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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 16:13

Chaleur aidant – ou plutôt l’inverse – un billet de fainéant, sur une tribune du Monde, daté du 21 juin 2017, de Jérôme Perrier, « La nouvelle trahison des clercs : les intellectuels français et le libéralisme ».

 

Inutile de dire que le passage sur Todd et Onfray m’a semblé plus que bienvenu : « Avec l’air rogue dont il ne se départit jamais, Emmanuel Todd a ainsi déclaré dans l’émission Arrêt sur images que contrairement à un autre invité qui se vantait d’aller voter Macron « comme on sort les poubelles »[O. Tonneau : à mon sens tout aussi con que lui], lui s’abstiendrait « dans la joie ». Quant à Michel Onfray, qui a compris de longue date que l’outrance est plus rentable que la nuance, il s’est fait une spécialité de la dénonciation rituelle du libéralisme, y voyant « une idéologie dont l’utopie fait des dégâts considérables avec des victimes et des morts jamais comptabilisés » ; assurant même avec le ton docte qui sied à un philosophe indigné que « les suicides, l’alcoolisme, la drogue, la violence, les antidépresseurs, la délinquance, la criminalité en procèdent largement ». Fichtre ! Par chance la peste a de longue date disparu de nos contrées, faute de quoi il y a fort à parier que cette tête pensante qui manie la plume comme d’autres la kalachnikov, y aurait vu un effet supplémentaire du bacille libéral. »

Comment ne pas le suivre encore quand il dénonce ensuite « des comportements (…) préoccupants, comme ces jeunes défilant durant l’entre-deux-tours dans les rues de Paris aux cris de : « Ni fascisme ni libéralisme », comportement qui, pour lui, témoignent d’une ignorance crasse. Mais lorsque dans son élan dénonciateur il en déduit qu’un tel degré d’aberration témoigne simplement d’une défaillance profonde de notre système d’enseignement, qui ne peut s’exonérer de toute responsabilité dans la syncope idéologique qui est la nôtre, malgré la chaleur qui m’accablait, j’ai eu un léger sursaut.

Comme si on accusait les auto-écoles d’être responsables des accidents de la route.

Certes il n’est ni le premier – les rétropenseurs usent et abusent de cette imputation – et hélas pas le dernier à mettre en cause l’enseignement dans des stupidités qui, elles aussi, ne datent pas d’aujourd’hui : souvenez-vous de CRS-SS ! D’autant que les exemples qu’il donne -Todd, Onfray, Badiou, Lordon - sont les produits d’un système d’enseignement bien antérieur.

Je ne disputerai pas de sa conception du libéralisme, d’autant que dans la tribune il insiste surtout sur la caricature et la méconnaissance dont il est l’objet, plus que sur le contenu assez polysémique du mot. Entre des disciples de l’école de Chicago qui sévissaient au FMI dans les années 80-90 et qui s’accommodaient fort bien des dictatures militaires en Amérique latine et le libéralisme dont se réclame Mario Vargas Llosa il y a plus que des nuances.

Et la grande complainte libérale sur les prélèvements obligatoires, en mélangeant allègrement impôts et taxes avec cotisations sociales, passe sous silence le fait que si on privatise la protection sociale, on remplacera l'affreux prélèvement par le joyeux paiement d’assurances privées... qui risque fort d'être plus élevé !  

« Je suis un libéral, parce que si on ne le limite pas, si on ne le tient pas sous une vigilance incessante, le pouvoir devient une monstruosité (…) Pour moi, être libéral, c'est surtout avoir une méfiance systématique du pouvoir. Si vous croyez à la liberté, le pouvoir, c'est l'ennemi à contrôler.

[…]

Je m'inscris dans la tradition de Schumpeter, de Hayek, d'Aron et d'Ortega y Gasset en Espagne. Le libéralisme n'est pas une idéologie mais plutôt une doctrine, on y trouve toutes les variétés que vous voulez. Le libéralisme est défendu parfois par des conservateurs et parfois par des socialistes. Nous avions des libéraux en Amérique latine, parce qu'ils refusaient le contrôle de l'Eglise sur la vie des citoyens. Mais ils ne s'intéressaient pas du tout à l'économie, et à vrai dire le libéralisme qui ne se préoccupe que du marché, du libre-échange est très limité. Le libéralisme, c'est la tolérance, la coexistence dans la diversité, la communauté d'idées différentes, la foi dans le progrès, c'est la civilisation.»

