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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 15:21
Aux rétropenseurs déchaînés

Je tombe sur un touitte de Philippe Meirieu qui proteste donc contre un mensonge éhonté et néanmoins délibéré – digne d’un Jacques Julliard ou d’un Alain Finkielkraut – émis par un illustre inconnu, mais néanmoins stupide, D. Jodin.

En fait l’attaque vicelarde contre Meirieu n’était qu’incidente : elle était née d’un débat lancé par une journaliste éducation du Figaro qui s’en prenait à Tournier du SNPDEN* avec,  elle-aussi, une honnêteté intellectuelle exemplaire. En effet, elle faisait dire au Proviseur que Proust et Duras n’étaient pas adaptés aux lycéens, alors que le secrétaire général du SNPDEN écrivait que leurs romans n’étaient pas des plus accessibles.

Aux rétropenseurs déchaînés

Lloys Bonod, un sous Brighelli, de renchérir sur le Brevet où 50% des textes proposés seraient post-1980. La journaliste figaresque, Mme Pech, de faire chorus « Dans les années 1980-1990, c'était aussi le cas. Toujours des textes récents, pas vraiment littéraires et surtout simples. »  Corrigée par un Canard jaune : « Cependant, à l'époque, il y avait encore des questions exigeantes, faisant appel à des connaissances précises en grammaire etc. », Canard qui se dit prof de Français de collège, diplômé des Hautes Etudes inutiles, dentiste pour poules mais, dans un sursaut de lucidité, anonyme con sternant. Donc à prendre, peut-être – mais j’ai des doutes – au xème degré.

Tournier ayant eu l’imprudence d’essayer de se justifier, il est aussitôt contré par un Jean-Rémi Girard Vice-président du SNALC.

Et la journaliste du Figaro de ré-intervenir : « Mieux vaut ne pas engager la discussion sur la notation au bac. » Ben voyons, comme chacun sait les correcteurs reçoivent des instructions pour surnoter les élèves !

Gageons que la dame et ses séides, dès que les résultats du bac sortiront, vont entonner la complainte fameuse du bac bradé  Ritournelle éternelle, comme le niveau qui baisse et qui n’atteint jamais l’étiage

Et qui n’est pas le monopole du droitier Figaro, puisque Mme Brizard de L’Obs a, de longue date, précédé sa collègue Pech, en osant même des comparaisons des plus hardies : « en  1936 : moins de 3 % de reçus, en 2007 : 83,3 % ». On se doute que nos candidats de 1936 n’ont pas échoué à 97% et que ce 3% correspond, à peu près, à la proportion de bacheliers dans la classe d’âge, mais, en revanche, le 83,3% de 2007 correspond lui au pourcentage de reçus annoncé !

 

* SNPDEN Syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale, syndicat majoritaire chez les proviseurs, principaux et adjoints, rattaché à l'UNSA, mais on trouve des personnels de direction dans des syndicats confédérés CFDT surtout, CGT et peut-être FO pour les lycées professionnels.

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16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 14:33
sic !

sic !

Dans la série comparaison stupide, le CIC – vous savez la banque qui nous présente un banquier anonyme et incompétent que son client abandonne pour l’agence CIC, comme par hasard de l’autre côté de la rue – fait très fort.

 

Si l’on lit bien, en 1980 même pas 3 candidats sur 10 obtenaient le bac, plus de 70 % d’échecs ! Tandis qu’en 2014, ce taux d’échecs est tombé à 12 %.

 

Or, sont en fait comparés le taux de bacheliers dans une génération en 1980 avec le taux de réussite aux bacs – généraux, technologiques et professionnels - en 2014.

Avec, en plus, une erreur, puisque la proportion de bacheliers dans une génération n’était que de 26 % en 1980. En revanche le taux de réussite global, la même année, était de 64 %

En 2014, : le pourcentage de bacheliers dans une génération s'approche des 80%.

 

Bac : comparaison stupide

Il est vrai que ce type d’erreur n’est pas commise que par des banquiers. Ainsi, Caroline Brizard, a fait plus fort encore : « en  1936 : moins de 3 % de reçus, en 2007 : 83,3 % »Faut-il supprimer le bac ? » Nel Obs 17/01/08).

