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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 17:48
Gamiani ou deux nuits d'excès

"Je ne crois pas que la rage des priapées, la soif de la chair, les incendies utérins des femmes aient jamais été dépeints par nulle plume plus puissante et plus experte... L'obscénité disparait presque, la boue et le sang se sèchent au feu du style..." écrivait J.-K. Huysmans à propos du Gamiani d'Alfred de Musset.

Quant à Pierre Louÿs dans le Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation, il recommandait : "Ne suivez pas l'office sur un exemplaire de Gamiani, surtout s'il est illustré".

 

Gamiani ou deux nuits d’excès, roman libertin, paru en 1833, illustré par Achille Deveria, a connu au moins 40 rééditions au cours du XIXe siècle.

 

La légende veut qu’il soit le fruit d’un pari. A l’issue d’un repas bien arrosé, une dizaine de jeunes gens en furent à discuter du genre érotique. L’un d’eux ayant dit qu’il était impossible d’écrire un ouvrage de ce genre sans appeler les choses par leur nom. "Un jeune homme, qui jusqu’alors s’était contenté d’écouter la conversation d’un air rêveur, sembla s’éveiller à ces derniers mots, et prenant la parole : — Messieurs, dit-il, si vous consentez à nous réunir de nouveau ici, dans trois jours, j’espère vous convaincre qu’il est facile de produire un ouvrage de haut goût, sans employer les grossièretés qu’on a coutume d’appeler des naïvetés chez nos bons aïeux, tels que Rabelais, Brantôme, Béroalde de Verville, Bonaventure Desperriers, et tant d’autres, chez lesquels l’esprit gaulois brillerait d’un éclat tout aussi vif s’il était débarrassé des mots orduriers qui salissent notre vieux langage."

Trois jours plus tard, ledit jeune homme, apportait son manuscrit dont chacun voulut avoir copie. Et la légende encore veut que l’un d’eux envoya l’œuvre à un éditeur étranger qui l’imprima donc, orné de gravures coloriées, en 1833.

 

Le jeune homme, 23 ans à l’époque, n’était autre qu’Alfred de Musset.

 

Le futur oblat, Huysman, résume l’oeuvre avec enthousiasme :

Alcide, qui a réussi à se cacher, surprend la Comtesse tribadant Fanny. Surexcité par ce spectacle, il se rue sur Elle, la laboure à grands coups, et passant de l’une à l’autre, initie la jeune fille aux caresses du mâle.

 

Bien menée, je devrais dire: bien décrite, la scène dure longtemps, Hercule lui-même, tomberait en défaillance — On sent là, que l’Auteur entraîné par son sujet, n’a pas su, ou voulu éviter de tomber dans le travers si commun à la plupart des ouvrages de ce genre — quant à notre Alcide il tient bon, et sa Gamiani brûle de plus belle ! Affolée, pantelante, elle se roule sur de larges tapis en peaux de chats, et suivant la belle expression de l’auteur: « Prométhée femelle déchirée par cent vautours à la fois » dans son angoisse elle appelle le Chien !

 

Alors, dans le boudoir au pillage, retentissent de folles clameurs; à défaut d’homme, la malheureuse Comtesse réclame un âne!

 

Messire Baudet viendra, mais plus tard ; Alfred de Musset fait tout d’abord intervenir Médor; un chien bien dressé qui se jette sur la servante, tandis que celle-ci encheville sa maîtresse avec un énorme priape rempli de lait. En aval, en amont, en arrière, à hue et à dia, le trio s’agite en délire et joue des reins à qui mieux mieux !

 

Tel est l’exposé de la première partie de ce livre.

 

La toile tombe et se relève sur les amours de Fanny et d’Alcide. Ici le poète a des accents charmants ! Vraiment amoureux, le jeune homme espère lui faire oublier les tristes jouissances des moeurs de Lesbos ; peine perdue ! Ni ses efforts ni ses fatigues ne sauraient effacer le souvenir de ces joies damnées. L’accouplement recommence entre les deux tribades avec plus de fureur que jamais.

 

Des scènes de couvent vont se dérouler et là encore, la plume de Musset atteindra à des hauteurs vertigineuses ! Les postures et les inventions de l’Arétin sont dépassées. On dirait avec ses tentures et ses glaces, d’un temple voué à la Cythérée lesbienne.

La supérieure qui, toute jeune, a débuté par la galopée d’un singe, initie la Comtesse aux bacchanales monastiques.

 

Des groupes de nonnes se suspendent les unes après les autres; ces femmes tourbillonnent, cabriolent et se renversent saoules et furieuses, écumantes de luxure. Les potions cantharidées ruissellent dans les bouches qui se tordent, et toutes halètent inachevées, criant, pleurant, se trémoussant sous l’attaque des ânes en rut!

 

Cependant, un homme, le misérable, a pénétré dans l’antre; il est aussitôt assailli par toutes ces ménades qui le veulent tuer.

Ce nouvel Orphée est bel et bien pendu, haut et court; mais la supérieure affriolée par la suprême tension érectile du quasi cadavre, saute dessus, tombe avec la corde qui se rompt sous ce double poids et se débat, les os à demi brisés, entre les bras du pendu qui l’étreint dans ses derniers spasmes ! Ce livre finit par la mort des deux amantes.

 

Gamiani renouvelant les sanglantes folies du Marquis de Sade, s’empoisonne elle et sa victime, et cherche si, dans les affres de l’agonie, elle n’arrivera pas à vaincre ses sens en déroute !

 

La terrible femelle clame, tordue et râlant déjà ! « Elle est atroce ! entends-tu ! Je meurs dans la rage du plaisir, dans la rage de la douleur!... »

 

Tel est le résumé de ce livre étrange qui s’inspire visiblement, tantôt de Pétrone, tantôt d’Apulée, de La Religieuse de Diderot, de Justine et de Juliette et tantôt des plus belles hymnes saphiques et des priapées antiques.

 

Musset, s’il s’inscrit aussi dans la continuité de la littérature libertine du XVIIIe siècle, dont témoignent Le Rideau levé et Hic-et-Hec, Dom Bougre ou Thérèse Philosophe, évite toutefois les considérations philosophiques des héros de Mirabeau, de la Touche ou de Boyer d’Argens. Même si, comme chez eux, les nonnes sont lubriques ; les moines cruels, eux, étant plus proches de ceux qui torturaient la Justine de Sade. Et, comme eux, il enchâsse les récits des aventures passées des héroïnes et du héros, voire un récit à tiroirs, quand Gamiani évoque des épisodes de la vie de la supérieure du couvent. Au voyeurisme, commun à toutes ces œuvres, au lesbianisme, il ajoute la zoophilie, absente des quatre autres romans. Tout cela est mené tambour battant, avec même une touche comique : la scène où la supérieure s’étant jetée sur un pendu, faisant rompre la corde et se brisant les os, le pendu ressuscitant, serait du grand guignol, si tout n’était raconté avec élégance !  

 

George Sand a-t-elle servi de modèle à son amant ? C’est ce qu’insinue un pamphlet en 1868 : « II y avait, en 1848, une certaine dame, … …, fort connue dans le monde galant, qui avait la manie de se vêtir en homme. Elle avait l’habitude d’aller chaque soir chez Madame Henry, rue Richelieu, qui tenait une pépinière de jolies femmes. Elle s’y rendait avec autant d’ardeur que jadis Messaline au quartier des Esquilles.

 

[…]

« Tous les romantiques du temps se rappellent qu’elle fut surnommée le colonel des tribades, et que depuis ce titre lui est resté.

« Aujourd’hui cette vieille dame écrit des romans où elle prêche la morale, car, grâce à ses amis, elle est devenue une des étoiles de la littérature ; en un mot, elle est une célébrité.

« ELLE est d’ailleurs une des actrices du Gamiani, ce livre aux scènes tribadiques dont l’auteur est LUI. » (LE CHASSEPOT. Londres, Jeffs, 1869, cité par Eros-Thanatos)

 

Mais laissons ces calomnies à l’encontre de la baronne Dudevant, soupçonnée d’ailleurs d’avoir mis la main à la deuxième partie.

La Comtesse Gamiani n’en reste pas moins une héroïne singulière en cette première moitié du XIXe qui s’est en quelque sorte individualisée dans le monde, au noir destin certes, mais qu’elle saura mener, seule, à son terme.

Gamiani a été illustré par de nombreux artistes : Achille Deveria déjà cité, André Collot, Paul Avril, Félicien Rops, Suzanne Baillivet, entre autres.

 

Les extraits qui suivent donneront quelques échantillons de ces illustrations...