Mario Vargas Llosa  “Le pouvoir, c'est l'ennemi”

 

Pour en revenir à l’école, elle peut et elle doit, plus encore qu’elle ne le fait, tenter d’inculquer les notions de base de la citoyenneté, mieux, faire vivre cette citoyenneté en son sein, initier, comme le prône quelques pionniers, dès le plus jeune âge, à la discussion à visée philosophique, mais elle ne nous préservera jamais des aberrations idéologiques… qui ne frappent pas que les jeunes.

Pour illustrer la discussion à visée philosophique ce document de Michel Tozzi, téléchargeable gratuitement : http://www.yapaka.be/livre/livre-prevenir-la-violence-par-la-discussion-a-visee-philosophique

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 21:20
Michel Onfray, Trump philosophe

Article de super fainéant (mais, excusez, la chaleur estivale incite à la paresse) : je livre tel quel un article d’un journaliste Suisse paru dans « Bilan, la référence suisse de l’économie ». Tout ce qui est en gras et les éventuels liens sont de mon fait.

"J’aime bien Michel Onfray. Le philosophe le plus théâtral de France, le plus médiatique comme on dit, est assez rafraichissant à lire et à entendre. Son récent pamphlet contre les adorateurs du marquis de Sade était bienvenu. Sur scène, c’est lui qui a le franc-parler le plus rapide et le plus ample : il cause de tout, d’une voix chaude et bien rythmée. Et il ne respecte rien. Quand il part en chasse, il y a peu de survivants : Rousseau, Freud, Sartre, Lacan, Foucault, Sarkozy ou Hollande, tous finissent en bouillie dans sa moulinette. Sans parler de Bernard-Henri Lévy qui, lui, a déjà été réduit en poudre.

 

Je l’aimais bien. Car comme tous les systèmes, Onfray s’use. Je l’écoutais l’autre jour sur France Culture, dont il s’est emparé comme chaque été (la chaine cultivée en vacances le prise tant qu’elle diffuse chaque jour deux fois la même émission du bavard philosophe).

 

Or je venais d’entendre, ailleurs, les vitupérations de Donald Trump dans la campagne des primaires républicaines qui commencent aux Etats-Unis. Et il s’est produit comme un brouillage : j’ai cru entendre la même parole.

 

Qu’on comprenne bien : il ne s’agit pas de mettre dans le même sac un bateleur milliardaire xénophobe et un penseur qui se réclame d’une extrême gauche anarcho-communiste. Leurs deux verbes semblaient pourtant sortir d’un même catalogue d’invectives, d’insultes parfois, et d’une posture qui installe le locuteur en défenseur du peuple floué contre les élites abusives. Chez Trump, c’est assez gonflé. Chez Onfray, c’est parfois gonflant.

Michel Onfray, Trump philosophe
Michel Onfray, Trump philosophe

The Donald, de tréteaux en plateaux, traite d’idiots les élus de tous bords. Michel Onfray, depuis le printemps, répète que le premier ministre Manuel Valls est un crétin. L’Américain se lâche devant des audiences acquises qui l’acclament. Le Français livre sa parole (sur France Culture) à un plein auditoire de son Université populaire de Caen qui applaudit quoi qu’il dise.

 

Les journalistes – qu’ils courtisent – sont pour les deux une race méprisable. De l’une d’elles qui l’interrogeait l’autre jour avec insistance sur son attitude à l’égard des femmes, Trump a dit que «le sang lui sortait des yeux, et aussi d’ailleurs», et tout le monde a compris qu’il parlait de ses règles. Onfray faisait le lendemain, dans le poste, un portrait tout juste injurieux des journalistes qu’il semble connaître : une bande d’incultes, allergiques au travail d’enquête, au service de financiers pour qui les journaux ne sont que des vaches à lait. Il parlait par exemple du Monde, qui ne correspond pas exactement à cette définition, s’étonnant, dans la même phrase, que le quotidien du soir lui batte froid…

 

Pour les deux, les femmes – hors insulte – sont des objets utiles. Trump les collectionne comme des parures. Onfray organise tout un mystère autour de Mylène Farmer, dont il a quelque chose à dire qu’il ne veut pas dire : écho assuré sur la toile.

