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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 16:00
TABIT le commissaire bigot et violeur en série

Mohammed Mustafa Tabit ou Tabet (é et i se confondant en arabe) fut le dernier condamné à mort exécuté au Maroc en 1993. Ce serial violeur, commissaire de son état, a filmé dans un appartement de Casablanca ses agressions sexuelles sur 518 femmes.

La condamnation à mort des trois islamistes qui ont décapité deux touristes scandinaves amène la presse à rappeler que la dernière fois où la peine de mort a été appliquée dans le royaume, ce fut l’exécution de Mohammed Mustafa Tabit. Il fut fusillé, attaché à un poteau d’exécution, dans une forêt proche de Kénitra, le 5 septembre 1993.

J’avoue que j’ai découvert ce commissaire violeur des RG marocains par un article d’El País. Qui affirme que quasi tout le monde au Maroc sait qui était le commissaire Tabit. Un Tabit capable de violer sur le même lit et dans la même séance une femme, sa fille et sa nièce de 15 ans, tout cela filmé par des caméras cachées. Et il a filmé des centaines d’autres scènes. Mais aussi abominables que furent ses actes, Tabit a bénéficié de la myopie d’un système étatique qui l’a protégé des années durant, s’est félicité de ses services puis a ordonné sa mort de peur qu’il ne parle trop.

Tabit était un pieux père de famille de 54 ans, marié en secondes noces avec cinq enfants. Il venait du Maroc profond, Beni-Mellal, au centre du pays. En 1970, alors qu’il était à l’époque jeune professeur d’Arabe, un officier de police s’est amouraché de sa femme et l’a fait mettre en prison sous prétexte qu’il aurait insulté les institutions sacrées du royaume. Au sortir de cette incarcération, Tabit tomba en dépression profonde avec soins psychiatriques. Quittant et sa femme et l’enseignement et Beni-Mellal, il passa avec succès le concours d’entrée dans la police en 1974. A Casablanca, il commença une autre vie avec une autre femme, et grimpa rapidement les échelons pour devenir commissaire des Renseignements généraux.

Eût-il était catholique, qu’on lui aurait donné le bon dieu sans confession.

Il ne boit pas, il ne fume pas, il fait les cinq prières quotidiennes, va chaque vendredi à la Mosquée et il a fait plusieurs fois le pèlerinage à La Mecque ! Cependant il passe beaucoup de son temps à draguer jeunes filles et femmes à la sortie des collèges, des facultés ou sur les grandes avenues. Une fois montées dans sa Mercedes, il les emmène dans un appartement loué au 36 du Boulevard Abdellah ben Yassine. Là il dispose de plusieurs caméras pour pouvoir filmer ses exploits sexuels sous différents angles. Il s’est assuré les services d’un gynécologue qui pratique les avortements et les reconstructions d’hymens.

Malgré sa frénésie sexuelle, il est un excellent commissaire des RG, au fait de tout ce qui se trame à Casa, et en particulier des frasques sexuelles des puissants. Tabit collabora avec les services secrets du Royaume. Cet excellent policier réussit à filmer des personnalités en pleins ébats sexuels. Mais, on l’a vu, il aime aussi se mettre en scène dans ses propres ébats et il se fait probablement de l’argent de poche en marchandant ses cassettes dans les réseaux internationaux de pornographie. En 1990, cependant, il est dénoncé pour viol par une femme de 26 ans. Mais le policier qui avait recueilli sa plainte fut rétrogradé et la dénonciation est enterrée. Cependant le prédateur en savait trop sur trop de gens et l’odeur de ses méfaits a fini par devenir insupportable aux narines des puissants.

Deux versions s’opposent quant à l’affaire qui aura finalement déclenché l’arrestation du violeur à la chaîne.

