Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 17:14
MANUAL DEL SILENCIO

"Aucune institution n'a protégé autant de criminels depuis autant d'années que l'Église catholique"

Miguel Hurtado, victime d'abus sexuels par un moine, dénonce dans 'El manual del silencio' les pratiques de prédateurs sexuels que l'Église cache.

Miguel Hurtado n'aurait jamais imaginé que sa vie changerait le jour où il a décidé de rejoindre un groupe de scouts à l'abbaye de Montserrat, l'un des lieux les plus sacrés et emblématiques de Catalogne.

Ce qui a commencé comme une évasion pour un garçon de 16 ans, plongé dans un océan de doutes, au milieu d'une crise personnelle et familiale, finira par l'entraîner dans un trou beaucoup, beaucoup plus profond et plus sombre. Le moine Andreu Soler après avoir gagné la confiance de Miguel , a commencé à l'abuser sexuellement. Le jeune homme, paralysé par la peur, n'a pas pu réagir. Au bout d'un moment, Miguel en a eu marre de se taire, mais personne n'a voulu le soutenir. Ni ses parents n'ont voulu signaler l’agression, ni l'Abbaye n'a vu de raisons de traduire le prédateur en justice. 

Abbaye de MONTSERRAT

Abbaye de MONTSERRAT

Plus de vingt ans plus tard, Miguel Hurtado publie El manual del silencio. L'histoire de la pédophilie dans l'Église que personne n'a voulu entendre  (Planète).  

La hiérarchie catholique est-elle l'une des organisations criminelles les plus opaques et les plus puissantes de la planète, comme vous le dites dans le livre ?

 

Il est important de regarder les faits. Quelle autre organisation a couvert des crimes pendant des décennies dans des dizaines de pays sur les cinq continents ? L'église catholique. Aucune institution n'a protégé autant de criminels dans autant de pays pendant autant d'années. Et malgré cela, ce n'est qu'au cours des dernières années que nous avons appris que cela se produisait. pourquoi? Parce que tous les cas ont été traités de façon très opaque et dans le plus grand secret.    

Un pédophile est jugé et va en prison, mais un prêtre pédophile est transféré dans une autre paroisse et en pénitence doit réciter 20 Notre père et 50 Je vous salue Marie.

MANUAL DEL SILENCIO

D'après ce que vous expliquez dans Le Manuel du silence , au sein de l'Église, ils ont leur propre modus operandi et ne sont pas non plus régis par les règles qui s'appliquent au reste de la population. 

 

Fondamentalement, ce que le Vatican a fait au cours des cent dernières années, c'est de dire : « Il y a des règles pour les autres citoyens, basées sur la Constitution ; mais pour le clergé, nous voulons un traitement privilégié. » Un pédophile, dans la famille, à l'école, dans le sport, est jugé et va en prison, mais un prêtre pédophile est transféré dans une autre paroisse et en pénitence doit réciter 20 Notre père et 50 Je vous salue Marie.

Ils ont obtenu un traitement de faveur, mais comme ils ne peuvent pas le dire ouvertement, ils l'ont fait de manière opaque et secrète, établissant le secret pontifical, c'est-à-dire : « Quand on apprendra qu'on a un pédophile, on va se débrouiller en interne, avec quelques procédures canoniques classées top secret. Et si un évêque veut aller à la police, faites-lui savoir qu'il va être excommunié et viré de son poste. »

[…]

A ce jour, la Conférence épiscopale espagnole n'inclut pas dans son protocole d'action la dénonciation automatique des cas de pédophilie à la justice. Ils disent que les évêques n'ont pas à dénoncer la maltraitance des enfants à la police.

En lisant le livre, il semble que pour signaler l’agression que vous avez subie, vous devez surmonter une série d'obstacles énormes, à commencer par votre propre famille.

Les barrières psychologiques et les barrières culturelles sont très, très, très puissantes. Par exemple, ma mère est issue des baby-boomers [en Espagne : les années franquistes]; culturellement, ce qu'on lui avait appris, c'était de ne pas affronter les puissants, car « si vous dénoncez, vous n'obtiendrez rien et ils vous écraseront ». Pour survivre, le mieux est d'essayer d'oublier ce qui s'est passé et d'aller de l'avant, pensa-t-elle. Moi, par contre, je suis le fils de la démocratie, je suis né en l'an 82. Donc choc des cultures entre le catholicisme national de ma mère — le secret, l'opacité, la soumission à les puissants — contre ma mentalité de « nous sommes tous égaux devant la loi, les criminels ne peuvent pas être protégés, les crimes ne peuvent pas être réduits au silence ». Ce choc reflète les mentalités de deux époques.