 

L’un et l’autre parlent de politique étrangère aussi, bien sûr. Trump, président putatif, le doit bien, et il fanfaronne sur la manière dont il écrabouillera l’Etat islamique et dont il imposera au monde le respect dû aux Etats-Unis. Onfray, lui, parle de l’Europe comme le font tous les populistes, et dans des termes qui sont exactement ceux qu’emploie en France le Front national – qu’il abhorre, naturellement.

 

Même la politique politicienne, d’une certaine manière, les rapproche. The Donald, à des fins publicitaires, prétend être candidat à la candidature républicaine pour la Maison Blanche, mais il sait qu’il ne sera pas sur le ticket, et de toute façon pas élu. Michel Onfray n’est pas candidat à l’Elysée, mais des amis de l’extrême gauche ont tenté de le convaincre de l’être. Le philosophe a décliné, en disant qu’il manquait de compétences...

 

Vous trouvez qu'il y a un peu de caricature dans ce rapprochement et cette énumération ? A peine. En tout cas, nos deux héros sont des hommes de spectacle. Ils utilisent les scènes offertes pour faire avancer leurs affaires. L’un pour étendre son empire immobilier et construire de plus en plus de luxueuses tours. L’autre pour vendre des piles de livres et de CD, qu’il produit – ce crétin de Valls sera content – de manière véritablement industrielle."

Alain Campiotti

Publié le 11 Août 2015

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 16:03
Le poivrot et le philosophe : excès de zèle après Charlie !

Dernier épisode : le Recteur mute d'office le prof de philo à Thouars pour propos inadéquats ! Voir en fin d'article.

 

 

L’apologie du terrorisme est un délit qui a pu être sanctionné trop brutalement. Un jeune poivrot en a fait l’amère expérience. Il peut aussi  servir à un Recteur à mettre sur la touche un prof de philo dérangeant. Et ne parlons pas de gosses de primaires convoqués dans des commissariats, car là on frise le délire répressif*.

 

C’est Maître Eolas qui raconte. En résumé, un jeune de 21 ans, sans aucun antécédent judiciaire, quelque peu pochtronné, est arrêté par des policiers pour tentative de vol de voiture. La tentative est si peu avérée que le procureur la juge non fondée. Donc pour une infraction non commise, le garçon est alpagué. Il se rebelle.

« Il est plaqué au sol, menotté, explique au tribunal que les policiers lui font très mal, il leur crie d’arrêter, ils n’en ont cure, et la colère explose sous l’effet cumulé de l’alcool, de la douleur, et de l’impuissance. Il agonit d’injures les policiers en des termes les invitant à commettre l’inceste sur leur mère et imputant à celle-ci une activité professionnelle de pierreuse. Mais dans le flot des paroles se trouvent les mots fatals : « Vous allez voir les jihadistes, ils vont vous mettre une balle dans la tête, voyez les dégâts qu’il a faits, mon cousin Coulibaly, il n’a pas flingué assez de mecs comme vous » ».  Propos rapportés par les policiers, bien sûr.

 

Le malheureux niera. « La présidente, en temps ordinaire déjà irascible, est déchaînée et oublie toute mesure dans son ton et ses questions. » Ostensiblement, elle fera sentir à l’avocat que son plaidoyer l’indiffère. Le procureur, lui aussi déchaîné, avait demandé 16 mois, dont 8 fermes avec maintien en détention, malgré l’absence de casier. Il les obtiendra. Faut-il noter que cette présidente et ce procureur, qui déshonorent la Justice plus qu’ils ne la servent, doivent sévir à longueur d’année ?

