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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 15:01
Affaire Baupin : règlements de comptes verdâtres

Près de cinq ans après, lors d’un nouveau séjour marocain, il faut avouer que l’affaire Baupin n’a absolument pas eu l’effet de sidération qu’avait provoqué l’affaire DSK. A dire vrai, à Azrou, on l’a totalement ignorée. De retour, lecture de l’entretien de Baupin à L’OBS en diagonale. Puce à l’oreille cependant avec la protestation de Mme Massonneau. Curiosité enfin avec la contre-attaque virulente de l’avocat ! Les accusatrices étrillées : une affaire qui sent le coup fourré.

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Véronique Masseonneau à côté de Denis Baupin

« Assez de ce procès dégueulasse qui cherche à me faire passer soit pour une victime consentante, soit pour une complice de harcèlement. […] Je n’ai besoin de personne pour déterminer quand je me sens avilie et victime de comportements inconvenants. » C’est cette protestation véhémente de Véronique Massonneau contre les pressions de ces ex-camarades EELV qui m’a incité à y voir de plus près, dans cette affaire Baupin.

Plongée donc du côté de Mediapart.

L’article, en forme de réquisitoire, est impitoyable : Des femmes dénoncent les agressions et harcèlements sexuels de Denis Baupin. Mediapart et France Inter ont recueilli des témoignages sur des faits pouvant être qualifiés d’agression et de harcèlement sexuels attribués au député de Paris Denis Baupin.

Suivent les témoignages d’élues des verts.

Octobre 2011, Montreuil. Sandrine Rousseau se tient à la tribune, face aux cadres d’Europe Écologie-Les Verts venus préparer le programme pour la présidentielle et les législatives de 2012. « À un moment donné, j’ai voulu faire une pause », raconte-t-elle. Elle se lève, quitte la pièce, part aux toilettes. « Dans le couloir qui longe la salle, Denis Baupin est venu. Il m’a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m’embrasser. Je l’ai repoussé violemment. » Elle venait d’intégrer la direction de son parti. Denis Baupin, lui, est déjà un cadre influent du mouvement écologiste.

Isabelle Attard est députée du Calvados depuis juin 2012. Élue sous l’étiquette EELV, elle a quitté son parti en décembre 2013 en raison de désaccords politiques. Elle se présente désormais comme « députée citoyenne » mais reste rattachée au groupe écologiste de l’Assemblée nationale. De juin 2012 jusqu’à son départ d’EELV, un an et demi plus tard, elle raconte avoir reçu des dizaines de SMS de Denis Baupin. « C’était du harcèlement quasi quotidien de SMS provocateurs, salaces…. »

Elen Debost, adjointe à la jeunesse EELV de la mairie du Mans depuis deux ans, raconte avoir été victime du même procédé. C’était en 2011. À l’époque, elle n’est qu’une « jeune militante qui monte » « Au total, j’ai reçu une centaine de messages. Du type “Je suis dans un train et j’aimerais te sodomiser en cuissarde”.

Annie Lahmer est conseillère régionale d’Île-de-France EELV. Adhérente des Verts depuis une vingtaine d’années, elle a un temps été salariée par son parti. « Un soir, j’étais dans le bureau de Jean-Luc Bennahmias, qui n’était pas là… J’étais seule avec Denis. Il s’est mis à me courir après autour du bureau… »

Sur toutes ces femmes qui ont accepté de témoigner, sur une période allant de 1998 à 2014, aucune ne l’avait dit publiquement jusque-là. Et aucune n’avait porté plainte, ajoute la journaliste.

La cause est donc entendue : ce Baupin est un harceleur convulsif, d’autant qu'un témoin anonyme nous assure qu’il pince les fesses des salariées dans les ascenseurs. Et le vilain veut imposer des conditions insupportables aux deux journalistes accusateurs pour les rencontrer.

C’était sans compter sur l’avocat dont la contre-attaque est cinglante. Et l’accusation risque de se retrouver éparpillée façon puzzle.

Dans Huffington Post, il pointe d’abord une singulière question des journalistes peu avant la parution des accusations :« "Plusieurs témoignages évoquent des contacts physiques délibérés. M. Denis Baupin s'est-il rendu compte que ces gestes pouvaient être assimilés à une agression sexuelle?" Quel honnête citoyen répondrait autrement que : (...) je ne sais pas de quoi, de qui, de quand vous me parlez. »

Une autre question, toujours aussi vague : "Plusieurs témoignages évoquent notamment l'envoi de nombreux SMS sur le registre de la séduction, ou invitant à une relation sexuelle ou à caractère pornographique. M. Denis Baupin s'est-il rendu compte que ces envois répétés pouvaient être assimilés à du harcèlement sexuel?"