La hiérarchie catholique a dit aux parents qu'au nom de Dieu, ils devaient trahir leurs enfants.

MANUAL DEL SILENCIO

Il y a un an, vous avez déposé une pétition avec d'autres victimes. Y a-t-il eu des progrès cette année ?

 

Cela fait des années que nous réclamons la réforme du délai de prescription. Nous avons collecté un demi-million de signatures. Nous les avons présentés au Congrès et le gouvernement n'a eu d'autre choix que d'inclure une réforme du délai de prescription. 

 

[Un désaccord existe sur l’âge de départ du délai de prescription, le projet de loi prévoyant la 30e année, or, d’après l’auteur l’âge moyen de ceux qui dénoncent les abus dont ils ont été victimes serait de 44 ans]

Toi, par contre, tu as dénoncé avant d'avoir 40 ans. Et, même ainsi, le crime avait déjà été prescrit. 

(…). La première fois que je me suis plaint à Montserrat, c'était en 1999 et j'ai déposé une plainte en 2019. 

Les abus ont eu lieu en 1998...

Cet homme était un prédateur sexuel qui a abusé d'au moins 12 mineurs pendant au moins 30 ans, et ce n’est pas moi qui le dis, c’est l'Abbaye de Montserrat qui le dit. Il y a déjà eu des victimes dans les années 70, il y a eu des victimes qui ont porté plainte à l’abbaye à cette époque, et Montserrat n'a rien fait. J'ai été la dernière victime à porter plainte en 1999, et j'ai porté plainte jusqu'à quatre fois au cours des 20 années suivantes, auprès de deux abbés différents. Eh bien, non seulement ils n’ont pas dénoncé le prédateur à la justice, mais ils n'ont même pas ouvert de procédure disciplinaire catholique pour l’expulser de la vie religieuse, ils n'ont pas essayé de trouver d'autres victimes, ils n'ont pas informé le Vatican. 

Ils n'ont réagi que lorsque plusieurs militants ont brandi une banderole le jour de la messe à Montserrat et invité les médias. Si le premier cas de pédophilie à Montserrat remonte à la fin des années 60 et que ma plainte date de 2019, on parle de 50 ans de dissimulation.

D'après ce que vous commentez, l'abbaye elle-même a reconnu qu'il était un prédateur sexuel, mais n'a pas remis en question sa propre dissimulation en tant qu'institution.

Pour cela ils n'ont pas de réponse ?

Non. Ils ont mis en place une Commission dont les membres étaient triés sur le volet par l'abbé. La Commission n'a pas d'indépendance, il y a un conflit d'intérêts. Et, d'après ce que nous avons vu dans d'autres pays, ces commissions ne sont d'aucune utilité. Ce qu'ils font, c'est reconnaître l'abus, mais ils n'enquêtent jamais sur la dissimulation. La seule chose qu'ils ont faite à Montserrat a été de demander pardon. Mais ils n'ont pas établi de mécanismes pour indemniser les victimes. Et ce n'est pas dû à un problème économique, car ils ont des actifs importants et ils reçoivent chaque année deux millions d'euros de la Generalitat de Catalunya. S'ils le voulaient, ils pouvaient se le permettre. Pourquoi ne le font-ils pas ? Car s'ils créent un système d'indemnisation financière, des abus cachés feront surface, et peut-être qu'au lieu d'avoir à indemniser douze victimes, ils devront en indemniser cinquante, voire cent.

Comment est-il possible qu'ils aient eu un prédateur sexuel dans leurs rangs pendant 40 ans et qu'ils ne l'aient pas découvert ?