Jean-François Chazerans, prof de philo, a lui aussi été accusé d’apologie d’actes de terrorisme. Sur une plainte de parents d’élèves. Jacques Moret, Recteur de l’Académie de Poitiers, le suspend illico presto ! Et transmet la plainte au procureur de la République. « J'ouvre une information judiciaire pour apologie d'actes de terrorisme, déclara Nicolas Jacquet, procureur de la République. L'enquête a été confiée à la PJ de Poitiers. ». Auditions d'une dizaine d'élèves de Terminale ES3. Puis huit heures de garde à vue pour notre prof.

Qu’un soi-disant philosophe dépasse le mur du çon, Finkielkraut et Onfray sont là pour le démontrer. Mais eux ne sont pas sous la coupe d’un Recteur qui envoie de mystérieux Inspecteurs de l’Académie** pour enquêter. « L'enseignant aurait tenu des propos déplacés pendant la minute de silence. » Sauf que, apparemment, ledit enseignant n’était plus de service pendant ladite minute. Ce que les enquêteurs diligentés par le Recteur auraient pu constater simplement en consultant son emploi du temps.

 

Prof rebelle et militant d'extrême-gauche très engagé

 

Serait-ce succomber au syndrome complotiste que de soupçonner, dans la suspension immédiate de ce prof, une sorte de règlement de comptes.

De fait, un drôle de paroissien, si l’on peut dire que ce Chazerans. Très impliqué dans des pratiques philosophiques diverses, à l’école primaire, en collège, en SEGPA, et dans la cité, il a eu l’audace de s’opposer à un Inspecteur Général (IG), J.-Y. Château, qui condamnait justement les pratiques philosophiques à l’école, allant jusqu’à dire qu’elles contredisaient le principe de laïcité !

Non content de contrer un IG, le bougre est engagé dans des groupes des plus suspects – pour un Recteur s’entend – comme le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, le collectif de défense des sans-papiers, France Palestine et RESF. Il présidait aussi un centre socio-culturel, mais accusé de mélanger ses casquettes en y organisant un Forum anti-répression, il avait été contraint à la démission.

 

En gros, dans le cours visé, la classe de terminale se divise en deux camps : les uns à fond « Je suis Charlie », les autres estimant que Charlie-Hebdo avait été trop loin. Le prof aurait déclaré que les journalistes de Charlie étaient des « crapules » mais il s’agissait « dans son esprit d'un terme affectueux et commémoratif ».

Le cours ensuite dérapa sérieusement, quand il aurait projeté le blog d'un collègue du lycée contenant un article au titre engagé : « Le terrorisme, produit authentique de l'impérialisme » et comparé l’intervention française au Mali à du terrorisme. A priori, tout cela relèverait plus de la propagande pour une vulgate néo-marxo-tiermondiste que d’un cours de philo. Mais, dans cette reconstitution, il manque le ton, l’ironie éventuelle, la circulation de la parole, la chair même des échanges.

 

Et le procureur de conclure que tout cela ne constitue pas un délit d'apologie d'actes de terrorisme. Sur le plan pénal, l'enquête est donc classée sans suite. Ce qui n’empêche pas, le même procureur, de sortir de son rôle en déclarant : « Il demeure que les propos tenus par cet enseignant le jour même d'un deuil national […] peuvent apparaître particulièrement inadaptés, déplacés et choquants ». (Nouvelle République)

 

Retour à l’envoyeur, si on peut dire. Le Recteur qui avait saisi le Parquet se voit renvoyer le dossier. Il devra s’en débrouiller devant la commission disciplinaire qu’il a convoqué le 13 mars. Commission paritaire où il se peut que parmi les représentants de l’administration certains aient côtoyé Chazerans quand il était détaché à plein temps dans la Mission Académique TICE !

 

Deux destins très contrastés. Un jeune homme de 21 ans dont, à part l’ébriété, on ne sait rien. Un professeur de philo dont on peut suivre le parcours très militant. Le premier, victime d’une justice d’abattage. Le second frappé d’une suspension précipitée pour un dossier pénalement vide et disciplinairement fragile.

« Non seulement cette répression absurde est inutile, mais elle est dangereuse. C’est une défaite de la Raison. » Maître Eolas

 

 

* Voir Le droit de l’enfant d’être « con »

** Naguère les Inspecteurs d’Académie (IA) se divisaient en deux branches : territoriale et disciplinaire. Les IA-DSDEN à la tête des départements et les IPR-IA, Inspecteurs pédagogiques régionaux. Les 1ers sont devenus des adjoints du Recteur, les DASEN, sous Chatel. Ne reste donc que les IPR-IA : on peut supposer que le Recteur a envoyé celui de Philo, mais on ne voit pas qui pouvait être le deuxième.

