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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 10:46
Mélenchon est grand, Askolovitch est son prophète !

Autant Claude Askolovitch peut être bon, voire excellent, dans ses billets sur 28 minutes (Arte) le vendredi, autant ce style ciselé devient procédé quand il s’étale sur près de 13 feuillets ! Et il fait plus que friser le ridicule dans ce panégyrique quasi extatique de Mélenchon.

Ça démarre fort : son héros, 66 ans, lui dit sans fausse modestie : « J’ai le cerveau d’un homme de 30 ans… » Quant au désir sexuel : rassurez-vous, pas de problème. Ce mâle de Méditerranée – fils de pied-noirs algériens, il est né dans une Tanger encore ville internationale, celle de Kessel : Au Grand Socco –si l’on comprend bien n’a pas besoin de petite pilule bleue.

Et devinez, brave gens, à qui le grand homme donne des conférences impromptues dans les couloirs de l’Assemblée ? On vous le donne en mille, on vous le donne en cent… vous séchez ? et bien aux députés d’En Marche ! et il emploie des mots "dont il est le seul à conserver le son" (sic) tels que jubilation morbide. Que Mélenchon aime s’écouter parler, tous ceux qui ont vu la vidéo de la découverte de l’Assemblée par les députés insoumis l’ont constaté. Comme ils ont pu constater son mépris du petit personnel.

Mélenchon est grand, Askolovitch est son prophète !

Mais là où Asko fait fort c’est dans la description de la jeunesse quasi misérable du futur grand homme. « Dans les années 1970, il est un journaliste de province sans situation stable. C’est pour survivre qu’il s’expatrie en Essonne, apparatchik à Massy, ville socialiste. C’est pour vivre libre qu’il se fera élire sénateur, en 1986. » Ben voyons ! en quelque sorte un immigré économique, fuyant la misère du Jura, pour, contraint et forcé, devenir, lui, l’ex-OCI, secte trotskyste à laquelle appartenait aussi Jospin, directeur du cabinet de Germon, Maire de Massy. Comme si à Besançon ou Lons-le-Saunier, de prof à journaliste, il était réduit à la soupe populaire. Foutaise.

De la détestation

Quand à se faire élire sénateur, ça démontre de sa part une habileté tactique remarquable pour être désigné candidat et devenir, en son temps, le benjamin de la chambre haute.  « Le Sénat est plus qu’une anecdote dans la vie de Mélenchon. » écrit, sans rire, notre apologiste. Il n’y aura, en effet, siégé que 20 ans ! Et le pauvre a donc dû tenir, n’ayant « plus aucune perspective, d’un point de vue révolutionnaire. La seule chose qui me donnait une identité, c’était de désigner l’ennemi. » Et il va se complaire dans la détestation. Et ce mitterrandiste, champion des petites guéguerres de courants, va se trouver des ennemis  surtout dans son propre camp, s’en prenant en 1988, au premier ministre Michel Rocard.

Mélenchon est grand, Askolovitch est son prophète !

« Au printemps 2000, Lionel Jospin, Premier ministre, le faisait ministre délégué à l’Enseignement professionnel. (…) Mélenchon était le garant des enfants de la classe ouvrière. Il dénonçait les faux-semblants du collège unique et émanciperait par le travail manuel. » Le dithyrambe atteint le sublime et, en même temps, révèle, outre l’enflure du personnage qui se pose en garant des enfants de la classe ouvrière, sa conception rétrograde de l’éducation (pour autant que l’apologiste ne projette pas ses propres préjugés, à l’encontre du collège unique, sur son personnage).

Vive le mélodrame où Asko a pleuré !

Il nous décrit, après la défaite de 2002, un Mélenchon en miettes ! Et il veut nous faire croire que cet apparatchik, ex-premier secrétaire de sa fédération, rompu aux petites vacheries internes (Mme Lienemann pourrait en témoigner), cherchant à se parachuter sur Paris, aurait été accablé par le refus méprisant de Delanoë et d’Hollande de lui offrir une circonscription législative.

Il se consolera en se faisant réélire au Sénat.

"On mesure bien quelle apoplexie de l’esprit a été la mode tactique du consensus. Ce mot, qui sonne comme un résumé de film porno, provoque en réalité une paralysie des organes critiques du citoyen." Outre l’enflure habituelle du style mélenchonnien, sa pensée profonde, cette haine du consensus – en fait derrière ce mot, sa haine du compromis qui est le ciment de toute démocratie  - révèle sa volonté d’imposer son seul point de vue. Et révèle aussi un contre-sens sur le mot qu’il cible : le consensus ne se recherche que dans un domaine déterminé – ainsi des ‘conférences de consensus’ sont-elles réunies sur des thèmes sociétaux – et n’implique donc pas un mol assentiment global.

