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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 16:56
Parole d'expert ! (cliquer pou agrandir)

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Et si les fuites sur les écoutes de Sarkozy lui profitaient, ou tout au moins nuisaient à l’enquête qui le visait ? Hypothèse osée ?  Les scénarios avec billard à trois bandes ne sont peut-être pas réservés aux séries états-uniennes. Et avouons, à notre grand regret, que le pouvoir, qui pourtant les avait en mains, les cartes, fait un peu « House of the cards », Château de cartes, comme traduisent les québécois.

 

En quelques jours, trois affaires : Copé et Bygmalion, Buisson et son dictaphone, Sarkozy, son avocat et un juge de la cour de cassation. Le contre-feu allumé par l’UMP, Copé en tête, faisait, si l’on ose dire, long feu. Car oser insinuer que c’était une horrible manœuvre orchestrée par les socialos, Hollande en tête, pour redresser la barre électorale, était d’une crédibilité douteuse. Faire passer Le Point, qui avait dévoilé la complaisance de Copé pour une boîte de com dirigée par ses amis, pour un organe de presse à la solde du pouvoir, il n’y a que Copé lui-même et ses séides pour l’oser. Quant à Buisson, même dans les séries les plus tortueuses, aucun scénariste n’aurait osé le faire passer pour une taupe au service secret du PS. D’autant qu’un des bénéficiaires des bandes buissonnières a été Atlantico, site qui ne cache pas son orientation droitière.

 

Gageons que la casserole de plus, attachée aux basques de la buse de Meaux n’a pas dû faire pleurer ni du côté de Solesmes où un ancien premier ministre a sa gentilhommière, ni du côté de Bordeaux, ni même du côté du conjoint d’une chanteuse à la voix fluette.

Les bandes à Buisson n’ont pas du tout plu à la chanteuse – le quelqu’un m’a dit qu’on nous écoute susurré dans son dernier récital visait plus Buisson que les juges – ni à son époux trahi par son gourou. Mais joie – toute en retenue bien sûr – de tous ceux à qui le camelot et sa camelote soit faisaient de l’ombre auprès de leur little big man, soit déplaisaient souverainement. Et même si le petit grand homme jouait les victimes, les écoutes démontraient à quel point son gourou était bas de plafond. Se complaire dans ses analyses creuses et se laisser prendre à ses flagorneries ne plaidaient pas pour la clairvoyance de l’ex-président. Et dans le chœur des rimes en –able (incroy-able, abomin-able, lament-able, détest-able, condamn-able…) de tous les zélotes UMP, Copé ne fut pas le moins zélé, pour qui ce Buisson cachait son Bygmalion.

 

Reste les écoutes, pardon les interceptions judiciaires.

Petit rappel : elles ont été décidées par des juges d’instruction sur la suspicion de financement de la campagne présidentielle de 2007, par un certain Mouammar Kadhafi, guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Suspicion confortée par un ex-ami de Copé, Ziad Takieddine. A noter que les juges Serge Tournaire et René Grouman, chargés du dossier, contrairement à ce qu’insinuent des UMPistes, n’ont aucun lien avec le Syndicat de la Magistrature. Noter aussi que ces juges n’ont aucunement à faire part à qui que ce soit de ces écoutes. Noter enfin que ces écoutes concernent Sarkozy et non son avocat.

 

Hypocrisie, dirait Maître Herzog, car quand le client téléphone, on écoute aussi l’avocat. En tout cas les deux se méfient, puisque l’avocat lui achète, sous le faux nom de Bismuth, un tintin ou TOC (pour téléphone occulte : faux nom et ne fonctionnant qu’avec des cartes achetées dans le commerce) et s’en procure un lui-même*. Méthode employée par les trafiquants de drogue avec leurs fournisseurs, précise Maître Eolas. Quasi indétectable, en ville. Mais l’apprenti clandestin va s’en servir chez Belle-Maman. Bingo ! les flics logent le portable et espionnent – que c’est vilain ! – les échanges avec l’avocat.

 

« Et lors d’une de ces conversations, il serait apparu qu’un haut magistrat renseignerait l’ancien président sur un autre dossier pénal le concernant en échange d’un soutien pour un poste agréable, ce qui caractériserait le pacte de corruption et un trafic d’influence. Rien à voir avec le financement de la campagne de 2007 : la conversation est donc transcrite et transmise au parquet, et le tout nouveau procureur national financier a décidé d’ouvrir une nouvelle information, confiée à des juges différents du volet corruption, pour trafic d’influence. »* Maître Eolas Il s’agit du dossier des agendas de l’ex-président, saisis dans le cadre de l’affaire Bettencourt, mais qui peuvent aussi intéresser les juges dans l’affaire Tapie par exemple et dont Sarkozy demandait la restitution. Herzog aurait obtenu des infos sur ce dossier de Gilbert Azibert, avocat général près la Cour de cassation, qui avait accès à l’intranet de la Cour. Le Monde

François Faletti, Procureur Général de Paris, le 26 février, a informé  la chancellerie de l’ouverture de cette nouvelle enquête.