Selon celle de Tel Quel (hebdomadaire marocain) un certain Saïd, marocco-italien, visionnant des cassettes pornos avec des amis dans la banlieue de Milan, découvre sur l’une d’elles sa propre sœur, Khadija. Retour à Casa, il découvre que sa frangine après avoir été arrêtée pour racolage sur la voie publique s’était mise – volens nolens – sous la coupe du « Hadj » - titre accordé aux pèlerins de La Mecque - et commissaire des RG, Tabit. Saïd ayant découvert l’adresse du lieu de débauche du Hadj, guette sa sœur, mais se fait arrêter par des policiers qui le passent à tabac. Malgré cela, il réussit à kidnapper sa sœur ; il filme sa confession et file à l’ambassade d’Italie à Rabat. Là, le binational trouve un interlocuteur à qui il remet copie de l’enregistrement et, miracle, non seulement le diplomate s’intéresse à l’affaire, mais en informe un ami marocain, qui n’est autre que le Ministre des Affaires étrangères de l’époque*, Abdellatif Filali. Filali informe Hassan II et le sort de Tabit est scellé.

 

* Tel Quel le fait 1er Ministre, poste auquel il n'accédera qu'en 1994.

La deuxième version – celle que l’on trouve par exemple dans le Nouvel Obs de l’époque – conte l’histoire de deux étudiantes en médecine qui se font gentiment proposer de les raccompagner par un homme en Mercedes, qui se font offrir des gâteaux avant de se retrouver dans l’antre du violeur. Les deux étudiantes portent plainte le lendemain et cette fois elle n’est pas enterrée : bizarrement la gendarmerie s’en empare.

Cette version a été quelque peu enrichie par Maroc Hebdo en 2002. Les deux innocentes étudiantes, tombées dans le piège de l’obsédé sexuel, auraient été, en fait, deux « escorts girls » en relation avec un fournisseur de prostituées de luxe pour les grosses huiles de Casa ou Rabat. Tabit n’aurait rien ignoré de leurs activités extra-universitaires. Et c’est de leur plein gré qu’elles auraient suivi ce potentiel client, bien sous tout rapport, au 36 du boulevard Abdellah Ben Yassine. Sauf que loin de payer leur prestation, Tabit leur révèle tout ce qu’il sait sur leurs activités de dames de compagnie. Terrifiées les deux jeunes filles s’empressent de se confier à leur entremetteur. Le proxénète alerte alors ses puissants clients. Ahmed Reda Guédira, principal conseiller d’Hassan II, mis au parfum, décide de mettre un point final aux exploits sexuels du Commissaire et surtout aux risques de chantages. Et l’affaire est confiée à la gendarmerie royale.

La 1ère comme la 2e version primitive semblent assez peu vraisemblables. En quoi l’ambassade d’Italie aurait-elle pu intervenir, même s’il s’agissait d’un binational, dans une affaire maroco-marocaine ? Pourquoi, la plainte de 2 étudiantes n’aurait-elle pas connu le même sort que la plainte précédente ? Mais rien ne prouve non plus que la version enrichie, celle des étudiantes-escorts, bien que plus vraisemblable, soit la bonne.

Toujours est-il que, sans aviser la police bien qu’en dehors de sa zone d’intervention, la gendarmerie royale perquisitionne l’appartement loué par Tabit. Elle y découvre 118 vidéos où sont filmées 518 femmes, dont 20 mineures. Rude tâche, on le devine, pour les enquêteurs gendarmesques que de visionner ces vidéos aux paroles crues, le violeur étant un adepte de la coprolalie, et aux scènes violentes où on le voit s’en prendre à deux sœurs ou à une mère et sa fille, sur le même lit, et passer allègrement de l’une à l’autre. Outre les films de ses propres exploits, la collection comportait quelques scènes pornographiques tournées avec des acteurs amateurs. Et surtout, dans l’une d’entre elles, la numéro 32, Tabit avait réalisé un très bon montage de séquences où l’on découvrait, en pleines actions libidineuses, des personnalités connues.

La Justice marocaine, contrairement à la française, ne traîne pas : arrêté le 3 février 1993, Tabit voit son procès s’ouvrir le 18 février. Contrairement à l’habitude, les journalistes ont droit à l’acte d’accusation. Tout le Maroc suit ce jugement hors norme.

L’avocat de la défense fit valoir que la taille du phallus de son client pouvait expliquer des besoins sexuels hors norme. Il argua cependant qu’il était peu probable qu’il ait pu pratiquer le sexe avec plus de 500 femmes différentes. Enfin il révéla que l’esprit de son client était possédé par un djinn (les antécédents psychiatriques de Tabit eussent peut-être pu paraître plus convaincants ?).