Or Mme Brizard était censée être une journaliste spécialisée du Nouvel Observateur, ce qui ne l’empêchait pas d’émettre cette splendide stupidité. Il est sûr que les candidats au bachot de 1936 n’étaient pas minables au point d’échouer à 97 % ! En revanche, si la proportion de bacheliers dans une génération était d’à peine 3% en 1936, elle était de 64% en 2007, et non de 83,3.

Inutile de dire que la gentille lettre rectificative n’est jamais parue dans le Courrier des lecteurs du Nel Obs à l’époque et Mme Brizard n’a même pas jugé bon de publier un bref erratum.

 

Ici on peut conseiller à nos banquiers de se consacrer aux taux actuariels bruts ou pas plutôt qu’aux taux de réussite au bac ! Qu'ils laissent aux Finkielkraut, Julliard et consorts le soin de nous abreuver de déclarations outrancières à base de données biaisées.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 08:09

Sujets récurrents et chiffres mensongers* : la fameuse baisse de niveau qui n’atteint jamais l’étiage qui va se conjuguer en élèves de 6e qui ne savent plus lire ni écrire, en bacs bradés et en universités poubelles…

 

* Un exemple quasi caricatural de ces chiffres en est donné par Caroline Brizard du Nel Obs : dans un article sur le bac, elle osait comparer le pourcentage de bacheliers par rapport à une classe d'âge en 1936 (3%) avec celui des reçus par rapport aux candidats en 2007 (83%), ce qui n'a aucun sens.

Point de vue, Yves Mény Ouest-France 22 août 2013

Point de vue, Yves Mény Ouest-France 22 août 2013

Les 50 % d’échecs en 1ère année d’Université  souvent mis en avant se transforment sous la plume de M. Y. Mény, politologue, en « quasiment une moitié des effectifs initiaux » qui « quitte les bancs de l’enseignement supérieur sans diplôme » « deux ans après ». (Ouest-France 23/08/13).

 

Contre vérité flagrante !

 

Certes seulement 52% des bacheliers inscrits en 1ère année de licence (L1) se retrouvent en L2 l’année suivante. Mais comme le rappelait le sénateur UMP, C. Demuynck, dans un rapport sur le décrochage à l’université (2011)*, "les taux d'échec, souvent soulignés, de fin de première année de licence universitaire occultent souvent une réalité bien plus positive de notre enseignement supérieur. Huit jeunes Français sur dix qui s'inscrivent dans l'une de nos formations du supérieur en sortent avec un diplôme". Et il affirmait que "la France fait partie des 'bons élèves' de l'OCDE notamment grâce à la diversité de son système, sa quasi gratuité dans de nombreux cas, son système de bourses, ses possibilités de réorientation des études longues vers les courtes."

 

M. Mény commet donc une lourde erreur en confondant taux d’échecs en L1 et taux de décrochage au bout de deux ans, en oubliant donc que, outre les fumistes qui traînent un peu en cours de route, beaucoup d’étudiants travaillent pour survivre, donc certains font les parcours de la Licence, non pas en 3 mais en 4, 5 voire 6 ans. D’autres vont se réorienter (BTS en alternance par exemple).

Une analyse honnête devrait aussi porter sur les bacs d’origine : les bacs généraux, bien qu’écrémés par les classes préparatoires et colonisant un peu les BTS (20 %) et surtout les IUT (60 %), ont un taux de réussite bien supérieur à 50 % ! Les échecs et les décrochages frappent donc essentiellement les bacs technos et surtout les bacs pros égarés à l’université.

 

Mais le politologue ne sort son chiffre inventé de toute pièce que pour attaquer la gratuité – relative – de l’université et la non sélection à l’entrée.

Du mensonge au service d’une idéologie !

 

* On ne soupçonnera pas ce sénateur (à l’époque) UMP d’être un affreux pédagogo comme disait élégamment J. Julliard, cependant il prône dans son rapport plus de « pédagogie » à l’Université !

