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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 10:42
Que sont tes rêves devenus ?

Quand l’actualité tourne, une fois de plus, au cauchemar, la question est encore  plus cruciale !

Comment ai-je hérité de ce petit livre de 186 pages ? Peut-être un 1er de l’an où, entre amis fidèles, nous avons l’habitude d’échanger, selon un protocole précis, des cadeaux.

Le bobo du bas-Poitou que je dois être, abonné donc à Télérama, n’a, je l’avoue, jamais trop flashé sur Mon œil, chronique qu’Alain Rémond a pourtant tenu  jusqu’en 2002. Et bien que le chroniqueur ait participé au premier Arrêt sur images, celui de France 5, celui qui nous a fait ensuite soutenir d’emblée le site, avant que la malhonnêteté intellectuelle de Schneidermann ne nous en éloigne – le bobo du bas-Poitou a la couenne droitdelhommiste sensible – il ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable.

Le parti-pris d’auto-tutoiement – Rémond s’adresse à Alain ou l’inverse – est un peu irritant, mais, dans cet itinéraire d’un enfant du baby-boom (né en 1946) comment ne pas s’y reconnaître peu ou prou.

Et justement, il parle bien de la chance d’être un baby-boomer, la chance d’avoir eu vingt ans,  trente ans dans les années soixante, les années soixante-dix, les années où tout était possible. Il n’y avait ni crise, ni chômage (…)  aujourd’hui il est de bon ton de cracher sur les baby-boomers (qui, en plus, ont eu le mauvais goût d’être devenus des bobos), de les traiter de profiteurs, d’arrivistes, d’égoïstes, tout juste occupés à sauver leur peau et à faire de l’argent sur le dos des générations futures… Mais il rappelle ce que beaucoup d’entre nous ont connu une enfance dans des conditions matérielles qu’on imagine même plus aujourd’hui, sans rien de ce qui apparaît aujourd’hui normal, comme allant de soi, condition commune à, sans doute, une majorité dans les années 50.

Le séminariste Rémond – brillant semble-t-il puisqu’il est envoyé au Canada, puis à Rome au Collegio di Santa Cruce, même s’il raconte qu’enfant il avait quelques soucis avec les cantiques confondant chants et champs (Allez vers le seigneur parmi les chants d’allégresse que nous travestissions en un peu correct Allez vers l’équateur parmi les chants des négresses) – n’évoque aucun écho à l’ex-enfant de chœur passé au Lycée public et à l’athéisme.

En revanche, le coopérant qui vit Mai 68 en Kabylie est en résonance, si j’ose dire, avec le VSNA que j’étais dans le Moyen-Atlas. Puis le cinéphile découvrant Bergmann, Fellini, Antonioni, Kurosawa, Mizoguchi, Welles, Renoir et bien d’autres m’évoque L’année dernière à Marienbad quand j’animais la séance de ciné-club, au Lycée Tarik-ibn-Zyad, à Azrou vers 1970.

Puis son itinéraire politique recoupe, peu ou prou, celui d’une génération qui, comme lui, bien que plus rocardienne que mitterrandiste, a connu l’euphorie du 10 mai 1981 ! Quand apparaît, enfin, le visage de François Mitterrand sur l’écran de télévision, tu exploses de joie, tu pleures comme un gamin… Génération qui, depuis qu’elle était en âge de voter, n’avait connu que le pompidolisme et les années Giscard (précédées des années gaulliennes où elle s’était éveillée à la lutte anticoloniale).

Bien sûr, au-delà d’un itinéraire professionnel, c’est dans le rocardien convaincu – faire des promesses que l’on sait impossible à tenir, juste pour gagner les élections, c’est criminel. Là aussi, tu es d’accord avec Michel Rocard… - que je me retrouve.

Et, des années 60 à nos jours, à travers le parcours journalistique de Rémond, notre génération revisite son histoire, ses engagements, ses luttes, ses quelques succès, ses échecs aussi et surtout. Mais, ce que transmet surtout l’auteur c’est son fol amour de la vie.

Cette confession d’un enfant du demi-siècle, cet itinéraire d’un baby-boomer allergique à l’idéologie du malheur et dont la vie militante – même si par déontologie professionnelle il a quitté toute appartenance à un parti en devenant journaliste – lui permet d’affirmer qu’il n’a rien trahi, ni son enfance, ni ses origines, peut aussi captiver la génération suivante en donnant chair à l’histoire récente, 68 et 81, Rocard-Mitterrand, Martin Luther King et Bob Dylan, Vatican II…

We shall overcome… Années 60… Nous vaincrons le racisme… Espoir déçu, la xénophobie renaît. Mais tel Sisyphe, il faut poursuivre le combat et toujours croire, au plus profond de son cœur, que nous l’emporterons un jour. We shall overcome, some day.

 

 

 

 

 

 

 

 

Losing my religion

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 16:10

Il n’y a pas que Mélenchon pour faire le bouzze avec des saillies incontinentes. Les chochotteries Bruniesques, l’épectase Boutinienne, sans oublier le germanopratin supplantant le bobo, méritent aussi d’être relevés.


Una lacrima sul viso

 carla_Bruni_parisien.jpg

Sur son visage une larme
Vient de couler en silence
Douloureuse, la pauvre Carlita
Car son Nicolas
Par l’affreux juge Gentil
Est mis en examen.
Quand ce cauchemar prendra-t-il fin ?

Tapie, Khadafi, Karachi*…

Et maintenant mamy-zinzin !

 

Mais ces pleurs feront-ils  changer d’avis

L’affreux juge (pas) gentil !