La sentence tombe le 15 mars : Mohamed Mustapha Tabit est condamné à la peine de mort pour “attentat à la pudeur, défloration, viol avec violence, rapt et séquestration d'une femme mariée, actes de barbarie et incitation à la débauche”. Une trentaine de personnes, dont des policiers et des victimes, sont condamnées à diverses peines de prison, allant jusqu'à 20 ans (et même la perpétuité pour son supérieur direct).

Des témoins de l’époque affirment que Tabit fut torturé, non pour obtenir des aveux – il reconnaissait les faits – mais pour l’obliger à se taire. Car la fameuse cassette 32 s’était évaporée et tout fut fait pendant le procès, à commencer par le plaidoyer surréaliste de son avocat, pour étouffer le scandale d’une révélation des mœurs quelque peu dépravés de certaines hautes personnalités.

Le 5 septembre 1993, après sa prière du matin, le Hadj Tabit est extrait de sa cellule, conduit dans une forêt proche de Kénitra, attaché à un poteau d’exécution, et, en présence entre autres de Hosni Benslimane, patron de la gendarmerie et d'Ahmed Midaoui, fraîchement nommé directeur général de la police, il est fusillé. Sa famille, qui n’avait pu lui rendre visite, ne pourra non plus voir son corps : il sera enterré dans un cercueil scellé.

Comme le notait Maroc-Hebdo, le procès du commissaire maudit a été un montage politico- judiciaire. Il fallait éliminer ce pervers sexuel doublé d'un maître chanteur qui consignait soigneusement les orgies du gotha politico-militaire. En toile de fond, une guerre des services qui ne disait pas son nom. Le moins qu’on puisse dire est que le commissaire n’a pas bénéficié d’un procès équitable, avec un juge qui tenait parfois des séances de 16 heures, en plein Ramadan. Procès qui a tenu l’opinion publique en haleine, avec des tirages record pour les journaux, la détournant de la tentative avortée d’une alternance politique, sur fond de montée de l’islamisme, liée à une crise économique et sociale aiguë.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 11:25
Vote FN : une police FNisée !

Plus de la moitié des policiers et gendarmes pour le FN. Une percée globale chez les fonctionnaires. Même les enseignants commencent à être contaminés. Un électorat jeune. Et des abstentionnistes aux caractéristiques proches du noyau dur de l’électorat frontiste !  Quelques enseignements inquiétants de l’enquête électorale du CEVIPOF.

La percée du FN dans les Fonctions Publiques (état, territoriale, hospitalière) et les entreprises publiques

La vague 1 de l’Enquête électorale française a été réalisée entre le 20 et le 29 novembre 2015 auprès de 23 061 personnes interrogées selon la méthode des quotas. L’enquête porte sur 3 368 fonctionnaires de l’État, 1 334 fonctionnaires de la fonction publique territoriale (FPT), 796 fonctionnaires de la FPH et 1 846 agents des entreprises publiques.

 

Globalement policiers et militaires – dont les gendarmes – étaient déjà 30% à avoir voté Marine Le Pen aux présidentielles de 2012. Une étude de l’Ifop en 2014 qui portait sur les gendarmes mobiles et les gardes républicains, en comparant les bureaux de vote de leurs casernes à ceux de la commune, montrait déjà en 2012 un sur-vote massif en faveur de Marine Le Pen, qui atteint 46%, soit 28 points de plus que la moyenne.

Lors de l’enquête CEVIPOF, ils sont 51,5% à dire leur intention de le faire au 1er tour des régionales. Un correctif cependant : cela ne concerne que ceux qui ont voté (2012) ou déclarent vouloir le faire en 2015.  Mais, si l’on en croit Askolovitch, le résultat concernerait policiers en activité et à la retraite et, pour les seuls actifs, les intentions de vote atteindraient 70%.

