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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 15:41
L'école en lutte

L’école en lutte Action effectifs-emploi-conditions de travail 1977

 

« Vivre demain dans nos luttes d’aujourd’hui. »

 

Faire de l’action syndicale un moyen permettant à chacun de prendre sa vie en main, d’agir et non de subir : l’action comme moyen privilégié de la prise de conscience.

L'école en lutte

Supplément retraités du mensuel du sgen-CFDT (Profession ÉDUCATION Novembre 2015) : une page intitulée « Parcours militants : entretien et collectes d’archives ».

Il est question du Maitron, dictionnaire biographique mouvement ouvrier mouvement social. Coup d’œil. Je cherche des noms d’anciens du secrétariat national du sgen-CFDT : Roger Lépiney, Michel Armand, Danièle Franco, Jean-François Troglic, etc.

Mais pour ceux qui sont répertoriés l’accès à la notice n’est pas libre. J’obtiens cependant celle de Michel Armand, que j’ai côtoyé les 3 ans où je fus secrétaire national P.E.G.C.-voie III. Surprise, outre qu’on lui attribue la fusion des PEGC-Voie III et du Second degré (certifiés, agrégés), dont je fus le co-acteur (et l’auteur du texte : sciant la branche où j’étais assis), nulle mention de cette « École en lutte » dans la petite collection Maspero, 1977. Pas plus qu’elle n’était mentionnée dans Le Pari du SGEN - brève histoire : 1937-1995 de Jacques George. Oubli d’autant plus étonnant que, si j’en fus le rédacteur, M. Armand, avec D. Franco et C. Goussu, y avait apporté de pertinentes rectifications.

Ce travail de rédaction fut fait à partir des comptes rendus des analyses, des orientations syndicales de l’ensemble de l’organisation : sections d’établissements, secteurs géographiques, instances nationales. Plus donc qu’une réaction d’amour-propre froissé, c’est un peu un hommage rendu à ces militants, chenus maintenant, que de rappeler cet ouvrage qui, presque 40 ans après, a pris aussi une valeur historique.

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Historique parce que les formes d’actions décrites – auto-limitation des effectifs qui sera suivie, mais plus symboliquement, d’une auto-limitation des horaires – n’ont été finalement qu’un feu de paille. Bien que la FEN ait implosé, la rituelle journée d’action sur mot d’ordre national – que SUD essaie parfois de transformer en grève reconductible – reste la règle.

L'école en lutte
L'école en lutte

Il est vrai que ces actions s’inscrivaient dans un contexte politique qui venait de voir la victoire de Giscard sur Mitterrand, malgré le programme commun de gouvernement (1972). Mais, cette défaite même provoquait les Assises du socialisme qui voyait entrer au PS, outre M. Rocard et R. Chapuis du PSU, J. Chérèque et P. Héritier de la CFDT. Mettant fin, mais on n’en prendrait conscience que plus tard, à la tentation du syndicat-parti, fer de lance d’un socialisme autogestionnaire, incarné par Fredo Krumnov. Tentation qui transparaît bien dans cet appui d’une action par l’Union Locale CFDT de Narbonne (octobre 1975) : « Transgresser collectivement la légalité administrative au nom de la légitimité des intérêts des élèves et d’un travail plus humain des enseignants, c’est œuvrer pour l’avènement d’un socialisme démocratique autogestionnaire dans les esprits et les faits. »

« Engagé dans le combat socialiste contre la société de classes, le S.G.E.N.-C.F.D.T. voit dans la lutte dans l’école un des terrains de ce combat qui ne peut être négligé. » proclamait le sgen-CFDT à son congrès de 1974. Il ajoutait : « L’organisation syndicale doit prendre en charge à la fois la lutte pour l’amélioration des conditions de travail pour tous les personnels et la lutte pour la transformation du système scolaire dans la perspective de la transformation du système social. » Une ambition, un peu démesurée, pour un syndicat à l’époque beaucoup plus minoritaire que maintenant. Et un peu ambiguë : si l’école est l’affaire de tous sa transformation ne peut être décidée que par ses seuls acteurs.