L’avocat a beau jeu d’observer qu’aucun SMS litigieux n’appuie l’accusation explicite. Et le "s'est-il rendu compte" rend de fait bien compte du ton assez arrogant employé : nos journalistes sont là pour lui faire la leçon au Baupin.

Et, lui, cite les SMS échangés qui éclairent d’un tout autre jour les accusations de certaines des personnes citées.

« Deux des quatre premières accusatrices répondent ainsi à mon client, sans ambiguïté (et dans une graphie et des coquilles propres aux SMS):

- l'une assène: "tu as affaire à une (...) amoureuse et comblée par ses amants c'est mal barré", suivi d'un sourire en smiley. Puis la drague s'arrête et on continue de parler politique: "si je fais l'inauguration de ma (...) le lundi 1er octobre, seras-tu dispo? j'attends ta réponse avant de bloquer"

- une deuxième, au lendemain d'une supposée agression sexuelle narrée comme traumatisante, discute ainsi sans souci aucun. Lui propose: "on se prend un café ou un dej quand tu viens à Paris?" et elle de répondre "ouais sans problème vendredi par ex". Lui: "Quel enthousiasme! (avec smiley)". Et elle: "Ben ouiiiiiii !!!!! Avec plaisir". Et ainsi de suite...

Lisons un dernier échange, où une troisième accusatrice écrit, alors que Denis Baupin, au fil de leur jeu érotique à distance, lui suggère une scène: "Continue sur le registre Coderlos de Laclos (smiley)". Elle continue: "Poufffffffff chaleur... Humide". Elle dit encore: "Content de toi? mais change pas ma position". Et aussi: "Tu veux quoi que je te fzasse monté la tension à ne plus pouvoir te retenir; Te dire que lionne n'est pas qu'une image, que j'aime le sexe sans limite libre, et un peu extrome que que je n'aime rien tant que faire monter jusqu'à ses limites. Que j'en ai peu...". Et enfin "Comme si tu avais besoin de ça... Et les bottes oui ça a l'avantage d'afficher la couleur les cuissardes: Suis pas une sainte nitouche ni un ange".

L’avocat justifie que son client ait demandé aux deux journalistes qu’une partie de l’entretien soit en off, pour répondre à des accusations précises, en citant ces échanges. « Ils lui ont répondu avec arrogance: on enregistre tout, laissant la responsabilité à Denis Baupin d'être bel et bien poursuivi pour atteinte à la vie privée de ces femmes... ».

Présumé coupable

Et il constate qu’il est « impossible de prouver qu'un fait - comme une agression sexuelle dans le bureau d'une fonctionnaire, aussi invraisemblable soit-elle - n'a pas eu lieu. »

Que Baupin soit un dragueur invétéré, même son avocat en convient ; qu’il ait eu le SMS libertin facile est indéniable. Mais que les accusations, savamment orchestrées par Mediapart et France Inter, surgissent au moment où EELV éclate, où Baupin reste dans la majorité présidentielle, où son épouse Emmanuelle Cosse est entrée au gouvernement, donne à l’affaire un relent assez nauséabond de règlements de comptes !

Baupin, en tout état de cause, est touché, coulé. Ses accusatrices risquent, elles– si les SMS produits par l’avocat sont bien les leurs – de perdre toute crédibilité, mais entre temps, les accusations auront fait mouche.

Et les journalistes-procureurs auraient été mieux inspirés de ne pas se lancer imp(r)udemment dans cette manip douteuse de vertes peu scrupuleuses.

PS La qualification de DSK des Verts a été lancée par une universitaire qui, sans l’identifier, parlait d’un élu "sorte de «DSK des Verts» [qui] semble bénéficier d’une forme de bienveillance, qui n’est pas sans rappeler celle dont [a  bénéficié] Dominique Strauss-Kahn". Or, n’en déplaise aux cagots, faut-il rappeler que, dans l’affaire dite du Sofitel, le procureur étatsunien a abandonné toute poursuite pénale et que dans celle dite du Carlton de Lille, le procureur français a démonté le dossier de l’instruction et DSK a été relaxé. Que DSK soit un queutard voire un partouzard, que cela fut connu ou pas, relevait de sa vie privée.

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 17:02
Retour tardif sur les élections européennes
Retour tardif sur les élections européennes

Le grand vainqueur hélas est le F-Haine, bien sûr. Mais, à gauche, le grand perdant n’est pas le PS mais les Verts. Et le Front de gauche a complétement perdu son pari, dans une élection pourtant, a priori, favorable.