Mélenchon le latino

 « Mélenchon, traité en France comme quantité négligeable, est respecté dans le monde latino. Il contribue autant qu’il y apprend. » La complainte du mal-aimé, joué en 2002, devient une constante. Mais, heureusement, l’Amérique latine reconnaît son génie. Et il n’hésite pas, invité à un colloque en Argentine où il rencontrait Laclau et Mouffe*, à leur faire la leçon : "Les Argentins parlaient d’un monde multipolaire, je leur ai opposé le modèle français d’un monde unifié : ils ont vu ce qu’était un jacobin !

Mélenchon est grand, Askolovitch est son prophète !

Là où on atteint le sublime c’est quand le glorificator nous décrit  la rencontre, en 2006 de ce laïque, franc-maçon, avec Hugo Chávez, réélu à la présidence vénézuélienne, qui « en appelait au "camarade Jésus". C’était sa première rencontre avec le Comandante. Mélenchon deviendrait son avocat, en dépit de ses dérives : il avait aimé, chez ce militaire en chemise rouge, la rencontre du charisme et du chaos, le sentiment de l’histoire et l’idée d’une révolution pour les pauvres. Chávez convoquait Bolívar comme lui revendiquait Robespierre. »

Tout est dit et la suite du même tonneau va nous expliquer que son ni-ni au deuxième tour des présidentielles – ni Marine Le Pen, ni macron – était « une posture vertueuse ».

Mais là Claude Askolovitch donne dans l’imposture !

 

 

* Ernesto Laclau (1935-2014) et sa collègue et compagne Chantal Mouffe sont de penseurs gramsciens qui ont inspiré Syriza et Podemos.

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Publié par JFL J.-F. Launay - dans Claude Askolovitch Chávez LOBS
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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 22:53
Fillon le candidat du parti dévôt

Nul ne l’a vu venir : l’alliance avec le tea party à la française, les ratichons de la manif anti mariage pour tous, a été décisif. Ni de la Rochère, ni Bourge (et encore moins la pauvre Frigide Barjot complètement démonétisée) n’ont fait de déclarations solennelles en faveur du paroissien de Solesmes. Mais, à bas bruit, le parti dévôt des chaisières s’est mobilisé. Et le sourcilleux sarthois, à la surprise générale – sa remontée finale n’a permis à personne de prévoir sa victoire du premier tour – a largement pris la tête, nous laissant augurer d’un duel du 2e tour en 2017 entre extrême-droite et droite extrême.

Fillon le candidat du parti dévôt

« Sens commun » - l’avant-garde obscurantiste de la Manif anti mariage pour tous – ce Tea Party à la Française - a noyauté la direction LR grâce à… Sarkozy ! Ils ont accédé à six postes-clés dans l’organigramme LR. « Leur leadeur, Sébastien Pilard, ou leur porte-parole, Madeleine Bazin de Jessey — issue du mouvement des Veilleurs qui restaient statufiés, des heures durant, devant le ministère de la Justice pour protester contre le mariage gay — sont devenus délégués nationaux LR, intégrant ainsi le "gouvernement" du parti. Tout comme Catherine Giner, qui s'est illustrée dans les défilés de la Manif pour tous et par ses positions anti-IVG, à qui l'ancien président a confié début février le dossier de la... famille ! » (Le Parisien) Leur objectif affiché : « peser sur la primaire » !

Sarkozy a constaté leur efficacité à ses dépens. Juppé, qui avait refusé de les recevoir, l’a bien compris qui se réfère au pape – intransigeant certes sur la doctrine mais charitable sur l’application – contre ce faux sens commun ! Mariton, leur féal, éliminé, Fillon a su les attirer. Bien lui en a pris, car eux ont su activer tous les réseaux réac-cathos !

Sarko a multiplié les provocations identitaires des plus puériles comme avec sa double ration de frites. Mais le vrai candidat identitaire c’était Fillon. Lui ce n’était pas Neuilly, mais Sablé-sur-Sarthe et surtout Solesmes avec les plus réacs des moines bénédictins. Pas deux divorces et trois épouses, mais sa seule Pénélope. Et, discrètement mais constamment, sur une ligne boutinienne : il s’est opposé à la dépénalisation de l’homosexualité, au PACS et, bien sûr, au mariage pour tous !