 

Et soudain Carla Bruni verse une larme. A l’évocation de la mise en examen de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bettencourt, elle est submergée par l’émotion puis défend « son homme », son « Raymond », comme elle l’appelle dans une chanson… nous informe Le Parisien qui dans le bas-Poitou s’appelle Aujourd’hui. « C’est douloureux d’en parler et aussi douloureux de ne pas en parler. C’est douloureux pour la famille (elle essuie une larme). Pardonnez-moi… Ce que je peux vous dire c’est que c’est impensable d’imaginer qu’un homme comme lui puisse abuser de la faiblesse d’une dame qui a l’âge de sa mère. » Les grandes douleurs laissent muets…

 

* Je ne sais si Carlita est amatrice de foute mais chouchou lui rapporte une sacrée batterie de casseroles…

 

Sainte Christine, martyre

 boutin-comedie.jpg

Gazée, par les escadrons de la mort* de Valls, elle garde un visage serein comme en épectase. Et revient à elle, comme illuminée, et, contrairement à Carlita, sans aucune larme. « Les larmes qui coulent sont amères mais plus amères encore sont celles qui ne coulent pas. » dit un proverbe gaélique. Des lacrymos sans lacryma : miracle. Sainte Christine B. aura, en tout cas fait un admirable effort pour reprendre le dessus sur la canularesque Frigide Barjot, d’ailleurs débordée sur son extrême-droite, par une certaine Bourge qui veut jouer les Printemps arabes (modèle frères musulmans ?).

 

 

* « J’ai moi-même été victime de cette violence inadmissible et monstrueuse des forces de l’ordre, envoyées comme des escadrons de la mort par le gouvernement français contre les familles françaises, contre le peuple français. Forces de l’ordre qui n’ont pas hésité sur ordre du ministre de l’Intérieur, monsieur Manuel Valls, à gazer des enfants jusque dans leurs poussettes ! »

 

Y-a-t-il un après à Saint-Germain-des-Prés ?

  Aphatie-Stgermaindespres-2.jpg

Il n´y a plus d´après
A Saint-Germain-des-Prés

 

Guy Béart aurait-il tort ? car Télérama nous parle de « journalisme d’opinion, tendance germanopratin »*. Comme le rapport direct entre Aphatie – prototype de ce journalisme d’opinion - et les caves enfumées de l’après-guerre, où Boris Vian jouait de la trompinette, est peu évident, faut-il y voir une variante d’un « bobo », pas « baba cool », adepte de la « pensée unique » et de la « bienpensance » ?

 

Ce petit texte envoyé au courrier de l’hebdomadaire, m’a valu une réponse de la journaliste qui avait sorti ce « germanopratin » : Vous avez parfaitement résumé le sens que je voulais donner à ce terme. j'y ajouterais "journaliste assis qui ne sort pas du périphérique, et plus précisément des beaux quartiers arpentés par nos élites, culturelles, journalistiques et politiques." (Emmanuelle Anizon)

 

 

* « On fête quoi chez Mediapart ? » Télérama 27/03/13

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 10:12

doisneau-ecole06

Après les marronniers de l’été – sexe et francs-maçons (séparément) – voici les marronniers de la rentrée et qui dit rentrée dit école. L’inépuisable coût de la rentrée, en hausse évidemment, a largement devancé l’appel puisque la télé nous a fait des sujets dès juillet. Mais dans le sérieux Télérama*, foin de ces sujets terre à terre, leur chroniqueuse aborde « la bataille du primaire » (Télérama 24/08/11). Chroniqueuse que l’on aurait plutôt vue concurrencer la dame Polony du côté du Figaro que sévir dans cet hebdo, aux racines chrétiennes certes, mais plutôt de gauche.

 

doisneau-ecole02

 

Fanny Capel a inventé un faux BO et mieux encore une fausse citation de la loi d’orientation dite loi Jospin «L'enfant  peut, par sa propre activité, ludique si possible, reconstruire seul les savoirs accumulés par l'humanité depuis des millénaires. » « Ce sont les termes mêmes de la loi d'orientation de 1989 de Lionel Jospin (BO numéro spécial du 4 août 1989). ». Référence fausse puisque le BO spécial n° 4 sur la loi d’orientation est sorti le 31 août. Quant à l’absurdité de cette fausse citation elle est révélatrice des méthodes de son auteure.

 

doisneau-ecole08

Il est fort probable qu’elle ait forgé un faux chiffre : « En 2002, selon elle, le ministère de l’éducation nationale reconnaissait 17 % d’illettrés en 6e ». Or, une enquête de l’INSEE de 2004, Information et vie quotidienne, aboutissait à un taux global d’illettrisme, pour les personnes de 18 à 65 ans ayant été scolarisées en France, de 9 % ; mais contrairement à ce que laissent entendre les discours catastrophistes sur l’école, le taux le moins élevé est dans la tranche d’âge 18-29 ans (7 %) et le plus élevé (22 %) chez les 60 à 65 ans qui ont pourtant connu le sacro-saint certif. 

Les Journées d’appel de préparation à la défense, qui touchent maintenant garçons et filles de 17 ans, font apparaître un taux de 5 % d’illettrés. Ce chiffre de 17 % est donc totalement incohérent par rapport aux travaux sérieux de l’INSEE (tests sur 10 000 personnes), les tests des JAPD qui depuis 2000 portent sur l’ensemble d’une classe d’âge.

Invention ou estimation au doigt mouillé d’un Luc Ferry, ministre de l’époque ?