 

Le système éducatif en 1976

* 4e et 3e aménagées : horaire renforcé en français et en maths : pas d’option complémentaire (2e langue vivante, latin...)

Trois filières donc, bien cloisonnées, avec pour chacune d’elles un type d’enseignant :

 — Certifiés en filière I : formés en cinq ans, enseignant une seule discipline, service hebdomadaire d’enseignement : 18 heures (20 heures pour les disciplines artistiques et manuelles).

 — P.E.G.C. en filière II : formés en trois ans, enseignant dans deux disciplines (« bivalence ») ; service hebdomadaire d’enseignement : 21 heures.

 — Instituteurs spécialisés : un an de spécialisation, polyvalents, service hebdomadaire : 24 heures.

L'école en lutte

Les actions « effectifs-emplois-conditions de travail », comme d’autres formes d’actions (refus collectif des heures supplémentaires, autoréduction de l’horaire hebdomadaire, actions sur la pratique du métier...), sont la traduction concrète, par leurs modalités, leurs buts, de ces combats indispensables, écrivait François Garrigue dans la préface.

Le livre rendait donc compte de ces actions. L’action proprement dite consiste à refuser de faire cours avec une classe surchargée ; les enseignants devaient pendant une période déterminée n’accepter en classe que 25 élèves, le surplus étant gardé par des collègues disponibles. Dans les maternelles et le premier degré, elles ne pouvaient se faire qu’avec la participation active de parents d’élèves. Il s’agissait par ces luttes sur les effectifs d’élèves d’améliorer les conditions de travail des élèves comme des enseignants et de montrer les possibilités d’emploi des non-titulaires (et de nouveaux titulaires).

L'école en lutte

« Qu’à l’appel de leurs syndicats la totalité des enseignants cessent le travail pendant vingt-quatre heures et reprennent le lendemain — revendication satisfaite ou non — le chemin de leurs établissements, quoi de plus banal et, pour tout dire, de moins inquiétant ? Qu’une poignée d’entre eux renoncent un beau matin à jouer le jeu, refusant les classes surchargées, et entreprennent de bouleverser emploi du temps et répartition des élèves, et c’est aussitôt la petite guerre des communiqués et des déclarations aigres-douces entre syndicats. » B. LE GENDRE, « Le Pouvoir enseignant », Le Monde, 23 novembre 1974. La FEN – et en son sein, le SNI aussi bien que le SNES, malgré leurs divergences – s’opposait à ces actions d’une organisation groupusculaire comme la qualifiait le SNI !

L'école en lutte

Un ministre de choc

  Bien sûr, René Haby, ancien recteur, choisi par Giscard comme ministre de choc, s’enflamma contre cette action «sauvage, barbare, inadmissible » ! « Nous mettrons les gens qui la mènent en demeure de cesser immédiatement, sinon ils seront considérés comme grévistes. Après avoir pris l’avis de juristes, nous considérons que renvoyer les élèves correspond à un service non fait. Si vous amplifiez ce mouvement, nous allons vers un affrontement sans gloire pour vous, dans la conjoncture actuelle. » Finalement, donc, le ministre choisissait la retenue de salaires : une journée de salaire en moins par journée d’action « effectifs-emplois-conditions de travail ».

 

Michel Armand fut la cheville ouvrière des recours immédiatement déposés dans les Tribunaux administratifs. Et dès le 1er jugement, le commissaire du gouvernement, partant du principe que tout service doit comporter rémunération, considéra que les requérants n’ont pas interrompu leur travail et n’ont pas cessé de donner leur enseignement. Ils l’ont dispensé devant 25 élèves. Un tel agissement ne saurait être confondu avec un service non fait, ni avec l’usage du droit de grève. Il conclut donc à l’abus de pouvoir. Appel fut fait par Haby. Et finalement, le Conseil d’État donna raison au sgen-CFDT.