 

 

 

 

 

 

C’est donc à cette aune – une police FNisée – qu’on mesure l’inanité d’une politique de complaisance presque servile de nos Ministres de l’intérieur socialistes, Valls puis Cazeneuve, avec les policiers. Qu’on mesure surtout le danger de projets de lois qui laisseraient encore plus les mains libres à des policiers incontrôlés. Qu’on comprend mieux aussi les bavures recensées depuis les attentats de novembre. Ce qu’on pouvait prendre pour de la stupidité – portes enfoncées systématiquement, perquisitions tenant du vandalisme, contrôles aux faciès multipliés et brimades de jeunes, erreur grossière dans les assignations à résidence, etc. – relève plutôt d’une démarche délibérément brutale. Modèle nervis FN !

Un fonctionnaire qui vote pour le FHaine, c’est comme un mouton qui vote pour l’Aïd-el-Kébir ! Ou si vous préférez, une dinde qui vote pour le réveillon. Quant aux enseignants, ils devraient se rappeler seulement que de 2007 à 2012, pour reprendre l’expression consacrée, on a dégraissé le mammouth... jusqu’à l’os ! Voter à droite et a fortiori à l’extrême-droite – anti-fonctionnaires en général et anti-profs en particulier – c’est, sauf pour les policiers et gendarmes, l’assurance d’un total mépris, de coupes claires*, de privatisations accentuées, etc.

Et pourtant, les intentions de votes exprimés dans l’enquête CEVIPOF sont en nettes progressions. Comme le fait remarquer Luc Rouban, « le Front national conquiert un univers socioprofessionnel qui lui était traditionnellement hostile et prend même racine au cœur du monde enseignant. » Et là l’explication du vote d’extrême-droite par la précarisation ne joue pas puisque les titulaires dont l’emploi est garanti ne se distinguent pas des personnels contractuels.

On peut noter au passage la stupidité politique de Macron mettant en cause le statut des fonctionnaires, même si ces déclarations intempestives n’ont sans doute joué qu’à la marge sur la progression FN.

Maigre consolation, sur 100 fonctionnaires nouveaux électeurs FN en 2015, 58 avaient voté Sarkozy en 2012, 25 s’étaient abstenus. En gros, socialistes et écologistes sauvaient les meubles, passant de 36% en 2012 à 34% en 2015 pour le PS, voire de 2% à 8% pour les verts, en revanche Front de gauche et trotskystes régressaient de 15% à 7%.

Près d’1 prof des écoles sur 10 disait avoir l’intention de voter FN. Et à peine moins dans le second degré où, de 2012 à 2015, la progression est un peu plus forte. Paradoxe apparent, alors que la gauche a mis fin au dégraissage du mammouth, rétablit la formation des maîtres. Mais il fut quand même un peu hallucinant – alors que d’un trait de plume, sans que ça provoque de protestations syndicales, Darcos avait institué la semaine de 4 jours – de voir le SNUIPP de Paris se soulever contre Peillon qui voulait rétablir une semaine de 4 jours ½, alors que le 1er degré parisien bénéficiait déjà de 3 h hebdos de décharge par classe (enseignements artistiques assurés par des profs de la Ville de Paris, vieux privilège obsolète). Dire que l’indispensable réforme des rythmes scolaires a été partout une réussite serait exagéré. Mais en faire un casus belli est indécent.

Pour le reste (notation, latin, inter et transdisciplinarité, etc.), depuis Alain Savary, j’ai l’impression d’un éternel combat avec les mêmes rétropenseurs, même si Milner laisse sa place à Finky ou à Onfray.

Les caractéristiques comparées des frontistes fidèles et des nouveaux frontistes

Mieux implanté, plus jeune, plus fidèle

 

Cette percée dans le public s’accompagne de progression dans les couches moyennes salariées, chez les agriculteurs-exploitants et, même si son implantation s’étiole au fur et à mesure du degré de formation, dans aucun milieu social, le FN n’est en dessous de la barre des 18% (cadres supérieurs).

Et c’est un électorat jeune : le FN séduit 36 % des 35-49 ans et 33 % des 18/34 ans. Et l’électorat le plus fidèle puisque 79% des électeurs de Marine Le Pen en 2012 disaient vouloir voter pour les listes FN en 2015, contre 78% des électeurs Sarkozy pour les listes LR/UDI, 70% des électeurs Hollande pour le PS, et 66% des électeurs Mélenchon pour le Front de gauche.