 

doisneau-ecole04 Pour le reste, la très brighellienne auteure de « Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? » met de l’eau dans son vitriol. Elle présente, par exemple, une Patricia qui « organise sa classe comme une ruche intellectuelle » et une Muriel qui impose silence et immobilité. Elle fait dire à une membre du réseau SLECC qui prétendument se réclame de Ferdinand Buisson (Président de la Ligue de l’enseignement de 1902 à 1906) que la majorité des enseignants ne sont pas instructionnistes ou constructivistes mais rien-du-toutiste. Elle met en avant l’effet-maître sur la réussite des élèves, oubliant que les études (pas si récentes qu’elle le dit) mettent en relief les conditions de cette efficacité, notamment une confiance dans les capacités des élèves à progresser.

 

doisneau-ecole9 Mais, sous cette apparente et quasi œcuménique bénignité, perce fortement la militante de la bonne vieille rétropensée.

Ainsi invoque-t-elle « le modèle de l’école républicaine française bâtie par Jules Ferry, celle que Friedich Engels qualifiait à la fin du XIXe siècle de « meilleure du monde », [qui hélas] a vécu. » Sauf que les lois Ferry sont de 1881 et 1882 et que la lettre de Engels à Auguste Bebel date du 28 octobre 1885 (citation d’ailleurs déformée puisque Engels qualifie les écoles françaises de « meilleures du monde ») : les dates (1885 vs 1881-82) suffisent à montrer la manip de Mme Capel, et du fameux SLECC dont elle tire la citation, revue à sa façon. En 3 ou 4 ans, les lois Ferry n'ont pu donner leur effet.

Ses pseudos citations du rapport du Haut Conseil à l’éducation sont de la même encre pas du tout sympathique : si on lit le seul sommaire du rapport de 2007 sur l’école primaire, on constate  que 25 % des élèves entrant en 6e ont des acquis fragiles et que 15 % connaissent des difficultés sévères ou très sévères,  traduit par elle « chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves sortent de CM2 avec de graves lacunes ». Citation complètement bidon, comme celle de la loi Jospin ! Un rapport de Jean Ferrier, IGEN, est aussi convoqué avec quelques brèves citations (style une école « en perte d’identité »).

 

Surtout son « à lire » est instructif, à part un ouvrage sur la TV lobotomie ( !), Liliane Lurçat (ex grande prêtresse de l’école maternelle virée hyper-réac) et Marc Le Bris (fondateur du fameux Slecc avec la complicité de Robien puis de Darcos), c’est tout.

 

Fanny Capel à Télérama, c’est comme si Meirieu chroniquait au Figaro-magazine !

 

 

* Eh oui ! comme tout « bobo » bas-poitevin – espèce assez rare, mais appellation dont j’ai été gratifié par de pseudos républicains ou des décerneurs de brevet de « gôche » – je suis abonné au Nel Obs et à Télérama.

 

PS Photos de Robert Doisneau qui parleront aux plus de 60 ans

 

N.B. Un site intitulé "néo-profs" met en ligne l'intégralité de l'article de F. Capel, ainsi que l'article ci-dessus et les commentaires (sans m'en avertir, bien sûr, mais qu'importe...)

 

A voir, F. Capel à loilpé :

Profs à poil : bonne opération de com’… et pis c’est tout !

 

ANNEXE :

Brighelli nègre de Balkany et d’Estrosi

 

L'une des stars les plus productives de la "négritude littéraire" s'appelle Jean-Paul Brighelli. Ce professeur de lettres marseillais, normalien, agrégé, est plus connu du grand public pour avoir [écrit un] brûlot sur l'école, La Fabrique du crétin, aux éditions Jean-Claude Gawsewitch.

Les mémoires de Patrick Balkany, dans lesquels le maire de Levallois affirme avoir couché avec Brigitte Bardot ? C'est lui. A son actif, des ouvrages de stars politiques, de droite comme de gauche [ ?]. Il a un temps prêté officieusement sa plume au romancier Joseph Joffo et rédigé quelques confessions de people, comme le témoignage, paru en janvier 2005, de la fille de Michel Sardou, victime d'un viol collectif.

Après les confessions, la rédaction peut se révéler douloureuse. Il faut "faire corps avec son sujet, témoigne-t-il. Vous êtes sommés d'entrer dans la psychologie de celui pour lequel vous écrivez. Pendant quinze jours ou trois semaines, je deviens véritablement l'autre. Quand je me transforme en Patrick Balkany, par exemple, vous imaginez bien que ce n'est pas facile à vivre pour l'entourage..."

 

Les rapports entre un politique et son nègre peuvent tourner au conflit. Jean-Paul Brighelli raconte ainsi sa collaboration avec Jean-Louis Borloo pour son livre Un homme en colère chez Ramsay en 2002.

Lorsqu'il a envoyé le manuscrit à l'élu centriste, ce dernier l'aurait rappelé, furibard : "Vous n'avez pas bien compris. Le sujet, le vrai sujet, c'est moi !" Son premier jet "se voulait trop strictement politique", dit-il.

 

L'ancien ministre Christian Estrosi, lui, s'est rétracté. Il devait sortir en 2010 un ouvrage écrit par Jean-Paul Brighelli, dans lequel il taclait Brice Hortefeux à quelques mois du remaniement ministériel.

"Au même moment, Sarkozy a dit à ses ministres qu'avant d'écrire ils devaient se concentrer sur leur travail au gouvernement", raconte Jean-Claude Gawsewitch.

