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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 17:51

Le Courrier de l’Ouest, repris par Le Monde ou le site du Nel Obs, nous apprend que M. Xavier Argenton, Maire « Nouveau Centre » de Parthenay, a interdit la lecture, par des élèves d’un collège, d’une lettre d’Ida Grinspan, ancienne déportée à Auschwitz, à la « Journée nationale du souvenir ».

IdaGrinspan3Ida Grinspan, née Fensterszab, a su très tôt, par ses parents, ce qu’était les pogroms : son père qui, avec sa famille, avait fui l’antisémitisme polonais, lui disait « la chance d’être en France ». Elle, elle était née après cet exil, en 1929, à Paris. Si ses parents l’avaient envoyée dans un village des Deux-Sèvres, à côté de Melle, en juin 1940, ce n’est pas par crainte mais pour qu’elle ait de meilleures conditions de vie. Stupéfaction donc, quand son père, par lettre, lui apprend l’arrestation de sa mère dans la rafle du Vél d’hiv, en juillet 1942.  Elle-même sera arrêtée dans sa famille d’accueil par trois gendarmes dans la nuit du 30 au 31 janvier 1944, vers minuit. Dans un témoignage au journal Le Monde, elle raconte que trois gendarmes  sont venus dans sa famille d’accueil, disant qu’il venait arrêter la petite juive et que si on ne la trouvait pas ils arrêteraient le mari. Emmenée à Melle, elle est immédiatement interrogée, par le chef de la brigade, sur l’adresse de son père resté en région parisienne. Elle sera envoyée à Drancy, avant d’être déportée à Auschwitz.

Une professeure d’histoire-géo, du collège Notre-Dame-de-la-Couldre, qui anime depuis cinq ans un groupe d’élèves volontaires pour participer aux cérémonies commémoratives, avait demandé à Mme Grinspan de rédiger un texte qu’elle comptait faire lire par ses élèves à la journée nationale du souvenir. La municipalité de Parthenay compte en ses rangs un adjoint « chargé des affaires patriotiques », attribution qui a une résonance bizarre ; comme par hasard, c’est un ancien gendarme qui est titulaire du poste et qui, apparemment est l’ordonnateur des cérémonies. On lui soumet donc le texte d’une des dernières survivantes de l’Holocauste. Il tique sur l’évocation de son arrestation par trois gendarmes. Le maire l’approuve : "Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui, dans ces temps troubles, avait obéi aux ordres de l'autorité légitime", a-t-il dit à son adjoint. Ce texte "n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", a-t-il ajouté. (Le Monde). Il ne s’agit pas de stigmatiser mais de rappeler des faits avérés. Quant au « repentir malheureusement mis en exergue », l’expression est particulièrement odieuse s’agissant d’une journée du souvenir d’un Holocauste dont le régime de Pétain a été complice.

IdaGrinspan2Notre maire centriste, ex-tête de liste pour les Deux-Sèvres de la liste UMP, très faux-derche a osé déclarer à la Nouvelle République : « Il se trouve que, dimanche, mon adjoint m'a demandé mon avis sur ce texte. Je n'ai donc donné que mon avis, car je n'ai pas pour habitude de contrôler les textes lus aux cérémonies ». Sauf que l’interdiction de lire le texte de Mme Grinspan a été effective. Et comme le rappelle la Nouvelle République : le 11 novembre 2004, à l'occasion de la commémoration du 11 Novembre, ce sont des lycéens qui, cette fois, n'avaient pu interpréter la chanson de Craonne*, écrite par des poilus dénonçant les injustices de la Grande Guerre.

Il n’est peut-être pas inutile de faire savoir à ce Maire Nouveau centre de la droite extrême notre désapprobation en lui envoyant par courriel, en précisant en objet « à l’attention de M. Xavier ARGENTON, (avec demande de confirmation de lecture) à mairie-parthenay@cc-parthenay.fr une lettre de ce type :  

 

« Monsieur le Maire,

Je viens de lire avec indignation votre décision de censurer la lecture, par des élèves de collège, à la journée nationale du souvenir, d’une lettre d’une survivante de l’Holocauste.

En effet, si j’en crois Le Courrier de l’Ouest (28/04/10), vous avez décidé de refuser la lecture d’une lettre de Mme Ida Grinspan, arrêtée à l’âge de 14 ans, par trois gendarmes, envoyée à Drancy, puis déportée à Auschwitz, au prétexte de ne pas stigmatiser  "une catégorie professionnelle qui, dans ces temps troubles, avait obéi aux ordres de l'autorité légitime".

Comment qualifier un tel argument ? Auriez-vous l’objectif de nier Drancy, de nier que le régime de Pétain a envoyé les gendarmes arrêter des juifs ? Voudriez-vous nier le témoignage de Mme Grinspan ? Je me permets de vous recommander, Monsieur le Maire, ainsi qu’à votre adjoint, de l’écouter sur :  http://www.lemonde.fr/shoah-les-derniers-temoins-racontent/visuel/2005/07/25/ida-grinspan-j-ai-pas-pleure_668597_641295.html ; vous y apprendriez des précisions sur l’arrestation d’une gamine d’un peu plus de 14 ans, dans la nuit du 30 au 31 janvier 1944 à minuit, par trois gendarmes, venus « arrêter la petite juive », l’un d’eux menaçant d’emmener le mari de la « nourrice », si on ne trouvait la petite. Quoique vous fassiez, vous ne pourrez effacer, ces faits et des milliers de faits semblables !