« 37% des abstentionnistes de la présidentielle de 2012 qui se sont rendus aux urnes se sont tournés vers le Front national, 26% de ceux qui avaient choisi le vote blanc ou le vote nul, 20% de ceux qui avaient voté en faveur de Nicolas Sarkozy, 10% de ceux qui avaient voté en faveur de François Hollande, 9% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 8% de ceux de François Bayrou. Les listes du Front national agissent comme un véritable aimant dans un système politique et électoral qui a perdu nombre de ses boussoles traditionnelles. » Pascal Perrineau

Une motivation xénophobe

 

Les motivations des transferts des électeurs Sarkozystes ou Hollandais sont clairement xénophobes : rejets des immigrés et de l’Islam. S’y ajoute le vieux fond poujadiste de rejet des politiques (Qu'ils s'en aillent tous !) plus le vote-sanction contre Hollande. Avec une pointe de refus de l’Europe.

Si plus des trois quarts des FN fidèles sont pour le rétablissement de la peine de mort 65% des Hollandais ralliés au FN partagent ce point de vue !

 

Mais ces ralliements se font dans un terreau favorable puisque, après les attentats du 13 novembre, 51% éprouvaient de la haine (frontistes fidèles – ff - 55%), 30% des enquêtés étaient pour le rétablissement de la peine de mort (ff 77%), 50% des personnes interrogées ne partagent pas l’idée que « les enfants d’immigrés nés en France sont des Français comme les autres » (la déchéance de nationalité n’arrangera rien), 60% qu’il y a trop d’immigrés en France (ff 79%) et 54% que l’islam est une menace (ff 69%) !

Difficile de faire la part de l’émotion qui peut provoquer une bouffée de haine et  celle de convictions bien ancrées et que les attentats ne feraient que conforter. Il semble cependant que le 13 novembre ait bousculé l’ordre des préoccupations des électeurs plus tournées avant vers les problèmes sociaux (précarité, emplois). En ce sens DAECH a réussi son coup, en faisant émerger des ressentiments diffus et jusqu’alors enfouis. Et en faisant des immigrés et de l’islam les boucs émissaires. Et il n’est, hélas, pas tout-à-fait sûr que le discours uniquement guerrier et sécuritaire du Président et du premier ministre, au lendemain du 13 novembre, n’ait pas renforcé, au lieu de la désamorcer, l’attractivité du FN.

Voile, Kippa et Elisabeth Badinter

 

Les grandes explications sociologico-géographiques à la mords-moi Le Bras (Hervé) - « La ressemblance de la carte des zones fragiles avec celle des scores du FN est frappante », « Dans les régions où le risque de précarité est plus élevé, la probabilité d’avoir dans sa famille au sens large ou dans son proche entourage une personne tombée dans la précarité est importante (…) Cette probabilité vous fait craindre de subir le même sort »  - ne rendent que partiellement compte d’un phénomène complexe. Non pas qu’elles soient fausses, mais elles ne suffisent pas à expliquer l’extension du vote FN aux élections départementales puis aux régionales.

Quant à la densité des femmes dites voilées – c’est-à-dire, comme Mme Latifa ibn Ziaten, portant un fichu sur la tête – elle n’irrite et pousse vers le FN que celles et ceux qui voient, avec Mme Badinter, Marine Le Pen comme la seule à défendre une laïcité qui n’a de laïcité que le nom.

Quand j’étais permanent sguénard, au milieu des années 70 du siècle dernier, le siège national n’était pas loin  de la Rue Cadet où s’est installé le Grand Orient, ni des Folies-Bergères, mais aussi d’un quartier où on croisait des juifs sépharades habillés style Rabbi Jacob et cela dès 13-15 ans. Quoi de plus sinon ostentatoire – la religion juive n’est pas prosélyte – mais au moins ostensible que ces gamins en redingotes noires, pantalon itou, et petites nattes frisotées tombant du grand chapeau noir ?