Mais Jean-Paul Brighelli n'a pas rédigé le livre de l'ancien ministre pour rien. Christian Estrosi l'a transmis à un journaliste ami, Philippe Reinhard, qui l'a légèrement reformaté : ainsi, en mars 2010, paraissait la biographie Christian Estrosi - La Trajectoire d'un motodidacte, signée du journaliste politique.

 

Au-delà de l'intérêt que certaines plumes de l'ombre trouvent à cette activité, la "négritude" permet de mieux gagner sa vie. Si Jean-Paul Brighelli demande 10 000 euros par ouvrage, les tarifs varient le plus souvent entre 5 000 et 8 000 euros, pour un travail de trois à six mois.

 

Source Les Inrocks

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 15:38

terra-novaLe 10 mai 2011, date symbolique, Terra Nova, laboratoire d’idées qui se veut « progressiste », publie un essai Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? signé Bruno Jeanbart, Olivier Ferrand, Romain Prudent.

 

Terra Nova avait lancé, dès août 2008, l’idée d’une primaire à la française, idée reprise par A. Montebourg et, finalement, adoptée par le PS. Pour autant, les travaux de cette fondation indépendante n’engagent pas le PS. Ainsi, un rapport favorable, sous conditions strictes, aux « mères porteuses », bien que proche d’une proposition de loi déposée au Sénat par, entre autres, Robert Badinter, a été rejeté par le PS.

 

Proche du PS si l’on veut, mais ne parlant pas au nom du PS. Distinguo trop subtil, pour les marxo-UMPistes (branche aussi marxiste que Wauquiez est social), qui dénoncent une gauche « qui abandonne les classes populaires ». « Les socialistes ont définitivement perdu leur boussole. A moins d’un an de l’élection présidentielle, ils en sont toujours à s’interroger sur la pertinence même de se préoccuper des classes populaires... La gauche de DSK ou de Ségolène n’est décidément plus celle de Jaurès. Nicolas Sarkozy l’avait compris bien avant eux. »

Le Président des riches donnant des leçons de socialisme, ils ne reculent devant rien nos comiques UMPistes. On découvre d’ailleurs parmi les signataires des secrétaires nationaux aux attributions surprenantes : chargée des nouveaux engagements solidaires , en charge de l’égalité des chances, à la lutte contre les discriminations, à la lutte contre la précarité et la pauvreté, à la vie étudiante et l’entrée dans la vie active, et le très incongru en charge de la protection des riverains et de la lutte contre les nuisances aéroportuaires. Cette attaque du rapport est daté du 13 mai, date très symbolique aussi, mais dont la plupart des signataires doivent ignorer à quoi elle renvoie. Bien sûr, derrière ces illustres inconnus (Badat, Bedin, Fanfant et les autres), il y a Copé à la magouille manœuvre ? 

 

Elections - urne verte 0O. Ferrand (président fondateur de Terra Nova) rappelle que les Français précarisés sont « en butte à la vindicte populiste du FN et d’une UMP radicalisée. Sous les coups de boutoir du sarkozysme, le virus anti-assistanat a métastasé au sein de la société française. Les chômeurs sont devenus des « assistés », des «profiteurs », des « fraudeurs » […] Dans cette logique néoconservatrice, les Français déclassés ne doivent pas être aidés car ils sont responsables de leur sort. […] Laurent Wauquiez l’a à nouveau martelé cette semaine : 466 euros de RSA-socle pour survivre, c’est encore trop. […] Ces milieux populaires déclassés sont aussi attaqués dans leur identité. Ce sont les «jeunes » fainéants, la « racaille » de banlieue… Et naturellement les Français d’immigration récente. A ceux-là, on fait comprendre qu’ils ne font pas partie de la communauté nationale. Que leur religion allogène n’a pas sa place dans la République. »

 

Ferrand garde toi à droite, Ferrand garde toi à gauche.

asi-terranova2

C’est à peu près le même discours que va subir Terra Nova à sa gauche. Ne parlons pas des excités qui, n’ayant pas lu une ligne du texte, jettent l’anathème par principe sur cette fondation liée disent-ils à DSK.

Frédéric Sawicki (Le prolo, l’expert et le mépris de classe Libé 10/06/11) fait d’abord un rapprochement hardi avec les syndicalistes révolutionnaires et les anarchistes de la Belle Epoque qui, trouvant l’ouvrier embourgeoisé fondaient leurs espoirs sur le lumpenprolétariat : «Les sans-métier, les sans-travail, trimardeurs, filous, prostituées, déclassés sont les révolutionnaires de demain».  « L’analogie avec la philosophie qui inspire le rapport «Gauche : quelle stratégie pour 2012 ?» est frappante. » ajoute-t-il. Et qui forme ce lumpenprolétariat actuel ? «ceux qui cherchent à rentrer sur le marché du travail, mais n’y parviennent que difficilement : les jeunes, les femmes, les minorités, les chômeurs, les travailleurs précaires ». « Ce qui choque au premier chef est l’incompréhension et pour tout dire le mépris des classes populaires qu’il trahit. » Car pour lui tous ceux qu’il a assimilé de fait au lumpenprolétariat, ne font donc pas partie des classes populaires. Cependant,  Sawicki va ensuite nuancer son propos, concédant « que la classe ouvrière ne soit plus ce qu’elle n’a jamais été (une classe unifiée consciente d’elle-même porteuse de progrès) » Mais au-delà de la polémique propre à ce genre de tribune, il émet des doutes méthodologiques sur les « groupes sociaux » («les diplômés», «les femmes», «les jeunes»…), et note que « le sentiment d’insécurité sociale et le mal-être que génèrent leurs conditions de vie exacerbent d’autant plus les petites jalousies et haines sociales qu’ils sont habilement instrumentalisés par la droite et l’extrême droite et que la gauche ne sait y répondre. »

 

Diabolisé à droite et à gauche que dit donc ce sulfureux rapport ?