Gamiani ou deux nuits d'excèsGamiani ou deux nuits d'excès
Gamiani ou deux nuits d'excès
Gamiani ou deux nuits d'excèsGamiani ou deux nuits d'excès

Je me décidai à l'observer pendant la nuit, à me cacher dans sa chambre à coucher. La porte vitrée d'un cabinet de toilette faisait face au lit.

Peu-à-peu, les voix du salon s'affaiblirent, la comtesse resta seule avec une de ses amies, mademoiselle Fanny B***. Toutes deux se trouvèrent bientôt dans la chambre et devant mes yeux.

GAMIANI Vous n'y pensez pas, enfant!… otez donc tout, comme moi. Quel embarras! on vous dirait devant un homme. Là! voyez dans la glace…. comme Pâris vous jetterait la pomme. Friponne! elle sourit de se voir si belle. — Vous méritez bien un baiser sur votre front, sur vos joues, sur vos lèvres. Elle est belle partout partout…..

 

La bouche de la comtesse se promenait, lascive, ardente sur le corps de Fanny. Interdite, tremblante, Fanny laissait tout faire et ne comprenait pas.

C'était bien un couple délicieux de volupté, de grâces, d'abandon lascif, de pudeur craintive. On eut dit une Vierge, une Ange, aux bras d'une Bacchante en fureur.

Gamiani ou deux nuits d'excès

J'étais étourdi, comme fou. Je m'élançai sur la belle Fanny, nu, tout en feu, pourpré, terrible. Elle eut à peine le temps de comprendre cette nouvelle attaque que, déjà triomphant, je sentais son corps souple et frêle trembler, s'agiter sous le mien répondre à chacun de mes coups. Nos langues se croisaient brûlantes, acérées, nos âmes se fondaient dans une seule.

 

Quel excès!…. Anéanti, perdu dans les bras de Fanny, je n'avais rien senti des attaques terribles de la Comtesse.

Gamiani ou deux nuits d'excèsGamiani ou deux nuits d'excès

Ce double contact de deux corps suant le plaisir, tout brulants de luxure, me ravivait encore, redoublait mes désirs.

Le feu me touchait partout. Je demeurai ferme, victorieux au pouvoir de Fanny; puis, sans rien perdre de ma position, dans ce désordre étrange de trois corps se mêlant, se croisant, s'enchevêtrant l'un dans l'autre, je parvins à saisir fortement les cuisses de la Comtesse, à les tenir écartées au dessus de ma tête.

"Gamiani! à moi! portez-vous en avant, ferme sur vos bras!"

Gamiani me comprit, et je pus à loisir poser ma langue active, dévorante sur sa partie en feu.

Fanny insensée, éperdue, caressait amoureusement la gorge palpitante qui se mouvait au dessus d'elle.

Gamiani ou deux nuits d'excès

"Oh! mes belles amies, que nulle crainte ne vienne nous troubler. Livrons-nous sans réserve….. comme si cette nuit était la dernière A la joie, à la volupté".

Et Gamiani de s'écrier: "Le sort en est jeté, au plaisir. Viens Fanny….. baise donc, folle!.. tiens!… que je te morde…. que je te suce; que Je t'aspire jusqu'à la moëlle. Alcide, en devoir… Oh! le superbe animal! quelle richesse!…"

Gamiani ou deux nuits d'excèsGamiani ou deux nuits d'excès
Gamiani ou deux nuits d'excès
Gamiani ou deux nuits d'excèsGamiani ou deux nuits d'excès

"Agenouillez-vous, ma Nièce: préparez-vous par la prière, et supportez avec courage tout le mal que Dieu veut vous infliger"

J'avais à peine obéi, qu'une porte secrète s'ouvrit, un Moine, vêtu comme nous, s'approcha de moi, marmota quelques paroles: puis, écartant ma robe et faisant tomber les pans de chaque côté, il mit à découvert toute la partie postérieure de mon corps.

Un léger frémissement échappa au Moine, extasié sans doute à la vue de ma chair; sa main se promena partout, s'arrêta sur mes fesses et finit par se poser plus bas.

"C'est par là que la femme pêche, c'est par là qu'elle doit souffrir, dit une voix sépulchrale…"

Ces paroles étaient à peine prononcées, que je me sentis battue de verges, de noeuds de corde garnis de pointes en fer. Je me cramponnai au prie-Dieu, je m'efforçai d'étouffer mes cris, mais en vain, la douleur était trop forte. (...)

Lassé sans doute, mon bourreau avait fini. (...) Je m'agitais lubriquement comme pour satisfaire un désir insatiable. Tout-à-coup deux bras nerveux m'enlacent; je ne savais quoi de chaud, de tendu, vint battre mes cuisses, se glisser plus bas et me pénétrer subitement. A ce moment, je crus être fendue en deux. Je poussai un cri affreux que couvrirent aussitôt des éclats de rire. Deux ou trois secousses terribles achevèrent d'introduire en entier le rude fléau qui m'abîmait. Mes cuisses saignantes se collaient aux cuisses de mon adversaire; il me semblait que nos chairs s'entremêlaient pour se fondre en un seul corps Toutes mes veines étaient gonflées, mes nerfs tendus. Le frottement vigoureux que je subissais, et qui s'opérait avec une incroyable agilité, m'échauffa tellement, que je crus avoir reçu un fer rouge.

Je tombai bientôt dans l'extase, je me vis au Ciel. Une liqueur visqueuse et brûlante vint m'inonder rapidement, pénétra jusqu'à mes os, chatouilla jusqu'à la moëlle…. oh! c'était trop…. je fondais comme une lave ardente…. Je sentais courir en moi un fluide actif dévorant, j'en provoquais l'éjaculation par secousses furieuses et je tombai épuisée dans un abîme sans fin de volupté inouïe.

Ma volupté se changea en douleur atroce. Je fus horriblement brutalisée. Plus de vingt Moines se ruèrent à leur tour en cannibales effrénés...

Gamiani ou deux nuits d'excès
Gamiani ou deux nuits d'excès

Récit d’Alcide

L'humeur échauffée de plus en plus, et trop abondante, se portait dans ma tête et les parties de feu dont elle était remplie, frappant vivement contre la vitre de mes yeux, y causait une sorte de mirage éblouissant.

 

(…) Il me semblait que je nageais dans une lumière limpide et douce, suave comme un pâle reflet de la Lune dans une belle nuit d'été. Et, voilà que du point le plus éloigné, accourent à moi, vaporeuses, aëriennes comme un essaim de papillons dorés, des myriades infinies de jeunes filles nues, éblouissantes de fraîcheur, transparentes comme des statues d'albâtre.

 

Je m'élançais devant mes Sylphides, mais elles s'échappaient rieuses et folâtres. Leurs groupes délicieux se fondaient un instant dans l'azur et puis reparaissaient plus vifs, plus joyeux. Bouquets charmants de figures ravissantes qui toutes me donnaient un fin sourire, un regard malicieux.

 

Peu-à-peu, les jeunes filles s'éclipsèrent. Alors, vinrent à moi des femmes dans l'âge de l'amour et des tendres passions.

 

Les unes vives, animées, au regard de feu, aux gorges palpitantes: les autres pâles et penchées, comme des vierges d'Ossian. Leurs corps frêles, voluptueux, se dérobaient sous la gaze. Elles semblaient mourir de langueur et d'attente: elles m'ouvraient leurs bras et me fuyaient toujours.

 

Je m'agitais lubriquement sur ma couche; je m'élevais sur mes jambes et mes mains, secouant frénétiquement mon glorieux Priape. Je parlais d'amour, de plaisir. Dans les termes les plus indécents — mes souvenirs classiques se mêlant un instant à mes rêves, je vis Jupiter en feu, Junon maniant sa foudre; je vis tout l'Olympe en rut dans un désordre, un pèle-mèle étranges; après, j'assistai à une orgie, une bacchanale d'enfer: Dans une caverne sombre et profonde, éclairée par des torches puantes, aux lueurs rougeâtres; des teintes bleues et vertes se refluaient hideusement sur les corps de cent Diables aux figures de bouc, aux formes grotesquement lubriques.

 

Les uns lancés sur une escarpolette, superbement armés, allaient fondre sur une femme, la pénétraient subitement de tout leur dard et lui causaient l'horrible convulsion d'une jouissance rapide, inattendue. D'autres, plus lutins, renversaient une prude, la tête en bas, et tous, avec un rire fou, à l'aide d'un mouton, lui enfonçaient un riche priape de feu, lui martelant à plaisir l'excès des voluptés. On en voyait encore quelques-uns, la mèche en main, allumant un canon d'où sortait un membre foudroyant que recevait inébranlable, les cuisses écartées, une Diablesse frénétique.