Photo UNEF (université du Maine Le Mans)

Photo UNEF (université du Maine Le Mans)

En guise de commentaire, une lettre de lecteur à Ouest-France (non parue, évidemment) de J.-P. Landais

Outre les citations de l’ami GG (voir « commentaire »), j’ai reçu copie de ce courrier à Ouest-France de mon éminent collègue Jean-Pierre Landais qui, retraité actif, fait vivre l’Huma-café à Nantes. Inutile de dire que le social-démocrate, cédétiste, que je suis,  ne partage pas entièrement le point de vue conclusif de J-P Landais, même s’il revendique aussi une véritable école pour tous.

 

N.B.  Texte en gras, liens et note sont de mon fait.

« TOUS CAPABLES ! » le vrai débat !

 

Dans un Point de vue publié dans Ouest-France (22 mai), intitulé « Universités : le grand malentendu », Jean-Pascal GAYANT Professeur de Sciences Economiques à l’Université du Mans, réchauffe, pour résumer, le plat ancien de l’intelligence abstraite opposée à l’intelligence manuelle. On aurait pu attendre d’un universitaire de renom et ancien vice-président d’une université, dans laquelle il a accompli sa carrière depuis 1998, davantage de clairvoyance et de retenue.

 

Expliquer, en quelque sorte, l’échec massif en 1ère année par une organisation « absurde », qui laisse entrer des bacheliers « venus là par défaut », faute d’admission dans les filières sélectives (classes Prépas, BTS et autres),  « peu à même de profiter [d’] enseignements abstraits … loin des compétences concrètes requises dans les métiers moyennement qualifiés » … « constituant ainsi une fraction non négligeable d’étudiants [qui n’a pas] le bagage intellectuel suffisant pour suivre les cours », face à des enseignants qui «  ne parlent pas la même langue », est selon moi, d’une grande exagération.

 

Pour les avoir gérées, je considère, en ce qui concerne les filières courtes (BTS) qu’elles ne sont sélectives que parce que les places y manquent et non parce qu’elles seraient plus « faciles ». Quant au Classes Prépas, j’en ai ouvert, pendant cinq années, le recrutement bien au-delà des limites habituelles ou permises, sans diminuer leur efficacité en terme de réussite.

 

Mieux encore, y aurait-il une marée de bacheliers professionnels qui menaceraient les chevilles des universitaires ? Si le propos laisse planer le doute – il n’existe ni statistiques, ni analyse affinée par discipline – il y a là au moins prévention de stigmatisation !

 

Rien ne permet d’affirmer que Jean-Pascal Gayant n’est pas progressiste, mais laisser entendre que la seule solution soit « l’orientation sélective » en vue de placer « chaque étudiant face aux enseignants les plus aptes à les faire progresser et réussir » reste quand même parfaitement rétrograde, d’autant plus que rien n’est dit ni des étudiants (tous types de baccalauréat ?), ni des filières d’accueil, ni des enseignants (enseignants-chercheurs uniquement ?), ni des conditions sociales qui font par exemple que de très nombreux étudiants (50% ?) travaillent pour subvenir à leurs besoins.

Echecs à l’université : une contre-vérité flagrante !

Et pour poursuivre sur le débat actuel sur l’Université, faut-il se résumer à la seule question de l’Anglais comme langue d’enseignement ?

 

En pleine médiatisation du rapport de la Cour des Comptes, qui porte alors bien son nom et au moment où Vincent Peillon – qui s’en félicite ! - propose une refondation  bien peu inventive dont la question des rythmes scolaires a constitué un formidable rideau de fumée, les différentes interventions ramènent toutes à la stratégie de Lisbonne (2000).

 

L’heure n’est pas à « moins d’école » mais au contraire à « plus d’école », une école obligatoire de 3 à 18 ans, une refonte des contenus, une avant-dernière ou une dernière année de lycée de « détermination » universitaire ou professionnelle … et pour couronner le tout une amélioration substantielle  du système universitaire.

Laissons « L’Ecole Libératrice » à son niveau, fort respectable d’ailleurs, des années 50, celui du Certificat d’Etudes Primaires, faisons pour de bon un sort à « L’Egalité des Chances », miroir inversé de la méritocratie libérale !

 

Des champs nouveaux peuvent s’ouvrir, les bases théoriques et pédagogiques en sont déjà opérationnelles (GRDS, ESCOL, GRFDE, réseaux divers de recherche et de proposition*).