NB En fait, il s'agissait de 2 IPR-IA "établissements et vie scolaire" qui ont joué semble-t-il les enquêteurs auprès des élèves.

UNE SANCTION LOURDE ET ARBITRAIRE

Jean-François Chazerans, professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo, à Poitiers, pour avoir, selon le rectorat, « tenu des propos inadéquats en classe », après l'attentat de Charlie Hebdo, s'est vu « infliger », hier par courrier, un « déplacement d'office dans la zone de remplacement des Deux-Sèvres ». (La Nouvelle République 28/03/15)

C'est la sanction la plus lourde pouvant être infligé au niveau rectoral.

Bien sûr, Chazerans, contestera cette sanction par un recours au Tribunal Administratif. Mais le TA mettra des mois à se prononcer et le recours n'est pas suspensif.

Puisqu'on n'est plus dans l'émotion, force est de constater que, pour ne pas perdre la face (et peut-être régler des comptes), le Recteur donne dans l'arbitraire, car, comme le fait remarquer l'avocat, cela voudrait dire qu'on peut tenir des propos inadéquats à Thouars, mais pas dans un lycée de Poitiers. Si, comme l'affirme le Recteur  "les agissements de ce professeur ont porté atteinte non seulement à l'image de la fonction enseignante mais à celle du service public de l'Éducation nationale" , c'était la radiation qui s'imposait.

Ne serait-ce pas le Recteur Jacques Moret, qui, au lieu de classer un dossier imprudemment ouvert et mal étayé, ternit gravement l'image de l'Education Nationale par son acharnement ?

 

 

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 18:14
Latifa Ibn Ziaten au Lycée Laetitia Bonaparte, Ajaccio, en présence du Recteur et du Proviseur

Latifa Ibn Ziaten au Lycée Laetitia Bonaparte, Ajaccio, en présence du Recteur et du Proviseur

Avec Rama Yade, Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat Imad, tué par Merah, serait interdite de Lycées, pour cause de fichu sur la tête !

Pour toute réponse au drame de Charlie, Yade prône une laïcité liberticide et crache sur l’école publique.

 

Madame Rama Yade, atteinte de délires mystiques, confond République et religion et laïcité et rite. Après avoir servi le chanoine de Latran, tel Paul de Tarse tombé de son cheval, elle prêche maintenant un messianisme républicain. Sans doute pour donner à l’instit le souffle de grâce qui lui manquait face au curé.

 

Et la grande prêtresse de ce messianisme républicain entonne le cantique sacré de la laïcité. Comme toute religion, la sienne, pour républicaine qu’elle se prétende, est faite d’anathème et d’interdits.

 

Le messianisme pathologique de Rama Yade

Messaianisme : définition du CNRTL

« Comment a-t-on pu, récemment encore, autoriser le port du voile pour les accompagnatrices des sorties scolaires ? » s’indigne-t-elle. « Cette décision inique et irresponsable a porté une entaille profonde au principe sacré de laïcité. » poursuit-elle. L’enflure du verbe ne peut masquer le vide de la pensée de la prédicatrice. Car, il ne s’agit pas d’autoriser, comme elle dit, mais de ne pas violer l’état actuel du Droit par des interdits arbitraires.

 

L'interdiction du port de tout signe distinctif, aussi bien religieux que politique, s’impose aux agents de services publics, à commencer par ceux du premier des services publics, l’Education Nationale. Non par crainte de prosélytisme, mais pour bien marquer la neutralité du service public. Nul n’ignorera sans doute que le directeur de l’école primaire qui se présente à telle élection est, mettons, socialo. Mais il ne doit pas aller à l’école qu’il dirige en arborant la rose au poing sur son veston. Dans le Lycée public où j’ai traîné en blouse grise, le sanscul – le censeur si vous préférez – et sa nombreuse famille étaient notoirement cathos : il n’arborait pas un crucifix dans son bureau.