 

(…) Dans un espace plus élevé, les diables du premier rang se divertissaient jovialement à parodier les mystères de notre sainte religion

 

Une Nonne toute nue, prosternée, l'oeil béatifiquement tourné vers la voûte, recevait avec une dévotieuse ardeur la blanche communion que lui donnait, au bout d'un fort honnête goupillon, un grand diable crossé, mîtré tout à l'envers. Plus loin, une Diablotine recevait à flots sur son front le baptême de vie; tandis qu'une autre, feignant la moribonde, était expédiée avec une effroyable profusion de Saint Viatique.

 

Un maître diable, porté sur quatre épaules, balançait fièrement la plus énergique démonstration de sa jouissance érotico-satanique et, dans ses moments d'humeur répandait a flots la liqueur bénite. Chacun se prosternait à son passage. C'était la procession du Saint Sacrement…

Gamiani ou deux nuits d'excèsGamiani ou deux nuits d'excès

Lorsque je fus revenu de ces accès terribles, je me sentis moins lourd, mais plus abattu. Trois femmes jeunes encore et vêtues d'un simple peignoir blanc, étaient assises près de mon lit.

"O mes belles amies! m'écriai-je, je veux être heureux, heureux à l'excès, je veux mourir dans vos bras. Prêtez-vous à mes transports, à ma folie"

Et voilà que chacun se meut, s'agite, s'excite au plaisir.

Je dévore des yeux cette scène animée, ces mouvements lascifs, ces poses insensées. Les cris, les soupirs se croisent, se confondent: bientôt le feu circule dans mes veines. Je frissonne tout-entier. Mes deux mains battent une gorge brûlante, ou se portent frénétiques, crispées, sur des charmes plus secrets encore. Ma bouche les remplace. Je suce avidement, je ronge, je mords. On me crie d'arrêter, que je tue, et je redouble encore.

Je sentais le délire approcher une troisième fois Je poussai avec fureur. Mes trois belles perdirent à la fois l'équilibre et leurs sens. Je les reçus dans mes bras, pamées, expirantes et je me sentis abîmé, inondé.

Joies du Ciel ou de l'Enfer! c'étaient des torrents de feu qui ne finissaient pas.

Gamiani ou deux nuits d'excès

Médor! Médor! prends moi! Prends!

A ce cri un chien énorme sort d'une cache, s'élance sur la Comtesse et se met en train de lécher ardemment un clitoris dont la pointe sortait rouge et enflammée.

La Comtesse criait à haute voix: hai! hai! hai! forçant toujours le ton à proportion de la vivacité du plaisir. On aurait pu calculer les gradations du chatouillement que ressentait cette effrénée Calymanthe.

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Du lait! du lait! Oh! du lait!

Je ne pouvais comprendre cette exclamation, véritable cri de détresse et d'agonie, lorsque Julie parut armée d'un énorme godmiché rempli d'un lait chaud, qu'un ressort faisait à volonté jaillir à six pas. (…) Je ne pouvais croire, qu'il y aurait introduction, lorsqu'à ma grande surprise, cinq ou six attaques forcenées, au milieu de cris aigus et déchirants, suffirent pour engloutir et dérober cette énorme machine. La Comtesse souffrait comme une damnée: raide, sans mouvement, pareille à un marbre, on eut dit la Cassandre de Casani .

Le va-et-vient s'opérait avec une habileté consommée, lorsque Médor dépossédé, et toujours docile à sa leçon, se jette incontinent sur la mâle Julie, dont les cuisses entr'ouvertes et en mouvement, laissaient à découvert le plus délicieux régal. Médor fit tant-et-si bien, que Julie s'arrêta subitement, se pâma abîmée de plaisir.

Irritée d'un retard qui prolongeait sa douleur et différait son plaisir, la malheureuse Comtesse jurait, maugréait comme une perdue.

Revenue à elle, Julie recommence bientôt et avec plus de force. A une secousse fougueuse de la Comtesse, à ses yeux clos, à sa bouche béante, elle comprend que l'instant approche, son doigt lache le ressort.

Ah! ah!… arrête… je fonds…. hai! hai! je jouis!…. oh!...

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Mes tribades se tenaient enfourchées l'une dans l'autre, cherchant à mêler leurs duvets touffus, à frotter leurs parties ensemble. Elles s'attaquaient, se refoulaient avec un acharnement et une vigueur que l'approche du plaisir peut seul donner à des femmes. On aurait dit qu'elles voulaient se fendre, se croiser tant leurs efforts étaient violents, tant leur respiration haletait bruyante. Ai! ai! s'écriait Fanny, je n'en puis plus, cela me tue. Va seule. Va!…. encore, répondait Gamiani Je touche au bonheur. Pousse! Tiens donc! tiens…. Je m'écorche, je crois. Ah! je sens, je coule…. Ah! ah! ah!… La tête de Fanny retombait sans force. Gamiani roulait la sienne, mordait les draps, mâchait ses cheveux flottant sur elle. Je suivais leurs élans, leurs soupirs; j'arrivai comme elles au comble de la volupté.

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La Supérieure [Sainte] me rassura par quelques plaisanteries et me divertit surtout en me racontant la perte de son pucelage.

À force de se tourmenter l’esprit, ma nymphomane se remémora que le singe est, de tous les animaux, celui qui ressemble le plus à l’homme. Son père avait précisément un superbe orang-outang. Elle courut le voir, l’étudier, et comme elle restait longtemps à l’examiner, l’animal échauffé sans doute par la présence d’une jeune fille, se développa tout à coup de la façon la plus brillante. Sainte se mit à bondir de joie. Elle trouvait enfin ce qu’elle cherchait tous les jours, ce qu’elle rêvait chaque nuit. Son idéal lui apparaissait réel et palpable. Pour comble d’enchantement, l’indicible joyau s’élançait plus ferme, plus ardent, plus menaçant qu’elle ne l’eût jamais ambitionné. Ses yeux le dévoraient. Le singe s’approcha, se pendit aux barreaux et s’agita si bien que la pauvre Sainte en perdit la tête. Poussée par sa folie, elle force un des barreaux de la cage et pratique un espace facile que la lubrique bête met de suite à profit. Huit pouces francs, bien prononcés, saillaient à ravir. Tant de richesse épouvanta d’abord notre pucelle. Toutefois, le diable la pressant, elle osa voir de plus près ; sa main toucha, caressa. Le singe tressaillit à tout rompre ; sa grimace était horrible. Sainte, effrayée, crut voir Satan devant elle. La peur la retint. Elle allait se retirer lorsqu’un dernier regard jeté sur la flamboyante amorce réveille tous ses désirs. Elle s’enhardit aussitôt, relève ses jupes d’un air décidé et marche bravement à reculons, le dos penché vers la pointe redoutable. La lutte s’engage, les coups se portent, la bête devient l’égale de l’homme. Sainte est embestialisée, dévirginée, ensingée ! Sa joie, ses transports éclatent en une gamme de oh ! et de ah ! mais sur un ton si élevé que la mère entend, accourt, et vous surprend sa fille bien nettement enchevillée, se tortillant, se débattant et déjectant son âme !

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Je consentis joyeusement à être initiée aux mystères des Saturnales monastiques. Mon admission ayant été adoptée au chapitre, je fus présentée deux jours après. J'arrivai nue selon la règle. Je fis un serment exigé et, pour achever la cérémonie, je me prostituai courageusement à un énorme Priape de bois disposé à cet effet. J'achevais à peine une douloureuse libation que la bande des soeurs se rua sur moi plus pressée qu'une troupe de cannibales. Je me prétai à tous les caprices, je pris les poses les plus lubriquement énergiques, enfin je terminai par une danse obscène et je fus proclamée victorieuse. J'étais exténuée. Une petite nonne, bien vive, bien éveillée, plus raffinée que la supérieure, m'entraina dans son lit: C'était bien la plus damnée Tribade que l'enfer put créer. Je conçus pour elle une vraie passion de chair et nous fumes presque toujours ensemble pendant les grandes orgies nocturnes.

