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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 17:35
Courriers : les fesses de Simone, Télérama et le petit N., le Nel Obs et le bac

Les fesses de Simone

 

J’avais réagi sur le site d’« Arrêt sur Images » à un premier article de D. Schneidermann sur cette fameuse une du Nel Obs du 9/01. Chroniqueur à Libé, il en a remis une couche d’où ce nouveau courrier :

Daniel Shneidermann, vendredi (11/01), puis samedi (12/01) deux réactions de blogueurs ("L'insulte faite à Beauvoir") - où on ne sait plus d'ailleurs si c'est le fait d'avoir retouché la photo ou la publication de ladite qui est l'objet de leur ire - tout cela pour dénoncer le crime suprême du Nel Obs : les fesses de Simone à la une ! 

Chez le photographe blogueur, la méticulosité avec laquelle il décrit les techniques de retouches avec force "pastilles" sur les fesses, les cuisses, les jambes sent un peu la tartufferie (Ô, cachez-moi ces fesses que je ne saurais voir). Il semble cependant, dans son souci d'étaler sa science, commettre une petite erreur : S. de Beauvoir n'aurait pas été chez son amant, mais chez un ami de celui-ci. 

Mais ces critiques eussent été bien inspirés d'acheter le Canard de la semaine où ils auraient pu lire, sous la plume de Frédéric Pagès, que le "Castor" provoqua la colère de son ex-amant américain quand il découvrit qu'elle "a voulu faire de nos relations une grande liaison internationale, en me citant nommément et en donnant des extraits de mes lettres. Elle devait être drôlement à sec d'inspiration... Bon sang ! les lettres d'amour doivent rester privées."

S. de Beauvoir semble donc avoir été en avance sur son temps dans l'étalage de la vie privée sur la place publique.  

Alors, ses fesses à la une, avec ou sans retouches, pas de quoi fouetter un chat !

Mais la réaction du Nel Obs m'a semblé aussi totalement démesurée : un envoi à Libé signé de Jean Daniel et de cinq autres, une sélection de courrier sur le style pâté d'alouette (une alouette de critique et un cheval d'approbation) et encore une page en prime. TROP, c'est TROP !

 

Les aventures du petit N.

Mercredi 16 janvier, arrivée de Télérama (Ouh la ! j’aggrave mon cas : rocardien, lecteur du Nel Obs et de Télérama, cédétiste, ouiste : je n’ose imaginer le jugement que me réservent les adeptes de la gauche, la vraie, s’il y en a qui me lisent encore).

Après une niaiserie, dans le courrier des lecteurs, dans le n° double qui précédait les fêtes, sur la méthode globale, nous y avions droit à un courrier d’un autre lecteur, prof, qui écrivait à la manière de Beaumarchais « Pourvu que je ne parle en ma classe ni d’efforts, ni de rigueur, ni d’autorité, […] je puis tout enseigner librement, sous l’inspection de vingt ou trente censeurs.» (on peut supposer que les censeurs en question sont ses propres élèves ?).

Plus extraordinaire, un « A nos lecteurs » où le responsable du courrier fustige ceux d’entre eux qui écrivent sur « les aventures du petit N. » : la sélection du courrier publié est déjà, on le voit pour l’éducation, assez arbitraire, mais de là à donner des instructions aux lecteurs, il y avait une marge… Donc, nouveau courrier :

Très juste cet appel "à nos lecteurs" de M. B. Mérigaud que l'on suppose être le responsable du courrier desdits lecteurs, sauf que, dès qu'on tourne le page, sur quoi on tombe - je vous le donne en mille, je vous le donne en cent - les exploits du fameux "petit N." : "Vous voyez la tête du gamin qui va sortir une bêtise et qui pouffe à l'avance, etc.". Et oui, le journaliste, il est un peu comme le lecteur, il ne peut pas y échapper au petit N.

Mais le lecteur, il aimerait bien échapper aux finkielkrauteries qui ponctuent régulièrement le courrier des lecteurs. Reprenez l'antienne du niveau qui baisse - quand atteindra-t-on l'étiage ? - des méfaits de telle méthode voire de la pédagogie : vous avez de fortes chances d'être publié. Dernier exemple en date, le parodieur de Beaumarchais, prof qui ignore qu'on ne parle pas d'autorité, mais qu'on l'exerce, ni de rigueur, on l'exige, et que c'est en croyant dans le potentiel de ses élèves que l'on obtient des efforts (voir à ce sujet le remarquable "Chagrin d'école" de Daniel Pennac). En revanche, essayer d'apporter un minimum d'argumentation, au lieu de donner dans l'imprécation, vous laisse autant de chances d'être publié que si vous glosiez sur les aventures du petit N.

 

Mais le jeudi suit le mercredi et le Nel Obs nous offre, signé de Caroline Brizard (vous savez la dame qui a commis le calamiteux dossier sur l’illettrisme) un article sur le bac. Avec une grande modération, qui me surprend moi-même, je me suis contenté d’envoyer ce mot :

 

Chiffres chocs, chiffres faux

 

"« Faut-il supprimer le bac ? »(Nel Obs 17/01/08)*. La nouvelle vedette de la rétropensée, le Président de Paris IV Sorbonne, ayant émis ce propos iconoclaste, on n’attend plus la période d’éclosion du « marronnier » (fin mai, début juin) pour enfourcher cette haridelle un peu fourbue.