 

Il part d’un constat : la classe ouvrière diminue en poids et en conscience de classe. 37 % des actifs en 1981, 23 % aujourd’hui.

L’ouvrier mythique des années 50, cégétiste en bleu de travail – ceux de Renault par exemple qui arrachent la 3e semaine de congés payés (généralisée en 1956) – est un souvenir. Deux ouvriers sur cinq sont dans le secteur tertiaire (chauffeurs-livreurs, manutentionnaires, magasiniers…), isolés, non syndiqués. Et si, comme le rappelle justement Sawicki, les ouvriers ont majoritairement voté Royal au 2e tour, le pourcentage de votes à gauche s’effrite et le vote FN se consolide.

 

Les constats sur les votes dans les quartiers populaires, le vote des jeunes, des diplômés et la tendance du vote des femmes à se gauchiser sont avérés. A l’inverse celui des plus de 65 ans, de plus en plus lourd avec le vieillissement, est très majoritairement à droite : Sarko a été élu par les vieux.

 

Cette synthèse d’études électorales diverses est utile à toute la gauche.

 

Après on peut disputer des pistes que propose Terra Nova pour gagner l’élection de 2012. Le rapport ne dit pas qu’il faut abandonner la classe ouvrière. Il priorise l’action vers ceux qu’il nomme outsiders, les précaires en tout genre. Il préconise un travail de fourmi pour faire baisser l’abstention dans les quartiers défavorisés (ils votent à 80 % à gauche, mais combien votent ?).

 

Sur les constats –sauf contestation des chiffres – le consensus peut se faire. Sauf à noter qu’il fait l’impasse sur l’analyse des évolutions dans le secteur public qui, à part l’armée et la police, faisait partie du socle de gauche.

Sur les préconisations, le débat est ouvert. Terra Nova insiste beaucoup sur les valeurs culturelles - solidarité, ouverture, tolérance -  qui permettraient de fédérer  les outsiders, les diplômés et les classes intermédiaires. Il fait donc passer les valeurs socio-économiques au second plan.

 

Mais ce débat est difficile à mener pour les manichéens. Ainsi Sawicki feint-il de croire que Terra Nova fait des insiders le nouvel ennemi de classe, comme si mettre en relief l’exclusion, la précarisation, la stigmatisation des outsiders n’avait pas pour but d’offrir à tous la possibilité de s’inclure.

 

 

Parmi les travaux variés de Terra Nova (il y a même un essai sur l’avenir du foute), on peut noter :

L'accès au logement : une exigence citoyenne, un choix politique 

Les politiques de lutte contre la pauvreté : l'assistanat n'est pas le sujet 

La justice, un pouvoir de la démocratie 

Réformer les retraites : quelles solutions progressistes ? complété par La réforme des retraites  

Investir dans notre jeunesse

 

 

"Les ouvriers d'aujourd'hui ne sont plus ceux de 1981"

Quel peuple pour le PS ? Autain, Ferrand et Sawicki débattent.

asi-terranova1

Tel était le titre de la dernière émission d’Arrêt sur images. Le chapeau d’introduction était des plus vicelards : « Le Parti socialiste, qui depuis bien longtemps ne compte plus d'ouvrier parmi ses dirigeants, doit-il se détourner de cet électorat, et partir à la conquête d'autres cibles électorales ? »* Or, il ne s’agit, en l’occurrence, que d’un essai de Terra Nova et ce qu’il préconise est beaucoup plus nuancé que la présentation faite par @si. Et faire un essai de synthèse d’analyses électorales pour montrer que le centre de gravité des classes populaires s’est déplacé et donc que le socle électoral de la gauche n’est plus celui de 1981 ne peut être que péjorativement qualifié de marketting.

asi-terranova4 Daniel Schneidermann, qui ne masquait guère son hostilité au fondateur de Terra Nova, fut déstabilisé quand, après un monologue de Ferrand rectifiant la présentation faite de l’essai, suivi d’un autre monologue de Sawicki (avec le classique « Je ne vous ai pas interrompu… » pour stopper net toute intervention de son adversaire), Clémentine Autain, en affirmant qu’elle avait trouvé des choses très intéressantes dans le texte, entama un véritable dialogue, sans langue de bois, avec son voisin. Si bien que, petit à petit, Frédéric Sawiski entra lui aussi dans un échange beaucoup moins stéréotypé et crispé. Il rappelait que l’analyse des votes exprimés ne suffisaient pas et que plus que le glissement du vote ouvrier vers le FN, il fallait noter la montée de l’abstention, il faisait aussi remarquer qu’un fort pourcentage de jeunes et de précaires n’est pas inscrit ou mal inscrit (ne signalant pas un changement de domicile, par exemple).

asi-terranova3 Un « arrêt sur images », montage de quelques séquences, tente d’opposer un Sarkozy visitant des usines avec des ouvriers bien rangés en uniforme (casque jaune et tenue de travail siglé au nom de l’entreprise) et Ségolène Royal dans une usine de sa région  à Jean-Luc Mélenchon lui dans une usine en grève… Sauf que S. Royal était chez Heuliez, usine menacée de liquidation, qu’en tant que présidente de région elle a défendu avec pugnacité et qui redémarrait.