 

En revanche, on peut voir des mamans fichus sur la tête accompagner leur gosse à la maternelle. Les autres parents, les autres gosses, peuvent les voir. Fait-on appel à des parents volontaires pour l’accompagnement des enfants à un spectacle, faudrait-il les interdire pour cause de fichu ? Les bannisseurs doivent déployer des trésors de casuistique pour tenter de faire croire qu’en accompagnant des petits de 3 ou 4 ans pour de simples raisons de sécurité, elles participent du service public (très bénévolement d’ailleurs).

Répétons-le, dans l’état actuel du Droit, un tel interdit est illégal. Et stigmatiser – aux yeux de tous leurs camarades – leur maman n’est peut-être pas la meilleure façon de réussir l’intégration de ces enfants, leur adhésion aux valeurs du vivre ensemble, dont la laïcité est justement l’outil.

Et dans cette logique liberticide, faut-il interdire à Mme Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, militaire assassiné par Merah, l’accès aux écoles, collèges et lycées publics.

 

« Samedi 10 janvier, j’ai défilé (…) de façon anonyme, comme une citoyenne lambda. Je suis musulmane, voilée, j’ai vu les regards qu’on posait sur moi. » « Jeudi, le lendemain de la tuerie de « Charlie-Hebdo », dans la classe de Lycée où j’intervenais, nous avons fait la minute de silence ensemble. C’était très émouvant. Les questions ont fusé, ensuite. »

« Aujourd’hui, la France est une cocotte-minute Au lieu d’exclure [les jeunes des quartiers] et de les laisser sur les bas-côtés, il faudrait les aimer, ces jeunes, leur répéter qu’ils sont français, à part entière. » ("Refuser l'amalgame" L'OBS 14/01/2015*)

 

Et non entièrement à part, comme le préconise R. Yade.

 

Qui se livre en prime à une attaque très onfrayenne de l’école de la République. On atteint même la Belghoulerie quand « elle dénonce un système public indigent qui a renoncé aux savoirs fondamentaux, au profit d’enseignement superficiels (ABCD), dangereux (genres) et de débats accessoires (rythmes scolaires). »

 

Question indigence de la pensée, Yade est une experte.

 

* Voir aussi "Charlie Hebdo" : mon fils a été tué par Merah. Tendons la main à la jeunesse qui souffre

Le messianisme pathologique de Rama Yade

en complément J. BAUBEROT

LIBERATION 18/01/2015

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 20:12
M. Hollande ne comprend rien aux guerres idéologiques du XXie siècle (dixit M. Onfray)

M. Hollande ne comprend rien aux guerres idéologiques du XXie siècle (dixit M. Onfray)

Michel Onfray, phare lumineux de la pensée basse normande, fait la leçon au Parti socialiste en général et à Hollande en particulier. Qu’ils relisent Clausewitz, L’Illiade et bien sûr Sun Tze. Ou plutôt qu’ils lisent Onfray, et son « art de la guerre » pour les nuls.

 

Cette guerre du Mali, car c’est de cela qu’il est question, montre « l'impéritie idéologique du Parti socialiste qui n'a pas de pensée de la guerre – pas plus qu'il ne dispose d'une pensée de l'éducation, d'une pensée de la santé, d'une pensée de la culture, d'une pensée de la bioéthique, etc. ». Ceux qui, comme moi, seraient tentés de juger cette phrase comme la démonstration répétée de la suffisance du philosophe, n’auront droit qu’au mépris hautain du penseur caennais.

 

Bien qu’il se réfère au fameux Sun Tzu, qui, si l’on en croit un spécialiste, P. Fayard, est un penseur de la complexité, Onfray lui donne dans le simple, le simplisme même. Hollande a décidé, poussé par les publicitaires, la guerre au Mali parce qu’il s’effondrait dans les sondages. Aussi nul que soit Hollande, il ne pouvait avoir oublié que la guerre éclair et victorieuse (ou qu’il présentait comme telle) de son prédécesseur en Libye, n’avait pas dopé longuement sa popularité.

