à la société religieuse, à vouloir étendre à la société politique les règles et méthodes de cette Église, à utiliser des armes spirituelles à des fins temporelles, à se servir du pouvoir politique pour imposer sa vision morale, individuelle ou collective (d'après Marc Ferro).

** Une  « culture purement positiviste » qui relèguerait dans le subjectif la question de Dieu constituerait un abandon de la raison, autant qu’un abandon de Dieu et que la recherche de Dieu constitue « le fondement de la culture véritable » (Discours des Bernardins)

Le premier montage est l'oeuvre de Maître Eolas (www.maitre-eolas.fr)

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 16:48

« Généalogie

"J'avais quitté Paris au début de l'affaire Val-Siné et, dès mon retour, je m'avise que le front de cette guerre de tranchées a peu évolué. Lu, entre-temps, l'essai limpide de Jacques Julliard ("L'Argent, Dieu et le diable", à paraître en septembre chez Flammarion) qui, plus efficace qu'une rafale de pétitions, permet de comprendre à quel point cette bataille - dans laquelle je me range résolument aux côtés de Val - a une longue histoire. Dans ce livre, où il détaille sa dette intellectuelle et morale à l'endroit de trois écrivains (Péguy, Claudel, Bernanos), Julliard explore surtout leur idée fixe : la haine de l'argent et du monde moderne - avec son corollaire diffus : les Juifs (Julliard, citant Claudel, écrit plutôt: «le mystère d'Israël»). A l'argent, ces trois écrivains catholiques reprochaient, en gros, de trop bien tenir son rôle d'équivalent général, de n'être qu'une forme païenne de la trans-substantiation, de rivaliser trop efficacement avec le Saint-Esprit dans l'art de rendre semblable ce qui est distinct. Et, bien entendu, la «banque juive» était toujours mêlée à ce mauvais coup, même si ce phantasme n'interdisait pas à certains de se démarquer d'une postérité trop zélée {«Hitler a déshonoré l'antisémitisme», écrira Bernanos...). Jacques Julliard, plus lucide que ses maîtres, permet alors d'extrapoler utilement vers l'incroyable fouillis de phobies, de répétitions colériques, de chassés-croisés idéologiques, de lapsus qui semble aujourd'hui gagner la nébuleuse anarcho-gauchiste, elle-même inspirée sans le savoir par ce qu'il y a de plus archaïque dans une France maladroitement chrétienne. Je connais, à cet égard, nombre d'anticléricaux et d'antiracistes patentés qui seraient bien surpris de se découvrir une incontestable, mais fâcheuse, généalogie."

 

Ce passage est extrait du journal de la semaine, confié par Libé* à une personnalité, en l'occurrence, le 23 août, l'écrivain et éditeur Jean-Paul Einthoven (un des ex-compagnons de Carla Bruni à qui succédera auprès de la future première dame son propre fils : quatre consonnes et trois voyelles, Raphaël, philosophe).

 

Je ne reprocherai certes pas à Jacques Julliard la comparaison qu'il prêterait à Péguy, Claudel et Bernanos, entre argent et Saint-Esprit « dans l'art de rendre semblable ce qui est distinct ». Grâce à dieu, je suis athée, comme disait malicieusement Luis Bunuel. Mais, pour autant que j'ai compris ce qu'insinue l'éditeur, la haine de l'argent a entraîné celle de la « banque juive » (où l'on retrouverait d'ailleurs l'accusation injustifiée faite à Siné d'assimiler juif et argent). Et par une extrapolation hardie (prêtée à Julliard), Einthoven conclut à une sorte de filiation entre « nombre d'anticléricaux » et nos grands (et assommants) écrivains catholiques dont leur église faisait preuve d'un antisémitisme (le peuple déicide) totalement assumé. Faut-il rappeler qu'au moment de l'Affaire Dreyfus la hiérarchie catholique fut farouchement antidreyfusarde (comme elle était d'ailleurs antirépublicaine) : l'anticléricalisme du XIXe siècle, même s'il prolonge une tradition gauloise qui remonte au moins aux fabliaux du Moyen-Âge (et dont on trouve moult exemples au XVIIIe siècle, comme ce succulent et libertin Dom Bougre, Portier des Chartreux) est né de ce combat contre une église arrogante. Le génie d'Aristide Briand fut, contrairement à Combes, de prendre de la distance avec les plus farouches anticléricaux pour promouvoir une loi de 1905 d'apaisement et d'équilibre (ce dont les cléricaux bornés ne lui furent guère reconnaissants).

