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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 18:26

DSK audience2juilletDans ce feuilleton à rebondissements, où préjugés et sensationnel dominent, le seul gros reproche qu’encourt, à mon sens, DSK est d’être tombé soit dans un piège, soit dans un complot, alors qu’il avait annoncé lui-même qu’il craignait une entourloupe sur une histoire sexuelle. Plus qu’une faute, une stupide erreur. Mais cela n’autorise pas les discours puritano-moralistes dont on nous accable.

 

Je l’ai dit, avec des amis, du côté du cèdre Gouraud, à Azrou, vers midi et demi, nous avons appris, par la bouche d’un ex-collègue, maintenant député Marocain, que Dominique Strauss-Kahn avait été arrêté par la police nouillorquaise pour viol. Sidérés, nous le fûmes. A un point tel que – bien que nous sachions, qu’aussi farceur fût-il, notre ami Hassan n’avait pu inventer un tel canular – nous essayions de repousser l’impossible nouvelle en l’accusant de confondre 15 mai et 1er avril.

 

DSK sarkoNYPD Ces tentatives vaines de bannir l’impensable se heurtèrent à la vue, sur Euronews, d’un DSK salement humilié par la NYPD dont celui qui fait président affichait un T-shirt à sa gloire lors d’un séjour états-unien : visage défait, apparemment menotté dans le dos. Ensuite juste des nouvelles par coups de téléphone. DSK s’enfuyant en catastrophe d’un Sofitel, en laissant des effets et un portable, pour prendre au plus vite un avion vers la France. Capturé au dernier moment, grâce à une ruse de la fameuse police : elle avait demandé à l’hôtel d’appeler DSK pour lui signaler la découverte d’un portable, ce qui avait permis de le localiser.

 

Puis-je avouer, qu’au-delà de l’abattement du vieux (n’ayant pas peur du mot) social-démocrate que je reste, j’étais colère : comment ce camarade ô combien brillant, qui savait qu’on essaierait de le piéger sur le terrain de la provocation sexuelle, avait-il pu se faire bêtement avoir ?

 

Complot ou pas, la fameuse NYPD, chère au little big man, pataugeait un peu dans la semoule. L’horaire premier devait être largement recadré ; la fuite se traduisait par un passage normal à la réception pour régler la note ; l’avion salvateur était prévu, puisque le directeur du FMI allait en Europe pour rencontrer la chancelière allemande ; DSK avait déjeuné avec sa fille ; ce n’est pas l’hôtel, à l’instigation de la police, qui l’avait appelé pour le portable oublié, mais l’inverse ; rien ne justifiait qu’il soit menotté et encore moins qu’il soit incarcéré (le pauvre Jack Lang, pour avoir dit qu’il n’y avait pas « mort d’homme » fut voué aux gémonies, alors, qu’outre une évidence, il voulait dire qu’en général chez les états-uniens, sauf  crime de sang, la détention préventive était inusitée) ;  les conditions draconiennes mises à sa sortie de prison – on ne peut parler de libération- caution énorme, sorties très limitées, semi-geôliers à sa charge… étaient surprenantes. Surprenant aussi le fait qu’une femme de ménage puisse se retrouver seule dans une suite encore occupée. Cela devrait poser quelques problèmes d’organisation à ce Sofitel, incapable de garantir la tranquillité de clients qui payent des sommes coquettes pour des suites.

 