 

Avant de se pose la question fatale – à qui profite la fuite ? – examinons les possibles sources des fuites :

1) Les magistrats eux-mêmes (ou l’un des deux) ;

2) le parquet, François Faletti qui a un contentieux avec la Garde des Sceaux, notamment ;

3) les policiers : ce qui est sûr c’est qu’Hortefeux, lui aussi sur écoutes, a bénéficié d’une fuite d’un policier qui, non content de l’avertir qu’un juge avait demandé son audition comme témoin, lui a donné des conseils.

Ce qui est sûr aussi c’est que la fuite ne profite pas à l’instruction puisqu’elle tarit les écoutes.

Reste donc parquet et police. Faletti jouant au billard à trois bandes ? des policiers renouant avec leurs habitudes du temps de Sarko-Ouard-Courroye (affaire Bettencourt, DSK…) ? la dernière hypothèse est la plus probable.

 

Mais retour à la question de base.

Et si cette fuite profitait d’abord et avant tout à Sarkozy et surtout à Maître Herzog ?

L’avocat, écouté par ricochet, n’est pas le premier dans ce cas. Ainsi Maître Harry Durimel, il est vrai du barreau de Guadeloupe, avait bénéficié du même type d’écoutes en 2007, sans que ça ne provoque, sinon chez ses confrères locaux, une levée de boucliers. Nul n’entendit, Frédéric Lefebvre, Devedjan ou Goasguen s’élever contre une transparence qui ne peut être que totalitaire. Pas plus les ténors des prétoires style Dupont-Moretti, Themine, Leclerc et les autres. D’un coup d’un seul les voilà tous debout contre des mesures juridiques qui ne datent pas des lendemains du 8 mai 2012** et dont ils feignent de découvrir toute la nocivité liberticide. Pharisiens !

 

Profite encore à Sarkozy. Tout bêtement d’abord en l’avertissant que sa ruse était vraiment en TOC, et donc en stoppant les écoutes. Et en lui permettant de rejouer un de ses numéros favoris, celui de la victime. Et on voit l’artiste. Contrairement à un Copé aussi crédible qu’un maquignon de la belle époque quand il crie à la chasse à l’homme, Sarko l’a joué sobre, il a laissé dire. Les grandes douleurs sont silencieuses.

 

Si l’on ajoute que Taubira-Ayrault se sont pris les pieds dans le tapis - au lieu de se contenter de bétonner en répétant qu’eux, contrairement à Sarkozy, ne reçoivent pas en temps réel les PV d’auditions policières – on assiste à un apparent retournement de situation.

 

Sauf que là encore Copé-la-triche en fait des tonnes sur l’air de elle a menti, elle doit démissionner. La buse de Meaux se prenant pour l’aigle de Meaux et jouant les moralistes apporte un sérieux soulagement aux socialistes. Et nuit à la tactique, pour une fois plus subtile, de Sarkozy. On notera, qu’à part son homme-lige, Jacob, aucun ténor UMP n’a trop entonné l’antienne de Copé. Ni le Lao-Tseu du Poitou, encore moins les autres ex-premiers ministres, Fillon et Juppé. L’ineffable Devedjan, tout en demi-sourire, invité de la Nouvelle édition (C+ 12/03/14), conclut : « Nous ne sommes pas irréprochables sur tout non plus », démontrant un art de la litote.

S’il en est un qui doit se réjouir, en tout cas, c’est bien Charles Pasqua : ses conseils ont été appliqués assez grossièrement par ses disciples. Mais, le pouvoir en place est tombé à pieds joints dans le piège évident de l’affaire dans l’affaire.  Et de malentendus en éclaircissements confus, on a atteint à la vitesse grand V, le stade où plus personne ne comprend quelque chose.

 

* "Les policiers ont intercepté entre le 28 janvier et le 11 février 2014, des conversations téléphoniques entre Monsieur Nicolas Sarkozy utilisant une ligne téléphonique souscrite sous un nom d'emprunt (Paul Bismuth) et M. Thierry Herzog, avocat se servant d'une ligne téléphonique souscrite le même jour et au même endroit que la première. (...) révélé, d'une part, que Monsieur Thierry Herzog aurait pu être renseigné de (…) tant sur la surveillance des téléphones de Nicolas Sarkozy que sur la (...) d'une perquisition dans le cadre de l'information en cours et, d'autre part, (...) est entré en relation, à de nombreuses reprises, avec un magistrat du parquet général de la Cour de cassation". On peut lire aussi : "Ces communications mettent également en évidence que ce magistrat aurait fait part à Thierry Herzog de son souhait d'être nommé conseiller au tour extérieur au Conseil d'Etat de Monaco et que Nicolas Sarkozy aurait assuré qu'il l'aiderait dans ce projet«avec ce que tu fais» (selon Thierry Herzog)." Extraits de la lettre de la procureure nationale financière, Eliane Houlette Le Monde

 

** Imaginez une seconde que la gauche, en l’occurrence Mme Taubira, Garde des Sceaux, ait eu l’idée saugrenue de refondre les dispositions juridiques sur ces interceptions judiciaires –sanctuarisation totale des avocats, par exemple – on vous laisse deviner les attaques immédiates des Luca, Estrosi, Morano, Fenech et les autres sur la gauche laxiste…

 

PS Dernière image empruntée à Géhém

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