Quant à trouver aux antiracistes une « incontestable, mais fâcheuse généalogie » chez nos écrivains quelque peu antisémites, il faudrait que notre chroniqueur de la semaine nous explique.

 

Ce passage tendrait plutôt à démontrer que l'amalgame, mieux que l'argent et le Saint-Esprit, veut rendre semblable ce qui est opposé.

 

* Lu à Agadir : avec juste un jour de retard, on trouvait chez les marchands de journaux Libé et Le Monde (sauf une fois pour Libé : avait-il commis un article critique sur le Maroc ?)

Photo tirée du site du photographe Kai Jünemann

 

 

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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 20:17

 

L'ASSIETTE AU BEURRE (1901-1912), parfois qualifiée de "brûlot anarchiste", anti sabre et anti goupillon, mais aussi anticolonialiste, illustre ici la fin du concordat, c'est-à-dire la séparation de l'église et de l'état (loi de 1905) dans un esprit très bouffeurs de curés, puis les difficultés des "inventaires" où aristocrates et clergé mobilisent un paysannat soumis pour faire échec aux représentants de la République.

 

Le concordat - qui survit en Alsace et Moselle - faisait des ministres des cultes (catholique, protestant et juif) des salariés de l'état. Pour l'Assiette au beurre sa rupture devait aboutir à priver le clergé de ressources. Ainsi l'évêque qui sent le tapis glisser sous ses pieds s'écrie « Je voudrais bien être sénateur inamovible » ; les curés se heurtent à un guichet fermé où le fonctionnaire ironique leur dit « Désormais c'est au ciel qu'il faudra vous adresser, messieurs les curés » ; dorénavant « chacun paiera son culte ». Les envoyés à Rome reviennent déconfits et sac vide : Le Saint-Père leur a dit textuellement : « Mon cher fils, je reçois de l'argent, mais je n'en donne pas. Payez-vous sur la bête ... c'est-à-dire sur les fidèles. »

 

 « L'eau bénite est hors de prix » confie une paroissienne à sa voisine. Deux amoureux, surpris dans les champs par le curé, se voient proposer « au rabais » « deux absolutions et un baptême » pour 15 francs. Un évêque sollicite une place de « sous inspecteur des monuments historiques ». Un curé ouvre une agence matrimoniale où il essaie de placer un « ancien enfant de cœur (sic) ». Un autre « régénéré par le travail » se voit accueilli par une bienveillante républicaine, symbolisant la République, qui lui dit « entre, maintenant que tu es devenu un homme ».  Les habitants des villes et des villages s'approprient les églises « bien de la nation ». Enfin un défilé de « croyants » de toute espèce (y compris francs maçons) illustre cette pensée : « Hors des églises, point de salauds » (pensée, au demeurant, bien optimiste, hélas). L'Assiette au beurre se situe là, dans l'optique de ceux, qui contrairement à Aristide Briand, voyait dans la loi de 1905 une étape dans l'éradication de tous les cultes.

 

La deuxième partie est beaucoup moins optimiste, mais décrit assez bien le climat des inventaires des biens des églises en 1906. « Poussez ma sœur, c'est pour la bonne cause », encourage le curé qui fait bloquer la porte de l'église. Quand, d'aventure, l'inventaire est fait, on s'aperçoit qu'en vil plomb l'or s'est transformé. Le curé en chair et en chaire fait croire à ses paroissiens que leurs biens sont menacés. Une troupe de paysans armés de fourches monte la garde nuitamment, tandis qu'une femme se glisse dans l'église pour « consoler » le curé. Une matrone imposante au milieu d'un groupe peu amène proclame : «Pour toucher au Bon Dieu, il faudra nous passer sur le corps ! ». Un marquis, en jugement entre deux gendarmes, se voit apporter une chemise propre par son valet de chambre. Quant à l'officier qui commande la troupe chargée de faire ouvrir l'église, il déclare : « Je ne veux pas enfoncer le portail d'une église où se trouve le Saint Sacrement. Je n'ai jamais enfoncé que les portes de la Bourse du Travail ! ».  Un gras évêque lit une protestation à un préfet à terre qu'il tient sous son pied. Mais la planche qui décrit sans doute le mieux le climat de ces inventaires est celle intitulée «Un nouveau sport » où l'on voit des aristocrates observer de loin leurs paysans, avec cette légende : « Avec les paysans comme rabatteurs chacun peut s'offrir avec des invités une jolie chasse au sous-préfet ! ».

