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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 21:32
Podemos un parti endogame !

Podemos est (un peu) à la mode dans notre presse. Même Ouest-France en a parlé. Et arrêt-sur-images.  Le mouvement s’est structuré, avec  à sa tête Pablo Iglesias et une équipe très homogène, pour ne pas dire à sa main. Objectif premier : tirer un trait sur la transition démocratique de 78.

 

Podemos a donc bousculé l’échiquier politique espagnol avec les élections européennes. Les sondages successifs ont montré que ce n’était pas qu’un feu de paille. Et, après un vote par Internet* (107 000 votants, pour 250 000 inscrits sur le ouèbe) le mouvement s’est structuré en véritable parti politique.

Un secrétaire général, un conseil de surveillance baptisé comisión de garantías democráticas,   un conseil citoyen de 62 membres (auxquels viendront s’adjoindre 17 membres issus des régions), un comité de direction de 10 membres. Mis à part cette sorte de conseil constitutionnel interne que semble être la commission de garantie du respect de la démocratie interne, une organisation somme toute assez classique avec un leader, un bureau politique et un comité central.

Podemos un parti endogame !

Tout se passe comme si le département de Sciences politiques de l’Université Complutense (Madrid) avait canalisé le mouvement des indignés. Passant de la théorie aux travaux pratiques, d’abord par le biais d’une chaîne TV-internet, La Tuerka  puis en donnant corps à un mouvement en quatre mois pour frapper un premier coup aux Européennes. Enfin en structurant ce mouvement en un vrai parti politique.

 

Revers de la médaille, la direction a un côté endogamique prononcé.

 

Outre Pablo Iglesias, l’idéologue de la formation, ex-enseignant de sciences politiques à  l’université Complutense, Íñigo Errejón est chercheur dans cette université, Carolina Bescansa y est professeure de Méthodologie, Juan Carlos Monedero y est professeur de sciences politiques, Luis Alegre y est professeur de philosophie, Tania González est licenciée de sciences politique de l’université Complutense, certes Gemma Usabart est professeure à l’université de Girona mais en sciences politiques,  et dans ce bureau politique de bac+X on compte encore une licenciée en histoire et relations internationales, Ángela Ballester, un avocat qui travaille dans une association de lutte contre les expulsions de logements, Rafa Mayoral, un ingénieur des télécommunications mais aussi anthropologue, Sergio Pascual, et une juriste, anthropologue également, Auxiliadora Honorato, les deux derniers travaillant pour le gouvernement provincial d’Andalousie.

 

Rien à voir donc avec le Front de gauche qui ressemble plus à l’IU espagnole (PC+dissidents PS+gauches alternatives diverses) avec des politiques aguerris comme Mélenchon, ex-sénateur et secrétaire d’état. Rien non plus à voir avec cinq étoiles du triste pitre Grillo, même si le surgissement rapide de Podemos sur la scène politique y ressemble.

 

Iglesias, loin de rejeter la télé, en maîtrise tous les codes. Et loin aussi de l’éruptivité parfois hystérique de Mélenchon ou Grillo, il est d’un sang-froid à toute épreuve.

 

Reste que cette espèce d’entre-soi que représente son équipe très universitaire n’est pas dénuée de risques.

L’absence de toute expérience politique en responsabilité est à la fois un handicap et un atout. Un atout quand il s’agit de cogner sur la caste, c’est-à-dire, justement, les politiciens des deux grands partis et l’oligarchie financière. Un handicap, peut-être, quand il s’agira, à la fin de 2015, de convaincre les électeurs de voter pour des personnes totalement inexpérimentées. D’autant que Podemos renonce à concourir à des municipales où il aurait pu démontrer sa capacité à construire une alternative à partir du bas comme le firent les verts allemands. (José Ignacio Torreblanca, El País 16/11/14) Mais on pourrait noter ironiquement qu’après tout, Podemos se retrouverait dans la position du PSOE – Felipe Gonzalez et les siens n’avaient aucune expérience gouvernementale – après la transition de 1978.

Podemos un parti endogame !

Car, à l’instar, du coup, de Mélenchon et sa VIe République, Iglesias veut clore la période historique ouverte en 1978 avec la légalisation du PCE et les premières élections libres après la mort de Franco. Iglesias, né en 1978 justement, symbolise bien cette génération qui n’a rien connu du franquisme ou seulement ses derniers soubresauts. Il annonce donc que, si Podemos gagne, comme il en est sûr, les élections de 2015,  sera ouvert un processus constitutionnel pour faire sauter le verrou du régime de 1978 (abrir el candado del 78). Mais si la VIe république promise par Mélenchon – une IVe matinée de votation suisse – ne provoquera que des débats byzantins, l’instauration d’une IIIe République en Espagne risquerait fort de réveiller des antagonismes autrement violents.