Et comme vous estimez que la lettre de Mme Ida Grinspan "n'est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", allez jusqu’au bout de votre logique monstrueuse : supprimez dans votre ville une journée nationale du souvenir puisque vous ne supportez pas l’évocation de ce souvenir.

Je vous prie de croire, Monsieur le Maire, en l’expression la plus vive des sentiments que vous m’inspirez, »

 

IdaGrinspanPS Suite à ce courriel, j’ai eu droit à cette réponse :

"Le Maire de Parthenay, Xavier ARGENTON a pris connaissance de l’ampleur des réactions vis-à-vis des remarques qu’on lui a demandé de faire sur un texte présenté comme un projet devant être lu lors de la commémoration du 25 avril. Il répond à votre courriel.

 

 « Vous avez tenu à m’exprimer votre émotion sur ce point. Je tiens tout d’abord à vous présenter mes excuses si ce que vous avez lu ou entendu dans la presse a pu vous blesser, vous ou un de vos proches.

 

Il s’agit là d’une maladresse, d’une erreur d’appréciation d’autant plus grave qu’elle blesse directement une personne, madame Ida GRINSPAN, mais aussi de nombreux déportés ou de proches de déportés.

 

J’ai demandé à madame GRINSPAN de bien vouloir m’excuser de l’avoir ainsi blessée. J’ignorais alors que ce texte avait été écrit par elle, spécialement pour ce 25 avril 2010. Je n’ai eu connaissance que d’une partie de ce texte. Dans le cas contraire, jamais je ne me serais permis la moindre remarque. Je suis très touché par tout ce qu’ont vécu les déportés.

 

Je serais honoré de recevoir personnellement madame Ida GRINSPAN à la Mairie de Parthenay, lui formuler mes excuses et lui exprimer tout mon respect mais aussi toute ma gratitude pour son action de témoignage en direction des jeunes.

 

Je suis effondré par l’ampleur pris par ces événements ; nous vivons dans un monde où l’information va très vite et où la vindicte populaire est hélas plus vite colportée que toutes les actions constructives menées patiemment et il m’est très difficile de m’expliquer aujourd’hui.

 

Cela fait 10 ans que je mène de nombreuses actions avec mon adjoint Michel BIRAULT en faveur du devoir de mémoire. Nous agissons avec les 4 collèges publics et privés et les deux lycées de la ville, en partenariat avec les enseignants et l’ensemble des associations patriotiques et des associations de déportés.

 

J’ai toujours souhaité la transmission d’une histoire apaisée. C’est bien tout le contraire qui s’est produit depuis hier. J’ai approuvé en juillet 1995 le discours prononcé par Jacques Chirac, reconnaissant la responsabilité de l’Etat français  dans la collaboration et la déportation des Juifs lors des commémorations de la rafle du Vél’d’Hiv.

 

Parthenay est une ville où l’ensemble des bonnes volontés travaillent en intelligence, avec des relations apaisées, dans un climat où les valeurs de la République sont largement partagées. Les Parthenaisiennes et les Parthenaisiens, qui nous connaissent bien, Michel BIRAULT et moi, doivent être bien attristés ce jour d’être ainsi sous le feu de l’actualité. Cela ne nous ressemble absolument pas.

 

Je vous prie de croire à mon entier dévouement pour la défense des valeurs de la République ».

 

Xavier ARGENTON

Maire de Parthenay"

 

Dont acte ! Avec cependant un doute sur l’affirmation qu’il n’ait pris connaissance que d’une partie du texte de Mme Grinspan. Le fait que la professeure ait été membre d’une liste concurrente aux régionales explique sans doute plus sûrement sa décision de censure qu’une lecture partielle.

 

* Téléchargeable en MP3 sur http://www.deljehier.levillage.org/textes/chansons_revolutionnaires/chanson_de_craonne.htm 

LA CHANSON DE CRAONNE


   L'auteur des paroles de cette chanson est toujours demeuré anonyme. Lorsqu'en 1917, elle a commencé à circuler dans les tranchées, la légende veut que les autorités militaires aient offert la démobilisation immédiate et 1 million de franc-or à qui le dénoncerait, mais en vain.

Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le coeur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.

Refrain

Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

au Refrain
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

Refrain

Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

 


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Publié par JFL J.-F. Launay - dans Mémoire
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Bernardoc 03/05/2010 13:05


Bravo Jean-François ; c'est en agissant ainsi qu'on arrivera à contrôler nos élus. Moi, je me contente souvent des cyberactions, mais il est possible de faire davantage. Tu as raison.
Cordialement,
Bernard


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