 

On peut disputer des causes de la décision de Hollande, mais les réduire à une opération de communication n’est peut-être pas faire preuve d’une grande finesse d’analyse. Même Mélenchon n’a pas été aussi loin dans la caricature. Autant qu’il m’en souvienne, il a reproché à Hollande d’intervenir au bénéfice d’un gouvernement non démocratique. Fallait-il venir au secours d’un état, déjà dépecé, et qui risquait de tomber sous la coupe de groupements terroristes extérieurs ? Hollande, d’ailleurs, en vrai disciple de Sun Tzu, eût préféré faire l’économie d’une intervention en laissant le rôle de réunification à une force africaine.

Sodats français au bord du fleuve Niger

Sodats français au bord du fleuve Niger

Sans vouloir mettre en doute la compétence géopolitique et géostratégique de l’ex-prof de philo de l’institution Ste Ursule, parler de « configuration napoléonienne » à propos de l’intervention malienne, avec Clausewitz à l’appui, est peut-être un peu exagéré. Quatre mille hommes environ, certes des moyens technologiques supérieurs (aviation notamment), mais on est loin, même proportionnellement, du rouleau compresseur états-unien en Irak par exemple. Les prises d’otages, dont il fait état, n’avaient pas attendu la crise Malienne pour avoir lieu. Elles ne paralysent pas immédiatement l’action militaire, puisque, à ce compte, l’intervention n’aurait jamais eu lieu.

 

Et dans un grand écart, nous sautons des grottes inaccessibles du nord Mali où les insaisissables combattants islamistes en tongs(?) et djellabahs se sont réfugiés à des truismes sur la nécessité d’une défense européenne qui mutualiserait les matériels, les savoir-faire, les troupes, la technologie, la compétence, les budgets, les commandements. Une CED – communauté européenne de défense - en quelque sorte. Mais qui supposerait – c’est là-dessus que ça a échoué en 1954 – d’abord une vision commune de la défense.

Onfray, le grand stratège du bocage normand

Puis nous retombons dans les grottes ou les dunes et au point de départ de la pensée suprême de l’hédoniste à la triste figure : Hollande veut redorer son blason à moindre coût en pourchassant « des va-nu-pieds dans le désert plutôt que de s'attaquer à des Etats riches, forts, puissants, disposant d'une véritable armée, voire de bombes atomiques, et qui souscrivent à l'idéal terroriste d'un certain nombre de musulmans intégristes, notamment l'expansion idéologique en Occident ! » Du coup, on se demande si le pourfendeur de Freud n’a pas abusé du Calva. Car, aussi nul en géopolitique que peut l’être un socialiste, des pays de ce genre, il n’y en a pas beaucoup. Ne parlons pas des micro-états du golfe qui rachètent petit à petit ce que la France en faillite brade aux émirs les plus offrants (jusqu’à présent à part le PSG, pas grand-chose). L’Arabie saoudite ? L’Iran ? Le Pakistan ? Voilà qui répondrait mieux à la définition. S’attaquer à eux ? Il faudrait que notre Ulysse nous explique quelles ruses employer : le cheval de Troie du consumérisme (développement des classes moyennes, avec moins d’enfants) n’a pas semblé bien probant en Tunisie et en Egypte. Et l’art de la guerre pratiqué en Afghanistan par les états-uniens – mais oui, quand les soviétiques étaient à Kaboul – a abouti à la prise du pouvoir par les talibans qu’ils avaient armés.

 

Si ce papier veut dire qu’une fois la reconquête des cités assurée (au risque toujours présent d’attentats), tout n’est pas réglé, c’est enfoncer une porte ouverte. Touaregs mécontents, bandes armées mêlant intégrisme et trafics en tout genre, frontières poreuses, quasi sanctuaires en Libye, etc. rendent fragile toute cette zone sahélienne. Mais si la France pèche, c’est de ne pas avoir assez usé de son ingérence en ne faisant pas arrêter le capitaine factieux qui a mis à mal un système politique certes imparfait, mais qui n’était pas le moins démocratique de la région.

 

En complément un article du Canard Enchaîné sur le très tolérant philosophe post-anarchiste

Onfray, le grand stratège du bocage normand
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Publié par JFL J.-F. Launay - dans humeur Onfray Mali Hollande
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