 

D’autant que si Podemos essaie de convertir la traditionnelle confrontation entre droite et gauche en une lutte entre la caste et les gens décents, promettant de balayer la corruption dans la société, il a peine à se recentrer. Même s’il s’en défend, les accusations de sympathie voire d’admiration pour le bolivarisme de Chavez reposent sur le fait que Monedero comme Errejon ont collaboré activement avec le régime chaviste au Venezuela. Monedero fut même un conseiller direct de Chavez. Par ailleurs au Parlement Européen ils ont intégré la gauche unie et votent avec discipline, comme le groupe, sur toutes les questions.

 

Or ce recentrage – nos experts en sciences politiques le diagnostiquent – est la clé d’une possible victoire. Pablo Iglesias, qui sait que les partenaires sociaux seront particulièrement attentifs aux programmes économiques, est resté au niveau des généralités. S’appuyant sur les prix Nobel Paul Krugman et Joseph Stiglitz, il a plaidé que l’on peut restructurer la dette sans se mettre en défaut de paiement. Il faut que l’Espagne sorte du modèle truelle et bronze-culs, bâtiment et tourisme. Ce nouveau modèle reposerait sur une diminution du temps et des conditions de travail. Il reposerait aussi sur le développement du secteur coopératif soutenu par des investissements d’état.

 

Pour cela il faut de l’argent. Une réforme fiscale s’impose qui d’abord s’attaque à la fraude et ensuite fasse payer fortement les plus hauts revenus. S’appuyant sur l’exemple des pays nordiques comme le Danemark, il constate que les pays les plus prospères sont les plus égalitaires.

 

La clé du succès éventuel de Podemos tient bien sûr dans la crédibilité de ses propositions et on voit qu’il y a encore du boulot. Mais surtout dans sa capacité à convaincre les citoyens qu’ils peuvent être, eux-mêmes, les protagonistes d’un temps nouveau. Et Anabel Díez (El País) note un peu ironiquement que les références musicales et poétiques de Pablo Iglesias sont notamment Mercedes Sosa et Miguel Hernández… Como en la Transición !

 

 

 

Vientos del pueblo me llevan,

vientos del pueblo me arrastran,

me esparcen el corazón

y me aventan la garganta.

 

Vientos Del Pueblo Me Llevan de Miguel Hernandez

Todo cambia

 

Cambia lo superficial

Cambia también lo profundo

Cambia el modo de pensar

Cambia todo en este mundo

 

Cambia el clima con los años

Cambia el pastor su rebaño

Y así como todo cambia

Que yo cambie no es extraño

 

Cambia el más fino brillante

De mano en mano, su brillo

Cambia el nido el pajarillo

Cambia el sentir un amante

 

Cambia el rumbo el caminante

Aunque esto le cause daño

Y así como todo cambia

Que yo cambie no extraño

 

Cambia, todo cambia (x4)

 

Cambia el sol en su carrera

Cuando la noche subsiste

Cambia la planta y se viste

De verde en la primavera

 

Cambia el pelaje la fiera

Cambia el cabello el anciano

Y así como todo cambia

Que yo cambie no es extraño

 

Pero no cambia mi amor

Por más lejos que me encuentre

Ni el recuerdo ni el dolor

De mi pueblo y de mi gente

 

Lo que cambió ayer

Tendrá que cambiar mañana

Así como cambio yo

En esta tierra lejana

 

Cambia, todo cambia (x4)

 

Pero no cambia mi amor

Por más lejos que me encuentre

Ni el recuerdo ni el dolor

De mi pueblo y de mi gente

 

Lo que cambió ayer

Tendrá que cambiar mañana

Así como cambio yo

En esta tierra lejana

 

Cambia, todo cambia...

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 14:53
Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Les titres auxquels vous avez échappé : « Podemos, un furoncle dans le sphincter de la gauche », « Iglesias=Satanas » « Podemos : enterrez-les dans la chaux vive » « Le Mélenchon ibérique ».