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La première fois que je fus mise à l'épreuve, j'étais dans le délire du vin. Je me précipitai violemment sur la sellette, défiant toutes les nonnes. L'âne fut à l'instant dressé devant moi, à l'aide d'une courroie. Son braquemard terrible, échauffé par les mains des sœurs, battait lourdement sur mon flanc. Je le pris à deux mains, je le plaçai à l'orifice: et, après un chatouillement de quelques secondes, je cherchai à l'introduire. Mes mouvements aidant, ainsi que mes doigts et une pommade dilatante, je fus bientôt maîtresse de cinq pouces au moins. Je voulus pousser encore, mais je manquai de forces, je retombai. Il me semblait que ma peau se déchirait, que j'étais fendue, écartelée. C'était une douleur sourde, étouffante, à laquelle se mêlait pourtant une irritation chaleureuse, titillante et sensuelle. La bête remuant toujours produisait un frottement si vigoureux que toute ma charpente vertébrale était ébranlée. Mes canaux spermatiques s'ouvrirent et débondèrent. Ma cyprine brûlante tressaillit un instant dans mes reins Oh! quelle jouissance! Je la sentais courir en jets de flamme et tomber goutte à goutte au fond de ma matrice. Tout en moi ruisselait d'amour. Je poussai un long cri d'énervement et je fus soulagée…. Dans mes élans lubriques j'avais gagné deux pouces; toutes les mesures étaient passées, mes compagnes étaient vaincues. Je touchais aux bourrelets, sans lesquels on se serait éventrée.

 

Epuisée, endolorie dans tous les membres, je croyais mes voluptés finies lorsque l'intraitable fléau se roidit de plus belle, me sonde, me travaille et me tient presque levée. Mes nerfs se gonflent, mes dents se serrent et grincent. Mes bras se tendent sur mes deux poings crispés. Tout-à-coup un jet violent s'échappe et m'inonde d'une pluie chaude et glueuse, si forte, si abondante, qu'elle semble regorger dans toutes mes veines et toucher jusqu'au cœur. Mes chairs lachées, détendues par ce baume exubérant, ne me laissent plus sentir que des félicités poignantes qui me piquent les os, la moelle, la cervelle et les nerfs, dissolvent mes jointures et me mettent en fusion brûlante…. torture délicieuse! intolérable volupté qui défait les liens de la vie et vous fait mourir avec ivresse.

Gamiani ou deux nuits d'excès

Après une grande orgie, nous eûmes l'idée de nous transformer en hommes, à l'aide d'un godemiché attaché, de nous embrocher de la sorte à la suite les unes des autres; et de courir ensuite comme des folles. Je formais le dernier anneau de la chaîne, j'étais la seule par conséquent qui chevaucha sans être chevauchée. Quelle fut ma surprise lorsque je me sentis vigoureusement assaillie par un homme nu qui s'était, je ne sais comment, introduit parmi nous. Au cri d'effroi qui m'échappa, toutes les nonnes se débandèrent et vinrent s'abattre incontinent sur le malheureux intrus.

Gamiani ou deux nuits d'excès
Gamiani ou deux nuits d'excèsGamiani ou deux nuits d'excès

Dès que les nonnes comprirent que ce malheureux n'était plus bon à rien, elles décidèrent sans hésiter qu'il fallait le tuer et l'ensevelir dans une cave, de peur que ses indiscrétions ne vinssent à compromettre le couvent. (….) Mais voilà, à la grande surprise de ces furies, que la pendaison produit son effet ordinaire. Emerveillée de la démonstration nerveuse, la Supérieure monte sur un marchepied et, aux applaudissements frénétiques de ses dignes complices, elle s'accouple dans l'air avec la mort et s'encheville à un cadavre.

Trop mince ou trop usée pour soutenir ce double poids, la corde cède et se rompt. Mort et vivant tombent à terre et si rudement que la nonne en a les os rompus et que le pendu dont la strangulation s'était mal opérée revient à la vie et menace dans sa tension nerveuse d'étouffer la supérieure.

La foudre tombant sur une foule produirait moins d'effet que cette scène, sur les nonnes. Toutes s'enfuirent épouvantées croyant que le diable était avec elles; la supérieure resta seule à se débatte avec l'intempestif ressuscité.

Gamiani ou deux nuits d'excès

Il m'arriva dans une matinée, de fournir jusqu'à trente deux courses et de désirer encore. Six athlètes furent vaincus et abîmés.

Un soir je fis mieux. J'étais avec trois de mes plus vaillans champions. Mes gestes et mes discours les mirent en si belle humeur, qu'il me vint une idée diabolique, pour la mettre à profit je priai le plus fort de se coucher à la renverse et tandis que je festoyais à loisir sur sa rude machine, je fus lestement gomorhisée par un second: ma bouche s'empara du troisième et lui causa un chatouillement si vif qu'il se demena en vrai démon et poussa les exclamations les plus passionnées Tous trois à la fois nous éclatames de plaisir en roidissant nos quatre membres. Quelle ardeur dans mon palais! quelle jouissance délicieuse au fond de mes entrailles!….

Gamiani ou deux nuits d'excès

A genoux entre les jambes de Fanny, elle s'attachait son redoutable instrument et le brandissait d'un air menaçant.

A cette vue les transports de Fanny redoublent plus violents, il semble qu'un feu intérieur la tourmente et la pousse à la rage. Ses cuisses écartées se prêtent avec effort aux attaques du simulacre monstrueux. L'insensée! elle eut à peine commencé cet horrible supplice qu'une étrange convulsion la fit bondir en tous sens.

-  Hai! hai! la liqueur brûle, hai! mes entrailles. Mais cela pique, cela perce! Ah! je vais mourir!…. Vile et damnée sorcière, tu me tiens…. Tu me tiens…. ah!…

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 16:20
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Le Portier des Chartreux fait figure de référence chez Michel Foucault dans La Volonté de savoir, introduction à son Histoire de la sexualité. Roman libertin qui fut sévèrement jugé en son temps : « Enfin toutes les règles du roman sont violées dans celui-ci : religion, moeurs, honnêteté, vérité, vraisemblance, rien n'est ménagé. »

 

Mais néanmoins connut une popularité dont témoigne Pascal Pia par cet épisode : en 1746 une dame d'honneur des filles de Louis XV se fit blâmer pour son manque de vigilance: on avait surpris la princesse Adélaïde, alors âgée de quatorze ans, en possession d'un exemplaire de cet horrible livre.

 

Livre que cite, notamment, Thérèse Philosophe, puisque c’est sa lecture qui amène Mme C, malgré la crainte de la grossesse, à céder aux instances de l’abbé T.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Saturnin, futur Dom Bougre, est le fruit “de l’incontinence des révérends pères célestins de la ville de R…” et d’une moniale. Car “tout homme est homme, et les moines surtout. Ils ont donc la faculté de travailler à la propagation de l’espèce. Eh ! pourquoi la leur interdirait-on ? Ils s’en acquittent si bien!

       Devenu Dom Bougre, Portier des Chartreux, sur la fin de sa vie – en tout cas luxurieuse – il trouve la force d’écrire ses égarements pour l’édification de ses frères. Malgré ses fins édifiantes, le récit conte avec alacrité les aventures rocambolesques de Saturnin, sa sœur Suzon et Monique son amie, et la vie au monastère de notre héros.

J’avais les dispositions toutes monacales. Guidé par le seul instinct, je ne voyais pas une fille que je ne l’embrassasse, que je ne lui portasse la main partout où elle voulait bien la laisser aller ; et quoique je ne susse pas bien positivement ce que j’aurais fait, mon cœur me disait que j’en aurais fait plus, si l’on ne m’eût arrêté dans mes transports.” Comme on le voit, bien qu’il se crût le fils du jardinier et de sa Toinette d’épouse, ses inclinations décelaient sa naissance.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Tout naturellement, Saturnin entrera dans les ordres: "J'entre dans une nouvelle carrière. Destiné par ma naissance à augmenter le nombre de ces pourceaux sacrés que la piété des fidèles nourrit dans l'abondance, j'avais reçu de la Nature les plus heureuses dispositions pour cet état, et l'expérience avait déjà commencé à perfectionner ses présents." Ces dispositions naturelles sont celles qui déterminent l'essence même du moine : "Quelles foules de caractères odieux n'aurais-je pas à tracer si je voulais vous peindre ceux de tous les moines! Change-t-on d'inclination pour changer d'habit? Non, le buveur est toujours ivrogne, le voleur est toujours voleur, l'impudent toujours impudent et le fouteur est toujours fouteur."