 

Ne ratons pas le défi d’élévation générale du niveau de connaissances !

Un projet pour l’Ecole, c’est un projet de société, ne passons pas à côté !

 

Jean-Pierre LANDAIS

Proviseur honoraire (au Mans, 1991-1999: Lycées Le Mans Sud et Montesquieu)

Commandeur de l’Ordre National des Palmes Académiques

 

* Par exemple, Education & Devenir, CRAP (cahiers pédagogiques)

 

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 16:51
Le modèle québécois cité en exemple par Xavier Darcos...

Si l'on en croit Caroline Brizard, du Nel Obs, Xavier Darcos ne jurerait plus que par le modèle québécois ! Et le crétin de la fabrique qui affirmait, il y a peu, qu'il ne jurait que par la Corée et le Japon (le modèle japonais de retour, car il avait eu sa vogue sous l'ère chevénémentesque avec ses ouvriers bacheliers, sauf que, si l'on en croit Hervé Hamon, ce que le Che prenait pour notre bac n'était qu'une certification de fin d'études) !

 

Tant pis pour la Finlande ! après tout la « Belle province » étant francophone, le modèle sera plus facile à copier. Et on ne rétorquera pas, comme le fit un éminent chercheur, que la langue finnoise est ceci ou cela : outre Atlantique, nos cousins se coltinent un français qu'ils défendent avec énergie.

 

Apparemment, pourtant, ces québécois ont tendance à donner dans un pédagogisme éhonté, fort loin des prétendus fondamentaux fort à la mode dans l'hexagone. Rendez-vous compte, loin de proférer le « Savoir » du haut de sa chaire professorale, l'enseignant se préoccupe de « chercher l'attention » des élèves. Ainsi, un prof de maths, pour aborder les fonctions sinusoïdales (y'a que les matheux pour nous inventer des trucs pareils) fait enregistrer des instruments de musique à ses élèves. « Les professeurs, quelle que soit leur matière, s'ingénient à multiplier ce genre de démarches. Ils sont rompus à cela. Pendant leur formation, ils passent le tiers du temps à étudier la discipline, le reste à travailler la didactique, la psychologie, la pédagogie. Philippe, 34 ans, est en 2e année à l'Université de Montréal pour devenir instituteur : «Je n'ai ni cours de grammaire ni cours de maths. Tout l'accent est mis sur les manières d'enseigner, de gérer la classe, voire de se remettre en question quand les élèves ne suivent pas.»

  C'est le leitmotiv de Roch Chouinard, professeur de psychopédagogie à l'Université de Montréal : «L'école doit susciter l'engagement des élèves dans leurs apprentissages.»» Eh oui ! vous avez bien lu « professeur de psychopédagogie ». «Au Québec, l'école a adapté ses attentes aux élèves qu'elle accueille. On apprend moins, mais on apprend mieux»

Quant on pense que le fameux « mettre l'élève au centre » a été voué aux gémonies (avec une malhonnêteté intellectuelle rare) et l'on prendrait pour modèle une école qui adapte ses attentes aux élèves et non une école où les élèves doivent s'adapter aux attentes des maîtres détenteurs du Savoir ! Une école où l'on n'allège pas l'horaire pour mieux alourdir la barque des exigences !

 

Faut-il s'en étonner ? ces québécois versent dans le communautarisme débridé. «Cette semaine, nous fêtons les cultures d'origine, explique Chantal, chargée des activités péri scolaires. Nous accueillons une école de danse d'Haïti; demain, ce sera l'Irlande avec une troupe de gigue, puis l'Algérie avec des chants...» La démarche est efficace. «Il y a un moindre rejet du système éducatif quand vous retrouvez des éléments de votre propre culture à l'école»

 