Andreu Soler

Andreu Soler

[…], Un an avant la mort, d’Andreu Soler [son agresseur] l'abbaye de Montserrat avait publié  un mémoire dans lequel le pédophile se vantait du grand travail qu'il avait fait en quarante ans d'éducation des enfants, et la préface avait été écrite par Jordi Pujol

Pour aggraver les choses, dans le livre il y avait des photos, et j’étais sur l'une d'entre elles, à l'époque où j'ai été agressé. En m’y voyant avec d'autres enfants, j'ai pensé combien d'enfants sur ces photos ont été victimes de ce prédateur ? 

[…] En raison du secret, nous ne savons pas combien de pédophiles il y a en Espagne, qui ils sont, où ils sont et ce qu'ils ont fait. Il n'y a pas de registre public des prêtres pédophiles en Espagne, nous ne pouvons donc pas connaître l'ampleur du problème. Combien y a-t-il de « germà Andreu » [père Andreu] ? Si je n'avais pas combattu pendant 20 ans, si je n'avais pas dénoncé en 2019, la société catalane et la société espagnole n'auraient jamais découvert que la pédophilie était pratiquée à Montserrat.

Y avait-il un profil particulier des victimes ?

Au début, je pensais que mon cas était représentatif. Il m'a pris au mauvais moment, dans une situation de vulnérabilité due à une série de problèmes personnels et familiaux, et il a gagné ma confiance, il s'est progressivement approché de moi, et ce n'est que lorsqu'il y a eu un lien d'affection que les abus ont commencé. Mais ensuite, lorsque l'affaire a été révélée et que d'autres victimes ont émergé, on a vu qu'il qu’il avait abusé de mineurs très vulnérables, comme cette victime qui avait eu un cancer des os, avait été amputée d'une jambe et avait fait une tentative de suicide. Les parents l'avaient emmené à Montserrat pensant qu'il y trouverait consolation et soutien spirituel et le germà Andreu en a profité pour en abuser. Il y avait ce profil de victime très vulnérable, mais il y avait aussi des mineurs dont il a abusé le premier jour où il les a rencontrés.

Pensez-vous que les choses ont changé quelque chose dans l'Église avec le Pape François ?

Non. Le pape François a mené une campagne de marketing et de relations publiques. Un an après qu'il est devenu pape, les Nations Unies ont mené une enquête sur la façon dont l'Église avait traité les cas de pédophilie et son rapport a été dévastateur. Il y est fait des recommandations précises : signaler les cas à la Police, remettre les dossiers canoniques, mettre fin à l’activité des agresseurs et des complices, indemniser les victimes... Des choses très basiques. Le pape François a non seulement refusé d'accepter le rapport, mais il a également refusé de mettre en œuvre les recommandations. Le pape François et le Vatican ont refusé de rendre des comptes à l'ONU et ont refusé de présenter un rapport de suivi, comme le font tous les États confrontés à une telle situation.

En 2019, au lieu de comparaître devant les Nations Unies, ils ont dû tenir un sommet anti-pédophilie à la va-vite car des scandales éclatent un peu partout dans le monde : en Australie ils jugeaient le cardinal Pell comme pédophile, en France ils jugeaient le cardinal Barbarin en guise de camouflage, au Chili, il y a eu le cas de l'évêque Barros, qui avait protégé l'un des plus grands pédophiles du pays... La merde accumulée au fil des décennies couvait sur les quatre continents. S'ils avaient bien fait les choses lorsque les Nations Unies les ont réveillés en 2014, ils n'auraient pas eu à faire face à cette crise. Et ils savent ce qu'ils ont à faire, mais ils ne le veulent pas, car cela signifierait perdre le pouvoir.

[...]

À ce jour, pouvez-vous dire que vous avez surmonté le traumatisme ?

Je pense que la blessure est cicatrisée ; la cicatrice est là et ça fait moins mal. Après avoir écrit le livre, je suis plus en paix avec le passé et plus concentré sur mon présent et mon avenir. Mais (…) même si tu vas bien, [tu te dis] que pendant la jeunesse, dans les plus belles années de ta vie, quand tes amis faisaient Erasmus, faisaient des randonnées ou faisaient la fête, tu étais traumatisé à la maison, amer, triste, angoissé. Personne ne te le rendra et vous devez pleurer la partie de votre vie qui vous a été volée.

MANUAL DEL SILENCIO
Repost0
6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 16:26
Irlande : 800 bébés dans une fosse commune d’un couvent

Que sont devenus les bébés fantômes ? s’interrogeait L’Obs en 2014. Près de 800 cadavres viennent d'être découverts dans un couvent de religieuses en Irlande. Il y avait des fœtus, bébés et enfants enterrés dans une fosse commune.