La plupart de ces planches ont été mises en ligne par Mme Tiphaine Le Yoncourt, professeur à l'Université de Rennes 1, mais on peut trouver un très large échantillon des productions de l'Assiette au beurre sur http://www.assietteaubeurre.org/.

A la même époque on trouve "A bas la calotte" ou "Les Corbeaux" plus spécialisés, comme leurs titres l'indiquent (on trouvera un petit montage de leurs planches à la fin de l'article sur Aristide Briand).

 

Le petit montage qui suit est une introduction à la page de planches de l'Assiette au beurre (cf sur la colonne de droite "Albums photos" où vous trouverez  les planches et leurs légendes)

 

Ce montage reprend quelques dessins de Jossot*, un anarchiste qui moque les Francs-Maçons...

*L'anarchiste va virer musulman pendant une bonne quinzaine d'années

 

 

 

 

 

 

 

Musique de Mozart (La flûte enchantée)

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L'Assiette au beurre
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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 18:04

Une amie me dit qu’Henri Pena Ruiz, le philosophe attitré de la laïcité, allait sortir une Lettre ouverte à Sarko sur ses latraneries soit dans Le Monde, soit dans Le Figaro. Pas de Pena Ruiz ! Mais des lectures édifiantes.

Sphères publique et privée : Sarkozy abolit la distinction, tel était le titre d’un article du Figaro. Son rédacteur allait-il dénoncer cette pipolisation dégradante de la fonction présidentielle où le nabot s’affiche avec sa favorite à Dysneyland, embarque le comique ( ?) le plus vulgaire à Rome avant, tout neuf chanoine, de prononcer le pitoyable discours de Latran ! Mais non, justement, c’était à la gloire du dit discours qui mettait fin à « Cette distinction française sphère publique/sphère privée » et pour se féliciter de «  La reconnaissance que la mise en œuvre de la laïcité avait provoqué des «souffrances» est un tournant majeur dans la relecture de l'histoire de la République ».

Le Figaro

Il ne s'agit pas de "relecture" mais de réécriture. Je l’ai dit, plus bas, la loi de 1905 a été voulu par son maître d'oeuvre, Aristide Briand, comme une loi d'apaisement. C'est Rome, contre l'avis de beaucoup de prélats français, qui va se lancer dans un conflit avec la République.

La distinction entre public et privé est uniquement juridique, avec la Loi de 1905, les églises relèvent du droit privé et non plus du droit public. La réserve, laïque celle-là, demandée aux représentants de l’état, ne s'applique pas aux citoyens de base qui peuvent exprimer leurs convictions à condition de ne pas nuire à l'ordre public. Cette réserve marque que l'état est garant de la liberté de conscience de ceux qui croient au ciel et de ceux qui n'y croient pas. C'est cela que M. Sarkozy vient de bafouer.

 

Puis je tombe sur une opinion de François Bayrou : « Sarkozy remet en cause la laïcité républicaine » dont voici quelques extraits.

Quand on a besoin d'un adjectif, c'est qu'on veut changer le sens du mot.

S'exprimant comme président de la République, il [Sarkozy] introduit la notion de «racines essentiellement chrétiennes» de la France, oubliant le grand mouvement d'émancipation des Lumières. Il affirme que la République a «intérêt» à compter beaucoup de croyants. Il demande aux religions, toujours dans «l'intérêt» de la République, de fonder la morale du pays. C'est le retour, qu'on croyait impossible en France, du mélange des genres entre l'État et la religion.