« L'enseignement a longtemps été abordé de manière abstraite, comme si cette occupation  ne  mettait  en  scène  qu'un  maître  formel  chargé  de  faire apprendre un objet de savoir aseptisé à un sujet désincarné dans un contexte a-social  et a-historique. Pourtant, la situation  est tout autre. Le  maître est  un acteur  social et  son  travail est  soumis  à de multiples pressions  internes, dans son lieu même de travail, et externes, provenant de  la société, qui  influent sur son rôle,  sur  ceux à qui  il  s'adresse,  c'est-à-dire  les élèves,  et sur  ce qu'il doit leur  faire  apprendre.  La  classe,  loin  d'être  un  lieu  clos,  libre  des  influences extérieures,  est  traversée,  pétrie,  en  son  sein  même  par  toute  une  série  de phénomènes qui colorent sa nature et son fonctionnement. »*

 

« C'est en 2001, par la publication de nouvelles orientations, d'un référentiel de compétences professionnelles et de profils de sortie assortis, que s'est véritablement fait l'arrimage entre le renouveau pédagogique et la formation à l'enseignement. Une approche culturelle de l'enseignement a été privilégiée, approche qui non seulement prend acte de la complexification de la profession enseignante, mais qui convie également le personnel enseignant à un changement de culture professionnelle. Désormais, l'enseignante ou l'enseignant, dans l'exercice de son mandat d'instruire, de socialiser et de qualifier, est appelé à s'interroger sur la manière de donner à la culture la place qui lui revient, sur les moyens de concrétiser son rôle de passeur culturel, sur sa façon de former des élèves, jeunes et adultes, ouverts à la pluralité des idées et capables de porter un regard critique sur leurs propres pratiques culturelles. »** préconise un document sur la formation des enseignants.

« Le Ministère a choisi de mettre l'accent sur une formation professionnalisante qui permet de "construire un savoir enseigner, c'est-à-dire une culture professionnelle intégrant des savoirs, des schèmes d'action, des attitudes". »**

 

Que M. Darcos s'inspire de ces orientations serait souhaitable. Il est fort probable que ce souhait soit illusoire.

 

 

* La formation à l’enseignement les orientations et les compétences professionnelles

** La formation à l'enseignement, les orientations relatives à la formation en milieu de pratique

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 17:35
Courriers : les fesses de Simone, Télérama et le petit N., le Nel Obs et le bac

Les fesses de Simone

 

J’avais réagi sur le site d’« Arrêt sur Images » à un premier article de D. Schneidermann sur cette fameuse une du Nel Obs du 9/01. Chroniqueur à Libé, il en a remis une couche d’où ce nouveau courrier :

Daniel Shneidermann, vendredi (11/01), puis samedi (12/01) deux réactions de blogueurs ("L'insulte faite à Beauvoir") - où on ne sait plus d'ailleurs si c'est le fait d'avoir retouché la photo ou la publication de ladite qui est l'objet de leur ire - tout cela pour dénoncer le crime suprême du Nel Obs : les fesses de Simone à la une ! 

Chez le photographe blogueur, la méticulosité avec laquelle il décrit les techniques de retouches avec force "pastilles" sur les fesses, les cuisses, les jambes sent un peu la tartufferie (Ô, cachez-moi ces fesses que je ne saurais voir). Il semble cependant, dans son souci d'étaler sa science, commettre une petite erreur : S. de Beauvoir n'aurait pas été chez son amant, mais chez un ami de celui-ci. 

Mais ces critiques eussent été bien inspirés d'acheter le Canard de la semaine où ils auraient pu lire, sous la plume de Frédéric Pagès, que le "Castor" provoqua la colère de son ex-amant américain quand il découvrit qu'elle "a voulu faire de nos relations une grande liaison internationale, en me citant nommément et en donnant des extraits de mes lettres. Elle devait être drôlement à sec d'inspiration... Bon sang ! les lettres d'amour doivent rester privées."

S. de Beauvoir semble donc avoir été en avance sur son temps dans l'étalage de la vie privée sur la place publique.  

Alors, ses fesses à la une, avec ou sans retouches, pas de quoi fouetter un chat !

Mais la réaction du Nel Obs m'a semblé aussi totalement démesurée : un envoi à Libé signé de Jean Daniel et de cinq autres, une sélection de courrier sur le style pâté d'alouette (une alouette de critique et un cheval d'approbation) et encore une page en prime. TROP, c'est TROP !

 

Les aventures du petit N.