Toujours avec cette ternitude, si on me permet ce néologisme, qui le caractérise, il veut bien sûr abolir les 35 h pour 39 h : style travailler plus pour gagner au mieux autant. Il est sur la même ligne que Wauquiez ou Le Maire sur ces sybarites de profiteurs du RSA à qui on doit imposer des travaux d’intérêt général. Quant aux chômeurs, obligation d’accepter tout offre de pôle emploi. Tous des feignasses ces salauds de pauvres et de sans emploi !

Inutile de dire que dans la course à la suppression du plus grand nombre de fonctionnaires, il n’a pas laissé sa part aux chiens (pardon à ses concurrents de la primaire). 500 000 en moins ! sans toucher évidemment aux policiers et gendarmes. Et cela en maintenant les services publics dans la ruralité, bien sûr !

Fillon Ministre de l'éducation nationale (avec Raffarin et Darcos)

Fillon Ministre de l'éducation nationale (avec Raffarin et Darcos)

Le ton quasi bénin ne cache pas la dureté du discours sur l’école ! Il proclame “L’échec de l’école, c’est la faute d’une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants ”. C’est lui le plus déchaîné contre les pédagogos comme dit si finement Jacques Julliard ! Et cet ex-ministre de l’Education nationale qui a, par la loi de 2005 qui porte son nom, créé le socle commun de connaissances et de compétences pour tous les élèves de collège, demande maintenant un examen d’entrée au collège : «  Il faut que les enfants qui ne maîtrisent pas les fondamentaux n’aillent pas au collège tant qu’ils ne les maîtrisent pas » ! Il faudra donc recréer CPPN et CPA pour accueillir ces élèves bloqués en primaire !

Philippe Seguin et François Fillon

Philippe Seguin et François Fillon

 

On est loin du temps où l’encore jeune sarthois était le porte-parole d’un Philippe Seguin, Président du RPR, gaulliste de gauche (et qui, lui, sur le PACS s’était abstenu). Et ce prétendu héritier du gaullisme copine outrageusement avec Poutine et l’absout, ainsi qu’Assad, de tout crime de guerre à Alep.

Fillon et son ami Poutine !

Fillon et son ami Poutine !

Et comme les surprises – Brexit, Trump, Fillon... – sont nettement orientées le plus à droite, on ne peut s’attendre à un miraculeux sursaut de la gauche pour faire, si on peut dire, front. Le pire est donc sûr. Un duel au 2e tour entre droite extrême et extrême-droite – blanc bonnet et bonnet blanc – s’annonce pour mai 2017.

Pour compléter une excellente analyse de Claude Askolovitch

"Il y a quelques jours le site Atlantico, de bonne droite autrefois buissonienne, depuis émancipée, publiait cette tribune au ton de chattemite. «Islamisme politique: la double erreur d'Alain Juppé». Elle est signée Patrick Karam, activiste multicarte, jadis dans le militantisme DOM, aujourd’hui porte-parole de Nicolas Sarkozy chargé des chrétiens d’orient. Elle explique en substance qu’Alain Juppé, en mars 2011, adouba les frères musulmans égyptiens, et serait donc responsable, le lien était fait, des souffrances des Coptes d’Egypte..." Lire la suite

Il faut noter que cette campagne sur "Ali Juppé", comme disent ces fumiers, tendant à le faire passer pour un allié des Frères musulmans a été orchestrée par les sarkozystes et que c'est Fillon qui en a tiré profit, prêt à soutenir Assad-le-boucher et à s'allier avec les Mollahs iraniens.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 11:25
Vote FN : une police FNisée !

Plus de la moitié des policiers et gendarmes pour le FN. Une percée globale chez les fonctionnaires. Même les enseignants commencent à être contaminés. Un électorat jeune. Et des abstentionnistes aux caractéristiques proches du noyau dur de l’électorat frontiste !  Quelques enseignements inquiétants de l’enquête électorale du CEVIPOF.

La percée du FN dans les Fonctions Publiques (état, territoriale, hospitalière) et les entreprises publiques

La vague 1 de l’Enquête électorale française a été réalisée entre le 20 et le 29 novembre 2015 auprès de 23 061 personnes interrogées selon la méthode des quotas. L’enquête porte sur 3 368 fonctionnaires de l’État, 1 334 fonctionnaires de la fonction publique territoriale (FPT), 796 fonctionnaires de la FPH et 1 846 agents des entreprises publiques.