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Podemos est né du mouvement des « indignés » - des Indignados aussi efficaces qu’un verre d’eau tiède, disait un de mes contributeurs et néanmoins ami ! Après quatre mois d’existence, Podemos fait, aux européennes, presque 8% des voix et a autant d’élus que le Front de gauche en France ! Et cela sans s’allier avec « Izquierda Unida » (Gauche Unie), regroupement de communistes et d’associatifs liés aux CCOO (Commissions Ouvrières, voisines de la CGT française) et qui, pour l’occasion a élargi ses alliances pour devenir Gauche Plurielle (voilà qui nous rappelle quelque chose). Izquierda Plural (IP) pèse près de 10 % des voix.

 

Même si Podemos a mordu sur l’électorat qu’escomptait IP, les grands perdants sont les deux grands partis PP et PSOE. Alors qu'en 2009, ils avaient rassemblé plus de 82% des suffrages, ils n’en ont rassemblé que 49%. Le bipartisme à l’espagnole en a pris un sérieux coup, même si, mais moins qu’en France, l’abstention était au rendez-vous avec 45 % d’exprimés.

Pour le PSOE, un choc qui a abouti à l’élection à sa tête d’un homme nouveau, le député madrilène Pedro Sánchez.

 

Eh non ! Pablo n’est pas le fils de Julio. Pablo Iglesias Turrión (né à Madrid en 1978), l’âme de Podemos, était professeur de Sciences Politiques à l’Université Complutense à Madrid et présentateur du programme de débat La Tuerka*. Son grand oncle paternel fut fusillé par les franquistes. Son grand-père paternel, socialiste fut commandant dans l’armée républicaine ; condamné à mort, il a passé 5 ans en prison. Sa mère, la première de la famille à entrer à l’Université, a milité dans la clandestinité et son père a connu la prison sous la dictature. « Ses parents l’ont prénommé Pablo en l’honneur d’un autre Iglesias, Pablo Iglesias Posse, père du socialisme espagnol. » “Dans notre famille, on lutte pour la classe ouvrière depuis le XIXe siècle”, dit sa mère (…) Il s’inscrit aux Jeunesses communistes dès 14 ans.

Le débat porte sur les bourses universitaires

Un Mélenchon Hispanique ? Outre que le résultat de Podemos (nous pouvons ou Yes we can) est nettement supérieur, que la méthode de fonctionnement et de désignation des candidats n’a absolument rien à voir, le jeune profesor est un animal à sang-froid : il sait se contenir pour débattre, à l’aise devant les caméras, il participe à des émissions hostiles sans jamais se départir de sa contenance. « Une main de fer idéologique dans un gant de velours ».

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Des attaques d’une violence inouïe

Et les attaques dont il est l’objet – à la hauteur de la surprise causée par le résultat de Podemos - sont d’une violence inimaginable. « En Espagne la caste est un cancer, mais Pablo Iglesias et ses électeurs devraient être enterrés dans de la chaux vive » ; « Pablo Iglesias, son équipe et ses électeurs sont des scories qui polluent le pays et devraient être exterminés et jetés dans un fossé ».

Le summum de l’indignité étant dans ce détournement du 3 de mayo de Goya - précédé d’un message disant qu’Iglesias devait être jeté dans une fosse, une balle dans le front -  où on reconnaît, outre Iglesias, Juan Carlos Monedero et Teresa Rodríguez, et, sur le sol, déjà mort, Luis Alegre. (El Plural 17/07/2014)

 

Déchaînement haineux de nostalgiques du franquisme marginaux ? Les médias de droite et le PP sont à peine plus modérés. Ainsi, des journalistes d’El Mundo, journal de droite, publient un livre intitulé « Démonter Pablo Iglesias » (“Deconstruyendo a Pablo Iglesias”). Que Podemos soit attaqué comme un risque pour les institutions espagnoles se comprend, puisque Iglesias récuse la transition pacifique après la mort de Franco et veut rétablir la République. Mais, ce libelle, insinue surtout que le nouveau parti aurait été financé par le Venezuela de feu Chavez. S’y ajoutent, pour Iglesias, des accusations de sympathie pour l’ETA.

Et on atteint le sommet de l’odieux avec la dame Aguirre qui pulvérise le point Godwin. Esperanza Aguirre, présidente du Parti Populaire de Madrid, alerte sur le danger de la démagogie populiste qu’incarne la formation de Pablo Iglesias, semblable à celle de Chávez ou Correa (Equateur). Mais surtout elle assure que les leaders de Podemos ont démontré connaître les techniques de propagande incarnées par les génies du mal que furent Willy Münzenberg (membre du PC allemand avant guerre) et Joseph Goebbels ! Venant d’une cacique d’un Parti non défranquisé, miné par la corruption, l’accusation est des plus grotesques.