Alain Fouqué (responsables des publications et en particulier Syndicalisme Universitaire, l'organe du Sgen, c'est lui qui prit contact avec François Maspero).

Alain Fouqué (responsables des publications et en particulier Syndicalisme Universitaire, l'organe du Sgen, c'est lui qui prit contact avec François Maspero).

Une autre pratique du métier

Cette action permit aussi – je serais tenté d’écrire surtout – de se poser la question d’une autre pratique du métier. Questionnement lourd de promesses, puisqu’il allait nourrir quelques années plus tard les initiatives d’Alain Savary, Ministre de l’Éducation Nationale en 1981*. Un de nos plus grands ministres !

A quoi servirait, finalement, d’abaisser les effectifs si c’était pour proférer le Savoir du haut de la chaire professorale (cf Eloge des pédagogues A. Prost).

L’action « effectifs-emplois-conditions de travail » a donc fortement contribué à confronter directement les personnels aux problèmes des méthodes et des contenus, donc des finalités de toute formation. Cela a amené le sgen-CFDT à proposer à l’ensemble de ses sections des « actions sur la pratique du métier ». La présentation prête a posteriori un peu à sourire avec une langue-de-bois assez massive où il est question des conditions et du contenu du travail déterminés de façon bureaucratique et centralisée dans les perspectives sociales et politiques des forces capitalistes.

 

Pour autant l’analyse socio-pédagogique qui sous-tendait cette approche n’est peut-être pas si obsolète que ça.

Mais c’est peut-être le fatras idéologique de l’époque, éprise de conscientisation et se gargarisant de termes pseudo-marxistes au lieu de dire plus simplement le rôle ultra-sélectif de l’école avec ses filières cloisonnées et ses taux de redoublements déments, qui explique, qu’avec le recul, ni Jacques George ni Madeleine Singer (au moins dans la notice sur Michel Armand) n’ait cru bon de mentionner cette « école en lutte ».

Le livre a pourtant une valeur historique : ce type d’action n’a finalement eu que peu d’impact immédiat. Et n’aurait sans doute plus aucune légitimité actuellement. Mais en même temps les questionnements et les pistes de l’époque, depuis 1981, de Savary saboté, en Jospin avorté, sans oublier Allègre, et jusqu’à Najat Vallaud-Belkacem, sont toujours actuels.

 

L’école est toujours en lutte pour la réussite de tous…

 

* A tel point que les caciques du SNI faisaient courir le bruit que le cabinet du ministre était noyauté par le sgen-CFDT, ce qui était faux.

L'École en lutte

Action, effectifs, emploi, conditions de travail

La Découverte (Réédition Numérique Fenixx)

Petite Collection Maspéro

 

 
À ce prix-là, pour les vieux vieillards – mais comme dit la chanson « les vieillards ne sont jamais jeunes » - un bain de jouvence et pour les plus jeunes ou les moins vieux une tranche d’histoire avec une annexe sur le paysage syndical enseignant du siècle dernier !

PS François MASPERO

"Maspero, le gauchiste" écrit un commentateur. Il convient de relire le récit de son retour à Cuba en 1999 : "Ce peuple est pris en tenaille entre le blocus américain qui l'étrangle et l'impéritie ou la folie des grandeurs de la classe dirigeante."

Il fut aussi le traducteur d'Arturo Perez Reverte, auteur notamment d'un Jour de colère ou de Cadix, ou la diagonale du fou...

"Comme les chats, l'éditeur François Maspero, qui fut aussi libraire, traducteur, écrivain, a eu plusieurs vies – sombres souvent, lumineuses parfois." écrivait Le Monde après son décès (11/04/2015).

Ce fut l'éditeur que j'ai brièvement rencontré, grâce à Alain Fouqué, un peu avant la sortie d'Ecole en lutte.

 

 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 16:16

maspero jean-luc bertini01

 

A rerelire après le décès de Fidel Castro !

A relire à l'occasion des 90 ans de Fidel Castro

 

 

 

 

Trente huit ans après son premier séjour, au lendemain de la victoire des « barbudos », François Maspero revient à Cuba. Juillet 1961, juillet 1999.