La commission, qui enquête en Irlande sur les Maisons d’accueil dirigées par des ordres religieux au XXe siècle, a informé vendredi 3 mars de la découverte d’un grand nombre de squelettes humains dans des cavités souterraines dans un centre tenu par des religieuses dans la commune de Tuam, à l’ouest du Pays.

The commission is shocked by this discovery and is continuing its investigation into who was responsible for the disposal of human remains in this way. ”

Irish examiner

En présentant quelques-unes de ses conclusions, la Commission sur les mères et les bébés a déclaré être choquée par cette découverte d’un grand nombre de restes humains dans 17 au moins d’une vingtaine de cavités souterraines mises à jour par les experts légistes ces dernières semaines.

Parmi ces dépouilles il y a un grand nombre d’individus dont l’âge est compris entre la 35e semaine de gestation et deux ou trois ans, a expliqué le porte-parole de la commission au sujet de ce centre de Tuam, qui fonctionnait comme maison d’accueil des mères célibataires entre 1925 et 1961.

Le gouvernement de Dublin avait mis en place cette commission en 2014 pour éclaircir cette question, depuis qu’avait été avancée la possible existence de près de 800 squelettes d’enfants dans une fosse commune dans l’enceinte d’un centre religieux des Sœurs du Bon Secours.

Irlande : 800 bébés dans une fosse commune d’un couvent

Centre d’accueil et de mort

En fait, ses investigations ont permis de mettre en lumière la surmortalité infantile enregistrées dans ces institutions durant le siècle dernier, les pratiques d’enterrements des défunts, les politiques d’adoption et même certains programmes de vaccination expérimentale.

Le gouvernement a estimé qu’environ 35 000 mères célibataires sont passées par un des dix centres d’accueil gérés par les ordres de religieuses catholiques depuis la création de l’état irlandais en 1922 jusqu’aux années 70.

En 2013, une autre enquête officielle avait révélé le comportement de ces religieuses catholiques dans ce qui était baptisé Magdalene Laundries (Blanchisseries ‘Madeleine’), où, entre 1922 et 1996, des milliers de femmes, enfermées, travaillèrent dans un régime de semi-esclavage et de maltraitances.

Irlande : 800 bébés dans une fosse commune d’un couvent

Parmi les motifs qui amenaient à cette réclusion de femmes, l’enquête cite les maltraitances familiales, une attitude immorale dont, bien sûr, les grossesses hors mariage.

Ces ‘immorales’ filles-mères, comme disait la société de l’époque, se sont donc retrouvées dans ces maisons d’accueil comme celle dirigée, entre 1926 et 1961, par les Sœurs du Bon secours à Tuam. Elles y accouchaient dans les pires conditions, restaient avec le bébé, s’il ne décédait pas, pendant un an, avant d’être envoyées dans ces blanchisseries sans leur enfant.

Le Refuge macabre !

Le scandale de Tuam avait éclaté quand Catherine Corless, femme d'agriculteur, passionnée d'histoire locale et de généalogie, avait découvert des certificats de décès sans sépultures. Elle en avait déduit que presque 800 bébés et enfants gisaient dans l’espace qu’occupait une fosse septique de ce couvent connu sous le nom du Refuge !

Cette hypothèse, contestée par des médias catholiques, a donc été confirmée.

Selon une experte, la mortalité infantile dans ces lieux se situait entre trente et cinquante pour cent (30 à 50%) durant la décade 1930-1940 du fait des dures conditions de vie et de la négligence des religieuses.

Irlande : 800 bébés dans une fosse commune d’un couvent

On soupçonne qu’il y ait d’autres cas comme celui de Tuam ; les enquêtes de la commission se sont donc étendues à d’autres institutions de religieuses dans le pays. En plus de la fosse de Tuam, il existait trois autres centres, tenus eux par les Sœurs du Sacré-Cœur de Jesus, maintenant fermés, qui possédaient ce qu’elles appelaient la parcelle des anges, où l’on pense que pourraient être enterrés près de 3200 enfants.