 

Globalement policiers et militaires – dont les gendarmes – étaient déjà 30% à avoir voté Marine Le Pen aux présidentielles de 2012. Une étude de l’Ifop en 2014 qui portait sur les gendarmes mobiles et les gardes républicains, en comparant les bureaux de vote de leurs casernes à ceux de la commune, montrait déjà en 2012 un sur-vote massif en faveur de Marine Le Pen, qui atteint 46%, soit 28 points de plus que la moyenne.

Lors de l’enquête CEVIPOF, ils sont 51,5% à dire leur intention de le faire au 1er tour des régionales. Un correctif cependant : cela ne concerne que ceux qui ont voté (2012) ou déclarent vouloir le faire en 2015.  Mais, si l’on en croit Askolovitch, le résultat concernerait policiers en activité et à la retraite et, pour les seuls actifs, les intentions de vote atteindraient 70%.

 

 

 

 

 

 

C’est donc à cette aune – une police FNisée – qu’on mesure l’inanité d’une politique de complaisance presque servile de nos Ministres de l’intérieur socialistes, Valls puis Cazeneuve, avec les policiers. Qu’on mesure surtout le danger de projets de lois qui laisseraient encore plus les mains libres à des policiers incontrôlés. Qu’on comprend mieux aussi les bavures recensées depuis les attentats de novembre. Ce qu’on pouvait prendre pour de la stupidité – portes enfoncées systématiquement, perquisitions tenant du vandalisme, contrôles aux faciès multipliés et brimades de jeunes, erreur grossière dans les assignations à résidence, etc. – relève plutôt d’une démarche délibérément brutale. Modèle nervis FN !

Un fonctionnaire qui vote pour le FHaine, c’est comme un mouton qui vote pour l’Aïd-el-Kébir ! Ou si vous préférez, une dinde qui vote pour le réveillon. Quant aux enseignants, ils devraient se rappeler seulement que de 2007 à 2012, pour reprendre l’expression consacrée, on a dégraissé le mammouth... jusqu’à l’os ! Voter à droite et a fortiori à l’extrême-droite – anti-fonctionnaires en général et anti-profs en particulier – c’est, sauf pour les policiers et gendarmes, l’assurance d’un total mépris, de coupes claires*, de privatisations accentuées, etc.

Et pourtant, les intentions de votes exprimés dans l’enquête CEVIPOF sont en nettes progressions. Comme le fait remarquer Luc Rouban, « le Front national conquiert un univers socioprofessionnel qui lui était traditionnellement hostile et prend même racine au cœur du monde enseignant. » Et là l’explication du vote d’extrême-droite par la précarisation ne joue pas puisque les titulaires dont l’emploi est garanti ne se distinguent pas des personnels contractuels.

On peut noter au passage la stupidité politique de Macron mettant en cause le statut des fonctionnaires, même si ces déclarations intempestives n’ont sans doute joué qu’à la marge sur la progression FN.

Maigre consolation, sur 100 fonctionnaires nouveaux électeurs FN en 2015, 58 avaient voté Sarkozy en 2012, 25 s’étaient abstenus. En gros, socialistes et écologistes sauvaient les meubles, passant de 36% en 2012 à 34% en 2015 pour le PS, voire de 2% à 8% pour les verts, en revanche Front de gauche et trotskystes régressaient de 15% à 7%.

Près d’1 prof des écoles sur 10 disait avoir l’intention de voter FN. Et à peine moins dans le second degré où, de 2012 à 2015, la progression est un peu plus forte. Paradoxe apparent, alors que la gauche a mis fin au dégraissage du mammouth, rétablit la formation des maîtres. Mais il fut quand même un peu hallucinant – alors que d’un trait de plume, sans que ça provoque de protestations syndicales, Darcos avait institué la semaine de 4 jours – de voir le SNUIPP de Paris se soulever contre Peillon qui voulait rétablir une semaine de 4 jours ½, alors que le 1er degré parisien bénéficiait déjà de 3 h hebdos de décharge par classe (enseignements artistiques assurés par des profs de la Ville de Paris, vieux privilège obsolète). Dire que l’indispensable réforme des rythmes scolaires a été partout une réussite serait exagéré. Mais en faire un casus belli est indécent.