Mercredi 16 janvier, arrivée de Télérama (Ouh la ! j’aggrave mon cas : rocardien, lecteur du Nel Obs et de Télérama, cédétiste, ouiste : je n’ose imaginer le jugement que me réservent les adeptes de la gauche, la vraie, s’il y en a qui me lisent encore).

Après une niaiserie, dans le courrier des lecteurs, dans le n° double qui précédait les fêtes, sur la méthode globale, nous y avions droit à un courrier d’un autre lecteur, prof, qui écrivait à la manière de Beaumarchais « Pourvu que je ne parle en ma classe ni d’efforts, ni de rigueur, ni d’autorité, […] je puis tout enseigner librement, sous l’inspection de vingt ou trente censeurs.» (on peut supposer que les censeurs en question sont ses propres élèves ?).

Plus extraordinaire, un « A nos lecteurs » où le responsable du courrier fustige ceux d’entre eux qui écrivent sur « les aventures du petit N. » : la sélection du courrier publié est déjà, on le voit pour l’éducation, assez arbitraire, mais de là à donner des instructions aux lecteurs, il y avait une marge… Donc, nouveau courrier :

Très juste cet appel "à nos lecteurs" de M. B. Mérigaud que l'on suppose être le responsable du courrier desdits lecteurs, sauf que, dès qu'on tourne le page, sur quoi on tombe - je vous le donne en mille, je vous le donne en cent - les exploits du fameux "petit N." : "Vous voyez la tête du gamin qui va sortir une bêtise et qui pouffe à l'avance, etc.". Et oui, le journaliste, il est un peu comme le lecteur, il ne peut pas y échapper au petit N.

Mais le lecteur, il aimerait bien échapper aux finkielkrauteries qui ponctuent régulièrement le courrier des lecteurs. Reprenez l'antienne du niveau qui baisse - quand atteindra-t-on l'étiage ? - des méfaits de telle méthode voire de la pédagogie : vous avez de fortes chances d'être publié. Dernier exemple en date, le parodieur de Beaumarchais, prof qui ignore qu'on ne parle pas d'autorité, mais qu'on l'exerce, ni de rigueur, on l'exige, et que c'est en croyant dans le potentiel de ses élèves que l'on obtient des efforts (voir à ce sujet le remarquable "Chagrin d'école" de Daniel Pennac). En revanche, essayer d'apporter un minimum d'argumentation, au lieu de donner dans l'imprécation, vous laisse autant de chances d'être publié que si vous glosiez sur les aventures du petit N.

 

Mais le jeudi suit le mercredi et le Nel Obs nous offre, signé de Caroline Brizard (vous savez la dame qui a commis le calamiteux dossier sur l’illettrisme) un article sur le bac. Avec une grande modération, qui me surprend moi-même, je me suis contenté d’envoyer ce mot :

 

Chiffres chocs, chiffres faux

 

"« Faut-il supprimer le bac ? »(Nel Obs 17/01/08)*. La nouvelle vedette de la rétropensée, le Président de Paris IV Sorbonne, ayant émis ce propos iconoclaste, on n’attend plus la période d’éclosion du « marronnier » (fin mai, début juin) pour enfourcher cette haridelle un peu fourbue.

Quelques chiffres chocs pour commencer : en  1936 : moins de 3 % de reçus, en 2007 : 83,3 % (sic) On se tâte un moment : les bacheliers de 36 étaient-ils si minables que sur 100 qui se présentaient 3 réussissaient le bac, mais non, idiot, sur une classe d’âge il n’y avait que 3% de bacheliers. Donc en 2007, sur une classe d’âge, 83,3% sont bacheliers. Mais non idiot, sur 100 qui se sont présentés, un peu plus de 83 ont été reçus ! Idiot, je veux bien, mais que veut dire cette comparaison que je n’ose qualifier ?

« En France, 60% des étudiants échouent en première année à l’université », outre une construction de phrase un peu biaisée, le chiffre traduirait une augmentation brutale des échecs, puisque un documentaire de canal plus, du 03/09/07 ne comptait que 50%. D’où sortent donc ces 60% ?

Faut-il rappeler que le bac au singulier ne veut plus rien dire : nous ne sommes plus en 36 et il y a au moins trois bacs : le baccalauréat général avec sa hiérarchie, les bacs technologiques et les bacs pro(fessionnels) ?