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

La question de la démocratie

Pour le Recteur de l’Université Complutense, dont Iglesias fut un enseignant contractuel, Podemos est un cas d’école à étudier dans toutes les universités. C’est un mouvement qui traduit le mécontentement et montre que les partis traditionnels et les syndicats n’y apportent pas de réponses. La formation d’Iglesias a su capitaliser cette critique ("capitalizar esa crítica") et la cristalliser dans un mouvement politique dont il reste à voir quel sera son avenir. (Público)

 

 « Il y a un moment où la politique cesse d'être l'art de la prudence et devient l'art du courage » dit Iglesias. La question de la démocratie doit être l’axe du combat pour la rupture qu’il préconise. Selon lui, le combat politique n’est pas entre droite et gauche, mais entre ceux qui prônent la démocratie et ceux qui veulent y mettre un terme. Mais la démocratie qu’il préconise consiste en un mouvement d’expropriation (un movimiento expropiatorio), consistant à enlever le pouvoir aux quelques personnes qui le monopolisent pour le répartir entre tous.

 

Le propos est séduisant. Comme un écho du combat lointain pour l’autogestion.

Teresa Rodríguez, Carlos Jiménez Villarejo, Lola Sánchez, Pablo Echenique

Teresa Rodríguez, Carlos Jiménez Villarejo, Lola Sánchez, Pablo Echenique

Il s’est traduit dans les faits par la désignation, hors tout appareil politique, des candidats de Podemos aux européennes. Sauf que ces primaires citoyennes n’ont réuni que quelques dizaines de milliers de votants. Ainsi, Teresa Rodríguez, deuxième élue, n’avait totalisé que 9000 votes. A côté de cette militante syndicale, plus surprenant est le choix d’un ex-procureur, il est vrai anti-corruption, Carlos Jiménez Villarejo, âgé de 80 ans. Lola Sánchez, la 4e élue, après avoir décroché son diplôme de Sciences Politiques fit partie des exilés économiques, surfant de petits boulots en emplois précaires, en Islande, Ecosse et Etats-Unis, avant de revenir comme serveuse à Carthagène. Pablo Echenique, le cinquième élu, est un scientifique de renom atteint d’une maladie dégénérative qui se bat pour que les personnes handicapées ne soient pas que des sujets de charité publique. (Público)

 

Le programme n’est pas  moins séduisant. 35 heures, retraite à 60 ans, revenu de base assuré à tous, interdiction de licencier aux entreprises qui font des bénéfices, reconnaissance des droits des immigrés, éducation publique, gratuite et laïque, etc. C’est dans le domaine de la Justice qu’il est le plus précis avec l’aggravation des sanctions pour les délits fiscaux, mécanismes démocratiques de contrôle pour apporter la transparence dans l’adjudication des contrats publics, le financement des partis, les rétributions des charges électives.

 

Contrairement à l’ambigu Beppe Grillo, Pablo Iglesias ne joue ni le gourou, ni le splendide isolement. Podemos s’est rapproché d’Izquierda Unida. Au point, dans une émission, de se liguer contre le futur secrétaire général du… PSOE (Pedro Sánchez  ridiculisé titrèrent des sites d’extrême-gauche).

 

Sauf que, comme le rappelle un éditorialiste « l’adversaire n’est pas la gauche. La droite est le grand adversaire. » Une droite de plus en plus proche du franquisme et de plus en plus loin de la démocratie. La revendication républicaine, liée à la condamnation (facile a posteriori) de la transition démocratique - que défend un Cercas et bien sûr un de ses acteurs, Felipe González – n’est peut-être pas d’une urgence absolue.

 

L’équation espagnole est d’autant plus compliquée que viennent se greffer les revendications nationalistes (catalanes, basques et même galiciennes). Et Podemos, si lui, contrairement au Front de gauche, recueille les déçus du socialisme, par son système de fonctionnement, est un mouvement encore très fragile. Ne sera-t-il qu’un feu de paille ?

Après tout, les indignés, qui agissaient sporadiquement en dehors de toute structure syndicale ont, quand même, réussi à donner naissance à cet objet politique non identifié, dont le chef de file ne se prend pas pour un messie. Et ce sera aussi au nouveau secrétaire général du PSOE de faire preuve d’inventivité pour forger une union de la gauche pouvant fédérer cet OPNI.