« Dans les années 60, on ne venait pas à La Havane pour chercher la douceur de vivre, mais attiré par l'idée, que peut-être, dans cette révolution toute neuve, on trouverait, pour l'humanité, une autre manière de vivre. Il paraît, aujourd'hui, que c'était un mirage […]. Mais doit-on accuser le voyageur assoiffé de croire au mirage ? Or on y croyait. Les Cubains eux-mêmes, d'abord. » Ce fondateur des « éditions Maspero » résolument de gauche, venait à Cuba pour la revue « Partisans » qu’il avait aussi fondée.

Il rappelle qu’au départ, la révolution cubaine ne s’inscrivait pas dans le marxisme,  mais dans la continuité de la guerre d’Indépendance : « En 1959, une équipe de jeunes gens - leur chef avait trente-deux ans - était descendue de la sierra et avait balayé une dictature corrompue et honnie. Les révolutionnaires faisaient leur le programme jamais appliqué des insurgés de la guerre d'indépendance, du visionnaire José Marti tué au combat en 1895 »

En 1999, arrivés à la nuit tombée, le car qui emportent les passagers vers l’hôtel, passe par une banlieue obscure. « Pour nous l'air est moite, pour les Cubains il est frais. Les Cubains, on en distingue des groupes sur les trottoirs devant les maisons basses. Presque pas de circulation automobile, des vélos sans lumières. Cette ville fantomatique me fait penser à Bucarest au temps de la chute de Ceausescu. » « Une ville dépérit quand tous les commerces sont fermés, et plus encore, quand on manque de crédits pour l'entretien de la voirie, quand on laisse les façades se ronger, prélude à leur effondrement. » « Les façades lépreuses s'écroulent. Des terrains vagues marquent les constructions disparues. » « La crise du logement sévit dans toute l'île, mais plus encore dans la capitale » « L'eau, (…), il faut la monter dans des conteneurs. Et pour faire la cuisine, il y a le kérosène, qui est dangereux. »

 

De la Tricontinentale aux soviétiques

François Maspero rappelle la tentative de créer un pôle tiersmondiste, indépendant des pôles chinois et soviétique, avec la conférence de la Tricontinentale en 1965. L’ambition aussi de créer 3 ou 4 Vietnams portée par le mythe du « Che », disparu de la scène cubaine.

Et qui se conclut par le ralliement de Fidel Castro au camp soviétique.

Plus que l’échec de Guevara en Afrique, comme en Amérique latine, d’exporter la révolution, c’est l’échec cinglant de la mobilisation des « coupeurs de canne à sucre » pour une mythique récolte de dix millions de tonnes qui explique ce ralliement. L’économie de l’ile ne s’est jamais relevée de ce fiasco du « grand bond en avant » à la mode cubaine !

 

Ce ralliement allait se traduire dès 1971 par le procès stalinien du poète Padilla* « accusé d'être un agent de l'étranger, emprisonné et obligé à d'ubuesques "aveux". »

Maspero rappelle aussi « le général Ochoa - qui avait 20 ans dans la Sierra Maestra et fut le héros de la guerre de l'Ogaden -, le colonel Tony de la Guardia, exécutés en 1989 après une parodie de procès ».

 

Dans son périple sur l’île d’abord en bus, puis en train, puis, faute de moyens de transport qui ne demandent pas des jours d’attente en voiture de location, en bus enfin, Maspero décrit des villes où pratiquement seules les bicyclettes et les carrioles circulent, villes où l’électricité fonctionne un jour sur deux alternativement dans chaque quartier.

« Disparue (…), la confiance heureuse des premiers temps de la révolution : on se serrait la ceinture, on se serrait les coudes, on croyait aux promesses des lendemains, le slogan était Siempre se puede mas (on peut toujours plus). Que reste-t-il, sinon ce constat : no se puede mas (on n'en peut plus)? »

En témoigne le sort de cette institutrice qui gagne 100 pesos par mois (31 F, l’Euro vient de naître), dont les élèves n’ont aucune fourniture, dans un pays qui avait pour devise « Etre instruit pour être libre » et qui manque de maîtres.