Une de ces maisons d’accueil a fourni l’argument du film Philomena, qui reçut, entre autres, quatre citations aux oscars de 2014, et qui conte les efforts d’une mère irlandaise pour retrouver son enfant, donné en adoption à une famille étasunienne, sans son autorisation.

Selon le film et le livre sur lequel il est basé, Philomena Lee s’est heurtée aux tentatives des religieuses d’entraver sa recherche. Tout permet de penser que si tous les registres de l’institution, où son fils lui a été ôté, ont brûlé, c’est qu’ils auraient fait apparaître que ces bonnes soeurs avaient retiré des bénéfices financiers de ces adoptions !

Terrible rapprochement avec les enfants volés de l’église franquiste.

Bien qu’elle soit sérieusement déconsidérée après de nombreux scandales, l’église catholique garde son emprise morale sur l’Irlande : l’IVG y est toujours interdite* !

 

 

* Le vendredi 25 mai 2018, par une large majorité, les Irlandais-e-s ont dit OUI à la légalisation de l'IVG : https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/26/l-irlande-rompt-categoriquement-avec-des-siecles-de-prohibition-de-l-avortement_5304876_3214.html

 

Voir aussi, ci-dessous, la réaction du Bureau Européen de Coordination de la Libre Pensée

Repost0
26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 17:12
Spotlight : révélation sur les prêtres pédophiles de Boston

17/08/2018 :  Xième scandale de pédophilie en Pennsylvanie où un Grand Jury a recensé 300 prêtres coupables d'agressions sexuelles diverses sur au moins 1000 victimes.

Un titre fort peu explicite : ce film passant sur une excellente chaîne, mais peu suivie, Arte, a failli m’échapper. Heureusement, la non moins excellente Elisabeth Quin, à l’issue de ses 28 minutes, en a fait une présentation convaincante. Spolight , qu’on pourrait traduire ici par coup de projecteur, conte l’enquête de journalistes du Boston Globe sur les prêtres catholiques pédophiles de l’archevêché du cru.

Spotlight, désigne en fait une petite équipe de journalistes du Boston Globe vouée aux investigations de longue haleine. Comme si notre Ouest-France avait des Fabrice Arfi disposant de temps et moyen pour se lancer dans des enquêtes au long cours.

Bande annonce

La fiche

 

Thriller américain de Tom Mc Carthy –

Avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdam, Liev Schreiber et John Slattery – Durée : 2h08 – Sortie : 27 janvier 2016

 

Synopsis :

Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis à jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.

Tiré de culturebox

Sous l’impulsion d’un nouveau directeur, Marty Baron, l’équipe va se pencher sérieusement sur des allégations d’abus sexuels visant un prêtre. Le film, assez dans le style des Hommes du Président, sur l’affaire Watergate, va se centrer sur le travail des quatre journalistes.

Typiquement étatsunien, les appartenances religieuses sont affichées. Tous les journalistes de spotlight ont des racines catholiques, comme diraient nos souchiais : l’un a étudié dans le lycée où a sévi un prêtre prédateur aux dizaines de victimes, l’autre habite, avec femme et enfants, en face d’une maison de repos où l’on planque ces prêtres, etc. En revanche le nouveau directeur, non seulement n’est pas bostonien, mais est juif. Et un représentant officieux du Cardinal Law, archevêque de Boston, cauteleusement, ne se fait pas faute d’y insister auprès de Walter Robinson, dit Bobby, rédacteur en chef de spotlight.

Le tournant du film se produit quand, dans une conversation téléphonique avec l’équipe de Spotlight, le psychothérapeute Richard Sipe, un ancien prêtre très médiatisé aux États-Unis, affirme que seulement la moitié du clergé respecte le vœu de chasteté et que 6% des prêtres sont des pédophiles*. Et il estimait qu’étant donné le nombre de prêtres de l’archevêché, les prédateurs étaient au moins 90.

L’équipe qui arrivait à une douzaine de présumés pédophiles va donc essayer d’étoffer sérieusement ces présomptions. En vain d’abord, un avocat source potentielle, puisque travaillant pour des victimes, reste bouche cousue. Un autre, qui avait échoué à faire inculper l’un des prédateurs en 1976, les renvoie au dossier envoyé au journal à l’époque. Jusqu’à ce qu’ils découvrent la piste : ces prêtres sont nomades, dès qu’ils sont atteints par des soupçons, on les mute dans une autre paroisse ou on les envoie quelques temps dans une maison de repos. Or le registre nominatif des prêtres est accessible, avec les postes occupés. Le relevé va permettre de repérer 87 cas.