Pour le reste (notation, latin, inter et transdisciplinarité, etc.), depuis Alain Savary, j’ai l’impression d’un éternel combat avec les mêmes rétropenseurs, même si Milner laisse sa place à Finky ou à Onfray.

Les caractéristiques comparées des frontistes fidèles et des nouveaux frontistes

Mieux implanté, plus jeune, plus fidèle

 

Cette percée dans le public s’accompagne de progression dans les couches moyennes salariées, chez les agriculteurs-exploitants et, même si son implantation s’étiole au fur et à mesure du degré de formation, dans aucun milieu social, le FN n’est en dessous de la barre des 18% (cadres supérieurs).

Et c’est un électorat jeune : le FN séduit 36 % des 35-49 ans et 33 % des 18/34 ans. Et l’électorat le plus fidèle puisque 79% des électeurs de Marine Le Pen en 2012 disaient vouloir voter pour les listes FN en 2015, contre 78% des électeurs Sarkozy pour les listes LR/UDI, 70% des électeurs Hollande pour le PS, et 66% des électeurs Mélenchon pour le Front de gauche.

« 37% des abstentionnistes de la présidentielle de 2012 qui se sont rendus aux urnes se sont tournés vers le Front national, 26% de ceux qui avaient choisi le vote blanc ou le vote nul, 20% de ceux qui avaient voté en faveur de Nicolas Sarkozy, 10% de ceux qui avaient voté en faveur de François Hollande, 9% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 8% de ceux de François Bayrou. Les listes du Front national agissent comme un véritable aimant dans un système politique et électoral qui a perdu nombre de ses boussoles traditionnelles. » Pascal Perrineau

Une motivation xénophobe

 

Les motivations des transferts des électeurs Sarkozystes ou Hollandais sont clairement xénophobes : rejets des immigrés et de l’Islam. S’y ajoute le vieux fond poujadiste de rejet des politiques (Qu'ils s'en aillent tous !) plus le vote-sanction contre Hollande. Avec une pointe de refus de l’Europe.

Si plus des trois quarts des FN fidèles sont pour le rétablissement de la peine de mort 65% des Hollandais ralliés au FN partagent ce point de vue !

 

Mais ces ralliements se font dans un terreau favorable puisque, après les attentats du 13 novembre, 51% éprouvaient de la haine (frontistes fidèles – ff - 55%), 30% des enquêtés étaient pour le rétablissement de la peine de mort (ff 77%), 50% des personnes interrogées ne partagent pas l’idée que « les enfants d’immigrés nés en France sont des Français comme les autres » (la déchéance de nationalité n’arrangera rien), 60% qu’il y a trop d’immigrés en France (ff 79%) et 54% que l’islam est une menace (ff 69%) !

Difficile de faire la part de l’émotion qui peut provoquer une bouffée de haine et  celle de convictions bien ancrées et que les attentats ne feraient que conforter. Il semble cependant que le 13 novembre ait bousculé l’ordre des préoccupations des électeurs plus tournées avant vers les problèmes sociaux (précarité, emplois). En ce sens DAECH a réussi son coup, en faisant émerger des ressentiments diffus et jusqu’alors enfouis. Et en faisant des immigrés et de l’islam les boucs émissaires. Et il n’est, hélas, pas tout-à-fait sûr que le discours uniquement guerrier et sécuritaire du Président et du premier ministre, au lendemain du 13 novembre, n’ait pas renforcé, au lieu de la désamorcer, l’attractivité du FN.

Voile, Kippa et Elisabeth Badinter

 

Les grandes explications sociologico-géographiques à la mords-moi Le Bras (Hervé) - « La ressemblance de la carte des zones fragiles avec celle des scores du FN est frappante », « Dans les régions où le risque de précarité est plus élevé, la probabilité d’avoir dans sa famille au sens large ou dans son proche entourage une personne tombée dans la précarité est importante (…) Cette probabilité vous fait craindre de subir le même sort »  - ne rendent que partiellement compte d’un phénomène complexe. Non pas qu’elles soient fausses, mais elles ne suffisent pas à expliquer l’extension du vote FN aux élections départementales puis aux régionales.

Quant à la densité des femmes dites voilées – c’est-à-dire, comme Mme Latifa ibn Ziaten, portant un fichu sur la tête – elle n’irrite et pousse vers le FN que celles et ceux qui voient, avec Mme Badinter, Marine Le Pen comme la seule à défendre une laïcité qui n’a de laïcité que le nom.