 

"On aimerait doubler notre score, passer la barre des 10%, au moins atteindre le score que j'ai réalisé à l'occasion de l'élection présidentielle de 2012, à savoir 11,10%", voilà ce qu’affirmait Mélenchon avant l’élection. Au bout du compte, stagnation en % et même perte d’un siège. Plus à gauche encore, si Lutte ouvrière est stable dans un score de témoignage (1,20 %), sa rivale trotskyste, la Ligue communiste, rebaptisée NPA, a disparu des écrans radars, alors qu’elle frisait les 5 % en 2009. Tout additionné, l’extrême-gauche ne fait pas 8,5 %. Guère plus du tiers du F-Haine.

Si le PS perd encore des plumes, le grand perdant à gauche est bien Europe Ecologie les Verts qui, pratiquement divise son score par deux et perd plus de la moitié des sièges, alors que le PS n’en perd qu’un. En 2009, il faisait pratiquement jeu égal avec le PS.

L’alliance centriste, dans un scrutin qui aurait dû le favoriser puisque non laminée par le scrutin majoritaire, fait à peine mieux que le MODEM seul en 2009.

L’UMP peut juste se réjouir d’être restée largement au-dessus du PS et d’avoir limité la casse, d’autant que peu après éclatait l’affaire Bygmalion qui aurait pu entraîner une totale déconfiture.

Quant au F-Haine, on peut tenter de relativiser son poids, compte tenu de l’abstention – en nombre de voix il ne pèse que 10 % des inscrits – considérer que ce type d’élections dont les enjeux sont peu perceptibles est propice au vote protestataire, il n’empêche qu’après la percée des municipales, il s’installe. Et les fausses querelles de famille pour accréditer la dédiabolisation ne doivent pas faire oublier que ce parti est fondamentalement xénophobe.

Jaurès au Pré-Saint-Gervais, mai 1913

Jaurès au Pré-Saint-Gervais, mai 1913

La gauche peut mourir ?

 

Le centenaire de l’assassinat de Jaurès est là pour nous montrer que, sous divers avatars, la gauche socialiste non bolchevique, de congrès de Tours en congrès d’Epinay, de 1936 en 1981, a su survivre voire renaître. Mais de grands partis, comme le parti Radical, ne sont plus que des buttes témoins. Et c’est le PS qui, naguère, a plumé la volaille communiste et non l’inverse. Mais le PS peut, à son tour, connaître le sort des radicaux.

Sauf qu’à gauche, aucune autre force ne paraît prête à prendre le relais.

Les Verts semblent avoir hérité de tous les défauts de feu le PSU. Le calcul consistant à prendre le large du gouvernement juste avant les européennes a été un complet échec. Et même l’élection de 2009 est apparue comme n’étant due qu’au charisme de leur tête de file, Dany Cohn Bendit, et non à l’attractivité des idées écologiques.

Le calcul du Front de Gauche, ou plutôt de Mélenchon, était clair : taper à bras raccourcis sur les socio-libéraux, comme ils disent, pour rallier tous les déçus du socialisme. Sauf que ces déçus ne se sont pas déplacés (ou, marginalement, ont même pu voter F-Haine). Mélenchon, pour expliquer cet échec de sa stratégie s’en prend à ses alliés PCF qui ont eu l’outrecuidance d’estimer que, quand au niveau municipal, on avait loyalement œuvré ensemble à gauche, il était logique de repartir ensemble*. Les électeurs étaient capables de comprendre que les enjeux locaux ne se confondaient pas avec les nationaux. Sauf si un imprécateur leur brouillait l’écoute, en criant à la traîtrise. Quant à clamer, comme il le fait, que c’est la faute de Valls-Hollande qui ont naufragé toute la gauche, c’est l’aveu que son discours ne convainc pas et, qu’à tort ou à raison, les électeurs estiment qu’il n’offre pas une alternative crédible.

 

Aux élections européennes, la gauche – tout confondu – fait un peu plus d’un tiers des voix. Dans une logique de scrutins majoritaires – surtout si, comme le préconise Mélenchon, le vieux réflexe dit de « discipline républicaine », le vote pour le candidat de gauche le mieux placé, s’efface – elle peut être complétement et durablement laminée.

 

Avec un paysage politique inquiétant où seule la droite dite républicaine sera en mesure de disputer le pouvoir au F-Haine.

 

* Et aussi, dans des communes, comme notre évêché crotté, où une seule liste de gauche s’opposait à la liste de droite sortante, participer ou, au moins soutenir, la liste de gauche et non, comme cela a été fait ici, se livrer à une campagne souterraine pour la discréditer. Variante du vote dit révolutionnaire qui consiste à faire passer la droite !

 

Pour illustrer : Edouard Martin PS, Marielle de Sarnez UDI-Modem, Nadine Morano UMP, Florian Philippot F-Haine, José Bové EELV, Marie-Christine Vergeat FG

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