 

En bon moine, il fait aussi l’éloge de la bisexualité : « Est-il rien de plus charmant qu’un joli giton, blancheur de peau, épaules bien faites, belle chute de reins, fesses dures, rondes, un cul d’un ovale parfait, étroit, serré, propre, sans poil ? Ce n’est pas là de ces conasses, de ces gouffres où on entre tout botté. Je te vois, censeur atrabilaire, tu me reproches mon inconstance, en ce que je loue tantôt le con, tantôt le cul. Apprends, nigaud, que j’ai pour moi l’expérience, que j’enfile une femme, quand elle se présente, et que je prends mes ébats avec un beau garçon. Allez à l’école des sages de la Grèce, allez à celle des honnêtes gens de notre temps, vous apprendrez à vivre. »

 

Avant le prélat de Mirabeau, dans Hic et Hec - « Qu'importe à la société que je satisfasse mes besoins physiques ou que je m'en prive, pourvu que je ne nuise pas au bonheur d'autrui, que je ne lui enlève pas sa propriété, que je n'altère pas ses jouissances et que je ne lui cause ni chagrin ni douleur ? » - Le Portier des Chartreux pourrait porter en devise « Pour vivre débauché, vivons caché »

 

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Jouir des droits naturels

Au couvent de Saturnin, une double politique est en vigueur; vérité en deçà des murs, fausseté au-delà: «donner, dit Ie prieur, tout à la [nature] dans l'intérieur de nos cloîtres, et Ie plus que nous pouvons à l'austérité, à l'extérieur». Cependant un comportement fidèle à la nature ne doit pas faire oublier la solidarité entre collègues, et toute réaction individuelle susceptible de nuire à la communauté est sévèrement punie. Prudents, les moines s'entourent, par surcroit, d'une double protection. La «piscine», sorte de harem permanent à l'intérieur du couvent des Chartreux, est bien camouflée et «impossible à découvrir», et, précise Ie prieur, «pour plus de sureté, nous n'admettons [...] que ceux à qui leur propre intérêt impose la discrétion, ceux qui ont reçu la qualité de prêtre». Le plaisir de l'interdit a aussi son prix.

 

Aussi longtemps que les secrets d'alcôve demeurent étanches, ils ne font de tort à personne. Ils ne sont plus dès lors ni un péché ni un crime. Ainsi, toute relation sexuelle illicite ne l'est qu'aux yeux de ceux qui l'ont décrétée telle. La maintenir cachée, c'est jouir des droits «naturels» en faisant fi des lois des hommes, aussi bien civiles que religieuses. (Jacqueline Chammas)

 

Cette philosophie libertine-libertaire n’est pas si éloignée de la réalité.

Ainsi Dom Bougre, ou Saturnin, désignerait l'abbé Desfontaines et ses aventures lubriques. « L’abbé Duval des Fontaines, attire chez lui des jeunes gens pour les corrompre, et il en fait souvent coucher avec lui. Si on veut s’informer exactement de sa conduite, on trouvera qu’il n’a point ou peu de religion, qu’il fait gras sans nécessité les jours maigres, et qu’il est en commerce avec de petits et jeunes libertins, avec lesquels il fait des parties de débauche(…)  on peut le regarder comme une peste publique…» François Ravaissaon, Archives de la Bastille, t. 12, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 1881, p. 102-3.

Après avoir échappé à l’exécution puis au bannissement (grâce à Voltaire à qui, selon l’effet Perrichon, il vouera une haine tenace). « L’abbé Desfontaines n’avait pas changé de mœurs, mais seulement de quartier. […] Il ne se risquait plus à avoir à demeure des jeunes gens qui, sous couleur de travailler avec lui, étaient en réalité ses bardaches. […] Mais il se contentait désormais de ces jeunes Savoyards qui venaient ramoner les cheminées et montrer les marmottes. Beaucoup de ces enfants se prêtaient au « péché philosophique ». On les débarbouillait quand ils descendaient des toits, et les pédérastes se les passaient les uns aux autres. Avec sa cheminée, Desfontaines se croyait désormais à l’abri des investigations de la police. » (Roger Peyrefitte)

 

Dom Bougre le décrit, en fait, sous les traits d’un autre moine : « Le père Casimir était d’une taille médiocre, brun de visage, d’un ventre de prélat. Il avait des yeux qui vous enculaient de cent pas, et qui ne s’attendrissaient qu’à la vue d’un joli garçon. Alors le bougre, en rut, hennissait. Sa passion pour l’antiphysique était si bien établie, que les Savoyards le redoutaient. Aisément l’on tombait dans ses filets ; il était auteur et bel esprit à la mode ; censeur caustique, écrivain sec, plaisant sans légèreté, ironique sans délicatesse. Il s’était fait un nom par des écrits qui n’avaient d’autre mérite que celui de la méchanceté. »

 

Mais cet abbé, par ailleurs critique littéraire, n’est, si l’on peut dire, qu’un échantillon, ayant par trop manqué au devoir de discrétion, de la débauche assez générale du clergé de l’époque.

Chez la fameuse Gourdan, raconte Tailhade*, une des «procureuses» les plus célèbres du XVIIIe siècle, «on trouvait des frocs dans tous les recoins, [...] cordeliers, augustins, mineurs, feuillants, récollets, jésuites, prémontrés», tous venus en cachette et assurés de la discrétion de leur hôtesse. L'archevêque de Cambrai y avait ses habitudes, l’évêque de Sisteron, Mgr Lafiteau, y attrapa, aux dires de l’abbé de Tencin, «un mauvais souvenir de son séjour» et, en 1783, Mgr de Brienne, archevêque de Toulouse, confirme, dans sa correspondance, ses habitudes chez celle qu'il appelait sa «chère comtesse».

«Nul à cette époque, note Tailhade*, ne se scandalisait des débauches du clergé et des moines», si bien que, devant une telle désinvolture, Ie roi « nomma une commission d' évêques dans Ie but de réprimer les orgies du bas clergé», ce qui fit les délices des chansonniers: «On a choisi cinq évêques paillards / Tous rongés de vérole et de chancre, / Pour réformer des moines trop gaillards, / Peut-on blanchir l’ébène avec de l'encre?». Par ailleurs, l’abbé de Voisenon vivait en parfaite harmonie, dans un ménage à trois, avec Ie couple Favart et la Chantilly. La relation «était trop connue et trop affichée pour ne pas exciter [elIe aussi] la verve des chansonniers» …

 

Le Cardinal de Bernis, qui portait un jugement sévère sur ces mômeries, en tant qu’ambassadeur à Venise était, si l’on en croit Casanova, amateur de très jeunes nonnes. (Daversin et Janssen)

 

C’est donc, à juste titre, que Dom Bougre plaide pour la véracité de son récit : « Si I'on se plaint que la vraisemblance n'y est pas ménagée, qu'on se souvienne que ce ne sont pas ici de ces jeux de I'imagination que I'on compose, que I'on manie avec adresse pour ménager la crédulité du lecteur, mais qu'ils sont exactement vrais et que la vraisemblance n’est pas toujours Ie signe distinctif de la vérité. [ ... ] Les Bénédictins, les Cordeliers, les Carmes, les Jésuites et tant d'autres travaillent tous les jours à me justifier. On en sait mille histoires, sans celles que I'on ne sait pas. »

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

L’ouvrage est attribué à Jean-Charles Gervaise de Latouche,avocat au Parlement de Paris (1715-1783). On ne sait pratiquement rien de lui, sinon qu’il fut qualifié d’être "un monstre dans la société et un empoisonneur public".

 

« Ce qui parcourt ce roman-là, c'est le feu. Dans l'érotisme le plus classique, on est dans l'art érotique des positions, dans la représentation. Et là, on arrive avec un érotisme qui n'est pas dans la distance, de l'alignement parfait des corps, mais dans le feu qui va dévorer les personnes qui ressentent du désir. » Caroline Allard

 

* Les Mystères Des Couvents Au XVIIIe Siecle. D'après les textes réunis par Mme M.L.Laurent Tailhade

 

 

 L’ouvrage est paru sous différents titres : Le Portier des Chartreux, Histoire de Dom Bougre portier des Chartreux (Dom Bougre pouvant devenir Dom B.), Histoire de Dom Bougre ou les Mémoires de Saturnin, Le Portier des Chartreux (par Gervaise de la Touche) ou mémoires de Saturnin, écrits par lui-même, Les Mémoires de Saturnin, écrits par lui-même, Histoire de Saturnin, portier des chartreux, écrite par lui-même, notre Dom Bougre, dans certaines éditions deviendra Gouberdom : Histoire de Gouberdom, portier des chartreux. La première édition est de 1741. Comme Fanny Hill et Gamiani, il fut un des ouvrages licencieux du 18e et 19e siècles des plus réédités. Il fut illustré, entre autres par Antoine Borel et Paul Avril.

Un anonyme donnera ensuite les  Mémoires de Suzon sœur de Dom Bougre portier des Chartreux suivi de l’Histoire de Marguerite fille de Suzon nièce de Dom Bougre La Cauchoise

 

A.− Vx. Sodomite :
1. Il [Ravaillac] entendit en pleine chaire les prêtres et les moines traiter ce Roi [Henri IV] de bâtard et de bougre qui traînait derrière lui des bandes de larrons incestueux, de faussaires et d'athées... J. et J. Tharaud, La Tragédie de Ravaillac,1913, p. 18.