Quelques chiffres chocs pour commencer : en  1936 : moins de 3 % de reçus, en 2007 : 83,3 % (sic) On se tâte un moment : les bacheliers de 36 étaient-ils si minables que sur 100 qui se présentaient 3 réussissaient le bac, mais non, idiot, sur une classe d’âge il n’y avait que 3% de bacheliers. Donc en 2007, sur une classe d’âge, 83,3% sont bacheliers. Mais non idiot, sur 100 qui se sont présentés, un peu plus de 83 ont été reçus ! Idiot, je veux bien, mais que veut dire cette comparaison que je n’ose qualifier ?

« En France, 60% des étudiants échouent en première année à l’université », outre une construction de phrase un peu biaisée, le chiffre traduirait une augmentation brutale des échecs, puisque un documentaire de canal plus, du 03/09/07 ne comptait que 50%. D’où sortent donc ces 60% ?

Faut-il rappeler que le bac au singulier ne veut plus rien dire : nous ne sommes plus en 36 et il y a au moins trois bacs : le baccalauréat général avec sa hiérarchie, les bacs technologiques et les bacs pro(fessionnels) ?

Faut-il rappeler que le premier diplôme universitaire (au sens strict) est le DEUG que l’on obtient en deux ans ?

Faut-il rappeler que ce n’est pas un examen type Bac où on est reçu ou bien on échoue totalement mais qu’il compte un certain nombre d’unités donnant des « points ». L’échec peut donc y être total (aucun point) ou partiel (le nombre de points obtenus n’est pas suffisant pour passer en 2e année mais il est acquis).

Donc 50 ou 60 % d’échecs ne donnent pas 50 ou 60 % d’abandons. Et ces abandons ne se traduisent pas tous par celui de l’enseignement supérieur (réorientations vers une autre filière, une STS ou un IUT ou une école spécialisée).

En 2001, l’UNI, syndicat qui se revendique de droite (plutôt extrême), notait cet apparent paradoxe d’une augmentation du taux de réussite en DEUG (78 %), avec des échecs toujours aussi élevés en 1ère année: c’était dû – et il le déplorait – à ce que plus de la moitié des diplômés avaient mis 3, 4 ou 5 ans, au lieu de deux. Rappelons au passage que beaucoup d’étudiants sont obligés de travailler pour subvenir à leurs besoins ce qui peut expliquer le temps mis par certains à obtenir le DEUG.

Faut-il rappeler aussi une anomalie flagrante du système qu’est la colonisation des filières dites courtes (IUT et STS), en principe destinées aux bacs technologiques, par les bacs généraux (60% en IUT, 20% en STS) ? Rappeler aussi que les bacs professionnels prévus pour déboucher directement sur le monde du travail n’ont aucune solution en aval. Mais, comme l’Université est ouverte à tous les bacheliers, certains vont y tenter leur chance (quasiment nulle pour un bac pro, très faible pour un bac technologique).

Si l’on ne considérait que les étudiants issus des bacs généraux, et bien qu’ils soient écrémés par les Classes Préparatoires (CPGE), on constaterait un taux de réussite en 1ère année d’université bien supérieur à ces prétendus 50 ou 60%.

On peut résumer ainsi les parcours d’une génération de la façon suivante :

• 6 à 7% de sorties sans qualification

• 93,5% d’accès au niveau V

• 69% d’accès au niveau du baccalauréat (niveau IV)

• 62% d’accès au baccalauréat (dont 33,7 % dans une série générale, 17,3 % dans une série technologique et 11,5 % dans une série professionnelle).

• autour de 50% d’accès au supérieur

• autour de 40% d’accès à un diplôme du supérieur

(source : Rapport final de la commission université-emploi, annexe 1 24 octobre 2006)

Donc, globalement, 1/5e d’échecs, dans le supérieur (ce qui est déjà trop).

Maintenant, faut-il supprimer ou pas le bac, on en reparlera sans doute encore dans dix ans !"

 

* http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2254/articles/a364598-.html

 

Ajoutons que la dame affirme incidemment : « En fait, le grand reproche des anti-bac vient de loin. Des années 1980. Quand la gauche rêvait d'un bac pour tous. » Il se trouve qu’à la fin des années 70 jusqu’au lendemain de 81, j’étais membre de la commission nationale éducation du PS (le nom exact m’échappe, elle était co-pilotée par Louis –dit loulou – Mexandeau et Jean-Louis Piednoir) : je serais extrêmement curieux de savoir où, quand, et par qui a été exprimé ce rêve.

Autre affirmation, que l’on trouve d’ailleurs fréquemment sous la plume des rétropenseurs : le nombre de bacheliers correspond tout bonnement à une politique des quotas (à l’appui de cette assertion elle cite un ancien chef du département génie électrique à l'IUT de Cachan qui s’y connaît en bac comme moi en génie électrique !). Les seuls documents qui accréditent ces thèses sont de classiques recommandations faites aux correcteurs pour tenter d’harmoniser les barêmes de corrections. Bien sûr sont aussi invoquées les commissions de « rattrapage » qui existaient déjà quand j’étais pion au vénérable Lycée de Garçons, David d’Angers, à Angers comme il se doit, en 1965-66 et 1966-67.

 

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