Quand j’étais permanent sguénard, au milieu des années 70 du siècle dernier, le siège national n’était pas loin  de la Rue Cadet où s’est installé le Grand Orient, ni des Folies-Bergères, mais aussi d’un quartier où on croisait des juifs sépharades habillés style Rabbi Jacob et cela dès 13-15 ans. Quoi de plus sinon ostentatoire – la religion juive n’est pas prosélyte – mais au moins ostensible que ces gamins en redingotes noires, pantalon itou, et petites nattes frisotées tombant du grand chapeau noir ?

Et, pour ne pas passer pour plus gâteux que je ne suis, je n’évoquerai pas les curetons en soutanes et les nombreuses « bonnes » sœurs aux coiffes aussi folkloriques mais moins élégantes que celles des bretonnes, de mon enfance. Le fameux abbé Pierre, comme le non moins fameux, mais pour d’autres raisons, chanoine Kir allaient à l’Assemblée Nationale en soutane !

    Aujourd’hui d’ailleurs il est du dernier chic républicain à la Goasguen que de se coiffer d’une Kippa. Dans la logique de Mme Badinter – la religion ne relève que de la sphère privée donc la loi dite Stasi, interdisant dans l’enseignement secondaire tout signe religieux supposé être ostentatoire, doit être étendue à tous et dans  tout l’espace public – la kippa serait proscrite sur la voie publique. Mais cette fausse laïcité liberticide – contraire à l’esprit et à la lettre même de la loi de 1905 – n’est qu’un habillage, n’en déplaise à Charb, d’une islamophobie nourrie par des sites identitaires et qui conforte le FN.

L’Ouest contaminé

 

Pourquoi des communes disposant des mêmes caractéristiques sociodémographiques voient leurs citoyens voter à gauche en Bretagne et FN en Alsace ? s’interrogent Martial Foucault & Vincent Pons.

 

Sans doute, mais là où le FN n’atteignait que des scores étiques, dans l'Ouest, il devient fréquemment le deuxième parti et quelquefois le premier.

Au 1er tour des régionales 2015, la Vendée a voté à presque 21% FN (4 fois plus qu’en 2010).

Et dans des communes, où on n’a pas vu la queue d’un Sarrazin en 732 et pas plus de femmes voilées depuis, comme Grues (36,86%), Puyravault (35,53%), Saint-Cyr-en-Talmondais (33,95%), Saint-Denis-du-Payré (33,33%), Les Magnils-Reigniers (32,05%) ou Lairoux (31,58%), il prend la 1ère place au 1er tour.

Et bien que la côte connaisse une forte proportion de retraités – en principe moins sensibles à l’attrait du FN – les scores frisent souvent les 30% : Brétignoles-sur-Mer 29,27%, Beauvoir-sur-Mer 28,82%, L’Aiguillon 29,94%, sans oublier Saint-Vincent-sur-Jard, où Clemenceau avait une maison, avec 32,81%...

N’étant pas, comme MM Todd ou Le Bras, sans oublier Guilluy, capable de lire une carte comme la voyante le marc de café, je suis impuissant à donner une explication à ce phénomène, a priori étrange, qui fait que ces communes, qui ne connaissent des zones dites de non droit que ce qu’en disent les médias et où la délinquance (réduite) est endogène, penchent de plus en plus vers le FN.

Juste le constat que la dédiabolisation du FN est une complète réussite. Et que les électeurs ralliés le sont bien sur une thématique xénophobe et non sur des motivations sociales. Et dans un contexte où les propositions mêmes du FN, déjà accréditées par Sarkozy, sont reprises par le Président et son gouvernement.

 

 

 

* Dans les Pays-de-la-Loire, Retailleau, ex fils spirirituel de de Villiers, nouvellement élu, promet de réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires régionaux, dans une région en dessous de la moyenne nationale pour le ratio fonctionnaires/habitants.

Quant au discours plus ‘régalien’ du FN, c’est un peu comme les promesses dont Pasqua, expert, disait qu’elles n’engagent que ceux qui les reçoivent ; il n’est même pas sûr que le FN renforcerait la police nationale, préférant, comme Ménard, s’appuyer sur des polices municipales à la botte de leurs maires (et créer des milices bénévoles locales toujours à la mode Ménard).

Source : L'enquête électorale française : comprendre 2017

Notes de la vague 1

 

A noter qu'il faudrait avoir accès à l'enquête brute pour mesurer le poids des intentions de votes FN dans la police, par exemple, car les 51,5% ne concernent que ceux qui ont exprimé l'intention de voter ; il faudrait donc connaître aussi le pourcentage de ceux qui comptaient s'abstenir.