 

 

EXTRAITS

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Un jour qu’on me croyait à l’école, j’étais resté dans un petit réduit où je couchais En cherchant doucement avec la main si je ne trouverais pas quelque trou à la cloison, j’en sentis un qui était couvert par une grande image. Je la perçai et me fis jour. Quel spectacle ! Toinette nue comme la main, étendue sur son lit, et le père Polycarpe, procureur du couvent, qui était à la maison depuis quelque temps, nu comme Toinette, faisant… quoi ? ce que faisaient nos premiers parents, quand Dieu leur eut ordonné de peupler la terre Toinette avait les jambes écartées, il semblait que sa paillardise fût d’accord avec ma curiosité pour ne me rien laisser à désirer.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Je me laissai prendre la main, qu’elle porta aussitôt à sa fente, en me disant de la chatouiller avec mon doigt dans le haut de cet endroit. Je le fis par amitié pour elle. J’attendais qu’elle me dît de finir, mais elle ne disait mot, écartait seulement les jambes et respirait un peu plus vite qu’à l’ordinaire, en jetant de temps en temps quelques soupirs et en remuant le derrière. Je crus qu’elle se trouvait mal, et je cessai de faire aller le doigt. — Ah ! Suzon, me dit-elle d’une voix entrecoupée, achève ! Je continuai. Ah ! s’écria-t-elle en s’agitant bien fort et en m’embrassant étroitement, dépêche, ma petite reine, dépêche ! Ah ! ah ! vite, ah !… je me meurs ! Au moment qu’elle disait cela, tout son corps se roidit et je me sentis de nouveau la main mouillée ; enfin, elle poussa un grand soupir et resta sans mouvement

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

J’avais mille fois ouï parler de godmiché : je savais que c’était avec cet instrument que nos bonnes mères se consolaient des rigueurs du célibat.

Je me jetai sur mon lit, mon cher godmiché à la main ; mais, ma chère Suzon, quelle fut ma douleur quand je vis que je ne pouvais pas le faire entrer ! Je me désespérai, je fis des efforts capables de déchirer mon pauvre petit conin. Je rentr’ouvrais, et, appuyant le godmiché dessus, je me faisais un mal insupportable. Je ne me rebutais pas. Je crus que si je me frottais avec de la pommade, cela m’ouvrirait davantage. J’en mis ; j’étais en sang, et ce sang mêlé avec la pommade et ce que la fureur où j’étais faisait sortir de mon con avec un plaisir qui me transportait, aurait sans doute ouvert le passage, si l’instrument n’eût été d’une grosseur prodigieuse. Je voyais le plaisir près de moi, et je n’y pouvais atteindre. J’étais forcenée, je redoublais mes efforts, mais inutilement, le godmiché maudit rebondissait et ne me laissait que la douleur.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

On me tenait étroitement embrassée par derrière. Au moment que j’ouvris les yeux, je les refermai de plaisir et n’eus pas la force de regarder celui qui me le donnait. Je me sentis inondée d’une liqueur chaude, et quelque chose de dur et de brûlant que l’on m’enfonçait en jetant des soupirs. Je soupirais aussi, et dans le moment une liqueur semblable que je sentais s’échapper de toutes les parties de mon corps, avec des élancements délicieux, se mêlant avec celle que l’on répandait une seconde fois, me fit retomber sans mouvement sur mon prie-Dieu.

 

  Il était au rendez-vous, aussi amoureux, aussi impatient que j’avais été ponctuelle. J’étais vêtue fort légèrement ; il faisait chaud, et je m’étais aperçue la veille que les jupes, les corps, les mouchoirs de gorge, tout cela était trop embarrassant. Sitôt que je sentis la porte ouverte, un tressaillement de joie me coupa la parole. Je ne la recouvrai que pour appeler mon cher Martin à voix basse : il m’attendait ; il accourut dans mes bras, me baisa ; je lui rendis caresse pour caresse. Nous nous tînmes longtemps étroitement serrés. Revenus des premiers mouvements de notre joie, nous cherchâmes réciproquement à en exciter de plus grands. Je portai la main à la source de mes plaisirs ; il porta la sienne où je l’attendais avec impatience. Il fut bientôt en état delà contenter. Il se déshabilla, me fit un lit de ses habits : je me couchai dessus.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

L'une de mes cuisses était sur le ventre de Monique, l’autre sous ses fesses : mon ventre et mes fesses étaient de même entre ses cuisses ; étroitement collées l’une contre l’autre, nous nous pressions en soupirant, nous nous frottions réciproquement, nous répandions à chaque instant. Les sources de notre plaisir, gonflées par un jaillissement continuel, qui n’ avait d’autre issue que de passer de l’une dans l’autre, étaient comme deux réservoirs de délices où nous mourrions plongées sans sentiment, où nous ne ressuscitions que par l’excès du ravissement. L’épuisement seul mit fin à nos transports.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Les voici ! lui dis-je en lui faisant signe de se taire et en la remuant sur le lit ; les voici, ma chère Suzon !

— Laisse-moi donc voir aussi ! me dit-elle en me repoussant un peu.  Curieux alors de savoir si l’exemple opérait, je commençai par lui couler la main sous la jupe.

Enfin, je gagnai le but. Suzon m’abandonna tout, sans pousser plus loin sa résistance ; elle écartait les jambes pour laisser à ma main la facilité de se contenter. J’en profitai, et portant le doigt à l’endroit sensible, à peine pouvait-il y entrer.

— Je te tiens, Suzon ! lui dis je alors ; et levant son jupon par derrière, je vis, ah ! je vis le plus beau, le plus blanc, le mieux tourné, le plus ferme, le plus charmant petit cul qu’il soit possible d’imaginer. Non, aucun de ceux à qui j’ai fait le plus de fête, aucun n’a jamais approché du cul de ma Suzon. Fesses divines dont l’aimable coloris l’emportait sur celui du visage ; fesses adorables, sur lesquelles je collai mille baisers amoureux, pardonnez si je ne vous rendis pas alors l’hommage qui vous était dû ; oui, vous, méritiez d’être adorées ; vous méritiez l’encens le plus pur ; mais vous aviez un voisin trop redoutable. Je n’avais pas encore le goût assez épuré pour connaître votre véritable valeur : je le croyais seul digne de ma passion. Cul charmant, que mon repentir vous a bien vengé !

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

...je m’y prenais fort mal : trop bas, trop haut, me consumant en efforts inutiles. Elle me le mit. Ah ! Que je sentais alors qu’il était dans le véritable chemin ! Je poussais avec ardeur ; mon lit, ce malheureux lit, témoin de mes transports et de mon bonheur, nous trahit : il n’ était que de sangle ; la cheville manqua, il tomba et fit un bruit affreux. Cette chute m’eût été favorable, puisqu’elle m’avait fait entrer jusqu’où je pouvais aller, quoique avec une extrême douleur pour tous les deux. Toinette, avertie par le bruit, accourut, ouvrit et nous vit. Quel spectacle pour une mère ! une fille, un fils ! La surprise la rendit immobile ; et comme si elle eût été retenue par quelque chose de plus puissant que ses efforts, elle ne pouvait avancer…Suzon donna alors un signe de vie, jeta un profond soupir, rouvrit les yeux, me serra en donnant un coup de cul, Suzon goûtait le souverain plaisir ; elle déchargeait : ses ravissements me faisaient plaisir ; j’allais les partager. Toinette s’élança au moment où je sentais les approches du plaisir ; elle m’arracha des bras de ma chère Suzon.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Elle me regarda, me serra la main et se coucha. Je crus que l’heure du berger allait sonner, et déjà je préparais l’aiguille, quand tout à coup elle s’endormit. Je mis la tête aux pieds de la dame, et, le visage contre terre, je cherchai à pénétrer dans le pays de l’amour ; mais je ne vis rien. Je coulai la main sur la cuisse et j’avançai jusqu’au pied du mont. Déjà je touchais à l’entrée de la grotte, et je croyais y borner mes désirs. Je commençai à lever doucement le jupon. Ses jambes étaient décroisées, son genou droit élevé, et le jupon tombé sur son ventre, et je vis ses cuisses, ses jambes, sa motte, son con ! Ce spectacle me charma. J’y mis le doigt, je le chatouillai un peu ; le mouvement qu’elle avait fait ayant écarté ses jambes, j’y portai aussitôt la bouche en tâchant d’y enfoncer la langue. Je bandais d’une extrême force.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Mon vit avait repris toute sa roideur, mes désirs renaissaient avec une nouvelle vivacité. Attends donc, reprit-elle, attends, mon ami, je veux te donner un plaisir nouveau, je veux te foutre à mon tour : couche-toi comme je l’étais tout à l’heure. Je me couchai aussitôt sur le dos ; elle monta sur moi, me prit elle-même le vit, me le plaça, et et se mit à pousser. Je ne remuais pas ; elle faisait tout, et je recevais le plaisir. Je la contemplais, elle interrompit son ouvrage pour m’accabler de baisers ; ses tétons cédaient au mouvement de son corps et venaient se reposer sur ma bouche. Une sensation voluptueuse m’avertit de l’approche du plaisir. Je joignis mes élancements à ceux de ma fouteuse, et nous nageâmes bientôt dans le foutre.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