La République n'a pas à sous-traiter l'espérance aux religions. La République est en charge de réaliser un monde meilleur, et pas d'inviter à l'attendre. Cette conception sociologique de la religion, fournissant «l'espérance» qui fait que les peuples se tiennent tranquilles et respectent les règles établies, on croyait qu'elle était loin derrière nous ! Ce n'est pas autre chose que «l'opium du peuple» que dénonçait Marx. C'est un leitmotiv chez Nicolas Sarkozy, notamment quand il a parlé des bienfaits de la présence de l'islam pour pacifier les banlieues.

Quand Nicolas Sarkozy dit que «jamais l'instituteur ne pourra remplacer le pasteur ou le curé» dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, parce qu'il lui «manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance», il exprime exactement le contraire du message de Jules Ferry. La morale de l'instituteur n'est pas inférieure à celle du prêtre.

C'est un paradoxe troublant que celui d'un pouvoir qui affiche chaque fois qu'il le peut sa complaisance avec le matérialisme financier et, en même temps, souhaite faire de la religion une autorité dans l'espace public.

Le Figaro 26/12/07

 

 

Et c’est l’ineffable Raffarin qui tente, dans son style si particulier (que celui qui comprend ce qu’il a voulu dire par cette laïcité partagée qui doit servir de grammaire entre les religions m’envoie vite l’explication) de lui répondre.

Aujourd'hui, nous avons besoin de la laïcité partagée pour régler les relations entre religions et politique, mais aussi pour servir de grammaire entre les différentes religions, pour leur permettre de se parler dans l'espace public. Défendre la spécificité française en reprochant à Nicolas Sarkozy ses références aux racines chrétiennes de la France, comme le fait François Bayrou, c'est nier la réalité. En cette période de Noël, que voit-on ? Des Français qui, partout, célèbrent une fête religieuse, familiale et sociale. Au débat passéiste entre «la morale laïque» et «la religion civile», telle que la définissait Rousseau, je préfère le concept d'«éthique antérieure» de Paul Ricœur, car les religions sont, en amont, des sources pour les normes de la morale publique.

Je pense que l'apostasie n'est pas une force de progrès dans nos sociétés.

Le Figaro

J’ai alors glissé ce petit commentaire : "Que M. Raffarin, citant Paul Ricœur, veuille placer les religions en amont d'une "morale publique" est une conception historico-philosophique qui demanderait à être étayée. Qu'il nous resserve les "racines chrétiennes" (plantées sans doute dans une "terre qui ne ment pas"), pourquoi pas, sauf qu'il n'a pas lu Bayrou qui rappelle que le siècle des lumières fait aussi parti de notre histoire. Quant au carcan historique où serait enfermée la laïcité, cela relève de l'affirmation pas de l'argumentation.
Mais qu'a-t-il bien voulu dire avec cette phrase : "Je pense que l'apostasie n'est pas une force de progrès dans nos sociétés." ? L'apostasie, au sens large, si j'en crois le Trésor de la Langue Française, voulant dire "Trahison, reniement, abandon d'une doctrine, d'un parti, etc." veut-il par cette phrase sibylline condamner Kouchner, Bockel, Jouyet et les autres ? peu probable... Considèrerait-il agnostiques ou athées affirmés comme des apostats ? c'est à craindre."

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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 22:53

Jour après jour, trait après trait – bien sûr l’épisode Mickey conforte ce point de vue – l’impression que le président qu’a élu une majorité de français n’est qu’un gosse capricieux (menteur, m’as-tu-vu, sans gêne, vulgaire etc.) se conforte.

Yasmina Reda (à ne pas confondre avec la girouette qui attaque la venue du pitre libyen un jour, pour la justifier le lendemain), l’écrivaine qui a suivi le nabot tout au long de sa campagne, nous rappelait :

 «N’avait-il pas dit, je partirai en retraite quelques jours, me reposer, méditer. Il faut du calme et de la sérénité pour prendre la distance nécessaire. Si proche des moines et des cathédrales, ne s’était-il pas enorgueilli de quelque subite transfiguration ? N’avait-il pas dit, j’irai dans une abbaye, ou dans la solitude d’une maison amie, réfléchir à l’ampleur de la tâche ? C’est dévorant des langoustes en famille sur un yacht de soixante mètres, au large de Malte, qu’on le trouvera » au lendemain de son élection.