Crise économique et répression

Mais "le calme plat de la non-espérance" s’explique aussi par l’impossible sortie de crise : « Si, par exemple, le prix des produits de base, accessibles dans les magasins d'Etat (même en quantité insuffisante), avec la libreta - la carte de rationnement - se trouvaient ramenés à un prix de marché réel, ce serait passer, pour la majorité du peuple, de l'économie de pénurie à l'économie de famine. Si, au nom d'une saine gestion libérale, on " dégraissait " les effectifs pléthoriques des entreprises, une grande partie du peuple serait au chômage. »

Maspero raconte aussi la répression, répression économique contre le marché noir (cependant omniprésent),  la prostitution qu’engendre le tourisme et plus généralement les contacts avec les étrangers ; répression politique : quatre dissidents, dont le fils de Blas Roca, vieux militant communiste, viennent d'être condamnés à la prison, pour une lettre demandant qu’on pose les problèmes d’avenir. « Dans cette société dichotomisée par le dollar, ils ont osé parler des maux du présent, de la manière d'en sortir, des rapports avec la diaspora cubaine qui aide les familles de l'île et contribue ainsi à empêcher l'asphyxie de l'économie intérieure, de "démocratisation", d'abstention aux prochaines élections où un seul parti est autorisé, de "transition". La démocratisation ? Pourquoi, puisque le système du pouvoir populaire est le plus démocratique du monde ? L'abstention - et pis encore écrire "non" sur le bulletin - est qualifiée d'"infamie". La transition est un mot tabou, Cuba est et restera socialiste. » « Les quelques journalistes "libres" qui tentent de survivre sans statut, les personnes connues pour leurs positions critiques, convoquées à plusieurs reprises par les "organes" de l'État, sentent planer de nouveau la menace des actos de repudios, manifestations "spontanées" et violentes de "réprobation" contre leur trahison. » Ce sont ces actos de repudios qu’ont subis les dames en blanc, abondamment calomniées par nos castrophiles français !

 

La troisième mort du Che

Les conclusions de François Maspero sont implacables : « Fidel a déterré le cadavre de Che Guevara pour l'embaumer. […] l'image du Che rapporte autant sinon plus de dollars que le soleil, les plages, les cigares et la salsa (laquelle, en outre, n'a jamais été une musique cubaine). Le Che a été tué deux fois : la première, politiquement, quand il a dû quitter ses responsabilités à Cuba "pour d'autres terres du monde" en 1965 ; la seconde, physiquement, en Bolivie, en 1967. Aujourd'hui, c'est sa troisième mort. »

Cuba : le calme plat de la non espérance

« Ce peuple est pris en tenaille entre le blocus américain qui l'étrangle et l'impéritie ou la folie des grandeurs de la classe dirigeante. Il est partagé entre la fascination pour le dollar et la crainte de perdre ce minimum que l'État paternaliste lui garantit sous le nom de "conquêtes de la Révolution", tant sur le plan matériel que social et culturel. Un minimum qui, dans des pays voisins, il faut toujours le rappeler, n'existe pas. »

Source : Une série de 6 articles dans Le Monde à partir du 6 juillet 1999

http://www.ordiecole.com/cuba/maspero1.html

* Heberto Padilla, poète cubain, avait, avec son épouse, soutenu le Révolution ; mais son ouvrage Fuera del Juego ayant été jugé critique envers le régime, il dut faire son autocritique dans la grande tradition stalinienne. Il fut emprisonné de 1971 à 1980. Son procès provoqua la colère de nombreux intellectuels, dont Sartre et Cortazar, à l’encontre du régime castriste.