- Mets ta tête à mes pieds, et tes pieds à la mienne. Je le fis. Mets ta langue dans mon con, et moi je vais mettre ton vit dans ma bouche. Nous y voilà ! Cher ami, que tu me fais de plaisir ! Dieux ! qu’elle m’en faisait aussi ! Je lui dardais ma langue le plus avant que je pouvais ; j’aurais voulu y mettre la tête, m’y mettre tout entier ! Je suçais son clitoris ; j’allais chercher un nectar rafraîchissant jusqu’au fond de son con. Mme Dinville me tenait le derrière serré et je pressais ses fesses : elle me branlait avec la langue et avec les lèvres. Nous déchargeâmes en même temps ; je pressai dans ce moment, je couvris avec mes lèvres tout le con de ma fouteuse ; je reçus dans ma bouche tout le foutre qui en sortait : je l’avalai ; elle en fit autant de celui qui sortait de mon vit.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Qu’on se figure M. le curé, nu, en caleçon, un bonnet gras sur la tête, ses petits yeux étincelants, sa grande bouche écumante, frappant comme un sourd sur l’abbé et sur la nièce. Qu’on se représente ces deux amants, la belle tremblante et s’enfonçant dans son lit, l’abbé se cachant sous la couverture et n’en sortant que pour allonger de temps en temps des coups de poing sur le visage du pasteur. Qu’on se trace la figure d’une mégère en chemise, qui, la chandelle à la main, s’approche, veut crier, demeure interdite, et tombe de frayeur sur une chaise.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Écarté un jour dans un lieu solitaire, où je me croyais sans témoin, je me dulcifiais avec une indolence voluptueuse. Un coquin de moine m’observait : il n’était pas de mes amis ; il parut si brusquement, que les bras me tombèrent de surprise. Je restai dans cet état exposé à la malignité de ses regards. Je me crus perdu ; je crus qu’il allait publier mon aventure…

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Casimir, imposant silence à la troupe, m’adressa la parole. — Père Saturnin, me dit-il, disposez de Marianne ; vous la voyez, dispensez-moi de faire son éloge. Elle est accomplie, elle va vous donner tous les plaisirs imaginables ; mais ces plaisirs sont à une condition. — Quelle est-elle, cette condition ? lui répondis-je ; faut-il vous donner mon sang ? — Non. — Quoi donc ? — Votre cul. — Mon cul ? eh ! que diable en feriez-vous ? — Oh ! c’est mon affaire, répondit-il. L’envie de baiser Marianne fit que je n’insistai pas. Je me mis en devoir de l’enconner, et mon bougre de m’enculer.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

  Pour punir Saturnin [de n'avoir point voulu foutre avec sa mère, Gabrielle], il me vient une idée. — Quelle est-elle? lui demanda-t-on, — C’est, répondit-elle, de le faire coucher sur un lit ; Gabrielle s’étendra sur son dos, et le père qui vient de parler comme un oracle exploitera Gabrielle ! Les ris redoublèrent ; j’en ris moi-même, et dis que j’y consentais, à condition que pendant que le père foutrait sur mon dos. je foutrais, moi, avec la donneuse d’avis. — J’y consens, reprit-elle, pour la rareté du fait. Chacun applaudit, nous nous mîmes en posture. Figurez-vous quel spectacle ce devait être ! Le père ne poussait aucun coup à ma mère qu’elle ne le lui rendît sur-le-champ au triple, et son cul, en retombant sur le mien, me faisait enfoncer dans le con de Madelon, ce qui faisait un ricochet de fouterie tout à fait divertissant.

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Mes révérends, leur dis-je, votre nombre ne m’épouvante pas ; mais je présume peut-être trop de mes forces : je succomberais, vous êtes vingt ; la partie n’est pas égale ; Je vais vous proposer un accommodement. Il faut nous mettre nus ! (Et, pour leur en donner l’exemple, je commençai la première. Robe, corset, chemise, tout partit dans la minute. Je les vis tous dans le même état que moi ; mes sœurs étaient aussi nues. Mes yeux savourèrent un moment le charmant spectacle de vingt vits roides, gros, longs, durs comme fer, et qui se présentaient fièrement au combat.) Allons, repris-je, il est temps de commencer. Je vais me coucher sur ce lit ; j’écarterai assez les cuisses pour qu’en accourant sur moi le vit à la main, vous m’enfiliez l’un après l’autre, car il faut que le sort règle le pas ; les maladroits n’auront pas à se plaindre, puisqu’en me manquant ils trouveront des cons touts prêts sur qui ils pourront décharger leur colère.

 

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

Quelquefois on me couchait tout nu sur un banc ; une sœur se mettait à califourchon sur ma gorge, de sorte que mon menton était enveloppé dans le poil de sa motte ; une autre se mettait sur mon ventre ; une troisième, qui était sur mes cuisses, tâchait de s’introduire mon vit dans le con ; deux autres s’étaient placées à mes côtés, de façon que je tenais un con de chaque main ; une autre enfin, — celle qui avait la plus belle gorge, — était à ma tête, et, s’inclinant, elle me pressait le visage entre ses tétons ; toutes étaient nues, toutes se grattaient, toutes déchargeaient ; mes mains, mes cuisses, mon ventre, ma gorge, mon vit, tout était inondé, je nageais dans le foutre et le mien refusait de s’y joindre. Cette dernière cérémonie appelée par excellence la question extraordinaire, fut aussi inutile que les précédentes : on me tint pour un homme confisqué, et l’on abandonna la nature à elle-même.

Saturnin et Monique

Saturnin et Monique

L'auteur en pleine action.

Il y a aussi des livres qu'on écrit d'une main.

 

En supplément, tiré d'une édition de 1954, quelques aquarelles d'un artiste inconnu

Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux
Dom Bougre ou Le Portier des Chartreux

 

Le Monde daté du 25/07/17 :

Dans « l’enfer » de la BNF, le pamphlet érotico-politique de Dom Bougre, « portier des chartreux »

Curiosités de la BNF 1/6. Paru en 1741, le roman libertin de Jean-Charles Gervaise de Latouche – dont l’édition originale est conservée à la Bibliothèque nationale de France – se veut une diatribe anticléricale d’une rare virulence.

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 15:32
HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.

« Ce petit roman licencieux a été écrit avec une grâce et un esprit qui sont rares. » Apollinaire.

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.

Hic et Hec, si j’ose dire démarre sec ! « Je dois le jour à une distraction d'un R. P. jésuite d'Avignon, qui, se promenant avec ma mère, blanchisseuse de la maison, quitta dans l'obscurité le sentier étroit  qu'il parcourait d'ordinaire en faveur de la grande route qui lui était peu familière. » Hic et Hec : ceci et cela, ici et là, devant et derrière. Mais contrairement à la Romance, joyeusement, comme toujours.

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.

Car le lardon, né de cette erreur d’aiguillage – avant l’invention du chemin de fer – va se révéler des plus doués. Dès six ans, grâce à la tendresse paternelle,  il est admis chez les bons RP Jésuites d’Avignon. Et à treize, précoce en tout, il eut droit aux attentions très particulières, comme aurait pu dire Gide, du père Natophile : « il me tenait entre ses jambes pour me suivre des yeux dans l'explication de la satire de Pétrone; son visage s'enflammait, ses yeux étincelaient, sa respiration était précipitée et syncopée; je l'observais avec une inquiète curiosité qui, divisant mon attention, me fit faire une méprise.

 -- Comment, petit drôle! me dit-il d'un ton qui me fit trembler, un sixième ne ferait pas une pareille faute; vous allez avoir le fouet.

(…) Il s'arme d'une poignée de verges, me fait mettre culotte bas, je me jette sur son lit, et de peur que je ne me dérobe au châtiment, il passe son bras gauche autour de mes reins, de façon que sa main empoigne un bijou dont j'ignorais encore l'usage, quoique sa dureté momentanée, depuis plus d'un an, m'eut donné à penser.