Yasmina Reda

 

Le gamin capricieux  dans toute sa splendeur se révèle lors d’un conseil des ministres-gadget en Corse :

 

Langouste.jpg

Caprices, ce n'est pas fini

Sarkozy n’a jamais été un gastronome, mais il a des caprices. La veille du conseil des ministres qu’il a récemment délocalisé le 31 octobre dernier à Ajaccio, il est pris d’une envie de langouste digne d’une femme prégnante. Il lui faut des langoustes, beaucoup de langoustes pour lui, pour ses ministres et pour ses grands vassaux corses. Les services de la présidence sont chargés de mettre en œuvre ce grand dessin. Ils choisissent un restaurant, Chez Jeanjean, près du port. Mais Jeanjean a pris des vacances et se trouve à Paris. On lui enjoint de renter dare-dare. Très vite, une difficulté apparaît. Elle est de taille : la pêche à la langouste est interdite en Méditerranée en cette saison. Le président balaie cette objection d’un revers de main : il trépigne, il veut des langoustes, point barre. Les affaires maritimes accordent alors une dérogation à quelques pêcheurs pour leur permettre d’enfreindre la réglementation en toute sécurité. Mais le monde est plein de jaloux. On ne sait pas exactement qui a balancé, peut-être un notable furieux de n’avoir pas été invité à cette langouste-party, mais l’affaire s’ébruite. Elle menace de virer au scandale écolo. L’Elysée prend les devants. Sans se démonter, il publie une mise au point affirmant que les langoustes venaient de Brest!

François Caviglioli  (confidentielles Nel Obs)

 

On atteint les sommets du ridicule égocentré dans cette déclaration à Rome du tout neuf « chanoine du Latran » devant un parterre de cardinaux et séminaristes ; bientôt nous allons apprendre que sa vocation présidentielle répondait à un appel divin :


Moi-même

"On n'est pas prêtre à moitié. Croyez bien qu'on n'est pas non plus président à moitié. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même, je sais ceux que j'ai faits pour réaliser la mienne!"

 papesarko.jpg

Ce discours du Latran est, plus gravement, un exemple de contre-vérités soufflées par des faussaires de l’histoire, Guaino et Gallo. Ainsi apprend-on que les « racines » (ça sent déjà un « la terre ne ment pas ») de la France sont essentiellement chrétiennes – un christianisme d’ailleurs confondu avec le catholicisme – oubliant Voltaire, Diderot, et quelques autres, en bref tout ce qui a été baptisé « siècle des lumières » qui n’a pas beaucoup éclairé ni lui-même, ni ses nègres.

 

Plus fort encore, la loi de 1905, dont le maître d’œuvre, Aristide Briand, a voulu faire (et a fait) une loi de concorde a été violemment rejetée par le pape de l’époque, l’ineffable Pie X, sauf erreur, dont vous pouvez lire et relire des extraits de son catéchisme plus bas, appuyé par le brûlot qu’était La Croix de l’époque qui suintait l’antisémitisme. Gallo – ex Chevénementiste forcené et logorrhéïque écrivain, pseudo historien -  lui fait évoquer les « souffrances de l’église », alors que Clemenceau, surnommé pourtant le 1er flic de France, avait clairement indiqué que l’inventaire des biens des églises ne valait pas mort d’homme ! Rappelons aussi que la loi de 1905 fut complétée par la loi du 2 janvier 1907, dont le but était, selon Briand son rapporteur, « de faire une législation telle que, quoi que fasse Rome, il lui soit impossible de sortir de la légalité », de « mettre l’Eglise catholique dans l’impossibilité, même quand elle le désirerait d’une volonté tenace, de sortir de la légalité ». De quel côté est la volonté d’apaisement ?