 

 

Pour compléter :

La percée du Front national dans la fonction publique Luc Rouban

Avec des chiffres mis à jour :

"La progression du FN est encore plus spectaculaire chez les policiers et militaires (N = 485). Les intentions de vote FN de ces derniers montent à 56 % contre 30 % en 2012, avec une différence marquée entre les militaires – de toutes les armes y compris la gendarmerie – qui choisissent le FN à hauteur de 52 % contre 63 % pour les seuls policiers. Encore s’agit-il de valeurs moyennes qui recouvrent les actifs et les retraités. Si l’on n’étudie que les actifs, en réduisant l’échantillon de près de la moitié, on voit alors, mais sans garantie de représentativité, que le vote FN atteint 57 % chez les militaires et 72 % chez les policiers." (c'est donc de là que C. Askolovitch tire ses 70%)

 

Les votes contrastés des enseignants et des policiers..... Claude Lelièvre

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 18:33
Askolovitch, chien de garde de l’anti-islamophobie

Décidément le « Je suis Charlie », cette affirmation portée par des millions de personnes que la liberté d’expression est notre bien inaliénable, reste fragile. A peine le dernier n° de Charlie épuisé que déjà des chiens de garde de la lutte contre une prétendue islamophobie aboient. Claude Askolovitch s’en prenant à un dessin de Xavier Gorce en est un parfait spécimen.

 

  Le PS avait demandé à Xavier Gorce – dessinateur du Monde– d’illustrer en direct les débats du grand rassemblement des secrétaires de section réuni à la Mutualité le 1er février.  Communication moderne exige, ces dessins de manchots, chers à l’auteur des Indégivrables étaient touittés en direct aussi.

Askolovitch, chien de garde de l’anti-islamophobie

Les dessins de Xavier Gorce le 1er février à la Mutualité

NB C'est moi qui ai encadré le fameux dessin objet d'opprobes;

Tout baigne, jusqu’au 8e dessin.  « A 11h08, le compte twitter du PS publie un dessin représentant 3 pingouins habillés d’une burqa dont l’un porte une pancarte où il est écrit : « Je suis pas Charlie ». Alerté par un autre compte twitter, celui d’Alkanz, (…) portail d’information autour de la communauté musulmane, publie à 12h28 un tweet expliquant que le « PS est bien puant », suivi d’un retweet traitant le parti socialiste de « raciste ». Après une injonction identitaire appelant les musulmans vivant dans les quartiers à voter contre le PS, Alkanz a continué sa charge contre Xavier Gorce et contre le PS estimant cette fois que le dessin surfait sur « l’islamophobie ambiante », relayé quelques minutes plus tard par le journaliste Claude Askolovitch* qui, en paraphrasant la célèbre phrase d’August Bebel «l’antisémitisme, c’est le socialisme des imbéciles», estime lui aussi que le dessin était islamophobe. » nous explique L'abeille et l'architecte

Askolovitch, chien de garde de l’anti-islamophobie

Le touitte de Claude Askolovitch

Sur le coup, Zineb el Razhoui, qui dénonçait, sous les procès en racisme l’art de museler la critique dont abusait ceux qu’elle nommait les idiots utiles de l’islamisme, a parfaitement raison. Avec le zèle des convertis, l’ex-collaborateur du peu islamophile Point, dérape dans la semoule.

On peut cependant regretter que le secrétariat du PS**, cédant donc à ces touittes stupides, ait retiré celui qui comportait ce dessin.

Askolovitch, chien de garde de l’anti-islamophobie

Touitte d'Alexis Bachelay, député PS

On peut surtout regretter qu’Alexis Bachelay en ait rajouté une couche.  Certes, il peut trouver ce dessin ni subtil, ni drôle : il ferait beau voir que la liberté d’expression justement revendiqué par Charlie interdise de critiquer un dessin. Mais lui aussi dérape dans la semoule quand il évoque un amalgame qui relève du coup de l’anathème. Car voir dans 3 manchots en burka un amalgame entre islamistes fanatisés et pacifiques musulmans relève soit de la mauvaise foi, soit de la sottise. On peut, au contraire, d’ailleurs, critiquer ce dessin pour n’enfoncer qu’une porte ouverte. Il est évident que les porteuses volontaires de burka ou de niqab ne sont pas Charlie, mais pas du tout !