DSK Roudy Bien, mais il fallait faire, si j’ose dire, queue basse. Des traces de sperme avaient été trouvées. Quiconque prenait la défense de DSK était immédiatement taxé au mieux de phallocrate archaïque, au pire de violeur potentiel. Une grande prêtresse du féminisme états-unien accusait ses consoeurs françaises de complicité. Tribunes, libres opinions, etc. pullulaient, signées d’éminentes chercheuses et universitaires. Le schéma était assez uniforme et c’est finalement la « camarade » Yvette Roudy qui le caricature à merveille : « Sans préjuger de la culpabilité ou de l'innocence de celui par qui le séisme est arrivé, il devient - inconsciemment - du fait d'un système judiciaire exceptionnel - le révélateur de pratiques sexuelles masculines ancestrales, banalisées - mais destructrices - couvertes jusqu'ici par des silences, des sourires entendus, de la majeure partie de la gent masculine de la société française, et aussi d'une part non négligeable de la gent féminine. » La formulation est d’un jésuitisme absolu, mais si l’on supprime tout ce qui est entre tirets, elle résume toutes les tribunes prétendument féministes. Avec l’inconvénient majeur pour la camarade Roudy que son point de vue sort la veille des révélations du New York Times. Mauvaise pioche !

 

DSK Banon chezArdissonA côté de ces prétendues féministes à la française ou pas, qui eussent été bien inspirées de ne pas surfer sur l’émotionnel, comme un Sarko sur un fait-divers, un autre procés fut intenté à la presse, pour ne pas avoir révélé ce que tout le monde du journalisme était censé savoir, que DSK était quasi un sérial-violeur. Ainsi « arrêt sur images » s’en prend à Aphatie à propos de l'affaire Tristane Banon*. En effet, dans une émission d’Ardisson, à laquelle participait Aphatie, T. Banon avait accusé DSK d’agression sexuelle. La réaction d’Aphatie avait été assez saine puisqu’il avait dit à Ardisson de couper la séquence, car soit ce que disait T. Banon était vrai et c’était à la police qu’elle devait raconter cette agression, soit elle mentait et les participants se retrouvaient otages de ses mensonges. Après il enquête, mais aboutit à une impasse. Voilà qui n'honore pas sa pugnacité, commente @si. Mais, à part cette affaire (qui, bizarrement, rebondit), ce que beaucoup savaient était que DSK était un queutard impénitent.

 

DSK schneidermann-300 Daniel Schneidermann (DS sans K), patron d’Arrêt sur images, s’est d’entrée institué procureur suprême de DSK. Ainsi, le 24 mai écrit-il : « Qu'on se le dise : la défense américaine de DSK va désormais avoir pour première tâche de décrédibiliser le témoignage de Nafissatou Diallo, pour accréditer l'idée d'un rapport consenti, voire, dans la suite 2806 du Sofitel, d'une tentative d'extorsion ou de chantage, de la part de la femme de chambre. » Apparemment, il n’a rien lu sur le système judiciaire états-unien – c’est le rôle des avocats dans tous les cas de tenter de décrébiliser les témoignages défavorables à leur client – mais il fait preuve de préscience, sauf que c’est le procureur, qui a en principe le rôle inverse, qui a commencé à décrébiliser la plaignante. Il en profite pour se payer une journaliste du Monde qui a l’audace de citer deux guinéens sceptiques (mais peut-être lucides, eux aussi). Il parle en termes quasi bibliques de « l'incrustation profonde du mal(sic) dans les têtes de certains journalistes français ».

Il continue avec plus de hargne quand, justement, le procureur révèle qu’il a des doutes, en tant qu’accusateur, sur la fiabilité de son témoin. Avec « DSK, le film à l’envers », quasi rien sur Cyrus Vance jr., mais il est question d’interviews fiévreuses de strauss-kahniens (qui ? où ? disant quoi exactement ?), suivi d’un immense amalgame avec J. F. Kahn, Lang, BHL, Tron, et il ose affirmer en conclusion avoir fait preuve de « la plus extrême prudence ».