Cela tourne au délire calotin – dans lequel d’ailleurs beaucoup de catholiques ne se retouveront pas – quand notre chanoine affirme, avec tout l’aplomb qui le caractérise : « La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux.» (Qu’en a pensé Bigard, au fait l’anneau papal n’était pas trop gras après qu’il l’a eu baisé ?)

Quant à sa conception de la laïcité – soufflée par des plumes Républicaines -  une « laïcité positive » placée sur le même plan que le « baptême de Clovis », avec une « morale laïque » soupçonnée de dérive fanatique, elle est totalement étrangère à la laïcité qui n’a pas besoin d’adjectifs (voir les passages quasi délirants comparant le prête et le pasteur à l’instituteur, voir aussi plus haut Moi-même).

  Sur le même sujet voir : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2007/12/22/le-chanoine-sarkozy-et-la-religion-civile-a-la-francaise.html

Pour compléter :

Nicolas Sarkozy a montré qu'il voulait sortir des protocoles. Il est en train de désacraliser la fonction présidentielle. Je ne suis pas sûr que les Français en aient vraiment envie et je ne suis pas sûr qu'il puisse revenir en arrière. Sa communication risque d'avoir des limites quand il va tomber sur des sujets qui ne relèvent plus d'un livre d'images François Jost

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-992628@51-984702,0.html

 

 

C’est un homme intelligent qui réfléchit peu. L’idée est de se montrer beaucoup : «Regardez-moi, je travaille pour vous et je fais énormement de choses pour vous.» On a été légèrement imprudent en l’élisant mais en France on a toujours le sentiment qu’on peut à un moment opposer un refus brutal. Pour l’instant, il distrait les soirées d’hiver. Claude Chabrol

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/298974.FR.php

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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 16:52

3) Maif, Pena-Ruiz, sphères publiques et privées, laïcité

2005, centenaire de la loi de 1905, a vu fleurir des commémorations diverses (et parfois divergentes). La MAIF pour célébrer l’évènement avait lancé une série de conférences dans les grandes villes.


En tant que sociétaire, je m’étais permis de poser deux questions :

1°) que la MAIF soit partie prenante de cet anniversaire certes, mais pourquoi, plutôt que cette initiative isolée, ne pas appuyer les initiatives des grandes associations laïques, telle que le Ligue de l’enseignement ?

2°) en admettant que cette initiative solitaire soit justifiée, pourquoi n’avoir choisi qu’un seul conférencier, M. Henri Pena-Ruiz.

Pas de réponse.

Le cycle de conférences se poursuivant en 2006, questions reposées, j’ai eu droit à une belle réponse très langue de bois, mais quand j’ai insisté sur le choix d’un seul conférencier, aussi éminent soit-il, à croire que pour la MAIF il n’y avait qu’un seul intervenant possible sur la Laïcité, silence total.

 

HPR est à la philosophie ce que Baubérot est à l’histoire « le » spécialiste de la laïcité. Mais, tandis que Baubérot sent le soufre (pensez il n’a pas approuvé la loi sur le foulard !), HPR est le guide suprême de toute une mouvance néo-républicaine défenseure farouche d’une laïcité tellement universelle qu’elle n’existe qu’en France.

 

Il est toujours étrange de lire que la religion, comme d’autres convictions spirituelles ou philosophiques, relèverait de la seule « sphère privée », alors qu’outre le fait que le culte catholique, par exemple, s’exerce publiquement, dans des édifices publics (entretenus d’ailleurs par l’état ou les communes), la déclaration universelle des droits de l’homme reconnaît le droit de manifester sa religion ou ses convictions (dans le respect des lois bien sûr). Si cette manifestation ne peut se faire que dans son « for intérieur » un tel droit serait bien inutile. Sauf à donner à cette sphère « privée » une extension qui débordera sur l’expression publique et donc privera la distinction public/privé de tout sens, cette césure est artificielle.

Faut-il ajouter que le Secours catholique – comme le Secours populaire, non confessionnel, lui – est reconnu d’utilité publique ? Qu’à la Libération et pendant toute la IVe République un parti politique, le MRP, se réclamait de la démocratie chrétienne ? La CFTC maintenue a toujours pignon sur rue.