La loi du silence

Le film démonte bien la loi du silence qui permettait le camouflage. En témoigne, l’aveu déchirant d’une mère, dont les sept enfants ont été abusés, que non seulement elle n’était pas entendue, mais que les autres paroissiens faisaient pression sur elle pour qu’elle se taise.

Il montre aussi, avec Eric MacLeish, avocat ayant représenté des victimes face à l'Église, comment le système de justice étatsunien favorisait ce silence : par ses tractations il obtenait des dédommagements de l’archevêché pour ses clients, moyennant leur secret absolu (et en prélevant, comme honoraires, le tiers des sommes obtenues).

Spolight a mis à jour le fait que non seulement la hiérarchie catholique a cherché à taire le scandale, mais qu'elle a encouragé cette pédocriminalité en déménageant les prêtres accusés, leur permettant de renouveler leurs méfaits dans d’autres lieux.

Spotlight : révélation sur les prêtres pédophiles de Boston

A la tête de cette hiérarchie, le cardinal Bernard Law, l’archevêque de Boston de l’époque. Dans le film, on le voit parader dans des réunions de notables bostoniens et se comporter avec morgue à l’encontre du nouveau directeur du Boston Globe venu se présenter ; le sachant juif, il lui offre un catéchisme.

Les tribunaux américains ne porteront jamais d’accusations contre sa personne. Il plaidera qu’il avait toujours agi de bonne foi, laissant la gestion active à des subalternes. Dans une déclaration, peu après sa démission forcée à la fin 2002, il dira juste : To all those who suffered from my shortcomings and my mistakes, I once again apologize and I beg for their forgiveness (À tous ceux qui ont souffert de mes erreurs, je m’excuse de nouveau et je leur supplie de me pardonner).

Il fut nommé archiprêtre de la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome (jusqu’en 2011).

L’enquête du Boston Globe lui a valu le prestigieux Prix Sullitzer. Surtout, elle a permis de dévoiler toute l’ampleur du scandale dans l’église catholique des Etats-Unis. Le John Jay report (étude de 2004 réalisée par le John Jay College of Criminal Justice) intitulé La nature et l'ampleur du problème des abus sexuels sur mineurs par les prêtres et les diacres catholiques aux États-Unis, va dénombrer 4400 prêtres accusés d'abus sur des mineurs aux États-Unis entre 1950 et 2002, et 11000 victimes reconnues. Leur indemnisation coûtera 2 milliards de dollars à l’église catholique étatsunienne !

Aux Etats-Unis sont venus s’ajouter d’autres scandales retentissants sur toute la planète, notamment au Canada, en Irlande, ou encore aux Pays-Bas et tout récemment, sans parler de Barbarin, l’Australie. En 2014, un rapport du Comité des Droits de l'Enfant, publié le 5 février pointait les infractions, par le Vatican, à la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). Et si le pape François a fermement décidé de s’attaquer réellement à ce fléau, certains prélats, espagnols ou sud-américains notamment, ont toujours des propos bien plus ambigus quand ils ne continuent pas les pratiques du cardinal Law à Boston !

 

 

* Cette estimation, tirée empiriquement de ses observations, a été bien sûr contestée par des médias cathos. Or une récente étude officielle australienne aboutit à un chiffre comparable : "Entre 1950 et 2010, globalement, 7 % des prêtres étaient des auteurs présumés" d'abus sexuels sur des enfants. Dans certains diocèses, la proportion atteignait 15% de prêtres soupçonnés de pédophilie.

 

 

PS Le troll SC a évidemment sévi en évoquant la pédophilie dans l’éducation nationale : ce ministère fait son boulot !

« Le ministère de l’éducation nationale a procédé en 2016 à 30 radiations liées à des cas de pédophilie ou pédopornographie. Vingt-sept cas avaient été comptabilisés en 2015.