Faut-il rappeler que le premier diplôme universitaire (au sens strict) est le DEUG que l’on obtient en deux ans ?

Faut-il rappeler que ce n’est pas un examen type Bac où on est reçu ou bien on échoue totalement mais qu’il compte un certain nombre d’unités donnant des « points ». L’échec peut donc y être total (aucun point) ou partiel (le nombre de points obtenus n’est pas suffisant pour passer en 2e année mais il est acquis).

Donc 50 ou 60 % d’échecs ne donnent pas 50 ou 60 % d’abandons. Et ces abandons ne se traduisent pas tous par celui de l’enseignement supérieur (réorientations vers une autre filière, une STS ou un IUT ou une école spécialisée).

En 2001, l’UNI, syndicat qui se revendique de droite (plutôt extrême), notait cet apparent paradoxe d’une augmentation du taux de réussite en DEUG (78 %), avec des échecs toujours aussi élevés en 1ère année: c’était dû – et il le déplorait – à ce que plus de la moitié des diplômés avaient mis 3, 4 ou 5 ans, au lieu de deux. Rappelons au passage que beaucoup d’étudiants sont obligés de travailler pour subvenir à leurs besoins ce qui peut expliquer le temps mis par certains à obtenir le DEUG.

Faut-il rappeler aussi une anomalie flagrante du système qu’est la colonisation des filières dites courtes (IUT et STS), en principe destinées aux bacs technologiques, par les bacs généraux (60% en IUT, 20% en STS) ? Rappeler aussi que les bacs professionnels prévus pour déboucher directement sur le monde du travail n’ont aucune solution en aval. Mais, comme l’Université est ouverte à tous les bacheliers, certains vont y tenter leur chance (quasiment nulle pour un bac pro, très faible pour un bac technologique).

Si l’on ne considérait que les étudiants issus des bacs généraux, et bien qu’ils soient écrémés par les Classes Préparatoires (CPGE), on constaterait un taux de réussite en 1ère année d’université bien supérieur à ces prétendus 50 ou 60%.

On peut résumer ainsi les parcours d’une génération de la façon suivante :

• 6 à 7% de sorties sans qualification

• 93,5% d’accès au niveau V

• 69% d’accès au niveau du baccalauréat (niveau IV)

• 62% d’accès au baccalauréat (dont 33,7 % dans une série générale, 17,3 % dans une série technologique et 11,5 % dans une série professionnelle).

• autour de 50% d’accès au supérieur

• autour de 40% d’accès à un diplôme du supérieur

(source : Rapport final de la commission université-emploi, annexe 1 24 octobre 2006)

Donc, globalement, 1/5e d’échecs, dans le supérieur (ce qui est déjà trop).

Maintenant, faut-il supprimer ou pas le bac, on en reparlera sans doute encore dans dix ans !"

 

* http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2254/articles/a364598-.html

 

Ajoutons que la dame affirme incidemment : « En fait, le grand reproche des anti-bac vient de loin. Des années 1980. Quand la gauche rêvait d'un bac pour tous. » Il se trouve qu’à la fin des années 70 jusqu’au lendemain de 81, j’étais membre de la commission nationale éducation du PS (le nom exact m’échappe, elle était co-pilotée par Louis –dit loulou – Mexandeau et Jean-Louis Piednoir) : je serais extrêmement curieux de savoir où, quand, et par qui a été exprimé ce rêve.

Autre affirmation, que l’on trouve d’ailleurs fréquemment sous la plume des rétropenseurs : le nombre de bacheliers correspond tout bonnement à une politique des quotas (à l’appui de cette assertion elle cite un ancien chef du département génie électrique à l'IUT de Cachan qui s’y connaît en bac comme moi en génie électrique !). Les seuls documents qui accréditent ces thèses sont de classiques recommandations faites aux correcteurs pour tenter d’harmoniser les barêmes de corrections. Bien sûr sont aussi invoquées les commissions de « rattrapage » qui existaient déjà quand j’étais pion au vénérable Lycée de Garçons, David d’Angers, à Angers comme il se doit, en 1965-66 et 1966-67.

 

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