 

DSK01  Mais, comme le procureur (et non les avocats) a confirmé les mensonges dévoilés par le New-York-Times, il importe de tenter, pour tous les anti-DSK, de dégoupiller les grenades. Grande affirmation générale : on peut être menteuse et violée (un commentateur cite même un procès Lyonnais où un accusé de viols de prostituées a été condamné). Puis on passe au cas par cas. La plaignante aurait menti quant à sa demande d’asile aux E-U (sans qu’on sache clairement si elle a inventé des faits – viol par exemple – qui ne figure pas dans sa demande, où, si la vérification de sa demande a fait apparaître des mensonges). C’est normal, tous les demandeurs d’asile le font (ah bon !). Les sommes qui transitent sur son compte : c’est comme cela chez les Peuls et elle n’est sans doute même pas au courant. Contrairement à ce qu’elle a affirmé, non seulement à la police, mais à la 1ère audience, sortie de l’antre luxueux du violeur, elle ne s’est pas claustrée dans le local de service de l’étage (ou un couloir, les versions diffèrent), en attendant le départ du « gorille en rut », mais elle a été dans une autre suite, avant de revenir sur les lieux du crime où on trouvera des traces de sperme sur la moquette et les rideaux, un vrai tuyau d’arrosage, il a, le DSK ! C’est courant, après un traumatisme viol-ent, on passerait en pilotage automatique. Rien en revanche sur les nombreux abonnements téléphoniques, alors qu’elle prétendait n’en avoir qu’un. Rien non plus sur le coup de fil à un ami, un de ceux qui usait de son compte en banque, en prison pour avoir transporté 180 kg de marijuana. Rien surtout, sur le fait, que, dans un pays où un président a failli être destitué pour avoir menti par omission sur une gentille gâterie faite, de son plein gré, par une stagiaire à la Maison Blanche, le mensonge, après avoir prêté serment, est une faute gravissime.

 

Pas découragé pour un rond, DS en remet une couche ! Un tabloïd, après avoir accablé DSK, fait un total revirement et affirme que la plaignante serait une prostituée occasionnelle. D’après Schneidermann, le tabloïd tiendrait cela de détectives à la solde des avocats de DSK. Pourquoi le camp DSK en rajoute-t-il ? s’interroge DS. En effet, rendez-vous compte du scandale, le camp DSK fonce dans la brèche, ouverte par le procureur. Quel culot cesdéfenseurs de vouloir enfoncer l’accusation. Mais en fait, c’est une opération de politique intérieure française. « Diallo simple menteuse maintient encore l'image de DSK sous la ligne de flottaison. Diallo putain, c'est le moindre mal ». Suit une phrase dans la ligne de l’incrustation profonde du mal : « Restera à expliquer la passe, une heure avant d'aller déjeuner avec la fille, et avant de reprendre l'avion pour retrouver l'épouse. » Notre puritano-moraliste, après avoir supputé  une opération de politique française de la part d’avocats new-yorkais, dont ça doit être le cadet de leurs soucis, joue les directeurs de conscience, en oubliant de dire que si DSK allait en Europe, c’était avant tout pour rencontrer Mme Merkel. Le  mot ‘supputer’ apparaît au moins deux fois dans l’article : après le journalisme d’investigation, voilà le journalisme de supputations.

 

Puisqu’il nous y invite, surtout que moi je ne suis pas journaliste, supputons un peu. La plaignante, toute illettrée qu’elle soit, ne peut ignorer tout simplement que les clients de suites qui coûtent si l’on ose dire, la peau des fesses, sont en général assez pèzu. Elle n’est pas la femme de chambre habituelle de ce secteur. Sans vérifier que le client a quitté l’hôtel et encore moins sa chambre, elle y entre, pour tomber sur un quasi priapique, à poil, sortant de la salle de bains. Elle lui accorde ce que Monica accordait à Bill. Mais, elle n’avale pas la fumée, comme disait Damia dans une vieille chanson, et le gorille en rut, tel Larousse, sème à tout vent. Elle réclame la juste rétribution de cet extra. Le mâle, qui croyait que c’était une prestation gratuite ou vexé qu’elle ne lui soit pas reconnaissante qu’il lui ait laissé turluter son membre prestigieux, refuse (au début de l’affaire avait filtré des mots prêtés à DSK disant en substance à la dame qu’il était patron du FMI et qu’il pouvait la faire sauter du Sofitel). La soubrette, comme dirait J.F. Kahn, sort dépitée et amère ; elle rumine sa déconvenue dans la suite voisine, elle revient dans la suite – sait-on jamais, le client, pris de remords, a peut-être laissé un pourboire conséquent. Nada. Et bien, elle va lui faire payer cher, la gâterie…

Pure(?) supputation, bien sûr. Mais qui vaut bien celles de Schneidermann.