Sur la fin Ferrand est soumis à la question, mais, alors que l’échange entre les trois invités, Clémentine Autain se montrant même intéressée par la sécurisation des parcours professionnel, est serein, le climat créé par les intervenants d’@si devient assez pesant : Ferrand, citant un terme anglo-saxon après avoir utilisé le mot français, subit un ricanement  de la chroniqueuse puis, pour avoir cité G. Collomb, le Maire de Lyon, il a droit, du coup, aux ricanements des trois, tout cela avec un Daniel Schneidermann qui évolue de l’agressivité à la dérision à son égard. 

 

 

* La présentation de l’émission dans le courriel aux abonnés était encore plus caricaturale (« Adieu, cher prolétariat ! Adieu les ouvriers, leurs usines, leurs luttes. Pour espérer gagner en 2012, le PS devrait se détourner du cambouis, et se tourner vers les "outsiders", ces catégories que sont les jeunes, les femmes, les précaires, les minorités des quartiers […] toute démarche politique se réduit-elle à une campagne de marketing ? ») et d’une très relative honnêteté intellectuelle.

 

 

 

 

PS Courrier à Télérama 09/01/14

 

Terra Nova caricaturé

« 2011, (…) un rapport du think tank Terra Nova fait débat : faut-il privilégier les classes populaires ou les minorités visibles, bref, les Blancs ou les immigrés » peut-on lire dans un article sur le “racisme anti-blancs” ("Le racisme anti-blancs, une notion piège ? Idées 08/01/14)

Même les pires détracteurs de Terra Nova  tel F. Sawicki, n’ont été aussi loin dans la caricature. Ce rapport n’opposait absolument pas Blancs (avec majuscule !) à immigrés, mais proposait, dans la construction d’une majorité électorale, de prioriser  l’action vers ceux qu’il nomme outsiders, les précaires en tout genre (jeunes en quête d’un premier emploi, femmes en temps partiels, contraints, etc.). Entre autre il préconisait un travail de fourmi pour faire baisser l’abstention dans les quartiers dits défavorisés. Travail de fourmi qu’Olivier Ferrand, son fondateur, a accompli dans la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône, avant de disparaître prématurément. Il ne mérite certainement pas qu’on lui prête de telles niaiseries dans un essai intitulé : Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 17:35

03/03/17

Sous le titre “Piss Christ, Jésus Christ crie au blasphème”, Télérama.fr propose un reportage sur L'art du scandale

Le volet consacré au photographe Andres Serrano est à voir sur leur site jusqu'au vendredi 10 mars minuit.

Enquêtant auprès des détracteurs et des partisans de Serrano, le facétieux animateur jabote avec des galeristes, des fabricants de bondieuseries, un catholique intégriste et avec sa propre maman, Jacqueline — catho non pratiquante, qui tombe en pâmoison devant l'œuvre ! Accueilli dans l'antre du New-Yorkais, un loft surchargé de madones et de mobilier religieux, Cédric Le Gallo finit par découvrir qu'Andres Serrano prie tous les jours et se définit comme un artiste... religieux.

Le catho intégriste exhibe le calicot qu'il avait déployé contre une exposition de l'oeuvre de Serrano en Corse.

 

andreserrano.jpgNon, nous ne sommes pas dans une lointaine contrée où l’on brûle des caricatures d’un prophète. Non, ce ne sont pas des hordes vengeresses d’horribles islamistes fanatisés.

Nous sommes en Avignon. Et les fanatiques ce sont des intégristes d’extrême droite, des plus obscurantistes et des plus bornés. Samedi, ces associations catholiques (?) Civitas, Riposte catholique, Catholiques en campagne, E-deo, Salon beige, observatoire de la christianophobie, etc. ont battu le rappel : 1500 cagots, d’après eux, pour demander le retrait de cette œuvre d’Andres Serrano.

Mais ce dimanche un commando de pseudo-manifestants et vrais fachos (avec, pourquoi pas ? les amis FN de l'archevêque du cru) s’est introduit dans le musée, a dégradé des œuvres, a entièrement détruit à coups de marteau et de tournevis, la photo d’Andres Serrano. Si l'on en croit Libé des propos islamophobes ont été tenus par les manifestants et les agresseurs s'en sont pris aux gardiens de la collection Lambert.

Preuve est faite qu'en matière de fanatisme, nos nervis aux "racines chrétiennes" et au crétinisme affiché ne craignent personne. Bientôt vont renaître les autodafés bénis par les Cattenoz de Benoît 16 !

 

Les voyous cathos sont lâchés ! Gageons que Guéant va se précipiter en Avignon, que sa police va diligenter une enquête (au fait, elle était où la police de Guéant quand les abrutis ont sévi ?), que Sarkopé va (vont) déposer une nouvelle loi contre le fanatisme intégriste catho... 

 

 
Source : Nel Obs

 

ASeranochurch.jpg

 

Dans leur folie destructrice, les vandales soi-disant cathos ont aussi attaqué une autre oeuvre d'Andres Serrano, de la série Church, intitulée Soeur Jeanne Myriam, photo d'une religieuse priant dans une église parisienne.

 

 

ASerrano Church

 

Dans cette série Church, on trouve aussi des photos de ce style (églises Ste Clotilde à Paris et St Etienne à Venise, Cathédrale St Sernin à Toulouse). M. Cattenoz, l'archevêque intégriste, en demandera-t-il la destruction par ses sicaires ?