Et, pour ne pas passer pour plus gâteux que je ne suis, je n’évoquerai pas les curetons en soutanes et les nombreuses « bonnes » sœurs aux coiffes aussi folkloriques mais moins élégantes que celles des bretonnes, de mon enfance. Le fameux abbé Pierre, comme le non moins fameux, mais pour d’autres raisons, chanoine Kir allaient à l’Assemblée Nationale en soutane !

    Aujourd’hui d’ailleurs il est du dernier chic républicain à la Goasguen que de se coiffer d’une Kippa. Dans la logique de Mme Badinter – la religion ne relève que de la sphère privée donc la loi dite Stasi, interdisant dans l’enseignement secondaire tout signe religieux supposé être ostentatoire, doit être étendue à tous et dans  tout l’espace public – la kippa serait proscrite sur la voie publique. Mais cette fausse laïcité liberticide – contraire à l’esprit et à la lettre même de la loi de 1905 – n’est qu’un habillage, n’en déplaise à Charb, d’une islamophobie nourrie par des sites identitaires et qui conforte le FN.

L’Ouest contaminé

 

Pourquoi des communes disposant des mêmes caractéristiques sociodémographiques voient leurs citoyens voter à gauche en Bretagne et FN en Alsace ? s’interrogent Martial Foucault & Vincent Pons.

 

Sans doute, mais là où le FN n’atteignait que des scores étiques, dans l'Ouest, il devient fréquemment le deuxième parti et quelquefois le premier.

Au 1er tour des régionales 2015, la Vendée a voté à presque 21% FN (4 fois plus qu’en 2010).

Et dans des communes, où on n’a pas vu la queue d’un Sarrazin en 732 et pas plus de femmes voilées depuis, comme Grues (36,86%), Puyravault (35,53%), Saint-Cyr-en-Talmondais (33,95%), Saint-Denis-du-Payré (33,33%), Les Magnils-Reigniers (32,05%) ou Lairoux (31,58%), il prend la 1ère place au 1er tour.

Et bien que la côte connaisse une forte proportion de retraités – en principe moins sensibles à l’attrait du FN – les scores frisent souvent les 30% : Brétignoles-sur-Mer 29,27%, Beauvoir-sur-Mer 28,82%, L’Aiguillon 29,94%, sans oublier Saint-Vincent-sur-Jard, où Clemenceau avait une maison, avec 32,81%...

N’étant pas, comme MM Todd ou Le Bras, sans oublier Guilluy, capable de lire une carte comme la voyante le marc de café, je suis impuissant à donner une explication à ce phénomène, a priori étrange, qui fait que ces communes, qui ne connaissent des zones dites de non droit que ce qu’en disent les médias et où la délinquance (réduite) est endogène, penchent de plus en plus vers le FN.

Juste le constat que la dédiabolisation du FN est une complète réussite. Et que les électeurs ralliés le sont bien sur une thématique xénophobe et non sur des motivations sociales. Et dans un contexte où les propositions mêmes du FN, déjà accréditées par Sarkozy, sont reprises par le Président et son gouvernement.

 

 

 

* Dans les Pays-de-la-Loire, Retailleau, ex fils spirirituel de de Villiers, nouvellement élu, promet de réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires régionaux, dans une région en dessous de la moyenne nationale pour le ratio fonctionnaires/habitants.

Quant au discours plus ‘régalien’ du FN, c’est un peu comme les promesses dont Pasqua, expert, disait qu’elles n’engagent que ceux qui les reçoivent ; il n’est même pas sûr que le FN renforcerait la police nationale, préférant, comme Ménard, s’appuyer sur des polices municipales à la botte de leurs maires (et créer des milices bénévoles locales toujours à la mode Ménard).

Source : L'enquête électorale française : comprendre 2017

Notes de la vague 1

 

A noter qu'il faudrait avoir accès à l'enquête brute pour mesurer le poids des intentions de votes FN dans la police, par exemple, car les 51,5% ne concernent que ceux qui ont exprimé l'intention de voter ; il faudrait donc connaître aussi le pourcentage de ceux qui comptaient s'abstenir.

