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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 18:04

Éducation : pour une réforme globale

 

Alain Bentolila Ouest-France 25/02/09  (1)

 

Vingt pour cent de nos élèves quittent le système scolaire sans le moindre diplôme. Ils ont tôt endossé le costume de l'échec et ne l'ont pas quitté.
Vingt autres pour cent en sortent avec un CAP ou un BEP. Ce CAP ou ce BEP, si douloureusement obtenu, ils l'ont décroché parfois par défaut. Ils ont été orientés vers ces filières, non parce qu'ils avaient envie d'exceller dans un métier, mais parce que, « naturellement », c'était la voie qui leur était destinée. Encore vingt pour cent n'obtiennent aucun diplôme d'enseignement supérieur, après un bac qui n'a pas forcément mesuré leurs capacités d'analyse et d'argumentation. Ont-ils pu apprendre à mettre en mots leur pensée, à rédiger un rapport, à faire des synthèses claires ?

 

Comme d'habitude on nous assène des chiffres à la louche avec quelques approximations. Ainsi ce ne sont pas 20 % qui sortent du système scolaire « sans le moindre diplôme », mais 18 % qui sortent avec le Brevet (8%) ou rien (10 %, mais dans le lot certains ont été jusqu'en dernière année d'un cycle de formation post 3e - CAP, BEP, Bacs - sans décrocher le diplôme). Faut-il rappeler qu'à la fin des années 70 c'était 1/3 d'une classe d'âge qui sortait au mieux au niveau 3e ? Pour rester dans les 20 %, l'auteur sous estime les sortants avec un bac comme viatique, puisque ce sont 22 % (2), mais, gros mensonge, pas tous parce qu'ils n'ont pu obtenir un diplôme d'enseignement supérieur :  c'est le cas d'à peine la moitié d'entre eux ; le professeur de linguistique ignorerait-il que les bacs professionnels sont prévus pour déboucher directement sur la vie active ? Ce qui permet, au passage de dégonfler les mensonges habituels sur l'échec dans le supérieur : sur les 52 % d'une classe d'âge qui entrent dans l'enseignement supérieur, seuls 10 % échouent. Presque un sur cinq, c'est déjà trop, certes, mais on est loin des chiffres catastrophiques lancés par nos rétropenseurs !

Si l'on ne peut demander à l'Éducation nationale de faire disparaître les inégalités individuelles et sociales, on ne peut se résigner à ce qu'elle en soit le reflet fidèle. Sa vocation est d'essayer, dans la limite de ses contraintes, d'amener des jeunes à donner un sens culturel et moral au tumulte du monde et de les rendre moins vulnérables aux discours simplistes ou sectaires.

Évitons l'erreur qui consiste à vouloir transformer le système éducatif, morceau par morceau, sans se préoccuper des autres composantes qui le soutiennent et l'alimentent. Ce serait ignorer que nos étudiants ont été enfants de maternelle, élèves du primaire et du secondaire.

La nécessaire refondation du lycée et de l'université

La qualité de la formation intellectuelle et linguistique qu'ils y ont acquise conditionnera la hauteur des ambitions de l'université qui pourra les accueillir. En bref, l'autonomie nécessaire des universités engendrera, sans doute, une sélection plus exigeante ; elle risque d'être d'autant plus cruelle qu'elle aura été inconsidérément différée.


Sur quoi pourra s'appuyer la nécessaire refondation du lycée et de l'université ? Sur l'engagement de la maternelle à veiller à une réelle maîtrise du langage oral (et notamment du vocabulaire). Sur l'engagement de l'élémentaire à livrer au collège des élèves lisant, écrivant et s'exprimant avec pertinence. Enfin, sur l'engagement du secondaire à former de futurs étudiants capables de mettre en mots leur pensée avec précision, clarté et, si possible, aisance.

 

Apparaît  ici, au-delà d'une phraséologie vague et de quelques vérités premières (et oui, les étudiants sont passés par la maternelle, le primaire et le secondaire), d'abord le postulat d'un pilotage du système éducatif par l'aval : c'est en quelque sorte les exigences de l'enseignement supérieur qui déterminent ce qu'il faut enseigner à ... l'école maternelle ; et, incidemment, comme conséquence d'une nécessaire autonomie une non moins nécessaire sélection à l'entrée à l'université.

Surtout - et le linguiste n'a pu employer ce verbe par hasard - surgit un « livrer » révélateur : « l'engagement de l'élémentaire à livrer au collège des élèves... » ! Cela dénote une vision de l'élève comme un produit dont il faut assurer une livraison conforme au cahier des charges (sinon le « service qualité » refusera la livraison ?).

 

Sinon, nous aurons, à côté de quelques pôles d'excellence, des universités parkings, dans lesquelles seront maintenus artificiellement en vie universitaire des étudiants sans avenir culturel ni professionnel. Si, aujourd'hui, une véritable faille culturelle divise notre système éducatif, c'est parce qu'aucun responsable politique, aucun responsable syndical n'a osé sacrifier le confort d'un statu quo, sans cesse négocié, à l'impopularité des réformes globales nécessaires.
 

La conclusion montre surtout le mépris dans lequel Bentolila tient les étudiants « sans avenir culturel et professionnel » (car le "nous aurons" n'est qu'une clause de style). Et les « universités parking », comme il dit, ont un bel avenir devant elles puisque, si l'on suit son raisonnement, ce ne serait que dans 15 ans que de maternelle en terminale, les premiers étudiants bien formatés seraient livrés à l'enseignement supérieur.



(*) Professeur à l'université Paris Descartes. Dernier ouvrage : Quelle école maternelle pour nos enfants ? (Odile Jacob 2009).

 

 


 

 1 http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-education-pour-une-reforme-globale-_3633-838121_actu.Htm

2 Tous ces chiffres sont tirés de L'état de l'école 2008 http://media.education.gouv.fr/file/etat18/17/0/etat18_41170.pdf  (chapitre 09 Le niveau de diplôme, tableau 01 Répartition des cohortes de sortants de formation en fonction de leur diplôme le plus élevé)

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commentaires

Jacques Cécius 26/02/2009 12:48

Lorsque l'on a un QI équivalent à celui de l'huitre, on ne cherche pas à réformer.

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