Au total, en incluant les « fautes graves », 41 radiations ont été prononcées dans l’enseignement public et privé, dont 16 en primaire et 25 dans le secondaire, a indiqué le ministère de l’éducation nationale.(…)

Le nombre de radiations pour des affaires de mœurs (avec des faits qui ne se sont pas forcément produits dans un cadre scolaire) était de 27 en 2015, 19 en 2014, 26 en 2013 et 15 en 2012, rappelle la rue de Grenelle.

L’éducation nationale emploie plus de 850 000 agents exerçant auprès de mineurs ».

La Croix 23/02/2017

 

Le nombre de cas annuels est certes trop grand, mais en proportion du nombre d'agents publics et privés en contact avec des mineurs, on est dans les 0,03.. pour mille.

 

NB C'est moi qui surligne.

Pour compléter

ce documentaire d’ Alex Gibney.

Mea Maxima Culpa

Le silence dans la maison de dieu

"Tout a commencé par une lettre" au pape Jean-Paul II...  C'est ainsi que débute le documentaire, Mea maxima culpa (Ma  très  grande faute).

Le sous-titre – le silence dans la maison de dieu -  est chargé d’un lourd double sens puisque les crimes pédophiles se passent dans une institution accueillant des enfants sourds-muets.

Le documentaire raconte le combat de ces enfants pour faire reconnaître l'horreur qu'ils ont vécu. Face à la "loi du silence", il aura fallu du temps pour que l'Église reconnaisse sa faute envers "ses frères et soeurs" et dépasse le simple déni.

C'est en 2010 dans un article du New York Times que l'on découvrait l'incroyable histoire de ce prêtre américain Lawrence C. Murphy, directeur de l'école St-John, soupçonné dans les années 90, d'avoir violenté plus de 200 enfants handicapés. Ce prêtre avait envoyé une lettre en 1996 au cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, à l'époque préfet de la congrégation pour la foi, le suppliant d'interrompre le procès ecclésiastique, au nom "de la dignité de son sacerdoce". Il ne connaîtra pas la fin de son procès car il décède en 1998, dans une totale impunité. 

D’après L’Express

Repost0
19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 11:11
Le pape entouré de loups ?

Le pape entouré de loups ?

Ce n’est pas une exagération, le pape court un grand danger : des évêques et des cardinaux sont peut-être en train de préparer son assassinat. Théorie du complot à la mode vaticane ? C’est, en tout cas ce qu’affirme Camilo Chaparro, vaticaniste colombien qui dénonce les intentions des forces du mal camouflées sous des soutanes.

 

J’ai la plus grande peur que ce ne soit pas exagéré, dit en substance l’écrivain et journaliste Colombien. Le pape est en danger. Il s’affronte à des ennemis internes et externes très dangereux. D’autant plus qu’ils se sentent attaqués dans leurs intérêts personnels.

 

Pour lui, l’élection du pape François est dû à la volonté de cardinaux non italiens, à commencer par les onze cardinaux des Etats-Unis, de marquer clairement leur opposition à la Curie romaine. Curie qu’il décrit comme une secte des plus dangereuses (una muy peligrosa secta), constituée essentiellement de prélats italiens, qui a maintenu son pouvoir tout au long des pontificats de Paul VI, Jean-Paul I, Jean-Paul II et Benoît XVI. Avec cette secte, le pape règne mais ne gouverne pas. Ce groupe contrôle la bureaucratie vaticane et, surtout, a la haute main sur les finances de l’église.

 

Une secte du diable au Vatican

Cette secte du diable a permis que la banque de dieu, depuis Paul VI, soit le guichet sinistre de la mafia italienne, de trafiquants d’armes et de drogues. De plus elle a promu la corruption d’une grande partie du clergé romain ; elle a permis l’ascension d'un lobby gay et a protégé des centaines d’ecclésiastiques pédophiles.

 

Selon cet auteur, l’objectif d’instaurer une église pauvre pour les pauvres, expose donc le pape à de grands risques. Depuis le Moyen Âge, aucun pape n'a couru un tel danger. Car certains seraient prêts à aller jusqu'à l'assassinat pour éviter que Jorge Mario Bergoglio aille au bout de son pontificat, dont un tas d’évêques et cardinaux, principalement italiens, qui ne veulent pas le changement pour maintenir leurs zones de pouvoir.