 

PS Conté par Claire Chazal :
« Une manifestation de catholiques intégristes, aujourd'hui à Avignon, s'est soldée par la destruction de deux oeuvres - voici des images de la manifestation, c'était hier - la destruction de deux oeuvres d'un artiste new-yorkais, Andres Serrano, dont une photographie mettant en scène un crucifix trempé dans l'urine du Christ ».
Le caractère sacré de cette urine christique, véritable relique, est indéniable ; elle transmet sa sacralité à sa reproduction : la détruire est sacrilège !

 

Voir aussi un entretien avec Andres Serrano dans Libé du 19/04/11

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 17:35
Courriers : les fesses de Simone, Télérama et le petit N., le Nel Obs et le bac

Les fesses de Simone

 

J’avais réagi sur le site d’« Arrêt sur Images » à un premier article de D. Schneidermann sur cette fameuse une du Nel Obs du 9/01. Chroniqueur à Libé, il en a remis une couche d’où ce nouveau courrier :

Daniel Shneidermann, vendredi (11/01), puis samedi (12/01) deux réactions de blogueurs ("L'insulte faite à Beauvoir") - où on ne sait plus d'ailleurs si c'est le fait d'avoir retouché la photo ou la publication de ladite qui est l'objet de leur ire - tout cela pour dénoncer le crime suprême du Nel Obs : les fesses de Simone à la une ! 

Chez le photographe blogueur, la méticulosité avec laquelle il décrit les techniques de retouches avec force "pastilles" sur les fesses, les cuisses, les jambes sent un peu la tartufferie (Ô, cachez-moi ces fesses que je ne saurais voir). Il semble cependant, dans son souci d'étaler sa science, commettre une petite erreur : S. de Beauvoir n'aurait pas été chez son amant, mais chez un ami de celui-ci. 

Mais ces critiques eussent été bien inspirés d'acheter le Canard de la semaine où ils auraient pu lire, sous la plume de Frédéric Pagès, que le "Castor" provoqua la colère de son ex-amant américain quand il découvrit qu'elle "a voulu faire de nos relations une grande liaison internationale, en me citant nommément et en donnant des extraits de mes lettres. Elle devait être drôlement à sec d'inspiration... Bon sang ! les lettres d'amour doivent rester privées."

S. de Beauvoir semble donc avoir été en avance sur son temps dans l'étalage de la vie privée sur la place publique.  

Alors, ses fesses à la une, avec ou sans retouches, pas de quoi fouetter un chat !

Mais la réaction du Nel Obs m'a semblé aussi totalement démesurée : un envoi à Libé signé de Jean Daniel et de cinq autres, une sélection de courrier sur le style pâté d'alouette (une alouette de critique et un cheval d'approbation) et encore une page en prime. TROP, c'est TROP !

 

Les aventures du petit N.

Mercredi 16 janvier, arrivée de Télérama (Ouh la ! j’aggrave mon cas : rocardien, lecteur du Nel Obs et de Télérama, cédétiste, ouiste : je n’ose imaginer le jugement que me réservent les adeptes de la gauche, la vraie, s’il y en a qui me lisent encore).

Après une niaiserie, dans le courrier des lecteurs, dans le n° double qui précédait les fêtes, sur la méthode globale, nous y avions droit à un courrier d’un autre lecteur, prof, qui écrivait à la manière de Beaumarchais « Pourvu que je ne parle en ma classe ni d’efforts, ni de rigueur, ni d’autorité, […] je puis tout enseigner librement, sous l’inspection de vingt ou trente censeurs.» (on peut supposer que les censeurs en question sont ses propres élèves ?).

Plus extraordinaire, un « A nos lecteurs » où le responsable du courrier fustige ceux d’entre eux qui écrivent sur « les aventures du petit N. » : la sélection du courrier publié est déjà, on le voit pour l’éducation, assez arbitraire, mais de là à donner des instructions aux lecteurs, il y avait une marge… Donc, nouveau courrier :

Très juste cet appel "à nos lecteurs" de M. B. Mérigaud que l'on suppose être le responsable du courrier desdits lecteurs, sauf que, dès qu'on tourne le page, sur quoi on tombe - je vous le donne en mille, je vous le donne en cent - les exploits du fameux "petit N." : "Vous voyez la tête du gamin qui va sortir une bêtise et qui pouffe à l'avance, etc.". Et oui, le journaliste, il est un peu comme le lecteur, il ne peut pas y échapper au petit N.

Mais le lecteur, il aimerait bien échapper aux finkielkrauteries qui ponctuent régulièrement le courrier des lecteurs. Reprenez l'antienne du niveau qui baisse - quand atteindra-t-on l'étiage ? - des méfaits de telle méthode voire de la pédagogie : vous avez de fortes chances d'être publié. Dernier exemple en date, le parodieur de Beaumarchais, prof qui ignore qu'on ne parle pas d'autorité, mais qu'on l'exerce, ni de rigueur, on l'exige, et que c'est en croyant dans le potentiel de ses élèves que l'on obtient des efforts (voir à ce sujet le remarquable "Chagrin d'école" de Daniel Pennac). En revanche, essayer d'apporter un minimum d'argumentation, au lieu de donner dans l'imprécation, vous laisse autant de chances d'être publié que si vous glosiez sur les aventures du petit N.

 

Mais le jeudi suit le mercredi et le Nel Obs nous offre, signé de Caroline Brizard (vous savez la dame qui a commis le calamiteux dossier sur l’illettrisme) un article sur le bac. Avec une grande modération, qui me surprend moi-même, je me suis contenté d’envoyer ce mot :

 

Chiffres chocs, chiffres faux

 

"« Faut-il supprimer le bac ? »(Nel Obs 17/01/08)*. La nouvelle vedette de la rétropensée, le Président de Paris IV Sorbonne, ayant émis ce propos iconoclaste, on n’attend plus la période d’éclosion du « marronnier » (fin mai, début juin) pour enfourcher cette haridelle un peu fourbue.