 

Boualem Sansal, écrivain algérien, cité par L’abeille et l’architecte, expliquait, dans une interview au Progrès, que c’est « une technique pour faire taire l’adversaire » car « les islamistes cherchent à culpabiliser ceux qui s’en prennent à l’islamisme en leur disant : vous êtes racistes, c’est l’islam que vous voulez critiquer. »

 

AlKanz et Askolovitch seraient mieux inspirés de s’en prendre aux vrais xénophobes déguisés en islamophobes, tels Riposte laïque, site raciste canal hystérique comme dit Le Canard enchaîné.

 

Et le PS serait bien inspiré de ne pas céder à l’intimidation de quelques braillards qui déshonorent la cause qu’ils prétendent défendre.

 

Non à l’amalgame ! c’est ce que j’avais affiché sur mon tarbouch au rassemblement spontané de notre commune. Mais Non à l’intimidation et aux faux-procès. Et Oui à la liberté d’expression !

 

 

* Claude Askolovitch est à l’origine de « l’affaire Siné ». Le 8 juillet 2008, lors d’une émission sur RTL, il qualifie d’antisémite une chronique du dessinateur Siné publiée dans Charlie Hebdo, qui ironisait sur une éventuelle conversion au judaïsme du fils du président de la République, Jean Sarkozy ; ça lui vaudra le surnom de Sarkolovitch.

 

** Cependant l’ensemble des dessins de Xavier Gorce reste visible sur le site du PS

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 17:18
BHL (Bernard-Henri Lévy) s'en prend à Siné

  Bernard-Henri Lévy, dans son « opinion » du Monde (De quoi Siné est-il le nom ?, 21/07/08) commet un léger oubli dans la citation du texte incriminé. « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

Évidemment, si on ne prend que la fin (« il vient de déclarer ...»), on peut y dénoter, dans une lecture symptomale cependant, de l'antisémitisme. Remis dans le contexte une telle lecture trahit plus les obsessions du lecteur que l'antisémitisme du scripteur. Pas de trace dans ce texte de musulmane en tchador ou de juive rasée. Et sur les musulmanes en tchador, Siné n'y a pas été de main morte, si on peut dire, disant son envie de leur mettre son pied au cul ainsi qu'à leurs barbus en babouches.

 

Donc, à partir d'une non-citation, BHL se déchaîne, faisant la leçon au vieillard gâteux qu'est pour lui Siné. Au passage, il s'en prend à Badiou à qui il a cependant emprunté le titre de son article. Dans un amalgame hardi, il assimile le vieil anar qu'est Siné à la bande à Baader.  Ce qui lui permet d'asséner avec force « cet argument est  lamentable... pitoyable... dénué de sens ».

Et ce paternaliste tutoiement final « Allons Siné. Tu as encore le choix. »

 

Sa suffisance, BHL, aurait mieux fait de lire Siné. Écrivons : « Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir à l'hindouisme avant d'épouser sa fiancée, indienne, et héritière des fondateurs de Tata. Il fera du chemin ce petit. » Tout le monde lira bien que Siné dénonce l'opportunisme du digne fils de son paternel. Et c'est comme cela que Guy Bedos et beaucoup d'autres l'ont lu qui ne méritent pas l'opprobre hautaine de l'ex-nouveau philosophe.

 

NB Le 2e dessin n'est pas de Siné (mais de Charb)

 

 

 

Voir aussi ce dessin de Plantu (même si je n'assimile pas VAL, malgré sa grossière erreur, à un néo-....)

 

Pour compléter un excellent article de François Reynaert (Nel Obs) répondant à son collègue Claude Askolovitch :"Siné, Asko et moi" ; voir aussi la chronique non publiée de Siné

 

Après F. Reynaert, Luc Le vaillant remet les pendules à l'heure : Pour que survive le mauvais esprit (Libé 29/07/08)

 

 

 

 

 

Marianne 2, après un article, présente ce sketch de Desproges et pose la question : Pensez-vous qu'un tel sketch serait possible aujourd'hui ?

 

La réponse est bien non : une vidéo du sketch sur Dailymotion (qui était lisible ci-dessous) a été censurée selon les bonnes vieilles méthodes de ce site, c'est-à-dire sans explication.

J'ai retrouvé une autre sur youtube, mais du coup, encadrée d'une présentation et d'un entretien, comme si le citoyen de base était incapable de comprendre tout seul.

 

 

 


Voir aussi les unes d'HARAKIRI

 

 

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