Allons, petit coquin, je vais vous apprendre à faire des solécismes.

Et il agite légèrement les verges sur mes jumelles, de manière à les chatouiller plutôt qu'à les blesser. La peur ou le doux frottement de sa main fit grossir ce qu'il tenait.

-- Ah! petit libertin, qu'est-ce que je sens là? Ah! vous en aurez d'importance. 

[…] Il fut mon Socrate et je fus son Alcibiade

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.
HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.

Cet Hic et Hec ou l'Élève des RR. PP jésuites d'Avignon, ne fut publié qu'après la mort de Mirabeau. Pascal Pia écrit : « Roman attribué à Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau. Publié en 1798. - Histoire édifiante et véritable du charmant Hic et Hec qui, tout jeune, connut son premier plaisir en recevant les verges d'un père jésuite. Ils en vinrent vite aux pratiques homosexuelles. Puis, il fut placé comme précepteur du fils d'une charmante femme, prompte à s'abandonner et à s'animer. Quand l'époux les découvrit, au lieu de s'emporter, il se joignit à eux : pédérastie, figures de groupe, sodomie, la belle dame découvrant avec ravissement qu'à défaut de porte cochère, on peut entrer par le guichet . La jeune et belle servante est bientôt déflorée, initiée à la volupté et admise aux plaisirs du trio. »

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.
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Toutes les prudences du Rideau levé s’évaporent dans ce récit écrit d’une seule main.

Point de longs propos philosophiques sur la jalousie. Ainsi le mari cocu explique à l’épouse : « J'exige ta confiance et non ta fidélité; ce serait demander l'impossible. Tiens, regarde notre abbé, comme il est radieux; j'ai retardé ses plaisirs et les tiens, mais je ne veux pas vous en priver; allons, Hic et Hec, reprenez votre besogne.  (…) les plaisirs que tu prendras devant moi ne peuvent m'offenser, puisque c'est de mon aveu, et que mes yeux jouiront par ce tableau. » Inutile de dire que le mari, de retour d’Italie, a goûté aux plaisirs florentins : « Valbouillant était bien fait, il avait à peine trente ans, son corps frais et rebondi était d'une blancheur éblouissante; la vue de son post-face me rendit ma vigueur, je me précipitai sur lui, je m'introduisis sans peine, et mes mouvements secondant ses efforts, le faisaient pénétrer plus avant dans la grotte de son épouse. »

L’épouse s’interroge : « je pensais bien qu'en socratisant, l'agent goûtait un plaisir vif par la pression qu'il éprouve dans la voie étroite; mais je ne puis concevoir que le patient en puisse ressentir; au contraire, la grosseur de ce qu'il admet doit lui causer une sorte de douleur qui doit émousser toute volupté.

Ah! ma chère, que vous êtes dans l'erreur, répond l’époux socratisé, le rôle de patient est au moins aussi doux à jouer que celui d'agent, le chatouillement intérieur est ravissant, et j'ai vu des femmes qui préféraient recevoir leur ami de ce côté-là. »

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.

Le précoce fils de Jésuite initie le couple aux plaisirs du sandwich – qui venait d’être inventé par Lord Montagu : après que notre Hic et Hec a défriché la voie,

« — C'est à mon tour de lui faire la seconde expérience socratique.  dit le mari

— D'accord, répondis-je, mais si vous m'en croyez, nous pouvons doubler pour elle la volupté.

— Comment?

— Je vais me coucher sur le dos et l'établir sur moi tout physiquement, et vous vous installerez ensuite dans la voie étroite.

Tous deux applaudirent à mon idée »

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L’action se poursuit à un rythme effréné.

La filleule – et servante – de la maîtresse de maison, Babet, est initiée.

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.

« Le troisième jour, deux courriers arrivant de Rome* à nos belles semblaient devoir prolonger le temps de notre repos; mais Mme Valbouillant, que nous avions initiée aux plaisirs d'arrière-main, nous observa qu'à défaut de la porte cochère on pouvait entrer par le guichet; nous instruisîmes Babet dans le même art et nous la formâmes à ce précieux genre de volupté; mais la tante de Babet la voyant plus alerte, plus spirituelle, moins embarrassée, n'en recevant plus de confidences comme celle des démangeaisons, soupçonna en partie la vérité »

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.
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Elle alerte l’évêque du cru,  sur les dépravations de cette famille qu’elle a espionnée : « elle crut qu'elle parviendrait à se venger en s'appuyant du prélat de la ville, auquel elle demanda une audience particulière et qu'elle instruisit de la communauté de nos plaisirs, s'offrant de le rendre témoin oculaire de notre débauche (…)

— Monseigneur, que d'horreurs! — Que de volupté! répondit-il.»

 

S’ensuit une sorte de gang-band avant la lettre où le prélat ne laisse pas sa part aux chiens.

 

La sœur et la nièce du prélat seront bientôt de la partie.

L’inceste (déguisée dans L’éducation de Laure) est clairement défendue :

« — Comment, dit-elle, la mère dans les bras du fils, la fille dans ceux du père!…

— Eh! madame, rappelez-vous d'avoir lu quelque part: "Qui doit goûter des fruits d'un arbre, si ce n'est celui qui l'a planté ?" (…)

— Fi donc; cela répugne.

— A qui donc a-t-il dit: "Croisez et multipliez?" N'est-ce pas à Adam, à Eve, à ses fils, à ses filles? il ne regardait donc pas l'inceste comme un crime, puisqu'alors il le commandait. (…) La volonté du ciel peut-elle être versatile? Ce qui fut un précepte dans un temps, peut-il être forfait dans un autre? Disons plutôt, puisque la nature nous a donné du penchant pour les êtres d'un autre sexe, sans égard à la parenté, que c'est la politique seule, qui, pour faire communiquer entre eux les hommes disposés par la nature à prendre les plaisirs qu'ils avaient sous la main, et qu'ils trouvaient au sein de leur famille, a interdit ces unions rapprochées »

Et son prélat de frère approuve ce discours en ajoutant : « Qu'importe à la société que je satisfasse mes besoins physiques ou que je m'en prive, pourvu que je ne nuise pas au bonheur d'autrui, que je ne lui enlève pas sa propriété, que je n'altère pas ses jouissances et que je ne lui cause ni chagrin ni douleur? — Mon frère, dit-elle en souriant, diriez-vous cela dans vos homélies? — Oui, quand je parlerais à des gens que je voudrais éclairer; mais en chaire, non, le peuple en masse veut être trompé, l'ignorance aime les prodiges; une religion sans miracles trouverait peu de sanctuaires, et les mystères qui répugnent à la raison entraînent la crédulité du grand nombre; je continuerai à jeter de la poudre aux yeux du peuple. »

 

 

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.

 

Donc «  Le prélat ne put voir sa charmante nièce sans désirer de s'égarer dans le sentier que je venais de frayer; elle baissa les yeux, regarda timidement sa mère dont le sourire la décida à se résigner, et qui la suivit sur le canapé voisin, où elle l'encouragea par son exemple, en se livrant aux transports de Valbouillant qui, passant les jambes de la belle sur ses épaules, s'introduisit très avant dans ses bonnes grâces. »

 

 

HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.HIC-et-HEC ou L'Élève des RR. PP. Jésuites d'Avignon.
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Et le lendemain « la mère et la fille restèrent dans leur appartement, et l'ardente Laure menant la maman sur le lit qu'elle venait de quitter, s'y précipita dans ses bras. Rien, ni jupes ni corset, ne s'opposa à leur fureur érotique. — Quelles superbes formes, s'écriait la chanoinesse, en couvrant sa mère de baisers enflammés. — Quelle fraîcheur, quelle fermeté, disait la maman caressant les charmes les plus secrets de Laure; et leurs jambes de s'enlacer, leurs seins de se presser, leurs lèvres de s'entr'ouvrir et leurs langues de s'unir; leurs yeux se ferment, leurs mains s'égarent, leurs sens s'allument, leurs lèvres humides exhalent de tendres soupirs, leurs reins s'agitent convulsivement, leurs cons agités sont inondés de volupté. — Ah! ma Vénus, ah! mon Hébé, s'écrièrent-elles ensemble, en se serrant amoureusement. Ah! dieux!… »

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Etait-ce le dernier manuscrit du prisonnier de Vincennes, que sa libération a interrompu ?  en tout cas le récit tourne court.

Mais, en quelques pages, outre un délicieux répertoire de positions et figures diverses, il nous brosse l’image d’un clergé déjà pédophile, mais joyeusement, et d’une haute société libertine. Tout cela dans un style enlevé.

 

 

* Autrement dit, les deux dames avaient leurs règles.

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