 

En quatre mois de son pontificat, Bergoglio a en effet impulsé un nouveau style sobre et sans protocole, refusant de se laisser enfermer dans le Palais du Vatican, incitant l’église à servir les pauvres, dénonçant le lobby gay ecclésiatique, s’attaquant de front à la ténébreuse Banque vaticane et à l’obscure gestion des finances du Saint-Siège, créant une commission de huit sages pour réformer les structures de la maison de dieu.

 

Cette révolution pacifique est à haut risque : le pasteur s’attaque à des loups. Il le fait l’évangile à la main, ne voulant décevoir ceux qui l’ont élu pour changer l’orientation de l’église catholique, la sauver de la corruption qui la pourrit, urbi et orbi.

Le pape en grand danger ?

Une série d'échecs

D’autres pontifes se sont lancés dans cette entreprise de purification et s’y sont cassé les dents. Jean XXIII s’est lancé dans une réforme profonde, révolutionnaire même de toute l’église, mais le temps lui a manqué. Paul VI a tenté de transformer la curie, mais le système l’a vaincu. Jean-Paul I n’a duré que 33 jours. Et si Jean-Paul II a affiché d’excellentes idées et de bonnes intentions, il ne les a jamais mises en oeuvre. Quant à Benoît XVI, ce fut un pasteur entouré de loups affamés. Ils l’ont isolé. Les corrompus agissent au sein de l’église en toute impunité. A Rome, il s’est dit que quand le pontife allemand a eu fini de lire un texte aux  trois cardinaux de plus de 80 ans les informant des péchés au sein même du Vatican, il se serait effondré, terrassé par leur ampleur, qu’il venait de révéler.

 

Par exemple, la banque vaticane, la banque de dieu !, a servi durant les 30 dernières années, à blanchir l’argent sale de toutes sortes de délinquances, mafieuses, politiques et terroristes. Des théories complotistes prétendent que Jean-Paul I fut assassiné parce qu’il voulait nettoyer (limpiar) les finances de l’église.

Qui va gagner ?

Aujourd’hui, dans un contexte où la curie romaine est clairement accrochée au pouvoir, à l’argent et au sexe, il est difficile de prévoir qui va gagner la bataille. Mais cette curie est confrontée à un nouveau pape déterminé et social, qui peut s’appuyer sur des cardinaux non italiens qui en ont ras la calotte des scandales de corruption et qui veulent se débarrasser de la mafia en soutanes qui contrôle la machine catholique.

La légende assure que dieu serait apparu dans son sommeil à François d’Assises en lui donnant mission de sauver l’église. Huit siècles après Bergoglio assume cette même mission.

 

La secte diabolique ensoutanée le laissera-t-il faire ?

 

Sources :

“No es una exageración. El Papa corre peligro”: obispos y cardenales podrían estar planeando su asesinato José María Garrido  El Plural 15/07/2014

El Papa contra el Diablo: ¿Se atreverán a asesinarlo? Semana 02/12/2013

Le livre de Camilo Chaparro, El papa contra el diablo, a mis apparemment plus de 7 mois à passer de Colombie en Espagne.

Repost0

Présentation

  • : Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • Deblog Notes de J. F. LAUNAY
  • : Education, laïcité, politique et humeurs personnelles, en essayant de ne pas trop se prendre au sérieux.
  • Contact

Nota Bene

Le deblog-notes, même si les articles "politiques" dominent, essaie de ne pas s'y limiter, avec aussi le reflet de lectures (rubrique MLF tenue le plus souvent par MFL), des découvertes d'artistes ou dessinateurs le plus souvent érotiques, des contributions aux tonalités diverses,etc. Pour les articles que je rédige, ils donnent un point de vue : les commentaires sont les bienvenus, mais je me donne bien sûr le droit d'y répondre.

Recherche

Nelle Formule

Overblog - hébergeur du deblog-notes - a réussi l'exploit de lancer une nouvelle formule qui fait perdre des fonctions essentielles de la version précédente. Ainsi des liens vers des sites extérieurs disparaissent (désolé pour  Koppera, cabinet de curiosités, ..). Les albums se sont transformés en diaporamas, avec des cadrages coupeurs de têtes. La gestion des abonnés et des commentaires est aussi transparente que le patrimoine de Copé. Et toutes les fonctions de suivi du deblog-notes - statistiques notamment - sont appauvries.