 

 

 

N.B. L'article Quand Mélenchon boycotte le Prix Sakharov m'a valu de recevoir, en courriel, un article pro Mélenchon et encore plus pro-castriste mettant en cause les "droitsdelhommistes" et pratiquant les grossiers amalgames auxquels nous avait déjà habitués le "petit père des peuples" : après Rigway la peste, c'est Obama la peste et soutenir les dissidents cubains, c'est évidemment défendre la politique israëlienne, Guantanamo, l'Arabie Saoudite (ce qui n'empêche pas l'auteur de ce poulet de prétendre qu'il soutient "les cubains qui luttent pour plus de démocratie" (sauf ceux qui reçoivent le Prix Sakharov).

 

François Maspero - que j'ai eu la chance de rencontrer quand il a édité L'école en lutte que j'avais écrit pour le Sgen-CFDT - a fait partie de ceux qui ont adhéré à cette révolution des jeunes "barbudos" ; il a été de nombreuses fois à Cuba ; ce reportage dans un Cuba qu'il a, à nouveau, parcouru pendant un mois est une description d'une situation qui ne s'est probablement pas améliorée depuis 11 ans.

 

A lire : la préface à « Ruptures à Cuba le castrisme en crise » de Janette Habel (écrite en 1989, moins sévère que les articles du Monde).

 

Voir aussi Habel Janette, « Le castrisme après Fidel Castro. Une répétition générale »Mouvements, 5/2006 (no 47-48), p. 98-108. Les questions qu'elle pose en 2006 restent largement en suspens 10 ans plus tard.

Et un article plus récent, à l'occasion du voyage de F. Hollande à Cuba A Cuba, chevaucher le tigre (avril 2016).

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 13:31

Pascal Bouchard (ToutEduc), auteur notamment d'un indispensable Anti-manuel d'orthographe, nous fait part d'un coup de cœur pour cet ouvrage d'A. Pérez-Reverte.

 


Arturo Pérez-Reverte est, comme son nom l'indique, espagnol. Il a lu tout ce qu'il a pu trouver, jusqu'au fin fond des archives, sur la journée du 2 mai 1808 qui vit le petit peuple de Madrid se révolter contre l'occupation française, et, disons-le, la parfaite imbécillité de Marat, duc de Berg, qui ne comprend rien à ce qui se passe. Les Espagnols non plus ne comprennent rien. La bonne société est dans un état avancé de décomposition et de compromission. Les intellectuels attendent avec impatience que Bonaparte, l'héritier des lumières, les débarrasse d'une aristocratie bornée et du poids d'une Eglise qui ne l'est pas moins. Mais les soudards portent bien mal l'étendard de la libération. Quant à l'armée espagnole, elle n'aime pas la populace, et se méfie des insurrections populaires. Elle hésite. Sauver l'honneur, et se suicider aux côtés des maçons, des jardiniers et autres commis boutiquiers qui se jettent sur les mamelouks ou les hussards, et les tuent avec leurs navajas, leurs couteaux de cuisine, voire leurs ciseaux de couture pour les femmes... ou obéir aux ordres et rester dans les casernes?
Heure par heure, minute par minute parfois, Arturo Perez-Reverte suit chacun des personnages dont il a retrouvé les noms, et la relation des faits et gestes, dans la masse de la documentation qu'il a réunie. Et c'est fascinant. Il y a le récit, parfaitement mené par un très grand écrivain, d'une bataille vécue tantôt dans la rue, au plus près des coups de sabre, et des entrailles des chevaux et des hommes qui se confondent dans l'horreur, tantôt dans les salons de Marat, ou dans le cabinet de travail d'un écrivain, ou du haut du balcon où Goya suit le déclenchement d'une guerre dont il va croquer les "désastres" durant les 8 années qui suivront. Mais plus encore, est fascinant le désir de l'auteur de donner un tombeau, et de restituer leur nom à chacun de ces hommes et de ces femmes, de ces enfants parfois, tombés dans la confusion d'une bataille sans chefs ni logique militaire. Dans l'inhumanité des massacres et des exécutions sommaires, l'auteur invente une forme d'humanisme.

 

Un jour de colère Arturo Pérez-Reverte (François Maspero Traducteur) Le Seuil

 

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