 

 

Pour compléter :

La percée du Front national dans la fonction publique Luc Rouban

Avec des chiffres mis à jour :

"La progression du FN est encore plus spectaculaire chez les policiers et militaires (N = 485). Les intentions de vote FN de ces derniers montent à 56 % contre 30 % en 2012, avec une différence marquée entre les militaires – de toutes les armes y compris la gendarmerie – qui choisissent le FN à hauteur de 52 % contre 63 % pour les seuls policiers. Encore s’agit-il de valeurs moyennes qui recouvrent les actifs et les retraités. Si l’on n’étudie que les actifs, en réduisant l’échantillon de près de la moitié, on voit alors, mais sans garantie de représentativité, que le vote FN atteint 57 % chez les militaires et 72 % chez les policiers." (c'est donc de là que C. Askolovitch tire ses 70%)

 

Les votes contrastés des enseignants et des policiers..... Claude Lelièvre

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 22:24
Un flic raciste mais qui ne le sait pas !

Un policier accusé de racisme, copies d’écran de son compte fessebouque à l’appui, se défend, sans se rendre compte qu’il en rajoute une couche. Et épaisse.

 

Un site de surveillance de la police – « cop watch » s’intitule-t-il – a découvert une page fessebouque de Vincent X., policier de son état. Outre des plaisanteries de mauvais goût, une affiche antiraciste détournée, les membres du gouvernement étiquetés, un fichier de bâtards, comme il dit, pour identification par ses collègues, totalement illégal !

 

Averti de l’article, loin de faire profil bas, le flic répond « Oui, je suis policier et patriote » « non, je ne suis pas raciste ». La preuve, ses copains s’appellent Nordine, Rachid, Jamal, Mouad, d’autres sont juifs et sa compagne, ça ne s’invente pas, est roumaine !

Mieux encore « Le collègue avec lequel je me suis le mieux entendu, et avec qui j’ai partagé la photo détournant une campagne antiraciste (une main blanche serrant une main de singe) est noir. » Vous êtes un peu sceptique ? Comment oser mettre en doute la parole de ce policier patriote ?

 

Pas d’extrême-droite non plus qui nous ressort le meurtre de Méric : « j’aime la justice, et lorsque l’on voit Clément Méric sur la vidéo prendre un pain après avoir agressé le néo-nazi, je trouve qu’il l’a cherché au même titre que le braqueur du bijoutier de Nice. » Sauf que l’histoire de la vidéo où on était censé voir le freluquet Méric attaquer dans le dos le gentil Morillo est bidon, mais relayée bien sûr par les fafs.

 

Sur un trombinoscope du gouvernement, il indique pour chaque ministre son étiquette occulte supposée : « franc-maçon », « groupe Bilderberg », « sioniste ». « Il s’agit d’un post que j’ai partagé, et une fois encore il n’y a rien d’antisémite dans ma démarche. Je voulais juste mettre en exergue le système de réseaux et de copinage qui unit ceux qui nous gouvernent. » Ben voyons, réseaux, copinage, ça ne vous dit rien ? comme qui dirait le complot judéo-maçonnique ? mais qu’allez-vous chercher là ?

 

« Quand je pense qu’il suffirait de supprimer tous les Noirs et les Arabes pour qu’il n’y ait plus de racisme... », lit-on aussi. Ah, là, quand même, M. Vincent ? C’est juste une phrase détournée de Coluche qui disait « Les Noirs, c’est comme le racisme, ça ne devrait pas exister » et donc je le répète, ça n’est que de l’humour. Je ne sais pourquoi, ça me rappelle un très ancien sketch de Guy Bedos, intitulé Marrakech qu’il avait dû retirer de ses spectacles, car les beaufs le prenaient au 1er degré.

 

Passons sur « C’est quand la fin du Moyen Age... pour les musulmans ? » Lorsque je trouve “moyenâgeuses” les traditions des musulmans, je suis en droit de dire qu’égorger des moutons pour une cérémonie c’est un peu hard ! riposte-t-il. Oubliant peut-être que, pour chanter le fameux air de la légion Tiens t’auras du boudin !, il faut aussi égorger le cochon.