 

* La Tuerka est une émission de télévision que Pablo Iglesias et ses collaborateurs (professeurs et élèves de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid) ont diffusée sur Internet et sur la TNT.

 

 

P.S. Un sondage de juillet inscrit PODEMOS comme 3e force politique espagnole

Podemos et Pablo Iglesias : les oubliés de la presse française

Ce sondage a eu lieu avant le changement à la tête du PSOE.

Il traduit cependant un effondrement des socialistes, alors que le PP, pourtant convaincu de corruption, qui mène une politique régressive sur l'IVG, régresse à peine.

Mais ce qui ressort c'est l'émergence de Podemos à 15 %; dont souffrent, outre le PSOE, IU et UPyD.

Pour les hispanisants, une vidéo de propagande de PODEMOS

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 21:06

Les arrière-cuisines de l’auberge espagnole

 

Poser la question «  Rajoy en a-t-il croqué ? » revient à se demander si les alligators aiment la viande faisandée. Mais pourquoi l’Espagne attire-t-elle les scandales financiers à répétition ? Réalité politique ou structurelle ?

 

Les juges espagnols qui travaillent sur la délinquance financière espagnole sont peu connus, mais ils existent. Cependant, l’Espagne n’a pas connu d’opération « Mani pulite ». Les affaires marseillaises et parisiennes doivent inciter les Français à la modestie, mais leurs voisines ibériques se différencient par des structures administratives et judiciaires où l’État et sa justice sont théoriquement puissants et en fait mineurs.

 

L’AUTONOMIE À TOUT PRIX

 

Barcenas_champ.jpg  L’essentiel des fonds publics et des fonctionnaires n’est pas géré par les Cortes, l’Assemblée nationale de Madrid, mais dans les 50 provinces et les 17 « Communautés autonomes » qui les regroupent (plus Ceuta et Melilla). Les « ayuntamientos » (mairies) sont dirigés comme des entreprises privées, avec des personnels sans garantie d’emploi et des impôts locaux très faibles par rapport à la France. Certaines Communautés, comme le Pays basque et la Catalogne, ont leurs polices régionales (Ertzaintza ou Mossos d’esquadra). Les relations avec le pouvoir central, accusé de vampiriser les richesses locales ou de manquer de solidarité, sont exécrables en cas d’opposition politique, méfiantes en situation inverse, toujours fondées sur le marchandage.

Le maigre budget national ne permet guère à un Premier ministre, quel qu’il soit, de financer largement son parti, ses permanents et ses obligés. Comme l’a fait son prédécesseur, Jose Maria Aznar, Mariano Rajoy doit donc se tourner vers ses relais provinciaux et riches.

 

UNE BANQUE AU SERVICE DU PEUPLE POPULAIRE

 

L’argent ? Depuis une vingtaine d’années, il était dans le BTP et les banques. Les fonds politiques viennent des deux, et particulièrement des marchés publics, où les réseaux bancaires jouent un rôle déterminant comme financeurs des collectivités territoriales. Ce n’est pas un hasard si les régions les plus « scandaleuses » (Valence, Andalousie, Baléares, Catalogne, Madrid) sont liées à l’immobilier et au tourisme. Qui diable pourrait reprocher à des élus populaires modernes de construire des centaines de tours à Majorque ou à Benidorm et de favoriser des entreprises locales pour ce faire? Unjesus-gil-y-gil cas d’école est celui de Jesus Gil, maire PP de Marbella entre 1996 et 2002, qui mariait corruption, immobilier et mafia dans un système familial néo-franquiste.

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BUSINESS DE DON FELIPE

felipe-gonzalez-rey-juan-carlos.jpg Felipe Gonzalez et le roi Juan-Carlos

 

Ces affaires ont été révélées depuis la mort de Franco en 1975. Auparavant, la corruption en faveur de l’Église catholique et son Opus Dei, des organisations phalangistes et de la nomenklatura d’affaires établie par le Caudillo, était énorme, mais impubliable sous peine de mort. Le développement économique et politique du « felipismo » a fait du PSOE et de son leader Felipe Gonzalez* des modèles  démocratiques, pendant que se mettait en place le « système Guerra » (du nom des deux frères socialistes Juan et Antonio) qui assurait de l’intérieur du PSOE une rente au parti, avec les méthodes habituelles (marchés publics, pots-de-vin, clientélisme). La recette était bonne, elle a duré. D’autre part, les entreprises espagnoles peuvent donner des fonds aux partis politiques, suivant des procédures spéciales rarement appliquées.  Enfin, un juge qui s’attaque au pouvoir régional a peu de relais et d’appuis locaux, même légaux.