Quelques chiffres chocs pour commencer : en  1936 : moins de 3 % de reçus, en 2007 : 83,3 % (sic) On se tâte un moment : les bacheliers de 36 étaient-ils si minables que sur 100 qui se présentaient 3 réussissaient le bac, mais non, idiot, sur une classe d’âge il n’y avait que 3% de bacheliers. Donc en 2007, sur une classe d’âge, 83,3% sont bacheliers. Mais non idiot, sur 100 qui se sont présentés, un peu plus de 83 ont été reçus ! Idiot, je veux bien, mais que veut dire cette comparaison que je n’ose qualifier ?

« En France, 60% des étudiants échouent en première année à l’université », outre une construction de phrase un peu biaisée, le chiffre traduirait une augmentation brutale des échecs, puisque un documentaire de canal plus, du 03/09/07 ne comptait que 50%. D’où sortent donc ces 60% ?

Faut-il rappeler que le bac au singulier ne veut plus rien dire : nous ne sommes plus en 36 et il y a au moins trois bacs : le baccalauréat général avec sa hiérarchie, les bacs technologiques et les bacs pro(fessionnels) ?

Faut-il rappeler que le premier diplôme universitaire (au sens strict) est le DEUG que l’on obtient en deux ans ?

Faut-il rappeler que ce n’est pas un examen type Bac où on est reçu ou bien on échoue totalement mais qu’il compte un certain nombre d’unités donnant des « points ». L’échec peut donc y être total (aucun point) ou partiel (le nombre de points obtenus n’est pas suffisant pour passer en 2e année mais il est acquis).

Donc 50 ou 60 % d’échecs ne donnent pas 50 ou 60 % d’abandons. Et ces abandons ne se traduisent pas tous par celui de l’enseignement supérieur (réorientations vers une autre filière, une STS ou un IUT ou une école spécialisée).

En 2001, l’UNI, syndicat qui se revendique de droite (plutôt extrême), notait cet apparent paradoxe d’une augmentation du taux de réussite en DEUG (78 %), avec des échecs toujours aussi élevés en 1ère année: c’était dû – et il le déplorait – à ce que plus de la moitié des diplômés avaient mis 3, 4 ou 5 ans, au lieu de deux. Rappelons au passage que beaucoup d’étudiants sont obligés de travailler pour subvenir à leurs besoins ce qui peut expliquer le temps mis par certains à obtenir le DEUG.

Faut-il rappeler aussi une anomalie flagrante du système qu’est la colonisation des filières dites courtes (IUT et STS), en principe destinées aux bacs technologiques, par les bacs généraux (60% en IUT, 20% en STS) ? Rappeler aussi que les bacs professionnels prévus pour déboucher directement sur le monde du travail n’ont aucune solution en aval. Mais, comme l’Université est ouverte à tous les bacheliers, certains vont y tenter leur chance (quasiment nulle pour un bac pro, très faible pour un bac technologique).

Si l’on ne considérait que les étudiants issus des bacs généraux, et bien qu’ils soient écrémés par les Classes Préparatoires (CPGE), on constaterait un taux de réussite en 1ère année d’université bien supérieur à ces prétendus 50 ou 60%.

On peut résumer ainsi les parcours d’une génération de la façon suivante :

• 6 à 7% de sorties sans qualification

• 93,5% d’accès au niveau V

• 69% d’accès au niveau du baccalauréat (niveau IV)

• 62% d’accès au baccalauréat (dont 33,7 % dans une série générale, 17,3 % dans une série technologique et 11,5 % dans une série professionnelle).

• autour de 50% d’accès au supérieur

• autour de 40% d’accès à un diplôme du supérieur

(source : Rapport final de la commission université-emploi, annexe 1 24 octobre 2006)

Donc, globalement, 1/5e d’échecs, dans le supérieur (ce qui est déjà trop).

Maintenant, faut-il supprimer ou pas le bac, on en reparlera sans doute encore dans dix ans !"

 

* http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2254/articles/a364598-.html

 

Ajoutons que la dame affirme incidemment : « En fait, le grand reproche des anti-bac vient de loin. Des années 1980. Quand la gauche rêvait d'un bac pour tous. » Il se trouve qu’à la fin des années 70 jusqu’au lendemain de 81, j’étais membre de la commission nationale éducation du PS (le nom exact m’échappe, elle était co-pilotée par Louis –dit loulou – Mexandeau et Jean-Louis Piednoir) : je serais extrêmement curieux de savoir où, quand, et par qui a été exprimé ce rêve.

Autre affirmation, que l’on trouve d’ailleurs fréquemment sous la plume des rétropenseurs : le nombre de bacheliers correspond tout bonnement à une politique des quotas (à l’appui de cette assertion elle cite un ancien chef du département génie électrique à l'IUT de Cachan qui s’y connaît en bac comme moi en génie électrique !). Les seuls documents qui accréditent ces thèses sont de classiques recommandations faites aux correcteurs pour tenter d’harmoniser les barêmes de corrections. Bien sûr sont aussi invoquées les commissions de « rattrapage » qui existaient déjà quand j’étais pion au vénérable Lycée de Garçons, David d’Angers, à Angers comme il se doit, en 1965-66 et 1966-67.

 

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