En revanche, rien sur le « Ça lui fait la bite ! ! Qu’il crève... » en commentaire d’une image d’un homme dans le coma après un contrôle de police dans le métro. Mais comme il dit : Je suis un ancien militaire, avec son franc-parler, ce qui peut choquer lorsqu’on ne me connaît pas, mais qui pour mon entourage est tout à fait normal.

Pas islamophobe, certainement, mais attaché aux racines chrétiennes « La France est une terre chrétienne d’origine celtique... elle n’a a jamais été islamique et ne le sera jamais».

 

Cela en solidarité avec un de ses collègues injustement persécuté par l’IGPN – vous savez les bœufs carottes dont les impitoyables enquêtes gomment toutes les bavures policières – qui avait affiché sur sa page Facebook (qu'il a fermée depuis) une photo du groupe "Les femmes blanches sont les plus belles" où  on voit en premier plan une femme en niqab noir, avec en arrière-plan une grande mosquée, le logo officiel de la ville de Trappes ainsi que l'inscription "la douceur de vivre sous des lettres en alphabet arabe qui n'ont pas de sens. Mais le collègue, lui, petit bras, n’assume pas : il prétend que son compte fessebouque a été piraté.

 

Broutilles direz-vous que ces petites anecdotes. Peut-être que cet appel aux collègues - « Salut, pour les collègues qui bossent dans le Val-d’Oise je vais créer une page verrouillée pour partager des infos. Le SIT de Paris (service qui centralise toutes les plaintes et les infos suite aux VU [violences urbaines] du Trocadéro) vient de m’envoyer pas mal de photos de bâtards à identifier, donc je me dis qu’en partageant ces photos on va peut-être réussir à faire accélérer les choses si on s’y met tous... Le but pour le moment est surtout de tenter d’identifier et de “loger” ces MEC [mis en cause]... Par la suite les possibilités sont multiples... Demande en MP [message privé] pour les volontaires... » - va quand même vous interpeller, comme on dit chez les flics.

 

D’autant que la justification du message n’est pas piquée des hannetons.  Pour ce qui est du SIT (l’affaire du fichier parallèle publié sur Facebook) je vous explique. Au soir des échauffourées au Trocadéro, j’ai contrôlé un individu qui se baladait tranquillement à Garges-lès-Gonesse avec une caméra de surveillance dans la main. Étant sur un dispositif, je lui ai juste confisqué sans trop savoir ce que c’était. Par la suite j’ai donc contacté le SIT [Service d’investigation transversale] pour savoir s’ils avaient eu une plainte concernant cette caméra. Réponse négative de leur part. Comme de leur côté ils avaient besoin d’identifier des mis en cause dans des agressions, l’idée m’est venue de créer une sous-page pour tenter de mettre un nom sur certains visages, mais en aucun cas pour d’éventuelles représailles. Il s’agissait d’une page Facebook secrète, partagée avec des collègues, (“une sorte d’Intranet familial”).

 

Donc, si on résume, il confisque arbitrairement une caméra à un quidam qui se baladait tranquillement – pour quelles raisons ? en vertu de quelle législation ? – caméra apparemment non volée. Il en extrait cependant des images qu’il met en ligne pour les faire identifier.

 

Sauf erreur, le policier patriote est en plein délire et en totale illégalité, saisissant une caméra sans motif, exploitant ses images et les mettant en ligne sans mandat. Aveu sidérant. Une totale inconscience de son énormité. Un sergent Kronenbourg à la Cabu qui étale son racisme et son ignorance des règles et des lois.

 

Que des policiers de notre belle République soient un peu racistes sur les bords, commettent quelques bavures (tout en sachant qu’ils ne risquent rien), avant même nos « copwatchers », on en avait une petite idée. Mais ici, on a à faire, de fait, à un brave mec qui, tout-à-fait dans l’air d’un temps décomplexé, ne se rend même pas conpte des énormités qu’il a affichées. Et même, en rajoute une louche quand il se justifie. Un policier ordinaire… ça fait froid dans le dos.

Valls, il y a du boulot en interne.

 

Source : Rue89

Sur Facebook, un policier étale son racisme et appelle au fichage illégal

Bonjour, je suis le policier « raciste » épinglé par Copwatch

 

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