 

Reste, après, d’autres supputations et d’autres amalgames.

DSK Loncle François Loncle – surnommé mini-tonton du temps de Mitterrand – s’interroge sur une possible connexion entre la direction d’Accor dont les Sofitel sont une de leurs chaînes d’hôtel et une officine de coups tordus française. Cris d’orfraie de Guéant (sauf erreur sur FR2, on avait droit d’abord à l’indignation du pourfendeur d’enfants d’immigrés, avant d’avoir la cause de ses protestations véhémentes, avec un bref extrait de F. Loncle et sur I-télé, on avait mieux encore puisque la spikerine annonçait que « les socialistes » laissait entendre qu’une officine française aurait pu tremper dans l’affaire DSK, alors que seulement deux d’entre eux le faisaient). Mais on apprenait quand même, qu’alors que Sarko prétendait n’avoir été averti qu’à 7 h, l’Elysée était au courant avant minuit. Détails que Guéant et les autres s’étaient bien gardés de communiquer.

 

DSK Cope Avec Copé, on n’est plus dans la supputation, mais dans un amalgame hardi. Oubliant que celui qui fait président avait dit juste après le début de l’affaire que le PS ne pouvait plus prétendre au monopole de la morale, oubliant que son entourage insinuait qu’il avait un gros stocks de boules puantes contre DSK, il soulignait la prudente réserve observée par l’UMP (B. Debré ne doit pas en faire partie). Pour immédiatement reprocher au PS de ne pas avoir eu la même attitude à l’égard de … Woerth. Alors que Eric Woerth s’est coulé lui-même en surfant de mensonge en mensonge, démontrés l’un après l’autre par Mediapart et/ou Le Canard.

DSKFigaro

Le feuilleton nouillorquais n’est pas fini. Le Figaro, s’appuyant sur un site « Daily Beast », fait parler les cartes magnétiques. Il n’aurait fallu qu’un mois et demi pour que des experts déchiffrent ces cartes ? Et le procureur, sans attendre donc cette expertise, aurait dit de la plaignante qu’elle avait menti devant le « grand jury ». Supputons : Le Figaro, qui après s’être ridiculisé avec une Une sur la fiabilité de l’accusatrice le jour où Vance disait le contraire, essaie de se réhabiliter. Il argue aussi du témoignage de la responsable d’étage du Sofitel : Cyrus Vance et son équipe ne pouvaient quand même pas aussi négliger un tel témoignage qui leur aurait permis de ne parler que de quelques inexactitudes dans celui de l’accusatrice.

 

On le voit, on a encore de quoi supputer et supputer encore.
 

 

 

* Saisi, au hasard d’un zappage, sur BFM télé, un entretien avec l’avocat de Mme Banon : on lui fait entendre un autre entretien avec un biographe – pardon il faut dire hagiographe – de DSK, qui rappelle que depuis des années la dame se répand sur ce viol et que ses interlocuteurs lui disent de porter plainte, si c’est vrai et qu’elle n’en avait rien fait ; l’avocat se contente de salir Michel Taubmann, sans répondre sur le fond, pas plus qu’il ne répond d’ailleurs sur la volonté affichée par sa cliente de ne pas interférer dans le dossier états-unien et même il prétend que la décision était prise avant les derniers rebondissements, alors qu’on laisse entendre que Mme Banon n’aurait pas supporté de voir DSK, à peine libéré de son assignation à résidence, aller dîner avec des amis… Mais, la lenteur de la justice française, aidant, l’affaire Banon risque de traîner un temps certain.

 

N.B. Une mise au point d'Elisabeth BADINTER sur France Inter 6 juillet 2011 ("5 mn avec...") : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=86823

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