 

En revanche, la puissance publique garantit à toutes les religions leur libre exercice, mais dans le respect du droit commun. Leurs dogmes doivent respecter ce droit et respecter le droit de leurs fidèles de s’y conformer ou pas. Et respecter le droit de quitter leur giron…

 

 

 

Mais puisque c’est mon « deblog » pourquoi résister à la tentation de m’autociter, dans une opinion parue dans Libé le 16 mai 2006 (intitulé par Libé « Vraie et fausse laïcité » et qui doit beaucoup à Aristide Briand) :

Le vicomte le Jolis de Villiers de Saintignon, qui voit des islamistes partout, aura eu le mérite d'obliger certains défenseurs de la laïcité à clarifier un peu leurs positions, dans une pétition "Contre un nouvel obscurantisme".

Certes cet appel à tous les citoyens, quelle que soit leur origine, à s'unir dans un combat républicain et laïque contre "l'intégrisme que représente l'islam politique liberticide et le racisme" n'a pas (encore ?) atténué chez certains des signataires un discours que l'on serait tenté de qualifier de sectaire. Ainsi "Respublica" dans le dernier envoi de sa Newsletter tombe à bras raccourcis sur le PS, avec des attaques violentes notamment contre Jean Glavany qui dit pourtant "la laïcité n'est pas un combat contre les religions mais contre les intégrismes" et, dans un esprit d'union, épingle "la girouette Manuel Valls" tournée vers La Mecque évidemment, pour conclure : "Si le PS peine à retrouver le chemin de la séparation des sectes et de l'Etat avec une telle équipe de bras cassés, les défenseurs de la laïcité sauront, eux, ne pas trouver le bulletin socialiste en 2007".

Cette loi de 1905, dont les signataires se prétendent les plus farouches défenseurs, on se demande parfois si certains l'ont lue. Ou au moins en ont saisi l'esprit. Qui mieux que celui qui fut la véritable cheville ouvrière de la commission qui l'a élaborée (Aristide Briand, bizarrement le grand oublié des "commémorateurs" purs et durs) pourrait le définir.

"Si minutieusement rédigée soit une loi aussi considérable, dont tous les effets doivent être prévus par des dispositions de droit civil, pénal et administratif, elle contient inévitablement des lacunes et soulève de nombreuses difficultés d'interprétation. Le juge saura, grâce à l'article placé en vedette de la réforme, dans quel esprit tous les autres ont été conçus et adoptés. Toutes les fois que l'intérêt de l'ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou le doute sur leur exacte application, c'est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur.

"Il n'y a plus d'autres limites au libre exercice des cultes que celles qui sont expressément édictées dans l'intérêt de l'ordre public par le projet de loi lui-même.

"Le projet que vous présente la majorité des membres de votre commission est de nature à vous faciliter la tâche. Conçu, discuté, voté avec un large esprit de tolérance et d'équité, il sauvegarde tout ensemble les légitimes respectables préoccupations des consciences et les intérêts des personnes et les droits supérieurs de l'Etat. Ce n'est pas une œuvre de passion, de représailles, de haine, mais de raison, de justice et de prudence combinées, à laquelle votre commission vous demande de vous associer.

"En le votant, vous ramènerez l'Etat à une juste appréciation de son rôle et de sa fonction ; vous rendez la République à la véritable tradition révolutionnaire et vous aurez accordé à l'Eglise ce qu'elle a seulement le droit d'exiger, à savoir la pleine liberté de s'organiser, de vivre, de se développer selon ses règles et par ses propres moyens, sans autre restriction que le respect des lois et de l'ordre public". Extraits de la présentation du projet de loi.

 

La clarification est donc à poursuivre : cette laïcité, sous la bannière de laquelle on nous invite à nous unir, est-ce bien celle qui a présidé à l'élaboration de la loi de 1905 ? Et l'adjectif "républicain" renvoie-t-il aux grands acquis de la République dont la liberté d'expression ? Ou se réfère-t-il à une conception étriquée qui pollue le débat sur l'école en opposant bizarrement les "républicains" aux "pédagogues" ?

 

Peut-être est-ce cela que mon IGEN, Jean-Pierre Obin, qualifiait de « violentes attaques anti-laïques » ?

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