 

LA COURONNE DÉVALUÉE

 

izquierda-unida-cumple-25-anos-L-KXfWxj.jpegLa seule organisation politique ayant échappé jusqu’ici aux enquêtes financières du journal « El Païs » (« El Mundo » est plus discret sur le PP) est « Izquierda Unida »** (Gauche Unie), regroupement de communistes et d’associatifs liés aux CCOO** (Commissions Ouvrières, voisines de la CGT française).

Jusqu’à 2010, la seule institution épargnée par les tourmentes criminelles et régionalistes était la monarchie constitutionnelle, garante de l’unité nationale. Depuis le safari africain de Juan-Carlos payé par le pays et les frasques financières de son gendre, le prestige royal s’est terni.

Les coupes budgétaires, la ruée du chômage, une solidarité nationale en panne, un Premier ministre aussi impuissant que son prédécesseur Zapatero, un PSOE à EEG plat, des Indignados aussi efficaces qu’un verre d’eau tiède, font de l’Espagne un pays en perdition.

 

LES FORMALITÉS

 

La situation a un seul avantage : prouver une fois de plus que la gestion par les banques privées et les « recortes » de la dépense publique ont deux effets principaux, détruire la démocratie et enrichir des créanciers gavés. Pour en sortir, il faut virer Angela Merkel et son collaborateur Rajoy, autoriser des prêts directs aux états par la BCE, relancer l’activité européenne par des financements d’infrastructures associant l’Espagne, le Portugal et l’Italie, et peut-être la Grèce. Y arriver nécessite quelques formalités, comme des élections amenant une (vraie) gauche au pouvoir.

 

Gilbert Dubant

 

 

 

* Séville, 6 mai 1994, 18 h 30. (…) quelque 5 000 militants socialistes arrivent au Palais des sports pour assister à un meeting du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).  (…) un homme s’avance seul sur l’immense scène. Chemise déboutonnée, sans cravate, en blouson sombre, M. Felipe Gonzalez, président du gouvernement espagnol (...) sur un ton grave, il aborde le thème que toute la salle (et toute l’Espagne) attend, celui de la corruption qui menace d’emporter son gouvernement et de ruiner son avenir politique : « Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir en 1982, nous étions préparés pour lutter en faveur des libertés et du progrès, mais nous n’étions pas préparés pour vivre avec des gens, issus parfois de nos propres rangs, qui ont utilisé leurs fonctions dans l’administration publique pour s’enrichir ; des gens qui ont fait passer l’appât du gain avant le souci de la solidarité. J’éprouve un profond dégoût et une profonde honte pour avoir fait confiance à des personnes qui ne le méritaient pas. »  Ignacio Ramonet, juin 1994. Parmi ces corrompus Luis Roldàn, directeur général de la Guardia civil qui va fuir et va connaître une arrestation rocambolesque à Bankok.

Mais le grand scandale fut celui du GAL – groupe antiterroriste de libération – qui mena une « guerre sale » en France contre l’ETA. Une ETA qui, faut-il le rappeler, a causé beaucoup plus de morts sous la démocratie que sous le franquisme.

 

** Aux dernières élections 6,09 % des voix.

Depuis, l'affaire dite des cartes de crédit opaques (fournies à des administrateurs de caisses d'épargne) a touché aussi des membres d'IU et des CC OO En principe, elles devaient servir à régler des 'frais de représentation', en fait elles semblent avoir servi à des frais personnels. (note du 21/11/14)

 

 

Petit commentaire du déblogueur

On l’aura compris, il y a la « vraie » gauche, estampillée par les auto-proclamés décerneurs de diplômes de 100 pour 100 pure gauche, garantie sans additifs socio-démocrates (qui nuisent gravement à la santé du peuple) et lesdits socio-traîtres PSOE au delà des Pyrénées, PS dans l’hexagone. Même la gauche de plein air, élevée aux bons grains des manifs géantes ou des actions anti-expulsions, ne trouve pas grâce à leurs yeux. Il est vrai que leurs hauts faits d’armes ne nuisent guère à la bonne droite, style PP. Au contraire.

Mais comment expliquer l’impuissance de la « vraie » gauche, IU en l’occurrence mais on laisse deviner son nom en France, à fédérer ces indignés pour leur ouvrir les yeux et leur faire découvrir la beau royaume du yakafokontoutésimple ?

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